En finir avec Daesh, livre et essai de Carlos Crespo

Pourquoi ce livre ?

J’ai acheté ce livre pour plusieurs raisons :

  • le sujet nous touche naturellement tous. Il n’y a plus beaucoup de pays dans le monde ayant échappé à la folie du terrorisme. En Belgique, on vit désormais avec l’idée que la Mort terroriste pourrait nous emporter au détour d’un chemin. Les probabilités restent incroyablement faibles, mais on y pense et on y accorde une importance réelle : l’injustice de ces situations nous insupporte d’autant plus qu’on a que peu de contrôle sur la situation.
  • Daech n’est en voie d’élimination qu’en Syrie-Irak mais continue à exercer sa barbarie dans de multiples points du globe. De plus, éliminer l’EI n’est pas suffisant, il faut encore aussi éviter que de nouveaux groupes du même acabit ne renaissent. Se cultiver sur le sujet ne fait donc pas de mal. Comme dit l’adage, mieux vaut prévenir que guérir.
  • Je connais l’auteur et, même si nous ne nous voyons pas souvent, je garde pour lui un grand respect hérité de notre compagnonnage du temps du mouvement étudiant (conseil étudiant, FEF). Ceux qui le connaisse savent que c’est quelqu’un qui est capable de débattre sereinement, qui n’est pas dogmatique et qui est au contraire assez pragmatique. Il est aussi assez cultivé et je savais que le livre serait de qualité car la discussion est toujours intéressante avec lui (du moins l’espérais-je mais je ne fus pas déçu)

Qu’en dire, sommairement ?

La lecture est très fluide et accessible. Le livre n’est pas long mais j’ai mis du temps à le terminer parce que je préférais ne pas l’avaler trop vite pour bien le digérer. L’auteur met un point d’honneur à ne pas créer un énième essai élitiste non accessible au commun des mortels. Au contraire, il veut pouvoir être lu et compris de tout le monde.

Cela garantit aussi une démarche intellectuellement honnête. Si certains auteurs peuvent être parfois tentés de camoufler le vide par un propos abscons, ce qui permets d’accuser ceux qui n’ont pas aimé de ne pas avoir compris, ici, on comprend parfaitement le propos et tout le monde peut donc le critiquer avec aisance et se l’approprier vraiment.

Mon opinion est qu’un bon essai n’est pas un cours donné par un professeur qu’on doit prendre ou laisser mais bien plutôt une discussion qui doit nous faire avancer et, ici, on est bien dans ce dernier cas.

D’ailleurs, justement, pour ne pas prendre le risque d’être uniquement dans l’intuition et le subjectif, il y a des recherches et une analyse très concrète de la communication Daéchienne.

Ce que j’ai également bien apprécié, c’est l’élargissement du point de vue tout en étant jamais hors sujet. En remontant aux propos de Jaurès d’avant la première guerre mondiale, en élargissant au contexte plus large dans lequel cette horreur arrive, on permet une analyse plus pertinente et, aussi à mon avis, plus intemporelle.

Les critiques que je pourrais faire au livre sont d’ailleurs plus dans ce qui n’y est pas que dans ce qui y est écrit. Mais est-ce vraiment une critique ? Un essai est là d’abord pour alimenter la réflexion avant de prétendre être une encyclopédie sur un sujet précis. Et si j’ai envie de prolonger le livre par mes réflexions propres, je pense que c’est tout à son honneur.

La laïcité

On parle beaucoup de laïcité en France depuis des années. Par ricochet, vu que nous regardons beaucoup de débats français, en Belgique également.

Je dois dire que le rappel par Carlos des buts, origine et de ce qu’est réellement la loi française sur la laïcité est  salutaire. Remettre l’église au milieu du village, si on me permets l’expression dans ce contexte, à ce propos est donc une bonne chose.

La laïcité n’a jamais visé à supprimer les religions, à les organiser ou à en règlementer la pratique du culte. Au contraire, elle vise à ce que mutuellement l’un ne s’occupe pas de l’autre et vice versa. En Belgique, nous avons adopté une politique assez différente qui est celle de la neutralité de l’état. En quelque sorte, les églises sont reconnues comme des services publics dont l’état assure le financement sans pour autant se mêler de son organisation, en échange les Eglises ne se mêle pas de politique.

La politique de neutralité fait que, en théorie, toutes les religions sont sur le même pied même si l’implantation « historique » de l’Eglise catholique fait qu’elle est un peu privilégiée, toutes proportions gardées.

On empêchera pas les mouvements idéologiques radicaux en « nationalisant » les religions et en en faisant une question politique. C’est même tout le contraire de ce que la Loi prévoyait. Rien n’interdit l’état de combattre les mouvements qui sont contre lui, bien évidemment, autant en Belgique qu’en France d’ailleurs, mais de là à organiser les religions, ce serait non seulement contre productif mais également carrément de la propagande gratuite pour Daesh.

Par ailleurs, parfois des débats publics sur des micros phénomènes (burqa, parti Islam) n’ont fait qu’accentuer le sentiment de persécution et de discrimination (chaque religion comprend son lot d’intégristes, mais seule une semble particulièrement visée) des musulmans et cela ne fait que rajouter un peu d’engrais dans le terreau du recrutement pour Daesh.

Les mouvements politiques qui instrumentalisent le plus la question ne le font d’ailleurs, je pense, que rarement de bonne foi mais seulement pour exciter un électorat voir créer et entretenir des problèmes durables afin de maintenir leur business électoral. Les extrêmes chercheront toujours la confrontation mais au bout du compte aucun électeur extrémiste n’a jamais gagné plus de tranquillité ou de sécurité en posant ce choix.

L’Islam

S’il y a bien une notion que je déteste, c’est quand j’entends parler de l’Islam comme étant une religion unique. Généralement, on ajoutera après « religion d’amour et de paix » de manière ironique mais pas moins offensante envers la majorité qui n’emmerde pas leurs voisins.

Si l’auteur rappelle de manière très juste que ce n’est pas uniquement une question de religion mais que ces crimes sont alimentés en premier lieu par d’autres choses et que la religion seule n’y ferait rien, je me dois de rajouter et compléter un peu.

En effet, les gens qui agissent au nom de l’Islam pour tuer sont souvent des voyous et des psychopathes ou des personnes manipulées et manipulables. Dans ce contexte-là, la religion est un prétexte (faible, car les personnes qui l’utilisent ont rarement elles-mêmes une pratique très « pure ») qui serait facilement remplacé par un autre. On trouve toujours une raison pour justifier la haine et la violence qui est en soit. De nombreux mouvements terroristes agissent au nom de principes politiques et ce n’est pas plus honorable.

Or, si l’athé observateur que je suis a toujours constaté une chose, c’est que les gens s’approprient leurs croyances par rapport à leurs propres personnalité (dont certaines sont il est vrai très perméables à ce qui les entoure, mais pour le pire comme pour le meilleur).

On a trop souvent tendance à imaginer les croyants comme des moutons prêts à suivre aveuglément les prêches de leur curé ou de leur Imam. Mais même dans les régions les plus illetrées, les gens ont un esprit critique et ont besoin d’aménager la religion en laquelle ils croient par rapport à ce qu’ils sont au fond d’eux. C’est humain et heureux. Et c’est pour ça que des religions dont le livre sacré n’évolue par d’une seule virgule au fil du temps voient pourtant les pratiques évoluer fortement avec les années et les siècles. C’est tout simplement parce que les sociétés font évoluer les religions et pas l’inverse.

Par ailleurs, parler d’UN Islam sera toujours un énorme mensonge. Bien sur, il y a un seul livre sacré pour tous les musulmans. Mais s’arrêter là serait d’un énorme simplisme.

D’abord, on critique souvent l’absence de clergé hiérarchique dans l’Islam. Mais le fait d’avoir un et unique Pape n’a jamais empêché les personnes se revendiquant du catholicisme de développer une pensée et des actes différents du sien, même dans des moments où le pouvoir de celui-ci était beaucoup plus important. Aujourd’hui encore, des sectes intégristes se développent et se détachent de l’autorité ou de la parole du pape.

Egalement, l’absence de « grand chef » est une particularité qui laisse justement beaucoup plus de liberté et de responsabilité individuelle à chaque musulman pour définir en toute autonomie sa pratique et son culte. Il sera certes guidé par son imam et son entourage mais pas beaucoup plus ou beaucoup moins qu’un catholique ne l’est avec son curé.

