Conseils à ma fille pour jouer au Puissance 4

Le puissance 4, voilà bien un jeu indémodable. J’y jouais quand j’étais enfant. Mes grands frères y jouaient. Et ma fille y joue.

Mais, elle est assez mauvaise perdante alors je lui ai promis de lui donner quelques conseils. Et, tant qu’à faire, vous en faire profiter aussi.

la version que j’utilise aujourd’hui

Je gagne souvent, mais je ne prétends pas être un expert ni même être un grand joueur. Toutefois, je me dis que les méthodes que j’utilise peuvent être utiles (on ne sait jamais).

Ne pas choisir entre défendre et attaquer

Pour gagner, il faut faire les deux. Si vous défendez trop bien, vous ne gagnerez jamais, vous aurez au mieux un match nul. Mais mon expérience est qu’il est souvent impossible de tout prévoir. Donc, il vaut mieux attaquer en même temps qu’on défend.

Ce conseil est bateau et ultra basique. Mais il vaut le coup d’être rappelé. Notre regard sur le jeu doit se porter autant sur nos possibilités que sur celles de l’adversaire.

Ma fille est souvent dans l’un ou dans l’autre, elle doit encore apprendre à faire les deux.

Un seul coup à l’avance ne suffit pas

Pour se défendre, il ne faut pas se contenter de bloquer les attaques de l’adversaire quand il en est à trois pions d’alignés. Parfois, on peut se le permettre, mais certaines parties peuvent se gagner avec seulement deux pions quand on ne réagit pas à temps.

Deux pions horizontaux sur la première ligne

 V1  V2 V3 V4 V5 V6
 V7 V8 X X V9 V10

V= Vide

X= Pion rouge

Y= Pion jaune

Dans cette situation, si vous ne mettez pas un de vos pions en V8 ou V9, le joueur X a d’office gagné. En effet, au tour suivant, il met son pion en V8 ou V9 et si vous le bloquez d’un côté il aligne 4 de l’autre.

C’est le genre de coups tordus qu’il faut rechercher pour gagner dans le jeu. Celui-ci est le plus simple, et sans doute le plus connu mais il y en a d’autres.

Forcer l’adversaire à nous donner la victoire

V1 V2 Y V3 V4
Y V5 Y Y X
X V6 X X Y
X V7 X X Y
X V8 Y X Y

Dans ce tableau, il y a plusieurs situations intéressantes.

X a de nouveau le beau rôle. Et Y lui donne la victoire.

Y, en essayant d’avoir quatre dans la colonne la plus à droite à forcé X à mettre un pion en haut de cette colonne. Or, Y aurait précisément du éviter X d’avoir un pion à cet endroit là. Car dès que X a mis ce pion, la partie est perdue. Y est obligé de mettre un pion en V8 et X peut en mettre un en V7 et avoir 4. Et, même s’il oublie, il peut encore avoir 4 en V6. Imparable. Il faudrait trois erreurs d’affilée de X pour que Y gagne en V5.

Y a quand même bien manœuvré avec le V5 qui peut lui donner la victoire, mais aussi via la colonné non dessinée à droite où un 4 serait possible si X y mettait un pion.

Je pense que le meilleur moyen de gagner et de ne pas perdre est de disséminer ce genre de trois (non forcément consécutifs comme en V6, V7 et V8 ou il y a un trou !!) ou d’y prêter attention avant qu’ils ne se forment.

Certaines parties, si bien engagées, peuvent, en comptant le nombre de trous restants avant de « devoir donner la victoire à l’adversaire », être gagnées très tôt si on ne fait pas d’erreurs. Dès qu’on a placé ce genre de trois, il ne reste plus qu’à bloquer l’adversaire jusqu’au moment où il sera obligé de vous donner la victoire.

Diversion

Comme dans tous les jeux de ce type, faire diversion ne fait jamais de mal. Pendant que vous construisez un alignement évident, l’autre ne voit pas forcément qu’en vous bloquant, il vous permettra d’aligner un trois qui n’attendra plus qu’une erreur de sa part.

Conclusion

Ce jeu a l’avantage, contrairement aux échecs, d’être relativement simple et facilement compréhensible. Il faut juste savoir compter et comprendre diagonale, horizontal et vertical.

De ce fait, il est accessible aux plus jeunes enfants et pas prise de tête. Moi qui aime voir loin dans le jeu, c’est quelque chose que je fais difficilement aux échecs et mon cerveau surchauffe (le pauvre). Mais à puissance 4, malgré le nombre théorique énorme de parties différentes possibles, j’arrive à jouer sérieusement tout en m’amusant.

J’ai souvent gagné à ce jeu, mais ce que j’aime par dessus tout, bizarrement, c’est que le match nul est possible. Ce que j’aimerais, c’est que je finisse par tomber sur des adversaires (peut-être un jour ma fille ?) avec lesquels j’aurais majoritairement des matchs nuls. Je me dirais qu’on arriverait tous les deux à bien voir les dangers arriver et à les prévenir, et ça me ferait plaisir.

Voilà un jeu où on peut s’amuser sans gagner, tout simplement parce qu’il est possible de ne pas gagner sans perdre pour autant. Et que le match nul est valorisant, il signifie tout simplement que les deux joueurs étaient très forts.

Si vous avez d’autres conseils à donner où à partager, n’hésitez pas en commentaires. Et surtout, amusez-vous bien !

Excursion à Efteling avec ma fille, ma filleule et ma compagne

Ce billet est non sponsorisé. Comme tous, d’ailleurs. Mais je préfère préciser.

On n’y trouvera pas de photos du visage de ma filleule pour respecter la volonté des parents.

C’est un billet miroir avec le blog de ma compagne. Je lierai son billet (quand elle l’aura écrit) et elle fera pareil avec le mien. Comme ça vous pouvez voir la même journée à travers des yeux différents.

Pourquoi ce parc ?

Dans mon entourage, j’ai l’impression que tous les enfants ont fait Disneyland Paris (ou Eurodisney comme on disait avant). Et, faire ou refaire toujours la même chose, ça ne me tentait pas. En plus, j’ai moi-même refait Disney il y a trois ans pour mes trente ans. Lisbeth, n’en parlons pas et Clémence et Florence sans doute au moins deux fois chacune.

En Belgique, à partir de Tournai, nous avons Bellewaerde et Plopsaland qui sont dédiés aux plus petits et à distance très raisonnable. Walibi cible un peu plus les adolescents. Mais, tous ces parcs, elles les ont déjà faits plus d’une fois.

Et puis, on m’a parlé d’un parc qui ressemblait à Disney, qui était féérique et qui devrait plaire à ma fille et à ma filleule (les deux ayant leurs anniversaires à des dates proches …): Efteling. Quelques mois après, on y est allé. Et en voici le compte-rendu.

Météo …

Oui, le parc n’est pas responsable de la météo mais cela influence fortement, je pense, le plaisir qu’on y prend. Donc, dire la météo qu’il faisait vous permettra de relativiser positivement ou négativement notre expérience. Puis, si vous n’avez pas vécu votre visite pareillement, ce sera peut-être un élément d’explication.

On a eu très peu de soleil mais des températures encore assez clémentes. Côté précipitations, il a pas mal plu, mais sans avoir non plus de trop grosses gouttes ni sans que ce ne soit constant. La mauvaise météo était annoncée. Et au final, elle nous aura été plus bénéfique qu’autre chose : on a réussi à passer entre les gouttes quasiment tout le temps et il y a eu beaucoup moins de monde.

Le plus gros bémol fut pour les photos, on en a pas fait beaucoup et celles que je publie ici vous paraitront ternes. Ne concluez pas trop vite que le parc l’est pour autant.

La préparation

Je n’ai pas accroché avec le site internet d’Efteling. Le plus gros défaut est l’absence d’une carte téléchargeable en format PDF. Il en existe pourtant une en format papier en français à l’entrée du parc.

Néanmoins, on a quand même su vérifier quelles attractions (toutes sauf deux) seraient accessible à ma fille (sept ans et plus d’un mètre vingt). Ma filleule, qui dépasse le mètre quarante pouvait tout faire.

Etape obligatoire de la préparation: télécharger l’application. Non pas qu’elle vous aidera à préparer mais elle vous aidera le jour même et autant économiser la data.

J’avais prévu de faire :

  • le hollandais volant
  • Joris en de draak
  • de vogel rock
  • de droomvlucht
  • symbolica (la nouvelle attraction !)
  • le bois des contes
  • aquaruna

L’arrivée

Ce qui peut étonner, c’est qu’on ne pense jamais à ce parc alors que, pour un belge, il est toujours plus proche de nous que Disney.

Après un trajet sans péage, mais avec des camions qui dépassent en pagaille, de deux heures quart environ nous arrivons sur l’immense parking du parc. L’erreur que nous avons faites est de ne pas avoir noté l’allée. Faites-le si vous y allez car rien ne ressemble plus à une allée de ce parking qu’une autre allée. Et bonjour le temps perdu pour vous y retrouver.

L’entrée est majestueuse, on ne peut pas le nier, mais son esthétique est quand même assez douteuse (faut aimer). Par contre, mais je ne l’ai pas pris en photo, la charpente et le visuel de l’intérieur de l’entrée est magnifique.

Les tickets ont été achetés à l’avance via la centrale d’achat de l’administration fédérale (31,50€ au lieu de 39,50€) et on rentre très vite, pas de file (ce jour là en tout cas ! cf. météo …).

L’entrée du parc en vue partielle, elle est assez majestueuse

Dans le parc

Le parc est propre et très vert. Par rapport à Disney, la grosse différence constatée était dans la fréquentation. Là où Disney était vraiment bondé la fois où j’y avais été, ici, on ne remarquait pas une grosse affluence, ce qui était agréable.

Par contre, là où Disney gagne des points, c’est pour le côté féérique. Efteling est sans doute plus un monde de lutins que de princesses. C’est beau aussi mais très différent et moins « émouvant ». D’une certaine manière, c’est logique. Le parc néerlandais ne pourra jamais rivaliser avec toutes les émotions et les liens que Disney a créé avec nous durant toute notre jeunesse (la nôtre et celle de nos enfants).

 

Ça n’a pas empêché les filles d’adorer leur séjour

Les attractions

Celle qu’on a le plus adoré: Joris et le dragon. C’est une montagne russe en bois du style Loup Garou à Walibi. Comme différence, il y a deux trains qui partent en même temps sur des voies parallèles avec un parcours légèrement différent; devant ou derrière le dragon (qu’on ne voit quasiment pas, vu la vitesse, il aurait pu être mieux exploité).

A chaque tour, il y a un gagnant. Nous, on a gagné deux fois avec les bleus et une fois avec les rouges et perdu une fois avec les rouges. A savoir qu’il y a quatre trains en tout (deux pour chaque couleur) et que c’est toujours les deux même trains qui gagnent. On a donc une chance sur deux de gagner et même toutes les chances si on attend le bon train pour monter. Un peu de hasard pourrait pimenter les choses un peu plus.

Le parcours rouge est un peu plus claustrophobe à mon avis (le « plafond » parait plus bas quand on passe en dessous d’autres rails et ces passages paraissent plus nombreux) mais sinon, pas beaucoup de différences. C’est une montagne russe très rapide, très bruyante et … très agréable. Y compris pour les enfants (je pense que c’est l’attraction qu’ils ont préféré).

