Projets d’écriture

Un peu comme un défi personnel, je me suis mis à l’écriture de fiction cet été. Je n’ai eu le temps que de faire deux pages A4 en une semaine. C’est maigre, mais pour une fois, j’ai une idée de où je vais et de la fin que j’écrirai. J’ai laissé mon cerveau cogiter suffisamment avant de continuer et je ne le regrette pas.

C’est un projet que j’ai toujours eu. Mais, ici, c’est un peu spécial. Peut-être pour me faciliter la tâche et me prémunir contre toute déception quant au résultat, je le fais en partie pour apprivoiser la mise en page d’un livre et le monde de l’édition.

C’est un univers que je connais encore mal mais comme j’ai toujours été passionné par la communication et l’informatique, ce ne peux pas me faire de mal d’en apprendre un peu plus. J’ai une compagne qui lit beaucoup, elle m’a involontairement donné envie d’en savoir plus sur le monde des livres et de l’édition.

Quand je lui ai parlé de ce projet, ça l’a excité plus que je ne l’imaginais. Je n’aurais rien du lui dire, je n’aime pas avoir la pression.

Cela dit, alors que, curieusement, je lis très peu de romans depuis le sortir de mon adolescence, l’écriture vient plus facilement. J’ai vraiment l’impression que les années et les expériences de la vie peuvent être un facilitateur pour raconter des histoires. En tout cas, ça l’est vraiment pour moi. Pas que je raconte ma vie, mais le fait d’avoir vécu permets de mieux comprendre comment elle fonctionne et les destinations qu’on aurait pu ou pas du prendre avec leurs conséquences.

J’ai toujours aimé écrire. Jusqu’à présent, le blog satisfaisait pleinement mes envies. Et ce sera toujours le cas. Je suis lu ici par des gens du monde entier avec qui il m’arrive d’échanger et c’est très satisfaisant. Le blog est un peu comme ma compagne en écriture, et ce roman comme une maitresse. Le blog restera, c’est certain, il est ma première priorité.

Si certains veulent m’aider dans cette « épreuve » en lisant des chapitres et en me donnant leur avis, ils peuvent me contacter par mail ou par message et je leur enverrai la première version terminée. Ils me seront très précieux.

Allocation universelle ou allocation temps libre ?

Rappels rapides

Le principe de l’allocation universelle est d’octroyer un même montant à tout le monde, avec très peu ou sans conditions.

La sécurité sociale, elle, essaie d’être juste en accordant des indemnités ou des allocations en fonction de risques (parfois en tenant compte des revenus). Elle est conçue comme une assurance, ce qu’elle était au début, même si les choses ont évolué depuis.

Pourquoi en parler ?

A priori, je suis assez prudent avec l’allocation universelle; je la vois surtout adaptée à des pays possédant des administrations corrompues ou inexistantes. Mais, je reconnais qu’elle amène à discuter de choses intéressantes. Et, en y réfléchissant, j’ai voulu proposer des pistes réalistes pour marier le meilleur des deux mondes.

En l’écrivant ici, je participe au débat en amenant ma pierre à l’édifice. Je ne prétends pas avoir « raison » mais j’espère que cette contribution aidera à faire émerger quelque chose.

Objectifs particuliers de l’AU

A « gauche », un des arguments qui me touche est d’exposer qu’il serait bon pour l’individu et la société que nous puissions recevoir une allocation sans devoir se justifier, y compris pour ne rien faire, si l’envie nous en prenait. Je pense effectivement, que, sans excès, avoir droit à une allocation sans bureaucratie excessive et sans justificatif ne serait pas forcément un mal et permettrait de répondre à pas mal de situations non résolues aujourd’hui.

C’est par cette philosophie qu’elle diffère le plus avec la sécurité sociale actuelle (et sa branche chômage). Mais, pour permettre aux gens de disposer de leur temps libre comme ils l’entendent, est-il nécessaire de verser une allocation à « tout le monde » ? Je ne le pense pas et je vais explorer avec vous deux voies d’arrivée au même objectif mais avec des chemins assez différents et qui sont à la fois plus réalistes et moins dispendieuses.

Nom de l’AU

Concernant le nom donné à l’allocation universelle, je pense que les « supporters » de gauche auraient mieux fait de l’appeler « allocation temps libre » ou « allocation sans conditions » mais c’est sans doute un débat trop tardif. Le caractère universel de cette allocation n’était pas l’aspect le plus intéressant et dévie le débat car il apparait directement que l’universalité est non seulement risquée (financièrement) mais qu’elle est également une révolution. Or, les gens n’aiment ni les révolutions, ni les risques.

Voie 1 : élargir l’assurance chômage

En Belgique, l’assurance chômage est difficile d’accès, il faut travailler un nombre de jours élevés ou ne pas trouver d’emploi pendant une durée assez longue (allocations d’insertion). Ensuite, il faut démontrer régulièrement sa recherche d’emploi, ce qui n’est pas toujours aisé. Et au bout d’un certain temps, on est susceptibles d’être rayé automatiquement.

Ici, on la rendrait accessible à toute personne qui a fini ses études et qui n’a pas atteint l’âge de la retraite. Avec des conditions d’âges pour éviter que les jeunes n’abandonnent les études sans les finir ou des conditions de diplôme pour les motiver à les finir. Sans limitation de durée. Mais avec l’impossibilité de cumuler avec un travail ou des revenus (comme actuellement). Et sans obligation de chercher un emploi: plus de notion d’emploi convenable, d’obligation de suivre une formation ou d’accepter n’importe quel emploi qu’on vous propose.

Cette option permettrait d’économiser (un peu) dans la machine bureaucratique destinée à contrôler la recherche d’emploi mais libérerait ce même nombre de poste pour l’aide à la recherche d’emploi (qui sera toujours utile) ou la lutte contre le travail au noir (qui est un danger pour la sécurité sociale, faut-il le rappeler).

Je ne l’imagine pas sans une individualisation des droits sociaux et la possibilité de toucher du chômage à temps partiel avec un montant proportionnel au temps non travaillé (contrairement à maintenant). En effet, aujourd’hui, si vous êtes cohabitant, votre montant est diminué et si vous travaillez mi-temps vous ne touchez pas de chômage ou en tout cas beaucoup moins qu’une moitié. Mais cela reste un débat, selon moi, séparé.

En conséquences positives:

  • la pression à la hausse sur les salaires puisqu’il devient plus difficile de forcer à accepter un travail « de merde »
  • une bulle d’air financière pour les CPAS puisque leurs charges diminueraient (plus de RIS à gérer)
  • plus de carrousel ONEM – CPAS et plus d’emploi bidon juste pour faire passer quelqu’un d’une caisse à l’autre
  • accès au chômage pour les indépendants de la même manière que pour les salariés
  • le cumul entre le bénévolat et le chômage devient possible sans devoir plus faire de bureaucratie
  • la possibilité pour les CPAS de rediriger une partie de leurs moyens vers d’autres missions essentielles
  • solidarité plus large en faisant passer le financement de certaines allocations du niveau local au niveau fédéral
  • une réduction du temps de travail qui serait financée par le chômage
  • possibilité de démissionner ou de changer d’emploi sans peur de perdre son droit au chômage
  • plus grande facilité d’entreprendre sachant qu’un filet de protection existera de manière plus conséquente pour les indépendants

En conséquences négatives:

  • de l’emploi en CPAS qui disparaitra
  • un financement plus conséquent à trouver pour la sécurité sociale

En indéterminé, dans mon idée:

  • le statut des artistes
  • le statut des étudiants en école supérieure … est-ce à la sécurité sociale de financer les études supérieures ?

Les conséquences positives côtoieraient les négatives. Cela n’est pas tout blanc mais la balance est intéressante.

Voie 2 : créer une nouvelle branche de la sécurité sociale

Il existe déjà des sortes de précurseurs à ce que nous envisageons : les crédits temps. Ces allocations sont à charge de l’assurance chômage et donnés par l’ONEM (si je ne me trompe).

On pourrait créer une nouvelle branche qui correspondrait au risque « temps libre » et qui avalerait par la même occasion les crédits temps. Le chômage subsisterait à côté de même que les CPAS comme ils existent maintenant.

