Lectures en vrac – mars 2019

Cet article était prévu pour janvier mais a pris un peu de retard.

La domination masculine n’existe pas, livre de Peggy Sastre

Livre fascinant qui aurait peut-être gagné à avoir un titre un peu différent. En effet, ce que l’auteure dit n’est pas tant qu’il n’y ait pas de domination masculine mais plutôt qu’il n’y a pas de complot masculin. Elle dénie plus la théorie des mâles organisés pour maintenir une sorte de patriarcat à leur avantage que l’existence d’avantages à être hommes dans un certain nombre de cas.

Une fois cela dit, le livre est vraiment très rigoureux et intéressant. On est ici face à un ouvrage scientifique rendu accessible au plus grand nombre. Il se lit très bien et très vite et on apprend sans devoir connaitre le jargon du milieu.

A travers le prisme de l’évolution, et sans pour autant rechercher des « coupables », l’auteure s’intéresse factuellement à ce qui se passe dans notre société sous le prisme de l’évolution. Une fois bien dans le livre, on peut alors apprécier un monde qui n’est pas noir et blanc mais qui au contraire associe les femmes et les hommes dans ce qu’ils vivent et les raisons de leurs désirs et comportements.

Comme elle le dit très bien, si on ne fait pas le bon diagnostic, on ne peut pas agir efficacement pour changer les choses, cela d’autant plus que le changement des comportements est quelque chose qui doit s’apprécier sur plusieurs générations.

C’est un livre que je recommande à tous mais particulièrement à ceux qui s’intéressent aux relations entre les hommes et les femmes.

Les dossiers Kennedy, BD de Erik Varekamp et Mick Peet

Ce n’est « que » le premier tome d’une série.

Pas grand chose à dire sinon que le destin de la famille Kennedy est encore plus inattendu qu’espéré. Attendez peut-être toutefois que tous les tomes soient sortis avant d’en faire l’achat. Car, sinon, comme moi, vous en resterez sur votre faim.

La fantaisie des Dieux, BD de Hippolyte et Patrick de Saint-Exupéry

Le génocide au Rwanda fait partie de mes thèmes d’intérêt. Comment l’humain a-t-il pu être capable de tels crimes ? Cette BD, bien que française, ne fait pas l’excuse des fautes de l’état français et semble au contraire assez proche de la réalité.

J’ai aimé la lire. Je pense qu’elle peut figurer dans la bibliothèque de toute personne qui s’intéresse au sujet.

Moi René Tardi prisonnier de guerre au StalagIIB, BD de Tardi

Beaucoup d’entre nous ont eu quelqu’un dans leur famille qui a connu les camps de prisonniers allemands, les fameux Stalag. Ils n’en sont pas toujours revenus intacts, sans colère ou sans amertume. Dans cette BD en trois tomes à la fois passionnante et émouvante, c’est l’histoire du père de Tardi et de ses souvenirs précis qu’on peut approcher. Mais à travers elle, je n’en doute pas, celle aussi de nombreux anciens combattants dont certains sont encore vivants ou ont encore des enfants, des veuves, etc En cette période troublée, je recommande chaudement cette lecture parue chez Casterman. Aussitôt reçue, aussitôt lue.

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Le chômeur et sa belle, BD (2 tomes) de Jacques Louis

J’ai rencontré l’auteur il y a maintenant onze ou douze ans environ.

A l’époque, il avait déjà le projet de se faire éditer et je me souviens qu’il m’avait parlé de roudoudou et petites bouclées : je l’avais noté sur un papier pour me souvenir d’aller voir et je me suis abonné à son blog.

J’ai trouvé en occasion le tome 1 et aussitôt commandé le tome 2 après l’avoir lu.

Ça fait longtemps que son blog n’est plus mis à jour (voir n’existe plus) et avoir cet objet physique dans ma bibliothèque au côté des autres chouettes auteurs qui ont fait leurs gammes sur la toile est un vrai plaisir. Je ne m’en séparerai surement pas même si je suis content que quelqu’un d’autre l’ait fait et m’ait permis de redécouvrir ce petit univers familial.

C’est sympathique, émouvant parfois, drôle. Dommage, ça s’est arrêté après deux tomes. Un troisième avec les enfants aurait pourtant été l’aboutissement idéal d’une trilogie originale.

Le voyage de Marcel Grob, BD de Philippe Collin et Sébastien Goethals

Encore un livre sur la seconde guerre mondiale … Et pourtant, comme tous ceux que je vous partage sur le blog, son point de vue est toujours original par rapport à ceux qui ont déjà été lus.

Dans celui-ci, on suit le parcours d’un jeune incorporé d’office (sinon, risques de représailles sur la famille) dans la SS et qui vivra l’horreur sur le front italien. Une horreur qu’il subit autant qu’il en est acteur.

L’auteur incorpore cela dans une fiction où un procès se joue. Je suis perplexe par rapport à ce procédé sans qu’il me pose réellement problème.

Depuis que j’ai un bébé …, BD de Leslie Plée

Ce livre est, pour moi, un « must have » de tout futur parent, certainement bien plus utile ET bien plus drôle que quantité d’autres oeuvres proposées sur le marché.

Voici, en un peu modifié, ce que j’en disais à des amis à qui je l’ai offert avec plaisir :

J’ai bouffé quelques livres sur la parentalité. Il y en a que j’ai acheté et jamais lu. D’autres que j’ai lu et pas apprécié. Certains qui étaient pas mal, oui, mais au final, ne m’ont pas tant que ça aidé. Il y a ceux à la mode (quasi sectaire) et recommandés mais que je ne recommande pas. Par exemple : Isabelle Filiozat. Sous un vernis soit-disant scientifique, c’est complètement idéologique, culpabilisant, irréaliste et manipulateur.

Surtout, ça a l’air beau et parfait mais l’enfer est pavé de bonnes intentions. J’avais le projet d’écrire un article là-dessus en voyant des adeptes faire leur sermon sur une publication facebook (c’était hard, et je voulais le dénoncer).

Puis, il y a ce livre qui précisément ne prétend pas vous dire comment vous devez faire. C’est vrai que beaucoup de parents veulent être aidés et finissent par demander à leur pédiatre jusqu’à l’éducation qu’ils doivent donner. Mais ce livre rappelle des notions évidentes mais tellement oubliées :

  1. Chaque enfant est différent
  2. Ça va être dur, très dur
  3. Vous allez parfois détester votre enfant, et ce n’est pas un drame
  4. Un jour, ça va passer, quel que soit votre malheur, votre enfant finira par grandir, évoluer, etc … Et souvent quand vous aurez touché le fond, pleuré toutes les larmes de votre corps, ben ça finit toujours par aller mieux
  5. Fuyez ceux qui cherchent à vous dire comment faire et à vous culpabiliser, vous êtes les seuls à savoir ce qui est bon pour votre enfant. Vous devez l’élever à deux et suivre votre instinct, écouter les conseils et prendre des renseignements à diverses sources mais ne pas se laisser commander

J’aurais aimé lire ça avant d’être parent. C’est une bouffée d’humour (je n’insiste peut-être pas assez là dessus !) et ça se lit avec plaisir en peu de temps. Vous savez à qui l’offrit en priorité 🙂

Le petit théâtre des opérations, livre de Julien Hervieux

Julien Hervieux est aussi connu sous le pseudonyme de l’Odieux Connard.

Il allie style, pertinence, culture et beaucoup d’humour. En résulte un livre qui se dévore extrêmement vite. La première guerre mondiale ne vous sera pas contée dans tous les détails mais vous connaitrez par contre plein d’anecdotes amusantes et sympathiques.

Vent glacial sur Sarajevo, livre de Guillaume Ancel

Quand les militaires se lâchent et racontent ce qu’ils ont du taire durant tant d’années, c’est toujours intéressant.

Voici un auteur que j’ai découvert parce que je m’intéressais au rôle de la France au Rwanda. Ici il raconte ce que la France a fait, ou n’a pas fait, en ex Yougoslavie et ce n’est pas triste.

Après avoir lu Guillaume Ancel, on a certainement une autre vision du « règne » de François Mitterrand qui fut loin d’être parfait pour son action internationale.

N’hésitez pas à aller lire son blog qui est très précis et documenté.

3096 jours, livre de Natascha Kampusch

Récit palpitant qui se lit de la première à la dernière page comme un thriller.

Si ça avait été une fiction, l’aurait-on trouvé crédible ? (peut-être pas) Et pourtant, tout est vrai. Ce qu’a vécu cette femme, et ce à quoi elle a survécu est juste horrible et elle en sort forte grâce à une personnalité hors norme.

Les dernières pages sont les plus dures à lire. On ne peut se passer de craindre pour elle, même si on connait la fin, parce qu’il ne s’en est fallu que d’un cheveu pour qu’elle ne se fasse rattraper et tuer.

Pour ceux qui l’ignorent, Natascha Kampusch a été enlevée au début de son adolescence et a vécu dans la cave d’un fou parano durant 3096 jours. Un jour, son ravisseur espérant avoir bâti une relation mêlée de crainte et de confiance (il voulait en faire sa femme parfaite dans un modèle d’inspiration nazi), relâche son attention et elle arrive à s’échapper. Il ne sera jamais jugé, ayant préféré se suicider.