Comment a-t-on pu la faire quatre fois ? C’est simple, au matin, on a eu vingt minutes de file. Et l’après midi … cinq minutes seulement !! En fait, juste le temps nécessaire pour marcher jusqu’au train ! Je pense que ça ne s’explique pas que par la météo. Comme il y a deux trains qui partent simultanément, la file est forcément raccourcie de moitié par rapport à son équivalent à Walibi.

Au passage, c’est là que l’application montre tout son intérêt ! L’estimation du temps de file est vraiment très précise et on a pu faire quasiment tout le programme désiré grâce à elle, en faisant les meilleurs choix au sortir de chaque attraction.

Ensuite, je voudrais continuer par l’attraction qui m’a le plus déçu: Symbolica. Attention, ne nous méprenons pas ! C’est une belle attraction ! Mais ils ont créé tellement d’attente autour d’elle que, forcément, on est déçu. Et puis, c’est la seule attraction pour laquelle on a eu une longue attente et il pleuvait durant l’attente (une heure). Au final, cela semble être une attraction comme Ratatouile en moins bien. Techniquement, c’est très très bien fait. Et pas mal du tout. Mais, ni peur ni vraiment d’émotions pour moi.

le chateau Symbolica un jour nuageux et pluvieux, photo mal cadrée au départ

L’attraction par laquelle on a commencé la journée : de vogel rock. L’attraction n’est pas mauvaise (temps de fil nul, à nouveau) mais il faut aimer les attractions dans le noir et moi ce n’est pas du tout ma tasse de thé. La montagne russe n’est pas totalement plongée dans le noir: il y a des lumières pour donner l’impression qu’on plonge dans des animaux, notamment. Mais Florence a été très effrayée et est sortie en pleurs. Chaude ambiance pour commencer !

Une attraction qui a fait peur à Flo dans la salle d’attente : le hollandais volant. C’est une attraction à l’ambiance hantée. Très très bien faites. Je pense que c’est celle qui allie le mieux la réussite technique et les émotions. Même si je préfère Joris et le dragon pour la vitesse et le bruit du bois qui craque (un trip tout personnel, surement).

Ma fille a eu peur dans la maison d’attente et dans la partie intérieure de l’attraction et a aimé malgré tout du fait de la partie extérieure. On ne l’a pas recommencée mais c’était une chouette attraction. Elle est aquatique parce qu’il y a un bon dans l’eau tout à la fin. Mais ce n’est pas un bon qui mouille vraiment. Aucune peur à avoir de ce point de vue là, on est juste un peu éclaboussés.

Après les attractions à sensation et Symbolica, voici venir Droomvlucht ! Alors là, on est vraiment dans une attraction surtout pour les enfants ! C’est un passage dans le monde des lutins et des fées à travers divers petits mondes reconstitués. Les enfants ont aimé ! C’est bien fait. Et c’est à faire.

Je ne parlerai pas du petit train à vapeur bien sympathique mais que je ne considère pas comme une attraction à part entière.

Même si ma fille est particulièrement bon public … 😀

En résumé, on a fait toutes les attractions qu’on voulait sauf le bois des contes par manque de temps et le spectacle Aquaruna parce qu’il était donné trop tard. Vu l’âge des enfants, la distance, l’horeca (j’en parle après) et l’envie d’économiser une ou deux chambres d’hôtels, on a préféré partir relativement tôt (17H). Je ne le regrette pas: on a bien profité quand même.

A refaire, si l’attente est aussi longue pour Symbolica, je ne le referais pas. Et je ne pense pas que je referais Vogel Rock si il y a une attente longue. A la place, je ferais le bois des contes qui a l’air vraiment intéressant.

Si on avait l’occasion de rester plus longtemps (hôtel ou moins de problèmes de nourriture), je verrais évidemment le spectacle Aquaruna et je garderais du temps pour que ceux qui le veulent puissent faire le Baron et le Python (les deux à sensation les plus forte). Si le Python est somme toute assez banal, le Baron est très impressionnant et donne vraiment envie !! Vous plongez en ligne droite verticale jusque dans un tunnel dans le sol après être resté calé quelques secondes en hauteur et vous ressortez en faisant quelques loopings. Elle a l’air particulièrement efficace.

Un dernier mot, sur les attractions, on était quatre. Et comme dans tous les parcs, il valait mieux, effectivement, être un nombre pair pour pouvoir être à quatre ou par deux sur chaque attraction.

elles en garderont un bon souvenir, malgré la pluie

Horeca, toilettes, propreté, langues parlées

Hygiène

La propreté du parc est exemplaire. Les toilettes également, avec notamment des chasses et des robinets automatiques. Pour l’hygiène, c’était assez parfait.

Langues

On a su se faire comprendre mais je me débrouille en néerlandais. Une vendeuse ne parlait pas du tout français mais je pense que le public francophone doit être assez rare. Cela dit, je n’ai pas trop de remarques à ce niveau là. Plans et consignes disponibles en français, application également. On s’en est tiré. Ça pourrait être mieux (menus dans les restaurants) mais c’est déjà bien suffisant.

Horeca

On a bien mangé et il y a un grand choix. Par contre, comme je l’ai déjà dit ailleurs sur le blog, ma fille est intolérante au lactose. Et ma filleule a en plus l’intolérance au gluten et aux œufs.

Et là, comme toujours dans les parcs d’attraction, impossible de bien préparer le séjour !! Rien n’est disponible sur le site internet ! Ni menus, ni surtout liste d’allergènes !!

Et, sur place, j’ai demandé une liste papiers des allergènes et elle n’était pas disponible. Donc obligé de demander aux vendeurs qui n’étaient pas vraiment formés à lire les listes des ingrédients. Au final, toutefois, ils ont quand même géré de la meilleure des manières en me donnant le paquet de surgelés et en me permettant de vérifier moi-même. La vendeuse ne parlant pas français, ça compliquait en plus la situation.

Mais, quand même, ce que j’aimerais qu’on pense un peu plus aux familles qui ont ce genre de difficultés. On aimerait pouvoir faire des choix éclairés et se dire, en toute confiance, on va acheter à manger sur place ! Mais là, on est obligés de prendre un pic-nic qu’on complète avec des frites dont on a quand même du vérifier la composition (vous seriez étonnés …).

En quoi publier sur internet la liste des allergènes pour chaque menu est-il compliqué ? En rien ! Voilà, je clôture ce coup de gueule là. En espérant qu’il soit lu et compris par des gens du parc. Mais j’ai déjà fais ce genre de remarques à d’autres services clients de parcs sans jamais aucun résultat.

Conclusion

A proximité de la Belgique, Efteling est un maitre choix. Disney est certes plus beau et plus prestigieux mais, au final, peut-être à cause de la pluie, on a vraiment bien profité de la journée. Bien plus qu’on ne l’aurait fait à Disney où on aurait fait bien plus de files et où l’hôtel est, en plus, quasi obligatoire vu le temps de déplacement. Le rapport qualité-déplacement-amusement-prix me semble plutôt en faveur d’Efteling. En tout cas, ça vaut le coup de tenter l’expérience surtout que beaucoup d’entre nous n’y sommes jamais allé (au moins, ça change de ce qu’on connait déjà).

Je pense le refaire dans deux ou trois ans quand Florence aura l’occasion de faire toutes les attractions.

Sites de coloriages, jeux, bricolages et tutoriels de dessins pour enfants

Comme, j’imagine, 99% des parents, mon enfant me demande régulièrement des dessins à imprimer et à colorier.

Je vais en général sur les premiers sites que Google m’envoie. Mais je ne suis généralement pas satisfait:

  • coloriages flous, pas nets
  • coloriages qui s’impriment sur un quart de la page
  • sites peu pratiques pour imprimer
  • peu de choix
  • une tonne de pubs

Et bien, aujourd’hui, je suis tombé sur un site qui fonctionne nickel et bien plus encore:

  • pubs bien présentes mais relativement discrète (et il faut bien qu’ils vivent)
  • très grand choix
  • très pratique à utiliser et facile à imprimer
  • pas seulement des coloriages mais aussi des origamis, des jeux de réflexion et des tutoriels de dessin

http://www.supercoloring.com/fr

Ce billet n’est pas sponsorisé, c’est juste du partage pour parents. Un billet vite écrit, certes, mais je reviendrai bientôt vers vous (je suis en vacances quelques jours). Je dois mettre à jour le billet sur l’adoption (suite à la lecture du tome 2) et puis je pense faire un billet sur le dernier livre lu même si je n’ai pas grand chose à dire.

Reportage du Paris Match du 3 juin 1967 sur l’incendie de l’Innovation

J’ai redécouvert ces archives chez mes parents. Magnifiquement conservé, le Paris Match de 1967 directement après l’incendie de l’Innovation. C’était du journalisme d’une autre époque mais, pour tous ceux que cela intéresse et qui ont vécu l’incendie de l’Innovation de près ou de loin, j’ai pensé qu’il pouvait y avoir un intérêt à partager ces archives.

J’ai donc entrepris de les numériser puis de les retranscrire. Elles sont vraiment d’un intérêt élevé. Merci à Paris Match pour ce travail de qualité qui cinquante ans après reste toujours intéressant. Si cela intéresse quelqu’un, je tiens les scans à disposition.

Images et textes (c) Paris Match

Bruxelles, la tragédie du grand magasin

2000 personnes prisonnières du feu. C’est l’une des plus grandes tragédies de l’histoire de Bruxelles qui commence…

Ces mannequins en feu, deux mille personnes

Il est 13h30. Les sirènes hurlent. Le feu soudain est partout. Derrière les vitres, des silhouettes flambent comme des torches. Ce ne sont encore que des mannequins. Mais il y a des centaines d’hommes et de femmes qui cherchent désespérément à échapper aux flammes. Pour plus de trois cents d’entre eux, ce sera une mort horrible.

Ils préfèrent mourir en sautant dans le vide

Il est 13h45. Déjà le magasin n’est plus qu’un immense brasier. Les prisonniers du feu brisent les vitres des fenêtres, escaladent des corniches, se glissent sur les toits. Ceux qui n’ont pas d’autre issue plongent dans le vide. D’autres pour qui le danger est moins pressant, mais qu’une peur atroce a aveuglés se jettent sur les trottoirs de la rue des Damiers. Ce sont les premières victimes. Les pompiers disent : « Nous n’avions pas assez de bâches pour tous. »

Il a sauté de quinze mètres. En trois minutes, de cette fenêtre, six autres personnes l’ont imité. A gauche, ci-dessous, on a placé sur des brancards ceux qui se sont écrasés sur le sol : on recouvre leur corps. A droite, des volontaires sont accourus et tendent une bâche pour sauver les prisonniers du feu.

13H25, alerte : les robes de communion flambent comme des torches…

– Vingt-cinq minutes au bord d’une gouttière, croyez-moi, c’est long ! Surtout quand la gouttière chauffe… Ses deux mains brûlées jusqu’à l’os disparaissent sous deux énormes pansements. Il les agite sans cesse devant son visage, comme un vieux boxeur qui raconterait le combat de sa vie.

– Dire que j’ai failli crever là-dedans, comme un rat, ça n’est pas imaginable !

S’il en veut au destin, François Couturat sait pourquoi. Ce Français de Bruxelles a derrière lui vingt ans d’aventures sur toutes les mers du monde, du Chili à Zanzibar. Il venait enfin de s’établir dans un emploi tranquille : directeur de la filiale belge d’une société française de produits pharmaceutiques.

