Inventer de la fumée pour pouvoir éteindre des feux imaginaires

(c’est rare, mais voici un petit billet d’humeur)

J’ai arrêté la politique active il y a quelques années maintenant. Mais, je m’y intéresse toujours. Je lis, je débats, j’essaie de comprendre les enjeux d’actualité ; ça, ça ne cessera jamais.

Ces derniers temps, j’ai remarqué que certains, dans le monde politique, ont fait de l’AFSCA leur victime idéale. Profitant de la mauvaise réputation de cette agence parmi une partie de la population, ils inventent de la fumée, obligent les dirigeants ou ministres à se défendre d’actes qu’ils n’ont pas commis puis, quand il devient évident que la fumée n’existe pas, annoncent fièrement avoir éteint un feu qui n’avait jamais même couvé.

Ça me désole complètement.

« Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose ». A chaque fois, le ressentiment vis-à vis, de l’agence augmente et le coup suivant est encore plus intéressant à faire. Un cercle vicieux. D’autant plus que les gens en deviennent paranos.

Le pire étant que les médias se contentent généralement d’aligner les pour et les contre sans mener de véritable enquête et sans se mouiller. Mais, pour moi, relayer la vérité n’est pas suffisant si on accorde une place équivalente au mensonge sans se prononcer pour l’un ou pour l’autre.

Dernièrement, l’AFSCA a été accusée de :

  • Vouloir interdire le fromage de Herve
  • Vouloir empêcher les Groupes d’Achats Locaux de fonctionner
  • Vouloir interdire la tarte au riz

A chaque fois, c’était faux ou simplement fantasmé. Mais le message est passé et maintenant tout le monde y croit. Je ne crois pas qu’on se grandit en agissant comme cela.

D’autant plus que l’hygiène alimentaire est quelque chose d’important. Discuter et proposer aurait bien plus d’intérêt que de créer des polémiques stériles qui n’ont pour seule conséquence que de créer un peu de buzz médiatique et d’exister. Ce n’est vraiment pas ce que j’attends d’un parlementaire.

L’hygiène dans l’alimentation sauve des vies. Arrêter le contrôle serait tout bonnement irresponsable : on ne peut pas tout permettre. Je veux bien imaginer qu’il y a sans doute des choses à changer. Le problème, c’est qu’à chaque fois qu’on voit de la fumée apparaitre, on se rend compte en ayant la version vérifiée qu’il n’y avait rien. Et c’est très dérangeant, ça donne l’impression qu’on essaie de nous manipuler.

Alors, si vous voulez améliorer le fonctionnement de l’AFSCA, attaquez la sur des vrais faits, pas sur des fantasmes. Parce qu’autrement, ça ne ressemble à rien d’autre qu’à de la politique populiste de bas étage.

Personnellement, je pense que si des méthodes de production artisanales sont plus dangereuses, on pourrait proposer de rendre le citoyen plus responsable en l’informant du danger et en lui laissant libre choix de la consommation. Et je ne serais  pas contre un assouplissement des contrôles en échange.

Mais on ne peut pas généraliser ce genre de choses à toute la chaine alimentaire, le consommateur doit être protégé par des spécialistes qui savent ce qu’ils font. Et on les trouve à l’AFSCA ces spécialistes, bien plus que chez les critiques de cette agence.

Les fonctionnaires de première ligne font souvent un métier difficile et n’ont pas besoin de se voir calomnier dans la presse alors que, dans le même temps, leur employeur (le gouvernement) ne cesse de réduire les moyens de manière aveugle (économies linéaires) en rendant leur travail plus difficile.

Journalistes, pensez à eux avant de relayer des infos sans fondement, merci.

Quelques commentaires suite au procès Bernard Wesphael

(cet article a été écrit durant la première semaine du procès)

Paraitre innocent ou coupable

Dans son petit traité de bizarrologie, Richard Wiseman, en pages 139 à 141 (Marabout Editions) nous parle d’une expérience réalisée pour évaluer l’influence de l’apparence physique du meurtrier dans la décision d’un jury populaire.

Au cours d’une émission de télévision, il a diffusé un procès fictif à l’Angleterre. Mais, subtilité, chaque moitié de ce pays a vu un procès différent. Cependant, il y a eu une seule différence : l’apparence de l’accusé. L’affaire était volontairement floue, si bien que la culpabilité de l’accusé n’était pas si évidente.

Cette apparence était modulée de manière à avoir un accusé qui avait les traits du coupable et un autre qui avait ceux d’un innocent (si on se base sur les préjugés sociaux).

Hormis cela, tout était entièrement pareil.

A la fin de l’émission, les spectateurs furent invités à téléphoner pour donner leur verdict. Ils furent un nombre significativement plus élevé à disculper la version habillée comme un innocent de l’expérience.

Ainsi, la personne qui avait l’apparence d’un meurtrier était déclarée coupable par 40% de la population pour 30% dans l’autre cas.

Et même si ce n’est qu’une expérience, le psychologue John Stewart a étudié l’apparence des accusés dans les tribunaux et remarqué que les hommes séduisants étaient condamnés à des peines significativement plus légères que les autres.

Par ailleurs, le psychologue Robert Ciadini appuie les observations précédentes après avoir étudié les conclusions d’une expérience sur les résultats de la chirurgie esthétiques en prison dans les années 60 aux Etats-unis. Lors de cette expérience, des détenus s’étaient vus offert la possibilité de corriger certains défauts physiques et il avait été remarqué qu’ils étaient moins nombreux à revenir en prison par la suite.

Soit, parce qu’ils récidivaient moins, soit, en s’appuyant sur les travaux de John Stewart, parce qu’ils étaient moins souvent condamnés à nouveau.

Pour terminer les enseignements de ce livre, il est montré dedans juste après les pages dont nous venons de parler que ce que nous voyons au cinéma ou à la télévision influence fortement nos préjugés. Vu les conséquences que cela peut avoir, cela devrait nous faire réfléchir mais c’est un autre débat.

En pratique

Les avocats savent très bien tout cela. Ils soignent leurs clients en les faisant se raser, en leur donnant des beaux vêtements et ils leurs conseillent ce qu’ils doivent dire et avec quel accent.

C’est le premier procès d’assise auquel je m’intéresse en ayant ceci en tête et c’est vrai que c’est très intéressant à observer.

Mais, quand on dit que la justice est « aveugle » et a les yeux bandés (Thémis), je pense que cela fait justement référence à cela : « l’habit ne fait pas le moine ». C’est comme si depuis longtemps (cette allégorie n’est pas neuve), les gens qui avaient mis en place le système de justice avaient conscience de la difficulté de juger les faits et rien que les faits sans être manipulé ou influencé.

Toutefois, les jurés en ont-ils assez conscience ? Et, si pour des raisons « humaines », on préfère se regarder dans le blanc des yeux quand on rend la justice, ne faudrait-il pas justement éviter que ceux qui sont amenés à juger ne voient ni n’entendent les inculpés ? Et, même, ne connaissent pas leur nom ?