Ensuite, lors de son expansion qui était plus politique que religieuse, l’Islam n’a jamais imposé UNE et UNE seule lecture du Coran. Bien au contraire, l’expansion de l’Islam s’est faites systématiquement en tenant compte des particularités et cultures locales existantes. C’est ce qui me fait dire qu’il y a aujourd’hui des dizaines d’Islam institutionnels différents et chaque pays a le sien, lié à sa propre culture. Au sein même d’un pays, il y a parfois plusieurs lectures. Et les premières victimes des intégristes musulmans sont souvent les autres musulmans considérés comme impurs, ce qui n’arriverait pas si les pratiques étaient uniformes partout dans le monde.

Tout ça pour conclure que je rejoins grandement l’auteur quand il dit (enfin, je résume pour lui) que le focus sur l’Islam et la religion est contre productif et ne nous aidera pas, au contraire, à régler le problème.

Une lecture instructive de la littérature Daéchienne

Cela n’a pas du être toujours facile mais Carlos s’est astreint, pour son essai, à se nourrir de concret. Il n’a pas voulu suivre son intuition mais en partant des publications francophones a permis d’ancrer son étude sur du réel.

Cette lecture en dit long sur ce qui permet aux « journalistes » intégristes de recruter. Je ne vais pas tout dire non plus, sinon vous n’aurez plus rien à découvrir dans le livre ;-).

Parler de l’intégration sans le dire

Le mot n’est, je pense, jamais dit. Il est vrai qu’il est beaucoup trop connoté négativement. Toutefois, le fait est que si des jeunes se sentent discriminés injustement, s’ils ont parfois l’impression d’être belges (ou français ou …) sans l’être pleinement aux yeux de tous, s’ils ont l’impression d’être sans avenir ici et qu’il existe des complots contre eux ; il est tout à fait juste de dire qu’ils ne se sentent donc pas intégrés à la société et qu’ils seront plus sensibles à des discours leur promettant une nouvelle vie ailleurs et un nouveau départ sous l’œil bienveillant de Dieu.

Ce propos là est évidemment à différencier du propos politique habituel sur l’intégration. Le propos habituel utilise la violence et l’intégrisme (également existants) pour en réalité exclure encore plus au lieu de jeter des ponts. Le mot intégration peut être utilisé pour inclure et créer des ponts ou au contraire créer des mur. Aujourd’hui, toutefois, il n’est, et c’est dommage, utilisé que dans un sens excluant et stigmatisant.

Combattre l’intégrisme passe donc de manière urgente par le combat contre cette exclusion sociale (pas forcément économique d’ailleurs, beaucoup de ceux qui sont partis n’étaient pas forcément défavorisés). Je comprends parfaitement que beaucoup de belges dits « de souche » ont peur. D’abord peur pour leur avenir, ensuite peur qu’on ne leur impose une religion dont ils ne veulent pas. Mais aller au delà du fantasme et créer des liens avec l’autre sera la meilleure manière d’offrir un meilleur avenir à tous. Je crois dans le pouvoir de la communication et de la médiation entre communautés. C’est toute la force de l’extrême droite d’arriver à nous séduire sur des discours pourtant paradoxaux (les étrangers volent à la fois notre emploi ET vident les caisses du chômage, par exemple).

Mais il faut arriver à séduire sur un discours opposé, inclure et offrir un avenir sera gagnant pour tout le monde au final.

On a rien à gagner avec l’exclusion qui existe aujourd’hui. Elle crée frustration, délinquance et intégrisme. On sera tous gagnants le jour où on ne fera plus de différence entre les belges. La très grosse majorités des croyants (catholiques comme musulmans) ne cherchent pas à nous imposer leur foi mais veulent garder leur liberté de conscience et de culte. Et, de toute façon, notre démocratie et les droits de l’homme, même s’ils ne sont pas forcément populaires aujourd’hui, agissent précisément pour garantir les droits individuels de chacun. Ceux qui critiquent la charte des droits de l’homme devraient se rendre compte que c’est précisément cette charte qui rend aujourd’hui impossible toute application moyen âgeuse de la charia à la mode syrienne chez nous.

Comme l’auteur, ou du moins ce que j’ai compris de son propos, je pense qu’il y a une urgence à agir contre l’exclusion. Et qu’il ne faut pas se tromper de débat. Tant qu’on débattra de religion (son interprétation, sa pratique), on ne convaincra que les convaincus : les intégristes le resteront et ceux qui ne le sont pas ne se sentiront pas concernés. Mais, en agissant sur l’exclusion sociale (une manière plus positive de parler de l’intégration), non seulement on ne se concentre plus sur la religion mais on peut aussi se focaliser sur une vraie raison de la radicalisation.

Attention, on me dira que certains recrutés du califat provenaient de la classe moyenne. Je le répète, ce n’est pas contradictoire, au contraire. La violence de la discrimination est plus forte encore quand on a justement plus aucune raison de l’être. Si c’est injuste, on peut encore comprendre le propriétaire qui hésite à nous louer parce qu’on a peu de revenus. Mais quand ce n’est même plus le cas, c’est évidemment encore plus intolérable car seuls les préjugés racistes agissent alors. On peut avoir de l’argent et quand même se sentir exclu. C’est d’autant plus terrible que notre société véhicule le message que l’argent permet tout. Enfin, beaucoup de radicalisés provenaient de nos prisons, ce qui prouve qu’il y a deux types de publics différents qui sont passé à l’action en rejoignant le moyen orient.

Pour l’anecdote, lors du départ d’un précédent appartement, une personne d’origine étrangère l’avait visité mais était plus intéressé par celui du rez de chaussée pour lequel en plus il n’y avait pas de candidats (le propriétaire ne connaissant à l’époque pas Internet pour trouver un locataire). C’était mon propriétaire qui le louait également et je lui ai donc transmis le dossier nickel (emploi, preuve de payement, etc). Le candidat ne l’a pas eu et le propriétaire a préféré le laisser non loué plus longtemps …

La question des valeurs et des repères

Fight Club est un film qui m’a personnellement profondément marqué. Une œuvre que je respecte énormément, trop pour avoir encore pris le risque d’y consacrer un article (et puis, beaucoup l’ont déjà fait, donc c’est moins utile).

Venir avec cette référence peut paraitre bizarre mais ça ne l’est pas tant que ça.

Ce film (je n’ai pas encore lu le livre) parle en filigranes de personnes (surtout des hommes) qui n’ont plus de repères, plus de valeurs, qui sont paumés, qui ne supportent plus l’absurdité de leur travail et de la bureaucratie et qui décident de créer un club où ils retrouvent leur « vraie » virilité en se battant car l’adrénaline du combat leur donne l’impression de retrouver un sens à leur vie.

Ensuite, ils créent le projet Chaos, un projet totalement nihiliste qui vise à détruire le capitalisme « immoral » pour repartir sur des bases nouvelles mais qu’on devine, de par le nom même du projet, proche du néant civilisationnel.

Une fois rappelé cela, je pense que le parallèle avec un Daesh au fond très nihiliste et recrutant en partie parmi les rejetés du capitalisme moderne pour créer une société dont les standards semblent dater de plusieurs siècles peut être fait plus facilement. Ils profitent aussi de ce qu’ils dénoncent comme étant un recul des valeurs.

Toutefois, à partir de cette perte de repères (pas forcément négative, si ce n’est par le vide qui les remplace), le personnage principal de Fight Club devient complètement schizophrène. Ce n’est pas qu’un twist astucieux du film, c’est aussi un message bien réel. La catastrophe n’est pas inévitable et même le chef du projet Chaos cherche jusqu’à la dernière minute à l’éviter, au besoin en tentant de se suicider.

Pour les personnes qui sont plus vulnérables parce que dans la même situation dénoncée par ce film (il y a déjà longtemps et il se révèle un peu prémonitoire), rien n’est perdu ! Mais, la nature ayant horreur du vide, c’est aussi à nous de penser à remplacer l’ancien monde par un nouveau monde réellement enthousiasmant et attractif, dans lequel tout le monde peut se retrouver. Sinon, d’autres le feront malheureusement à notre place, pas toujours pour le meilleur.