Si cette solution rajoute une institution en plus, elle n’en est pas moins politiquement plus facile à mettre en œuvre dans un pays (la Belgique) où le nord est plus individualiste que le sud. Partir de ce qui existe déjà (les crédits temps) pour améliorer et prendre le chemin d’une allocation temps libre serait peut-être plus facile à mettre en œuvre que de retirer toute condition de recherche d’emploi à l’assurance chômage.

Dans cette voie, le montant de l’indemnisation se ferait en fonction du statut : un chômeur toucherait la même allocation, un salarié une partie importante (mais plafonnée) de son salaire garanti pendant une durée minimale annuelle (deux mois ?) puis un forfait. Et il y aurait un quota de carrière maximal (que j’imagine à 1/5, soit environ 9 ans), on ne pourrait passer une carrière entière en « temps libre ». Il n’y aurait pas d’autres conditions.

Par ailleurs, on pourrait la prendre en la fractionnant autant qu’on le voudrait : trente jours de congés supplémentaires par an, ou un an complet ou un jour semaine, etc … Vous avez un quota que vous épuisez comme vous le voulez. Cela dit, puisque l’indemnisation est forfaitaire, passé une certaine durée au cours d’une même année, il y a un encouragement à ne pas tout prendre en une fois et à répartir sur la carrière.

On pourrait également décider de ne pas toucher l’entièreté du montant auquel on a droit pour l’épargner pour plus tard. Exemple: quelqu’un décide de passer mi-temps en allocation temps libre durant un an mais prévoit d’épargner une partie de ce à quoi il a droit pour le toucher en fin de carrière en complément d’une autre période « temps libre ».

Enfin, je l’imagine avec un cumul possible avec d’autres revenus (supplémentaire à celui de base, évidemment), dans certaines limites plafonnées.

Dans les faits, cela pourrait correspondre à une diminution du temps de travail d’un cinquième et donc pourrait être positive pour l’emploi. En mettant une limite, on peut s’assurer des gardes fous (financiers) et plus facilement estimer les risques. Et en mettant des forfaits passé une certaine utilisation annuelle, on évite un effet trop soudain et on incite à étaler voir à ne pas l’utiliser entièrement.

Financement ?

Tout cela aura un coût.

Il y aura des moyens récupérables comme la part subventionnée des RIS dans la voie 1. Il est probable que cela profiterait également à l’économie en redistribuant de l’argent qui ferait fonctionner l’économie. Ou que la sécurité sociale pourrait voir d’autres coûts diminuer du fait d’une santé améliorée par exemple.

Mais il y aura un coût certain.

Pour cela, je vois une piste qui est celle de la cotisation sociale généralisée comme en France.

On pourrait aussi envisager, pour la voie 2, une cotisation volontaire à choisir au début de sa carrière et qu’on payerait toute sa carrière. De cette manière, on financerait soi-même une partie de son coût.

Comme on est au stade préliminaire d’une idée, je me dis qu’il faut d’abord voir si ça pourrait séduire avant de regarder si cela est finançable. Toutefois, il est certain que ce sera toujours moins cher qu’une allocation universelle.

Conclusion

Ceci est partagé d’avantage comme une piste de réflexion pour aller de l’avant dans la concrétisation de l’idée d’une allocation temps libre. Idée que je trouve intéressante même si je ne partage pas les modalités proposées actuellement pour l’allocation universelle.

N’hésitez vraiment pas à critiquer, affiner et proposer en commentaires. Voir à descendre en flèche, ce n’est pas un souci.

Prix unique du livre en Belgique francophone … fausse bonne idée ?

Il y a quelques jours, je suis tombé sur cet article parlant d’une décision prise par le gouvernement de la CFWB de réglementer le prix du livre. Après avoir eu quelques discussions sur Facebook, lu le communiqué de presse (paradoxalement moins précis que l’article de journal) et fait quelques recherches sur internet, j’ai pu me faire une idée personnelle qui peut encore changer.

La tabelle va-t-elle être supprimée ?

Oui et Non.

Oui. Pour les clients ! En librairie, le prix sera le même en Belgique et en France.

Non. Pour le libraire. Lui continuera à acheter ses livres plus chers que s’il pouvait s’approvisionner en France. Comme le décret ne concerne que le prix de vente au client, le problème n’est pas réglé pour lui. Au contraire, sa marge est maintenant diminuée d’autant ! En effet, le distributeur n’étant pas contraint, il n’y a aucune raison qu’il baisse son prix de vente en Belgique.

On estime aujourd’hui que 50% des livres importés sont frappés par la tabelle, soit 35% des livres vendus par les libraires.

Concurrence plus facile pour les libraires ?

  • Par rapport aux grandes surfaces ? Oui, puisque le prix sera identique … en théorie. Les grandes surfaces auront droit à appliquer un rabais que les libraires n’auront pas forcément les moyens de proposer.
  • Par rapport à Amazon (si la loi venait à s’appliquer à Amazon … cf plus bas) ? Oui. Aujourd’hui, le différentiel de prix avec Amazon est énorme. Amazon fait une réduction de prix de 10% (BD) et 5% (livres) sur le prix français aux clients belges. En plus de la tabelle et de la livraison gratuite, cette réduction rendait les libraires belges tout à fait non compétitifs (sur le coût).
    En ce sens, SI Amazon applique la loi, ce sera positif pour les librairies.

MAIS, d’un autre côté NON:

  • Puisque leurs marges vont se voir réduites sur tous les livres concernés par la tabelle. Or les libraires ont déjà aujourd’hui des soucis pour rentabiliser leurs commerces. Une grande surface ou Amazon est beaucoup plus diversifiée et n’a pas ce souci là. Ceux qui peuvent jouer sur les marges ne sont PAS les libraires. Donc, on ne peut les favoriser en les obligeant à le faire.
  • Le prix est très loin d’être la seule donnée ! La concurrence des grandes surfaces sera toujours autant présente qu’avant puisqu’elles sont les championnes du marketing et de l’achat impulsif. On s’y rend très régulièrement pour faire nos courses diverses et variées et on repart souvent avec un achat imprévu bien présenté au coin d’un rayon.
  • D’ailleurs, pour le prix, le marché de l’occasion sera toujours imbattable ! Celui qui veut absolument acheter un livre au meilleur prix, même sorti récemment et en bon état trouvera toujours assez facilement (Amazon le permets, mais il existe également des boutiques physiques ayant énormément de succès).
  • Enfin, le client Amazon n’est pas attiré seulement par le prix mais aussi par la facilité, le stock, l’ouverture h24 voir même, ce qui étonnera certains, le « conseil » (offert par les autres clients).
    Le prix unique français n’a pas empêché Amazon d’émerger. A prix égal, le livre continuera d’arriver magiquement à destination sans devoir se rendre deux ou trois fois en commerce (parce qu’il aura fallu commander, voir plus si on fait le tour des librairies pour le trouver).
    Il est donc probable que, si la mesure ne change pas les habitudes du client, elle ne fera qu’augmenter la marge d’Amazon et ses profits. A tout le moins, il faudrait sans doute un prix plus élevé sur Amazon pour changer les habitudes du client. Sans compter qu’au pire, pour les best sellers, ça favorisera plus les grandes surfaces que les librairies indépendantes.

On remarquera que malgré la présence d’un prix plus élevé, les librairies indépendantes belges ont augmenté leur part de marché de 3,2% l’année dernière. Et que les grandes surfaces françaises ont, en majorité, décidé de ne plus lobbyier contre la loi, preuve qu’elle ne leur fait pas tant de tort que cela.

Intéressant pour le client ?

On nous présente la mesure comme intéressante pour le client qui paye « plus cher » aujourd’hui. Mais c’est totalement partiel. Les clients qui passent par Amazon aujourd’hui payent beaucoup moins cher qu’en France.

Il y aura donc les clients des boutiques physiques qui payeront moins cher (et tant mieux pour eux) mais dans des commerces à la rentabilité réduite par l’interdiction de répercuter la tabelle (et au service client qui finira par en pâtir si moins de moyens).

Et d’autres clients qui payeront plus cher, ceux d’Amazon. La situation n’est pas aussi évidente qu’elle n’y parait.