Tcheu, lui, il veut faire un équivalent de The Voice pour la justice. Justement, les raisons pour lesquelles les jurés sont retournés dans The Voice sont tout à fait valables, cela évite qu’ils jugent une chanteuse sur son physique et pas sur sa voix. En soit, et c’est rare à la télévision, c’est un concept intéressant.

Bien plus que la prise de connaissance avec avance de certains éléments du dossier qui rend les avocats furieux, l’égalité de la justice pour tous les citoyens serait bien plus concrète avec un peu plus de cécité.

Aux Etats-Unis, les minorités sont bien plus souvent condamnées à mort que les autres parties de la population. Ce chiffre diminuerait à coup sur si les jurys qui doivent se prononcer ignoraient tout de la condition sociale des accusés et pouvaient rendre la justice sans préjugés. C’est pareil chez nous également. C’est un peu utopique mais on pourrait s’en rapprocher.

Dans ce que je vois de ce procès particulier, les apparences prennent une place particulièrement importante. La défense s’appuie sur la moralité de son client qui « ne ferait pas de mal à une mouche » et charge la victime qui était « violente, alcoolique, infidèle, aux pratiques sexuelles dont on ne peut parler » (n’en jetez plus, la coupe est pleine !). On se convainc que l’une aurait pu faire et l’autre pas sur les apparences qu’ils donnaient à leur entourage.

En cela, cette défense est très bien menée (d’un point de vue pragmatique), mais me laisse quand même sur ma faim si on ne veut s’attacher qu’aux éléments précis et concrets du dossier.

Par ailleurs, pour parler vulgairement, ce qu’a fait de son « cul » la victime avant ce jour là a certes pu énerver l’accusé et l’inciter à commettre le meurtre dont il est encore présumé innocent, mais ça n’en fait certainement pas une raison valable pour le faire. J’ai parfois l’impression qu’entre les lignes, on justifierait presqu’un meurtre à cause de l’immoralité de la victime. On est pourtant pas dans l’Afghanistan des talibans ! Pour rappel, les femmes adultérines y étaient condamnées à mort.

A mon sens, la moralité des victimes et accusés n’a rien à faire quand on essaie de faire la justice si ce n’est, dans un deuxième temps, quand il faut définir la peine et trouver des circonstances atténuantes ou aggravantes. Il faudrait donc presque un procès pour la culpabilité et un procès pour la peine.

Ce que j’ajoute encore

Par rapport à tout ce qui est dit précédemment, il y a encore quelque chose à ajouter.

On l’a vu, partiellement, nous ne raisonnons pas tout à fait avec logique quand il s’agit de juger, notre psyché nous influence fortement.

Mais il n’y a pas que les préjugés sur l’apparence physique qui jouent. Il y a aussi la ressemblance avec le présumé coupable.

Personne ne veut avoir à se dire que cela aurait pu être « lui » ou « son ami » ou « quelqu’un de son entourage ». Plus l’inculpé nous ressemble ou plus on le connait et plus cela nous dérange. Personne n’a envie de se sentir en insécurité dans son cercle amical et familial. Alors on va systématiquement charger plus ceux qui ne sont pas « comme nous » et faire l’exercice inverse avec ceux qui nous obligeraient trop à remettre en cause notre propre bienveillance.

Même si c’est humain, c’est pourtant complètement tronqué. OUI, le « diable » est potentiellement en chacun de nous. Et même quelqu’un qui n’a jamais blessé, tué, ou même commis le moindre délit pourrait se révéler un meurtrier en puissance et pêter un cable en fonction du contexte. Peut-être encore plus d’ailleurs car quand on contrôle totalement ses émotions, on laisse grandir en soit des énergies qui ne demandent qu’à se libérer encore plus violemment le moment venu.

Chaque être humain est capable du pire comme du meilleur, mais cela nous préférons toujours l’oublier car cette vérité nous dérange de trop.

Plus la personne qui commet un crime nous ressemble et plus nous pouvons nous sentir proches de lui, voir capable de faire comme lui. Ce n’est pas du tout une sensation agréable. Nous préférons nettement nous dire que la criminalité est le fait des groupes de populations qui nous ressemble le moins. Que tout ça est loin de nous et ne nous concernera jamais. Alors, nous raisonnons pour disculper celui-ci. Et à l’inverse, si on a aucune raison de s’identifier ou si on se sent loin, on chargera toujours un peu plus également.

Je généralise car même si je pense que certains d’entre nous sont plus capables de faire abstraction de cela, notre caractère humain fait que personne à part un robot peut totalement outrepasser ces biais cognitifs.

L’affaire Wesphael, un cocktail perturbant

Or, donc, dans cette affaire, qu’avons-nous ?

Un huis-clos, un couple qui pourrait nous ressembler mais qui est également très séduisant (ce ne sont pas le « quart monde » comme on dit péjorativement), des expertises contradictoires sur l’hypothèse du suicide ou de l’accident, des addictions de part et d’autre, un parlementaire avec une notoriété, de l’infidélité, de la violence conjugale, une histoire qui se passe en Flandre avec des francophones.

Il y a tellement d’éléments pour cliver les gens ! Et surtout tellement d’éléments pour nous éloigner de l’analyse des faits ! On l’a dit, les préjugés sociaux ou l’identification influencent notre jugement et pour certains avec plus ou moins de force.

En observateur qui aime bien lire les commentaires sur les réseaux sociaux, je vois ces gens débattre si fortement avec si peu de doutes sur l’innocence ou la culpabilité (pour certains).

Et je me demande qu’est-ce qui peut influencer leur jugement :

  • L’appartenance au monde politique ou à la gauche n’influence-t-elle pas certains à défendre coûte que coûte celui qui appartient au même monde ?
  • Les féministes ne sont-elles pas inhibées par cette même appartenance au monde de gauche ? Elles font preuve d’une prudence si peu habituelle en présence d’un procès médiatisé de violences conjugales graves présumées. Car même en cas de suicide, il n’est pas arrivé sans raisons.
  • Wesphael, lui-même, ne fait-il pas, dans l’autre sens, l’objet du désamour de la population pour le monde politique « corrompu » ?

Evidemment, ce qui rend possible tout cela encore plus, ce sont les cafouillages de l’enquête. Car, oui, il y a de la place au doute dans ce procès, et cette place au doute, même infime, permet évidemment à toutes les passions de se déchainer. Après plusieurs jours, on constate que la défense défend moins la thèse du suicide (qui pourrait incriminer son client également) que l’attaque de l’enquête et la quête du doute.

C’est une des leçons que je retiens de cette affaire : la justice a besoin de moyens suffisants et bien gérés ! Sans justice professionnelle, il n’y a pas de justice du tout. Une partie du doute, des cafouillages auraient pu être éliminés avec une enquête mieux menée.

Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas place pour décider de la culpabilité ou non, juste que certaines erreurs auraient du être évitées pour avoir un procès plus serein.

Après plusieurs jours d’auditions

Ce procès m’intéresse et comme un feuilleton, je le suis tous les jours en lisant les directs commentés en rentrant chez moi.