Certains lui ont fait remarquer qu’elle avait des propos qui défendaient parfois son ravisseur et l’ont accusé du syndrôme de Stockholm. Elle réfute cela en arguant du fait qu’elle avait simplement de l’empathie et que c’est peut-être d’ailleurs une des qualités qui lui a permis de survivre. Malgré le fait que celui-ci était bel et bien un monstre et un fou, c’est quelque chose que j’ai énormément apprécié dans cette lecture. Malgré qu’elle ait été la première victime de tout ça, elle arrive encore à avoir un recul suffisant pour comprendre la personne humaine en face d’elle, malgré tout ce qu’elle lui a fait vivre.

Plus que l’histoire, c’est bel et bien la personnalité et la force de caractère de N. Kampusch qui m’a le plus fasciné, si on peut oser ce terme pour une histoire pareille.

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Sa Majesté des Mouches, livre de William Golding

Sa Majesté des Mouches est un livre qui a connu de multiples illustrations de couvertures mais voici celle que j’ai toujours connue et que j’apprécie le plus :

Introduction

Comme d’habitude avec moi, sinon ce n’est pas intéressant, on va faire des « spoilers » et dévoiler ce qui se dit et se passe dans le roman. Pas d’analyse, même légère, autrement.

Si on regarde la page Wikipedia, cette œuvre a eu une influence considérable sur beaucoup d’auteurs vu le nombre phénoménal d’adaptations plus ou moins fidèles.

Je l’ai découvert en librairie d’occasion durant un de mes séjours à la mer quand j’étais enfant. A la réflexion, je pense que la couverture a fait beaucoup pour m’attirer car, sinon, il était vraiment en mauvais état (la première édition date de 1956 et il aurait pu avoir vingt ans facilement).

Dernièrement, je l’ai relu pour ma fille (huit ans). Je dois avouer que je n’avais qu’un très vague souvenir de l’oeuvre avant de la recommencer sinon j’aurais un peu plus hésité même si au final, elle a aimé (mais elle est bon public).

Une particularité de ce livre, c’est que j’ai toujours eu du mal à en retenir le vrai titre. Généralement, je l’appelle « le seigneur des mouches » sans que je ne me l’explique vraiment. Peut-être est-ce du au titre original qui est « Lord of the flies », soit littéralement justement « le seigneur des mouches » comme si ce titre s’imposait naturellement au récit.

Style et contexte

L’oeuvre utilise un style à la fois très précis et riche en vocabulaire mais sans que ça n’empêche jamais, même pour un jeune enfant, de comprendre tout ce qui se passe.

Sorti en 1956, on  le sent héritier du traumatisme très proche de la seconde guerre mondiale qui vient de se terminer.

Histoire

Résumé

Un avion s’écrase sur une ile déserte (d’humains) avec à son bord uniquement des enfants. Nous sommes à une époque pré technologie où l’absence de boite noire, de satellite, etc … va poser la question de leur survie et de leur récupération de manière bien différente à aujourd’hui.

Pour eux, très rapidement, le seul moyen de s’échapper est d’éveiller l’attention d’un éventuel navire s’approchant des côtes de l’ile avec un feu qu’ils doivent maintenir nuit et jour et alimenter de feuilles pour avoir une fumée bien épaisse.

Ils devront donc commencer par redécouvrir le feu grâce aux lunettes de « Porcinet ». Un gamin intelligent mais que personne n’écoute par manque total de charisme.

Une autre de leur préoccupation va être de créer un semblant de civilisation par une structuration et un chef avec une assemblée où la parole se partage via une conque qu’on se donne d’une personne à l’autre. Toutefois, quand il faut choisir les priorités, entre feu et maintien de l’illusion d’un sauvetage ou chasse court termiste aux animaux de l’ile, le peu d’institution qu’ils ont créé vacille et la force et le plaisir immédiat et sauvage l’emporte.

La viande l’emporte. Celui qui, par la force, arrive à faire couler le sang, animal comme humain, détient désormais le pouvoir et oblige chacun à se soumettre ou à mourir.

Entre les deux, une histoire de monstre aide à créer la panique et à perdre tout sens humain et rationnel. Ce monstre existe d’abord dans l’imagination des plus petits qui doivent faire face à leurs peurs et à l’absence de leurs parents. Il est dans chaque page car, à la première lecture, on ne sait pas vraiment à quoi on a à faire : simple fiction ou roman fantastique.

Le monstre finira par prendre corps via un parachutiste mort et tombé avec son parachute qui se gonfle et qui dans l’ombre de la nuit nourrit tous les fantasmes. Même les plus rationnels finissent par y croire. Et quand un des enfants réalise la vérité, il est tué avant d’avoir pu s’expliquer vraiment ; pris dans la folie sauvage de ses congénères s’exprimant par une danse et une transe tribale.

Pour l’enfant que j’étais, c’était d’autant plus troublant que j’ai pu prendre au premier degré les descriptions de sa majesté des mouches (têtes de cochon qui parlent à un des enfants déjà devenu un peu « barjo »). Pourtant, à ce moment là, on sait déjà, nous le lecteur, que le monstre n’existe pas. Mais les descriptions sont tellement bien faites et prenantes qu’on peut vraiment se prendre au jeu, surtout si on est jeune.

Au final, alors que les enfants ont sombré dans la sauvagerie et n’osent s’opposer à leur nouveau chef (le livre n’est pas si explicite mais on suppose qu’ils ont vu ou été victime de tortures horribles voir de maltraitances sexuelles), le chef du début se retrouve à fuir durant une battue qui a pour objectif certain de le soumettre et pour objectif probable de le tuer voir de le manger. Un incendie ravage même les lieux tant plus personne ne semble garder un sens des proportions.

Dans les tous derniers instants, voilà un adulte qui arrive et qui sonne la fin de la récréation. Nos loups semblent redevenus agneaux et soumis à la posture imposante, et charismatique, qui leur fait face. Il a lui même du mal à reconnaitre les enfants qui sont en face de lui mais qui, on en doute pas, ont déjà recouvré une partie de l’humanité en peu de temps.

Le livre s’arrête alors là et on ne saura jamais vraiment ce qu’ils deviennent ensuite. Ce n’est de toute façon pas le sujet du livre.

Conclusion

Il ne se passe pas tant de choses car on peut résumer en peu de lignes mais les descriptions sont longues. Surtout, cela permet d’insister sur chaque étape qui mène vers l’horreur en les vivant pleinement. Au début, l’histoire semble un rêve. Ils peuvent faire ce qu’ils veulent, bronzer, jouer, se baigner dans une belle eau. Mais cela dérape pour ne plus jamais aller mieux jusqu’à l’arrivée des adultes. Peut-être est-ce la manière dont le livre nous marque si fort. Nous le vivons d’abord comme un immense rêve (plus d’adultes, faire ce que l’on veut, endroit paradisiaque) avant de découvrir le cauchemar. Et les deux extrêmes sont ressentis de manière forte.

Se déshumaniser

Le choix des enfants

Cette fiction nous montre comment des enfants peuvent se déshumaniser totalement en peu de temps et reculer de plusieurs siècles d’évolution.

C’est pour moi une des plus grandes leçons. L’humain évolue certes depuis des milliers d’années mais, dans la vision pessimiste et réaliste de l’auteur, on se rend compte que rien n’est acquis. Notre état sauvage peut revenir en extrêmement peu de temps si l’on y prend garde. Ce n’est évidemment pas un hasard si ce thème est traité si près de la fin de la seconde guerre mondiale et dans un contexte de guerre froide où on estime le « encore pire » toujours possible.

Je ne vais pas trop discuter du choix de prendre des enfants comme protagonistes. Je pense que les enfants sont à la fois plus proche de l’état de nature et plus malléables. Dans un sens positif aussi bien que négatif. Les adultes ne sont jamais que des enfants qui ont grandi et ne sont pas si différents d’eux. Mais, surtout, les enfants ont ce vernis d’innocence qui nous les fait paraitre comme naturellement bons alors que, je pense, c’est bien tout le contraire. L’éducation a son importance. Mais l’usage de non adultes pour le récit permet surtout de choquer plus et de permettre l’identification des jeunes lecteurs, de manière forte, au récit. Peut-être dans une visée éducative.

Les ingrédients

Le récit permet de ressortir plusieurs causes possibles, et cumulables, au changement entre début et fin de l’histoire.

En premier lieu, il y a la perte de l’espoir.

Seuls quelques enfants semblent vraiment accorder une priorité au feu.

Pour la majorité de ceux qui s’en fiche, c’est probablement parce qu’ils perdent vite l’espoir de revoir un jour leurs parents ou famille. Pour la minorité restante qui ne s’en préoccupe pas plus, peut-être parce que cette nouvelle réalité leur semble préférable à ce qu’ils connaissaient avant. Dans cette minorité, je pense surtout au chef chasseur qui se donne une importance qu’il n’aura peut-être plus jamais ensuite et qui le sait très bien.

En deuxième lieu, il y a le charisme.

Le premier chef l’acquière par son caractère de grand et par l’acquisition d’un beau coquillage qui fait un bruit puissant.

Le deuxième l’acquière d’abord par le plaisir de la viande, court termiste (il n’y a pas d’élevage) mais que le rôle de chef des chasseurs lui donne. Il attire tout le monde puis les maintient sous sa coupe par la peur et la violence dans un territoire clos qu’il peut facilement contrôler. En y repensant, je me demande si l’anthropophagie n’est pas partie intégrante du récit mais ma lecture est trop lointaine maintenant pour en être sur.