Je ne résiste pas à vous remettre la scène finale de Fight Club :

De même que ce discours culte (désolé pour le son assez bas, si quelqu’un trouve une meilleure version, il peut me la communiquer) :

Conclusion

Le livre n’apporte pas de solution clé en main ou simpliste. C’est assez logique. Mais c’est toujours bien de rappeler que la défaite militaire de Daech en Syrie ne règlera pas tout. Même celle de Daesh et de tous les mouvements assimilés partout dans le monde ne règlerait pas tout si cette défaite était uniquement militaire. Le combat est aussi un combat politique pour une société dans laquelle chacun puisse se sentir bien et trouver sa place.

A ce propos, je me rappelle qu’Obama a longtemps hésité avant d’intervenir en Irak, du fait de la politique confessionnelle de Maliki (premier ministre irakien chiite) qui était pour beaucoup dans la création de l’EI. Il ne voulait pas intervenir avec une solution militaire unique mais avait bien compris qu’une solution politique incluante pour les sunnites irakiens était indispensable à une victoire durable.

J’ai profité de mon article pour prolonger avec les réflexions personnelles qu’il m’a inspiré (et que vous ne retrouverez donc pas forcément dans le livre telles quelles). Et j’espère que chaque lecteur aura envie de faire de même, de le prêter et d’entamer des discussions. Ca peut paraitre simpliste de dire cela mais c’est en stigmatisant ou en imprimant un discours identitaire sans cesse répété qu’on finit par créer le comportement dont on ne veut pas là où il n’est pas présent aujourd’hui. Un débat ouvert et tolérant devrait, au contraire, permettre de dépasser cela je pense.

On pourrait dire que Carlos n’est pas très précis sur les solutions, je ne pense pas qu’il y ait d’ailleurs un chapitre appelé comme cela (j’ai fini le livre il y a quelques semaines), mais il n’y a pas de solution simple et rapide pour réparer les erreurs du passé. D’une certaine manière, l’auteur ne s’aventure pas dans le terrain politique concret d’aujourd’hui et c’est très bien comme cela. Cela doit être fait après en faisant participer un public large.

Du même auteur

Il a récemment publié une carte blanche dans l’hebdomadaire belge d’investigation Le Vif L’Express et a été interviewé par le journal La Libre Belgique.

Son blog, même s’il n’est plus très souvent mis à jour.

A voir sur le même sujet, pour mieux comprendre

La série HBO « The State« . Elle a été diffusée récemment sur BeTV. C’est une mini série en, je pense, six épisodes. Elle est vraiment très bien réalisée et extrêmement instructive sur le vécu de ceux qui ont rejoint le califat.

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Comment avancer quand on est bloqué ?

C’est très bateau mais c’est une façon légère de commencer l’année sur ce blog. Je vous partage ici quelques « life hacks » qui fonctionne assez bien chez moi.

La plupart de ceux que je vais vous donner sont basés sur un principe étudié en sciences : notre cerveau fonctionne mieux en arrière plan qu’en avant plan (cf. le livre de Richard Wiseman que je chronique ici : Lectures en vrac, juin 2018). Quand vous faites une pause, votre cerveau continue de turbiner et essaye de résoudre le problème, le dossier, qui est resté en suspens.

Tout le monde a déjà expérimenté cela. Vous êtes bloqué, vous vous énervez, ce mot est « sur le bout de la langue », vous passez à autre chose et tout s’éclaire : le mot vous revient directement. Ici, il y a aussi le phénomène de focalisation et d’énervement qui nous pose problème. Ca tombe bien, la plupart des trucs que je donne sont aussi utile pour se calmer.

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Dormir

C’est le plus évident mais si vous dormez sur un problème, votre sommeil ne sera peut-être pas le meilleur mais vous aurez les idées beaucoup plus claires au réveil. Adolescent, je me souviens de ces jeux d’aventure / réflexion sur lesquels on restait des heures à chercher la solution jusque tard dans la nuit. Mais, parfois, il faut savoir avouer son impuissance et aller rejoindre son lit.

Ne dis-t-on d’ailleurs pas que la nuit porte conseil ? Et bien, c’est très juste ! Très souvent, vous aurez une meilleure idée du choix que vous vouliez ou même carrément la solution. C’est tout le bien que Morphée peut nous faire quand on est dans ses bras.

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Faire une pause

Faire une pause, ce n’est pas « ne rien faire ». Faire une pause, c’est faire quelque chose de différent et qui, de préférence, ne va pas vous demander trop de cérébralité.

Comme pauses favorites pour faire avancer mon travail, il y a :

  • la vaisselle (j’adore, mes mains sont occupées, le travail est mécanique, le cerveau a toute la disponibilité pour penser à des choses compliquées)
  • repasser (en vrai, je ne le fais plus depuis que je vis en couple car mon fer à repasser capricieux m’énerve)
  • une petite promenade. Tous les jours, je marche pour aller chercher mon train ou me rendre au travail, quotidiennement, ça représente au moins trois quarts d’heures ; ce sont souvent les moments pendant lesquels j’avance le mieux dans la résolution de mes problèmes. Il faut dire que leur moment, au début de la journée et à la fin de la journée de travail, c’est juste parfait. Les gens qui font tout en voiture ne se rende pas compte du mal que ça leur fait.
  • Jouer à un jeu … simple et débile. Si le jeu devient l’activité principale, les autres problèmes passeront à l’arrière plan.
  • Facebook, avec des réserves. Si on s’astreint à ne pas commencer à débattre et à juste regarder, alors, cela peut être une pause efficace. Sinon, c’est un loisir à part entière à réserver pour les temps de loisir.

Vous l’aurez compris : toute activité qui

  • ne demande pas un trop grand temps de cerveau disponible
  • et qui ne nous manger trop de temps

C’est pour ça que je ne mets pas la télévision dedans, par exemple.

Je ne mets pas non plus la musique, le cinéma ou la lecture. Pour moi, la musique est à utiliser durant le temps d’activité : elle me booste. Pour la lecture et le cinéma, c’est juste trop prenant pour être une vraie pause. Ce sont des loisirs pleins et entiers.

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Faire un choix arbitraire

C’est souvent la manière dont j’aide mes proches quand ils hésitent fortement entre deux choix qui leur paraissent équivalents (livre X ou Y par exemple). Je leur dit : « fais ça (livre X) ». A ce moment là, ils se voient vraiment choisir cette solution et si ça ne leur plait pas ou si c’est un mauvais choix, ils le sauront tout de suite.

Bien sur, on ne peut pas utiliser cette méthode pour des choix trop importants. Mais si vous vous pourrissez la vie à ne jamais savoir quel cadeau choisir, quel livre lire, quel film aller voir, quel repas faire, ça peut être une méthode où vous ne prenez aucun risque.

Plus classique : la liste des + et –

Je ne le fais que très peu souvent. J’aime bien analyser les choses mais la vérité est que certains + peuvent compenser beaucoup de moins et certains – peuvent valoir beaucoup de positif. Bref, ce n’est pas parce qu’on a dix items dans une liste et cinq dans l’autre qu’on est plus avancé. Chaque item n’a en effet pas le même poids. D’autant plus que nos choix ne sont pas que rationnels mais aussi émotionnels.

En vrai, je préfère une version améliorée du « choix arbitraire ». J’envisage le futur à brève, moyenne et longue échéance dans un choix ou dans un autre. En prenant mon temps. En voyant ce qui peut passer d’une colonne à l’autre avec l’espoir et la probabilité. Et en ajustant avec le temps. Ce qui nous parait souhaitable et probable peut devenir un jour avec l’expérience totalement improbable. C’est même souvent le cas dans la vie, il faut une seule goutte d’eau pour faire déborder un vase bien rempli. Mais dans la vie, le vase est opaque et on ne sait jamais réellement à quel point il est rempli.

Quand on est vraiment sur, on fait le choix et on s’avance vers un but. On pose des jalons. Cela ne doit pas être révolutionnaire. On peut continuer la vie comme on la mène actuellement mais préparer chaque jour un peu plus la nouvelle vie et rendre le choix un peu plus évident. Un peu comme si on testait l’eau du bain jusqu’à ce qu’elle ne soit plus trop froide et qu’on puisse enfin s’immerger totalement dedans mais en rentrant d’abord une main puis un orteil, puis un pied, une jambe, etc pendant que l’eau chaude le remplit petit à petit avec un débit et une chaleur imprévisible.