La défense est très bien menée, mais sa principale faiblesse est l’accusé qui ne s’est pas révélé très convaincant au moment d’évoquer les faits très précis.

Je ne suis pas étonné des stratégies qui sont mises en place mais qui nous divertissent de l’étude des faits. Ainsi, ces histoires de témoins de moralité de l’un, comme de l’autre, pour moi, peuvent avoir une influence néfaste sur le verdict de culpabilité.

Une personne qui s’est toujours mal comportée ou toujours bien comportée peut encore agir différemment dans le futur. Mais en connaissant son passé, on crée des préjugés qui vont influencer fortement le verdict. Je comprends pourquoi on le fait mais je me pose sincèrement la question de savoir si cela a vraiment sa place dans un tribunal qui doit se prononcer sur la culpabilité d’une personne.

Quand l’entourage ou la défense de BW nous parle de l’addiction à l’alcool, d’immoralité de la défunte ou des tentatives de suicide passées de celle-ci, il y a deux buts à cela. Premièrement, nous faire sentir qu’elle n’est pas comme « nous ». En effet, même si c’est un comportement relativement répandu, les alcooliques ou les infidèles, ce sont toujours les « autres ». Et deuxièmement, nous faire plus facilement accepter l’hypothèse du suicide.

Peut-être assisterons-nous à un coup de théâtre (des aveux, des excuses ; je n’y crois pas). Peut-être nous rendrons-nous compte que le doute est suffisant pour disculper l’accusé. Ce procès ne manque en tout cas pas d’intérêt et je suis content de ne pas être juré : leur travail est difficile et ingrat car il sera critiqué dans tous les cas tellement les clivages sont forts.

Je ne vous donne pas mon opinion aujourd’hui, peut-être après le verdict car j’ai décidé de donner sa chance à l’accusé et d’attendre la fin du procès avant de me décider. Comme on l’a vu, beaucoup de choses rentrent en compte et il faut faire très attention de rester concentré sur les faits et rien que les faits et, si la justice doit être rendue aveuglément, c’est plutôt une bonne chose en fin de compte.

Projets d’écriture

Un peu comme un défi personnel, je me suis mis à l’écriture de fiction cet été. Je n’ai eu le temps que de faire deux pages A4 en une semaine. C’est maigre, mais pour une fois, j’ai une idée de où je vais et de la fin que j’écrirai. J’ai laissé mon cerveau cogiter suffisamment avant de continuer et je ne le regrette pas.

C’est un projet que j’ai toujours eu. Mais, ici, c’est un peu spécial. Peut-être pour me faciliter la tâche et me prémunir contre toute déception quant au résultat, je le fais en partie pour apprivoiser la mise en page d’un livre et le monde de l’édition.

C’est un univers que je connais encore mal mais comme j’ai toujours été passionné par la communication et l’informatique, ce ne peux pas me faire de mal d’en apprendre un peu plus. J’ai une compagne qui lit beaucoup, elle m’a involontairement donné envie d’en savoir plus sur le monde des livres et de l’édition.

Quand je lui ai parlé de ce projet, ça l’a excité plus que je ne l’imaginais. Je n’aurais rien du lui dire, je n’aime pas avoir la pression.

Cela dit, alors que, curieusement, je lis très peu de romans depuis le sortir de mon adolescence, l’écriture vient plus facilement. J’ai vraiment l’impression que les années et les expériences de la vie peuvent être un facilitateur pour raconter des histoires. En tout cas, ça l’est vraiment pour moi. Pas que je raconte ma vie, mais le fait d’avoir vécu permets de mieux comprendre comment elle fonctionne et les destinations qu’on aurait pu ou pas du prendre avec leurs conséquences.

J’ai toujours aimé écrire. Jusqu’à présent, le blog satisfaisait pleinement mes envies. Et ce sera toujours le cas. Je suis lu ici par des gens du monde entier avec qui il m’arrive d’échanger et c’est très satisfaisant. Le blog est un peu comme ma compagne en écriture, et ce roman comme une maitresse. Le blog restera, c’est certain, il est ma première priorité.

Si certains veulent m’aider dans cette « épreuve » en lisant des chapitres et en me donnant leur avis, ils peuvent me contacter par mail ou par message et je leur enverrai la première version terminée. Ils me seront très précieux.

Allocation universelle ou allocation temps libre ?

Rappels rapides

Le principe de l’allocation universelle est d’octroyer un même montant à tout le monde, avec très peu ou sans conditions.

La sécurité sociale, elle, essaie d’être juste en accordant des indemnités ou des allocations en fonction de risques (parfois en tenant compte des revenus). Elle est conçue comme une assurance, ce qu’elle était au début, même si les choses ont évolué depuis.

Pourquoi en parler ?

A priori, je suis assez prudent avec l’allocation universelle; je la vois surtout adaptée à des pays possédant des administrations corrompues ou inexistantes. Mais, je reconnais qu’elle amène à discuter de choses intéressantes. Et, en y réfléchissant, j’ai voulu proposer des pistes réalistes pour marier le meilleur des deux mondes.

En l’écrivant ici, je participe au débat en amenant ma pierre à l’édifice. Je ne prétends pas avoir « raison » mais j’espère que cette contribution aidera à faire émerger quelque chose.

Objectifs particuliers de l’AU

A « gauche », un des arguments qui me touche est d’exposer qu’il serait bon pour l’individu et la société que nous puissions recevoir une allocation sans devoir se justifier, y compris pour ne rien faire, si l’envie nous en prenait. Je pense effectivement, que, sans excès, avoir droit à une allocation sans bureaucratie excessive et sans justificatif ne serait pas forcément un mal et permettrait de répondre à pas mal de situations non résolues aujourd’hui.

C’est par cette philosophie qu’elle diffère le plus avec la sécurité sociale actuelle (et sa branche chômage). Mais, pour permettre aux gens de disposer de leur temps libre comme ils l’entendent, est-il nécessaire de verser une allocation à « tout le monde » ? Je ne le pense pas et je vais explorer avec vous deux voies d’arrivée au même objectif mais avec des chemins assez différents et qui sont à la fois plus réalistes et moins dispendieuses.

Nom de l’AU

Concernant le nom donné à l’allocation universelle, je pense que les « supporters » de gauche auraient mieux fait de l’appeler « allocation temps libre » ou « allocation sans conditions » mais c’est sans doute un débat trop tardif. Le caractère universel de cette allocation n’était pas l’aspect le plus intéressant et dévie le débat car il apparait directement que l’universalité est non seulement risquée (financièrement) mais qu’elle est également une révolution. Or, les gens n’aiment ni les révolutions, ni les risques.

Voie 1 : élargir l’assurance chômage

En Belgique, l’assurance chômage est difficile d’accès, il faut travailler un nombre de jours élevés ou ne pas trouver d’emploi pendant une durée assez longue (allocations d’insertion). Ensuite, il faut démontrer régulièrement sa recherche d’emploi, ce qui n’est pas toujours aisé. Et au bout d’un certain temps, on est susceptibles d’être rayé automatiquement.