Le dernier, celui qui les sauve, par sa prestance d’adulte et par l’espoir qu’il redonne de recouvrer la civilisation.

En troisième lieu, il y a le plaisir.

La viande représente ce plaisir tant apprécié et qui fait saliver. A côté de ça, le premier chef n’a rien à apporter car il rappelle les contraintes et les règles. Même dans les premiers instants, les plus joyeux, il est donc un rabat-joie.

En quatrième lieu, il y a, et c’est paradoxal, la nostalgie de la civilisation et l’attrait de son absence.

Le chef des chasseurs leur rappelle cette douce civilisation en leur donnant cette viande qu’il pouvait manger en abondance avant. Mais il leur offre également la possibilité de vivre sans la contrainte du chef « rabat-joie » (adieu le feu à entretenir, les cabanes à construire, les discours pessimistes). Dans un premier temps, son monde parait idéal et un parfait compromis. La violence vient alors tout casser mais il est déjà trop tard car tous sont sous son emprise.

Alors qu’ils sont d’abord attiré par un monde dans lequel ils n’ont plus de contraintes, ils se retrouvent finalement à devoir obéir au doigt et à l’œil à un chef qui leur demande des choses pires encore. L’absence d’obligations n’était qu’une illusion en trompe-l’œil, tôt ou tard il faut payer l’addition.

En cinquième et dernier lieu, il y a le monstre.

Véritable épouvantail et croque mitaine, même les plus grands et les plus rationnels finissent par y croire sans pourtant jamais l’avoir vu clairement. Au final, c’est révélateur, c’est un fou qui finit par découvrir la supercherie mais qui meurt poussé dans le vide par la folie ambiante, littéralement.

La mort

La mort n’est pas absente de l’oeuvre, dés le début, un enfant meurt brûlé par négligence alors qu’ils ont incendié, sans le vouloir, une partie de l’ile.

Ensuite, plusieurs morts, souvent proches de nous, des personnes qu’on suivait, et parmi les « gentils », continuent tout au long du récit. Jusqu’au héros présumé qui est traqué et qui n’échappe que de justesse à son destin promis.

Paradoxalement, si l’espoir de retrouver la civilisation habite notre héros, il n’y a qu’à la fin qu’il s’inquiète véritablement pour sa survie. C’est celui qui est le véritable repère du groupe, le tuteur pour ne pas tomber. C’est celui qui fait le plus pour maintenir un semblant de civilisation. Il ne recherche pas à devenir chef mais cherche à le rester car il sait que c’est le seul moyen de maintenir un espoir de sortie et de vie « humaine ».

C’est peut-être là que je vois la plus grande différence entre les enfants et les adultes.

Si les enfants sont d’abord préoccupés de trouver un sauvetage extérieur, ce qui les rend encore plus à la recherche d’un grand chef providentiel, des adultes auraient probablement d’abord chercher à établir des règles pour simplement survivre. Ce qui ne semble pas la préoccupation principale des rescapés de l’accident d’avion.

Ce qui me touche dans le récit

Je ne me souvenais plus de grand chose avant de réentamer la lecture. Mais je savais que c’était un livre qui m’avait fortement marqué étant enfant et que je voulais relire. Puisque je cherchais un nouveau livre à lire à ma fille, je me suis saisi de l’occasion pour faire d’une pierre deux coups.

Le style est le plus particulier et ce qui, je pense, rebutera le plus les lecteurs d’aujourd’hui. On est plus du tout habitué à un style pareil. Toutefois, je pense que cela fait partie de ce qui m’a accroché. Les nombreuses descriptions nous permettent de nous immerger dans cette ile et d’y vivre comme si on était fantôme caméraman de leurs aventures.

Ensuite, pour moi qui ait toujours eu à la fois une grande sensibilité à la justice et à l’ordre civilisationnel, au fait de pouvoir vivre ensemble sans se faire du mal, ce livre est évidemment une grande claque. Il représente précisément le danger de la société dans laquelle je ne veux pas, aujourd’hui, vivre.

Pour faire un parallèle d’actualité, je pense un peu à la raison pour laquelle je ne suis pas du tout attiré par le mouvement des « Gilets Jaunes ». Derrière leur totale anarchie, même les meilleurs sentiments seront, en cas de révolution, récupérés par les instincts les plus bas et les plus dangereux. Et des gens comme moi, comme Ralph, seront les premières cibles de ce genre de mouvements qui peuvent facilement dériver vers le fascisme et la dictature même si l’esprit n’est absolument pas à cela dans l’esprit de ces gens.

Et c’est d’ailleurs ce qui est fascinant avec ces garçons piégés. Ils sont entrainés malgré eux dans la barbarie. Lentement, mais surement. Littéralement piégés par le nouveau chef qui en échange de viande (comme la promesse de Scar faites aux hyènes dans le Roi Lion) en fait ses affidés puis ne leur permet plus de changer de chef.

Je pense que c’est, au final, la plus grande leçon du roman. Toujours, plus que jamais, d’actualité. Certes, nous avons évolué durant des milliers d’années. Mais le retour à la barbarie la plus complète peut se produire demain et il ne faut pas beaucoup de temps avant qu’on ne s’asocialise et deviennent des bêtes furieuses aux ordres. Ne l’oublions jamais. C’est ce que j’aime, comme message, et qui me terrifie en même temps. Même les acquis qui ont mis le plus de temps à se créer peuvent se perdre en un rien de temps.

Célébrons nos « Ralph », souvenons-nous du passé et ne choisissons pas de mauvais chefs ! Pour être plus terre à terre, les droits de l’homme sont ce qui nous permet de rester dans la civilisation, choisir de les oublier ne nous amènera jamais rien de bon.

Pour aller plus loin

J’ai trouvé quatre articles de blog qui en parlent.

Ceux parlant du livre de manière positive :

Celui parlant du livre de manière négative :

Mes films vu au Ramdam Festival 2019 (High Life, Donbass, Werk Ohne Autor, El Angel, Emma Peeters)

Le Ramdam Festival présente une grande sélection de films qui dérangent. C’est une bonne opportunité pour voir des films qui ne sont pas toujours programmés, ou pas longtemps, dans le circuit commercial là où j’habite.

Voici en bref ce que j’ai pensé des quatre longs métrages que j’ai vu. Malheureusement, je n’ai pas vraiment le temps de faire plus, surtout que cela fait déjà quelques semaines que j’ai vu chacun de ces films.

High Life de Claire Denis

Premier film vu du festival et ça commençait très mal.

Ce film n’a absolument aucun intérêt. Pour moi, tout est raté. C’est insupportable à regarder.

Il y a des thèmes mais qui, à mon avis, ne sont pas bien traités.

Ça ressemble à un mauvais rêve. Je sais qu’il y a des efforts pour essayer de mettre des sens cachés mais ça ne fonctionne tout simplement pas. Je renonce à l’analyser car ça n’en vaut pas la peine.

Ce fut ma grosse déception du festival.

Donbass de Sergei Loznitsa

Ni film, ni documentaire mais un peu des deux.

J’ai apprécié voir ce film qui nous présente la réalité dans l’est ukrainien avec beaucoup de réalisme.

Toutefois, comme je m’intéresse déjà beaucoup à la question, je n’ai pas découvert grand chose.

Je ne regrette quand même pas de l’avoir vu. Mais je le recommande surtout pour ceux qui n’imaginent pas ce qui se passe là-bas.

Ne vous attendez pas à un scénario : ce sont plusieurs petits films sur des moments de vie là bas avec un fil d’Ariane assez ténu entre chacune de ces séquences.

Werk Ohne Autor (Never Look Away) de Florian Henckel von Donnersmarck

LE film que j’ai le plus aimé voir !

Il est juste sublime, émouvant et arrive à raconter beaucoup de choses sans jamais se perdre !

J’étais sur un nuage après l’avoir vu (seul) et je suis retourner le voir avec ma compagne par la suite qui l’a également énormément apprécié.

Tout est réussi dans cette oeuvre, absolument tout et je n’ai aucune remarque négative.

C’est très émouvant et ça ouvre beaucoup de possibilité de discussions en « après » film, ce que j’apprécie particulièrement.

Le propos sur l’art n’est jamais ennuyant et est pédagogique sans aucunement être scolaire. Et c’est parlant sans être trop explicite.

Allez le voir, c’est la seule chose à dire et le seul film de cette sélection pour lequel je vous le dis les yeux fermés !

J’ai juste été déçu qu’il ne … remporte pas l’Oscar du meilleur film étranger, pour lequel il avait obtenu une nomination.

El Angel de Luis Ortega

Film intéressant, bien tourné et dérangeant, juste comme il faut.

On parle d’un voyou qui semble complètement irresponsable de ses actes. Il se fait des amis du milieu mais qui n’arriveront jamais à le contrôler.

Un moment de cinéma intéressant même si ça s’arrête là. Si vous aimez observez les fous, même les plus meurtriers, foncez !

Emma Peeters de Nicole Palo

Le film est loin d’être mauvais. Il est sympathique et un peu drôle. L’histoire est chouette et plutôt bien construite.

Mais, je ne me suis pas attaché plus que cela au héros. Je ne regrette pas de l’avoir vu. Mais je n’irai pas le revoir.

Peut-être que cette histoire ressemble trop à celle qu’ont vécu de nombreux autres comédiens et que je n’arrive pas à accrocher à cause de cela.