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Faire face au vide

A force de travail et de transpiration, à force d’essais, on arrive souvent à quelque chose. Mais parfois, le résultat, c’est un quasi vide (ou du moins le ressentons-nous comme tel !). Les espoirs déçus, douchés, nous amènent parfois à nous retrouver dans une situation de vide dans notre tête où nous n’en pouvons plus.

Je ne parle pas de la dépression profonde mais du coup de mou passager mais quand même violent.

Face à cela, je pense que mon meilleur « truc » reste de sortir seul, prendre ses écouteurs, sa musique, et se promener longuement. Si on a la chance d’avoir un cimetière ouvert, on s’y rend et on y marche le long des allées en pensant à ceux qui ont été et qui ne sont plus. On imagine des destins, des vies, des morts, des chagrins. On s’autorise à pleurer car dans ce lieu là, ce sera toujours permis sans y voir aucune faiblesse. On peut aussi s’imaginer notre dernier jour à nous.

Moi, ça me fait toujours du bien. RELATIVISER est essentiel dans la vie. Mais il faut aussi savoir RESSENTIR. Avec cette activité, je fais les deux et je digère mieux.

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Et vous ?

J’imagine que pour certains d’entre vous, la pause parfaite sera de tricoter, de bricoler, de faire une activité artistique. Je pense que ce sont des bonnes activités pour une pause.

Si vous avez d’autres choses à ajouter, n’hésitez pas à laisser un commentaire, je suis particulièrement intéressé.

Bilan des 200 000 vues

Quand cet article paraîtra, le cap symbolique des 200 000 vues sera dépassé. J’en profite donc pour faire un nouveau bilan du blog depuis sa création, il y a six ans. Je commence l’article alors que nous ne sommes qu’à 198 000 donc ne vous étonnez pas de certains résultats ou captures d’écrans.

Les stats générales

155 articles avec celui-ci, plus de 200 000 vues, 1041 commentaires (15 par mois en moyenne) et 93 abonnés.

Cet article non compris, c’est aussi 187 907 mots qui ont été publiés. Le plus gros article écrit de ma main est Interstellar (4389), juste avant Crimes à Oxford (4344). Le plus gros article est la retranscription d’un reportage de Paris Match sur l’incendie de l’Innovation (5987 mots, on savait faire du journalisme long à l’époque).

La plus grande audience sur un jour a été de 653 vues. Il est à noter une bizarrerie : lors des 150 milles, le jour le plus vu l’était avec 842 vues. Sans doute un recomptage en fonction de l’heure a-t-il été effectué ?! Il faut dire que les plus grosses audiences sont souvent le soir à cheval sur deux jours après la diffusion d’un film.

18 articles ont été vus plus de 1000 fois depuis la création et cinq plus de 10 000 fois.

Articles les plus vus

L’article qui a l’audience la plus large (celui sur la préparation aux tests Selor) compte pour 35% des vues à lui tout seul, et les deux premiers articles pour la moitié. Cette situation n’a que peu évolué depuis le bilan des 100 000. Pourtant, de nombreux nouveaux articles sont parus.

Sur les 18 articles ayant plus de 1000 vues, 7 sont des analyses de films, soit moins de la moitié. En un an, Happy Birthdead atteint déjà les 2000 vues, ce qui est pas mal étant donné qu’il n’y a pas encore eu de diffusion télévisée grand public mais peut s’expliquer par le type de film (avec scénario à énigmes).

La face cachée de Margo a connu, d’une manière un peu similaire, très peu de vues pendant très longtemps jusqu’à un pic assez récemment. C’est parfois marrant de voir la carrière de certains articles dans les stats. Pour vous permettre de voir les graphiques et les courbes, je vais, pour la première fois, vous en partager quelques uns.

(la copie d’écran n’est pas exhaustive)

Happy Birthdead

Article écrit juste après sa sortie mais il n’est pas resté longtemps en salles près de chez moi. Son succès commence réellement après les fêtes. Je pense que ce rythme se maintiendra quelques années jusqu’à son passage télévisé. C’est le genre de films « bon client » pour Halloween et il a un certain potentiel pour devenir culte. Je suis curieux de voir son évolution dans le futur.

La face cachée de Margo

C’est vraiment le genre d’article où on se dit : « OK, celui là ne sera vraiment pas un succès ». Même si je l’avais écrit bien après sa sortie ciné, il avait peu d’articles concurrents et je pensais quand même qu’il avait un certain potentiel vu le côté énigmatique et le fait que tout ne soit pas dévoilé.

Au final, il a commencé à attirer à partir de mai 2018 et se porte bien depuis. Il sera certainement dans les films qui dépasse les 1000. Comme Happy Birthdead, c’est un teen movie par excellence. En plus profond et initiatique avec une bonne dose d’humour également. Deviendra-t-il culte avec le temps ? Je ne le pensais pas mais une diffusion télévisée peut parfois changer les choses.

Catacombes

Ce fut mon deuxième article de film a avoir des résultats intéressants alors je garde une certaine nostalgie pour lui. Je ne sais pas si c’est à cause des changements dans le moteur d’indexation de Google mais des films comme celui-ci qui faisaient des vues dés la sortie en salles et dés publication sont beaucoup plus rares aujourd’hui.

Le nouveau testament

Voilà un film beaucoup moins populaire mais qui a fonctionné de manière sympathique durant des années jusqu’à mars 2018 où il a décollé un peu plus. On est dans un film qui peut être compliqué à comprendre mais qui l’est sans doute trop (complètement What The Fuck) pour que les spectateurs le prennent au sérieux et fassent des recherches en grand nombre. Où alors, il est tout simplement mal aimé.

Origine des lecteurs

Ca ne change toujours pas, la très grande majorité des lecteurs arrivent depuis un moteur de recherche.

Facebook ne me procure que très peu de lecteurs mais quand même sans doute la quasi totalité de certains articles. Il faut savoir que je partage assez peu mes articles sur les réseaux sociaux étant habitué à ce que le traffic provienne des moteurs de recherches et ne voulant pas ennuyer mes contacts avec des articles qui pourraient ne pas les intéresser.

Je ne le fais donc que quand je peux espérer éveiller un petit intérêt.

Après ces trois référents, il y a littéralement des dizaines de petits référents qui rapportent au mieux quelques dizaines de vues mais le plus souvent moins.

Comme j’ai l’habitude sur certains articles de faire des liens vers d’autres blogs, cela peut m’amener quelques lecteurs en retour mais ça ne fait pas la majorité loin de là.

A noter que les personnes qui arrivent directement sur mon blog en tapant l’adresse dans leur navigateur n’apparaissent pas dans ces statistiques et j’ignore s’il y en a et combien ils sont.

Evolution des sorties

  • 2018 : 12 (année non terminée)
  • 2017 : 16
  • 2016 : 18
  • 2015 : 14
  • 2014 : 40
  • 2013 : 16

Conclusion

Lors de mon dernier article de retour sur les stats, je prédisais le passage en 2019 et finalement, on est encore en 2018 un mois et demi avant 2019. Si le même rythme se poursuite, on arrivera aux 300 000 en 2020. Maintenant que le blog a dépassé les 6 ans cette année, je suis à peu près certain de pouvoir vous donner RDV à cette date. Je pense que je suis rentré dans une certaine routine et que je le continuerai tant que le service offert continuera.

C’est sans doute le plus gros problème avec Internet, nous savons qu’une entreprise comme WordPress peut disparaître presque du jour au lendemain mais j’ai envie de croire que dans dix ans elle sera toujours là et ce mode d’expression long qu’est le blog continuera également avec moi comme petit acteur.

Je maintiens un rythme d’au moins un article par mois en moyenne. Avec 2019 viendra l’occasion des bilans mais je peux déjà dire que 2018 aura vraiment été très dur, prenant et éprouvant pour moi, surtout dans la sphère professionnelle. Le temps et l’énergie m’ont manqué. Je sais qu’à un moment donné, forcément, cela va un peu se calmer (et tant mieux).