Ici, on la rendrait accessible à toute personne qui a fini ses études et qui n’a pas atteint l’âge de la retraite. Avec des conditions d’âges pour éviter que les jeunes n’abandonnent les études sans les finir ou des conditions de diplôme pour les motiver à les finir. Sans limitation de durée. Mais avec l’impossibilité de cumuler avec un travail ou des revenus (comme actuellement). Et sans obligation de chercher un emploi: plus de notion d’emploi convenable, d’obligation de suivre une formation ou d’accepter n’importe quel emploi qu’on vous propose.

Cette option permettrait d’économiser (un peu) dans la machine bureaucratique destinée à contrôler la recherche d’emploi mais libérerait ce même nombre de poste pour l’aide à la recherche d’emploi (qui sera toujours utile) ou la lutte contre le travail au noir (qui est un danger pour la sécurité sociale, faut-il le rappeler).

Je ne l’imagine pas sans une individualisation des droits sociaux et la possibilité de toucher du chômage à temps partiel avec un montant proportionnel au temps non travaillé (contrairement à maintenant). En effet, aujourd’hui, si vous êtes cohabitant, votre montant est diminué et si vous travaillez mi-temps vous ne touchez pas de chômage ou en tout cas beaucoup moins qu’une moitié. Mais cela reste un débat, selon moi, séparé.

En conséquences positives:

  • la pression à la hausse sur les salaires puisqu’il devient plus difficile de forcer à accepter un travail « de merde »
  • une bulle d’air financière pour les CPAS puisque leurs charges diminueraient (plus de RIS à gérer)
  • plus de carrousel ONEM – CPAS et plus d’emploi bidon juste pour faire passer quelqu’un d’une caisse à l’autre
  • accès au chômage pour les indépendants de la même manière que pour les salariés
  • le cumul entre le bénévolat et le chômage devient possible sans devoir plus faire de bureaucratie
  • la possibilité pour les CPAS de rediriger une partie de leurs moyens vers d’autres missions essentielles
  • solidarité plus large en faisant passer le financement de certaines allocations du niveau local au niveau fédéral
  • une réduction du temps de travail qui serait financée par le chômage
  • possibilité de démissionner ou de changer d’emploi sans peur de perdre son droit au chômage
  • plus grande facilité d’entreprendre sachant qu’un filet de protection existera de manière plus conséquente pour les indépendants

En conséquences négatives:

  • de l’emploi en CPAS qui disparaitra
  • un financement plus conséquent à trouver pour la sécurité sociale

En indéterminé, dans mon idée:

  • le statut des artistes
  • le statut des étudiants en école supérieure … est-ce à la sécurité sociale de financer les études supérieures ?

Les conséquences positives côtoieraient les négatives. Cela n’est pas tout blanc mais la balance est intéressante.

Voie 2 : créer une nouvelle branche de la sécurité sociale

Il existe déjà des sortes de précurseurs à ce que nous envisageons : les crédits temps. Ces allocations sont à charge de l’assurance chômage et donnés par l’ONEM (si je ne me trompe).

On pourrait créer une nouvelle branche qui correspondrait au risque « temps libre » et qui avalerait par la même occasion les crédits temps. Le chômage subsisterait à côté de même que les CPAS comme ils existent maintenant.

Si cette solution rajoute une institution en plus, elle n’en est pas moins politiquement plus facile à mettre en œuvre dans un pays (la Belgique) où le nord est plus individualiste que le sud. Partir de ce qui existe déjà (les crédits temps) pour améliorer et prendre le chemin d’une allocation temps libre serait peut-être plus facile à mettre en œuvre que de retirer toute condition de recherche d’emploi à l’assurance chômage.

Dans cette voie, le montant de l’indemnisation se ferait en fonction du statut : un chômeur toucherait la même allocation, un salarié une partie importante (mais plafonnée) de son salaire garanti pendant une durée minimale annuelle (deux mois ?) puis un forfait. Et il y aurait un quota de carrière maximal (que j’imagine à 1/5, soit environ 9 ans), on ne pourrait passer une carrière entière en « temps libre ». Il n’y aurait pas d’autres conditions.

Par ailleurs, on pourrait la prendre en la fractionnant autant qu’on le voudrait : trente jours de congés supplémentaires par an, ou un an complet ou un jour semaine, etc … Vous avez un quota que vous épuisez comme vous le voulez. Cela dit, puisque l’indemnisation est forfaitaire, passé une certaine durée au cours d’une même année, il y a un encouragement à ne pas tout prendre en une fois et à répartir sur la carrière.

On pourrait également décider de ne pas toucher l’entièreté du montant auquel on a droit pour l’épargner pour plus tard. Exemple: quelqu’un décide de passer mi-temps en allocation temps libre durant un an mais prévoit d’épargner une partie de ce à quoi il a droit pour le toucher en fin de carrière en complément d’une autre période « temps libre ».

Enfin, je l’imagine avec un cumul possible avec d’autres revenus (supplémentaire à celui de base, évidemment), dans certaines limites plafonnées.

Dans les faits, cela pourrait correspondre à une diminution du temps de travail d’un cinquième et donc pourrait être positive pour l’emploi. En mettant une limite, on peut s’assurer des gardes fous (financiers) et plus facilement estimer les risques. Et en mettant des forfaits passé une certaine utilisation annuelle, on évite un effet trop soudain et on incite à étaler voir à ne pas l’utiliser entièrement.

Financement ?

Tout cela aura un coût.

Il y aura des moyens récupérables comme la part subventionnée des RIS dans la voie 1. Il est probable que cela profiterait également à l’économie en redistribuant de l’argent qui ferait fonctionner l’économie. Ou que la sécurité sociale pourrait voir d’autres coûts diminuer du fait d’une santé améliorée par exemple.

Mais il y aura un coût certain.

Pour cela, je vois une piste qui est celle de la cotisation sociale généralisée comme en France.

On pourrait aussi envisager, pour la voie 2, une cotisation volontaire à choisir au début de sa carrière et qu’on payerait toute sa carrière. De cette manière, on financerait soi-même une partie de son coût.

Comme on est au stade préliminaire d’une idée, je me dis qu’il faut d’abord voir si ça pourrait séduire avant de regarder si cela est finançable. Toutefois, il est certain que ce sera toujours moins cher qu’une allocation universelle.

Conclusion

Ceci est partagé d’avantage comme une piste de réflexion pour aller de l’avant dans la concrétisation de l’idée d’une allocation temps libre. Idée que je trouve intéressante même si je ne partage pas les modalités proposées actuellement pour l’allocation universelle.

N’hésitez vraiment pas à critiquer, affiner et proposer en commentaires. Voir à descendre en flèche, ce n’est pas un souci.

Prix unique du livre en Belgique francophone … fausse bonne idée ?

Il y a quelques jours, je suis tombé sur cet article parlant d’une décision prise par le gouvernement de la CFWB de réglementer le prix du livre. Après avoir eu quelques discussions sur Facebook, lu le communiqué de presse (paradoxalement moins précis que l’article de journal) et fait quelques recherches sur internet, j’ai pu me faire une idée personnelle qui peut encore changer.