Pour illustration, le prix d’un livre (Enkidare, le livre de Saskia par Marie Pavlenko) vendu en Belgique ou en France depuis Amazon.fr (prix HTVA identique de 7,58€):

  • Pour la Belgique, prix final: 7,63€; application d’une remise de 5%, d’une TVA à 6% et de frais de livraison gratuits
  • Pour la France, prix final: 8,01€; pas de remise, livraison à 1 cent et TVA à 5,5%

On pourrait dire qu’on respecte la remise autorisée de 5% prévue par le projet belge mais celui-ci interdit de faire la remise et la livraison gratuite (comme en France). Amazon, dans les faits, restera plus avantageux que la loi belge. Et plus avantageux que les libraires car il offre la livraison gratuite en plus du rabais.

Mais, encore un autre exemple sur le prix d’une Bande Dessinée (Manu Larcenet : Tome 4 du combat ordinaire) à 13,26€ HT:

  • Pour la Belgique, prix final: 12,65€; application d’une remise de 10%, d’une TVA à 6% et de frais de livraison gratuits
  • Pour la France, prix final: 14€; pas de remise, livraison à 1 cent et TVA de 5,5%

Là, en cas de prix unique du livre en Belgique, Amazon restera moins cher de 5 à 10% avec toujours la livraison gratuite. Pour la Bande Dessinée, cela fait carrément une BD gratuite toutes les neufs achetées .

Peut-on réglementer Amazon ?

Amazon est un marchand français. Si la loi française a choisi de ne pas imposer les mêmes règles à Amazon quand il vend vers la Belgique ou la France, cela ne veut pas dire que le législateur belge a nécessairement la compétence pour le faire.

Il s’agit de commerce électronique transnational au sein de l’UE. Cela n’a l’air de rien mais cela complique beaucoup les choses. Le droit européen prévoit que les lois applicables sont celles du pays dans lequel est établi le commerçant. Donc, seules les lois françaises, pour faire court, s’appliquent à Amazon. Établir des règles qui ne s’appliqueraient pas à Amazon serait pour le moins cocasse étant donné la place de cet acteur dans la vente de produits culturels.

Par ailleurs, la France n’est pas autorisée par le droit européen à édicter le prix de vente vers la Belgique donc même un accord entre les deux pays ne le permettrait pas.

Si ces obligations ne devaient s’appliquer que pour le commerce électronique belge, cela aurait la conséquence de désavantager gravement tout acteur belge du commerce électronique culturel (il n’en existe plus de francophone, cela dit, Proxis ne vendant plus que des livres flamands) voir d’en empêcher tout bonnement l’émergence ! Fabuleux quand on sait qu’une solution pour la survie des petits commerces serait justement l’ouverture d’une plate-forme en ligne performante leur appartenant …

L’application de la législation du pays du vendeur est confirmée par Tanguy Habrand p. 90 (notamment) dans son essai sur le prix unique du livre en Belgique. Page 87, il rappelle également la volonté ferme de la Commission en 2002 de laisser le commerce électronique transfrontalier en dehors de toute réglementation de prix. C’est donc, à priori, non contesté.

Est-il légal de réglementer le prix des livres importés ?

On le sait, la très grosse majorité (72,5% en 2015) des livres vendus ici sont édités et imprimés en France (avec dépôt légal à la BNF). Or, dans le cadre du prix unique du livre français, les tribunaux européens ont consacré le principe que ces lois ne pouvaient PAS s’appliquer aux livres importés. Quand même une grosse tuile pour ce qui est prévu ici.

L’arrêt de la CJCE du 10 janvier 1985 est assez explicite à cet égard:

2 ) dans le cadre d’une telle législation nationale, constituent des mesures d’effet équivalant à des restrictions quantitatives à l’importation interdites par l’article 30 du traite des dispositions

– selon lesquelles il incombe à l’importateur d’un livre chargé d’accomplir la formalité du dépôt légal d’un exemplaire de ce livre, c’est-à-dire au dépositaire principal, d’en fixer le prix de vente au détail, 

– ou qui imposent, pour la vente de livres édités dans l’état membre concerné lui-même et réimportés dans un autre état membre, le respect du prix de vente fixe par l’éditeur, sauf si des éléments objectifs établissent que ces livres ont été exportés aux seules fins de leur réimportation dans le but de tourner une telle législation 

Dans cet autre article, on confirme encore cette interprétation de l’arrêt européen:

Il est donc acquis aujourd’hui que le système du prix unique du livre est conforme au Traité de Rome et que la justice française entend faire respecter la loi du 10 août 1981. Les seules difficultés juridiques qui subsistent tiennent au régime des livres importés. Mais la solution de ce dernier problème ne dépend pas du législateur français : elle doit être trouvée au niveau européen.

A noter que la loi française (et décret) s’est conformée à cet arrêt européen mais qu’elle a ensuite opéré des changements qui n’ont pas été contestés en justice. Tanguy Habrand (p. 55) estime que la modification du 10 janvier 1990 opère un retour en arrière et s’éloigne, avec la tolérance – ce qui ne veut pas dire acceptation – de la commission européenne.

Toutefois, à y regarder de plus près, cette modification de l’article 4 ne fait qu’ajouter la possibilité pour l’importateur de tenir compte d’un rabais obtenu dans le pays d’édition. La loi elle-même n’a plus été fondamentalement modifiée depuis l’ajout de 1985 qui stipulait que « Les dispositions de l’alinéa précédent ne sont pas applicables aux livres importés en provenance d’un Etat membre de la Communauté économique européenne, sauf si des éléments objectifs, notamment l’absence de commercialisation effective dans cet Etat, établissent que l’opération a eu pour objet de soustraire la vente au public aux dispositions du quatrième alinéa du présent article. »

On voit donc mal ce que la Commission européenne aurait eu à dire sur ces modifications. Et en l’absence de nouvelle jurisprudence de la CJUE, je vois mal également en quoi l’interprétation du droit européen a évolué sur la fixation du prix d’un livre lorsqu’il est importé ou exporté.

Conclusion

Le but affiché est de soutenir les petits commerces en souffrance face aux grands acteurs culturels. On indique qu’on a plus ou moins copié la loi française. Mais, la Belgique n’est pas la France.

Dans les faits, le risque est de ne rien changer en termes de parts de marché tout en affaiblissant la marge des petits indépendants et donc leur qualité de service (moins de possibilité d’engager du personnel), le double effet kiss cool.

Par ailleurs, les clients qui commandent par Amazon, s’ils se rendent compte de quelque chose risquent de l’avoir mauvaise. Et d’avoir du ressentiment pour les « dinosaures » qui ne veulent pas s’adapter, dinosaures qu’ils fréquentent encore aujourd’hui, mais pour combien de temps ? Entendons nous bien, je ne partage pas forcément ce discours, j’essaie juste de me placer à la place du client lambda.

Enfin, en se focalisant sur le prix quand, au contraire, on veut mettre en avant le service meilleur rendu par les libraires, on envoie un message paradoxal (en focalisant sur ce qu’on veut éviter !) et on oublie l’essentiel: ce n’est pas par les prix que les libraires s’en sortiront mais par un service meilleur que celui de leur concurrent.

Idées

Ce que les libraires demandaient, ce n’était pas nécessairement un prix de vente imposé mais de pouvoir acheter au même prix qu’en France et donc potentiellement d’acheter directement aux distributeurs français. Plus de concurrence entre distributeurs serait déjà plus efficace. Au moins, de cette manière, on augmente la marge des libraires et on leur redonne un bol d’air immédiat !

Soutenir la digitalisation du stock (savoir via internet où trouver tel exemplaire en librairie, le commander par la même voie et être informé en direct de son arrivée) des librairies serait également profitable à tous ; en termes de suivi de leur activité et de service au client.

En s’unissant, les libraires pourraient également développer leur propre plate-forme de vente en ligne avec même, pourquoi pas, de l’occasion ou du bradé. De cette manière, ils pourraient agrandir virtuellement les stocks et résoudre un de leur gros défaut face à Amazon.

Enfin, il faut amener le chaland en petit commerce, soit en se rapprochant physiquement de lui, soit en y organisant des activités ou des partenariats pour lesquels il se sentira libre de venir sans acheter, ce qui favorise paradoxalement l’achat.