Je me souviens quand même avoir passé un bon moment et je vais terminer là dessus pour ce film. Je pense que j’aurais écrit une meilleure critique juste après l’avoir vu mais que le temps me l’a rendu moins passionnant.

Conclusion

Sur les cinq films, seul un a été une déception complète (High Life).

Sur les quatre autres, seul un a été exceptionnel (Werk Ohne Autor – Never Look Away). Qui mériterait d’ailleurs un article à part entière.

Les trois autres se laissent voir et s’apprécier mais je ne suis pas sur de les revoir, même s’ils passent à la télévision. A la limite, Emma Peeters, mais sans certitude.

Bilan et rétrospective 2018

Je ne fais jamais de bonnes résolutions en début d’années. Ça ne veut pas dire que je ne désire aucun changement personnel. Mais chaque année est tellement imprévisible que chaque bilan serait forcément négatif sans que j’en sois pour autant à blâmer.

Cette année encore, le bilan me permet de constater que je n’ai pas vu venir ce qui est arrivé. Pour vivre heureux, il faut vivre dans une certaine dose d’instant présent et de « carpe diem ». Cette année fut dure, je ne le cache pas, mais quand j’y repense, je ne retiens que du positif et ça donne le ton, finalement. Il n’y a pas de bonheur facile.

Le syndicat

En 2018, encore, on aura pas été épargnés par les multiples changements plus ou moins heureux et qui nous auront donné beaucoup de travail. Si bien, que je débute 2019 épuisé malgré une semaine de congé fin décembre.

Le Gouvernement étant tombé en affaires courantes, les choses devaient théoriquement se calmer, voir s’arrêter. Mais la réalité est différente, du lourd travail nous attend encore pour défendre nos affiliés et faire en sorte qu’ils s’en sortent le mieux possible. Et que les réformes soient menées dans l’intérêt et le respect de tous (y compris des principes de l’état de droit).

Puisse le prochain Gouvernement être un peu plus à l’écoute de ses agents et soucieux de rendre la fonction publique plus SEXY et attractive pour les meilleurs talents. Puisse-t-il être mieux persuadé que c’est en motivant les fonctionnaires qu’on les rend plus productifs et capables de rendre les meilleurs services aux citoyens. La carotte et pas uniquement le bâton.

Il est certain qu’on ne peut pas toujours faire plus avec moins, et qu’avec du matériel et des logiciels obsolètes, voir même des lois mal écrites (le conseil d’état n’est pas toujours écouté), il est difficile de faire du bon travail. C’est une évidence, mais que, visiblement, tout le monde ne comprend pas.

La famille

2018 fut la première année passée entièrement avec Lisbeth. Notre couple est un couple fort où les ingrédients indispensables restent présents : communication, respect, empathie. Elle a entamé des études supérieures qui la conduiront probablement vers une nouvelle vie et de nouveaux espoirs professionnels. Elle seule a les clés de son avenir. Quoi qu’il en soit, je la soutiens dans son choix et je pense qu’elle peut y arriver si elle travaille assez et garde confiance en elle tout au long du cap choisi. Je suis déjà très heureux de voir que ce qu’elle a entamé la passionne véritablement, y compris les matières plus ardues.

Florence a maintenant huit ans et je l’aime un peu plus chaque année (oui, je sais, quelle tarte à la crème, mais je considère qu’être parent est une mission qui consiste à rendre nos enfants autonomes et heureux ; les voir grandir rend nostalgique mais aussi heureux du travail accompli). Elle grandit et me rend fier. Elle a enfin pu commencer le traitement logopédique, à temps, avant que ses résultats scolaires ne subissent trop de contre coup. Elle voit sa logopède avec plaisir et le contact passe super bien. Elle est un très bon public, aime le cinéma et la lecture. Que rêver de plus ? Qui n’aimerait pas partager ses passions avec son enfant ?

Le blog

J’ai atteins les 200 000 pages vues cette année et continué à publier régulièrement. J’espère toujours récupérer un rythme de vie plus sain où j’aurais plus de temps pour lire et pour écrire mais il faut croire que ce n’était pas encore pour 2018. Toutefois, le simple fait d’avoir pu continuer à entretenir ce hobby me satisfait.

La lecture

J’ai lu un peu moins en 2018 qu’en 2017. Si j’en crois mon album Facebook qui contient mes lectures, j’ai lu 70 ouvrages (tout genre confondu) dont 22 livres.

J’ai vraiment eu du mal à lire à cause de la fatigue, notamment. J’ai quand même réussit à acheter moins que ce que j’ai lu mais, dans le même temps, j’ai ramené mes lectures d’enfance donc ma pile à lire n’a pas vraiment diminué. J’hésite à donner ou jeter certains des livres que j’avais acheté il y a des années car je me rends compte que leur lecture risque de me plonger dans du complotisme de bas étage. Des lectures « écologiques » achetées il y a des années, à une époque où j’étais, malheureusement, moins critique et moins sélectif.

Ce qui m’a aidé à lire des fictions (genre que je ne pratique que très peu depuis ma majorité), c’est ma fille à qui je lis beaucoup à voix haute (notamment pendant son bain, ce qui laisse un temps suffisant pour une longue lecture).

J’ai pris la décision de chroniquer certains livres lus sous forme de rubrique « en vrac » (la prochaine arrive bientôt). De cette manière, je peux partager un coup de coeur même si je n’ai pas tant que ça à dire dessus.

Enfin, les BD se lisent toujours en priorité chez moi. J’ai commencé à lire très jeune avec elles et ce sera toujours un de mes média préféré.

Dans le top de mes lectures 2018 :

  • J’ai été agréablement surpris par les Schtroumpfs. Depuis des années, je boycottais les éditions qui ont suivi la mort de Peyo et je n’avais pas suivi cette production qui, avec les années, est devenue plus importante que l’originale. En complétant la collection de ma fille, je les lis à chaque nouvel achat et j’aime vraiment bien. Ce sont des histoires bien écrites avec une petite morale, jamais simpliste, et toujours agréables à lire. Je trouve que le monde Schtroumpf de mon enfance n’a pas à rougir de cette succession.
  • Blanche Gardin. C’est une humoriste en stand up mais un de ses spectacles a été retranscrit en livre. C’est peu dire que je suis fan d’elle !
  • Les mythes de la seconde guerre mondiale (vol. 1 et 2). Des ouvrages exceptionnels d’une très grande qualité. Etant abonné au Science & Vie Guerres et Histoire, je savais à quoi m’attendre mais cela n’empêche pas une lecture passionnante.
  • 59 secondes pour prendre les bonnes décisions de Richard Wiseman. Chacun de ses ouvrages est toujours un grand plaisir à lire et tellement instructif que je ne peux souvent pas attendre avant d’en commencer la lecture.
  • Stalag IIB (3 volumes). Lecture très longue et très dense mais terriblement émouvante et intéressante. Une lecture que je rêverais proposée en classe au cours d’histoire tant elle est instructive.

Plein d’autres encore sont du même niveau mais il fallait bien se limiter.

Je ne peux pas non plus ne pas parler d’un des derniers livres lus de l’année : « En finir avec Daesh » de Carlos Crespo mais j’en ai fait un article.

Le travail

Pile à la moitié de l’année, j’ai changé de boulot. Du coup, j’en suis encore dans la période d’apprentissage et c’est plein de défis et de changements permanents.

J’ai récupéré un peu du goût de la passion mais j’en subis d’un autre côté les conséquences car le travail est beaucoup plus prenant. Moi qui aime les défis et trouver des solutions ou des manières d’améliorer la situation, on peut dire que je suis servi. Je ne pense pas à tout ça en permanence mais, quand même, ce que je fais la journée se prolonge dans mes réflexions le soir, le matin et le week-end.

Ce que je peux aussi dire, c’est que l’ambiance de travail est très bonne et que j’ai la chance de collaborer avec des gens très sympathiques et concernés par leur travail. Avoir des collègues motivés et compétents est le plus grand plaisir qui soit.

Mes déplacements

Puisque Google m’en informe, il parait que j’ai fait au total l’équivalent d’un tour du monde (mon smartphone en poche en tout cas) dont 713 km à pied (355 heures) et 42 172 km en transports en commun ou voiture.

Les vacances

Cette année encore, nous sommes parti aux Sables d’Olonne mais, pour la première fois, ce fut avec Florence. Ce ne sera certainement pas la dernière fois qu’on ira là-bas même si on ne sait pas encore de quoi 2019 sera fait. C’est mon petit ressourcement annuel même si la correspondance à Paris est toujours éprouvante et la lutte pour avoir les tickets au meilleur prix et aux meilleures heures un moment stressant à passer. Disons que cette plage, ses eaux chaudes, la station balnéaire, les promenades qu’on fait là-bas, le dépaysement, … tout est fait pour je passe une bonne semaine.

Un chat

Un petit chat a fait irruption dans notre vie. Adieu les vacances à l’improviste. Fini de partir plus de 24H sans catsitter. Elle est mignonne mais elle a le caractère d’un chat abandonné. Elle nous aime mais boude dés qu’on la laisse seule trop longtemps (je la comprends). On sent qu’elle a été sevrée trop tôt voir abandonnée par sa génitrice. On essaye de l’éduquer, c’est sans doute le plus dur pour le moment. On l’aime malgré tout et elle recherche notre compagnie et nous suit souvent partout dans la maison pour piquer ses siestes. Avec notre ouverture vers l’extérieur du living, elle continue à connaitre la vie sauvage qu’elle connaissait avant d’entrer chez nous mais avec le petit refuge bien chauffé et bien protégé que constitue notre habitation.

