Lectures en vrac – janvier 2020

Le travail et la vie de famille me laissent encore heureusement du temps pour lire donc je lis encore pas mal (quoi que … il y a aussi beaucoup de BD et c’est un genre qui se lit vite). Cela dit, depuis le dernier « lectures en vrac » s’est passé un an. Donc, je ne parlerai certainement pas de tout ce que j’ai lu mais je ferai une sélection complètement arbitraire et même un peu aléatoire.

N’allez pas croire qu’il s’agit uniquement du meilleur de ce que j’ai lu. J’ai bien conscience d’avoir ma subjectivité donc je vais mettre un peu de lumière également sur des moments lectures qui n’ont pas été des coups de cœur mais que, peut-être, vous pourriez apprécier. Parfois, il n’y a pas grand chose à en dire, et je ferai une ligne, mais vous saurez que le livre existe. Et parfois, il y aurait tellement plus à dire, mais ce sera pour une autre fois pour rester équilibré.

J’ai séparé mes lectures en quelques rubriques pour que vous puissiez plus facilement retrouver ce qui pourrait vous intéresser.

Lectures pour enfant

Dans cette rubrique, je vais rassembler tous les livres que j’ai lu pour ma fille ET qui sont surtout adaptés à un jeune public. Je lui lis parfois également des histoires plus adultes mais elles ne se retrouveront pas ici.

Les folles histoires de Gudule et Le croqueur de lune de Gudule

Ces deux livres sont tout à fait accessibles à des jeunes enfants et peuvent même constituer une bonne base pour apprendre à lire tout seul.

C’est une écriture tout à fait fluide et rapide mais l’essentiel est surtout dans le contenu complètement et souvent surréaliste mais sans pour autant désintéresser les enfants. Se lit très vite, sans se prendre la tête, et ma fille a beaucoup aimé. Ça semble parfois bête mais ne l’est jamais vraiment. Je dirais que c’est un peu comme des contes de fée modernes. Modernes car originaux mais pas pour autant rattachés chronologiquement à notre époque.

Je miaule si je veux de Sophie Dieuaide (intégrale)

Tout à fait adapté pour la jeunesse, il y a pas mal d’humour tout en en profitant pour parler de la difficulté de la paternité (même si c’est pour un chat).

L’ile du crâne, Maudit graal et le tome 1 (stormbreaker) de la série Alex Rider, tous de Anthony Horowitz

J’avais lu l’ile du crâne quand j’étais déjà adolescent. Je me souviens que cette lecture m’avait à la fois plût, fait rêver et un peu dérangé. En grandissant, je ne retrouve plus la même magie. Il est évident qu’un Harry Potter fonctionne mieux dans le genre tout public. L’auteur a assurément beaucoup de talent pour plaire à la jeunesse.

Florence a beaucoup aimé alors j’ai cherché d’autres livres du même auteur. Cela m’a conduit à acheter « maudit graal » qui raconte la suite (moins intéressante) de l’ile du crâne. Et le tome 1 de la série Alex Rider. De nouveau, ce n’est pas mauvais mais quand on a déjà plus d’expérience de lecture, les ficelles peuvent paraitre trop grosses.

En tout cas, et c’est sans doute le but, l’auteur plait beaucoup à ma fille et donc on lui a offert toute la série des Alex Rider. Un des avantages est qu’on la trouve facilement en occasion (tout comme le reste de son œuvre d’ailleurs) !

Le passage secret de Janet Lunn

C’est l’histoire d’une petite fille qui se retrouve propulsée dans le « trou du cul du monde » (c’est moi qui le dit) après la mort de la personne qui l’élevait. Dans cette nouvelle famille où elle s’intègre assez mal, elle trouve un passage secret vers une autre époque.

Une histoire émouvante et intéressante qui nous permet aussi d’emprunter avec l’héroïne une véritable machine à remonter le temps d’une belle manière (l’écriture est vraiment belle et permet de bien s’immerger). Il y a un côté un peu fantastique et lugubre qui peut faire peur par moment pour des trop jeunes enfants, c’est la seule chose que je dirais.

Autres lectures

Leslie Plée (BD)

Cette année, j’ai pu terminer ma collection des « Leslie Plée » et je les ai dévoré aussitôt que je les avais acheté.

Voilà une auteure qui ne me déçoit jamais, autant dans son style que dans sa manière de raconter des histoires ou sa vie. Ma compagne adore également.

Par contre, j’ai pu remarquer, et ça m’a à la fois fort surpris et déçu, qu’elle est de plus en plus difficile à trouver en neuf. Certains titres ne pouvaient plus être acheté qu’en occasion. Je suis donc content de ne pas avoir trop tardé avant de finir ma collection. Je ne serais pas surpris que cela devienne très difficile à trouver donc je vous encourage à ne pas trop tarder ! Faites fi des titres, c’est souvent touchant ET drôle.

Johan et Pirlouit (BD)

Je n’avais jamais acheté les derniers albums de Johan et Pirlouit (ceux d’après la mort de Peyo). C’est maintenant chose faites et j’en ai profité pour relire le tout depuis le début.

Il faut savoir que Johan et Pirlouit est une série fortement rattachée à mon enfance. Je ne m’en séparerai probablement jamais.

En relisant, j’ai pu me rendre compte à quel point j’aimais toujours autant lire ces aventures malgré que je sois devenu un adulte. C’est vraiment du tout public. Par contre, l’aspect humoristique s’est surtout développé avec l’arrivée de Pirlouit, je pense au cinquième album. A partir de ce moment-là, on lit clairement le meilleur de la série et ça ne décline qu’avec la mort de Peyo.

Plein de promesses de Ulysse Therasson

Je ne vais pas le cacher, je n’aurais jamais acheté ni lu ce livre s’il n’avait pas été recommandé par le père de l’auteur (Jim Therasson, un de mes auteurs de BD préféré). J’ai pourtant attendu longtemps, le livre n’existe pas en poche et c’est quand même un gros budget alors que je n’ai pas trop l’habitude de lire des fictions.

Au final, ni déçu, ni super enthousiaste. Au niveau des qualités et bien ça se lit très rapidement, les chapitres sont petits et c’est sympa de suivre la vie du héros. Au rayon de ce qui m’empêche d’être vraiment enthousiaste, il m’est impossible de me mettre à la place du héros. Ce n’est pas ma vie, je suis trop vieux et il y a sans doute un fossé de génération. Et peut-être que ça manque de magie. Car ce n’est pas non plus la vie que j’aurais rêvé avoir.

En bref, on est dans un récit finalement assez réaliste et qui parlera, j’en suis sur, à beaucoup d’ados ou anciens ados qui ont vécu cette vie-là. Mais, à titre personnel, mon passé et mes questionnements furent trop différents pour que j’accroche plus que cela.

Par contre, je pense que l’auteur peut persévérer et que j’achèterai sans doute pour voir l’évolution.

L’ironie de l’évolution de Thomas C. Durand

Pour un auteur censé faire de la vulgarisation, j’ai été déçu par le style et la structure. Peut-être étais-je trop fatigué dans la période où je l’ai lu mais je garde un souvenir où j’ai vraiment eu difficile à le lire jusqu’au bout. Et pourtant, le fond est hyper intéressant ! On y apprend pas mal de choses. Mais sans doute une lecture qu’il faut combiner avec d’autres pour ne pas se décourager et abandonner (c’est ce que j’ai fais, j’ai du lire plusieurs livres en même temps).

Cigarettes, le dossier sans filtre de Stéphane BRANGIER et Pierre BOISSERIE (BD)

Intéressant et pédagogique. On ne s’ennuie pas une seule seconde et cela se lit extrêmement vite.

Je l’ai lu dans le TGV pour rentrer de vacances et je n’ai pas été déçu. Le livre dit tout ce qu’il faut savoir sur la cigarette et surtout son histoire. Et cela, tout en restant passionnant. En fait, il n’y a pas grand chose à en dire si ce n’est de vous conseiller très vivement de le lire, que la cigarette fasse partie de votre vie ou non.

Petite critique intéressante à lire, toutefois.

Virginie DESPENTES, King Kong Théorie

C’est un essai qui m’a en partie divisé. Il y a des parties que j’ai trouvé très intéressantes et d’autres moins. L’auteure est connue et entière, elle ne fait pas de compromis. Je pense toutefois que parfois elle se trompe. Mais c’est le risque quand on fait un essai et je ne lui reprocherai certainement pas. Je ne regrette en tout cas pas de l’avoir acheté et de l’avoir lu. Je le garde d’ailleurs dans ma bibliothèque jusqu’à une nouvelle relecture (j’en ferai peut-être d’ailleurs un billet à ce moment-là car ça vaut le coup). Le fait que je ne sois pas toujours d’accord n’est d’ailleurs pas un problème puisque le but de ce type de lecture est de me faire réfléchir, pas d’avoir un miroir de mes réflexions.

La véritable histoire des contes de fée de Julie Grede

Un gros coup de cœur de cette année.

Walt Disney donne un cours au paradis pour nous parler de ce qu’il a créé, pourquoi, comment, d’où viennent ses inspirations et comment il les a ou ne les a pas trahi. Il y a également l’histoire des films et dessins animés similaires avec une petite critique.

L’auteure arrive à nous faire partager sa passion avec tellement d’enthousiasme et de pédagogie qu’on apprend beaucoup de choses sans jamais s’ennuyer une seule seconde. C’est quand même fort orienté Disney en oubliant jamais de parler de manière complète des œuvres originales. Je pense que tout le monde apprendra quelque chose en le lisant.

J’ai eu l’impression de lire le résultat de plusieurs années d’études qui auraient, au lieu d’être rassemblées dans une thèse soporifique, été édité dans un petit bouquin lisible et sympathique.

Mamma mia de Obion et Lewis Trondheim (BD)

Très drôle ! J’ai hâte d’acheter les tomes suivants quand ils sortiront. Le fait que cela concerne des protagonistes essentiellement féminines n’est pas du tout une barrière pour l’homme que je suis. C’est de l’humour pour tout genre et tout public.

Cerise de Laurel (BD)

Laurel est une auteure dont je suis un énorme fan. Si elle sort quelque chose, je l’achète. Et ma fille possède tout ce qui est sorti d’elle comme auteur ou co-auteur.

Ici, c’est vraiment une histoire sympathique et un peu drôle. La seule déception est que ce ne fut pas le succès espéré par l’éditeur … On peut encore en acheter en neuf sans problème. Mais on ne connaitra jamais la fin. La série est arrêtée à son tome 3 ! Du coup, difficile de juger complètement en n’ayant pas pu tout lire. Mais, au minimum, pour vos enfants, je recommande l’achat.

Peut-être qu’à force d’acheter, il y aura une suite ? L’espoir fait vivre.

L’engrenage de Jérôme Kerviel

Ce livre n’est pas uniquement indispensable à lire si vous vous êtes intéressé en son temps à l’affaire « Jérôme Kerviel ». Il l’est aussi si vous voulez savoir comment ça se passe dans le monde du trading en France et dans l’univers de ces banques d’affaires qui vivent dans un autre monde.

Malgré la crise économique qu’on s’est pris en pleine figure et dont la cause était précisément un système et des banques malades du fric et de l’argent roi, rien n’a beaucoup évolué depuis. Ils se sont fait plus petits mais je suis presque certains que les mêmes abus seraient encore possibles demain. C’est d’ailleurs une chose qu’on voit assez bien à travers ce récit : la remise en question n’est pas du tout leur fort !

Personnellement, j’ai dévoré le bouquin et l’ai fini en peu de temps. Ça se lit vite, ça se comprend vite et on est limite désolé pour celui qui doit vivre tout cela même s’il a évidemment une grande part de responsabilité. Il est clair qu’on ne peut reprocher à un homme d’avoir triché et joué avec les limites de son système quand toute la culture de son entreprise l’encourageait à aller dans ce sens. C’est aussi en ça qu’il est intéressant d’en prendre connaissance. Dans ce procès, le plus gros coupable a été oublié.

Culpa Fuck et Sois mère et tais toi de Olivia Moore

S’il y a bien une chose dont les parents sont aujourd’hui abreuvés, c’est de culpabilité.

Olivia Moore, avec plein d’humour permet d’aller dans le sens contraire. A lire pour rire et se sentir (et donc être) meilleur parent.

Virginie et Les années collège de KEK

Quand je regarde mes achats et ma bibliothèque, je me rends compte à quel point le Web a très largement influencé mes lectures depuis cinq à dix ans. Depuis que je suis adolescent et que j’ai accès à un ordinateur avec internet, j’ai pris l’habitude de suivre de très nombreux auteurs et d’acheter leurs productions physiques quand ils arrivent à trouver un éditeur ou qu’ils décident de s’auto éditer.

Et KEK est l’un de ceux là. J’en suis fan et donc peu objectif. Mais il a un blog qui se trouve ici : http://blog.zanorg.com/. Allez voir ses BD et vous saurez rapidement si le style peut vous plaire. Comme beaucoup, il écrit de l’auto biographique et la petite BD « Virginie » n’en fais pas exception. C’est un peu touchant et drôle. On passe un bon moment à le lire. Pareil pour « les années collège ».

Malheureusement, sa BD « chat » n’est plus disponible, ni en neuf, ni en occasion. Mais on peut la consulter en presqu’intégralité sur le blog. Comme je sais à quel point le web peut être éphémère (il suffit de rechercher des vieux blogs et beaucoup ont finit par disparaitre), je serais rassuré de posséder l’objet physique dans ma bibliothèque. Mais tant pis … A la limite, je devrais peut-être faire une copie sur mon Google Drive, pour les générations futures 🙂

Le feu et la fureur de Michael Wolff

Très brouillon et très peu structuré je trouve. Un peu souvent « cancan ». Mais, il n’empêche, cela reflète sans doute très bien la très catastrophique présidence de Trump. J’ai encore deux livres sur le sujet qui attendent dans ma Pile à Lire mais je pense que je n’apprendrai rien de plus sur le « ton général » d’une Présidence qui ne risque pas de s’améliorer d’ici à la prochaine élection.

Seconde guerre mondiale

L’ami retrouvé de Fred Uhlman

C’est un très petit livre qui se lit vite. Toutefois, il faut savoir que le vocabulaire est très complexe d’autant qu’une partie est fort lié au contexte allemand (et de la région où se passe l’intrigue).

L’histoire en elle-même est beaucoup plus simple que la manière (belle au demeurant) dont elle est écrite.

Une histoire sur l’amitié comme on peut la vivre de manière fort exclusive dans l’enfance / adolescence. Une histoire sur deux personnes différentes des autres, isolées qui se trouvent un lien vraiment très fort. Une histoire également sur ce qui va les séparer. Et, enfin, un suspense jusqu’à la fin mais qui nous remplit d’émotion. Cette petite touche finale fait, je crois, partie des ingrédients qui en font, pour moi, un réel chef d’oeuvre.