Personnellement, je suis un acheteur multi canal. J’achète tant en grande surface qu’en librairie que sur Amazon. Et j’achète autant en neuf qu’en occasion. Et le prix n’est pas mon premier critère, généralement. Mais il y a des tas de contextes d’achats sur lesquels chaque canal a ses avantages et ses inconvénients. Enfin, le client est roi, on ne récupère pas un client en pleurant sur les évolutions de la société ou en essayant de le culpabiliser (qu’on se le dise une bonne fois pour toute !).

Etudier le marché et innover (comme la librairie que je fréquentais avant de déménager le fait) permettra au petits indépendants de mieux réussir, éventuellement avec l’aide du politique. Mais je ne crois absolument pas que ce sera le cas du prix unique du livre, vraiment pas.

De chouettes vacances en Vendée

Pour mes vacances, cette année, je suis parti en Vendée aux Sables d’Olonne en faisant étape à Paris. Je partage ici avec vous mes expériences au cas où vous seriez tenté de faire de même.

Transport

Achetés suffisamment à l’avance, nous avons pu avoir les billets les moins chers ou presque. 30€ pour Bruxelles-Paris et 25€ (retour) et 35€ (aller) pour Paris-Les Sables D’Olonnes. Cela revenait moins cher que d’y aller en voiture ou presque ! Nous avons choisi les dates où le TGV était le moins cher et on a adapté l’hôtel en conséquence ! Il faut savoir faire cela de manière intelligente. Pour le TGV, faire attention que si vous commandez sur le site français, il vaut mieux commander l’aller et le retour séparément sur deux navigateurs différents !

Pour la correspondance à Paris, il y a un petit passage à faire dans le métro qui était bien bondé mais nous nous en sommes sortis. Idem, les gares de Paris sont énormes et il n’est pas évident de s’y retrouver. Surtout que la SNCF a l’habitude, assez incompréhensible, de n’annoncer les quais qu’à la dernière minute.

Il n’y a que très peu de TGV qui se rendent directement aux Sables mais vu la durée du trajet (+/- 3h30), ils sont aux bonnes heures.

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Hôtel

Je ne recommande pas vraiment l’hôtel parisien dans lequel nous avons logé lors de notre escale, donc je ne vais pas en parler ici.

Par contre, aux Sables, l’hôtel Ibis était situé juste en face de la gare TGV (très pratique ! Cependant, il possède un petit parking payant, si vous venez en voiture … cela dit, il y a un énorme parking de la ville à quelques mètres). Nous y avons passé un séjour génial donc je le recommande : chambre spacieuse, confortable, wifi, petit jardin ombragé, services de restauration. Un des rares points négatifs: la plage est à vingt minutes de marche, mais pour nous, ce n’était vraiment pas un problème.

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Les plages

Pour les plages, Nous avons aimé le bassin Dombret et la grande plage. Mais nous ne les avons pas toutes essayées, notamment les plus lointaines.

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Manger

Il y a trois restaurants qui avaient un excellent rapport qualité prix: délicieux et pour un prix tout à fait abordable:

  • le « s’viet » à proximité de l’hôtel Ibis
  • le « ô mange debout » pas très loin de la plage où l’on mange des frites, burgers et paninis délicieux (nous n’avons pas goûté les sandwiches)
  • la roulette du Fish’n Chips sur le port de pêche

Par ailleurs, le Leclerc d’Olonne-sur-mer (ville juste à coté des Sables) possède un rayon traiteur où nous pouvons manger sur place si nous le désirons. C’est très bon et pour un bon prix.

Par contre, sur place, la bière est assez chère quelque soit l’endroit, cela m’a assez bien étonné mais il faut faire avec … même après une journée très ensoleillée et chaude.

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Activités

La plupart des activités et musées sur place sont à des prix assez chers et nous avons décidé de ne pas trop dépenser donc ce fut promenades sur promenades. Et les Sables sont parfaits pour cela: la vieille ville, le port de pêche, les deux phares, le port de plaisance, le remblai (= digue de mer en Belgique), etc … Il y a moyen de passer du bon temps. Cela dit, la prochaine fois, nous prévoirons peut-être un budget plus large pour tester d’autres choses. Dans ce cas, je mettrai à jour cet article.

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Conclusion

Avec une accessibilité TGV, les Sables d’Olonne sont vraiment une station balnéaire où il fait bon se reposer: les gens sont accueillants (plus qu’à Paris …), les paysages magnifiques, la plage super agréable, le temps magnifique … bref j’ai hâte d’y retourner un jour. Spécial plus pour l’horeca qui, pour ceux qu’on a fréquenté, était de très bonne qualité. Et il y  en a pour toutes les bourses.

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La force des discrets, livre de Susan Cain

J’ai découvert Susan Cain par hasard sur le site de vidéos TED (cf. fin de l’article pour voir son intervention). Comme ce qu’elle disait était brillant et réfléchi, j’ai fait des recherches sur elle, j’ai vu qu’elle avait écrit un livre et je l’ai commandé. Ensuite, il a trainé sur ma bibliothèque pendant longtemps avant que je le lise et vous le partage.

Je ne vais pas vous en faire un résumé complet, tâche impossible. Mais je vais survoler quelques sujets et espérer vous donner l’envie de l’acheter ou l’emprunter.

 

Le malentendu de la timidité, précisions sur l’introversion

Introversion et timidité sont souvent compris comme étant intimement liés. Pourtant, il existe des extravertis timides et des introvertis non timides. La timidité provient d’une peur. L’introverti fuit les situations de trop grande stimulation non par peur mais par déplaisir.

En chiffres …

Entre un tiers et la moitié des américains seraient introvertis ! Cela signifie que bien qu’on les pense, peu nombreux, ils sont en réalité une quantité non négligeable. Le souci est que nombre d’entre eux se camouflent en extravertis, ce qui n’est pas bon pour eux (pour leur santé) ni pour la société.

L’idéal extraverti

Quand on nait introverti, on se rend compte rapidement que la pression est mise pour nous faire accepter et désirer des traits de caractères qui ne sont pas les nôtres et qu’on peut rattacher à l’extraversion.

C’est vrai dans notre culture européenne, ça l’est encore plus dans celle de l’auteure (américaine).

Préférer lire un livre plutôt que de sortir en boite s’amuser ? Briller dans les études ? Ce ne sont pas ou plus des caractéristiques enviées mais plutôt des signes « d’anormalité » qu’il convient de brocarder. L’élève intello n’est pas un exemple à suivre mais plus souvent la tête de turc des autres élèves.

Et pourtant, en Asie, c’est tout le contraire. Preuve qu’il s’agit de quelque chose d’avant tout culturel. D’autant plus que, durant des siècles et des siècles, l’introverti, homme sage et mesuré a été mis en avant chez nous aussi. L’extraversion n’est la « nouvelle » tendance à suivre à l’école, dans les entreprises et même dans les familles que depuis le début du 20ème siècle.

Moi-même, j’ai été imprégné de tout ça, croyant qu’il me fallait devenir ce que je n’étais pas. Il est important de se rendre compte qu’être introverti n’est pas une tare et qu’il ne faut pas le cacher. Ce livre aide à cela et est assez salutaire.

Nous aurions tout à gagner à ce que les introvertis soient aussi les bienvenus pour ce qu’ils sont dans la société. Cela dit, remettre en cause un idéal ne veut pas dire qu’il faille jeter tout et partir dans le sens opposé. Au contraire, le livre nous montre bien que les deux caractères fonctionnent mieux quand ils sont associés et qu’ils s’enrichissent mutuellement.

Ethnie, genre sexuel et … caractère ?

Si l’on se préoccupe aujourd’hui énormément d’intégrer les cultures entre elles ou de donner aux femmes la place qu’elles méritent, on ne se préoccupe jamais des différences entre introvertis et extravertis. Pourtant, les uns et les autres ne réagissent pas du tout de la même manière à l’environnement dans lequel ils vivent ou travaillent.

Il serait salutaire que tous les chefs d’entreprise se mettent à avoir une politique RH qui en tienne compte, que les décideurs et professeurs dans l’enseignement fassent pareil et que les enfants puissent s’épanouir au sein d’un foyer où on ne les force pas à être ce qu’ils ne sont pas.