Chaque fois qu’un « méchant chat » vient essayer de lui faire concurrence sur son territoire, je l’asperge un peu d’eau car la nôtre est vraiment trop menue pour faire le poids face à ses concurrents félins.

Les films

Je tiens une comptabilité moins rigoureuse que pour la lecture.

Parmi le meilleur de ce que j’ai vu cette année au cinéma ou sur BeTV, et dont je me souviens, par ordre anté chronologique :

  • Gangsta. Une claque que ce film ait pu être produit en Belgique. Une grande réussite, cela ne m’étonne pas que les réalisateurs aient été embauchés par Hollywood pour leur prochain film.
  • The edge of seventeen. Drôle et émouvant. Un super film.
  • Social Animals. Drôle, mignon, un peu romantique.
  • Skyscraper. Je suis tout simplement fan de Dwayne Johnson et de ces films. Je n’en rate plus un de nouveau et ne le regrette jamais.
  • Rampage. Voir Skyscraper.
  • Doom. Un vieux film qui repassait. Pas dans le même genre que les derniers films de Dwayne The Rock Johnson mais tout de même très bon. On enlève (un peu) l’humour, on ajoute un peu d’horreur et d’aventure / SF et c’est pour moi une excellente série B avec de bons effets spéciaux.
  • Darkest Hour. Un oscar tout à fait mérité.
  • The Place. Vu au BIFFF à Bruxelles. Chouette surprise.
  • Noces. Très émouvant et beau. Je ne m’attendais pas à un cinéma de cette qualité (à nouveau) pour un film belge.
  • Les figures de l’ombre. Pour ceux qui s’intéressent à la conquête spatiale et aux luttes égalitaristes, là on a la totale.
  • Les grands esprits. Je craignais les poncifs du genre (film avec un professeur qui va enseigner en banlieue) et finalement, c’était sympa et bien joué sans être un abreuvoir à caricatures et à bons sentiments. Pas manichéen tout en restant léger, un subtil équilibre.
  • The Book of Love. Très émouvant avec une chouette Arya Stark dans un des rôles principaux. Magnifique.
  • Greatest Showman. Une énorme claque, un de mes plus grands plaisir 2018.
  • The Founder. La passionnante histoire (vraiment ! plus que vous ne le croyez, c’est bien raconté) du gars qui va finir par racheter MacDonald’s a ses fondateurs et à en faire une franchise à succès. Avec un acteur principal oscarisé qui soutient le film à lui tout seul.
  • Molly’s Game. Très verbeux, un peu convenu mais une mise en scène super qui rend le tout super intéressant. Saura-t-on jamais la vérité ? En tout cas le film est entrainant.
  • Bohemian Rhapsody. Pour les amateurs de musique, de cinéma et d’émotion. Une vraie célébration du groupe Queen. Les libertés prises avec l’histoire ne m’ont pas gêné. Peut-être que les meilleurs biopics sont justement ceux qui savent se distancier de l’histoire tout en y restant fidèles.

Sport

Le sport n’est pas mon loisir principal mais je m’en voudrais de terminer ici sans souligner l’exceptionnel parcours des diables rouges en coupe du monde. Ils pouvaient être champions cette année ! Le fait qu’ils aient été éliminés par une France sans panache ne doit pas nous faire oublier qu’on a terminé parmi les quatre premier au monde et que ça n’arrive que très rarement pour notre pays. Dommage que la défaite française ait eu un tel arrière goût qu’on ait eu du mal à vraiment être heureux du parcours.

Conclusion

RDV dans un an pour la suite des aventures !

En finir avec Daesh, livre et essai de Carlos Crespo

Pourquoi ce livre ?

J’ai acheté ce livre pour plusieurs raisons :

  • le sujet nous touche naturellement tous. Il n’y a plus beaucoup de pays dans le monde ayant échappé à la folie du terrorisme. En Belgique, on vit désormais avec l’idée que la Mort terroriste pourrait nous emporter au détour d’un chemin. Les probabilités restent incroyablement faibles, mais on y pense et on y accorde une importance réelle : l’injustice de ces situations nous insupporte d’autant plus qu’on a que peu de contrôle sur la situation.
  • Daech n’est en voie d’élimination qu’en Syrie-Irak mais continue à exercer sa barbarie dans de multiples points du globe. De plus, éliminer l’EI n’est pas suffisant, il faut encore aussi éviter que de nouveaux groupes du même acabit ne renaissent. Se cultiver sur le sujet ne fait donc pas de mal. Comme dit l’adage, mieux vaut prévenir que guérir.
  • Je connais l’auteur et, même si nous ne nous voyons pas souvent, je garde pour lui un grand respect hérité de notre compagnonnage du temps du mouvement étudiant (conseil étudiant, FEF). Ceux qui le connaisse savent que c’est quelqu’un qui est capable de débattre sereinement, qui n’est pas dogmatique et qui est au contraire assez pragmatique. Il est aussi assez cultivé et je savais que le livre serait de qualité car la discussion est toujours intéressante avec lui (du moins l’espérais-je mais je ne fus pas déçu)

Qu’en dire, sommairement ?

La lecture est très fluide et accessible. Le livre n’est pas long mais j’ai mis du temps à le terminer parce que je préférais ne pas l’avaler trop vite pour bien le digérer. L’auteur met un point d’honneur à ne pas créer un énième essai élitiste non accessible au commun des mortels. Au contraire, il veut pouvoir être lu et compris de tout le monde.

Cela garantit aussi une démarche intellectuellement honnête. Si certains auteurs peuvent être parfois tentés de camoufler le vide par un propos abscons, ce qui permets d’accuser ceux qui n’ont pas aimé de ne pas avoir compris, ici, on comprend parfaitement le propos et tout le monde peut donc le critiquer avec aisance et se l’approprier vraiment.

Mon opinion est qu’un bon essai n’est pas un cours donné par un professeur qu’on doit prendre ou laisser mais bien plutôt une discussion qui doit nous faire avancer et, ici, on est bien dans ce dernier cas.

D’ailleurs, justement, pour ne pas prendre le risque d’être uniquement dans l’intuition et le subjectif, il y a des recherches et une analyse très concrète de la communication Daéchienne.

Ce que j’ai également bien apprécié, c’est l’élargissement du point de vue tout en étant jamais hors sujet. En remontant aux propos de Jaurès d’avant la première guerre mondiale, en élargissant au contexte plus large dans lequel cette horreur arrive, on permet une analyse plus pertinente et, aussi à mon avis, plus intemporelle.

Les critiques que je pourrais faire au livre sont d’ailleurs plus dans ce qui n’y est pas que dans ce qui y est écrit. Mais est-ce vraiment une critique ? Un essai est là d’abord pour alimenter la réflexion avant de prétendre être une encyclopédie sur un sujet précis. Et si j’ai envie de prolonger le livre par mes réflexions propres, je pense que c’est tout à son honneur.

La laïcité

On parle beaucoup de laïcité en France depuis des années. Par ricochet, vu que nous regardons beaucoup de débats français, en Belgique également.

Je dois dire que le rappel par Carlos des buts, origine et de ce qu’est réellement la loi française sur la laïcité est  salutaire. Remettre l’église au milieu du village, si on me permets l’expression dans ce contexte, à ce propos est donc une bonne chose.

La laïcité n’a jamais visé à supprimer les religions, à les organiser ou à en règlementer la pratique du culte. Au contraire, elle vise à ce que mutuellement l’un ne s’occupe pas de l’autre et vice versa. En Belgique, nous avons adopté une politique assez différente qui est celle de la neutralité de l’état. En quelque sorte, les églises sont reconnues comme des services publics dont l’état assure le financement sans pour autant se mêler de son organisation, en échange les Eglises ne se mêle pas de politique.

La politique de neutralité fait que, en théorie, toutes les religions sont sur le même pied même si l’implantation « historique » de l’Eglise catholique fait qu’elle est un peu privilégiée, toutes proportions gardées.

On empêchera pas les mouvements idéologiques radicaux en « nationalisant » les religions et en en faisant une question politique. C’est même tout le contraire de ce que la Loi prévoyait. Rien n’interdit l’état de combattre les mouvements qui sont contre lui, bien évidemment, autant en Belgique qu’en France d’ailleurs, mais de là à organiser les religions, ce serait non seulement contre productif mais également carrément de la propagande gratuite pour Daesh.

Par ailleurs, parfois des débats publics sur des micros phénomènes (burqa, parti Islam) n’ont fait qu’accentuer le sentiment de persécution et de discrimination (chaque religion comprend son lot d’intégristes, mais seule une semble particulièrement visée) des musulmans et cela ne fait que rajouter un peu d’engrais dans le terreau du recrutement pour Daesh.

Les mouvements politiques qui instrumentalisent le plus la question ne le font d’ailleurs, je pense, que rarement de bonne foi mais seulement pour exciter un électorat voir créer et entretenir des problèmes durables afin de maintenir leur business électoral. Les extrêmes chercheront toujours la confrontation mais au bout du compte aucun électeur extrémiste n’a jamais gagné plus de tranquillité ou de sécurité en posant ce choix.