La tabelle va-t-elle être supprimée ?

Oui et Non.

Oui. Pour les clients ! En librairie, le prix sera le même en Belgique et en France.

Non. Pour le libraire. Lui continuera à acheter ses livres plus chers que s’il pouvait s’approvisionner en France. Comme le décret ne concerne que le prix de vente au client, le problème n’est pas réglé pour lui. Au contraire, sa marge est maintenant diminuée d’autant ! En effet, le distributeur n’étant pas contraint, il n’y a aucune raison qu’il baisse son prix de vente en Belgique.

On estime aujourd’hui que 50% des livres importés sont frappés par la tabelle, soit 35% des livres vendus par les libraires.

Concurrence plus facile pour les libraires ?

  • Par rapport aux grandes surfaces ? Oui, puisque le prix sera identique … en théorie. Les grandes surfaces auront droit à appliquer un rabais que les libraires n’auront pas forcément les moyens de proposer.
  • Par rapport à Amazon (si la loi venait à s’appliquer à Amazon … cf plus bas) ? Oui. Aujourd’hui, le différentiel de prix avec Amazon est énorme. Amazon fait une réduction de prix de 10% (BD) et 5% (livres) sur le prix français aux clients belges. En plus de la tabelle et de la livraison gratuite, cette réduction rendait les libraires belges tout à fait non compétitifs (sur le coût).
    En ce sens, SI Amazon applique la loi, ce sera positif pour les librairies.

MAIS, d’un autre côté NON:

  • Puisque leurs marges vont se voir réduites sur tous les livres concernés par la tabelle. Or les libraires ont déjà aujourd’hui des soucis pour rentabiliser leurs commerces. Une grande surface ou Amazon est beaucoup plus diversifiée et n’a pas ce souci là. Ceux qui peuvent jouer sur les marges ne sont PAS les libraires. Donc, on ne peut les favoriser en les obligeant à le faire.
  • Le prix est très loin d’être la seule donnée ! La concurrence des grandes surfaces sera toujours autant présente qu’avant puisqu’elles sont les championnes du marketing et de l’achat impulsif. On s’y rend très régulièrement pour faire nos courses diverses et variées et on repart souvent avec un achat imprévu bien présenté au coin d’un rayon.
  • D’ailleurs, pour le prix, le marché de l’occasion sera toujours imbattable ! Celui qui veut absolument acheter un livre au meilleur prix, même sorti récemment et en bon état trouvera toujours assez facilement (Amazon le permets, mais il existe également des boutiques physiques ayant énormément de succès).
  • Enfin, le client Amazon n’est pas attiré seulement par le prix mais aussi par la facilité, le stock, l’ouverture h24 voir même, ce qui étonnera certains, le « conseil » (offert par les autres clients).
    Le prix unique français n’a pas empêché Amazon d’émerger. A prix égal, le livre continuera d’arriver magiquement à destination sans devoir se rendre deux ou trois fois en commerce (parce qu’il aura fallu commander, voir plus si on fait le tour des librairies pour le trouver).
    Il est donc probable que, si la mesure ne change pas les habitudes du client, elle ne fera qu’augmenter la marge d’Amazon et ses profits. A tout le moins, il faudrait sans doute un prix plus élevé sur Amazon pour changer les habitudes du client. Sans compter qu’au pire, pour les best sellers, ça favorisera plus les grandes surfaces que les librairies indépendantes.

On remarquera que malgré la présence d’un prix plus élevé, les librairies indépendantes belges ont augmenté leur part de marché de 3,2% l’année dernière. Et que les grandes surfaces françaises ont, en majorité, décidé de ne plus lobbyier contre la loi, preuve qu’elle ne leur fait pas tant de tort que cela.

Intéressant pour le client ?

On nous présente la mesure comme intéressante pour le client qui paye « plus cher » aujourd’hui. Mais c’est totalement partiel. Les clients qui passent par Amazon aujourd’hui payent beaucoup moins cher qu’en France.

Il y aura donc les clients des boutiques physiques qui payeront moins cher (et tant mieux pour eux) mais dans des commerces à la rentabilité réduite par l’interdiction de répercuter la tabelle (et au service client qui finira par en pâtir si moins de moyens).

Et d’autres clients qui payeront plus cher, ceux d’Amazon. La situation n’est pas aussi évidente qu’elle n’y parait.

Pour illustration, le prix d’un livre (Enkidare, le livre de Saskia par Marie Pavlenko) vendu en Belgique ou en France depuis Amazon.fr (prix HTVA identique de 7,58€):

  • Pour la Belgique, prix final: 7,63€; application d’une remise de 5%, d’une TVA à 6% et de frais de livraison gratuits
  • Pour la France, prix final: 8,01€; pas de remise, livraison à 1 cent et TVA à 5,5%

On pourrait dire qu’on respecte la remise autorisée de 5% prévue par le projet belge mais celui-ci interdit de faire la remise et la livraison gratuite (comme en France). Amazon, dans les faits, restera plus avantageux que la loi belge. Et plus avantageux que les libraires car il offre la livraison gratuite en plus du rabais.

Mais, encore un autre exemple sur le prix d’une Bande Dessinée (Manu Larcenet : Tome 4 du combat ordinaire) à 13,26€ HT:

  • Pour la Belgique, prix final: 12,65€; application d’une remise de 10%, d’une TVA à 6% et de frais de livraison gratuits
  • Pour la France, prix final: 14€; pas de remise, livraison à 1 cent et TVA de 5,5%

Là, en cas de prix unique du livre en Belgique, Amazon restera moins cher de 5 à 10% avec toujours la livraison gratuite. Pour la Bande Dessinée, cela fait carrément une BD gratuite toutes les neufs achetées .

Peut-on réglementer Amazon ?

Amazon est un marchand français. Si la loi française a choisi de ne pas imposer les mêmes règles à Amazon quand il vend vers la Belgique ou la France, cela ne veut pas dire que le législateur belge a nécessairement la compétence pour le faire.

Il s’agit de commerce électronique transnational au sein de l’UE. Cela n’a l’air de rien mais cela complique beaucoup les choses. Le droit européen prévoit que les lois applicables sont celles du pays dans lequel est établi le commerçant. Donc, seules les lois françaises, pour faire court, s’appliquent à Amazon. Établir des règles qui ne s’appliqueraient pas à Amazon serait pour le moins cocasse étant donné la place de cet acteur dans la vente de produits culturels.

Par ailleurs, la France n’est pas autorisée par le droit européen à édicter le prix de vente vers la Belgique donc même un accord entre les deux pays ne le permettrait pas.

Si ces obligations ne devaient s’appliquer que pour le commerce électronique belge, cela aurait la conséquence de désavantager gravement tout acteur belge du commerce électronique culturel (il n’en existe plus de francophone, cela dit, Proxis ne vendant plus que des livres flamands) voir d’en empêcher tout bonnement l’émergence ! Fabuleux quand on sait qu’une solution pour la survie des petits commerces serait justement l’ouverture d’une plate-forme en ligne performante leur appartenant …

L’application de la législation du pays du vendeur est confirmée par Tanguy Habrand p. 90 (notamment) dans son essai sur le prix unique du livre en Belgique. Page 87, il rappelle également la volonté ferme de la Commission en 2002 de laisser le commerce électronique transfrontalier en dehors de toute réglementation de prix. C’est donc, à priori, non contesté.