– J’étais allé déjeuner en vitesse au self-service de « l’Innovation » avec M. Coppens, mon collaborateur flamand. A côté de nous, je me souviens, deux vieilles dames belges parlaient de l’existence de Dieu. Il était un peu plus d’une heure et nous allions sortir. Comme j’avais une lettre urgente à poster, Coppens m’a fait remarquer que le magasin possédait un bureau de poste au quatrième étage. Nous y sommes montés. Et là, nous avons pris la file au guichet, avec une dizaine de personnes. C’est alors que la sonnette s’est mise à tinter. Une sonnette de rien du tout, fixée contre un pilier tout à côté de moi. Derrière son guichet, le postier n’a même pas levé les yeux. Devant moi, une femme continuait à jouer avec son chien. A travers la sonnerie nous avons entendu quelqu’un crier. Une dame, l’air agité, qui répétait : « Au feu ! c’est l’alerte au feu ! » Le postier m’a souri avec un air de commisération du côté de la dame. C’était mon tour et je lui ai tendu ma lettre. La sonnerie tintait toujours. Soudain, le postier a pris un air ennuyé.

– Désolé, m’a-t-il dit. Moi, j’arrête.

Je m’apprêtais à redescendre, quand la sonnerie s’est interrompue. En même temps toutes les lampes se sont éteintes. Et alors je me suis retrouvé dans la nuit : de l’escalier du troisième arrivait un torrent de fumée. Une fumée âcre, bizarre, si épaisse qu’en quelques secondes, elle avait envahi tout l’étage. Autour de moi, je ne distinguais plus personne. J’entendais des cris, et aussi les aboiements du petit chien qui s’éloignaient dans l’obscurité. Je commençais à suffoquer. Dans le fond du magasin, j’aperçois une lueur : une fenêtre. Je cours. Deux silhouettes me précèdent, ouvrent la fenêtre : une femme et un homme que j’ai le temps de reconnaitre comme le postier. Ils enjambent l’appui et disparaissent. Quand j’arrive à la fenêtre, je me penche dans l’espoir de trouver une corniche. Et j’aperçois, vingt mètres plus bas, deux corps disloqués sur le trottoir : le postier et la femme au milieu d’une mare de sang…

Le service de sécurité : quatre pompiers

Ici, il faut arrêter le récit pour une constatation capitale : les sonnettes d’alarme étant les mêmes que celles du service, personne sur le moment ne s’en est inquiété. « On n’y a pas cru », tel est le leitmotiv des rescapés. Pire : souvent ce sont les employés eux-mêmes qui ont rassuré leurs clients. C’est que, comble de malchance, il était presque 13H30, heure habituelle de la sonnerie pour la cantine.

A côté du bureau de poste, au rayon des meubles, un des vendeurs s’appelle Raymond Remiers. Comme on est à l’heure creuse du déjeuner, que le lundi est un jour creux et que le mois de mai est lui-même une période creuse, un trou commercial entre les « communions » et le « balnéaire » – sans quoi, combien de morts déplorerait-on aujourd’hui ? – M. Raymond et les autres vendeurs ont tout le temps de s’offrir une petite causette. Mais la sonnerie en signal continu (alors que celle du service est intermittente) finit par l’inquiéter.

– Le feu ! crie M. Raymond. Et il court au bout du couloir où se trouve le bureau des secrétaires de l’administration. On l’accueille en riant :

– Allez ! allez ! M. Raymond, vous nous faites encore marcher, une fois.

Il est alors 13H35, au plus il est 13H40. C’est-à-dire que l’alerte a été donnée depuis un quart d’heure à peine et déjà tout brûle. Comment expliquer cela, qui semble passer l’entendement ?

Il faut revenir à l’origine du feu. 13H25, au premier étage, rayon fillette. Mme Vandenhaegen, la vendeuse rentre à l’instant du self-service. Elle remarque une odeur bizarre :

– On dirait que ça brûle quelque part.

Et elle se dirige vers sa remise. La remise est une sorte de compartiment à ciel ouvert élevé au milieu de chaque rayon d’habillement à l’aide de cloisons de contre-plaqué, qui sert à la fois de salon d’essayage et de réserve pour les vêtements. Quand elle arrive devant le local, Mme Vandenhaegen voit des flammes danser au sommet des cloisons. Elle ouvre la porte. A l’intérieur, ce n’est plus qu’un brasier.

– Je me souviens surtout des robes de communion, qui flambaient comme des torches.

La jeune femme court à travers les rayons pour chercher le pompier le plus proche qui se trouve à une cinquantaine de mètres.

C’est un petit homme de soixante ans, Marcel Fretin, un ancien pompier municipal à la retraite (pour cet immense magasin, le service de sécurité est constitué, en tout et pour tout, par une permanence de quatre pompiers). Et encore le quatrième est-il allé déjeuner.) Fretin accourt avec un extincteur. Mais le jet semble tout de suite dérisoire devant le brasier qui ronfle. Le pompier se replie vers son poste, fait donner l’alarme et s’élance dans l’escalier.

Le tiers des clients était au restaurant

– Que voulez-vous ? Je me suis demandé ce que je pouvais faire. Alors j’ai pensé à la petite fille de la téléphoniste qui était avec sa mère au bureau de poste du quatrième. Je l’ai prise sur mes épaules et je l’ai descendue dans la rue. Après je ne sais plus. Les pompiers de la ville sont arrivés. Je me suis mis avec eux.

Mme Vandenhaegen, la vendeuse, a gagné calmement la sortie par l’escalier. Quand elle est arrivée dehors, la rue était déjà noire de fumée.

– Je n’arrive pas à comprendre, dit-elle. Le matin même j’avais visité ma remise, rangé les robes. Il n’y avait absolument rien à l’intérieur qui puisse être une cause d’incendie. Pas de fer à repasser, pas de réchaud, pas la moindre prise de courant. Et pas question de fumer en cachette : ce serait le renvoi immédiat. Alors ?

Pour l’heure, l’origine du feu est encore un mystère. Mais il est un autre point que le témoignage que Mme Vandenhaegen nous a livré peut éclairer : c’est la rapidité avec laquelle s’est propagé le feu, si grande qu’on a pu croire que l’incendie s’était déclaré en plusieurs endroits à la fois. Mais lorsque le feu a été découvert, il s’agissait déjà d’un énorme brasier. Or, les cages d’escalier n’étaient qu’à quelques mètres de là. On peut donc penser que les flammèches s’y sont engouffrées et qu’elles ont ainsi essaimé en quelques instants l’incendie sur toute la hauteur du bâtiment.

Une autre raison pour laquelle le feu s’est propagé si vite est commune, celle-là, à presque tous les « grands magasins » d’Europe. Datant du début du siècle, parfois de plus loin, ils furent, à l’origine, des temples de la frivolité bâtis dans le style de leur époque : verrières, boiseries, ferraille, stuc. Et depuis, sur ces armatures fragiles, toutes les modes ont laissé leur dépôt. Au cours des ans, des faux-semblants de carton, de papiers et de contre-plaqué sont venus s’y stratifier, au gré de « rénovations » qui n’ont été, le plus souvent, que des maquillages commandés par le goût du temps. Pas de meilleur aliment pour le feu que ces vieux oripeaux. L’ « Innovation » venait de recevoir son dernier déguisement : la quinzaine américaine. Pour cette « U.S. parade », on n’avait pas lésiné sur le calicot. De haut en bas du magasin s’étiraient banderoles aux couleurs américaines, bannières étoilées, guirlandes et affiches géantes.

Heureusement, nous l’avons vu, ni l’heure, ni le jour, ni l’époque ne favorisaient la fréquentation du magasin. La clientèle, au moment de l’incendie, pouvait être évaluée à sept ou huit cents personnes, auxquelles s’ajoutaient environ mille deux cents employés. Par chance, beaucoup d’employés déjeunaient encore à la cantine du sous-sol.

Mais le tiers au moins des clients étaient au self-service du troisième étage, réputé dans tout Bruxelles pour ses plats et ses prix. Christiane Paul, dix-neuf ans, étudiante en philologie à la faculté de Saint-Louis, occupe une table avec trois amies. Elles n’ont qu’une heure, entre deux cours, pour le déjeuner. Et le self d’ « Inno », outre qu’il sert vite, prend les bons de repas de la faculté.

Les quatre amies parlent bas, car un de leurs professeurs, M. Motte, déjeune à une table voisine. Christiane avale les dernières cuillerées de son gâteau de riz quand l’odeur de la fumée lui parvient. Une serveuse arrive en courant : « Le feu ! ». Christiane et ses camarades sont à peine debout qu’elles commencent à suffoquer. Autour d’elles, des gens passent, se tenant la gorge avec les mains. Heureusement, Christiane a l’habitude des lieux. Suivie de ses trois camarades elle se dirige tout de suite vers la sortie de secours. Pour l’atteindre, il faut enjamber le tapis roulant sur lequel circulent les plats.

M. Motte, le professeur, a suivi les jeunes filles. Mais, au moment de franchir le tapis roulant, il s’est effondré, terrassé par l’asphyxie. Christiane et ses amies, avec un groupe de serveuses et de clients, parviennent jusqu’à une fenêtre au pied de laquelle se trouve une échelle de fer. Mais l’échelle longue seulement de quelques barreaux, ne domine que le vide. Quatre ou cinq mètres plus bas, c’est l’arête d’un toit à double pente. Et ce toit est une verrière. Une grosse dame, folle de panique, s’agrippe au dernier barreau, lâche prise. Et les jeunes filles, terrifiées, la voient disparaitre à travers la verrière. A présent, sous l’échelle, il n’y a plus qu’un trou béant. Christiane, qui n’a pas perdu la tête, se suspend à son tour. Et en imprimant un mouvement de balancier à son corps, elle réussit à éviter le trou et à tomber à plat sur l’autre face de la verrière. Tout le monde l’imite. Et le toit, miraculeusement, ne cède pas. Au bout du toit, il y a une corniche de tôle. Et, au bout de la corniche, d’autres toits qui mènent jusqu’à la façade d’un bâtiment où l’on finit par découvrir une fenêtre ouverte. On s’y engouffre. Et l’on pénètre dans une sorte d’entrepôt obscur, dont toutes les portes sont verrouillées. Pendant d’interminables minutes, les jeunes filles montent et descendent l’escalier à la recherche d’une issue.

13h50 : l’aluminium de la façade fond. A l’intérieur, plus de survivants.

La seule qu’elles trouvent est une fenêtre donnant sur une cour intérieure formée par la terrasse d’un toit du rez-de-chaussée. Là, des corps disloqués gisent. Christiane et ses compagnons lèvent les yeux vers la façade intérieure du magasin. Et elles voient quatre personnes sauter par les fenêtres et s’abattre, sans un mot, sur la terrasse.

Horrifiées, les jeunes filles retournent à l’exploration de leur entrepôt. Enfin, c’est une serveuse qui trouve l’issue. La minute d’après, sans comprendre comment, toute la bande se retrouve dans la rue Neuve, à l’entrée principale du magasin. Alors Christiane s’aperçoit qu’elle a la jambe couverte de sang : un morceau de la verrière qui lui était entré dans le mollet. Quant à sa camarade Jacqueline, qui s’apprêtait à signer son bon de repas au moment de l’alerte, elle tient toujours son stylo à la main droite et elle a gardé son sac dans la main gauche.