L’Islam

S’il y a bien une notion que je déteste, c’est quand j’entends parler de l’Islam comme étant une religion unique. Généralement, on ajoutera après « religion d’amour et de paix » de manière ironique mais pas moins offensante envers la majorité qui n’emmerde pas leurs voisins.

Si l’auteur rappelle de manière très juste que ce n’est pas uniquement une question de religion mais que ces crimes sont alimentés en premier lieu par d’autres choses et que la religion seule n’y ferait rien, je me dois de rajouter et compléter un peu.

En effet, les gens qui agissent au nom de l’Islam pour tuer sont souvent des voyous et des psychopathes ou des personnes manipulées et manipulables. Dans ce contexte-là, la religion est un prétexte (faible, car les personnes qui l’utilisent ont rarement elles-mêmes une pratique très « pure ») qui serait facilement remplacé par un autre. On trouve toujours une raison pour justifier la haine et la violence qui est en soit. De nombreux mouvements terroristes agissent au nom de principes politiques et ce n’est pas plus honorable.

Or, si l’athé observateur que je suis a toujours constaté une chose, c’est que les gens s’approprient leurs croyances par rapport à leurs propres personnalité (dont certaines sont il est vrai très perméables à ce qui les entoure, mais pour le pire comme pour le meilleur).

On a trop souvent tendance à imaginer les croyants comme des moutons prêts à suivre aveuglément les prêches de leur curé ou de leur Imam. Mais même dans les régions les plus illetrées, les gens ont un esprit critique et ont besoin d’aménager la religion en laquelle ils croient par rapport à ce qu’ils sont au fond d’eux. C’est humain et heureux. Et c’est pour ça que des religions dont le livre sacré n’évolue par d’une seule virgule au fil du temps voient pourtant les pratiques évoluer fortement avec les années et les siècles. C’est tout simplement parce que les sociétés font évoluer les religions et pas l’inverse.

Par ailleurs, parler d’UN Islam sera toujours un énorme mensonge. Bien sur, il y a un seul livre sacré pour tous les musulmans. Mais s’arrêter là serait d’un énorme simplisme.

D’abord, on critique souvent l’absence de clergé hiérarchique dans l’Islam. Mais le fait d’avoir un et unique Pape n’a jamais empêché les personnes se revendiquant du catholicisme de développer une pensée et des actes différents du sien, même dans des moments où le pouvoir de celui-ci était beaucoup plus important. Aujourd’hui encore, des sectes intégristes se développent et se détachent de l’autorité ou de la parole du pape.

Egalement, l’absence de « grand chef » est une particularité qui laisse justement beaucoup plus de liberté et de responsabilité individuelle à chaque musulman pour définir en toute autonomie sa pratique et son culte. Il sera certes guidé par son imam et son entourage mais pas beaucoup plus ou beaucoup moins qu’un catholique ne l’est avec son curé.

Ensuite, lors de son expansion qui était plus politique que religieuse, l’Islam n’a jamais imposé UNE et UNE seule lecture du Coran. Bien au contraire, l’expansion de l’Islam s’est faites systématiquement en tenant compte des particularités et cultures locales existantes. C’est ce qui me fait dire qu’il y a aujourd’hui des dizaines d’Islam institutionnels différents et chaque pays a le sien, lié à sa propre culture. Au sein même d’un pays, il y a parfois plusieurs lectures. Et les premières victimes des intégristes musulmans sont souvent les autres musulmans considérés comme impurs, ce qui n’arriverait pas si les pratiques étaient uniformes partout dans le monde.

Tout ça pour conclure que je rejoins grandement l’auteur quand il dit (enfin, je résume pour lui) que le focus sur l’Islam et la religion est contre productif et ne nous aidera pas, au contraire, à régler le problème.

Une lecture instructive de la littérature Daéchienne

Cela n’a pas du être toujours facile mais Carlos s’est astreint, pour son essai, à se nourrir de concret. Il n’a pas voulu suivre son intuition mais en partant des publications francophones a permis d’ancrer son étude sur du réel.

Cette lecture en dit long sur ce qui permet aux « journalistes » intégristes de recruter. Je ne vais pas tout dire non plus, sinon vous n’aurez plus rien à découvrir dans le livre ;-).

Parler de l’intégration sans le dire

Le mot n’est, je pense, jamais dit. Il est vrai qu’il est beaucoup trop connoté négativement. Toutefois, le fait est que si des jeunes se sentent discriminés injustement, s’ils ont parfois l’impression d’être belges (ou français ou …) sans l’être pleinement aux yeux de tous, s’ils ont l’impression d’être sans avenir ici et qu’il existe des complots contre eux ; il est tout à fait juste de dire qu’ils ne se sentent donc pas intégrés à la société et qu’ils seront plus sensibles à des discours leur promettant une nouvelle vie ailleurs et un nouveau départ sous l’œil bienveillant de Dieu.

Ce propos là est évidemment à différencier du propos politique habituel sur l’intégration. Le propos habituel utilise la violence et l’intégrisme (également existants) pour en réalité exclure encore plus au lieu de jeter des ponts. Le mot intégration peut être utilisé pour inclure et créer des ponts ou au contraire créer des mur. Aujourd’hui, toutefois, il n’est, et c’est dommage, utilisé que dans un sens excluant et stigmatisant.

Combattre l’intégrisme passe donc de manière urgente par le combat contre cette exclusion sociale (pas forcément économique d’ailleurs, beaucoup de ceux qui sont partis n’étaient pas forcément défavorisés). Je comprends parfaitement que beaucoup de belges dits « de souche » ont peur. D’abord peur pour leur avenir, ensuite peur qu’on ne leur impose une religion dont ils ne veulent pas. Mais aller au delà du fantasme et créer des liens avec l’autre sera la meilleure manière d’offrir un meilleur avenir à tous. Je crois dans le pouvoir de la communication et de la médiation entre communautés. C’est toute la force de l’extrême droite d’arriver à nous séduire sur des discours pourtant paradoxaux (les étrangers volent à la fois notre emploi ET vident les caisses du chômage, par exemple).

Mais il faut arriver à séduire sur un discours opposé, inclure et offrir un avenir sera gagnant pour tout le monde au final.

On a rien à gagner avec l’exclusion qui existe aujourd’hui. Elle crée frustration, délinquance et intégrisme. On sera tous gagnants le jour où on ne fera plus de différence entre les belges. La très grosse majorités des croyants (catholiques comme musulmans) ne cherchent pas à nous imposer leur foi mais veulent garder leur liberté de conscience et de culte. Et, de toute façon, notre démocratie et les droits de l’homme, même s’ils ne sont pas forcément populaires aujourd’hui, agissent précisément pour garantir les droits individuels de chacun. Ceux qui critiquent la charte des droits de l’homme devraient se rendre compte que c’est précisément cette charte qui rend aujourd’hui impossible toute application moyen âgeuse de la charia à la mode syrienne chez nous.

Comme l’auteur, ou du moins ce que j’ai compris de son propos, je pense qu’il y a une urgence à agir contre l’exclusion. Et qu’il ne faut pas se tromper de débat. Tant qu’on débattra de religion (son interprétation, sa pratique), on ne convaincra que les convaincus : les intégristes le resteront et ceux qui ne le sont pas ne se sentiront pas concernés. Mais, en agissant sur l’exclusion sociale (une manière plus positive de parler de l’intégration), non seulement on ne se concentre plus sur la religion mais on peut aussi se focaliser sur une vraie raison de la radicalisation.

Attention, on me dira que certains recrutés du califat provenaient de la classe moyenne. Je le répète, ce n’est pas contradictoire, au contraire. La violence de la discrimination est plus forte encore quand on a justement plus aucune raison de l’être. Si c’est injuste, on peut encore comprendre le propriétaire qui hésite à nous louer parce qu’on a peu de revenus. Mais quand ce n’est même plus le cas, c’est évidemment encore plus intolérable car seuls les préjugés racistes agissent alors. On peut avoir de l’argent et quand même se sentir exclu. C’est d’autant plus terrible que notre société véhicule le message que l’argent permet tout. Enfin, beaucoup de radicalisés provenaient de nos prisons, ce qui prouve qu’il y a deux types de publics différents qui sont passé à l’action en rejoignant le moyen orient.

Pour l’anecdote, lors du départ d’un précédent appartement, une personne d’origine étrangère l’avait visité mais était plus intéressé par celui du rez de chaussée pour lequel en plus il n’y avait pas de candidats (le propriétaire ne connaissant à l’époque pas Internet pour trouver un locataire). C’était mon propriétaire qui le louait également et je lui ai donc transmis le dossier nickel (emploi, preuve de payement, etc). Le candidat ne l’a pas eu et le propriétaire a préféré le laisser non loué plus longtemps …

La question des valeurs et des repères

Fight Club est un film qui m’a personnellement profondément marqué. Une œuvre que je respecte énormément, trop pour avoir encore pris le risque d’y consacrer un article (et puis, beaucoup l’ont déjà fait, donc c’est moins utile).

Venir avec cette référence peut paraitre bizarre mais ça ne l’est pas tant que ça.

Ce film (je n’ai pas encore lu le livre) parle en filigranes de personnes (surtout des hommes) qui n’ont plus de repères, plus de valeurs, qui sont paumés, qui ne supportent plus l’absurdité de leur travail et de la bureaucratie et qui décident de créer un club où ils retrouvent leur « vraie » virilité en se battant car l’adrénaline du combat leur donne l’impression de retrouver un sens à leur vie.