Est-il légal de réglementer le prix des livres importés ?

On le sait, la très grosse majorité (72,5% en 2015) des livres vendus ici sont édités et imprimés en France (avec dépôt légal à la BNF). Or, dans le cadre du prix unique du livre français, les tribunaux européens ont consacré le principe que ces lois ne pouvaient PAS s’appliquer aux livres importés. Quand même une grosse tuile pour ce qui est prévu ici.

L’arrêt de la CJCE du 10 janvier 1985 est assez explicite à cet égard:

2 ) dans le cadre d’une telle législation nationale, constituent des mesures d’effet équivalant à des restrictions quantitatives à l’importation interdites par l’article 30 du traite des dispositions

– selon lesquelles il incombe à l’importateur d’un livre chargé d’accomplir la formalité du dépôt légal d’un exemplaire de ce livre, c’est-à-dire au dépositaire principal, d’en fixer le prix de vente au détail, 

– ou qui imposent, pour la vente de livres édités dans l’état membre concerné lui-même et réimportés dans un autre état membre, le respect du prix de vente fixe par l’éditeur, sauf si des éléments objectifs établissent que ces livres ont été exportés aux seules fins de leur réimportation dans le but de tourner une telle législation 

Dans cet autre article, on confirme encore cette interprétation de l’arrêt européen:

Il est donc acquis aujourd’hui que le système du prix unique du livre est conforme au Traité de Rome et que la justice française entend faire respecter la loi du 10 août 1981. Les seules difficultés juridiques qui subsistent tiennent au régime des livres importés. Mais la solution de ce dernier problème ne dépend pas du législateur français : elle doit être trouvée au niveau européen.

A noter que la loi française (et décret) s’est conformée à cet arrêt européen mais qu’elle a ensuite opéré des changements qui n’ont pas été contestés en justice. Tanguy Habrand (p. 55) estime que la modification du 10 janvier 1990 opère un retour en arrière et s’éloigne, avec la tolérance – ce qui ne veut pas dire acceptation – de la commission européenne.

Toutefois, à y regarder de plus près, cette modification de l’article 4 ne fait qu’ajouter la possibilité pour l’importateur de tenir compte d’un rabais obtenu dans le pays d’édition. La loi elle-même n’a plus été fondamentalement modifiée depuis l’ajout de 1985 qui stipulait que « Les dispositions de l’alinéa précédent ne sont pas applicables aux livres importés en provenance d’un Etat membre de la Communauté économique européenne, sauf si des éléments objectifs, notamment l’absence de commercialisation effective dans cet Etat, établissent que l’opération a eu pour objet de soustraire la vente au public aux dispositions du quatrième alinéa du présent article. »

On voit donc mal ce que la Commission européenne aurait eu à dire sur ces modifications. Et en l’absence de nouvelle jurisprudence de la CJUE, je vois mal également en quoi l’interprétation du droit européen a évolué sur la fixation du prix d’un livre lorsqu’il est importé ou exporté.

Conclusion

Le but affiché est de soutenir les petits commerces en souffrance face aux grands acteurs culturels. On indique qu’on a plus ou moins copié la loi française. Mais, la Belgique n’est pas la France.

Dans les faits, le risque est de ne rien changer en termes de parts de marché tout en affaiblissant la marge des petits indépendants et donc leur qualité de service (moins de possibilité d’engager du personnel), le double effet kiss cool.

Par ailleurs, les clients qui commandent par Amazon, s’ils se rendent compte de quelque chose risquent de l’avoir mauvaise. Et d’avoir du ressentiment pour les « dinosaures » qui ne veulent pas s’adapter, dinosaures qu’ils fréquentent encore aujourd’hui, mais pour combien de temps ? Entendons nous bien, je ne partage pas forcément ce discours, j’essaie juste de me placer à la place du client lambda.

Enfin, en se focalisant sur le prix quand, au contraire, on veut mettre en avant le service meilleur rendu par les libraires, on envoie un message paradoxal (en focalisant sur ce qu’on veut éviter !) et on oublie l’essentiel: ce n’est pas par les prix que les libraires s’en sortiront mais par un service meilleur que celui de leur concurrent.

Idées

Ce que les libraires demandaient, ce n’était pas nécessairement un prix de vente imposé mais de pouvoir acheter au même prix qu’en France et donc potentiellement d’acheter directement aux distributeurs français. Plus de concurrence entre distributeurs serait déjà plus efficace. Au moins, de cette manière, on augmente la marge des libraires et on leur redonne un bol d’air immédiat !

Soutenir la digitalisation du stock (savoir via internet où trouver tel exemplaire en librairie, le commander par la même voie et être informé en direct de son arrivée) des librairies serait également profitable à tous ; en termes de suivi de leur activité et de service au client.

En s’unissant, les libraires pourraient également développer leur propre plate-forme de vente en ligne avec même, pourquoi pas, de l’occasion ou du bradé. De cette manière, ils pourraient agrandir virtuellement les stocks et résoudre un de leur gros défaut face à Amazon.

Enfin, il faut amener le chaland en petit commerce, soit en se rapprochant physiquement de lui, soit en y organisant des activités ou des partenariats pour lesquels il se sentira libre de venir sans acheter, ce qui favorise paradoxalement l’achat.

Personnellement, je suis un acheteur multi canal. J’achète tant en grande surface qu’en librairie que sur Amazon. Et j’achète autant en neuf qu’en occasion. Et le prix n’est pas mon premier critère, généralement. Mais il y a des tas de contextes d’achats sur lesquels chaque canal a ses avantages et ses inconvénients. Enfin, le client est roi, on ne récupère pas un client en pleurant sur les évolutions de la société ou en essayant de le culpabiliser (qu’on se le dise une bonne fois pour toute !).

Etudier le marché et innover (comme la librairie que je fréquentais avant de déménager le fait) permettra au petits indépendants de mieux réussir, éventuellement avec l’aide du politique. Mais je ne crois absolument pas que ce sera le cas du prix unique du livre, vraiment pas.

De chouettes vacances en Vendée

Pour mes vacances, cette année, je suis parti en Vendée aux Sables d’Olonne en faisant étape à Paris. Je partage ici avec vous mes expériences au cas où vous seriez tenté de faire de même.

Transport

Achetés suffisamment à l’avance, nous avons pu avoir les billets les moins chers ou presque. 30€ pour Bruxelles-Paris et 25€ (retour) et 35€ (aller) pour Paris-Les Sables D’Olonnes. Cela revenait moins cher que d’y aller en voiture ou presque ! Nous avons choisi les dates où le TGV était le moins cher et on a adapté l’hôtel en conséquence ! Il faut savoir faire cela de manière intelligente. Pour le TGV, faire attention que si vous commandez sur le site français, il vaut mieux commander l’aller et le retour séparément sur deux navigateurs différents !