Ce n’est pas pour rien que ce livre est si connu et si lu, notamment à l’école. Clairement, il n’a pas mal vieilli et reste une de ces œuvres qu’il est bien d’avoir lu au moins une fois dans sa vie, surtout que ça va très vite.

J’ai souvenir de l’avoir lu, adolescent, pour l’école. Cette année, je l’ai vu dans une boite à livres en vacances et je n’ai pas pu m’empêcher de le redévorer aussi vite. Puis, je l’ai lu à ma fille qui a apprécié (en vrai, elle apprécie tout ce que je lui lis mais c’est peut-être parce que j’ai bon goût, allez savoir) et pour qui le vocabulaire n’a pas été un obstacle trop important malgré ses neuf ans (on comprend avec le contexte).

J’avais deux camarades de Hans Peter Richter

C’est un livre que j’ai lu pour la première fois vers 8 ans et que j’ai récupéré chez mes parents pour le lire à ma fille qui est un peu plus âgée.

On est tellement plongé dans le nazisme et cette époque maudite de l’Allemagne qu’il vaut mieux avoir de bonnes connaissances ou quelqu’un qui remets en contexte l’histoire à côté de nous si on est trop jeune. C’est aussi la raison pour laquelle je l’ai lu à voix haute plutôt que de le faire lire.

Au même titre que le précédent, c’est un chef d’œuvre qui n’a pas mal vieilli. La grosse différence avec l’ami retrouvé se situe dans le vocabulaire beaucoup moins riche et beaucoup moins fourni. Une autre différence est que, si dans « l’ami retrouvé », on a un récit qui se suit de manière assez logique et structurée sur un espace temporel réduit, dans « j’avais deux camarades », on a surtout des bribes de souvenirs qui nous font passer parfois d’une année à l’autre et qui nous font bondir dans les événements.

Vu la largeur de l’époque visée (on commence dans les années 30 pour finir durant la guerre), écrire autrement n’aurait pas été possible. Et on aurait sûrement perdu des informations importantes. Car c’est là aussi qu’est l’intérêt du livre. En revisitant une période aussi large, on voit le héros et ses camarades évoluer fortement. C’est très instructif et c’était indispensable pour qu’on ne puisse pas être séduit par le vécu.

Remarque de ma fille à la lecture des dernières lignes : « quoi, c’est fini ? il y a un tome 2, rassure-moi ?? ». Oui, ça finit de manière abrupte. On voudrait connaitre la suite de ce récit autobiographique. Mais ça en dit suffisamment sur ce que ça voulait dire et le destin de beaucoup de ces jeunes enfants qui sont nés au mauvais moment dans le mauvais pays.

Les enfants de la résistance de Benoit ERS et Vincent DUGOMIER (BD)

Ici, on est clairement pas dans un « classique » comme dans le précédent.

Lecture orientée vers la jeunesse, mais intéressante quand même à lire pour un adulte, on suit des enfants (fictifs) qui vivent une vie de résistants durant la seconde guerre mondiale.

Assez pédagogique, je trouve qu’on peut faire un lien facile avec les Grandes Grandes Vacances (petite série de dessins animés à faire voir absolument à vos enfants), si ce n’est qu’ici les enfants sont beaucoup plus actifs et se mettent beaucoup plus en danger.

Attention cependant pour le portefeuille, il y a déjà six tomes de sortis et ce n’est pas encore fini. L’avantage, c’est que c’est du coup assez complet.

La cicatrice de Bruce Lowery

J’ai hésité à le situer ici. Mais cela se passe aussi durant la seconde guerre mondiale et je trouve que c’en est connecté, d’une certaine manière, même si ce n’est pas le cœur de l’intrigue.

Comme dans l’Ami retrouvé, on trouve le thème de l’amitié si cher à notre héros. Mais on touche aussi au thème de l’injustice, du harcèlement, de la douleur de vivre et de la difficulté de grandir dans « l’injustice ».

Si vous avez un cœur, vous allez souffrir à de nombreuses reprises. Ce livre nous fait pleurer et également crier. Comment le héros peut-il faire ce qu’il fait ? Nous le voyons s’enfoncer sans pouvoir lui venir en aide. Pourtant, c’est un des plus grands livres que j’ai lu dans ma vie. Oui, je pense que ça fait du bien de le lire, même si on pleure.

Il y aurait tant à en dire. Ce n’est pas un hasard si je l’ai lu pour la première fois à cause de l’école. Je pense que c’est un livre qu’il faut faire lire aux enfants (je l’ai lu à ma fille et il y a des moments où elle ne voulait plus rien entendre tellement cela la mettait mal à l’aise). Et dont il faut pouvoir débattre ensuite.

La guerre du Pacifique de John Costello

Ce livre est énorme (au sens littéral comme figuré : des centaines de pages et un contenu hyper fouillé).

On prend son temps pour le lire. Mais pour autant, il est très très bien écrit et nous permet de suivre l’évolution du front pacifique de bien avant Pearl Harbor (pour bien comprendre le contexte) jusqu’à la capitulation japonaise. On suit la psychologie des généraux américains et on comprends tous les tenants et aboutissants d’un front très mal connu en Europe.

A LIRE pour toute personne qui s’intéresse à la seconde guerre mondiale et qui veut résorber son retard sur le front Pacifique.

Lectures en vrac – mars 2019

Cet article était prévu pour janvier mais a pris un peu de retard.

La domination masculine n’existe pas, livre de Peggy Sastre

Livre fascinant qui aurait peut-être gagné à avoir un titre un peu différent. En effet, ce que l’auteure dit n’est pas tant qu’il n’y ait pas de domination masculine mais plutôt qu’il n’y a pas de complot masculin. Elle dénie plus la théorie des mâles organisés pour maintenir une sorte de patriarcat à leur avantage que l’existence d’avantages à être hommes dans un certain nombre de cas.

Une fois cela dit, le livre est vraiment très rigoureux et intéressant. On est ici face à un ouvrage scientifique rendu accessible au plus grand nombre. Il se lit très bien et très vite et on apprend sans devoir connaitre le jargon du milieu.

A travers le prisme de l’évolution, et sans pour autant rechercher des « coupables », l’auteure s’intéresse factuellement à ce qui se passe dans notre société sous le prisme de l’évolution. Une fois bien dans le livre, on peut alors apprécier un monde qui n’est pas noir et blanc mais qui au contraire associe les femmes et les hommes dans ce qu’ils vivent et les raisons de leurs désirs et comportements.

Comme elle le dit très bien, si on ne fait pas le bon diagnostic, on ne peut pas agir efficacement pour changer les choses, cela d’autant plus que le changement des comportements est quelque chose qui doit s’apprécier sur plusieurs générations.

C’est un livre que je recommande à tous mais particulièrement à ceux qui s’intéressent aux relations entre les hommes et les femmes.

Les dossiers Kennedy, BD de Erik Varekamp et Mick Peet

Ce n’est « que » le premier tome d’une série.

Pas grand chose à dire sinon que le destin de la famille Kennedy est encore plus inattendu qu’espéré. Attendez peut-être toutefois que tous les tomes soient sortis avant d’en faire l’achat. Car, sinon, comme moi, vous en resterez sur votre faim.

La fantaisie des Dieux, BD de Hippolyte et Patrick de Saint-Exupéry

Le génocide au Rwanda fait partie de mes thèmes d’intérêt. Comment l’humain a-t-il pu être capable de tels crimes ? Cette BD, bien que française, ne fait pas l’excuse des fautes de l’état français et semble au contraire assez proche de la réalité.

J’ai aimé la lire. Je pense qu’elle peut figurer dans la bibliothèque de toute personne qui s’intéresse au sujet.

Moi René Tardi prisonnier de guerre au StalagIIB, BD de Tardi

Beaucoup d’entre nous ont eu quelqu’un dans leur famille qui a connu les camps de prisonniers allemands, les fameux Stalag. Ils n’en sont pas toujours revenus intacts, sans colère ou sans amertume. Dans cette BD en trois tomes à la fois passionnante et émouvante, c’est l’histoire du père de Tardi et de ses souvenirs précis qu’on peut approcher. Mais à travers elle, je n’en doute pas, celle aussi de nombreux anciens combattants dont certains sont encore vivants ou ont encore des enfants, des veuves, etc En cette période troublée, je recommande chaudement cette lecture parue chez Casterman. Aussitôt reçue, aussitôt lue.

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Le chômeur et sa belle, BD (2 tomes) de Jacques Louis

J’ai rencontré l’auteur il y a maintenant onze ou douze ans environ.

A l’époque, il avait déjà le projet de se faire éditer et je me souviens qu’il m’avait parlé de roudoudou et petites bouclées : je l’avais noté sur un papier pour me souvenir d’aller voir et je me suis abonné à son blog.

J’ai trouvé en occasion le tome 1 et aussitôt commandé le tome 2 après l’avoir lu.

Ça fait longtemps que son blog n’est plus mis à jour (voir n’existe plus) et avoir cet objet physique dans ma bibliothèque au côté des autres chouettes auteurs qui ont fait leurs gammes sur la toile est un vrai plaisir. Je ne m’en séparerai surement pas même si je suis content que quelqu’un d’autre l’ait fait et m’ait permis de redécouvrir ce petit univers familial.

C’est sympathique, émouvant parfois, drôle. Dommage, ça s’est arrêté après deux tomes. Un troisième avec les enfants aurait pourtant été l’aboutissement idéal d’une trilogie originale.

Le voyage de Marcel Grob, BD de Philippe Collin et Sébastien Goethals

Encore un livre sur la seconde guerre mondiale … Et pourtant, comme tous ceux que je vous partage sur le blog, son point de vue est toujours original par rapport à ceux qui ont déjà été lus.

Dans celui-ci, on suit le parcours d’un jeune incorporé d’office (sinon, risques de représailles sur la famille) dans la SS et qui vivra l’horreur sur le front italien. Une horreur qu’il subit autant qu’il en est acteur.

L’auteur incorpore cela dans une fiction où un procès se joue. Je suis perplexe par rapport à ce procédé sans qu’il me pose réellement problème.

Depuis que j’ai un bébé …, BD de Leslie Plée

Ce livre est, pour moi, un « must have » de tout futur parent, certainement bien plus utile ET bien plus drôle que quantité d’autres oeuvres proposées sur le marché.

Voici, en un peu modifié, ce que j’en disais à des amis à qui je l’ai offert avec plaisir :

J’ai bouffé quelques livres sur la parentalité. Il y en a que j’ai acheté et jamais lu. D’autres que j’ai lu et pas apprécié. Certains qui étaient pas mal, oui, mais au final, ne m’ont pas tant que ça aidé. Il y a ceux à la mode (quasi sectaire) et recommandés mais que je ne recommande pas. Par exemple : Isabelle Filiozat. Sous un vernis soit-disant scientifique, c’est complètement idéologique, culpabilisant, irréaliste et manipulateur.

Surtout, ça a l’air beau et parfait mais l’enfer est pavé de bonnes intentions. J’avais le projet d’écrire un article là-dessus en voyant des adeptes faire leur sermon sur une publication facebook (c’était hard, et je voulais le dénoncer).

Puis, il y a ce livre qui précisément ne prétend pas vous dire comment vous devez faire. C’est vrai que beaucoup de parents veulent être aidés et finissent par demander à leur pédiatre jusqu’à l’éducation qu’ils doivent donner. Mais ce livre rappelle des notions évidentes mais tellement oubliées :

  1. Chaque enfant est différent
  2. Ça va être dur, très dur
  3. Vous allez parfois détester votre enfant, et ce n’est pas un drame
  4. Un jour, ça va passer, quel que soit votre malheur, votre enfant finira par grandir, évoluer, etc … Et souvent quand vous aurez touché le fond, pleuré toutes les larmes de votre corps, ben ça finit toujours par aller mieux
  5. Fuyez ceux qui cherchent à vous dire comment faire et à vous culpabiliser, vous êtes les seuls à savoir ce qui est bon pour votre enfant. Vous devez l’élever à deux et suivre votre instinct, écouter les conseils et prendre des renseignements à diverses sources mais ne pas se laisser commander

J’aurais aimé lire ça avant d’être parent. C’est une bouffée d’humour (je n’insiste peut-être pas assez là dessus !) et ça se lit avec plaisir en peu de temps. Vous savez à qui l’offrit en priorité 🙂

Le petit théâtre des opérations, livre de Julien Hervieux

Julien Hervieux est aussi connu sous le pseudonyme de l’Odieux Connard.

Il allie style, pertinence, culture et beaucoup d’humour. En résulte un livre qui se dévore extrêmement vite. La première guerre mondiale ne vous sera pas contée dans tous les détails mais vous connaitrez par contre plein d’anecdotes amusantes et sympathiques.

Vent glacial sur Sarajevo, livre de Guillaume Ancel

Quand les militaires se lâchent et racontent ce qu’ils ont du taire durant tant d’années, c’est toujours intéressant.

Voici un auteur que j’ai découvert parce que je m’intéressais au rôle de la France au Rwanda. Ici il raconte ce que la France a fait, ou n’a pas fait, en ex Yougoslavie et ce n’est pas triste.

Après avoir lu Guillaume Ancel, on a certainement une autre vision du « règne » de François Mitterrand qui fut loin d’être parfait pour son action internationale.

N’hésitez pas à aller lire son blog qui est très précis et documenté.

3096 jours, livre de Natascha Kampusch

Récit palpitant qui se lit de la première à la dernière page comme un thriller.

Si ça avait été une fiction, l’aurait-on trouvé crédible ? (peut-être pas) Et pourtant, tout est vrai. Ce qu’a vécu cette femme, et ce à quoi elle a survécu est juste horrible et elle en sort forte grâce à une personnalité hors norme.

Les dernières pages sont les plus dures à lire. On ne peut se passer de craindre pour elle, même si on connait la fin, parce qu’il ne s’en est fallu que d’un cheveu pour qu’elle ne se fasse rattraper et tuer.

Pour ceux qui l’ignorent, Natascha Kampusch a été enlevée au début de son adolescence et a vécu dans la cave d’un fou parano durant 3096 jours. Un jour, son ravisseur espérant avoir bâti une relation mêlée de crainte et de confiance (il voulait en faire sa femme parfaite dans un modèle d’inspiration nazi), relâche son attention et elle arrive à s’échapper. Il ne sera jamais jugé, ayant préféré se suicider.