Ensuite, ils créent le projet Chaos, un projet totalement nihiliste qui vise à détruire le capitalisme « immoral » pour repartir sur des bases nouvelles mais qu’on devine, de par le nom même du projet, proche du néant civilisationnel.

Une fois rappelé cela, je pense que le parallèle avec un Daesh au fond très nihiliste et recrutant en partie parmi les rejetés du capitalisme moderne pour créer une société dont les standards semblent dater de plusieurs siècles peut être fait plus facilement. Ils profitent aussi de ce qu’ils dénoncent comme étant un recul des valeurs.

Toutefois, à partir de cette perte de repères (pas forcément négative, si ce n’est par le vide qui les remplace), le personnage principal de Fight Club devient complètement schizophrène. Ce n’est pas qu’un twist astucieux du film, c’est aussi un message bien réel. La catastrophe n’est pas inévitable et même le chef du projet Chaos cherche jusqu’à la dernière minute à l’éviter, au besoin en tentant de se suicider.

Pour les personnes qui sont plus vulnérables parce que dans la même situation dénoncée par ce film (il y a déjà longtemps et il se révèle un peu prémonitoire), rien n’est perdu ! Mais, la nature ayant horreur du vide, c’est aussi à nous de penser à remplacer l’ancien monde par un nouveau monde réellement enthousiasmant et attractif, dans lequel tout le monde peut se retrouver. Sinon, d’autres le feront malheureusement à notre place, pas toujours pour le meilleur.

Je ne résiste pas à vous remettre la scène finale de Fight Club :

De même que ce discours culte (désolé pour le son assez bas, si quelqu’un trouve une meilleure version, il peut me la communiquer) :

Conclusion

Le livre n’apporte pas de solution clé en main ou simpliste. C’est assez logique. Mais c’est toujours bien de rappeler que la défaite militaire de Daech en Syrie ne règlera pas tout. Même celle de Daesh et de tous les mouvements assimilés partout dans le monde ne règlerait pas tout si cette défaite était uniquement militaire. Le combat est aussi un combat politique pour une société dans laquelle chacun puisse se sentir bien et trouver sa place.

A ce propos, je me rappelle qu’Obama a longtemps hésité avant d’intervenir en Irak, du fait de la politique confessionnelle de Maliki (premier ministre irakien chiite) qui était pour beaucoup dans la création de l’EI. Il ne voulait pas intervenir avec une solution militaire unique mais avait bien compris qu’une solution politique incluante pour les sunnites irakiens était indispensable à une victoire durable.

J’ai profité de mon article pour prolonger avec les réflexions personnelles qu’il m’a inspiré (et que vous ne retrouverez donc pas forcément dans le livre telles quelles). Et j’espère que chaque lecteur aura envie de faire de même, de le prêter et d’entamer des discussions. Ca peut paraitre simpliste de dire cela mais c’est en stigmatisant ou en imprimant un discours identitaire sans cesse répété qu’on finit par créer le comportement dont on ne veut pas là où il n’est pas présent aujourd’hui. Un débat ouvert et tolérant devrait, au contraire, permettre de dépasser cela je pense.

On pourrait dire que Carlos n’est pas très précis sur les solutions, je ne pense pas qu’il y ait d’ailleurs un chapitre appelé comme cela (j’ai fini le livre il y a quelques semaines), mais il n’y a pas de solution simple et rapide pour réparer les erreurs du passé. D’une certaine manière, l’auteur ne s’aventure pas dans le terrain politique concret d’aujourd’hui et c’est très bien comme cela. Cela doit être fait après en faisant participer un public large.

Du même auteur

Il a récemment publié une carte blanche dans l’hebdomadaire belge d’investigation Le Vif L’Express et a été interviewé par le journal La Libre Belgique.

Son blog, même s’il n’est plus très souvent mis à jour.

A voir sur le même sujet, pour mieux comprendre

La série HBO « The State« . Elle a été diffusée récemment sur BeTV. C’est une mini série en, je pense, six épisodes. Elle est vraiment très bien réalisée et extrêmement instructive sur le vécu de ceux qui ont rejoint le califat.

Comment avancer quand on est bloqué ?

C’est très bateau mais c’est une façon légère de commencer l’année sur ce blog. Je vous partage ici quelques « life hacks » qui fonctionne assez bien chez moi.

La plupart de ceux que je vais vous donner sont basés sur un principe étudié en sciences : notre cerveau fonctionne mieux en arrière plan qu’en avant plan (cf. le livre de Richard Wiseman que je chronique ici : Lectures en vrac, juin 2018). Quand vous faites une pause, votre cerveau continue de turbiner et essaye de résoudre le problème, le dossier, qui est resté en suspens.

Tout le monde a déjà expérimenté cela. Vous êtes bloqué, vous vous énervez, ce mot est « sur le bout de la langue », vous passez à autre chose et tout s’éclaire : le mot vous revient directement. Ici, il y a aussi le phénomène de focalisation et d’énervement qui nous pose problème. Ca tombe bien, la plupart des trucs que je donne sont aussi utile pour se calmer.

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Dormir

C’est le plus évident mais si vous dormez sur un problème, votre sommeil ne sera peut-être pas le meilleur mais vous aurez les idées beaucoup plus claires au réveil. Adolescent, je me souviens de ces jeux d’aventure / réflexion sur lesquels on restait des heures à chercher la solution jusque tard dans la nuit. Mais, parfois, il faut savoir avouer son impuissance et aller rejoindre son lit.

Ne dis-t-on d’ailleurs pas que la nuit porte conseil ? Et bien, c’est très juste ! Très souvent, vous aurez une meilleure idée du choix que vous vouliez ou même carrément la solution. C’est tout le bien que Morphée peut nous faire quand on est dans ses bras.

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Faire une pause

Faire une pause, ce n’est pas « ne rien faire ». Faire une pause, c’est faire quelque chose de différent et qui, de préférence, ne va pas vous demander trop de cérébralité.

Comme pauses favorites pour faire avancer mon travail, il y a :

  • la vaisselle (j’adore, mes mains sont occupées, le travail est mécanique, le cerveau a toute la disponibilité pour penser à des choses compliquées)
  • repasser (en vrai, je ne le fais plus depuis que je vis en couple car mon fer à repasser capricieux m’énerve)
  • une petite promenade. Tous les jours, je marche pour aller chercher mon train ou me rendre au travail, quotidiennement, ça représente au moins trois quarts d’heures ; ce sont souvent les moments pendant lesquels j’avance le mieux dans la résolution de mes problèmes. Il faut dire que leur moment, au début de la journée et à la fin de la journée de travail, c’est juste parfait. Les gens qui font tout en voiture ne se rende pas compte du mal que ça leur fait.
  • Jouer à un jeu … simple et débile. Si le jeu devient l’activité principale, les autres problèmes passeront à l’arrière plan.
  • Facebook, avec des réserves. Si on s’astreint à ne pas commencer à débattre et à juste regarder, alors, cela peut être une pause efficace. Sinon, c’est un loisir à part entière à réserver pour les temps de loisir.

Vous l’aurez compris : toute activité qui

  • ne demande pas un trop grand temps de cerveau disponible
  • et qui ne nous manger trop de temps

C’est pour ça que je ne mets pas la télévision dedans, par exemple.

Je ne mets pas non plus la musique, le cinéma ou la lecture. Pour moi, la musique est à utiliser durant le temps d’activité : elle me booste. Pour la lecture et le cinéma, c’est juste trop prenant pour être une vraie pause. Ce sont des loisirs pleins et entiers.

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Faire un choix arbitraire

C’est souvent la manière dont j’aide mes proches quand ils hésitent fortement entre deux choix qui leur paraissent équivalents (livre X ou Y par exemple). Je leur dit : « fais ça (livre X) ». A ce moment là, ils se voient vraiment choisir cette solution et si ça ne leur plait pas ou si c’est un mauvais choix, ils le sauront tout de suite.

Bien sur, on ne peut pas utiliser cette méthode pour des choix trop importants. Mais si vous vous pourrissez la vie à ne jamais savoir quel cadeau choisir, quel livre lire, quel film aller voir, quel repas faire, ça peut être une méthode où vous ne prenez aucun risque.

Plus classique : la liste des + et –

Je ne le fais que très peu souvent. J’aime bien analyser les choses mais la vérité est que certains + peuvent compenser beaucoup de moins et certains – peuvent valoir beaucoup de positif. Bref, ce n’est pas parce qu’on a dix items dans une liste et cinq dans l’autre qu’on est plus avancé. Chaque item n’a en effet pas le même poids. D’autant plus que nos choix ne sont pas que rationnels mais aussi émotionnels.

En vrai, je préfère une version améliorée du « choix arbitraire ». J’envisage le futur à brève, moyenne et longue échéance dans un choix ou dans un autre. En prenant mon temps. En voyant ce qui peut passer d’une colonne à l’autre avec l’espoir et la probabilité. Et en ajustant avec le temps. Ce qui nous parait souhaitable et probable peut devenir un jour avec l’expérience totalement improbable. C’est même souvent le cas dans la vie, il faut une seule goutte d’eau pour faire déborder un vase bien rempli. Mais dans la vie, le vase est opaque et on ne sait jamais réellement à quel point il est rempli.