Comment a-t-elle pu descendre l’échelle, sauter sur la verrière et courir de toit en toit avec les deux mains occupées ? Ce sont des choses qu’on n’explique pas à la faculté.

La baronne Griendl, elle, était moins familière du self-service. Elle achevait de déjeuner en attendant son fils Olivier, un garçon de douze ans, qui était allé au rez-de-chaussée voir le règlement du grand concours dont le vainqueur passerait trois semaines aux U.S.A. Tout à coup, Olivier remonte et crie : – Mère, tout brûle ici !

Aussitôt l’étage est envahi par la fumée. La baronne se dirige vers l’escalier. Mais il est plein à craquer.

– D’abord, je me suis mise à crier : « Avancez donc ! » Mais en regardant bien – ce qui n’était pas facile avec la fumée – je me suis aperçue que les gens n’avançaient pas parce qu’en arrivant à l’étage inférieur les premiers de la file s’effondraient, morts de suffocation. Alors mon fils a eu un trait de génie. Il a enfourché la rampe. Il a pris sa respiration et il s’est laissé glisser d’une seule traite jusqu’au rez-de-chaussée. Le petit diable était sauvé !

La baronne, elle, prise au milieu de la cohue, pense qu’elle va mourir. Elle n’est pas la seule.

– C’est alors que, derrière moi, j’ai entendu quelqu’un murmurer : « Je donne ma vie pour le Vietnam. »

On a beaucoup épilogué, depuis lors, sur cette déclaration. Dans les jours précédents, un groupe de communistes prochinois s’était livré à plusieurs manifestations contre la parade américaine d’ « Innovation ». Un jour, lancée de la plus haute balustrade, une pluie de tracts s’était abattue sur la foule des chalands. « Ceci, pouvait-on lire, n’est qu’un avertissement… Les anti-impérialistes sont décidés à employer de nombreux autres moyens pour faire entendre leur volonté. »

Vivante au milieu des cadavres

D’où l’hypothèse – terrible à concevoir, mais impossible à exclure – qu’un exalté pourrait être à l’origine du drame. Mais la baronne Griendl ajoute :

– J’insiste, l’homme qui a dit cette phrase l’a murmurée, et non pas criée. A moi qui suis chrétienne, cela a donné une idée. J’ai dit : « Je meurs pour tous ceux qui souffrent », et je me suis évanouie.

Quand elle revient à elle, la baronne sent un souffle d’air sur son visage. A côté d’elle, une fenêtre vient de s’ouvrir. Un pompier apparait.

– Y a-t-il des vivants, ici ? demande le soldat du feu.

– C’était, dit la baronne, un homme immense qui m’a semblé haut d’au moins deux mètres. J’ai eu tout juste la force de soulever la main. Je crois bien que j’étais la seule vivante au milieu d’une douzaine de cadavres. Il m’a saisie d’une poigne terrible et m’a emportée par la fenêtre.

Pierre Deroubaix, trente-huit ans, est vendeur au rayon des accessoires auto. Il entend crier « au feu ! » et bondit à travers le self-service où les gens déjeunent dans un paisible cliquetis de fourchettes.

Les clients le regardent, hébétés, hésitant à se lever. Autour du restaurant, c’est déjà un mur de flammes. Pierre Deroubaix saisit une chaise et brise quatre ou cinq fenêtres qui donnent sur les toits des boutiques basses du magasin. Et, d’un seul coup, c’est l’affolement. Près de lui, Deroubaix entend une voix qui exhorte des gens au calme : c’est M. Delsipée, le directeur du magasin. Avec la dame du vestiaire, Josette Lutwig, tous deux vont se relayer pour aider les gens à passer par les fenêtres. Bientôt, tout devient si sombre qu’il est impossible de distinguer quelqu’un. Il faut opérer à tâtons. Au bord de la fenêtre, une femme, suffoquant, hurle :

– Mon enfant ! Je veux mon enfant !

Et elle fait mine de retourner vers le restaurant. Pierre Deroubaix lui assène une énorme gifle et l’arrache du sol pour lui faire passer l’appui de fenêtre. Puis il se retourne et la dernière silhouette qu’il aperçoit est celle de M. Delsipée, qui vient de sauver une fillette et qui repart, à tâtons, dans la fumée, bras en avant, comme un somnambule, en quête d’un nouveau sauvetage. Ce sera le dernier témoignage sur M. Delsipée, le directeur d’ « Innovation », mort comme un capitaine de la tradition.

Pierre Deroubaix n’en peut plus. Ses yeux, ses mains, son visage lui cuisent atrocement. Il passe la fenêtre à son tour. Sur les toits, au-dessous desquels gronde l’incendie, il lui faudra encore défoncer à coups de pied une barrière d’aluminium chauffée au rouge avant d’atteindre, enfin, le refuge où les pompiers viendront le chercher pour le transporter à l’hôpital, la face et le cou brûlés, à demi aveugle.

Yan Van de Gehuchte, un jeune Flamand de vingt ans, est cuisinier au self-service. Nu comme un ver sous sa blouse blanche, il a déjà préparé deux cent cinquante repas sur ses fourneaux. Quand l’alerte retentit, il court à la porte de la cuisine. Puis il revient précipitamment pour fermer ses robinets de gaz. Quand il ressort, l’air est irrespirable. Yan enlève sa toque blanche et se l’enfonce dans la bouche. Devant lui, deux autres cuistots, Noël et Pierre, ouvrent une fenêtre et se jettent dans le vide (Yan les reverra à l’hôpital Saint-Pierre, l’un littéralement écartelé, l’autre avec les bras et les pieds brisés).

Les gens se jetaient dans le vide

Au-dessus du vaisselier, il y a une fenêtre qui donne sur la Rue Aux-Choux. Yan parvient à l’ouvrir. Partout, dans la salle, des gens tombent, terrassés par l’asphyxie. Yan accroche le bras d’une cliente qui chancelle. Il lui dénoue son foulard et l’oblige à s’en faire un bâillon. La femme veut se jeter dans le vide. Yan la serre contre lui de toutes ses forces jusqu’à la venue des pompiers. Ils arrivent enfin ! Et Yan voit l’échelle s’élever lentement. L’échelle s’arrête à quelques mètres : elle était trop courte ! Il faudra attendre dix minutes pour qu’arrive une nouvelle voiture. Cette fois, l’échelle est assez longue.

– Excusez-moi, madame, dira Yan à la cliente qu’il a sauvée : cinq minutes de plus et je vous lâchais…

José Vanderberande, trente ans, vendeur au garage Jaguar, venait déjeuner chaque jour au self « Inno » avec un copain dont la femme travaillait au cinquième étage du magasin. Quand l’alarme retentit, José saute sur une table pour atteindre la fenêtre et casse un carreau avec son coude.

– Les gens me regardaient comme si j’étais fou. Ils continuaient de manger.

José se retrouve sur une corniche. Par hasard, elle est munie d’une échelle de secours. José atterrit sur une cour intérieure (celle qu’ont vue Christiane et son groupe d’étudiantes par la fenêtre de leur entrepôt).

– Là, raconte José, c’était atroce. Une mare de sang…

Des gens du troisième qui auraient pu descendre par les toits s’étaient jetés directement sur la cour. Il y en avait une dizaine. Deux s’étaient tués sur le coup. Les autres bougeaient encore. Il y en avait un qui criait : « Aidez-moi ! Sortez-moi de là ! » J’ai essayé d’en prendre dans mes bras, mais tout seul, c’était difficile. Comme je connaissais les lieux par cœur, j’ai trouvé l’escalier qui conduisait au dehors et j’ai fait signe aux sauveteurs : « Venez avec moi, il y a des gens là-haut. »

Et puis, je voulais retrouver mon copain qui ne m’avait pas suivi. Nous sommes remontés une première fois jusqu’à la cour et là, nous avons commencé à ramasser les gens qui bougeaient. J’ai pris dans mes bras une petite fille de sept ou huit ans dont la mère gisait à côté d’elle, sûrement morte. Je l’ai passée à un brancardier et je suis remonté. J’ai encore aidé à descendre trois personnes, mais quand j’ai voulu remonter pour la troisième fois, l’escalier brûlait. J’ai essayé de contourner le bâtiment par la rue. De tous côtés les gens se jetaient dans le vide. J’ai vu un Noir au bord d’une corniche. Il a hésité une seconde. Puis il a sauté et il est tombé sur le toit d’une Austin 850. Il a rebondi sur le sol et il n’a plus bougé. Mais, peut-être que ce n’était pas un Noir, seulement un type avec une tête noircie par la fumée. Et, un peu plus loin, j’ai retrouvé la bagnole de mon copain ; elle avait brûlé. Lui, je ne l’ai jamais revu, ni sa femme. Elle travaillait au cinquième. Il a sûrement voulu aller la retrouver. Ils ont dû se croiser en route. »

Rue du Damier, parmi les gens qui se sont amassés sur la corniche du quatrième étage, il y a François Couturat. Après la chute mortelle du postier, il a cherché une fenêtre qui ne donnerait pas directement sur le vide. Et maintenant, il est là, sur une frêle corniche de zinc, avec une dizaine de personnes autour de lui. Il y a « M. Raymond », de l’ameublement, celui dont les vendeuses avaient cru qu’il les « faisait marcher ». Et une jeune femme à l’air décidé qui toise le vide sans broncher et qui n’a pas lâché son sac à main. Elle se nomme Monique Lenssens et elle travaillait au cinquième étage, au service des statistiques. Quand l’alarme a retenti, Monique Lenssens avait fini de déjeuner. Elle regagnait le bureau, en tenant à la main son dessert, une gaufre. A côté d’elle son amie, Josette, une fille-mère qu’elle avait prise sous sa protection. Du cinquième étage, il faut franchir plusieurs passages acrobatiques pour atteindre la corniche. Deux hommes, talonnés par le feu, se sont jetés dans le vide devant elles, et elles ont vu les corps éclater sur le pavés. Josette, que le feu terrifie, veut sauter elle aussi. Monique lui administre une paire de claques.

– Et maintenant, pense à ton gosse !

Ainsi, Monique et Josette se sont-elles retrouvées sur la corniche avec les autres.

Il y a dix minutes qu’elles sont là, et, à présent, le zinc commence à chauffer. Monique a découvert un filet d’eau dans une gouttière et, de temps en temps, elle va s’y refroidir les pieds. En bas, d’un peu partout, des corps continuent à s’écraser sur le trottoir. Du haut de leur perchoir les réfugiés de la corniche voient un prêtre leur donner l’absolution.

C’est le père Robyns, un vieux curé de Notre-Dame-du-Finistère, l’église voisine, qui est accouru dès le début du feu. Entre deux absolutions, le père Robyns lève son visage vers les prisonniers de l’incendie et, les mains en porte-voix, leur crie : « Surtout, ne sautez-pas, restez calmes. On vient. »

On vient, en effet. Une voiture de pompiers, une échelle à coulisse sur son toit, s’engage dans la rue du Damier. Sauvés ? Non. Car au dernier moment, les pompiers ont aperçu un gros câble aérien qui courait le long de la façade. Ils ont pensé à la haute tension. Et ils n’osent pas déployer leur échelle métallique. Plus tard, on s’apercevra qu’il ne s’agissait que d’un câble téléphonique. Mais pour l’heure, les gens de la corniche, qui n’en peuvent plus d’émotion, regardent la voiture des pompiers s’éloigner en marche arrière et disparaitre au coin de la rue. Ils se retournent. Derrière eux, par les fenêtres, on voit le feu qui s’approche. Bientôt, la corniche sera intenable. Il va falloir sauter. Les réfugiés sont là depuis vingt minutes et en bas, dans la rue, toujours pas l’ombre d’une bâche de sauvetage. Mais plutôt se briser les os que de mourir sur le gril.