Pour la correspondance à Paris, il y a un petit passage à faire dans le métro qui était bien bondé mais nous nous en sommes sortis. Idem, les gares de Paris sont énormes et il n’est pas évident de s’y retrouver. Surtout que la SNCF a l’habitude, assez incompréhensible, de n’annoncer les quais qu’à la dernière minute.

Il n’y a que très peu de TGV qui se rendent directement aux Sables mais vu la durée du trajet (+/- 3h30), ils sont aux bonnes heures.

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Hôtel

Je ne recommande pas vraiment l’hôtel parisien dans lequel nous avons logé lors de notre escale, donc je ne vais pas en parler ici.

Par contre, aux Sables, l’hôtel Ibis était situé juste en face de la gare TGV (très pratique ! Cependant, il possède un petit parking payant, si vous venez en voiture … cela dit, il y a un énorme parking de la ville à quelques mètres). Nous y avons passé un séjour génial donc je le recommande : chambre spacieuse, confortable, wifi, petit jardin ombragé, services de restauration. Un des rares points négatifs: la plage est à vingt minutes de marche, mais pour nous, ce n’était vraiment pas un problème.

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Les plages

Pour les plages, Nous avons aimé le bassin Dombret et la grande plage. Mais nous ne les avons pas toutes essayées, notamment les plus lointaines.

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Manger

Il y a trois restaurants qui avaient un excellent rapport qualité prix: délicieux et pour un prix tout à fait abordable:

  • le « s’viet » à proximité de l’hôtel Ibis
  • le « ô mange debout » pas très loin de la plage où l’on mange des frites, burgers et paninis délicieux (nous n’avons pas goûté les sandwiches)
  • la roulette du Fish’n Chips sur le port de pêche

Par ailleurs, le Leclerc d’Olonne-sur-mer (ville juste à coté des Sables) possède un rayon traiteur où nous pouvons manger sur place si nous le désirons. C’est très bon et pour un bon prix.

Par contre, sur place, la bière est assez chère quelque soit l’endroit, cela m’a assez bien étonné mais il faut faire avec … même après une journée très ensoleillée et chaude.

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Activités

La plupart des activités et musées sur place sont à des prix assez chers et nous avons décidé de ne pas trop dépenser donc ce fut promenades sur promenades. Et les Sables sont parfaits pour cela: la vieille ville, le port de pêche, les deux phares, le port de plaisance, le remblai (= digue de mer en Belgique), etc … Il y a moyen de passer du bon temps. Cela dit, la prochaine fois, nous prévoirons peut-être un budget plus large pour tester d’autres choses. Dans ce cas, je mettrai à jour cet article.

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Conclusion

Avec une accessibilité TGV, les Sables d’Olonne sont vraiment une station balnéaire où il fait bon se reposer: les gens sont accueillants (plus qu’à Paris …), les paysages magnifiques, la plage super agréable, le temps magnifique … bref j’ai hâte d’y retourner un jour. Spécial plus pour l’horeca qui, pour ceux qu’on a fréquenté, était de très bonne qualité. Et il y  en a pour toutes les bourses.

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La force des discrets, livre de Susan Cain

J’ai découvert Susan Cain par hasard sur le site de vidéos TED (cf. fin de l’article pour voir son intervention). Comme ce qu’elle disait était brillant et réfléchi, j’ai fait des recherches sur elle, j’ai vu qu’elle avait écrit un livre et je l’ai commandé. Ensuite, il a trainé sur ma bibliothèque pendant longtemps avant que je le lise et vous le partage.

Je ne vais pas vous en faire un résumé complet, tâche impossible. Mais je vais survoler quelques sujets et espérer vous donner l’envie de l’acheter ou l’emprunter.

 

Le malentendu de la timidité, précisions sur l’introversion

Introversion et timidité sont souvent compris comme étant intimement liés. Pourtant, il existe des extravertis timides et des introvertis non timides. La timidité provient d’une peur. L’introverti fuit les situations de trop grande stimulation non par peur mais par déplaisir.

En chiffres …

Entre un tiers et la moitié des américains seraient introvertis ! Cela signifie que bien qu’on les pense, peu nombreux, ils sont en réalité une quantité non négligeable. Le souci est que nombre d’entre eux se camouflent en extravertis, ce qui n’est pas bon pour eux (pour leur santé) ni pour la société.

L’idéal extraverti

Quand on nait introverti, on se rend compte rapidement que la pression est mise pour nous faire accepter et désirer des traits de caractères qui ne sont pas les nôtres et qu’on peut rattacher à l’extraversion.

C’est vrai dans notre culture européenne, ça l’est encore plus dans celle de l’auteure (américaine).

Préférer lire un livre plutôt que de sortir en boite s’amuser ? Briller dans les études ? Ce ne sont pas ou plus des caractéristiques enviées mais plutôt des signes « d’anormalité » qu’il convient de brocarder. L’élève intello n’est pas un exemple à suivre mais plus souvent la tête de turc des autres élèves.

Et pourtant, en Asie, c’est tout le contraire. Preuve qu’il s’agit de quelque chose d’avant tout culturel. D’autant plus que, durant des siècles et des siècles, l’introverti, homme sage et mesuré a été mis en avant chez nous aussi. L’extraversion n’est la « nouvelle » tendance à suivre à l’école, dans les entreprises et même dans les familles que depuis le début du 20ème siècle.

Moi-même, j’ai été imprégné de tout ça, croyant qu’il me fallait devenir ce que je n’étais pas. Il est important de se rendre compte qu’être introverti n’est pas une tare et qu’il ne faut pas le cacher. Ce livre aide à cela et est assez salutaire.

Nous aurions tout à gagner à ce que les introvertis soient aussi les bienvenus pour ce qu’ils sont dans la société. Cela dit, remettre en cause un idéal ne veut pas dire qu’il faille jeter tout et partir dans le sens opposé. Au contraire, le livre nous montre bien que les deux caractères fonctionnent mieux quand ils sont associés et qu’ils s’enrichissent mutuellement.

Ethnie, genre sexuel et … caractère ?

Si l’on se préoccupe aujourd’hui énormément d’intégrer les cultures entre elles ou de donner aux femmes la place qu’elles méritent, on ne se préoccupe jamais des différences entre introvertis et extravertis. Pourtant, les uns et les autres ne réagissent pas du tout de la même manière à l’environnement dans lequel ils vivent ou travaillent.

Il serait salutaire que tous les chefs d’entreprise se mettent à avoir une politique RH qui en tienne compte, que les décideurs et professeurs dans l’enseignement fassent pareil et que les enfants puissent s’épanouir au sein d’un foyer où on ne les force pas à être ce qu’ils ne sont pas.

Dans mon domaine, qui est la GRH (Gestion des Ressources Humaines), justement, je me rends compte que l’enseignement reçu n’en a jamais parlé. Or, cela serait intéressant que les futures diplômés en ressources humaines puissent apprendre, même s’ils seront libres ou pas d’essayer de le mettre en œuvre, les connaissances suffisantes afin de permettre à tous les tempéraments de donner le meilleur en entreprise.