D’habitude, je suis frustré parce que je n’arrive pas à faire tous les articles que je voudrais. Ici, j’ai profité du temps que j’avais pour faire ce que je voulais, parfois en bâclant un peu mais toujours après relecture attentive de ma compagne. Mais, pour éviter la frustration, ça veut dire aussi que je me suis parfois empêché de voir tel film ou de lire tel livre parce que je savais que je n’avais pas le temps d’explorer ensuite.

Et puis, parfois aussi, j’avais envie de parler d’une œuvre sans pour autant avoir grand chose à en dire. La rubrique « en vrac » que j’ai testé m’a permis de répondre partiellement à ces deux préoccupations. Je réfléchis à l’utiliser plus souvent. Une manière de partager et de parler avec un temps de rédaction raisonnable et sans pour autant faire un article quasi vide.

A bientôt et merci de m’avoir lu. 🙂

Parité et choix des électeurs à Tournai (élections 2018)

J’avais déjà traité du sujet dans un autre article il y a six ans, mais pour Namur.

En regardant les résultats personnels sur les listes, j’ai eu l’impression d’un conseil communal élu beaucoup plus masculin que féminin alors j’ai voulu vérifier (il faut toujours objectiver).

Tableau

La colonne Changement –> SPPP (situation plus proche possible parité) représente le nombre d’élus changeant de sexe nécessaire pour s’approcher le plus possible de la parité.

Nbre élus Elus H Elus F Chgmt –> SPPP %H %F
PS 16 10 6 2 63% 38%
MR 10 9 1 4 90% 10%
Ecolo 7 4 3 0 57% 43%
Ensemble 5 4 1 1 80% 20%
PTB 1 0 1 0 0% 100%
Tous 39 27 12 7 69% 31%

De manière globale, il manque 7 élus de sexe féminin pour passer de 31% à 48%. Soit une augmentation du nombre de femmes de 58%.

Le PTB n’a eu qu’un seul élu (et donc difficile de l’évaluer) mais s’il en avait eu un deuxième, il aurait été le parti le moins paritaire avec 100% d’élus d’un même sexe (qu’il soit féminin ne change rien pour nous).

Un seul parti comptant plus d’un élu obtient une situation de parité (vu le nombre d’élus impair), il s’agit d’Ecolo. A noter que s’ils avaient obtenu un élu de plus, ils auraient eu la parité parfaite.

Ensuite, le PS est plutôt en bonne posture avec 63% d’élus masculins.

Enfin, deux partis sont très mauvais : Ensemble et le MR (80 et 90% d’hommes). Pour ensemble, il faut dire que deux élus de plus auraient tout changé. On va donc me dire que c’est aussi une question de nombre d’élus qui favorise certaines listes.

Tableau à parité d’élus

Alors, chiche, faisons le calcul à parité d’élus.

Que ce serait-il passé, s’ils avaient tous eu seize élus comme le PS ? De cette manière, les petits scores sont moins désavantagés.

Nbre élus Elus H Elus F Chgmt –> SPPP %H %F
PS 16 10 6 2 63% 38%
MR 16 11 5 3 69% 31%
Ecolo 16 8 8 0 50% 50%
Ensemble 16 12 4 4 75% 25%
Tous 64 41 23 7 64% 36%

Dans ce tableau, c’est Ecolo qui reste le champion avec une parité parfaite.

Ensuite, le PS reste deuxième mais c’est le MR qui s’améliore et passe de bon dernier à un troisième avec un pourcentage d’hommes allant de 90% à 69%. Ca ne reste pas glorieux mais c’est déjà plus proche de la moyenne.

Enfin, pour Ensemble, on passe de 80% à 75% (très petite amélioration) d’élus homme et on devient le plus mauvais parti dans le « genre ».

Conclusion

On ne peut rien conclure sur le caractère sexiste ou machiste des partis ou même des électeurs. Mais, dans les faits, on peut quand même constater qu’Ecolo est à Tournai le parti qui arrive à avoir les meilleurs résultats pour la parité de genre et son futur allié socialiste se débrouille pas trop mal compte tenu de la moyenne.

Under the silver lake film de David Robert Mitchell, petite analyse

J’ai vu le film au cinéma et n’ai donc pas eu l’occasion de le voir plusieurs fois. En plus, c’était il y a plusieurs jours (au moment de l’écriture, encore plus à la relecture et publication) et certains souvenirs s’estompent déjà. Dans tous les cas, j’irai vraiment très vite car je n’ai pas envie d’en parler longuement. D’ailleurs, j’évoquerai parfois plus des pistes à creuser et des commentaires que des idées bien réfléchies.

Hiatus bande annonce et film

Si j’ai été le voir, c’est du fait de la bande annonce que je trouve extrêmement alléchante. Elle me faisait penser à la face cachée de Margo, un teen movie assez bon et avec des énigmes intéressantes tout en ayant du bon humour. Il y avait aussi une quête initiatique.

J’attendais la même chose de « Under the silver lake » et je fus donc … très déçu. Je ne sais pas si le film était vraiment si mauvais mais quand je reçois autre chose que ce qu’on m’a vendu et bien, j’en ressors toujours avec un goût de trop peu.

Relations avec les femmes

Le héro a des relations très bizarres ou malsaines avec les femmes. C’est un vrai « taré ».

A commencer d’ailleurs par la relation avec sa mère à qui il ment (est-elle encore vivante ?). Un des problèmes avec le film est qu’on peut douter de tout. Je pense qu’il y a des indices qui nous permettent de savoir quand il est drogué ou pas mais, en fait, les chercher ne ferait que nous perdre encore plus. En effet, puisqu’il est plus que probablement fou à lier, même en étant « sobre », rien de ce que nous voyons n’est encore réellement sur.

Toutes les femmes avec qui il a des relations finissent par disparaitre. J’ai bien l’impression que les femmes ne réapparaissent plus après s’être refusées à lui.

La dernière avec qui il couche et qu’il mate avec ses jumelles est âgée, ce qui doit certainement lui rappeler sa mère.

Beware the dog killer

Le film commence par ce message qui ne cessera ensuite d’apparaitre. Il n’y a pas vraiment d’enquête à faire, on comprend très vite (si on veut bien regarder les images) que, malgré les filtres que Sam s’impose, il est un tueur.

Je vois au moins deux indices évidents : le sang sur les mains quand il se réveille et le producteur (?) qui est tué de ses mains avec la guitare. Un très grand nombre d’autres indices moins évidents sont là pour parsemer constamment le film (par exemple, un cadavre sur son chemin).

Ainsi, il m’apparait presqu’évident que c’est lui qui est le tueur de chiens. Et que les femmes qui disparaissent ou sont tuées à proximité de lui le sont également de sa main. Pour les chiens, il y a cette interrogation sur le fait qu’il ait des biscuits pour chiens dans sa poche. A ce moment là, c’est comme s’il était prêt de se révéler la vérité à lui-même mais décide finalement de ne pas le faire.

Disparition de Sarah

Sam se plaint qu’il n’est pas normal de déménager en pleine nuit. Mais il ne lui semble pas anormal de déménager juste après avoir emménagé.

Sarah est comme irréelle. Par exemple, il y a un moment où la locataire à la poitrine dévoilée lui fait une remarque sur le son qui va trop fort. Elle dit avoir fait le changement et l’autre la remercie alors qu’en fait rien n’a changé. Cette petite scène irréelle est là comme indice que quelque chose d’étrange se passe.

De même, il y a ce moment où Sam et sa copine font l’amour et où passe à la télévision un extrait sur quelqu’un qui a disparu.

Pour moi, il est clair que Sarah, au moment où il l’observe avec ses jumelles, est en fait déjà morte. Elle était bien dans la voiture et la personne est décédée rapidement après sa disparition entourée des quatre filles. A chaque fois qu’il verra un de ces protagonistes, ce seront en fait des « fantômes ».

A travers toutes ces recherches, il ne fait qu’essayer de trouver une autre explication beaucoup plus compliquée que la vérité mais aussi beaucoup plus accommodante. En effet, pour ne pas assumer ses actes de meurtrier psychopathe, il doit alors se mentir à lui-même et inventer une histoire rocambolesque et invraisemblable mais qui aura au moins le mérite de le rassurer.

C’est sans doute d’ailleurs là que se fait le parallèle avec les complotistes qui préfèrent croire des choses compliquées plutôt que des hypothèses plus faciles comme celles du hasard ou de l’incompétence.