Un bolide passe près de moi : la dame au sac

– J’étais au bord de la corniche, les genoux pliés, raconte le docteur Couturat. J’avais repéré des fils électriques au milieu de la rue. Et j’étais en train de me dire qu’avec un peu de chance – enfin beaucoup de chance ! – ils pourraient amortir ma chute. C’est alors que le miracle s’est produit.

Le miracle est un petit homme en blouse, presque chauve, la cinquantaine, bedonnant (« Un personnage de Simenon », dira François Couturat). Il se nomme Jeff Van Belingen, et fait partie de l’équipe de décoration du magasin. Par chance, la décoration d’ « Inno » a son local à part, de l’autre côté de la rue. Jeff s’est souvenu qu’il avait un stock de cordes dans son atelier. Il en a coupé vingt-cinq mètres, la hauteur des quatre étages, plus ce qu’il faut pour faire un nœud. Il l’a roulée en courtes boucles pour former un paquet. Et il a essayé de la lancer aux naufragés. Mais, à quelques mètres de la corniche, la corde est retombée sur le trottoir. Le petit homme l’a ramassée et il a disparu sous une porte. Alors, Couturat et ses voisins, les nerfs brisés, sont passés une fois de plus de l’espoir au désespoir.

– Pour moi, dit François Couturat, c’était le dernier carat et j’allais me balancer. Quand tout à coup j’ai vu réapparaitre mon homme. Il était presque en face de moi, au troisième étage, de l’autre côté de la rue, cramponné à l’encadrement d’une fenêtre.

Coppens, mon collègue flamand, a eu l’idée de l’attacher à une cheminée d’aération. Et la descente a commencé. Ah ! cette corde. Grosse comme un crayon, blanche avec un petit filet bleu, je m’en souviendrai toujours. Impossible de la tenir. Je me suis laissé glisser et j’ai tout de suite eu la peau des mains arrachée.

J’allais sauter, un petit homme apparait et me lance une corde

J’avais tellement mal qu’au milieu de la descente, j’ai cru que j’allais tout lâcher. En bas, les sauveteurs l’ont senti. Au même moment, une bâche venait enfin d’arriver. On l’a tendue sous la corde. Mais à l’instant où j’allais sauter, voilà la bâche qui s’écarte sur ma gauche. Plus question de lâcher. Je me cramponne de mes deux mains brûlées. Et je vois passer à côté de moi une sorte de bolide : la dame au sac à main, qui rebondit dans la bâche.

Monique Lanssens la dame au sac, avait bien décidé d’emprunter la corde. Mais il y avait ce sac qu’elle ne voulait pas lâcher. Et il y avait Josette, la fille mère, sa protégée, anéantie d’effroi, qui voulait sauter dans le vide avant même l’arrivée de la bâche. Finalement, Josette se laisse convaincre. Mais au moment où va arriver le tour de Monique, la corniche surchauffée, lui brûle la plante des pieds. Impossible d’attendre que François Couturat ait fini sa descente. Elle fait signe aux sauveteurs de la bâche, calcule son élan pour ne pas heurter les fils électriques, et saute.

Deux fois l’extrême onction le même jour

Dans Bruxelles dominé maintenant par le nuage noir de l’incendie, l’alerte est générale. André Lanssens, le mari de Monique, qui travaille sur les hauteurs de la ville, a tout de suite eu le sentiment que sa femme était en danger. Il est monté sur le toit de son bureau, il s’est orienté à l’aide d’une petite boussole et il en a conclu que l’incendie était dans le quartier de l’ « Innovation ».

Il fonce avec sa voiture, en slalom à travers les embouteillages, franchit les barrages de police, défonce une porte de l’ « Innovation », est repoussé par les flammes et finit par se dire que si sa femme est sauvée, elle a téléphoné à son bureau. Il cherche un téléphone, mais toutes les lignes sont déjà occupées par la chasse aux nouvelles. Finalement, il obtient son bureau et apprend que sa femme est à la clinique Disca. Mais ce n’est pas elle qui le lui a appris.

Dévoré par l’inquiétude, il fonce à la clinique et découvre sa femme qui lui sourit entre deux oreillers.

– Alors, qu’est-ce que tu as ?

– Oh ! presque rien. Une fracture de la colonne vertébrale.

En tombant dans la bâche jambes tendues, Monique s’est fracturé une vertèbre, mais la moelle épinière n’est pas atteinte.

– Et ce fameux sac, enfin, qu’est-ce qu’il pouvait bien contenir ?

– Mon chèque d’allocations familiales : j’avais eu l’imprudence de le signer à l’avance. Alors, vous comprenez, n’importe qui aurait pu l’encaisser.

Ils sont tous sauvés, ceux de la corniche : Monique et sa fille mère, le team franco-belge Couturat-Coppens, M. Raymond et ses vendeuses, tous. Mais il était temps. Jeff Van Belingen me révélera plus tard :

– Au moment où j’ai lancé la corde, j’ai vu quelque chose que vous n’avez pas vu : le mur, derrière nous, qui venait de se lézarder sous l’effet de la chaleur…

Au même instant, sur le trottoir de la rue du Damier, le père Robyns donnait l’extrême-onction à la baronne Griendl. Elle tournait de l’œil, le visage noir de fumée, le manteau brûlé, mais cependant bien vivante, avec son fils Olivier à côté d’elle qui venait de la retrouver par miracle dans la cohue après sa descente sur la rampe de l’escalier en feu. On l’a conduite à l’hôpital Saint-Pierre. Et là, l’aumônier, en la désignant, a dit à une infirmière :

– Celle-là n’en a pas pour deux heures. Je vais l’administrer sans autorisation.

– C’est ainsi, messieurs, que j’ai reçu deux fois l’extrême-onction le même jour. Je suis bonne catholique, mais trop, c’est trop !

Ceux de la corniche ont été parmi les derniers rescapés. Rue Neuve, la chaleur atteint maintenant 35° à l’air libre.

« L’Innovation », avec ses 24 000 mètres carrés de surface de vente et ses 8 000 mètres carrés d’entrepôts, l’orgueilleux magasin aux 30 millions de chiffre d’affaires quotidien, n’est plus qu’un immense brasier, qu’un immense four crématoire où se consument trois cents pauvres morts. Victimes d’un fléau monstrueux, révoltant. Et cependant – quelles que soient les responsabilités en cause – victimes d’un certain progrès. Victimes de la société de consommation, avec ses risques que nous devons admettre au même titre que ceux de l’autoroute ou de l’avion.

Au 4° étage de la Rue-aux-Choux, une vieille dame achève de brûler contre la grille d’un balcon, sous les yeux fascinés des sauveteurs et des badauds. Rue Neuve, on emmène une femme désespérée (c’est Christiane Paul, l’étudiante rescapée, qui racontera l’histoire). Elle était avec son fils dans le magasin. A travers la fumée noire et poisseuse – la fumée des incendies modernes : nylon, plastique, produits de synthèse – elle a saisi la main d’enfant qui se tendait vers elle. Elle a traversé tout l’incendie et quand elle est arrivée dans la rue, elle s’est aperçue que l’enfant qu’elle venait de sauver n’était pas le sien…

Il est 15 h 15. Cent dix minutes après la sonnerie d’alarme, la glorieuse verrière modern’style de « l’Innovation » vient de s’écrouler au milieu du brasier, dans une gigantesque, une fabuleuse pluie d’étincelles. Tout est consommé. Les ambulances qui sillonnent Bruxelles n’auront plus de vivants à transporter. Le temps de l’horreur est fini. Celui du deuil commence.

Le drapeau américain : de la parade à l’horreur

C’était le 13 mai. Ce jour-là, la Rue Neuve, à Bruxelles, est devenue une annexe de la V° avenue de New York. Les majorettes défilaient sous les confetti. Les magasins Innovation avaient organisé cette grande parade pour annoncer la « quinzaine commerciale américaine ». De vrais Indiens étaient venus d’Amérique : les enfants voulaient les voir et les toucher. Mais le lendemain du défilé, des tracts réclamaient le boycottage de « la quinzaine américaine » et la direction d’Innovation recevait des lettres de menaces. « Il faut mettre fin aux manœuvres de propagande U.S., disaient les tracts. Les anti-impérialistes sont prêts à employer de nombreux moyens pour faire entendre leur volonté. » De nombreux moyens ? C’est cette phrase aujourd’hui qui, après le feu, la douleur et les morts, fait peur. Une incendie aussi terrible que celui d’Innovation peut-il avoir été provoqué par l’homme ?

La joyeuse parade de la rue Neuve. C’était il y a quelques jours, pour annoncer l’exposition. Les majorettes étaient pour la plupart des employés du magasin.

Ils ne devaient pas mourir ce jour là

Les pompiers ont brisé leur prison d’acier

Sur la façade où cent drames se jouent à la fois, deux visages déformés par la terreur. Ils sont là, au 2° étage, tout proche, à six mètres à peine du sol. Ils ont brisé les vitres à coups de poing. Mais les barreaux d’acier les tiennent prisonniers. Derrière eux le feu se rapproche à une vitesse folle. Ils gesticulent, ils hurlent. Mais qui les entend ? Elle a 23 ans. Il a 24 ans. Ils vont mourir. Et puis soudain une échelle jaillit. Un pompier brise leur carcan de verre et d’acier. Elle s’appelle Catherine Seydel, elle est étudiante en sciences économiques. Il s’appelle Paul Rayer, il est ingénieur des Mines. « J’essayais une veste, dit Catherine. Paul était avec moi, au 2° étage, dans la cabine d’essayage. Soudain j’ai senti une odeur de brûlé. J’ai écarté les rideaux. Devant nous tout l’étage brûlait. Autour de nous plus personne. Paul a défoncé un panneau. Nous avons aperçu une fenêtre. Mais nous ne pouvions pas l’ouvrir. Nous ne pouvions pas écarter les barreaux. Les gens dans la rue regardaient ailleurs. Quand le pompier est arrivé, ma jupe venait de prendre feu. »

Paul et Catherine à l’hôpital Saint-Pierre : ils sont blessés aux mains. Mais pas de brûlures graves.

Monique Leussens à la clinique : fracture de la colonné vertébrale. Mais la moelle épinière n’est pas atteinte. Elle est sûre de guérir.

Elle n’a jamais voulu se séparer de son sac

On l’appelle désormais « la dame au sac ». Monique Leussens a refusé une corde qu’on lui tendait. Du 4° étage elle s’est jetée dans le vide. Les pompiers l’ont reçue dans une bâche tendue. « En prenant la corde, dit-elle, j’aurais dû lâcher mon sac. Impossible ! Il y avait mon chèque d’allocations familiales. »

Le docteur Couturat a empoigné la corde. En bas, il remercie son sauveteur, Jeff Van Belingen (à g.)