Certains lui ont fait remarquer qu’elle avait des propos qui défendaient parfois son ravisseur et l’ont accusé du syndrôme de Stockholm. Elle réfute cela en arguant du fait qu’elle avait simplement de l’empathie et que c’est peut-être d’ailleurs une des qualités qui lui a permis de survivre. Malgré le fait que celui-ci était bel et bien un monstre et un fou, c’est quelque chose que j’ai énormément apprécié dans cette lecture. Malgré qu’elle ait été la première victime de tout ça, elle arrive encore à avoir un recul suffisant pour comprendre la personne humaine en face d’elle, malgré tout ce qu’elle lui a fait vivre.

Plus que l’histoire, c’est bel et bien la personnalité et la force de caractère de N. Kampusch qui m’a le plus fasciné, si on peut oser ce terme pour une histoire pareille.

Sa Majesté des Mouches, livre de William Golding

Sa Majesté des Mouches est un livre qui a connu de multiples illustrations de couvertures mais voici celle que j’ai toujours connue et que j’apprécie le plus :

Introduction

Comme d’habitude avec moi, sinon ce n’est pas intéressant, on va faire des « spoilers » et dévoiler ce qui se dit et se passe dans le roman. Pas d’analyse, même légère, autrement.

Si on regarde la page Wikipedia, cette œuvre a eu une influence considérable sur beaucoup d’auteurs vu le nombre phénoménal d’adaptations plus ou moins fidèles.

Je l’ai découvert en librairie d’occasion durant un de mes séjours à la mer quand j’étais enfant. A la réflexion, je pense que la couverture a fait beaucoup pour m’attirer car, sinon, il était vraiment en mauvais état (la première édition date de 1956 et il aurait pu avoir vingt ans facilement).

Dernièrement, je l’ai relu pour ma fille (huit ans). Je dois avouer que je n’avais qu’un très vague souvenir de l’oeuvre avant de la recommencer sinon j’aurais un peu plus hésité même si au final, elle a aimé (mais elle est bon public).

Une particularité de ce livre, c’est que j’ai toujours eu du mal à en retenir le vrai titre. Généralement, je l’appelle « le seigneur des mouches » sans que je ne me l’explique vraiment. Peut-être est-ce du au titre original qui est « Lord of the flies », soit littéralement justement « le seigneur des mouches » comme si ce titre s’imposait naturellement au récit.

Style et contexte

L’oeuvre utilise un style à la fois très précis et riche en vocabulaire mais sans que ça n’empêche jamais, même pour un jeune enfant, de comprendre tout ce qui se passe.

Sorti en 1956, on  le sent héritier du traumatisme très proche de la seconde guerre mondiale qui vient de se terminer.

Histoire

Résumé

Un avion s’écrase sur une ile déserte (d’humains) avec à son bord uniquement des enfants. Nous sommes à une époque pré technologie où l’absence de boite noire, de satellite, etc … va poser la question de leur survie et de leur récupération de manière bien différente à aujourd’hui.

Pour eux, très rapidement, le seul moyen de s’échapper est d’éveiller l’attention d’un éventuel navire s’approchant des côtes de l’ile avec un feu qu’ils doivent maintenir nuit et jour et alimenter de feuilles pour avoir une fumée bien épaisse.

Ils devront donc commencer par redécouvrir le feu grâce aux lunettes de « Porcinet ». Un gamin intelligent mais que personne n’écoute par manque total de charisme.

Une autre de leur préoccupation va être de créer un semblant de civilisation par une structuration et un chef avec une assemblée où la parole se partage via une conque qu’on se donne d’une personne à l’autre. Toutefois, quand il faut choisir les priorités, entre feu et maintien de l’illusion d’un sauvetage ou chasse court termiste aux animaux de l’ile, le peu d’institution qu’ils ont créé vacille et la force et le plaisir immédiat et sauvage l’emporte.

La viande l’emporte. Celui qui, par la force, arrive à faire couler le sang, animal comme humain, détient désormais le pouvoir et oblige chacun à se soumettre ou à mourir.

Entre les deux, une histoire de monstre aide à créer la panique et à perdre tout sens humain et rationnel. Ce monstre existe d’abord dans l’imagination des plus petits qui doivent faire face à leurs peurs et à l’absence de leurs parents. Il est dans chaque page car, à la première lecture, on ne sait pas vraiment à quoi on a à faire : simple fiction ou roman fantastique.

Le monstre finira par prendre corps via un parachutiste mort et tombé avec son parachute qui se gonfle et qui dans l’ombre de la nuit nourrit tous les fantasmes. Même les plus rationnels finissent par y croire. Et quand un des enfants réalise la vérité, il est tué avant d’avoir pu s’expliquer vraiment ; pris dans la folie sauvage de ses congénères s’exprimant par une danse et une transe tribale.

Pour l’enfant que j’étais, c’était d’autant plus troublant que j’ai pu prendre au premier degré les descriptions de sa majesté des mouches (têtes de cochon qui parlent à un des enfants déjà devenu un peu « barjo »). Pourtant, à ce moment là, on sait déjà, nous le lecteur, que le monstre n’existe pas. Mais les descriptions sont tellement bien faites et prenantes qu’on peut vraiment se prendre au jeu, surtout si on est jeune.

Au final, alors que les enfants ont sombré dans la sauvagerie et n’osent s’opposer à leur nouveau chef (le livre n’est pas si explicite mais on suppose qu’ils ont vu ou été victime de tortures horribles voir de maltraitances sexuelles), le chef du début se retrouve à fuir durant une battue qui a pour objectif certain de le soumettre et pour objectif probable de le tuer voir de le manger. Un incendie ravage même les lieux tant plus personne ne semble garder un sens des proportions.

Dans les tous derniers instants, voilà un adulte qui arrive et qui sonne la fin de la récréation. Nos loups semblent redevenus agneaux et soumis à la posture imposante, et charismatique, qui leur fait face. Il a lui même du mal à reconnaitre les enfants qui sont en face de lui mais qui, on en doute pas, ont déjà recouvré une partie de l’humanité en peu de temps.

Le livre s’arrête alors là et on ne saura jamais vraiment ce qu’ils deviennent ensuite. Ce n’est de toute façon pas le sujet du livre.

Conclusion

Il ne se passe pas tant de choses car on peut résumer en peu de lignes mais les descriptions sont longues. Surtout, cela permet d’insister sur chaque étape qui mène vers l’horreur en les vivant pleinement. Au début, l’histoire semble un rêve. Ils peuvent faire ce qu’ils veulent, bronzer, jouer, se baigner dans une belle eau. Mais cela dérape pour ne plus jamais aller mieux jusqu’à l’arrivée des adultes. Peut-être est-ce la manière dont le livre nous marque si fort. Nous le vivons d’abord comme un immense rêve (plus d’adultes, faire ce que l’on veut, endroit paradisiaque) avant de découvrir le cauchemar. Et les deux extrêmes sont ressentis de manière forte.

Se déshumaniser

Le choix des enfants

Cette fiction nous montre comment des enfants peuvent se déshumaniser totalement en peu de temps et reculer de plusieurs siècles d’évolution.

C’est pour moi une des plus grandes leçons. L’humain évolue certes depuis des milliers d’années mais, dans la vision pessimiste et réaliste de l’auteur, on se rend compte que rien n’est acquis. Notre état sauvage peut revenir en extrêmement peu de temps si l’on y prend garde. Ce n’est évidemment pas un hasard si ce thème est traité si près de la fin de la seconde guerre mondiale et dans un contexte de guerre froide où on estime le « encore pire » toujours possible.

Je ne vais pas trop discuter du choix de prendre des enfants comme protagonistes. Je pense que les enfants sont à la fois plus proche de l’état de nature et plus malléables. Dans un sens positif aussi bien que négatif. Les adultes ne sont jamais que des enfants qui ont grandi et ne sont pas si différents d’eux. Mais, surtout, les enfants ont ce vernis d’innocence qui nous les fait paraitre comme naturellement bons alors que, je pense, c’est bien tout le contraire. L’éducation a son importance. Mais l’usage de non adultes pour le récit permet surtout de choquer plus et de permettre l’identification des jeunes lecteurs, de manière forte, au récit. Peut-être dans une visée éducative.

Les ingrédients

Le récit permet de ressortir plusieurs causes possibles, et cumulables, au changement entre début et fin de l’histoire.

En premier lieu, il y a la perte de l’espoir.

Seuls quelques enfants semblent vraiment accorder une priorité au feu.

Pour la majorité de ceux qui s’en fiche, c’est probablement parce qu’ils perdent vite l’espoir de revoir un jour leurs parents ou famille. Pour la minorité restante qui ne s’en préoccupe pas plus, peut-être parce que cette nouvelle réalité leur semble préférable à ce qu’ils connaissaient avant. Dans cette minorité, je pense surtout au chef chasseur qui se donne une importance qu’il n’aura peut-être plus jamais ensuite et qui le sait très bien.

En deuxième lieu, il y a le charisme.

Le premier chef l’acquière par son caractère de grand et par l’acquisition d’un beau coquillage qui fait un bruit puissant.

Le deuxième l’acquière d’abord par le plaisir de la viande, court termiste (il n’y a pas d’élevage) mais que le rôle de chef des chasseurs lui donne. Il attire tout le monde puis les maintient sous sa coupe par la peur et la violence dans un territoire clos qu’il peut facilement contrôler. En y repensant, je me demande si l’anthropophagie n’est pas partie intégrante du récit mais ma lecture est trop lointaine maintenant pour en être sur.

Le dernier, celui qui les sauve, par sa prestance d’adulte et par l’espoir qu’il redonne de recouvrer la civilisation.

En troisième lieu, il y a le plaisir.

La viande représente ce plaisir tant apprécié et qui fait saliver. A côté de ça, le premier chef n’a rien à apporter car il rappelle les contraintes et les règles. Même dans les premiers instants, les plus joyeux, il est donc un rabat-joie.

En quatrième lieu, il y a, et c’est paradoxal, la nostalgie de la civilisation et l’attrait de son absence.

Le chef des chasseurs leur rappelle cette douce civilisation en leur donnant cette viande qu’il pouvait manger en abondance avant. Mais il leur offre également la possibilité de vivre sans la contrainte du chef « rabat-joie » (adieu le feu à entretenir, les cabanes à construire, les discours pessimistes). Dans un premier temps, son monde parait idéal et un parfait compromis. La violence vient alors tout casser mais il est déjà trop tard car tous sont sous son emprise.

Alors qu’ils sont d’abord attiré par un monde dans lequel ils n’ont plus de contraintes, ils se retrouvent finalement à devoir obéir au doigt et à l’œil à un chef qui leur demande des choses pires encore. L’absence d’obligations n’était qu’une illusion en trompe-l’œil, tôt ou tard il faut payer l’addition.

En cinquième et dernier lieu, il y a le monstre.

Véritable épouvantail et croque mitaine, même les plus grands et les plus rationnels finissent par y croire sans pourtant jamais l’avoir vu clairement. Au final, c’est révélateur, c’est un fou qui finit par découvrir la supercherie mais qui meurt poussé dans le vide par la folie ambiante, littéralement.

La mort

La mort n’est pas absente de l’oeuvre, dés le début, un enfant meurt brûlé par négligence alors qu’ils ont incendié, sans le vouloir, une partie de l’ile.

Ensuite, plusieurs morts, souvent proches de nous, des personnes qu’on suivait, et parmi les « gentils », continuent tout au long du récit. Jusqu’au héros présumé qui est traqué et qui n’échappe que de justesse à son destin promis.

Paradoxalement, si l’espoir de retrouver la civilisation habite notre héros, il n’y a qu’à la fin qu’il s’inquiète véritablement pour sa survie. C’est celui qui est le véritable repère du groupe, le tuteur pour ne pas tomber. C’est celui qui fait le plus pour maintenir un semblant de civilisation. Il ne recherche pas à devenir chef mais cherche à le rester car il sait que c’est le seul moyen de maintenir un espoir de sortie et de vie « humaine ».

C’est peut-être là que je vois la plus grande différence entre les enfants et les adultes.

Si les enfants sont d’abord préoccupés de trouver un sauvetage extérieur, ce qui les rend encore plus à la recherche d’un grand chef providentiel, des adultes auraient probablement d’abord chercher à établir des règles pour simplement survivre. Ce qui ne semble pas la préoccupation principale des rescapés de l’accident d’avion.

Ce qui me touche dans le récit

Je ne me souvenais plus de grand chose avant de réentamer la lecture. Mais je savais que c’était un livre qui m’avait fortement marqué étant enfant et que je voulais relire. Puisque je cherchais un nouveau livre à lire à ma fille, je me suis saisi de l’occasion pour faire d’une pierre deux coups.

Le style est le plus particulier et ce qui, je pense, rebutera le plus les lecteurs d’aujourd’hui. On est plus du tout habitué à un style pareil. Toutefois, je pense que cela fait partie de ce qui m’a accroché. Les nombreuses descriptions nous permettent de nous immerger dans cette ile et d’y vivre comme si on était fantôme caméraman de leurs aventures.

Ensuite, pour moi qui ait toujours eu à la fois une grande sensibilité à la justice et à l’ordre civilisationnel, au fait de pouvoir vivre ensemble sans se faire du mal, ce livre est évidemment une grande claque. Il représente précisément le danger de la société dans laquelle je ne veux pas, aujourd’hui, vivre.

Pour faire un parallèle d’actualité, je pense un peu à la raison pour laquelle je ne suis pas du tout attiré par le mouvement des « Gilets Jaunes ». Derrière leur totale anarchie, même les meilleurs sentiments seront, en cas de révolution, récupérés par les instincts les plus bas et les plus dangereux. Et des gens comme moi, comme Ralph, seront les premières cibles de ce genre de mouvements qui peuvent facilement dériver vers le fascisme et la dictature même si l’esprit n’est absolument pas à cela dans l’esprit de ces gens.

Et c’est d’ailleurs ce qui est fascinant avec ces garçons piégés. Ils sont entrainés malgré eux dans la barbarie. Lentement, mais surement. Littéralement piégés par le nouveau chef qui en échange de viande (comme la promesse de Scar faites aux hyènes dans le Roi Lion) en fait ses affidés puis ne leur permet plus de changer de chef.

Je pense que c’est, au final, la plus grande leçon du roman. Toujours, plus que jamais, d’actualité. Certes, nous avons évolué durant des milliers d’années. Mais le retour à la barbarie la plus complète peut se produire demain et il ne faut pas beaucoup de temps avant qu’on ne s’asocialise et deviennent des bêtes furieuses aux ordres. Ne l’oublions jamais. C’est ce que j’aime, comme message, et qui me terrifie en même temps. Même les acquis qui ont mis le plus de temps à se créer peuvent se perdre en un rien de temps.

Célébrons nos « Ralph », souvenons-nous du passé et ne choisissons pas de mauvais chefs ! Pour être plus terre à terre, les droits de l’homme sont ce qui nous permet de rester dans la civilisation, choisir de les oublier ne nous amènera jamais rien de bon.