On voit d’ailleurs que le complot des riches qui veulent disparaitre avec de jolies femmes est utilisé pour que Sam ait l’impression que non seulement celles-ci ont choisi la situation mais qu’en plus elles en sont heureuses (cf. le coup de téléphone dans la caverne).

Le roi des clochards et l’odeur

Ce personnage de roi des clochards est comme sa conscience et essaie de l’amener à découvrir la vérité.

Comme un clochard, il est « puant » et il est également quasiment sans domicile et très pauvre.

Toutefois, à propos de l’odeur, je me demande si ce n’est pas aussi un indice pour nous désigner les personnes qui sont déjà mortes. En quelques sortes, elles sentent l’odeur puante parce que leur corps est en réalité en voie de putréfaction.

Critiques intéressantes

Mon article est concis et ne va pas assez loin mais j’ai déclaré forfait pour ce film trop alambiqué pour moi. Pour prolonger, je vous propose deux critiques intéressantes :

Hugo Cabret de Martin Scorcese, réflexions sur les sens du film

Je mets mes réflexions en vrac sur quelques sujets qui me paraissent importants.

J’ai vu le film une fois avec ma fille mais je pense que de nombreuses relectures ouvriraient sans doute sur des découvertes plus pointues. Je mettrai peut-être à jour l’article si j’en ai l’occasion mais comme le but n’est pas de faire un très long article, ce n’est pas certain du tout.

J’ai donc conscience que la plupart de ce qui est dit ici aura été réfléchi longuement mais pas pour autant analysé en profondeur, préférant, en ce moment, consacrer plus de temps à la lecture.

Orphelin

Grandir sans parents est un thème majeur et certainement le plus évident. Cela aurait pu être plus subtil d’ailleurs si on n’avait pas eu l’inspecteur de gare pour le mettre à l’avant plan.

Mais, voyons les éléments :

  • Hugo est orphelin de père et de mère et perd encore son oncle qui était son tuteur
  • La filleule de George Méliès est est également orpheline de père et de mère
  • L’inspecteur de la gare est lui-même orphelin

L’inspecteur de la gare a comme passe temps favori de chasser les orphelins pour les envoyer à l’orphelinat et c’en est presque son unique sujet de conversation. Il le fera jusqu’à être interrompu par un Méliès retrouvant la foi.

Il dit : « tu n’iras nulle part tant qu’on n’aura pas retrouvé tes parents ». Même s’il se vante que l’orphelinat lui a fait du bien, cela prouve qu’au fond de lui-même, il aurait aimé vivre avec ses géniteurs. Cela montre aussi que notre « vrai » créateur nous est nécessaire et qu’on ne peut pas se satisfaire de parents de substitution.

J’y vois un parallèle avec le cinéma qui se retrouve orphelin du génie de Méliès après sa faillite économique. Cela peut même être considéré comme une critique d’un pays qui n’a pas su faire prospérer le septième art sur son sol par manque de moyens alors que tout y avait pourtant commencé avec de grands génies.

Méliès, le génie

Le film ne s’appelle pas Georges Méliès mais Hugo Cabret.

Pourtant, le vrai personnage principal est, à mon sens, bien Méliès même si il n’en est pas le héro à proprement parler. Ce film est avant tout un hommage à un grand homme dont on montre le talent et l’apport très important à l’histoire du cinéma.

Inventer un personnage de fiction était un artifice intéressant pour mettre en relief son histoire sous la forme d’une enquête avec des énigmes. C’est très efficace pour maintenir l’attention du spectateur et pour créer de l’émotion et de l’empathie. Mais, je me demande également si ce n’est pas aussi, au contraire, pour évoquer les côtés sombres du magicien.

Péripéties

Juste un mot sur celles-ci. Elles sont nécessaires pour avoir une histoire. Mais, ici, elles sont un peu trop artificielles à mon goût. Les multiples secrets ne servent qu’à avoir une histoire qui ne dure pas cinq minutes. C’est utile mais cela me semblait un peu trop facile à mon goût. Jusqu’à ce qu’un des sens caché m’apparaisse de manière plus évidente (voir plus bas). A partir de ce moment, j’ai considéré le secret comme nécessaire dans le récit.

Gare parisienne (Montparnasse ?)

Le début du film avec son arrivée en gare est une référence assez évidente aux frères Lumière et au premier film de l’histoire du cinéma sur « l’arrivée d’un train en gare ». J’observe souvent que le début d’un livre ou d’un film a une signification symbolique forte pour expliquer le reste de l’oeuvre. Pour moi, c’est un indice qui montre que le vrai sujet est bien le cinéma, son invention, ses débuts, ses génies.

Sens caché

Disons le directement : je soupçonne Georges Méliès d’être volontairement à l’origine de l’incendie du Musée où travaillait le père d’Hugo. Voulait-il détruire son invention ? La récupérer ? Tuer le père ? Tout ça en même temps, là dessus, j’ai encore des doutes.

Mais, je vais vous dire les éléments troublants :

  • Méliès est extrêmement bouleversé par la découverte du carnet du jeune homme
  • Il l’accuse d’être un menteur en plus d’un voleur, comme s’il connaissait l’origine du carnet et qu’il découvrait que celui qui a été tué dans l’incendie avait un enfant
  • Il parle de « fantôme ». Ce mot peut avoir un double sens en parlant de ses fantômes du passé mais également des fantômes des personnes disparues. Les fantômes du passé pouvant de toute façon également être liés au passé.
  • Il affirme qu’il a le droit de « brûler » le carnet s’il en a envie et qu’il lui appartient.
  • il dit qu’il n’est « qu’un vieux jouet mécanique brisé » (le même qui croupissait dans le musée ?) quand les enfants découvrent des souvenirs de son travail dans l’armoire
  • Il a incinéré tout ce qui lui restait et qui était sans valeur marchande
  • Il est au courant de l’incendie et sait que l’automate n’a pas été retrouvé
  • Le robot est censé avoir été construit avant sa carrière cinématographique et pourtant il dessine l’affiche de son film. Il y a quelque chose d’étrange derrière cela. J’ai l’impression que cela pourrait prouver que le robot était bien lié à son activité cinéma (et qu’il avait des raisons de le cramer) et que Méliès ment ou ne dit pas tout
  • A la fin du film, on demande pourquoi Hugo « habitait dans une gare » et cela est présenté un peu comme la clé du film. Or, s’il habite dans une gare, c’est parce que le musée a brûlé et son père est mort. Preuve que c’est loin d’être anecdotique.

Il y a un mobile pour provoquer l’incendie car le musée n’a pas considéré son art comme important et digne d’une réparation. Il aurait donc voulu se venger. Mais il aurait, tout aussi bien pu vouloir achever son oeuvre nihiliste de tout ce qui lui avait appartenu.

Ce qui est fou, c’est que le robot, par conséquence indirecte finit du coup conservé ET réparé dans la même gare où travaille Méliès, à quelques mètres de lui. Et c’est la réparation de celui-ci qui lui permis de rencontrer Hugo Cabret puis de redevenir une personne en vue et reconnue du monde du cinéma.

Rien de tout cela n’est possible sans l’incendie qui tue le père d’Hugo. Ce feu est donc à la fois destructeur et indispensable à la remise à l’honneur de GM.

Ce sens caché est en lui-même un immense hommage au cinéma. Car, dans beaucoup de films, ce qui est dit est caché. On le sait en les analysant, on voit souvent une vérité « dites » être différente de celle qui est montrée. D’ailleurs, ne dit-on pas que tout ce qui est montré dans un film doit toujours avoir une utilité ?

Enfin, ce serait également une référence au « magicien » Méliès. En magie, il y a usage et même abus de « trucs » cachés et de diversions. Comme dans les films de Méliès, tout est truqué mais fait de telle manière qu’on ne voit rien et qu’on est émerveillés alors que la réalité est beaucoup moins resplendissante.

Le temps et les coulisses

Le fait que son père soit horloger, tout comme Méliès, tout comme son oncle (qui règle les horloges de la gare) est important. Hugo dit qu’il ne viendra que quand il en aura le temps. Le temps permet parfois aux génies d’être révélés avec plus de force.