Dans mon domaine, qui est la GRH (Gestion des Ressources Humaines), justement, je me rends compte que l’enseignement reçu n’en a jamais parlé. Or, cela serait intéressant que les futures diplômés en ressources humaines puissent apprendre, même s’ils seront libres ou pas d’essayer de le mettre en œuvre, les connaissances suffisantes afin de permettre à tous les tempéraments de donner le meilleur en entreprise.

Il n’y a actuellement aucune conscience de la productivité ou, dit autrement, de l’intelligence collective qu’on perd en ne mettant pas les personnes dans les meilleures conditions pour travailler ou étudier. Ou au minimum, en y réfléchissant pas sérieusement.

Pourquoi un enfant devrait-il nécessairement être le plus populaire de sa classe alors qu’une amitié fidèle le rend déjà heureux ?

Pourquoi les écoliers doivent-ils nécessairement participer en classe quand cet exercice les rend mal à l’aise et leur fait perdre leurs moyens ? Pourquoi promouvoir les travaux en groupe trop larges ou les plans de classes trop ouverts ? On le fait parce que c’est la mode ou parce que l’égo du professeur (ou son propre caractère) veut qu’un élève doit lui montrer qu’il est écouté et compris. Mais cela peut l’être par d’autres moyens.

Enfin, j’ai déjà pu constater moi-même à quel point je pouvais perdre de mon efficacité dans un environnement de travail trop bruyant. Alors que d’autres déprimeront dans un espace de travail avec trop peu de stimulation. Laissons une flexibilité suffisante pour que les extravertis ne se retrouvent pas obligés de prendre du télétravail et les introvertis se retrouver dans un open space laissant trop peu d’intimités.

Tout cela mérite en tout cas qu’on s’en préoccupe plus et qu’on y donne plus ample attention.

Pourquoi est-on introverti ? l’hypothèse biologique

 

Jérôme Kagan, décrit par Susan Cain comme « un des plus grands psychologues du développement du 20ème siècle », est à l’origine d’une hypothèse qui peut expliquer en partie pourquoi nous sommes l’un ou l’autre.

Lors d’une étude, il avait exposé des nourrissons à des « expériences de la nouveauté ». Il en ressortit que 20% étaient à réactivité haute, 40% à réactivité basse et le reste entre les deux.

De manière totalement contre intuitive, il paria que les bébés à réactivité haute deviendraient les futurs introvertis. A l’âge de 2, 7 et 11 ans, les enfants de l’expérience furent re-testés, examinés et on interrogea également leurs proches. Et l’hypothèse de Kagan fut confirmée.

Parce qu’il chercha également la raison qui amenaient à ce résultat, Kagan se rendit compte que celle-ci se situait au niveau de l’amygdale (cerveau primitif qui gère les émotions) et du système nerveux central. Les bébés à haute réactivité avaient une amygdale très réactive à la nouveauté et les autres non.

En quelques sortes l’introversion peut venir du grand déplaisir ressenti lors d’une sur-stimulation. Puisqu’ils sont plus sensibles, ils ressentent beaucoup plus de choses, ce qui peut les submerger. Or, justement, certaines situations, quand on est introverti, nous fatiguent énormément où nous donnent mal de tête, précisément comme si notre cerveau avait été mis à rude épreuve.

Les introvertis ont tendance à voir plus les détails, faire des choix plus réfléchis et à s’impliquer plus en profondeur parce qu’ils sont plus alertes face à la nouveauté et que leur système nerveux central les rend plus sensibles à leur environnement. Cela les rend moins sociaux mais leur donne aussi d’autres avantages importants.

Cette hypothèse biologique n’est pas satisfaisante dans tous les cas (vraisemblablement 40 à 50%), mais elle en explique beaucoup. Par ailleurs, les études de Schwartz indiquent que nous pouvons, dans certains cas, modeler notre caractère, même y s’il est mis des limites importantes. Nous avons donc un libre arbitre, certes, même s’il connait des limites.

Plus de détails dans le livre.

Complémentarité entre extravertis et introvertis

Ces caractéristiques de personnalité sont observées également chez les animaux et semblent tout à fait complémentaires depuis la nuit des temps.

Je laisse quelques extraits du livre pour l’illustrer :

« Wilson, comme Aron, considèrent que, si les deux profils d’animaux coexistent, c’est parce qu’ils ont des stratégies de survie radicalement différentes qui payent dans des circonstances et à des époques bien spécifiques. C’est ce que l’on appelle la théorie de l’évolution par le compromis (ou « trade-off ») dans laquelle une caractéristique particulière n’est ni bonne ni mauvaise mais un mélange d’avantages et d’inconvénients dont la valeur en termes de survie varie selon les circonstances.

Les animaux « timides » partent moins souvent et moins loin en quête de nourriture, économisent leur énergie et restent en périphérie des zones de chasse ce qui leur permet d’échapper aux prédateurs. Les animaux plus intrépides sortent sans prendre de précaution et se font régulièrement avaler par les espèces qui se situent plus haut dans la chaine alimentaire. Mais quand la nourriture se fait rare et qu’il faut prendre plus de risques, ce sont eux qui survivent. » (p. 192-193).

« Certains chercheurs émettent même l’hypothèse selon laquelle le fondement de caractéristiques telle que la sensibilité serait une compassion exacerbée à l’égard des autres membres de l’espèce, et particulièrement de sa propre famille.

Mais nul besoin d’aller si loin. Comme l’explique Aron, il parait cohérent qu’un groupe puisse dépendre des membres sensibles pour survivre. « Prenez un troupeau d’antilopes dont quelques membres s’arrêtent constamment de brouter pour guetter les prédateurs. Les troupeaux dotés d’éléments aussi sensibles et alertes ont un meilleur taux de survie et continuent à se reproduire, maintenant ainsi la proportion d’individus sensibles au sein du groupe ».

Et pourquoi en serait-il autrement pour l’homme ? Notre espèce a besoin de ses Eleanor Rooselvelt aussi surement que les troupeaux d’antilopes dépendent de leurs éléments les plus sensibles. » (p. 194-195).

Crise de 2008, monde de la finance

Un peu comme illustration de ce qu’on pourrait gagner ou éviter dans un monde plus équilibré, il y a le krach de 2008.

Les introvertis voient beaucoup mieux les risques arriver alors que les extravertis les sous-estiment systématiquement. Des voix s’étaient exprimées pour dénoncer ce qui allait arriver mais n’ont pas été écoutées. Un chapitre très intéressant y est consacré.

Mon avis sur le livre

J’ai été passionné par sa lecture. Son écriture est la suite d’un long travail de recherche, de grande qualité, et le sujet lui-même est extrêmement intéressant.

Il concerne évidemment en tout premier lieu les introvertis mais également tous ceux qui sont en contact avec eux, qu’ils soient leurs parents, amis, amants, professeurs, patrons … Tout le monde peut sortir grandi de sa lecture.

Le contenu est très dense mais ça se lit en toute légèreté sans aucun mal de tête. C’est juste très difficile à résumer.

C’est donc un livre que je recommande sans aucune réserve. Ici, je ne l’ai survolé que très très rapidement, sa lecture vous donnera beaucoup de plaisir si vous aimez mieux vous comprendre ou mieux comprendre les autres.

 

Pour aller plus loin

Sa vidéo lors d’un évènement TED :

Le livre est disponible aux éditions JC Lattès, collection livre de poche (mon édition est celle de 2013).

Bilan des 100 000 vues …

Quand cet article paraitra, le cap symbolique des 100 000 vues aura été passé sur le blog. J’en profite donc pour faire un petit flashback sur les statistiques depuis sa création il y a bientôt quatre ans.

C’est autant pour vous que pour moi que je le fais car j’aime bien suivre la progression de certains chiffres dans le temps et l’outil de statistiques de WordPress n’est pas très performant.

Les stats générales

117 articles avec celui-ci, plus de 100 000 vues, 707 commentaires (dont 227 de moi) et 62 abonnés.

Cet article non compris, c’est aussi 125 820 mots qui ont été publiés. Le plus gros article (Crimes à Oxford) en faisant 4344.

Le jour le plus vu l’a été avec 642 vues. Sept articles ont été vus plus de 1000 fois depuis la création.

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Articles les plus lus

L’article qui a l’audience la plus large compte pour un tiers des vues, et les deux premiers articles pour la moitié.