Le décorateur les a sauvés en lançant une corde

25 mètres de corde blanche épaisse comme un crayon : pour eux c’est le salut. Jeff Van Belingen, est décorateur aux mgasins Innovation : « Je suis souvenu d’un stock de corde qui traînait à l’atelier, raconte-t-il. Il y avait dix personnes qui attendaient sur une corniche au 4° étage. Je leur ai lancé ma corde par la fenêtre d’une maison voisine. » « A la descente, disent les rescapés, cela brûlait les mains jusqu’aux os. »

On l’avait cru mort à sa fenêtre

A la fenêtre du 3° étage, une silhouette inerte. Tout à l’heure les pompiers sont montés ici. « Y a-t-il des vivants ? » a crié l’un d’eux. Une femme a répondu. On l’a emmenée. Mais Joseph Gequières, le plongeur du restaurant, ne pouvait plus bouger. Il étouffait lentement. On l’a laissé pour mort. Et puis, soudain, un souffle d’air. Gequières sort du coma. Il lève un bras. Et c’est le miracle : on l’aperçoit d’en bas. La grande échelle, remonte vers lui. Il est sauvé.

Joseph Gequières, 60 ans, sur son lit d’hôpital : douze heures sous une tente à oxygène. Il est brûlé au premier degré.

Sauvée ! Dans la foule, une jeune femme retrouve sa mère. Pour des centaines d’autres Bruxellois l’attente et l’angoisse vont durer pendant des jours

Mais 250 clientes n’auront pas autant de chance que ces femmes qui, miraculeusement rescapées de la catastrophe, en seront quittes pour l’hôpital.

Ci-dessous, obligée d’évacuer sa maison, elle emporte ses canaris.

Blessées mais sauvées. Ci-dessus, la corde a déchiré ses mains.

 

 

 

 

L’incendie de l’innovation en 1967 … si loin et si proche de moi

Loi de Murphy selon Wikipédia

« S’il existe au moins deux façons de faire quelque chose et qu’au moins l’une de ces façons peut entraîner une catastrophe, il se trouvera forcément quelqu’un quelque part pour emprunter cette voie. »

La loi de Murphy est le constat, élevé au rang de principe fondamental de l’univers, que « le pire est toujours certain ».

On ne considère pas la loi de Murphy comme vraie, mais on conçoit tout système comme si la loi était vraie. En particulier, un équipement doit être à l’épreuve non seulement des accidents les plus improbables, mais aussi des manœuvres les plus stupides de la part de l’utilisateur.

Note personnelle ou conclusion avant l’heure: si on avait tenu compte de cette loi, si on avait pris un peu plus au sérieux que le pire est toujours certain ou du moins probable, ce sont des milliers de personnes décédées, blessées, traumatisées, touchées par un lien familial qui auraient pu être épargnées.

Tout le monde en a déjà parlé …

Alors pourquoi ai-je ressenti ce besoin d’écrire un billet personnel ? Parce que c’est aussi une partie de mon histoire personnelle et familiale, une sorte d’héritage que je dois porter et dont je dois parler.

Je pense que cet incendie a eu sa part d’influence sur ma personnalité. Et j’ai envie d’ajouter ma pierre à l’édifice pour que personne n’oublie ce qui fut la plus grande catastrophe de l’histoire de Belgique en temps de paix. Et, surtout, que personne ne néglige plus jamais la sécurité incendie.

(c) Le Soir Illustré et biblio mania

Et si …, ces (non) choix qui nous sauvent la vie

Ma mère, Myriam Minique (si vous l’avez connue dans sa jeunesse : Contact), qui avait 23 ans le jour du drame, travaillait dans une crèche à Boondael à l’époque.

Le jour du drame, elle s’est rendue à la mutuelle dans le centre ville. Durant le temps de midi, elle voulut prendre son après-midi en congé. Elle failli téléphoner à sa collègue pour lui demander de la remplacer. Et elle se serait rendu à l’Innovation, si elle l’avait fait car c’était son magasin préféré.

Au final, elle s’est dit que de toute façon elle n’avait pas les sous, refuse de déranger sa collègue et prend son service comme prévu.

Et si …

Cette question, je me la pose souvent pour moi-même. Et si  un jour, je prends un train plus tôt ou plus tard, ou le bon train … Et qu’il y a un accident. Et si mon lacet se défait et qu’à quelques minutes près, c’est un autre qui se fait renverser à ma place.

Ma mère, ce jour là, a failli y rester ou connaitre plus directement le traumatisme.

Cela veut dire aussi qu’elle a pu développer ce qu’on appelle le syndrôme du survivant (interview d’une psychologue, page wikipédia).

Tout le monde se souvient

Il n’est pas nécessaire d’être allé à l’Innovation ce jour là pour avoir connu le traumatisme.

Le nombre de gens impactés est bien plus grand que cela. Chaque bruxellois connaissait quelqu’un directement ou indirectement touché par l’incendie. Les secouristes, badauds, pompiers, habitués de l’Innovation, familles et amis de ces personnes là, ce sont plusieurs milliers ou dizaine de milliers de personnes qui ont vécu cela dans leur chair.

Ce jour là, un opticien de la rue où ma mère travaillait a fermé ses volets à 16H. Son épouse était cheffe vendeuse à l’Innovation. On peut imaginer, et lui rendre hommage ainsi, qu’elle est restée prisonnière et qu’elle a aidé autant qu’elle pouvait les clients et les collègues à s’échapper faisant ainsi honneur à ses responsabilités. Mais, cela console-t-il vraiment de le savoir ou de l’imaginer ?

Ma mère me racontait également l’histoire d’une mère qui était dans l’innovation. Une amie la croise dans le tram et lui fait remarquer avec le sourire qu’elle a survécu. Mais, sans savoir, que son enfant et sa mère, eux y sont restés.

Du côté de mon père aussi

Ma grand-mère paternelle, je l’ai peu connue, bien qu’elle ait vécu jusqu’à un âge avancé.

Elle s’appelait Marie-Thérèse COLLETTE. Il se fait qu’elle travaillait le jour du drame au premier étage, celui où l’incendie s’est déclaré. La vendeuse qui a lancé l’alerte s’appelait aussi Marie-Thérèse mais, après renseignements, son nom de famille était Vanderhaegen. Jusqu’à récemment, j’ignorais totalement ce fait.

(c) RTBF

Mon fonctionnement interne

Je suis un peu comme un joueur d’échecs, j’essaie souvent de deviner ce qui va arriver. Je m’imagine des scènes. C’est la manière trouvée par mon cerveau pour gérer le stress et les angoisses. En même temps que se déroulent sous mes yeux mes rêves éveillés, je vois ce qui va et ne va pas, je peux ajuster mes réactions. Cela m’est souvent utile.

Mais, à contrario, surtout dans ses moments d’angoisse post-attentats, ce n’est pas toujours joyeux.

Une de mes grandes peurs, depuis tout petit, est de perdre ceux que j’aime. Ou d’être perdu pour eux (je sais, pas très original). Un de mes plus grands cauchemars: perdre la vie sur le chemin du retour et laisser ma fille m’attendre à l’école. Sans « adieux », sans que plus jamais elle ne me revoie, l’abandonnant involontairement pour toujours.

Et dans tous ces témoignages lus, entendus, ce sont ceux là qui me touchent le plus: ces familles détruites par la disparition d’un proche, d’un ami, d’un enfant, d’un mari, d’une épouse. Quand je lis ces histoires de main qui lâche, d’enfant écrasés, de parents perdus … j’en ai les larmes aux yeux; j’en pleure véritablement. Car je ne peux m’empêcher de me mettre à la place de ces gens. Je ne peux éviter de penser perdre ma compagne ou ma fille et d’en être irrémédiablement détruit.

Au boulot

Je suis délégué syndical, je fais parfois des visites de bâtiment dans le but de vérifier leur conformité. C’est une mission souvent déconsidérée dans les faits mais, pourtant, d’une importance cruciale.

Durant mes études, j’ai été sensibilisé au bien-être au travail et aux normes qui y sont accolées. Il y a deux choses que je vérifie systématiquement: l’hygiène (savon dans les toilettes ?, propreté ?) et les normes incendie. Ca me rend furieux (même si je ne le montre pas) quand je vois des graves problèmes.

A bien y réfléchir, aujourd’hui, je me demande si cette histoire familiale que j’ignorais jusqu’il y a peu, n’est pas en partie la cause de cette très grande importance que j’accorde à la sécurité incendie. Et de l’irritation que je ne peux m’empêcher de ressentir face, parfois, au je m’enfoutisme des collègues ou des autres syndicats, au relativisme trop fréquent face à des situations anormales: un couloir encombré, des charges calorifiques inutiles, une sortie de secours fermée et dont on ne sait où se trouve la clé (!!).

(c) RTBF

La bêtise humaine … et les héros

Ce jour là, il y a eu des actes extrêmement courageux et héroïques ! Des gens ont fait tout ce qui leur était possible, sans trop réfléchir, pour aider. Et il y a certainement eu des vies sauvées grâce à cela. Et ça, c’est vraiment beau.

Mais d’un autre côté, je ne peux pas non plus oublier les gens qui en ont profité pour voler un appareil photo ou dans la caisse et qui ont profité de cet immense malheur pour leur profit personnel. J’espère qu’ils en ont acquis des immenses remords par la suite.

Egalement, je pense que la sécurité incendie aurait pu être bien meilleure. Elle l’était déjà (splinklers) dans d’autres magasins donc, hormis le coût, c’était tout à fait possible ! Les nombreuses erreurs commises et dysfonctionnements ont fait beaucoup de victimes. Je comprends le « non lieu » au regard des normes (inexistantes) de l’école et, heureusement, l’arsenal législatif a été étoffé depuis mais quand même … il ne faut pas attendre d’être obligé pour agir. Alors, oui, ça me mets en colère.

C’était une époque où il y avait sans doute trop de confiance ?! Cette anecdote où un employé, avant de s’enfuir avec raison, signale au restaurant qu’il y a le feu ! Et personne ne le croit ! Mais, avec une sonnerie incendie fonctionnant mieux, le restaurant aurait été évacué plus vite.

Incompétence, injustice

Ce drame est un mélange de malchance, de mauvais choix humains et techniques et, sans doute aussi, d’incompétence et d’économies mal placées.

Enfant, j’ai été un peu traumatisé par l’histoire du Titanic qui rappelle beaucoup de ces ingrédients avec un excès d’optimisme et des mauvais choix. Et des hommes et femmes piégés au milieu d’un élément froid et mortel. C’était de l’eau, pas du feu: seule différence de ce piège mortel, qui ne le rend pas moins horrible.

(c) Paris Match

Attentats, foule

J’ai toujours été sensibilisé aux effets de foule: écrasements, panique, etc … Et les attentats injustes et horribles qui se sont déroulés ces dernières années, n’ont fait qu’accentuer cette petite phobie que je garde sous contrôle.

Le 14 juillet 2016, je n’étais pas à Nice, j’étais aux Sables d’Olonne. Plage noire de monde, digue de mer également. Nous y avons assisté d’un endroit où nous ne risquions pas l’écrasement. Et quand tout fut finit, nous avons attendu que la foule se dissipe. Car, ce sont des choses que j’ai toujours faites.

En rentrant à l’hôtel, nous avons allumé la télévision, il y avait l’attentat de Nice qui tournait en boucle. Et j’ai compris que ce genre de précautions n’était certainement pas inutiles même si je n’imaginais pas à quel point.

Je déteste me promener dans la rue Neuve quand elle est noire de monde. Et je ne cesse de penser aux catastrophes possibles. Ca ne m’empêche pas de vivre. Mais j’ai cette angoisse en moi. Et je regrette que ma fille grandisse dans un monde pareil même si je veux la préserver au maximum. C’est une bonne chose qu’elle ne sache pas encore que le monde n’est pas tout rose.