Mais il y a aussi toute cette exploration des coulisses. Les coulisses du cinéma et du studio qui sont comparées à une minutieuse horlogerie nécessaire pour que la magie passe. Dans laquelle, on le voit, on fait même arrêter le temps pour que les effets spéciaux soient réussis.

Autres

Le film regorge de références et de sens cachés, j’en ai bien l’impression. Ici, je n’ai fait que survoler. Mais si vous voyez un article qui donne d’autres détails, n’hésitez pas à le mettre en commentaire, j’irai le voir.

Conclusion

Un film à voir pour son atmosphère divertissante et son émotion. Peut-être pas un chef d’oeuvre du cinéma mais un film que j’aimerai revoir. Mon hypothèse relative à l’incendie parait difficile à avaler car on a pas envie d’imaginer GM en meurtrier potentiel, même involontaire, mais je la trouve pourtant assez crédible. N’hésitez pas à commenter si vous voyez d’autres éléments qui la confirment ou l’infirment.

La vérité sur l’affaire Jacqueline Sauvage, livre de Hélène Mathieu et Daniel Grandclément

Le 10 septembre 2012, Jacqueline Sauvage abattait de trois balles de fusil, dans le dos, de sang froid, son époux Norbert Marot. En première instance, puis en appel, elle fut condamnée à dix ans de prison. L’affaire fut fortement commentée et des livres furent publiés dont celui-ci.

Pourquoi avoir lu ce livre ?

Cette affaire a été énormément médiatisée. Mais la médiatisation aide rarement à voir plus clair surtout quand on y ajoute la politisation et le militantisme. Chacun communique avec ses intérêts et la vérité devient plus difficile à approcher.

Concernant ce procès, j’avais été interpellé par les articles du blog « vu du droit » car ils donnaient un éclairage différent :

J’ai donc voulu en savoir plus et suis tombé sur un livre qui semblait vouloir pratiquer une enquête relativement neutre en interrogeant tout le monde et sans a priori. Il a trainé quelque temps dans ma bibliothèque puis, n’y tenant plus, je l’ai lu quasiment d’une traite.

Ce livre me paraissait sérieux et offrir suffisamment de recul pour y voir plus clair. C’est un livre très facile et rapide à lire et somme tout assez intéressant. Je n’ai pas été déçu. Quelle que soit votre opinion, s’il y a un livre à consulter, il me semble que ce doit surement être celui-là.

Dans cet article, je vais vous livrer quelques réflexions que le livre m’a inspiré.

Avertissements

Dans ce dossier, comme souvent en justice, chacun calque sa propre situation. Défendre Jacqueline Sauvage, cela peut être défendre son cas personnel, son propre vécu par procuration. On se dit qu’elle a vécu la même chose que nous et cela nous permet de nous faire du bien en la défendant. A contrario, c’est frustrant de la voir condamnée.

Mais le défaut de cette situation, c’est qu’elle nous amène à biaiser notre jugement, à oublier tout ce qui est différent et même à confondre les deux histoires en les mélangeant. Si on a envie qu’elle nous ressemble, alors on fera même tout pour que notre perception de la réalité évacue tout ce qui peut nous déranger.

C’est précisément ce que la justice doit éviter de faire, du moins quand il s’agit de décider de la culpabilité de quelqu’un. On regarde les faits, rien que les faits, et on les compare au droit. L’empathie ne viendra qu’ensuite, quand il faudra discuter de la peine.

Je n’accepterai pas les commentaires qui m’accuseront de manque d’empathie ou de ne pas savoir de quoi je parle. Bien que cela soit un blog personnel, je ne me sens nullement obligé de raconter toute ma vie. Vous ne la connaissez pas et je ne vous autorise donc pas à en juger ni à en présumer.

Cela d’autant plus que la cause des conjoints maltraités est précisément une cause qui me touche. Je ne l’ai jamais minimisée, je ne le ferai jamais.

Meurtre ou assassinat, les raisons ?

Préparer les cartouches à l’avance …

Dans l’enquête, très tôt, la préméditation a été retenue comme une hypothèse forte.

Certains pourraient penser que c’est dû à la longue période entre les coups reçus et la mort par balles de Marot. En effet, cela laissait un long moment pour réfléchir. Mais pour autant probablement pas suffisant pour retenir l’assassinat.

Un autre élément est, en fait, apparu dès les premières déclarations de Jacqueline S. Un élément qu’elle n’aurait probablement pas révélé si elle avait été assistée d’un avocat (mais à ce moment là, elle ne niait pas sa culpabilité et semblait même rechercher cette reconnaissance par la justice). Elle avait préparé des cartouches quelques jours avant. Les cartouches qui vont, précisément, servir à le tuer.

Pour les avocats, ce fut facile d’évacuer la chose. Pourquoi préparer des balles pour tuer alors qu’il y avait des cartouches plein la maison ? Ce à quoi je réponds que nous n’agissons pas toujours avec la plus grande rationalité. Et que préparer un assassinat peut se faire avec un certain cérémonial et des gestes symboliques comme préparer son arme, les cartouches. Et s’assurer qu’on oublie pas, qu’on ne revienne pas en arrière.

Parce que, justement, l’objection des avocats n’explique pas non plus pourquoi préparer des balles si justement il y en a partout.

Cela dit, le tribunal n’a pas reconnu la préméditation, c’est donc que les éléments n’étaient pas assez solides ou qu’ils ne voulaient pas trop charger la barque vu la situation.

Nébuleux

Beaucoup d’hypothèses ont été émises sur les raisons du crime et aucune n’a jamais été vraiment très convaincante :

  • Il a été dit que le suicide de son fils, pendu chez lui, avait été le déclencheur. Mais, cet acte désespéré n’était pas connu d’elle au moment où elle tue son mari.
  • les coups reçus le jour même étaient légers au regard de ce qui a été constaté

Si bien que pour beaucoup de personnes qui se sont intéressé au dossier, il y a un mystère et un doute restera toujours présent comme s’il manquait des pièces au puzzle. Mon impression est d’ailleurs qu’elle n’a pas tout dit et qu’elle ne dira jamais tout car elle est maintenant enfermé dans une posture qui ne lui permets plus de se libérer publiquement de son poids.

Un couple uni et amoureux face au reste du monde

Les témoignages, avec la faiblesse que tout ne transparaissait pas à l’extérieur, décrivent très majoritairement un couple uni, même dans ses mauvais coups, et qui s’aimait passionnément. Mais également deux personnes n’ayant que peu voir pas / plus d’amis. Et pire encore, ils n’étaient pas aimés voir détestés par les voisins ou connaissances. Mais cela ne semblait, dans leur monde séparé du reste, pas les affecter.

La parole d’une voisine, à ce sujet, m’a d’ailleurs interpellé. D’abord favorable à l’accusée en accord avec le récit médiatique, elle change d’avis après la libération et le retour de JS dans sa maison :

Nous revoyons la femme que nous avions interrogée à sa fenêtre. Elle a changé d’avis. Elle n’a plus envie de revoir Jacqueline. « Elle était violente elle aussi. Et puis elle a bien profité de moi sans jamais rendre. » Jacqueline Sauvage est sortie de prison, la bienveillance est terminée, les rancœurs ressortent.

Comme si la sortie de prison et l’absence d’enjeu autorisait à nouveau à penser sans que les personnes qui s’expriment se sentent jugés du côté gentil ou méchant.

Au regard du passé

Le livre nous montre que dans le passé, Jacqueline Sauvage avait déjà pu se montrer très menaçante et très virulente envers son mari. C’était à l’occasion d’une infidélité prolongée de celui-ci. La maitresse avait alors pu mesurer la violence de JS et son attachement envers son mari.

C’est d’ailleurs un point qui ressort nettement du dossier. Non contente de ne pas ressembler à une pauvre femme dominée, elle était au contraire le pilier de la famille et celle qui a bataillé toute sa vie pour son couple, non pas sous la pression mais bien de son propre fait.

Le matin même, une phrase ressort même si on aura jamais le détail de tout ce qui s’est dit entre eux (et qui aiderait peut-être à comprendre) : « Va rejoindre tes p*tains de filles et ton connard de fils ».