Pour aller plus loin

J’ai trouvé quatre articles de blog qui en parlent.

Ceux parlant du livre de manière positive :

Celui parlant du livre de manière négative :

En finir avec Daesh, livre et essai de Carlos Crespo

Pourquoi ce livre ?

J’ai acheté ce livre pour plusieurs raisons :

  • le sujet nous touche naturellement tous. Il n’y a plus beaucoup de pays dans le monde ayant échappé à la folie du terrorisme. En Belgique, on vit désormais avec l’idée que la Mort terroriste pourrait nous emporter au détour d’un chemin. Les probabilités restent incroyablement faibles, mais on y pense et on y accorde une importance réelle : l’injustice de ces situations nous insupporte d’autant plus qu’on a que peu de contrôle sur la situation.
  • Daech n’est en voie d’élimination qu’en Syrie-Irak mais continue à exercer sa barbarie dans de multiples points du globe. De plus, éliminer l’EI n’est pas suffisant, il faut encore aussi éviter que de nouveaux groupes du même acabit ne renaissent. Se cultiver sur le sujet ne fait donc pas de mal. Comme dit l’adage, mieux vaut prévenir que guérir.
  • Je connais l’auteur et, même si nous ne nous voyons pas souvent, je garde pour lui un grand respect hérité de notre compagnonnage du temps du mouvement étudiant (conseil étudiant, FEF). Ceux qui le connaisse savent que c’est quelqu’un qui est capable de débattre sereinement, qui n’est pas dogmatique et qui est au contraire assez pragmatique. Il est aussi assez cultivé et je savais que le livre serait de qualité car la discussion est toujours intéressante avec lui (du moins l’espérais-je mais je ne fus pas déçu)

Qu’en dire, sommairement ?

La lecture est très fluide et accessible. Le livre n’est pas long mais j’ai mis du temps à le terminer parce que je préférais ne pas l’avaler trop vite pour bien le digérer. L’auteur met un point d’honneur à ne pas créer un énième essai élitiste non accessible au commun des mortels. Au contraire, il veut pouvoir être lu et compris de tout le monde.

Cela garantit aussi une démarche intellectuellement honnête. Si certains auteurs peuvent être parfois tentés de camoufler le vide par un propos abscons, ce qui permets d’accuser ceux qui n’ont pas aimé de ne pas avoir compris, ici, on comprend parfaitement le propos et tout le monde peut donc le critiquer avec aisance et se l’approprier vraiment.

Mon opinion est qu’un bon essai n’est pas un cours donné par un professeur qu’on doit prendre ou laisser mais bien plutôt une discussion qui doit nous faire avancer et, ici, on est bien dans ce dernier cas.

D’ailleurs, justement, pour ne pas prendre le risque d’être uniquement dans l’intuition et le subjectif, il y a des recherches et une analyse très concrète de la communication Daéchienne.

Ce que j’ai également bien apprécié, c’est l’élargissement du point de vue tout en étant jamais hors sujet. En remontant aux propos de Jaurès d’avant la première guerre mondiale, en élargissant au contexte plus large dans lequel cette horreur arrive, on permet une analyse plus pertinente et, aussi à mon avis, plus intemporelle.

Les critiques que je pourrais faire au livre sont d’ailleurs plus dans ce qui n’y est pas que dans ce qui y est écrit. Mais est-ce vraiment une critique ? Un essai est là d’abord pour alimenter la réflexion avant de prétendre être une encyclopédie sur un sujet précis. Et si j’ai envie de prolonger le livre par mes réflexions propres, je pense que c’est tout à son honneur.

La laïcité

On parle beaucoup de laïcité en France depuis des années. Par ricochet, vu que nous regardons beaucoup de débats français, en Belgique également.

Je dois dire que le rappel par Carlos des buts, origine et de ce qu’est réellement la loi française sur la laïcité est  salutaire. Remettre l’église au milieu du village, si on me permets l’expression dans ce contexte, à ce propos est donc une bonne chose.

La laïcité n’a jamais visé à supprimer les religions, à les organiser ou à en règlementer la pratique du culte. Au contraire, elle vise à ce que mutuellement l’un ne s’occupe pas de l’autre et vice versa. En Belgique, nous avons adopté une politique assez différente qui est celle de la neutralité de l’état. En quelque sorte, les églises sont reconnues comme des services publics dont l’état assure le financement sans pour autant se mêler de son organisation, en échange les Eglises ne se mêle pas de politique.

La politique de neutralité fait que, en théorie, toutes les religions sont sur le même pied même si l’implantation « historique » de l’Eglise catholique fait qu’elle est un peu privilégiée, toutes proportions gardées.

On empêchera pas les mouvements idéologiques radicaux en « nationalisant » les religions et en en faisant une question politique. C’est même tout le contraire de ce que la Loi prévoyait. Rien n’interdit l’état de combattre les mouvements qui sont contre lui, bien évidemment, autant en Belgique qu’en France d’ailleurs, mais de là à organiser les religions, ce serait non seulement contre productif mais également carrément de la propagande gratuite pour Daesh.

Par ailleurs, parfois des débats publics sur des micros phénomènes (burqa, parti Islam) n’ont fait qu’accentuer le sentiment de persécution et de discrimination (chaque religion comprend son lot d’intégristes, mais seule une semble particulièrement visée) des musulmans et cela ne fait que rajouter un peu d’engrais dans le terreau du recrutement pour Daesh.

Les mouvements politiques qui instrumentalisent le plus la question ne le font d’ailleurs, je pense, que rarement de bonne foi mais seulement pour exciter un électorat voir créer et entretenir des problèmes durables afin de maintenir leur business électoral. Les extrêmes chercheront toujours la confrontation mais au bout du compte aucun électeur extrémiste n’a jamais gagné plus de tranquillité ou de sécurité en posant ce choix.

L’Islam

S’il y a bien une notion que je déteste, c’est quand j’entends parler de l’Islam comme étant une religion unique. Généralement, on ajoutera après « religion d’amour et de paix » de manière ironique mais pas moins offensante envers la majorité qui n’emmerde pas leurs voisins.

Si l’auteur rappelle de manière très juste que ce n’est pas uniquement une question de religion mais que ces crimes sont alimentés en premier lieu par d’autres choses et que la religion seule n’y ferait rien, je me dois de rajouter et compléter un peu.

En effet, les gens qui agissent au nom de l’Islam pour tuer sont souvent des voyous et des psychopathes ou des personnes manipulées et manipulables. Dans ce contexte-là, la religion est un prétexte (faible, car les personnes qui l’utilisent ont rarement elles-mêmes une pratique très « pure ») qui serait facilement remplacé par un autre. On trouve toujours une raison pour justifier la haine et la violence qui est en soit. De nombreux mouvements terroristes agissent au nom de principes politiques et ce n’est pas plus honorable.

Or, si l’athé observateur que je suis a toujours constaté une chose, c’est que les gens s’approprient leurs croyances par rapport à leurs propres personnalité (dont certaines sont il est vrai très perméables à ce qui les entoure, mais pour le pire comme pour le meilleur).

On a trop souvent tendance à imaginer les croyants comme des moutons prêts à suivre aveuglément les prêches de leur curé ou de leur Imam. Mais même dans les régions les plus illetrées, les gens ont un esprit critique et ont besoin d’aménager la religion en laquelle ils croient par rapport à ce qu’ils sont au fond d’eux. C’est humain et heureux. Et c’est pour ça que des religions dont le livre sacré n’évolue par d’une seule virgule au fil du temps voient pourtant les pratiques évoluer fortement avec les années et les siècles. C’est tout simplement parce que les sociétés font évoluer les religions et pas l’inverse.

Par ailleurs, parler d’UN Islam sera toujours un énorme mensonge. Bien sur, il y a un seul livre sacré pour tous les musulmans. Mais s’arrêter là serait d’un énorme simplisme.

D’abord, on critique souvent l’absence de clergé hiérarchique dans l’Islam. Mais le fait d’avoir un et unique Pape n’a jamais empêché les personnes se revendiquant du catholicisme de développer une pensée et des actes différents du sien, même dans des moments où le pouvoir de celui-ci était beaucoup plus important. Aujourd’hui encore, des sectes intégristes se développent et se détachent de l’autorité ou de la parole du pape.

Egalement, l’absence de « grand chef » est une particularité qui laisse justement beaucoup plus de liberté et de responsabilité individuelle à chaque musulman pour définir en toute autonomie sa pratique et son culte. Il sera certes guidé par son imam et son entourage mais pas beaucoup plus ou beaucoup moins qu’un catholique ne l’est avec son curé.

Ensuite, lors de son expansion qui était plus politique que religieuse, l’Islam n’a jamais imposé UNE et UNE seule lecture du Coran. Bien au contraire, l’expansion de l’Islam s’est faites systématiquement en tenant compte des particularités et cultures locales existantes. C’est ce qui me fait dire qu’il y a aujourd’hui des dizaines d’Islam institutionnels différents et chaque pays a le sien, lié à sa propre culture. Au sein même d’un pays, il y a parfois plusieurs lectures. Et les premières victimes des intégristes musulmans sont souvent les autres musulmans considérés comme impurs, ce qui n’arriverait pas si les pratiques étaient uniformes partout dans le monde.

Tout ça pour conclure que je rejoins grandement l’auteur quand il dit (enfin, je résume pour lui) que le focus sur l’Islam et la religion est contre productif et ne nous aidera pas, au contraire, à régler le problème.

Une lecture instructive de la littérature Daéchienne

Cela n’a pas du être toujours facile mais Carlos s’est astreint, pour son essai, à se nourrir de concret. Il n’a pas voulu suivre son intuition mais en partant des publications francophones a permis d’ancrer son étude sur du réel.

Cette lecture en dit long sur ce qui permet aux « journalistes » intégristes de recruter. Je ne vais pas tout dire non plus, sinon vous n’aurez plus rien à découvrir dans le livre ;-).

Parler de l’intégration sans le dire

Le mot n’est, je pense, jamais dit. Il est vrai qu’il est beaucoup trop connoté négativement. Toutefois, le fait est que si des jeunes se sentent discriminés injustement, s’ils ont parfois l’impression d’être belges (ou français ou …) sans l’être pleinement aux yeux de tous, s’ils ont l’impression d’être sans avenir ici et qu’il existe des complots contre eux ; il est tout à fait juste de dire qu’ils ne se sentent donc pas intégrés à la société et qu’ils seront plus sensibles à des discours leur promettant une nouvelle vie ailleurs et un nouveau départ sous l’œil bienveillant de Dieu.

Ce propos là est évidemment à différencier du propos politique habituel sur l’intégration. Le propos habituel utilise la violence et l’intégrisme (également existants) pour en réalité exclure encore plus au lieu de jeter des ponts. Le mot intégration peut être utilisé pour inclure et créer des ponts ou au contraire créer des mur. Aujourd’hui, toutefois, il n’est, et c’est dommage, utilisé que dans un sens excluant et stigmatisant.

Combattre l’intégrisme passe donc de manière urgente par le combat contre cette exclusion sociale (pas forcément économique d’ailleurs, beaucoup de ceux qui sont partis n’étaient pas forcément défavorisés). Je comprends parfaitement que beaucoup de belges dits « de souche » ont peur. D’abord peur pour leur avenir, ensuite peur qu’on ne leur impose une religion dont ils ne veulent pas. Mais aller au delà du fantasme et créer des liens avec l’autre sera la meilleure manière d’offrir un meilleur avenir à tous. Je crois dans le pouvoir de la communication et de la médiation entre communautés. C’est toute la force de l’extrême droite d’arriver à nous séduire sur des discours pourtant paradoxaux (les étrangers volent à la fois notre emploi ET vident les caisses du chômage, par exemple).

Mais il faut arriver à séduire sur un discours opposé, inclure et offrir un avenir sera gagnant pour tout le monde au final.

On a rien à gagner avec l’exclusion qui existe aujourd’hui. Elle crée frustration, délinquance et intégrisme. On sera tous gagnants le jour où on ne fera plus de différence entre les belges. La très grosse majorités des croyants (catholiques comme musulmans) ne cherchent pas à nous imposer leur foi mais veulent garder leur liberté de conscience et de culte. Et, de toute façon, notre démocratie et les droits de l’homme, même s’ils ne sont pas forcément populaires aujourd’hui, agissent précisément pour garantir les droits individuels de chacun. Ceux qui critiquent la charte des droits de l’homme devraient se rendre compte que c’est précisément cette charte qui rend aujourd’hui impossible toute application moyen âgeuse de la charia à la mode syrienne chez nous.

Comme l’auteur, ou du moins ce que j’ai compris de son propos, je pense qu’il y a une urgence à agir contre l’exclusion. Et qu’il ne faut pas se tromper de débat. Tant qu’on débattra de religion (son interprétation, sa pratique), on ne convaincra que les convaincus : les intégristes le resteront et ceux qui ne le sont pas ne se sentiront pas concernés. Mais, en agissant sur l’exclusion sociale (une manière plus positive de parler de l’intégration), non seulement on ne se concentre plus sur la religion mais on peut aussi se focaliser sur une vraie raison de la radicalisation.

Attention, on me dira que certains recrutés du califat provenaient de la classe moyenne. Je le répète, ce n’est pas contradictoire, au contraire. La violence de la discrimination est plus forte encore quand on a justement plus aucune raison de l’être. Si c’est injuste, on peut encore comprendre le propriétaire qui hésite à nous louer parce qu’on a peu de revenus. Mais quand ce n’est même plus le cas, c’est évidemment encore plus intolérable car seuls les préjugés racistes agissent alors. On peut avoir de l’argent et quand même se sentir exclu. C’est d’autant plus terrible que notre société véhicule le message que l’argent permet tout. Enfin, beaucoup de radicalisés provenaient de nos prisons, ce qui prouve qu’il y a deux types de publics différents qui sont passé à l’action en rejoignant le moyen orient.

Pour l’anecdote, lors du départ d’un précédent appartement, une personne d’origine étrangère l’avait visité mais était plus intéressé par celui du rez de chaussée pour lequel en plus il n’y avait pas de candidats (le propriétaire ne connaissant à l’époque pas Internet pour trouver un locataire). C’était mon propriétaire qui le louait également et je lui ai donc transmis le dossier nickel (emploi, preuve de payement, etc). Le candidat ne l’a pas eu et le propriétaire a préféré le laisser non loué plus longtemps …

La question des valeurs et des repères

Fight Club est un film qui m’a personnellement profondément marqué. Une œuvre que je respecte énormément, trop pour avoir encore pris le risque d’y consacrer un article (et puis, beaucoup l’ont déjà fait, donc c’est moins utile).