Hormis cela, même si ça n’apparait pas forcément dans la copie d’écran, les articles qui marchent le mieux sur le long terme sont les analyses de film. Même pour les anciens (films ou articles), ils ont une audience régulière qui les fait monter.

De manière générale, si une analyse de film est postée lorsqu’il est encore à l’affiche (assez rare), il aura une audience le temps qu’il reste au cinéma, puis une petite audience résiduelle jusqu’à sa disponibilité en DVD ou VOD où cela s’envole (grâce au piratage ? aux cadeaux de Noël ?) avec les plus gros pics lors des diffusions télévisées jusqu’à ce que cela redevienne un bruit de fond. Ainsi, cela mets des années avant qu’un article écrit durant la disponibilité en salles obscures ne tombe dans un oubli relatif.

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(la copie d’écran n’est pas exhaustive)

Conclusion

Ce blog est assez hétérogène. Je publie les articles comme ils me viennent et j’aime cette liberté. Le revers en est que je perds sans doute des abonnés qui ne voudraient suivre qu’une seule catégorie d’articles. L’avantage principal est le plaisir que j’en tire.

Comme je l’ai déjà dit par le passé, je ne cherche pas forcément à avoir la plus grosse audience, si un article a sa petite audience, je suis déjà content. J’aime écrire ce qui n’est pas ailleurs et je sais que, même en faible nombre, les lecteurs ne liront pas une énième répétition de ce qui a déjà été lu autre part.

Bien que je sois toujours en retard sur ce que j’ai envie de faire (j’ai publié récemment un article qui était dans les « brouillons » depuis deux ans) et que j’ai déjà 34 articles qui attendent en « brouillon » d’être écrit, supprimé, mis à jour avant une éventuelle publication, je vous demande de me dire si vous voulez que j’écrive sur un sujet particulier (d’actualité ou non) ou sur un film sur lequel vous voulez mon analyse. Ou toute autre chose. Cela pourrait m’inspirer.

Pour ceux qui s’intéressent à ce que j’écris, encore merci pour ces 100 000 vues qui m’encouragent à continuer, vraiment.:-) De même que pour les commentaires, positifs comme négatifs.

En espérant que vous serez encore là pour les 200 000 ou les 1 million (lol).

Transcendance de Wally Pfister, explication du film

Il est conseillé d’avoir déjà vu le film vu que je fais des spoilers. Si vous ne l’avez pas encore vu, il vaut mieux postposer la lecture de ce commentaire.  Pour autre information, une partie de l’article a été écrite au lendemain de la vision du film au cinéma (il y a deux ans environ) et cette partie a été remaniée et complétée deux ans  après quand j’ai revu l’œuvre.

Ne prenez pas ce film comme un film réaliste ou voulant vraiment l’être. Il est beaucoup plus onirique. Le classer dans la science fiction ou même l’anticipation me parait dès lors une erreur. D’autant plus que rien dans le film ne semble indiquer que nous sommes dans le futur.

Je finis ce long avant-propos avec le rappel concernant mes articles sur le cinéma.

Petites précisions sur le film

C’est le premier film de Wally Pfister comme réalisateur mais celui-ci n’est pas du tout un novice. Le casting comprend des acteurs ayant une bonne notoriété (dont Johnny Depp !). Le budget est conséquent. Le fait est que, volontairement ou non, c’est un film avec différents degré de lectures et peu de spectateurs seront en mesure de comprendre directement le message latent bien plus intéressant que le message apparent ce qui explique sans doute l’échec commercial.

Le slogan ... Will Caster va devenir quelque chose d'autre qu'humain

Le slogan … Will Caster va devenir quelque chose d’autre qu’humain

(c) DR

Résumé

Une équipe de scientifiques travaillant sur l’intelligence artificielle obtient de bons résultats. Des terroristes décident alors de provoquer un attentat pour les mettre hors d’état de nuire. Suite à cet attentat, le plus brillant des scientifiques se voit condamner à mourir et son épouse fait alors tout pour le faire survivre en le « transférant » dans des ordinateurs utilisés pour animer une intelligence artificielle. Cela aboutira à des conséquences très négatives pour l’humanité qui se verra condamnée à opter pour des mesures radicales et à supprimer toute technologie de communication en réseau afin d’éradiquer le danger.

Pourquoi analyser ce film ?

Parce que je n’ai trouvé aucune critique ayant compris le sens que je donne au film (note: à l’époque de l’écriture du premier brouillon, je n’ai pas revérifié depuis).

Critiques de la presse ?

  • Première: 1/5.  Scénario boiteux.
  • Marla Singer: le scénario ne tient pas de bout. On arrive pas à s’attacher aux personnages (Note: là je suis d’accord, même si ce n’est pas le sujet de l’article, le film est trop froid émotionnellement parlant).
  • Thomas Perillon: intrigue gentillette et sentimentale.

Un film onirique, entre contenu latent et apparent

Si je devais définir ce film, je dirais surtout qu’il est « onirique ». Il est comme dans un rêve avec un contenu refoulé qui s’affirme de manière cachée et qui doit être décodé. Il y a donc un contenu apparent et un contenu latent (caché derrière des symboles). Une fois qu’on le sait, il est beaucoup plus facile de comprendre le vrai sens du film.

De l’incestuel à l’inceste, d’un père à sa fille

Non, non, je n’ai pas fumé. Mais, je suis aussi très sur de ce que je dis. Ce film raconte l’histoire d’une fille qui déifie son père (comme tous les enfants, finalement) et tout le film traite de ce sujet avec plus ou moins de force.  Mais la relation avec son père est malsaine, incestuelle, et se dirige tout droit vers l’inceste consommé principalement du fait du père qui ne maitrise pas son « pouvoir ».

Les nuances étant de savoir si cet inceste est consommé ou non, la morale exacte et les conséquences qui sont montrées.

Voyons maintenant quelques petits éléments qui peuvent être interprétés dans ce sens.

Dieu le Père Tout Puissant

Dieu est, de manière non cachée, un grand thème du film. Les terroristes reprochent à nos scientifiques de vouloir se prendre pour Dieu. Will lui-même, quand il est interrogé lors de la conférence ne s’en cache pas. Et l’histoire nous montre quelqu’un qui devient Dieu: capable de tout voir, tout savoir, tout créer, tout guérir.

Par ailleurs, très régulièrement, quand les gens rencontrent Will, ils disent « My God », « Jesus Christ » ou des paroles directement attachées à Dieu. Certes, elles servent d’abord à exprimer l’état d’esprit des personnes qui les prononcent mais peuvent très bien servir à désigner Will dans le même temps. D’autant plus que ces paroles ne sont quasiment prononcées qu’en sa présence.

Or, dans Totem et Tabou, Freud nous expliquait ce que la religion cache à peine: Dieu est un Père pour nous. Dans l’histoire, ce qui nous est représenté comme étant un nouveau Dieu sera aussi un père. Pourquoi est-il tout puissant ? Parce que c’est l’image que peuvent avoir les enfants de leurs parents et de leur père à un certain âge.

Dans Totem et Tabou, toujours, l’existence de Dieu est postérieure au meurtre de leur père par des enfants qui veulent s’approprier leur mère et consommer l’inceste. Freud se sert de cette hypothèse pour expliquer à la fois la création de Dieu (qui est vénéré suite à la culpabilité de son meurtre) et le tabou de l’inceste (cause du meurtre).

Si on revient au film, on constate que « Dieu » est tué, lui aussi. Et qu’il acquiert sa toute puissance divine suite à ce meurtre.

Jésus, qui dans la mythologie chrétienne est aussi un Dieu (ou une représentation de Dieu, excusez moi pour le vocabulaire probablement non adéquat) faisait des miracles, s’intéressait aux marginaux et laissés pour compte. C’est encore une fois une facette de Will. Il guérit miraculeusement, donne de l’intérêt aux habitants d’une contrée marginale et devient en quelque sorte leur messie dans un esprit d’ailleurs très sectaire où ils se posent très peu de questions, manipulés qu’ils sont par leur nouveau Dieu.