Plus jamais ça, soyons toujours vigilants

Rappelons-nous que cet incendie a touché des milliers de personnes directement et, indirectement, encore au moins dix fois plus. Tous, on a donc de bonnes raisons de se rappeler que jusque dans notre chair, on est liés à cet événement horrible.

Il y a des lois, il y a l’inspection du bien-être au travail (SPF Emploi), il y a nos délégations syndicales. Il est de notre devoir d’alerter les bonnes personnes si on constate des dysfonctionnements dans la sécurité. Chacun, nous pouvons être un héros et éviter des morts ou des blessés évitables.

Parce que, si le pire n’est jamais certain, il est au moins toujours probable ! Cela n’arrive pas qu’aux autres !

Dans ma rue, un marchand de sommeil hébergeait des ouvriers polonais dans un immeuble prévu officiellement pour l’entreposage de matériaux. Certaines fenêtres, évacuations, avaient été fermées par des cloisons. Un incendie s’est déclaré, deux personnes se sont enfuies et deux autres sont mortes, brûlées vives. Des riverains les ont entendu crier !

Des voisins savaient mais la ville n’avait pas été alertée. Et si les responsables payeront, il est trop tard pour deux êtres humains, quelles que soient leurs origines. Dénoncer ce genre de situation, ce n’est pas de la délation, c’est du civisme ! On pense toujours que quelqu’un d’autre va le faire à notre place, que les autorités n’agiront pas, ce n’est pas forcément vrai.

Personnellement, j’ai déjà dénoncé un propriétaire verreux qui louait des kots dans des conditions anormales avec aucune norme respectée. J’ai été me renseigner s’il avait un permis locatif et il n’en avait pas. Par ailleurs, en expliquant la disposition des lieux et les manquements, il m’a été assuré qu’il n’en aurait pas sans de profonds travaux. Je l’ai fais, je ne le regrette pas, et je le referai si c’était nécessaire.

La sécurité, c’est l’affaire de tous.

(c) Le Vif

Il n’est jamais trop tard pour bien faire

Quelque chose qui m’a interpellé, c’est l’absence d’aide psychologique apportée aux victimes. Même cinquante après, je ne pense pas qu’il soit unite d’entamer ce genre de thérapies. Ou d’écouter les survivants pour leur permettre de panser leurs plaies plus facilement.

Pour aller plus loin

Le Paris Match d’il y a cinquante ans

Les photos en couleur (c) du Paris Match de 1967 avec les légendes qui y étaient écrites.

Le film en couleur de la tragédie. C’était la trêve du déjeuner. Sur la façade du magasin un drapeau étoilé annonçait la « quinzaine commerciale américaine ».

C’est la fournaise. Sous l’effet de la chaleur toutes les vitres explosent tour à tour. Mais les montants d’acier des fenêtres sont devenus comme les barreaux d’une prison. Derrière, à tous les étages c’est l’enfer.

Même le fer a fondu. Tout ce qui était de bois, de plastique a brûlé. On ne sait encore, pour combien de Bruxellois, ces décombres sont un tombeau. Des sept étages d’Innovation, il ne reste qu’un cratère géant.

Le toit brûle avant les deux derniers étages. Cette photo souligne un mystère : elle permet de se demander s’il y a un ou plusieurs foyers d’incendie. Sur sa hampe intacte le drapeau américain se consume lentement.

Ma mère possède encore le Paris Match d’il y a cinquante ans et j’ai entièrement scanné et retranscris le reportage sur l’incendie pour le mettre à disposition sur cette page de mon blog.

Média

On retrouve une couverture média importante si ce n’est pour la TV où aucune émission spciale ne semble prévue pour les 50 ans, ce qui me semble particulier même si j’imagine que le JT assurera une couverture importante des commémorations.

Web

La vie d’Adèle (film) et Le bleu est une couleur chaude (BD), critique, petite analyse et commentaires

Avant propos

J’écris cet article après avoir revu le film et relu la bande dessinée. Après coup, je me rends compte que ce fut un exercice plus compliqué que je ne l’imaginais car les deux histoires sont finalement assez différentes.

J’ai tenté une petite analyse, comparaison et critique. Cela n’a pas pour but d’être exhaustif et j’attends vos remarques contradictoires en commentaires si vous n’êtes pas d’accord.

Si l’auteure passe un jour par ici, je serais intéressé par une mini interview qui contiendrait les questions suivantes:

  • pensez-vous que le film respecte l’oeuvre originale ?
  • avez-vous aimé le film ?
  • vouliez-vous faire une histoire militante ou seulement raconter une histoire d’amour ?
  • avez-vous des commentaires par rapport à ce que j’ai écris ici ?

Un grand merci si elle voulait se prêter à ce jeu.

Spoilers ?

Soyons clairs dès le départ, comme à mon habitude, cet article dévoile les intrigues des deux oeuvres car on ne peut pas analyser sans dévoiler.

Les œuvres …

  1. Le film: « La vie d’Adèle, chapitres 1 et 2 » de Abdellatif Kechiche
  2. La BD: « Le bleu est une couleur chaude » de Julie Maroh

Thème central

Pour la Bande Dessinée, le thème est l’amour homosexuel dans un sens presque clairement militant.

Cet amour devient presqu’impossible à travers tous les obstacles qu’il rencontre:

  • parents d’Adèle qui l’expulsent et qui semblent profondément homophobes
  • le doute d’Adèle sur sa propre sexualité, alors même qu’elle ne doute pas de son amour
  • le doute d’Emma sur la sexualité d’Adèle
  • le comportement des camarades de classe

Dans le film, la pression sociale est représentée à travers les moqueries de ses camarades de classe. Il y a une scène assez violente pour Adèle, quand elle se fait attaquer par ses copines. Mais, si elle nie son homosexualité, c’est uniquement pour les autres. Elle ne doute pas d’elle-même. Et semble même très bien l’ accepter. De nouveau, elle nie celle-ci à ses parents, à ses collègues, à la société, mais ce n’est pas du tout un poids pour elle car elle considère avant tout que c’est quelque chose d’intime qui ne regarde qu’elle.

Le film a, de ce fait, un propos beaucoup plus universel. Il parle d’Amour, de premier amour et d’emprise. De même que de la difficulté du deuil amoureux. Adèle découvre l’homosexualité et la désillusion après son premier baiser. Emma lui apporte une amour partagé mais éphémère. Et, au final, elle peut se demander si elle n’a pas été totalement instrumentalisée comme le sont toutes les personnes qui passent dans la vie d’Emma.

De plus, l’absence du côté militant se marque nettement avec Emma qui ne l’est pas du tout dans le film.

Un bon film, une mauvaise adaptation

J’aime beaucoup le film, mais, pour moi, vu le changement de thème et les gros changements à l’histoire, on peut parler d’un bon film et d’une mauvaise adaptation.

Cependant, ce qui en fait un bon film pour moi vient probablement aussi de la trahison de l’adaptation. Je ne pense pas que j’aurais pu aimer autant et m’identifier aux acteurs si le propos avait été uniquement homosexuel ou, pire, s’il avait été uniquement militant.

Les titres

Dans la BD, le bleu est une astuce stylistique très bien exploitée. Jusqu’aux dernières pages, cette couleur nous montre à quel point Emma obnubile Adèle. Elle en est le repère central.

Mais, “le bleu est une couleur chaude” ramène aussi à une relation surtout sexuelle et passionnée. Là dessus, d’ailleurs, je trouve que la BD nage entre deux eaux. Les passages avec Emma après la mort d’Adèle nous montrent un amour réciproque. Alors que d’autres passages nous lancent sur la piste d’un plan cul non assumé.

Dans le film, on suit Adèle tout le temps. Le chapitre 1 et 2 pourraient laisser penser à une suite possible, sans doute voulue à l’origine. Le bleu y est beaucoup moins présent et il n’y a pas eu de recherche stylistique en ce sens. Je trouve logique le changement de titre (pour la version originale française.)

Gérer son premier Amour et en faire le deuil

C’est pour moi un thème majeur des deux histoires.

Y a-t-il une vie après le premier amour ? Il y a en tout cas une mort si on ne sait pas en faire le deuil …

La relation Adèle – Emma

Dans le film

Emma est intriguée par Adèle. Elle l’amuse et est une source d’inspiration. Mais la Emma du film a une personnalité extrêmement narcissique et très égocentrique. Oui, elle est capable d’avoir des sentiments ou de la tendresse pour les autres: ce n’est pas une psychopathe. Mais, pour autant, c’est aussi quelqu’un qui utilise les gens comme elle le voudrait et pour son plaisir personnel.

Emma a un tout premier but: réussir en tant qu’artiste. Adèle est celle, grâce à son inspiration qui lui permet de commencer à être reconnue. Mais elle est aussi un léger boulet car elle refuse (ou est incapable) de s’intégrer à ce milieu.

Elle a ensuite un deuxième but, dont elle ne s’entretient même pas avec Adèle, avoir un enfant. Dès ce moment, Adèle ne compte plus du tout. Quels qu’aient pu être ses sentiments à son égard, sa réussite professionnelle et maternelle compte plus que ses sentiments envers Adèle. Et cette dernière est remplacée aisément.

Le troisième but pourrait être de devenir elle-même maman de son propre enfant. On remarque cette scène où Emma refuse de consommer de l’alcool comme si elle était enceinte (ou tentait de l’être !).

Chacun de ces buts a évidemment une incidence très forte sur la relation. Mais, la personnalité d’Emma joue également un rôle important. On voit à plusieurs reprises qu’elle tolère très difficilement la contradiction. Elle qui pourrait être très ouverte et tolérante du fait de sa sexualité est en fait totalement fermée.

On le voit notamment dans les discussions « intellectuelles » qu’elles ont. Ces scènes servent à nous montrer le fossé qui les sépare de ce point de vue (et qui n’est dérangeant que pour Emma) mais nous montrent aussi que quand Adèle affirme quelque chose avec sa candeur naïve, Emma en rit avec un définitif « je ne crois pas non » (ou quelque chose approchant).

Emma étant très narcissique, elle a été attirée par l’ascendant qu’elle avait sur Adèle mais cette dernière, en refusant d’épouser une carrière d’artiste, la renvoie à ses propres choix moins stables financièrement. La critique d’Adèle pour ce genre de métiers ne concernait qu’elle même, toutefois,  il est indéniable que le refus d’Adèle de rentrer dans ce style de carrière n’a pu que la blesser et l’éloigner toujours plus.

Dans la BD

Emma est aussi un obstacle à la relation par son manque d’assurance et par la peur de voir Adèle se découvrir finalement hétéro.  Par ailleurs, elle est beaucoup moins narcissique et beaucoup plus engagée dans des combats publics pour les autres.

Elle est donc très différente de celle du film. Sa personnalité est moins affirmée. Tout comme celle d’Adèle d’ailleurs.

Le couple dure beaucoup plus longtemps; il semble plus fort et équilibré. Il est très lent à s’officialiser, mettant même Adèle dans une position de maîtresse au début. Dans le film,  les choses vont plus vite à se faire et à se défaire.

Ce que je retiens le plus de la BD sont les blessures, la peur d’être blessé et  les relations très sensible  avec une difficulté de communication.