Venir avec cette référence peut paraitre bizarre mais ça ne l’est pas tant que ça.

Ce film (je n’ai pas encore lu le livre) parle en filigranes de personnes (surtout des hommes) qui n’ont plus de repères, plus de valeurs, qui sont paumés, qui ne supportent plus l’absurdité de leur travail et de la bureaucratie et qui décident de créer un club où ils retrouvent leur « vraie » virilité en se battant car l’adrénaline du combat leur donne l’impression de retrouver un sens à leur vie.

Ensuite, ils créent le projet Chaos, un projet totalement nihiliste qui vise à détruire le capitalisme « immoral » pour repartir sur des bases nouvelles mais qu’on devine, de par le nom même du projet, proche du néant civilisationnel.

Une fois rappelé cela, je pense que le parallèle avec un Daesh au fond très nihiliste et recrutant en partie parmi les rejetés du capitalisme moderne pour créer une société dont les standards semblent dater de plusieurs siècles peut être fait plus facilement. Ils profitent aussi de ce qu’ils dénoncent comme étant un recul des valeurs.

Toutefois, à partir de cette perte de repères (pas forcément négative, si ce n’est par le vide qui les remplace), le personnage principal de Fight Club devient complètement schizophrène. Ce n’est pas qu’un twist astucieux du film, c’est aussi un message bien réel. La catastrophe n’est pas inévitable et même le chef du projet Chaos cherche jusqu’à la dernière minute à l’éviter, au besoin en tentant de se suicider.

Pour les personnes qui sont plus vulnérables parce que dans la même situation dénoncée par ce film (il y a déjà longtemps et il se révèle un peu prémonitoire), rien n’est perdu ! Mais, la nature ayant horreur du vide, c’est aussi à nous de penser à remplacer l’ancien monde par un nouveau monde réellement enthousiasmant et attractif, dans lequel tout le monde peut se retrouver. Sinon, d’autres le feront malheureusement à notre place, pas toujours pour le meilleur.

Je ne résiste pas à vous remettre la scène finale de Fight Club :

De même que ce discours culte (désolé pour le son assez bas, si quelqu’un trouve une meilleure version, il peut me la communiquer) :

Conclusion

Le livre n’apporte pas de solution clé en main ou simpliste. C’est assez logique. Mais c’est toujours bien de rappeler que la défaite militaire de Daech en Syrie ne règlera pas tout. Même celle de Daesh et de tous les mouvements assimilés partout dans le monde ne règlerait pas tout si cette défaite était uniquement militaire. Le combat est aussi un combat politique pour une société dans laquelle chacun puisse se sentir bien et trouver sa place.

A ce propos, je me rappelle qu’Obama a longtemps hésité avant d’intervenir en Irak, du fait de la politique confessionnelle de Maliki (premier ministre irakien chiite) qui était pour beaucoup dans la création de l’EI. Il ne voulait pas intervenir avec une solution militaire unique mais avait bien compris qu’une solution politique incluante pour les sunnites irakiens était indispensable à une victoire durable.

J’ai profité de mon article pour prolonger avec les réflexions personnelles qu’il m’a inspiré (et que vous ne retrouverez donc pas forcément dans le livre telles quelles). Et j’espère que chaque lecteur aura envie de faire de même, de le prêter et d’entamer des discussions. Ca peut paraitre simpliste de dire cela mais c’est en stigmatisant ou en imprimant un discours identitaire sans cesse répété qu’on finit par créer le comportement dont on ne veut pas là où il n’est pas présent aujourd’hui. Un débat ouvert et tolérant devrait, au contraire, permettre de dépasser cela je pense.

On pourrait dire que Carlos n’est pas très précis sur les solutions, je ne pense pas qu’il y ait d’ailleurs un chapitre appelé comme cela (j’ai fini le livre il y a quelques semaines), mais il n’y a pas de solution simple et rapide pour réparer les erreurs du passé. D’une certaine manière, l’auteur ne s’aventure pas dans le terrain politique concret d’aujourd’hui et c’est très bien comme cela. Cela doit être fait après en faisant participer un public large.

Du même auteur

Il a récemment publié une carte blanche dans l’hebdomadaire belge d’investigation Le Vif L’Express et a été interviewé par le journal La Libre Belgique.

Son blog, même s’il n’est plus très souvent mis à jour.

A voir sur le même sujet, pour mieux comprendre

La série HBO « The State« . Elle a été diffusée récemment sur BeTV. C’est une mini série en, je pense, six épisodes. Elle est vraiment très bien réalisée et extrêmement instructive sur le vécu de ceux qui ont rejoint le califat.

La vérité sur l’affaire Jacqueline Sauvage, livre de Hélène Mathieu et Daniel Grandclément

Le 10 septembre 2012, Jacqueline Sauvage abattait de trois balles de fusil, dans le dos, de sang froid, son époux Norbert Marot. En première instance, puis en appel, elle fut condamnée à dix ans de prison. L’affaire fut fortement commentée et des livres furent publiés dont celui-ci.

Pourquoi avoir lu ce livre ?

Cette affaire a été énormément médiatisée. Mais la médiatisation aide rarement à voir plus clair surtout quand on y ajoute la politisation et le militantisme. Chacun communique avec ses intérêts et la vérité devient plus difficile à approcher.

Concernant ce procès, j’avais été interpellé par les articles du blog « vu du droit » car ils donnaient un éclairage différent :

J’ai donc voulu en savoir plus et suis tombé sur un livre qui semblait vouloir pratiquer une enquête relativement neutre en interrogeant tout le monde et sans a priori. Il a trainé quelque temps dans ma bibliothèque puis, n’y tenant plus, je l’ai lu quasiment d’une traite.

Ce livre me paraissait sérieux et offrir suffisamment de recul pour y voir plus clair. C’est un livre très facile et rapide à lire et somme tout assez intéressant. Je n’ai pas été déçu. Quelle que soit votre opinion, s’il y a un livre à consulter, il me semble que ce doit surement être celui-là.

Dans cet article, je vais vous livrer quelques réflexions que le livre m’a inspiré.

Avertissements

Dans ce dossier, comme souvent en justice, chacun calque sa propre situation. Défendre Jacqueline Sauvage, cela peut être défendre son cas personnel, son propre vécu par procuration. On se dit qu’elle a vécu la même chose que nous et cela nous permet de nous faire du bien en la défendant. A contrario, c’est frustrant de la voir condamnée.

Mais le défaut de cette situation, c’est qu’elle nous amène à biaiser notre jugement, à oublier tout ce qui est différent et même à confondre les deux histoires en les mélangeant. Si on a envie qu’elle nous ressemble, alors on fera même tout pour que notre perception de la réalité évacue tout ce qui peut nous déranger.

C’est précisément ce que la justice doit éviter de faire, du moins quand il s’agit de décider de la culpabilité de quelqu’un. On regarde les faits, rien que les faits, et on les compare au droit. L’empathie ne viendra qu’ensuite, quand il faudra discuter de la peine.

Je n’accepterai pas les commentaires qui m’accuseront de manque d’empathie ou de ne pas savoir de quoi je parle. Bien que cela soit un blog personnel, je ne me sens nullement obligé de raconter toute ma vie. Vous ne la connaissez pas et je ne vous autorise donc pas à en juger ni à en présumer.

Cela d’autant plus que la cause des conjoints maltraités est précisément une cause qui me touche. Je ne l’ai jamais minimisée, je ne le ferai jamais.

Meurtre ou assassinat, les raisons ?

Préparer les cartouches à l’avance …

Dans l’enquête, très tôt, la préméditation a été retenue comme une hypothèse forte.

Certains pourraient penser que c’est dû à la longue période entre les coups reçus et la mort par balles de Marot. En effet, cela laissait un long moment pour réfléchir. Mais pour autant probablement pas suffisant pour retenir l’assassinat.

Un autre élément est, en fait, apparu dès les premières déclarations de Jacqueline S. Un élément qu’elle n’aurait probablement pas révélé si elle avait été assistée d’un avocat (mais à ce moment là, elle ne niait pas sa culpabilité et semblait même rechercher cette reconnaissance par la justice). Elle avait préparé des cartouches quelques jours avant. Les cartouches qui vont, précisément, servir à le tuer.

Pour les avocats, ce fut facile d’évacuer la chose. Pourquoi préparer des balles pour tuer alors qu’il y avait des cartouches plein la maison ? Ce à quoi je réponds que nous n’agissons pas toujours avec la plus grande rationalité. Et que préparer un assassinat peut se faire avec un certain cérémonial et des gestes symboliques comme préparer son arme, les cartouches. Et s’assurer qu’on oublie pas, qu’on ne revienne pas en arrière.

Parce que, justement, l’objection des avocats n’explique pas non plus pourquoi préparer des balles si justement il y en a partout.

Cela dit, le tribunal n’a pas reconnu la préméditation, c’est donc que les éléments n’étaient pas assez solides ou qu’ils ne voulaient pas trop charger la barque vu la situation.

Nébuleux

Beaucoup d’hypothèses ont été émises sur les raisons du crime et aucune n’a jamais été vraiment très convaincante :

  • Il a été dit que le suicide de son fils, pendu chez lui, avait été le déclencheur. Mais, cet acte désespéré n’était pas connu d’elle au moment où elle tue son mari.
  • les coups reçus le jour même étaient légers au regard de ce qui a été constaté

Si bien que pour beaucoup de personnes qui se sont intéressé au dossier, il y a un mystère et un doute restera toujours présent comme s’il manquait des pièces au puzzle. Mon impression est d’ailleurs qu’elle n’a pas tout dit et qu’elle ne dira jamais tout car elle est maintenant enfermé dans une posture qui ne lui permets plus de se libérer publiquement de son poids.

Un couple uni et amoureux face au reste du monde

Les témoignages, avec la faiblesse que tout ne transparaissait pas à l’extérieur, décrivent très majoritairement un couple uni, même dans ses mauvais coups, et qui s’aimait passionnément. Mais également deux personnes n’ayant que peu voir pas / plus d’amis. Et pire encore, ils n’étaient pas aimés voir détestés par les voisins ou connaissances. Mais cela ne semblait, dans leur monde séparé du reste, pas les affecter.

La parole d’une voisine, à ce sujet, m’a d’ailleurs interpellé. D’abord favorable à l’accusée en accord avec le récit médiatique, elle change d’avis après la libération et le retour de JS dans sa maison :

Nous revoyons la femme que nous avions interrogée à sa fenêtre. Elle a changé d’avis. Elle n’a plus envie de revoir Jacqueline. « Elle était violente elle aussi. Et puis elle a bien profité de moi sans jamais rendre. » Jacqueline Sauvage est sortie de prison, la bienveillance est terminée, les rancœurs ressortent.

Comme si la sortie de prison et l’absence d’enjeu autorisait à nouveau à penser sans que les personnes qui s’expriment se sentent jugés du côté gentil ou méchant.

Au regard du passé

Le livre nous montre que dans le passé, Jacqueline Sauvage avait déjà pu se montrer très menaçante et très virulente envers son mari. C’était à l’occasion d’une infidélité prolongée de celui-ci. La maitresse avait alors pu mesurer la violence de JS et son attachement envers son mari.

C’est d’ailleurs un point qui ressort nettement du dossier. Non contente de ne pas ressembler à une pauvre femme dominée, elle était au contraire le pilier de la famille et celle qui a bataillé toute sa vie pour son couple, non pas sous la pression mais bien de son propre fait.

Le matin même, une phrase ressort même si on aura jamais le détail de tout ce qui s’est dit entre eux (et qui aiderait peut-être à comprendre) : « Va rejoindre tes p*tains de filles et ton connard de fils ».

Cette phrase signifiait-elle qu’ils allaient rompre ? Cela-a-t-il été un sujet de la dispute matinale ? La fin prochaine et prévisible de l’entreprise qui avait permis à Jacqueline de se sentir indispensable dans la vie de son mari a-t-elle créé et accentué des angoisses dans la tête de la future meurtrière ?

On ne saura jamais ce qui s’est passé exactement dans sa tête. Elle a passé toute sa vie à vouloir prouver à sa famille qu’elle avait bien eu raison de vivre avec Marot. Ce simple fait peut l’encourager à ne pas en parler. Et peut expliquer sa réaction violente quand il a voulu partir. Et la réaction froide et calculée de ce jour qui restera gravé dans sa mémoire à jamais.

Mon impression après lecture du livre et réflexion est là : ce jour-là, elle a compris que son couple était fini et qu’elle ne pourrait probablement rien y faire. Ne le supportant pas, elle décide de le tuer. Elle le fait froidement en sachant ce que cela implique mais elle n’imagine sans doute pas de vie en dehors de l’entreprise (qui lui avait donné un statut social) et de son mari.

Ce qui est terrible avec cette hypothèse, c’est qu’elle place son conjoint au dessus de ses propres enfants. Mais ce n’est qu’une hypothèse et les assises n’avaient pas besoin d’un mobile connu pour décider. Le mystère restera probablement entier pour toujours, vu le fonctionnement du couple, car la seule autre personne capable d’apporter un éclairage est six pieds sous terre.

Réfléchir, se défendre, légitimer

Banalisation du meurtre

Je ne suis pas religieux, la vie n’est pas « sacrée » pour moi. J’accepte l’avortement, l’euthanasie, quand c’est encadré. Mais la justice ne peut pas permettre que des humains se considère comme ayant le droit de décider, hors situation de légitime défense, ou de guerre, de qui a le droit de vivre. Ce droit me serait déjà insupportable dans le cadre de la justice normale, je suis contre la peine de mort, même sur les personnes les plus irrécupérables, mais ça l’est encore moins pour une justice privée qu’on légitimerait.

Inutile de dire donc qu’un changement de loi qui obligerait la justice de prouver l’absence de légitime défense, autrement dit, l’absence de culpabilité me choquerait complètement. Ce serait un permis de tuer voir un encouragement au meurtre comme solution pire encore que la peine de mort car même pas encadrée par des procédures strictes.

Le fait qu’on ait pu y penser est interpellant.

Examen de son acte

Donc, là où je veux en venir, c’est qu’en ayant toute cette légitimation de l’acte, les associations de défense ont fait une erreur qui n’a pas aidé Jacqueline S. En effet, elles n’ont pas permis à l’auteure d’un acte terrible de faire un vrai travail sur soi. Si elle avait pu le faire, alors, non seulement elle aurait pu obtenir beaucoup plus facilement grâce et remise de peine, vu le contexte, mais en plus le jury aurait sans doute été moins lourd.