Il n’y a actuellement aucune conscience de la productivité ou, dit autrement, de l’intelligence collective qu’on perd en ne mettant pas les personnes dans les meilleures conditions pour travailler ou étudier. Ou au minimum, en y réfléchissant pas sérieusement.

Pourquoi un enfant devrait-il nécessairement être le plus populaire de sa classe alors qu’une amitié fidèle le rend déjà heureux ?

Pourquoi les écoliers doivent-ils nécessairement participer en classe quand cet exercice les rend mal à l’aise et leur fait perdre leurs moyens ? Pourquoi promouvoir les travaux en groupe trop larges ou les plans de classes trop ouverts ? On le fait parce que c’est la mode ou parce que l’égo du professeur (ou son propre caractère) veut qu’un élève doit lui montrer qu’il est écouté et compris. Mais cela peut l’être par d’autres moyens.

Enfin, j’ai déjà pu constater moi-même à quel point je pouvais perdre de mon efficacité dans un environnement de travail trop bruyant. Alors que d’autres déprimeront dans un espace de travail avec trop peu de stimulation. Laissons une flexibilité suffisante pour que les extravertis ne se retrouvent pas obligés de prendre du télétravail et les introvertis se retrouver dans un open space laissant trop peu d’intimités.

Tout cela mérite en tout cas qu’on s’en préoccupe plus et qu’on y donne plus ample attention.

Pourquoi est-on introverti ? l’hypothèse biologique

 

Jérôme Kagan, décrit par Susan Cain comme « un des plus grands psychologues du développement du 20ème siècle », est à l’origine d’une hypothèse qui peut expliquer en partie pourquoi nous sommes l’un ou l’autre.

Lors d’une étude, il avait exposé des nourrissons à des « expériences de la nouveauté ». Il en ressortit que 20% étaient à réactivité haute, 40% à réactivité basse et le reste entre les deux.

De manière totalement contre intuitive, il paria que les bébés à réactivité haute deviendraient les futurs introvertis. A l’âge de 2, 7 et 11 ans, les enfants de l’expérience furent re-testés, examinés et on interrogea également leurs proches. Et l’hypothèse de Kagan fut confirmée.

Parce qu’il chercha également la raison qui amenaient à ce résultat, Kagan se rendit compte que celle-ci se situait au niveau de l’amygdale (cerveau primitif qui gère les émotions) et du système nerveux central. Les bébés à haute réactivité avaient une amygdale très réactive à la nouveauté et les autres non.

En quelques sortes l’introversion peut venir du grand déplaisir ressenti lors d’une sur-stimulation. Puisqu’ils sont plus sensibles, ils ressentent beaucoup plus de choses, ce qui peut les submerger. Or, justement, certaines situations, quand on est introverti, nous fatiguent énormément où nous donnent mal de tête, précisément comme si notre cerveau avait été mis à rude épreuve.

Les introvertis ont tendance à voir plus les détails, faire des choix plus réfléchis et à s’impliquer plus en profondeur parce qu’ils sont plus alertes face à la nouveauté et que leur système nerveux central les rend plus sensibles à leur environnement. Cela les rend moins sociaux mais leur donne aussi d’autres avantages importants.

Cette hypothèse biologique n’est pas satisfaisante dans tous les cas (vraisemblablement 40 à 50%), mais elle en explique beaucoup. Par ailleurs, les études de Schwartz indiquent que nous pouvons, dans certains cas, modeler notre caractère, même y s’il est mis des limites importantes. Nous avons donc un libre arbitre, certes, même s’il connait des limites.

Plus de détails dans le livre.

Complémentarité entre extravertis et introvertis

Ces caractéristiques de personnalité sont observées également chez les animaux et semblent tout à fait complémentaires depuis la nuit des temps.

Je laisse quelques extraits du livre pour l’illustrer :

« Wilson, comme Aron, considèrent que, si les deux profils d’animaux coexistent, c’est parce qu’ils ont des stratégies de survie radicalement différentes qui payent dans des circonstances et à des époques bien spécifiques. C’est ce que l’on appelle la théorie de l’évolution par le compromis (ou « trade-off ») dans laquelle une caractéristique particulière n’est ni bonne ni mauvaise mais un mélange d’avantages et d’inconvénients dont la valeur en termes de survie varie selon les circonstances.

Les animaux « timides » partent moins souvent et moins loin en quête de nourriture, économisent leur énergie et restent en périphérie des zones de chasse ce qui leur permet d’échapper aux prédateurs. Les animaux plus intrépides sortent sans prendre de précaution et se font régulièrement avaler par les espèces qui se situent plus haut dans la chaine alimentaire. Mais quand la nourriture se fait rare et qu’il faut prendre plus de risques, ce sont eux qui survivent. » (p. 192-193).

« Certains chercheurs émettent même l’hypothèse selon laquelle le fondement de caractéristiques telle que la sensibilité serait une compassion exacerbée à l’égard des autres membres de l’espèce, et particulièrement de sa propre famille.

Mais nul besoin d’aller si loin. Comme l’explique Aron, il parait cohérent qu’un groupe puisse dépendre des membres sensibles pour survivre. « Prenez un troupeau d’antilopes dont quelques membres s’arrêtent constamment de brouter pour guetter les prédateurs. Les troupeaux dotés d’éléments aussi sensibles et alertes ont un meilleur taux de survie et continuent à se reproduire, maintenant ainsi la proportion d’individus sensibles au sein du groupe ».

Et pourquoi en serait-il autrement pour l’homme ? Notre espèce a besoin de ses Eleanor Rooselvelt aussi surement que les troupeaux d’antilopes dépendent de leurs éléments les plus sensibles. » (p. 194-195).

Crise de 2008, monde de la finance

Un peu comme illustration de ce qu’on pourrait gagner ou éviter dans un monde plus équilibré, il y a le krach de 2008.

Les introvertis voient beaucoup mieux les risques arriver alors que les extravertis les sous-estiment systématiquement. Des voix s’étaient exprimées pour dénoncer ce qui allait arriver mais n’ont pas été écoutées. Un chapitre très intéressant y est consacré.

Mon avis sur le livre

J’ai été passionné par sa lecture. Son écriture est la suite d’un long travail de recherche, de grande qualité, et le sujet lui-même est extrêmement intéressant.

Il concerne évidemment en tout premier lieu les introvertis mais également tous ceux qui sont en contact avec eux, qu’ils soient leurs parents, amis, amants, professeurs, patrons … Tout le monde peut sortir grandi de sa lecture.

Le contenu est très dense mais ça se lit en toute légèreté sans aucun mal de tête. C’est juste très difficile à résumer.

C’est donc un livre que je recommande sans aucune réserve. Ici, je ne l’ai survolé que très très rapidement, sa lecture vous donnera beaucoup de plaisir si vous aimez mieux vous comprendre ou mieux comprendre les autres.

 

Pour aller plus loin

Sa vidéo lors d’un évènement TED :

Le livre est disponible aux éditions JC Lattès, collection livre de poche (mon édition est celle de 2013).