La fin

La fin du film laisse encore un certain espoir. Pour moi, Adèle commence ou a fait le deuil de l’amour. Elle va pouvoir avancer et continuer sa vie. Elle est à la croisée des chemins. Et on nous montre un éloignement de l’univer relationnel d’Emma, même avec les personnes avec qui elle avait le plus d’affinités dans ce cercle. Comme le garçon qui la cherche mais ne la trouve pas car elle a déjà pris un « tournant » qui la rend inaccessible.

La BD connaît une fin beaucoup plus abrupte. Adèle décède et Emma regrette de n’avoir pas plus profiter de la vie avec sa compagne. Cette fin m’a fait penser au fantasme que peuvent avoir ceux qui n’arrivent pas à faire le deuil d’une relation, envisageant jusqu’au suicide car leur vie n’a plus de sens ou qu’ils pensent que cela pourrait les rapprocher de l’être aimé ou provoquer, par dépit, de la culpabilité dans son chef.

D’un côté le deuil de la relation est fait ou semble en bonne voie. De l’autre il n’est pas fait et c’est celui de sa propre personne qu’il faut maintenant le faire. En considérant les deux histoires côte à côte, on pourrait presque y voir un message …

Suggérer VS Montrer

La BD a cette poésie terrible de ne pas tout écrire, de ne pas tout montrer. Un exemple très fort de ces « silences » est évidemment la scène où Adèle se fait virer de chez elle par ses parents.

Le film est dans une extrême totalement inverse. On est dans le gros plan permanent, les scènes de sexe sont longues (très belles) et on ne nous cache rien, seules finalement les pensées d’Adèle nous échappent (mais la BD nous les montre, justement, du fait du narrateur « journal intime »).

La désunion

Dans le film, la désunion est montrée comme un processus lent dont la responsabilité peut d’abord être imputée à Emma. Elle est de moins en moins présente et perd de l’intérêt pour Adèle car elle veut rester dans l’intime et ne pas dévoiler ses écrits au monde.

Donc, Emma profite d’une incartade d’Adèle pour mettre fin à la relation, ce qu’elle n’osait probablement pas faire elle-même. Il est probable et même certain que la tromperie lui a fait mal, je ne le nie pas. Mais je pense également que cela arrivait au bon moment et que ça l’arrangeait. Peut-être même qu’elle s’attendait à cette trahison et qu’elle l’a provoqué inconsciemment.

Dans ce que montre le film, on voit une Adèle se retrouver sexuellement face à un mur (Emma qui fait semblant d’avoir ses règles) et se retrouve à être systématiquement seule le soir avec Emma qui reste près de sa maitresse. A côté de cela, Adèle prépare toute seule la réception pour Emma et on a pas vraiment de reproches à lui faire.

Le film montre de la tendresse et de la tristesse de la part d’Emma quand elles se revoient au café. Il montre également que l’attirance sexuelle et les souvenirs sont toujours là. Mais, on comprend qu’Emma n’aime plus Adèle et, au fond, on peut même se demander si cet amour a existé un jour.

Comme un miroir, au début Adèle pleure avant de rompre alors qu’elle n’aime pas Thomas. Et à la fin, Emma pleure pendant qu’elle dit ne plus avoir de sentiments pour Adèle.

Et c’est là une grosse différence avec la BD. Dans cette dernière, Emma semble aimer Adèle dès leur premier croisement de regard et n’a jamais cessé d’avoir des sentiments pour elle.

Certes, le couple dysfonctionnait également lors de la rupture. Mais, s’il avait tenu plus de dix ans, Emma est toujours présente et la distance s’instaure plus à cause de la militance « politique » que par manque d’amour. Quand Adèle trompe Emma et provoque la rupture, elles s’aiment toujours ! Et Emma accepte même de recoller les morceaux mais c’est la maladie qui provoque la désunion irrémédiable et finale.

Par ailleurs, cette distance est aussi expliquée par la perte du père. Quand Adèle perd le contact avec ses parents, une blessure nait en elle, qui ne guérit jamais vraiment. Ainsi, dans la BD, les causes sont bien plus partagées et Adèle, au delà de la tromperie (qui dans les deux cas est plus un symptôme qu’une cause !), a une part bien réelle.

L’isolement

Dans la BD, Adèle ne se retrouve jamais isolée. Valentin reste à ses côtés jusqu’au bout et elle continue à avoir une vie sociale, de ce qu’on en voit.

Dans le film, on ressent qu’après l’école, elle se coupe socialement, ne voit plus ses amis d’enfance et ne participe pas aux activités extra professionnelle dans son école. Et, même avec les amis d’Emma, il n’y a pas de forte intégration car ils sont tout simplement trop différents à l’exception d’une seule personne.

Ce n’est qu’une fois qu’elle se retrouve de plus en plus seule chez elle qu’elle fait le pas vers les autres et qu’elle en arrive à tromper Emma, plus pour se sentir moins isolée que par désamour pour Emma.

Il est à noter que ce n’est pas Emma qui enferme Adèle, c’est Adèle qui s’enferme toute seule car son Amour est tellement grand qu’elle en vient à se sacrifier et à ne plus avoir d’envies en dehors de son dévouement total pour l’être aimé.

Différences

Par moment, j’ai eu l’impression que les différences ont été recherchées tant elles sont nombreuses.

Par exemple, dans la BD Adèle ne fume pas. Sa mère dit que c’est un vice qu’Emma ne lui  a pas transmis. Dans le film, on la voit énormément fumer.

L’attention à la couleur bleue est très prononcée dans la BD et n’a presqu’aucune importance dans le film.

Je ne vais pas faire la liste des différences mais mon impression a été que le réalisateur voulait tellement s’approprier l’oeuvre qu’il a fini par en faire quelque chose de totalement nouveau.

Conclusion

J’ai préféré le film tout en appréciant la BD. Celle-ci ressemble énormément à ce que j’aime lire: des œuvres graphiquement travaillées, des histoires intimes et des histoires bien racontées. Mais elle me parle moins, tout simplement.

Sans savoir si cela a vraiment joué, je voudrais dire que j’ai vu le film avant de lire la bande dessinée.

La discussion d’après film m’a incité à prolonger vers ma propre histoire, vers les sentiments et émotions que celui-ci a évoqué en moi. Celle sur la BD m’a porté vers l’esthétique même du récit très très bien retranscrite. Ces récits ont donc dégagé des choses assez différentes en moi.

Enfin, pour dire vrai, cet amour endeuillé et impossible m’a plus dérangé dans la BD car elle pourrait encourager des fantasmes morbides et surtout dangereux. Je pense qu’au final, la vision de l’amour du film est plus positive et tournée vers l’avenir.

L’adoption: Qinaya Tome 1, BD de Zidrou

On peut pas dire ce qu’on a jamais entendu

Alors on grandit seul, on vieillit seul, on meurt seul, tout ça sans avoir vécu

Sur de rien, Shurik’n

Zidrou dans l’adoption (Tome 1), c’est une belle histoire remplie d’émotions.

La BD m’avait été conseillée par une vendeuse quand je lui avait dit être un très grand fan de Jim (aussi édité chez Grand Angle). Pourtant, je n’avais encore jamais fait le pas, reportant sans cesse mon achat. La couverture ne me plaisait pas, le thème me paraissait lourd et potentiellement rempli de bons sentiments. Bref, j’hésitais.

Puis, vint la publication dans le journal Métro pour préparer la sortie du tome 2. Et j’ai tout de suite accroché. Le posséder est devenu très rapidement un « besoin ». Ma compagne me l’a offerte et je l’ai lue début de semaine.

Je vais en parler un petit peu même si elle ne m’inspire pas de grandes analyses. Et je mettrai peut-être l’article à jour après parution du tome 2 …

Etre père

L’absence de père, symbolique ou bien réel, est un thème récurrent et important du récit:

  • un des amis de Gabriel a perdu un enfant
  • avoir un enfant par adoption : en sauvant un enfant qui n’a pas eu de père, on peut tenter de soigner sa propre blessure narcissique de ne pas en avoir eu. On remarquera que c’est le fils de Gabriel qui est le plus persuadé d’avoir bien agi.
  • Gabriel n’a pas été un père et on peut se douter qu’il le sait. Cette agressivité qu’il a envers son propre fils ressemble fortement à cette culpabilité offensive que ressentent parfois ceux qui savent qu’ils n’en ont pas fait assez, même avec les meilleures raisons du monde.
  • avoir un enfant par adoption (2): parfois il y a des raisons psychologiques qui font qu’on arrive pas avoir un enfant par voie naturelle. Ces raisons peuvent être liées à une enfance où le père a manqué et l’angoisse de ne pas pouvoir en devenir un bon soi-même.

D’une certaine manière, c’est banal car beaucoup de nos parents ou grands parents ont été des pères peu présents et pleinement investis dans leur travail. Ce n’est que récemment qu’en tant que père, on cherche à s’investir autant auprès de nos épouses que de nos enfants. Mais c’est très difficile d’être une figure paternelle quand on a pas eu de modèle au départ. Il faut inventer sa fonction.

Gabriel découvre qu’il peut être un bon parent,  y prend goût et plaisir. C’est ce qui rend la fin si douloureuse et on se doute que le tome 2 accentuera cela. Son fils s’en rend compte et jalouse d’ailleurs cette relation. Cependant, en voyant l’intérêt de son père pour Qinaya, il vit un peu par procuration ce qu’il aurait aimé vivre à l’âge de la petite fille. Cela donne des sentiments ambivalents mélangeant fierté et jalousie / envie.

Adopter

L’adoption est une démarche très difficile. La BD aborde cette difficulté et le tome 2 le fera sans doute encore plus fortement.

Mais il y a aussi cette critique de nos bons sentiments d’occidentaux qui se croient autorisés à kidnapper ou  à adopter, dans des circonstances troubles, des enfants provenant d’ailleurs, sous prétexte qu’ils connaîtront forcément une meilleure vie ici.

Sauf qu’élever un enfant, lui permettre de bien grandir ne demande pas uniquement des conditions matérielles et, au contraire, la présence des parents est importante même s’ils sont « pauvres ». Une personne cherchera toujours à retrouver ou connaitre ses origines, qu’elles soient humaines ou géographiques.

Je suis très curieux d’en savoir plus sur les circonstances du rapt et ses conséquences sur Qinaya, sa famille biologique et d’adoption.

Une relation qui commence mal

Gabriel est très grognon et n’accueille pas du tout avec bonheur cette « lubie » un peu spéciale de son fils et de sa belle-fille. Il a, par ailleurs, une meilleure relation avec sa fille qu’avec son fils.

Mais, après avoir pris le temps de découvrir cet enfant, cette petite fille mignonne venue d’un autre continent, il se découvre un peu plus. Il s’ouvre aux autres et au bonheur.

Conclusion

La petite est craquante, le dessin est beau, le cadrage et la réalisation très bons, les couleurs jolies. Toutefois, sans savoir l’exprimer, il y a une sorte de « flou » qui me plait un peu moins. Peut-être suis-je trop habitué à un certain style ? Mais l’histoire prime et j’ai vraiment apprécié la lecture de cette oeuvre intimiste. Mon plus gros regret est que le tome 2 ne soit pas encore sorti ! Je n’aime pas m’arrêter à la moitié d’une histoire …

Pour une fois, je suis relativement muet mais je pense que c’est avant tout lié à cette impression de ne pas encore avoir lu toute l’histoire. Il me faudra mettre à jour cet article dans quelques mois …