Autre chose qui n’a pas aidé, c’est l’univers extrêmement malsain et surtout clôt dans lequel elle a vécu pendant des dizaines d’années. Le foyer familial fut un lieu de terribles exactions mais rien ne devait jamais en sortir. Les apparences comptaient plus que tout. Tout comme la réussite qui devait paraitre éclatante aux yeux des voisins. On suppose qu’il y a là aussi un peu de besoin de revanche sur une famille qui l’abandonne et ne comprend pas son choix. Un besoin de se montrer indispensable à son mari. Peut-être même encore celui, par amour, de lui donner le meilleur et de le protéger un maximum.

Mais, au final, ce monde clôt est celui dans lequel la justice de l’état n’a ni valeur ni crédibilité. Et cela aussi n’incite pas à réfléchir sur ses actes. Or, il aurait été intéressant de rappeler qu’ils ne pouvaient vivre en dehors des lois et qu’ils ne sont pas sur une ile déserte mais qu’ils vivent dans une société avec des règles.

Cet univers fermé avait été aussi conçu d’ailleurs pour subvenir aux besoins de tout le monde, l’entreprise était familiale et employait les enfants en plus des parents. Tout était fait pour que rien ne puisse sortir. C’était malsain.

Enfin, l’emballement médiatique fut tel que tout changement d’attitude devenait de plus en plus impossible avec le temps. Ils sont un piège à double tranchant et ont eux aussi été à double tranchant car rien ne sert d’avoir raison dans les médias si cela encourage ensuite une attitude contre-productive dans les tribunaux.

Défense

C’est d’autant plus dommage qu’avec son premier avocat, elle semblait plutôt sur la bonne voie et que lors des premières auditions, elle semblait assumer et reconnaitre son acte. Elle était prête pour cette introspection. La stratégie de défense qui fut mise en oeuvre lui fut extrêmement préjudiciable. L’impression qui est donné à la lecture du livre est que cette stratégie a été simplement copiée – collée sans réellement tenir compte du contexte et de la situation très différente.

Médias et justice

Le livre met en avant une grande question : pourquoi la justice ne s’est-elle jamais défendue sérieusement dans les médias ?

Les temps changent, l’information va de plus en plus vite et la justice ne semble décidément plus à la page.

Il est plus nécessaire que jamais que le fonctionnement de la justice puisse être expliqué avec efficacité et pédagogie avec les moyens d’aujourd’hui. De même, quand un dossier est étalé sur la place publique, alors il semblerait normal que le ministère public puisse exposer également les éléments qui rétablissent la balance.

Cette affaire n’est qu’une parmi d’autres de ce point de vue là. Mais elle peut servir à aider notre justice à remettre en question sa communication même si je n’y crois pas trop.

Pétitions

Il est très facile de signer une pétition, surtout quand son exposé (quelques lignes pas plus, ce serait long, ce ne serait pas lu) est bien écrit. Mais chaque manifestation qui fut organisé fut un échec. Est-ce à dire que la cause n’était pas populaire ? Je ne pense pas. Elle l’était vraiment. Mais, pour autant, pas assez pour que les personnes soient prêtes à se déplacer. Pour moi, c’est emblématique d’une société où très peu sont prêts à se mobiliser quand cela ne les concerne pas directement (et encore).

Maltraitance entre conjoints

Ce sujet est important et quasiment pas évoqué ici. Je le redis, pas parce que ça ne me concerne, touche, intéresse pas. Mais parce que je n’ai pas eu l’impression que c’était vraiment la meilleure affaire à prendre comme point de départ pour un débat.

Autres sujets

J’ai déjà assez dit, mais le livre m’a aussi inspiré des réflexions sur la mère qu’a pu être JS, sur celle peut-être différente qu’elle aurait pu être en l’absence du père, sur les choix qui ont été faits et assumés à différents moments de sa vie, sur la volonté toujours constante de continuer dans la même voie, sur l’impossibilité de vouloir rendre heureux (selon nos critères) les gens malgré eux.  Les sujets sont vastes et variés mais il n’est pas nécessaire de parler de tout.

Conclusion

Ce qui s’est passé durant tant d’années là-bas, ce fut un drame humain qu’il aurait fallu pouvoir éviter. Personne ne peut dire ce qui aurait pu être fait et avec quelle efficacité. Mais, dès le départ, l’isolement de Jacqueline quand elle se marie, n’a certainement pas aidé.

Même si cela peut sembler dérisoire ou un défaut de curiosité, j’avais vraiment envie de mieux comprendre ce qui s’était passé dans cette famille et cette maison. Assurément, ce livre m’a permis de le faire, raison pour laquelle je le recommande. Je ne dis pas que c’est le seul livre à lire mais je pense que s’il faut en choisir un, cela peut être celui-là.

Il donne l’impression d’être quasiment exhaustif sur les « faits » et, personnellement, quand il s’agit d’une affaire judiciaire, ce sont eux qui m’intéresse le plus.

Enfin, je dois avouer que cet article a mis plusieurs mois à s’écrire. Pas qu’il ait pris beaucoup de temps mais, une fois la structure déterminée, je n’ai pas trouvé le temps et la force pour le terminer. Le sujet est beaucoup trop sensible et donc risqué et je déteste qu’on me fasse dire ce que je n’ai pas dit. Surtout, tout débat, pour être intéressant, doit se faire entre personnes ouvertes d’esprit et de bonne foi. Je vous demande donc de rester correct dans vos réactions, et je changerai d’ailleurs peut-être le contenu de l’article si vous me convainquez d’en changer.

Lectures en vrac, juin 2018

Dans l’ordre, les livres suivants sont abordés :

  • Les mythes de la seconde guerre mondiale
  • Il faut que je vous parle
  • Le guide du mauvais père, tome 4
  • Le bûcher des sexes
  • Malgré le doute, comment est morte Véronique Pirotton
  • L’Amour en plus compliqué
  • Economix
  • 59 secondes pour prendre les bonnes décisions

« Les mythes de la seconde guerre mondiale » (tomes 1 et 2) sous la direction de Jean Lopez et Olivier Wieviorka

J’ai reçu le tome 2 pour Noël et je l’ai dévoré dès que j’ai trouvé du temps. Aussitôt lu, il me fallait le tome 1. Dévoré également très rapidement.

Les amateurs du magazine « Sciences et Vie Guerres et Histoire » y trouveront assurément leur compte. Rigueur, style agréable, sujet d’intérêt sont présents de concert, comme d’habitude avec ces auteurs là. Mais surtout, on apprend énormément de choses.

Quoi de mieux d’ailleurs, finalement, que de voir la seconde guerre mondiale à travers ses mythes erronés. En effet, ceux-ci en disent très long sur l’histoire elle-même. Et le temps qui s’est écoulé semble maintenant suffisamment étendu pour nous permettre de soulever le voile de l’erreur.

Je préviens les amateurs et les passionnés qu’une fois qu’ils auront commencé à lire, ils ne pourront plus s’arrêter. C’est toujours pondéré mais il faut avoir l’esprit ouvert car certains devront sans doute remettre en question ce à quoi ils croyaient, parfois depuis fort longtemps. Et ce n’est pas forcément toujours chose facile. Surtout que ce qu’ils apprendront ne sera pas non plus toujours partageable en société, précisément parce que les mythes dénoncés ici sont parfois extrêmement bien ancrés dans celle-ci.

Les experts qui écrivent ici le font avec énormément de pédagogie et ils ont le souci d’être lus et compris. Cette préoccupation n’enlève rien à la crédibilité de leur travail. Les sources sont sérieuses et disponibles en fin de chaque chapitre.

Bref, je recommande absolument à tous les amateurs intéressés par la seconde guerre mondiale. Si vous connaissez quelqu’un dans ce cas, vous avez déjà l’idée de son prochain cadeau de Noël / anniversaire. C’est un « must have » pour tout amateur du genre.

« Il faut que je vous parle » de Blanche Gardin

Avec Shirley Souagnon, Blanche Gardin est  une de mes deux humoristes préférées du moment.

Ce livre est la retranscription de son tout premier spectacle.

Je n’ai pas de mots pour dire combien j’aime son humour. Je pense que d’une certaine manière, je me reconnais un peu en elle, dans ce qu’elle raconte. Je ne sais pas ce qui se passe exactement avec elle mais elle me fascine, elle a un vrai charisme. Je l’adore et c’est un faible mot.

Quoi dire d’autre sinon que de vous laisser un bout de spectacle (joué ici à Montreux) pour que vous puissiez vous rendre compte par vous-même si vous allez aimer ou non :

J’espère que son deuxième spectacle paraitra également en livre et je l’achèterai alors immédiatement.

 « Le Guide du Mauvais Père » de Guy Delisle

C’est déjà le tome 4 et il a mis du temps à arriver. Pour dire vrai, je pensais qu’il n’y en aurait plus.

J’aime beaucoup Guy Delisles. J’ai acheté tous ses carnets de voyage, les quatre guides du mauvais père et « s’enfuir » l’histoire d’un humanitaire pris en otage.

J’aime bien son humour un peu spécial et son imperfection assumée qu’on retrouve dans les « guides du mauvais père ».

Avec les carnets de voyage, je visite d’autres pays et cela avec un point de vue original. Mais, avec les guides du mauvais père, c’est toujours un rire un peu plus personnel qui nous frappe, comme si on se moquait d’une caricature de nous-même.

Par contre, ça se lit vite, forcément, car il n’y a pas des masses de dialogue et le format est petit. Ce n’est pas un problème pour moi mais certains trouveront peut-être cela dérangeant.

Pour en savoir plus sur cet univers là, rendez vous sur le site de l’auteur, rubrique « guide du mauvais père« .

« Le bûcher des sexes » par Brigitte Lahaie

Je dois avouer que je ne connaissais pas bien Brigitte Lahaie avant d’ouvrir ce bouquin. Bien sur, je n’ignorais pas qu’elle avait été actrice pour adulte (sans, je pense, jamais avoir admiré aucune de ses prestations, c’était il y a bien trop longtemps) ou qu’elle avait animé une émission sur une chaine télévisée du genre.

Mais je ne savais rien d’elle.

Or, en lisant cet essai, on se rend compte qu’elle est très cultivée et qu’elle en sait très long sur la situation des femmes françaises. Cela parce qu’elle anime une émission radio mais également parce qu’elle lit, se renseigne et semble avoir de nombreuses relations expertes avec qui elle a discuté.

Pour ce genre de sujets, je ne peux pas vraiment donner de conseils. En fait, on aime ou on aime pas suivant qu’on se reconnaisse ou non dans ce qui est dit. C’est le genre de sujets pour lesquels on est, malheureusement !!, rarement ouvert à une pensée contradictoire voir à la discussion tout court.

Brigitte Lahaie, c’est une pensée qui doute, qui s’interroge et qui ne cherche pas la radicalité facile, le simplisme ou l’opposition entre les sexes. Je m’y retrouve sans problème. Mais je pense que ce ne sera pas le cas de tout le monde, vous être prévenus.

Dans le même genre, j’avais beaucoup aimé lire « Fausse route » d’Elisabeth Badinter. Les deux ouvrages ont chacun leur place dans ma bibliothèque et ne la quitteront pas.

« Malgré le doute » de Vincent Demonty

C’est sans doute l’oeuvre pour laquelle je me montre le plus mitigé.

La mort de Véronique Pirotton est un drame qui m’a fort marqué. Logiquement, j’avais suivi de près le procès grâce aux retranscriptions précises des médias et j’avais même écrit, avant celui-ci, un article à portée plus générale.

Une femme qui décède dans des circonstances pour le moins suspectes. Un présumé coupable qui nie de toutes ses forces. Une société fortement polarisée. Une victime qui elle-même avait vécu une vie par moment douloureuse mais qui se battait pour son fils. Et qui fut pourtant trainée dans la boue à l’occasion de « son » procès.

La première partie offre une parole à la soeur de Véronique. Une parole intéressante ; on a pas assez entendu les victimes dans cette histoire. En la lisant, on se rappelle que ce procès (que j’ai suivi tous les jours via le compte rendu intégral de la RTBF qu’on pouvait consulter chaque soir) a donné un verdict. Mais que ce verdict aurait pu être bien différent, avec les mêmes preuves, les mêmes faits, mais une enquête plus professionnelle ou un avocat de la défense moins talentueux. Voir avec des questions différentes posées au jury.

Les parties civiles n’ont pas reçu réponse à toutes les questions qu’elles se posaient. Le suicide est exclu. Le meurtre et/ou l’assassinat n’ont pu être prouvés à suffisance. La thèse de l’accident sera donc privilégiée par ceux qui ne veulent imaginer qu’un parlementaire, une personne censée être parmi nos élites nationales, ne puisse être à l’origine d’un tel acte. Par défaut, c’est bien ce que semble avoir retenu le jury et qui ne satisfait pas, on peut les comprendre, les parties civiles. On voit bien pourquoi : la stratégie défensive, pour réussir, s’est muée en stratégie d’accusation de la seule personne qui n’était plus en état de se défendre.

Dans cette première partie, donc, intéressante, on a ce point de vue développé par Nadine Pirotton. Je ne peux m’empêcher de me dire que j’aurais aimé que ce soit plus long, il y aurait eu, je pense, plus encore à dire sur le procès, les plaidoiries et les ressentiments personnels sur ce qui s’est passé avant et pendant le drame. Il y eu donc un peu de déception de ma part avant d’entamer la deuxième partie.

Cette deuxième partie fut vraiment intéressante et relativement bien écrite. Elle fut ce qu’elle devait être : émouvante et éclairante sur la personnalité de la disparue.

Par contre, et là je blâme particulièrement l’éditeur, c’est très mal découpé et structuré. On dirait que les séparations de chapitres, d’instants, de lieux ont disparu. Et ça peut vraiment, par moment, rendre la lecture difficile ou agaçante. Si le livre devait être réédité, j’apprécierais qu’on insère un vrai chapitrage dans cette partie finale. Cette partie étant moins destinée à comprendre qu’à faire connaissance avec l’intimité de V.P., je ne rajouterais pas forcément grand chose sur le fond, malgré les ellipses, par contre.

Alors voilà, j’ai apprécié la lecture et je l’ai trouvé utile et intéressante. Je la recommande parce qu’il n’y a rien de mieux. Mais j’ai quand même une impression de gâchis en ce sens qu’il y avait surement moyen de faire mieux avec un peu plus de travail de réécriture.

L’amour, en plus compliqué de Jim

C’est un livre de nouvelles, plusieurs dizaines au total, parlant d’amour. Mais pas d’une façon romantique idéalisée. Non, d’une façon réaliste, qui fait sourire, qui permet de s’identifier. C’est là toute la douceur de l’Amour, elle est présente derrière chacune de nos imperfections. Mais qu’on ne s’y trompe pas, le livre n’est pas noir pour autant. Non, l’humour est présent à chaque histoire. Ça fait mouche dans une délicate alchimie très bien maitrisée.