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Les personnages

Pour faciliter la suite de la lecture, je vous donne les principaux acteurs du film, leur rôle apparent et leur rôle réel:

  • Dr Will Caster: c’est le scientifique le plus doué du trio des chercheurs. Tué par les radiations d’une balle radioactive. C’est lui qui deviendra le Dieu après sa mort grâce aux efforts conjugués de Evelyn, son épouse et de son ami Max Waters. Si on regarde attentivement, il est le « père ». Nous l’appellerons parfois également Dieu dans la suite.
  • Evelyn Caster: épouse du Dr Caster. Ne supportant pas sa mort, elle le ressuscite dans l’intelligence artificielle puis devient sa fidèle complice vis-à-vis du monde extérieur ainsi que son représentant et défenseur. Si on regarde bien, elle est la « fille ». Le prénom comprend le mot « Eve ». Or, Eve a été créée par Dieu. Et sans sexualité à l’origine, jusqu’à ce qu’elle croque la pomme d’Adam, ce qui la fera expulser du paradis. Elle porte le même nom que Will Caster parce qu’elle est mariée, mais ce serait également le cas si elle était sa fille.
  • Bree est la chef du RIFT (crevasse ou fente en anglais), organisme terroriste qui tue Caster une première fois (ce qui, paradoxalement, ne fait qu’accentuer le problème) et qui essaie ensuite de l’empêcher de devenir Dieu dans sa résurrection. L’endroit où se situe le RIFT (un canyon mimant un entre-jambes féminin), le nom de l’organisation (« fente ») et le fait que Bree soit une femme indique assez clairement l’aspect féminin de cet organisme. Par ailleurs, leur combat est principalement de lutter afin que Caster ne puisse devenir Dieu et c’est ainsi qu’ils doivent le tuer à deux reprises. Si on regarde bien, elle est évidemment la mère d’Evelyn et la femme (ou ex femme) de Caster. Bree n’a pas de nom de famille. Un peu comme si elle l’avait perdu, ce qui arrive à une femme qui se marie dans certaines cultures (très fréquent en France mais c’était le cas aussi avant en Belgique).
  • Max Waters: il est un grand ami d’Evelyn et c’est lui qui l’aidera à ressusciter Caster mais il le regrettera tout de suite. En tant que scientifique, il a écrit des papiers sur les dangers de l’intelligence artificielle mais il refuse au début de collaborer avec Bree. Elle doit le kidnapper et le forcer mais il joue un rôle essentiel dans la seconde mort de Will Caster (et involontairement dans celle d’Evelyn). J’ai difficile à dire ce qu’il est vraiment: le fils (donc le frère d’Evelyn) ? l’homme qui doit détacher Evelyn de son père (le futur mari) ? Un oncle ? Un proche de la famille ? Il est en tout cas obligé de faire alliance avec le RIFT mais pas de gaieté de cœur au début car il ne la perçoit pas tout de suite comme une alliée.
  • Tagger: un scientifique qui travaillait dans le domaine de l’intelligence artificielle et qui est le seul rescapé d’un attentat ayant eu lieu dans son labo. Il aidera le RIFT dans son entreprise et donnera le conseil à Evelyn de « fuir ». Il est une personne pleine de sagesse. Il pourrait être membre de la famille (oncle ou grand-père d’Evelyn) ou éducateur. Je l’imagine bien en grand père d’Evelyn mais c’est seulement une intuition. Il est respecté par Will. S’il semble dans le camps des « gentils », c’est aussi la personne qui insiste le plus sur le côté « déiste » de Will et pourrait, s’il est bien son père, avoir contribué par son éducation à l’avoir fait péter les plombs.

En résumé, c’est très familial, tout ça. Dans le reste de l’article, j’utiliserai les significations symboliques autant que réelles. Par exemple, je dirai parfois père, ce qui désignera Will.

L’isolement, aridité, gouttes d’eau

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Que ce soit du côté de la mère ou du père, on est en plein désert, on vit cachés. Dans une crevasse pour l’une et dans un labo souterrain pour l’autre. Evelyn vit au cinquième sous-sol, ne voit que peu d’humains mais a par contre en permanence la vision omniprésente de son père.

On a là un contexte typique d’une famille dysfonctionnelle. Et quand Will parle en public, ce qu’il cherche à éviter au maximum, il présente certes une grande aisance, mais il tient également des propos effrayants qu’il assume sans détours comme s’il ne devait pas tenir compte du monde extérieur (ou comme s’il ne se rendait pas compte de ce qu’il disait, ce qui n’est pas incompatible).

Aussi bien la mère que le père choisissent d’habiter dans des territoires hostiles et désertiques. La raison expliquée est le besoin de se cacher du monde extérieur. Cela corrobore le fait qu’il se passe des choses inacceptables qui ne doivent pas être vues.

L’aridité des endroits où ils vivent évoque aussi la « mort ». Et, par opposition, les gouttes d’eau donnent la vie. Mais cette eau, justement, sous forme de goutte, n’est présente qu’en petite quantité (sauf à un seul moment du film mais elle est alors contaminée.

Par ailleurs, cet isolement rend également difficile toute fuite. Si, en théorie, elle a le droit de partir et possède la liberté de mouvement (ce qui  diminue avec le temps au fur et à mesure que Will arrive à se « matérialiser »), en vrai, ce n’est pas si évident. Dés le moment où elle choisit de s’en aller, il fait « pleuvoir » rendant le monde extérieur plus gris qu’il ne l’est et plus impraticable sauf que chaque goutte d’eau n’est qu’illusion qu’il est seul à maitriser.

Enfin, le « paradis » que construit Will au début du film et dont s’inspire Max pour se protéger de ses attaques, est encore une fois une manière de la garder isolée dans son jardin.

Répétitions

De nombreux éléments se répètent tout au long du film : le tourne-disques, les tournesols, les gouttes d’eau et le film lui-même est construit dans une boucle temporelle avec une fin et un début égaux. Jusqu’au feu de signalisation qui préfigure le début (quand on le respecte) et la fin (quand on le dépasse).

Souvent, dans les milieux dysfonctionnels, une certaine reproduction des évènements traumatiques continue de génération en génération.

Par ailleurs, ces mondes étant peu ouverts sur le monde extérieur, ils se révèlent étouffants et ennuyants comme le serait un long séjour en prison ou chaque journée se répète identiquement à l’infini avec très peu d’ouverture sur le monde extérieur.

Amour platonique …

Dans le premier degré du film, on ne voit jamais un moment calin, un baiser, une attitude érotisante. C’est très simple, si le film ne nous dit pas que Will et Evelyn sont en couple, on pourrait très bien croire qu’ils sont frères et sœurs ou amis.

Cependant, plus le film avance et plus la volonté de Will de consommer augmente ce qui effraie passablement Evelyn. L’amour entre les deux est d’abord platonique, avant la réincarnation, pour chercher à devenir de plus en plus charnel et, de l’autre côté, un fantasme enfantin qui ne cherchera pas à se réaliser dans une sexualité adulte (même si on peut interpréter la fin comme un passage à l’acte destructeur pour l’humanité, celui-ci n’est pas désiré, seulement accepté).

Le virus, de l’incestuel à l’inceste

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Pour détruire le mal, un virus est écrit et proposé. Celui-ci l’est par Max et se révèle une arme à double tranchant.

En effet, pour que Will puisse être arrêté, il est nécessaire qu’il franchisse la ligne rouge entre l’incestuel et l’inceste.

Petite parenthèse : soyons clairs, l’incestuel est très grave et peut faire énormément de dégâts à un enfant. Mais il est moins évident, car on est face à des comportements par toujours visibles de l’extérieur et il n’y a pas de sexualité adulte. Il est déjà une ligne rouge. Mais mon propos désigne la ligne rouge « visible pour l’extérieur ».

On peut donc imaginer que le mode d’inoculation du virus soit la manière d’arrêter Will.

Mais, ce faisant, puisque le tabou de l’inceste est rompu, l’humanité remonte à l’âge de pierre dans une boucle effrayante.

Le message du film qui peut en découler

Du coup, en réfléchissant bien, on peut se demander si le message du film n’est pas de dire que nous sommes condamnés à aller en boucle d’un état de nature à un état de technologies toujours plus avancées jusqu’à revenir à un état de nature.