Quand on est vraiment sur, on fait le choix et on s’avance vers un but. On pose des jalons. Cela ne doit pas être révolutionnaire. On peut continuer la vie comme on la mène actuellement mais préparer chaque jour un peu plus la nouvelle vie et rendre le choix un peu plus évident. Un peu comme si on testait l’eau du bain jusqu’à ce qu’elle ne soit plus trop froide et qu’on puisse enfin s’immerger totalement dedans mais en rentrant d’abord une main puis un orteil, puis un pied, une jambe, etc pendant que l’eau chaude le remplit petit à petit avec un débit et une chaleur imprévisible.

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Faire face au vide

A force de travail et de transpiration, à force d’essais, on arrive souvent à quelque chose. Mais parfois, le résultat, c’est un quasi vide (ou du moins le ressentons-nous comme tel !). Les espoirs déçus, douchés, nous amènent parfois à nous retrouver dans une situation de vide dans notre tête où nous n’en pouvons plus.

Je ne parle pas de la dépression profonde mais du coup de mou passager mais quand même violent.

Face à cela, je pense que mon meilleur « truc » reste de sortir seul, prendre ses écouteurs, sa musique, et se promener longuement. Si on a la chance d’avoir un cimetière ouvert, on s’y rend et on y marche le long des allées en pensant à ceux qui ont été et qui ne sont plus. On imagine des destins, des vies, des morts, des chagrins. On s’autorise à pleurer car dans ce lieu là, ce sera toujours permis sans y voir aucune faiblesse. On peut aussi s’imaginer notre dernier jour à nous.

Moi, ça me fait toujours du bien. RELATIVISER est essentiel dans la vie. Mais il faut aussi savoir RESSENTIR. Avec cette activité, je fais les deux et je digère mieux.

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Et vous ?

J’imagine que pour certains d’entre vous, la pause parfaite sera de tricoter, de bricoler, de faire une activité artistique. Je pense que ce sont des bonnes activités pour une pause.

Si vous avez d’autres choses à ajouter, n’hésitez pas à laisser un commentaire, je suis particulièrement intéressé.

Bilan des 200 000 vues

Quand cet article paraîtra, le cap symbolique des 200 000 vues sera dépassé. J’en profite donc pour faire un nouveau bilan du blog depuis sa création, il y a six ans. Je commence l’article alors que nous ne sommes qu’à 198 000 donc ne vous étonnez pas de certains résultats ou captures d’écrans.

Les stats générales

155 articles avec celui-ci, plus de 200 000 vues, 1041 commentaires (15 par mois en moyenne) et 93 abonnés.

Cet article non compris, c’est aussi 187 907 mots qui ont été publiés. Le plus gros article écrit de ma main est Interstellar (4389), juste avant Crimes à Oxford (4344). Le plus gros article est la retranscription d’un reportage de Paris Match sur l’incendie de l’Innovation (5987 mots, on savait faire du journalisme long à l’époque).

La plus grande audience sur un jour a été de 653 vues. Il est à noter une bizarrerie : lors des 150 milles, le jour le plus vu l’était avec 842 vues. Sans doute un recomptage en fonction de l’heure a-t-il été effectué ?! Il faut dire que les plus grosses audiences sont souvent le soir à cheval sur deux jours après la diffusion d’un film.

18 articles ont été vus plus de 1000 fois depuis la création et cinq plus de 10 000 fois.

Articles les plus vus

L’article qui a l’audience la plus large (celui sur la préparation aux tests Selor) compte pour 35% des vues à lui tout seul, et les deux premiers articles pour la moitié. Cette situation n’a que peu évolué depuis le bilan des 100 000. Pourtant, de nombreux nouveaux articles sont parus.

Sur les 18 articles ayant plus de 1000 vues, 7 sont des analyses de films, soit moins de la moitié. En un an, Happy Birthdead atteint déjà les 2000 vues, ce qui est pas mal étant donné qu’il n’y a pas encore eu de diffusion télévisée grand public mais peut s’expliquer par le type de film (avec scénario à énigmes).

La face cachée de Margo a connu, d’une manière un peu similaire, très peu de vues pendant très longtemps jusqu’à un pic assez récemment. C’est parfois marrant de voir la carrière de certains articles dans les stats. Pour vous permettre de voir les graphiques et les courbes, je vais, pour la première fois, vous en partager quelques uns.

(la copie d’écran n’est pas exhaustive)

Happy Birthdead

Article écrit juste après sa sortie mais il n’est pas resté longtemps en salles près de chez moi. Son succès commence réellement après les fêtes. Je pense que ce rythme se maintiendra quelques années jusqu’à son passage télévisé. C’est le genre de films « bon client » pour Halloween et il a un certain potentiel pour devenir culte. Je suis curieux de voir son évolution dans le futur.

La face cachée de Margo

C’est vraiment le genre d’article où on se dit : « OK, celui là ne sera vraiment pas un succès ». Même si je l’avais écrit bien après sa sortie ciné, il avait peu d’articles concurrents et je pensais quand même qu’il avait un certain potentiel vu le côté énigmatique et le fait que tout ne soit pas dévoilé.

Au final, il a commencé à attirer à partir de mai 2018 et se porte bien depuis. Il sera certainement dans les films qui dépasse les 1000. Comme Happy Birthdead, c’est un teen movie par excellence. En plus profond et initiatique avec une bonne dose d’humour également. Deviendra-t-il culte avec le temps ? Je ne le pensais pas mais une diffusion télévisée peut parfois changer les choses.

Catacombes

Ce fut mon deuxième article de film a avoir des résultats intéressants alors je garde une certaine nostalgie pour lui. Je ne sais pas si c’est à cause des changements dans le moteur d’indexation de Google mais des films comme celui-ci qui faisaient des vues dés la sortie en salles et dés publication sont beaucoup plus rares aujourd’hui.

Le nouveau testament

Voilà un film beaucoup moins populaire mais qui a fonctionné de manière sympathique durant des années jusqu’à mars 2018 où il a décollé un peu plus. On est dans un film qui peut être compliqué à comprendre mais qui l’est sans doute trop (complètement What The Fuck) pour que les spectateurs le prennent au sérieux et fassent des recherches en grand nombre. Où alors, il est tout simplement mal aimé.

Origine des lecteurs

Ca ne change toujours pas, la très grande majorité des lecteurs arrivent depuis un moteur de recherche.

Facebook ne me procure que très peu de lecteurs mais quand même sans doute la quasi totalité de certains articles. Il faut savoir que je partage assez peu mes articles sur les réseaux sociaux étant habitué à ce que le traffic provienne des moteurs de recherches et ne voulant pas ennuyer mes contacts avec des articles qui pourraient ne pas les intéresser.

Je ne le fais donc que quand je peux espérer éveiller un petit intérêt.

Après ces trois référents, il y a littéralement des dizaines de petits référents qui rapportent au mieux quelques dizaines de vues mais le plus souvent moins.

Comme j’ai l’habitude sur certains articles de faire des liens vers d’autres blogs, cela peut m’amener quelques lecteurs en retour mais ça ne fait pas la majorité loin de là.

A noter que les personnes qui arrivent directement sur mon blog en tapant l’adresse dans leur navigateur n’apparaissent pas dans ces statistiques et j’ignore s’il y en a et combien ils sont.

Evolution des sorties

  • 2018 : 12 (année non terminée)
  • 2017 : 16
  • 2016 : 18
  • 2015 : 14
  • 2014 : 40
  • 2013 : 16

Conclusion

Lors de mon dernier article de retour sur les stats, je prédisais le passage en 2019 et finalement, on est encore en 2018 un mois et demi avant 2019. Si le même rythme se poursuite, on arrivera aux 300 000 en 2020. Maintenant que le blog a dépassé les 6 ans cette année, je suis à peu près certain de pouvoir vous donner RDV à cette date. Je pense que je suis rentré dans une certaine routine et que je le continuerai tant que le service offert continuera.

C’est sans doute le plus gros problème avec Internet, nous savons qu’une entreprise comme WordPress peut disparaître presque du jour au lendemain mais j’ai envie de croire que dans dix ans elle sera toujours là et ce mode d’expression long qu’est le blog continuera également avec moi comme petit acteur.

Je maintiens un rythme d’au moins un article par mois en moyenne. Avec 2019 viendra l’occasion des bilans mais je peux déjà dire que 2018 aura vraiment été très dur, prenant et éprouvant pour moi, surtout dans la sphère professionnelle. Le temps et l’énergie m’ont manqué. Je sais qu’à un moment donné, forcément, cela va un peu se calmer (et tant mieux).

D’habitude, je suis frustré parce que je n’arrive pas à faire tous les articles que je voudrais. Ici, j’ai profité du temps que j’avais pour faire ce que je voulais, parfois en bâclant un peu mais toujours après relecture attentive de ma compagne. Mais, pour éviter la frustration, ça veut dire aussi que je me suis parfois empêché de voir tel film ou de lire tel livre parce que je savais que je n’avais pas le temps d’explorer ensuite.

Et puis, parfois aussi, j’avais envie de parler d’une œuvre sans pour autant avoir grand chose à en dire. La rubrique « en vrac » que j’ai testé m’a permis de répondre partiellement à ces deux préoccupations. Je réfléchis à l’utiliser plus souvent. Une manière de partager et de parler avec un temps de rédaction raisonnable et sans pour autant faire un article quasi vide.

A bientôt et merci de m’avoir lu. 🙂