Je ne dis pas que chacune de ces histoires fera forcément « tilt » chez vous. Mais, la lecture sera agréable, divertissante et il y aura des coups de cœur, c’est une certitude.

Si vous avez découvert JIM par la BD, alors vous ne devriez pas être déçu. Toutes les nouvelles proposées auraient pu être présentées dans un format plus graphique, mais alors on aurait moins profité de sa plume. Il est doué et je n’ai pas été déçu par ce changement de format par rapport à son habitude.

Je vous laisse avec une petite nouvelle. Elle n’est pas représentative, parce que chaque nouvelle est différente mais elle vous donnera peut-être envie de découvrir les autres et c’est là l’essentiel :

Economix, la première histoire de l’économie en BD par Michael Goodwin et Dan Burr

Vous avez détesté vos cours d’économie ? Ce livre vous plaira. Didactique, pédagogique, se voulant relativement neutre mais surtout, surtout, réaliste.

Finie la théorie abstraite sans aucun fondement concret sur le terrain.

Ici, on parle de ce qui se passe vraiment. Pas des mythes.

Le plus gros défaut est que le livre est américain et développe donc des références américaines. Mais son message est transposable dans tous les pays.

La plus grosse qualité est un travail de documentation intense. Les auteurs sont partis de tous les plus grands auteurs, ce qu’ils ont vraiment écrit et en font la critique toujours pertinente.

On ne vivra pas mieux après l’avoir lu, mais on en sort mieux informé. Et cette meilleure connaissance du monde fait aussi de nous de meilleurs citoyens.

59 secondes pour prendre les bonnes décisions de Richard Wiseman

Ce livre est de l’excellent Richard Wiseman.

Ici, pas de « développement personnel » nous promettant de devenir riche et célèbre rapidement par l’application de quelques règles de soit-disant bon sens. Pas de langue de bois endormante et de séminaire très coûteux indispensable non plus.

Non, tout ce que vous aurez, c’est une excellente vulgarisation scientifique. Ce qui a été testé en expériences de psychologie sociale et qui marche. Je recommande fortement. En plus, c’est agréable à lire.

Je vous envoie vers deux critiques lues sur d’autres blogs qui disent déjà tout ce qu’il faut dire :

J’ai déjà parlé sur ce blog d’un autre livre du même auteur, le Traité de Bizarrologie. Il est tout aussi excellent, si pas plus. Courrez le lire également et, dans mes souvenirs, il existe aussi en livre de poche, ce qui est plus démocratique.

Conclusion : neuf livres à découvrir

Vu les thèmes très variés, il devrait au moins y en avoir un qui vous plaise parmi eux.

Le format « en vrac » me semble intéressant car il permet de parler de livres pour lesquels je n’ai pas assez de matière ou de temps pour faire un article complet. Je continuerai donc dans cette voie dans le futur.

L’Odyssée d’un marin belge par le Commodore e.r. Daniel Geluyckens

En souvenir de Daniel Geluyckens

L’auteur du livre est décédé il y a deux ans (en 2016). Le Roi était représenté à son enterrement.

Sur le lien ci-dessus, vous trouverez des photos et un petit texte d’hommage qui finit par les mots suivants :

« Un grand marin et un homme de cœur nous a quitté. Bon vent amiral ! »

Editions de la Dyle / trouver le livre

Les Editions de la Dyle ont disparu depuis 2007.

Mon beau-père l’a trouvé, avec difficulté et chance, sur un site de vente de livres d’occasion. Il est évident qu’il ne sera plus réimprimé et donc restera très difficile à trouver.

J’aimerais pouvoir le rendre disponible plus largement (scan, retranscription) mais ça demanderait du temps que je n’ai pas pour le moment. Si ça  vous intéresse, toutefois, merci de me le faire savoir par e-mail. Ou si vous voulez vous y opposer (famille de l’auteur), faites le moi savoir également.

Un témoignage instructif et intéressant

J’adore lire des biographies ou les témoignages des gens de terrain. En matière de guerre, ce n’est évidemment pas suffisant et la remise en contexte ou la globalisation est indispensable. Mais, dans le cas présent, cela nous permet de nous plonger dans le parcours d’un de nos marins les plus illustres pendant toute la seconde guerre mondiale. Ce témoignage est, à ce titre, précieux et passionnant.

C’est mon beau père qui, après l’avoir lu, me l’a prêté (je l’en remercie).

Ce qu’on vécu nos marins dans le Mercator durant les premiers mois de la guerre fut terrible. Pas tant à cause de « combats » (inexistants) ou des dangers de la guerre mais plus à cause du dénuement et du quasi abandon de nos matelots durant cette première période.

Ensuite, ils se virent offrir l’occasion de servir dans la Navy. C’est un motif de fierté car un petit nombre le fit avec beaucoup de courage et de bravoure. D’un autre côté, même si les autres ne le firent pas, ils continuèrent leur engagement d’une autre manière qui ne fut pas moins utile pour autant. Je ne crache sur personne.

Les soldats, dont l’auteur, qui continuèrent purent oublier la mauvaise période du manque de nourriture, eau et celle des cafards du Mercator pour entrer à l’école de la Navy. Daniel Guluyckens en sortit premier de sa promotion ! Et il raconte comment les belges qui servaient là bas étaient appréciés, non seulement des militaires mais également de toute la population.

Dans les services qu’il accomplit, il y a la protection des navires marchand. Les U-Boot attaquaient en meute rendant ce travail d’escorte essentiel mais aussi terriblement dangereux.

Il y eu aussi l’aide au débarquement en Italie, des missions dangereuses en Méditerranée.

Et, enfin, le travail autour du débarquement le jour J. Même si on sait que les alliés avaient la maitrise et que le débarquement fut très largement une très grande réussite, on ne peut s’empêcher de frissonner par le témoignage d’un homme et de ses frayeurs. L’action des allemands et de leurs armes miracles donna parfois l’impression qu’ils pouvaient changer la donne de la guerre. Ce ne fut jamais le cas, mais pour un soldat au plus proche du feu, il est évident que cela avait de quoi effrayer. Surtout quand les épisodes qu’il décrit montre qu’il a vraiment échappé tant de fois à la mort.

Quand on se dit que la guerre, pour lui, a duré durant cinq ans ; cinq ans dans la peur, l’action, le feu, etc ! Même si ce ne fut pas permanent, on ne peut que saluer le courage. Réussir à demeurer sain d’esprit après de telles épreuves ! On doit être fier d’eux. Je trouve qu’on ne fait pas assez attention aux anciens combattants. Une vraie journée nationale qui serait fêtée comme telle chaque année ferait du bien.

Ma seule critique à formuler après lecture, ce n’est pas sur ce qui est écrit, c’est sur ce qui ne l’est pas. Car à lire la biographie de l’homme, il a eu des tas d’autres aventures passionnantes après la deuxième guerre mondiale. Il m’aurait plu de les connaitre aussi. Dommage, il est décédé et ces vies finiront par s’oublier sans écrits pour les sauvegarder pour les générations futures.

Liste nominative du personnel du Mercator au départ d’Ostende le 21 février 1940

Cette liste reprend le nom de famille, la fonction et ce que les personnes qui étaient dans le Mercator ont décidé de faire au 4 avril 1941 alors que le navire école était encore au Congo après sa double traversée de l’Atlantique.

Je me suis dis qu’elle pourrait peut-être intéresser certains des descendants des personnes concernées même si l’absence du prénom rendra plus difficile le fait de les trouver. Mais étant moi-même en recherche d’informations sur mes descendants, je suis sensible à ces préoccupations.

Numéro Nom Fonction Situation au 04/04/1941
1 Van de Sande, R. Commandant reste A/B Mercator
2 Delforge, J. 1er Officier ff. embarque sur Moanda
3 Ceulemans, H. Lieutenant embarque sur Moanda
4 Waignien, A. Lieutenant embarque sur Moanda
5 Dhondt, G. Officier instructeur embarque sur Moanda
6 Zaslawsky, W. Docteur Congo
7 Buelens, R. Aumônier embarque sur Moanda
8 Goddaert, C. Chef Mécanicien reste a/b Mercator
9 Segers, J. Sec.-Commisaire Congo
10 Toussaint, E. Radiotélégraphiste embarque sur Moanda
11 Goderniaux, B. Elec-Mécanicien embarque sur Moanda
12 Brackx, E. Motoriste embarque sur Moanda
13 Labouverie, C. Ass. Motoriste Forces Brit. Kenya
14 Knors, J. Maitre d’Equipage reste a/b Mercator
15 Berbuto, B. Voilier reste a/b Mercator
16 Ijzerman, J. Charpentier reste a/b Mercator
17 Haas, F. Matelot reste a/b Mercator
18 Swartwager, A. Matelot embarque sur Moanda
19 Coetermans, E. Matelot a/b Roumanie
20 Deswert, M. Matelot aux. Force Publique Congo
21 Van Driessche, G. Matelot aux. Force Publique Congo
22 Droeven, E. Matelot léger Force Publique Congo
23 Gille, G. Matelot léger a/b Roumanie
24 Van Torre, A. Matelot léger a/b Mafuta
25 D’Hainaut, C. Mousse a/b Roumanie
26 Becker, E. Mousse a/b Mafuta
27 Michaux, R. Mousse a/b Roumanie
28 Bulke, G. Mousse a/b Mafuta
29 Mathyssens, A. Steward reste a/b Mercator
30 Thiry, P. Messroom-Steward embarque sur Moanda
31 Devos, F. 1er Cuisinier a/b Elisabethville
32 Blonde, F. 2ème Cuisinier a/b Elisabethville
33 Haveneers, A. Aide-Cuisinier embarque sur Moanda
34 De Coninck, G. Aide-Cuisinier a/b Elisabethville
35 Wydooghe, J. Cadet a/b Mokambo
36 Van Puyvelde, J. Cadet a/b Mokambo
37 Byron, A. Cadet a/b Mokambo
38 De Ryckere, E. Cadet a/b Mokambo
39 Blasin, A. Cadet embarque sur Moanda
40 Creten, R. Cadet embarque sur Moanda
41 de Schutter, L. Cadet embarque sur Moanda
42 Geluyckens, D. Cadet embarque sur Moanda
43 Ghijs, R. Cadet S.V.N. Congo
44 Pesch, J. Cadet embarque sur Moanda
45 Poskin, E. Cadet embarque sur Moanda
46 Reculez, Y. Cadet Adm. Territoire Congo
47 Rodrique, A. Cadet S.V.N. Congo
48 Sarlet, P. Cadet embarque sur Moanda
49 Van Dyck, J. Cadet embarque sur Moanda
50 Van Schoonbeeck, P. Cadet embarque sur Moanda
51 Wagner, R. Cadet a/b Mokambo
52 Vanderween, R. Cadet Force Publique Congo
53 Renard, G. Cadet embarque sur Moanda
54 Zonnekeyn, R. Cadet a/b Elisabethville
55 Grandjean, R. Cadet embarque sur Moanda
56 Barthelemy, R. Cadet Force Publique Congo
57 Cornez, J. Cadet embarque sur Moanda
58 Vervynck, M. Cadet embarque sur Moanda
59 Boué, J-M. Cadet Force Publique Congo
60 Dumortier, A. Cadet embarque sur Moanda
61 Steens, M. Cadet embarque sur Moanda
62 De Keyzer, E. Cadet a/b Moanda
63 Cattoor, A. Cadet S.V.N. Congo
64 Ponsard, H. Elève matelot embarque sur Moanda
65 Van Begin, P. Elève matelot a/b Elisabethville
66 Brouckaert, R. Elève matelot Force Publique Congo
67 Lemoine, F. Elève matelot a/b Roumanie
68 Ladeuze, A. Elève matelot a/b Elisabethville
69 Anciaux, L. Elève motoriste embarque sur Moanda
70 De Roeck, E. Elève motoriste Forces Brit. Kenya
71 Verreth, F. Elève motoriste embarque sur Moanda
72 Budts, P. Elève cuisinier reste a/b Mercator
73 Chaussier, A. Elève cuisinier a/b Elisabethville
74 Verschueren, J. Elève cuisnier reste a/b Mercator

Liste nominative des cadets du navire-école Mercator entrés à la Royal Navy le 1er mai 1941

Dans le même souci que pour le précédent tableau, je recopie les noms.

Numéro Nom et prénom Date de naissance Envoyé au Royal Naval College Dartmouth
1 Steens, Marcel 15/09/1917 non
2 Van Dijck, Julien 29/08/1919 non
3 Poskin, Edouard 9/01/1920 non
4 Blasin, André 17/03/1921 oui
5 Grandjean, René 4/05/1921 non
6 Van Schooneek, Paul 4/05/1921 oui
7 Cornez, Jean 2/06/1921 oui
8 Creten, René 24/09/1921 non
9 de Schutter, Lucien 17/12/1921 non
10 Pesch, Jean 20/12/1921 non
11 Vervynck, Marcel 31/12/1921 non
12 Sarlet, Paul 7/02/1922 non
13 Geluyckens, Daniel 26/10/1922 oui

Nota Bene, livre de Benjamin Brillaud aux éditions Robert Laffont

Ce livre est léger et intéressant. Il se lit facilement, on apprend des choses et, effet collatéral, on se met à se dire que la violence de Game of Thrones n’est pas si exagérée en regard du passé, finalement.

La seule chose qui ne m’a pas intéressé, mais il est facile de zapper, sont les informations « et pendant ce temps là autour du monde » à la fin de chaque chapitre. Je comprends le but de vouloir donner un peu de contexte extérieur mais c’est tellement lointain et sans influence par rapport aux batailles qui sont contées que l’intérêt est finalement assez bas (de mon point de vue !).

Par contre, durant le récit, le contexte avant/après de la bataille proprement dites est bien restitué de sorte qu’on comprend toujours où on mets les pieds.

La plupart des batailles sont, si pas inconnues, au mieux connues principalement de nom (même pour un amateur du Sciences et Vie Guerres et Histoires comme moi). Du coup, on agrandit vraiment sa culture.

Je pense, sans pouvoir juger, que l’auteur a mené un travail sérieux de recoupement des sources ou qu’il a tenté de le faire. Cela se remarque par les précautions prises dans le texte à différents moments.

Des parties « fiction » sont ajoutées pour aider à nous plonger un peu plus au fond de l’action. Bien proportionnés, ces passages ne m’ont pas dérangés. Ils ne sont pas forcément indispensables mais pas dommageables non plus.

Il n’y a pas de commun dénominateur (hormis bien sur la défaite cinglante pour l’un des deux protagonistes) aux batailles si ce n’est qu’une victoire n’est jamais acquise d’avance quelle que soit la supériorité numérique ou technologique de départ et que le contexte géographique, s’il est bien utilisé, peut faire énormément pour renverser un pronostic (et à mon avis, c’est sans doute là qu’un bon leader saura mettre sa patte : en choisissant le terrain et en l’exploitant au mieux).