En effet, les sciences, la connaissance, nous amènent à tout remettre en question, à nous séparer des Dieux originaux et à nous transformer en nouveaux Dieux. Ce faisant, nous sommes amenés à briser également les tabous qui vont avec, dont potentiellement celui de l’inceste (puisque tout peut être remis en question). Mais en faisant cela, nous briserions le garde-fou qui nous permet de rester civilisés. Et nous retournons à l’état de nature.

Nous sommes donc face à un rappel puissant de nos limites et à une défense acharnée des tabous qui sont à l’origine de notre  « humanité ». C’est assez freudien. Car, comme je l’ai écris plus haut, Freud assimile la mort du père et le tabou de l’inceste comme fondateur du genre humain.

Ce qui est intéressant, c’est qu’un message similaire bien que simplifié peut être trouvé avec un premier degré de lecture : il y a une boucle entre état de nature et état de civilisation et le retour de l’un à l’autre se fait brutalement quand nous voulons nous prendre pour Dieu.

Réactions extérieures

« Pas stopper, besoin d’attendre que aille trop loin et les gens se réveilleront ». Je ne sais plus qui dit cette phrase mais je l’ai notée. Elle est assez emblématique de la difficulté d’agir rapidement pour la société ou avant qu’il ne soit trop tard.

On remarque aussi que RIFT, elle, est attaquée par la société et qu’on l’utilise ou fait pression contre elle. Un peu comme si la mère était jugée pour son inaction.

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Début du film

On dit que le début d’un film contient en lui-même l’explication de la fin (théorie de la « première page » dans le cadre des livres).

Dans le cas présent, les premières images montrent un feu de signalisation éteint. Je l’interprète comme un symbole marquant l’absence de limites et de règles de vie en société. En effet, le feu de signalisation n’indique pas seulement quand on peut traverser, il indique aussi quand les autres peuvent traverser et son utilité est indispensable pour éviter des catastrophes.

Conscience

A deux reprises, la question sur la possession d’une conscience est posée.

A cette question, il n’est répondu que par une autre question, une manière de détourner l’attention pour ne pas répondre.

Toutefois, et je ne sais pas si c’est pareil en anglais, la conscience peut avoir plusieurs significations. Celle qui est visée au premier degré, c’est celle de savoir qu’on existe (je doute donc je pense donc je suis). Mais la vraie question concerne plutôt la conscience en tant que « être conscient de ce que l’on fait » pour dire « faire la différence entre le bien et le mal ». L’absence de conscience peut être l’expression de quelqu’un qui vit sans barrières de manière « totalement inconsciente ».

Par ailleurs, Dieu est interrogé sur la conscience de ses actes ou de ses responsabilités mais il refuse justement cette reconnaissance. Il ne veut pas voir ses abus et pense même être investi d’une mission, ce qui empêche toute remise en question. Nous avons donc un père qui est dépassé par son pouvoir sur sa fille et finit par en oublier ses responsabilités et la retenue qu’il devrait avoir.

Notons qu’on a jamais vu dans une mythologie quelconque un Dieu s’excuser pour ce qu’il a fait, même les pires choses comme le déluge sont « justes » par nature puisqu’émanant de la volonté déiste.

Panneaux solaires, monde d’illusions

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Les panneaux solaires du film sont particuliers. En effet, pour un film à gros budget, ils paraissent particulièrement ratés. Je pense même avoir lu des gens s’en servir pour critiquer le film. Pourtant, je vois deux raisons à leur présence qui fait que le « ratage » est certainement volontaire.

Ils sont régulièrement détruits et reconstruits. Ils sont la source d’énergie du laboratoire. Le blanc indique habituellement la pureté. Will prend bien soin à garder et reconstruire les panneaux solaires. C’est une des principales tâches de construction vue tout au long du film. Ces panneaux se trouvent à l’entrée du laboratoire et sont détruits par RIFT.

On pourrait les voir comme une métaphore d’un père se nourrissant de la pureté de sa fille pour devenir Dieu.

Par ailleurs, il y a un autre sens à leur aspect « raté ». Evelyn vit dans un monde d’illusions mais elle semble être la seule à ne pas le voir ! Dés que Max et Tagger visitent les lieux, ils se rendent assez vite compte que tout ça n’est que pure folie et lui proposent de se sauver.

Mais elle ne voit rien. Hors, même nous en tant que spectateurs sommes invités à voir des panneaux solaires sont en carton. Cela choque les yeux et on ne peut pas ne pas voir que tout ça n’est, je reprends le mot, qu’une illusion, un écran de fumée par rapport à la normalité et au monde tel qu’il est réellement.

Ces panneaux permettent de voir que nous ne voyons pas la même chose qu’Evelyn et que son jugement est biaisé, elle ne sait pas ou plus voir ce qui peut et ce qui ne peut pas être.

Pour rester dans le domaine de l’illusion, on soulignera cette scène où Will crée des bruits de repas et fait semblant de manger réellement avec Evelyn. Durant cette scène, elle s’en énerve et s’en trouve agacée. Un peu comme si les « trucs » de magiciens commençaient à devenir un brin trop apparents et qu’elle commençait à voir au-delà du brouillard.

Les tournesols

A différents moments du film, on voit les tournesols dans la cage de Faraday (une sorte de jardin d’Eden). Parfois fanés, parfois fleuris.

Voici ce que je lis sur le tournesol sur un blog:

Du fait de la fidélité solaire du tournesol, on a fait de cette plante un symbole de dévotion, de sa prolixité un symbole potentiel de fécondité et de renouveau qui s’illustre tant par la quantité de graines qu’un seul pied est susceptible de produire que par l’abondant nectar qu’il fournit aux abeilles.

Le tournesol est étymologiquement la « fleur du soleil ». Or, le soleil est un Dieu dans certaines mythologies anciennes et c’est aussi un élément essentiel de la vie telle que nous la connaissons.

Je le dis sans l’avoir vérifié (pas le temps de revoir le film pour le moment), mais je ne serais pas surpris que l’état du tournesol puisse être un indicateur de la foi que la fille peut avoir dans le père ou du pouvoir que celui-ci peut avoir sur elle.

Omnipotence

Plus le temps passe et plus le monde extérieur que Evelyn est amenée à côtoyer est factice. En effet, dans la ville où ils sont installés, Will finit par contrôler directement les hommes qui travaillent pour lui. Les caméras sont partout mais il voit également à travers les yeux et les oreilles de ses « servants » surhommes. Elle n’a plus d’intimité.

Cette omnipotence et absence d’intimité va jusqu’à la maitrise de tous ses paramètres corporels. Cela ressemble à un premier viol, certes pas physiques mais tout aussi dérangeant dans l’intimité. Evelyn se sent sale, un peu comme s’il avait lu en long et en large son journal intime sans se rendre compte du côté dérangeant.

Changer le monde

« Will ne voulait pas changer le monde, c’était Evelyn. Ca n’a jamais été Will ». Cette phrase représente la culpabilité que ressent Evelyn face à ce qui se passe. Le fantasme qu’elle a eu la convainc qu’elle en est finalement la cause. Pourtant, en tant que fille, ce n’était pas à elle de mettre les limites.

Impressions personnelles finales

C’est un film qui ne me touche pas. Les images sont magnifiques, le côté onirique est beau mais ce n’est pas une histoire qui me parle.

Il ne me fait pas rêver non plus. Mais j’ai quand même aimé en découvrir les ficelles et en débattre ici. Je ne pense pas que le film soit raté ou aussi mauvais qu’on le dit. Mais ce n’est sans doute pas un film fait pour le grand public et cela a du jouer en sa défaveur.

Je lui reconnais en tout cas des qualités artistiques et j’apprécie le fait que le message soit disponible autant au premier qu’au deuxième degré de lecture et je trouve que le scénario est plutôt réussi (du moins si on l’analyse comme je le fais).

Votre aide est bienvenue

Il y a sans doute (certainement) des choses qui m’ont échappé. Mais je compte sur vous, comme c’est déjà arrivé par le passé, pour me montrer où je me trompe, ce que je n’ai pas vu et ce que je n’ai compris qu’à moitié. Les commentaires sont là pour ça.

Par ailleurs, j’aurais encore pu parler d’autres choses, mais je pense avoir fait là l’essentiel. Cependant, l’espace ci-dessous se prête aisément à la possibilité de prolonger la réflexion.

Autres critiques sur le film

Je vous mets les liens de critiques intéressantes en vrac :