Cette phrase signifiait-elle qu’ils allaient rompre ? Cela-a-t-il été un sujet de la dispute matinale ? La fin prochaine et prévisible de l’entreprise qui avait permis à Jacqueline de se sentir indispensable dans la vie de son mari a-t-elle créé et accentué des angoisses dans la tête de la future meurtrière ?

On ne saura jamais ce qui s’est passé exactement dans sa tête. Elle a passé toute sa vie à vouloir prouver à sa famille qu’elle avait bien eu raison de vivre avec Marot. Ce simple fait peut l’encourager à ne pas en parler. Et peut expliquer sa réaction violente quand il a voulu partir. Et la réaction froide et calculée de ce jour qui restera gravé dans sa mémoire à jamais.

Mon impression après lecture du livre et réflexion est là : ce jour-là, elle a compris que son couple était fini et qu’elle ne pourrait probablement rien y faire. Ne le supportant pas, elle décide de le tuer. Elle le fait froidement en sachant ce que cela implique mais elle n’imagine sans doute pas de vie en dehors de l’entreprise (qui lui avait donné un statut social) et de son mari.

Ce qui est terrible avec cette hypothèse, c’est qu’elle place son conjoint au dessus de ses propres enfants. Mais ce n’est qu’une hypothèse et les assises n’avaient pas besoin d’un mobile connu pour décider. Le mystère restera probablement entier pour toujours, vu le fonctionnement du couple, car la seule autre personne capable d’apporter un éclairage est six pieds sous terre.

Réfléchir, se défendre, légitimer

Banalisation du meurtre

Je ne suis pas religieux, la vie n’est pas « sacrée » pour moi. J’accepte l’avortement, l’euthanasie, quand c’est encadré. Mais la justice ne peut pas permettre que des humains se considère comme ayant le droit de décider, hors situation de légitime défense, ou de guerre, de qui a le droit de vivre. Ce droit me serait déjà insupportable dans le cadre de la justice normale, je suis contre la peine de mort, même sur les personnes les plus irrécupérables, mais ça l’est encore moins pour une justice privée qu’on légitimerait.

Inutile de dire donc qu’un changement de loi qui obligerait la justice de prouver l’absence de légitime défense, autrement dit, l’absence de culpabilité me choquerait complètement. Ce serait un permis de tuer voir un encouragement au meurtre comme solution pire encore que la peine de mort car même pas encadrée par des procédures strictes.

Le fait qu’on ait pu y penser est interpellant.

Examen de son acte

Donc, là où je veux en venir, c’est qu’en ayant toute cette légitimation de l’acte, les associations de défense ont fait une erreur qui n’a pas aidé Jacqueline S. En effet, elles n’ont pas permis à l’auteure d’un acte terrible de faire un vrai travail sur soi. Si elle avait pu le faire, alors, non seulement elle aurait pu obtenir beaucoup plus facilement grâce et remise de peine, vu le contexte, mais en plus le jury aurait sans doute été moins lourd.

Autre chose qui n’a pas aidé, c’est l’univers extrêmement malsain et surtout clôt dans lequel elle a vécu pendant des dizaines d’années. Le foyer familial fut un lieu de terribles exactions mais rien ne devait jamais en sortir. Les apparences comptaient plus que tout. Tout comme la réussite qui devait paraitre éclatante aux yeux des voisins. On suppose qu’il y a là aussi un peu de besoin de revanche sur une famille qui l’abandonne et ne comprend pas son choix. Un besoin de se montrer indispensable à son mari. Peut-être même encore celui, par amour, de lui donner le meilleur et de le protéger un maximum.

Mais, au final, ce monde clôt est celui dans lequel la justice de l’état n’a ni valeur ni crédibilité. Et cela aussi n’incite pas à réfléchir sur ses actes. Or, il aurait été intéressant de rappeler qu’ils ne pouvaient vivre en dehors des lois et qu’ils ne sont pas sur une ile déserte mais qu’ils vivent dans une société avec des règles.

Cet univers fermé avait été aussi conçu d’ailleurs pour subvenir aux besoins de tout le monde, l’entreprise était familiale et employait les enfants en plus des parents. Tout était fait pour que rien ne puisse sortir. C’était malsain.

Enfin, l’emballement médiatique fut tel que tout changement d’attitude devenait de plus en plus impossible avec le temps. Ils sont un piège à double tranchant et ont eux aussi été à double tranchant car rien ne sert d’avoir raison dans les médias si cela encourage ensuite une attitude contre-productive dans les tribunaux.

Défense

C’est d’autant plus dommage qu’avec son premier avocat, elle semblait plutôt sur la bonne voie et que lors des premières auditions, elle semblait assumer et reconnaitre son acte. Elle était prête pour cette introspection. La stratégie de défense qui fut mise en oeuvre lui fut extrêmement préjudiciable. L’impression qui est donné à la lecture du livre est que cette stratégie a été simplement copiée – collée sans réellement tenir compte du contexte et de la situation très différente.

Médias et justice

Le livre met en avant une grande question : pourquoi la justice ne s’est-elle jamais défendue sérieusement dans les médias ?

Les temps changent, l’information va de plus en plus vite et la justice ne semble décidément plus à la page.

Il est plus nécessaire que jamais que le fonctionnement de la justice puisse être expliqué avec efficacité et pédagogie avec les moyens d’aujourd’hui. De même, quand un dossier est étalé sur la place publique, alors il semblerait normal que le ministère public puisse exposer également les éléments qui rétablissent la balance.

Cette affaire n’est qu’une parmi d’autres de ce point de vue là. Mais elle peut servir à aider notre justice à remettre en question sa communication même si je n’y crois pas trop.

Pétitions

Il est très facile de signer une pétition, surtout quand son exposé (quelques lignes pas plus, ce serait long, ce ne serait pas lu) est bien écrit. Mais chaque manifestation qui fut organisé fut un échec. Est-ce à dire que la cause n’était pas populaire ? Je ne pense pas. Elle l’était vraiment. Mais, pour autant, pas assez pour que les personnes soient prêtes à se déplacer. Pour moi, c’est emblématique d’une société où très peu sont prêts à se mobiliser quand cela ne les concerne pas directement (et encore).

Maltraitance entre conjoints

Ce sujet est important et quasiment pas évoqué ici. Je le redis, pas parce que ça ne me concerne, touche, intéresse pas. Mais parce que je n’ai pas eu l’impression que c’était vraiment la meilleure affaire à prendre comme point de départ pour un débat.

Autres sujets

J’ai déjà assez dit, mais le livre m’a aussi inspiré des réflexions sur la mère qu’a pu être JS, sur celle peut-être différente qu’elle aurait pu être en l’absence du père, sur les choix qui ont été faits et assumés à différents moments de sa vie, sur la volonté toujours constante de continuer dans la même voie, sur l’impossibilité de vouloir rendre heureux (selon nos critères) les gens malgré eux.  Les sujets sont vastes et variés mais il n’est pas nécessaire de parler de tout.

Conclusion

Ce qui s’est passé durant tant d’années là-bas, ce fut un drame humain qu’il aurait fallu pouvoir éviter. Personne ne peut dire ce qui aurait pu être fait et avec quelle efficacité. Mais, dès le départ, l’isolement de Jacqueline quand elle se marie, n’a certainement pas aidé.

Même si cela peut sembler dérisoire ou un défaut de curiosité, j’avais vraiment envie de mieux comprendre ce qui s’était passé dans cette famille et cette maison. Assurément, ce livre m’a permis de le faire, raison pour laquelle je le recommande. Je ne dis pas que c’est le seul livre à lire mais je pense que s’il faut en choisir un, cela peut être celui-là.

Il donne l’impression d’être quasiment exhaustif sur les « faits » et, personnellement, quand il s’agit d’une affaire judiciaire, ce sont eux qui m’intéresse le plus.

Enfin, je dois avouer que cet article a mis plusieurs mois à s’écrire. Pas qu’il ait pris beaucoup de temps mais, une fois la structure déterminée, je n’ai pas trouvé le temps et la force pour le terminer. Le sujet est beaucoup trop sensible et donc risqué et je déteste qu’on me fasse dire ce que je n’ai pas dit. Surtout, tout débat, pour être intéressant, doit se faire entre personnes ouvertes d’esprit et de bonne foi. Je vous demande donc de rester correct dans vos réactions, et je changerai d’ailleurs peut-être le contenu de l’article si vous me convainquez d’en changer.