Je recommande ce livre aux amateurs de guerre et d’histoire qui ont envie d’un livre au style amateur mais au contenu sérieux. Quelque chose qui se lit facilement et rapidement, sans prise de tête. Je ne le recommande pas à ceux qui veulent une littérature plus scientifique, ce n’est pas le but ici.

Une belle surprise qui m’a permis de souffler après le beaucoup plus compliqué et prise de tête (mais intéressant) que fut le tome 2 de e-penser.

Le plus gros effet de bord est de m’avoir donné envie de relire les exemplaires – disparus 😦 – de l’histoire en Bandes Dessinées (le titre exact m’est inconnu) qu’il y avait chez mes parents et qui contaient avec tant d’intérêt les histoires des conquistadores et explorateurs comme Magellan, Vasco de Gama, Cortès, … Si quelqu’un les possède encore (ou connait même le titre exact), qu’il me contacte …. Je suis intéressé !

2016 en vrac … petit bilan

WordPress ne fait plus de rapports automatisés, du coup, le bilan sera un peu plus personnel cette année: vie, blog, séries, films, livres.

Dans ma vie

2016 fut l’année d’un nouvel amour que j’espère durable, de vacances reposantes et de la première année complète de garde alternée (qui fonctionne très bien). Ce fut aussi une entrée en primaire stressante pour mon petit lapin mais elle a reçu toutes les éloges des professeurs lors de la réunion de parents.

C’est aussi beaucoup d’angoisses malgré mon apparence paisible. Et ce fut la mononucléose que je ne souhaite à aucun adulte même si j’avais heureusement quelqu’un près de moi pour me soutenir dans la maladie.

Je n’attends rien de 2017 mais je pense que le pire est derrière moi, dans ma vie.

J’espère pouvoir avancer professionnellement, dans mon couple et dans ma famille, ce sont mes souhaits. Et j’aimerais pouvoir finaliser un projet d’écriture fictionnelle mais qui n’est pas encore une priorité face à tout le reste.

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Pour le blog

Le blog a récemment passé les 120 000 vues (et les 100 000 en juin).

Cette année fut la plus vue de son histoire avec un peu moins de 45 000 vues. Il y eut aussi le plus gros mois avec 5 447 et le plus gros jour avec 653 vues (pour la diffusion télévisée de « Perfect Mothers« ). La progression est constante d’une année à l’autre et ça me fait plaisir. Mais je sais aussi que toute progression connaitra un jour une fin.

210 commentaires, c’est un commentaire deux jours sur trois. Il y a aussi les contacts par e-mail ou messenger auxquels je réponds régulièrement. Tout ça est encore tout à fait gérable et c’est tant mieux.

Aujourd’hui, il y a 127 articles publiés. 18 l’ont été en 2016. J’essaierai de maintenir ce rythme mais toujours la qualité avant la quantité. Le prochain film devrait être Interstellar (depuis le temps qu’il attend !).

Crimes à Oxford, la face cachée de Margo et Transcendance ont été trois analyses de film qui attendaient depuis longtemps et qui ont pu être publiées. Si je peux faire Interstellar, Hook et The Reader cette année, je serai déjà content.

Les articles publiés étaient plutôt diversifiés. Même si cela me fait perdre des vues et des abonnements, j’aime garder cet aspect « journal » qu’avaient les blogs à l’origine et cela continuera.

RDV au cap des 150 000 pour en rediscuter. Cela devrait arriver au grand plus tard à la fin de l’année.

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Conseils culturels

Rayon séries

L’année dernière, grâce à l’offre BeTV, j’ai découvert la série The Wire dont on m’avait tant parlé déjà. J’ai adoré. Cette série représente vraiment ce que j’aime voir à la télévision: des histoires bien écrites et bien travaillées, un certain réalisme, un bon casting, des personnages intéressants et pas manichéens et également en petit plus, une petite critique du fonctionnement de nos sociétés mais sans pour autant tomber dans la facilité.

Cette série devra à terme figurer dans ma Dévédéthèque !

Je n’avais pas encore non plus eu l’occasion de voir Game of Thrones. J’avais tort mais cela m’a permis d’en faire un moment télévisulel à partager entre amoureux. Cette série est juste parfaite. Et la fin de la saison 6 est purement jouissive. WAW !

Rayon nouveauté, Billions apparu fin de l’année m’a beaucoup plus. Je ne sais pas où va nous mener la saison 2 qui arrivera très vite mais ça risque d’être très sympa.

Enfin, The Young Pope m’a vraiment captivé grâce surtout à son excellent casting. Très bonne qualité et très intéressant (et puis, c’est gai de se mettre au jeu de ce qu’on ferait si on devenait Pape). De Zestien, petite série flamande est un peu « OVNI » mais vraiment drôle et un peu acerbe.

Rayon pas vraiment déception mais quand même un peu: Westworld. Thème extrêmement intéressant et traité de manière originale. Excellent casting. Atmosphère géniale. Mais plus les épisodes passent et plus je deviens sceptique sur l’histoire et le scénario. Et le dernier épisode qui aurait pu être une apothéose a viré un peu au n’importe quoi selon moi. C’est plus un « Meh » ( (C) Fossoyeur de films) qu’un flop et je regarderai la saison 2. Mais voilà, je suis d’autant plus déçu que le sans faute aurait pu être possible.

Rayon carrément déception (toujours un peu plus): Walking Dead. Je continue à regarder par habitude mais les faiblesses sont des gouffres. On ne va pas tirer sur l’ambulance.

Côté films

Je ne vais pas faire trop long, je ne liste pas tout ce que j’ai vu, ni tout ce que j’ai aimé, j’essaye de me limiter au cinéma, par ailleurs:

  • Papa ou Maman 2 (différent du premier, ce qui est positif puisque ça reste très drôle)
  • Ma vie de courgette (émouvant, beau ! la preuve qu’un budget énorme n’est pas obligatoire). Je regrette juste de ne pas avoir pu le voir avec Flo.
  • Don’t Breathe (très bon film d’horreur, et je suis exigeant car il est très facile de faire du mauvais, c’est un jeu d’équilibres compliqué)
  • La danseuse (WAW)
  • War Dogs (je dois admettre que ma compagne a moins aimé, cela doit être un film à l’humour plus masculin)
  • A man called Ove (le meilleur film de l’année selon moi !!! Injustement méconnu même si je comprends que la VO puisse rebuter. Humour et émotions sont au programme durant tout le film)

J’ai beaucoup aimé, très bons films également :

  • Le livre de la jungle (grande réussite Disney et très belle adaptation)
  • Pride and Prejudice VS Zombie (Waw, un bel ovni très réussi)
  • Zootopia (excellent film d’animation très drôle)
  • Spotlight (quelle aventure !)
  • Joy (un beau biopic réussi)
  • Comment c’est loin (je pense l’avoir vu en 2016)

Côté livres et BD

  • La force des discrets de Susan Cain (lisez le !)
  • Guy Delisle, S’enfuir, récit d’un otage.
  • JIM, l’érection (ce n’est pas érotique, ne fuyez pas à cause du titre)
  • Elisabeth Badinter, fausse route. Très instructif.

Le mot de la fin …

Ce blog me prend du temps, mais pas tant que cela en fin de compte. Et j’en ai encore à vous consacrer. N’hésitez jamais à écrire, commenter, me contacter, m’interpeller. Et à vous abonner au flux RSS (je conseille Inoreader pour les lire) pour être tenu au courant de la sortie de chaque article !

Et puis, h’hésitez pas, vous aussi, à devenir blogueur pour être participant au débat plutôt que seulement spectateur.

Par contre, ne le devenez surtout pas pour suivre cette mode de gens qui pensent qu’ils vont pouvoir devenir célèbres ou en vivre. Oui, ça peut être un rêve. Mais bloguer ne vaut le coup que si c’est une vraie passion à la base.

Allez, je vous souhaite une bonne année 2017 !

La force des discrets, livre de Susan Cain

J’ai découvert Susan Cain par hasard sur le site de vidéos TED (cf. fin de l’article pour voir son intervention). Comme ce qu’elle disait était brillant et réfléchi, j’ai fait des recherches sur elle, j’ai vu qu’elle avait écrit un livre et je l’ai commandé. Ensuite, il a trainé sur ma bibliothèque pendant longtemps avant que je le lise et vous le partage.

Je ne vais pas vous en faire un résumé complet, tâche impossible. Mais je vais survoler quelques sujets et espérer vous donner l’envie de l’acheter ou l’emprunter.

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Le malentendu de la timidité, précisions sur l’introversion

Introversion et timidité sont souvent compris comme étant intimement liés. Pourtant, il existe des extravertis timides et des introvertis non timides. La timidité provient d’une peur. L’introverti fuit les situations de trop grande stimulation non par peur mais par déplaisir.

En chiffres …

Entre un tiers et la moitié des américains seraient introvertis ! Cela signifie que bien qu’on les pense, peu nombreux, ils sont en réalité une quantité non négligeable. Le souci est que nombre d’entre eux se camouflent en extravertis, ce qui n’est pas bon pour eux (pour leur santé) ni pour la société.

L’idéal extraverti

Quand on nait introverti, on se rend compte rapidement que la pression est mise pour nous faire accepter et désirer des traits de caractères qui ne sont pas les nôtres et qu’on peut rattacher à l’extraversion.

C’est vrai dans notre culture européenne, ça l’est encore plus dans celle de l’auteure (américaine).

Préférer lire un livre plutôt que de sortir en boite s’amuser ? Briller dans les études ? Ce ne sont pas ou plus des caractéristiques enviées mais plutôt des signes « d’anormalité » qu’il convient de brocarder. L’élève intello n’est pas un exemple à suivre mais plus souvent la tête de turc des autres élèves.

Et pourtant, en Asie, c’est tout le contraire. Preuve qu’il s’agit de quelque chose d’avant tout culturel. D’autant plus que, durant des siècles et des siècles, l’introverti, homme sage et mesuré a été mis en avant chez nous aussi. L’extraversion n’est la « nouvelle » tendance à suivre à l’école, dans les entreprises et même dans les familles que depuis le début du 20ème siècle.

Moi-même, j’ai été imprégné de tout ça, croyant qu’il me fallait devenir ce que je n’étais pas. Il est important de se rendre compte qu’être introverti n’est pas une tare et qu’il ne faut pas le cacher. Ce livre aide à cela et est assez salutaire.

Nous aurions tout à gagner à ce que les introvertis soient aussi les bienvenus pour ce qu’ils sont dans la société. Cela dit, remettre en cause un idéal ne veut pas dire qu’il faille jeter tout et partir dans le sens opposé. Au contraire, le livre nous montre bien que les deux caractères fonctionnent mieux quand ils sont associés et qu’ils s’enrichissent mutuellement.

Ethnie, genre sexuel et … caractère ?

Si l’on se préoccupe aujourd’hui énormément d’intégrer les cultures entre elles ou de donner aux femmes la place qu’elles méritent, on ne se préoccupe jamais des différences entre introvertis et extravertis. Pourtant, les uns et les autres ne réagissent pas du tout de la même manière à l’environnement dans lequel ils vivent ou travaillent.

Il serait salutaire que tous les chefs d’entreprise se mettent à avoir une politique RH qui en tienne compte, que les décideurs et professeurs dans l’enseignement fassent pareil et que les enfants puissent s’épanouir au sein d’un foyer où on ne les force pas à être ce qu’ils ne sont pas.

Dans mon domaine, qui est la GRH (Gestion des Ressources Humaines), justement, je me rends compte que l’enseignement reçu n’en a jamais parlé. Or, cela serait intéressant que les futures diplômés en ressources humaines puissent apprendre, même s’ils seront libres ou pas d’essayer de le mettre en œuvre, les connaissances suffisantes afin de permettre à tous les tempéraments de donner le meilleur en entreprise.

Il n’y a actuellement aucune conscience de la productivité ou, dit autrement, de l’intelligence collective qu’on perd en ne mettant pas les personnes dans les meilleures conditions pour travailler ou étudier. Ou au minimum, en y réfléchissant pas sérieusement.

Pourquoi un enfant devrait-il nécessairement être le plus populaire de sa classe alors qu’une amitié fidèle le rend déjà heureux ?

Pourquoi les écoliers doivent-ils nécessairement participer en classe quand cet exercice les rend mal à l’aise et leur fait perdre leurs moyens ? Pourquoi promouvoir les travaux en groupe trop larges ou les plans de classes trop ouverts ? On le fait parce que c’est la mode ou parce que l’égo du professeur (ou son propre caractère) veut qu’un élève doit lui montrer qu’il est écouté et compris. Mais cela peut l’être par d’autres moyens.

Enfin, j’ai déjà pu constater moi-même à quel point je pouvais perdre de mon efficacité dans un environnement de travail trop bruyant. Alors que d’autres déprimeront dans un espace de travail avec trop peu de stimulation. Laissons une flexibilité suffisante pour que les extravertis ne se retrouvent pas obligés de prendre du télétravail et les introvertis se retrouver dans un open space laissant trop peu d’intimités.

Tout cela mérite en tout cas qu’on s’en préoccupe plus et qu’on y donne plus ample attention.

Pourquoi est-on introverti ? l’hypothèse biologique

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Jérôme Kagan, décrit par Susan Cain comme « un des plus grands psychologues du développement du 20ème siècle », est à l’origine d’une hypothèse qui peut expliquer en partie pourquoi nous sommes l’un ou l’autre.

Lors d’une étude, il avait exposé des nourrissons à des « expériences de la nouveauté ». Il en ressortit que 20% étaient à réactivité haute, 40% à réactivité basse et le reste entre les deux.

De manière totalement contre intuitive, il paria que les bébés à réactivité haute deviendraient les futurs introvertis. A l’âge de 2, 7 et 11 ans, les enfants de l’expérience furent re-testés, examinés et on interrogea également leurs proches. Et l’hypothèse de Kagan fut confirmée.

Parce qu’il chercha également la raison qui amenaient à ce résultat, Kagan se rendit compte que celle-ci se situait au niveau de l’amygdale (cerveau primitif qui gère les émotions) et du système nerveux central. Les bébés à haute réactivité avaient une amygdale très réactive à la nouveauté et les autres non.

En quelques sortes l’introversion peut venir du grand déplaisir ressenti lors d’une sur-stimulation. Puisqu’ils sont plus sensibles, ils ressentent beaucoup plus de choses, ce qui peut les submerger. Or, justement, certaines situations, quand on est introverti, nous fatiguent énormément où nous donnent mal de tête, précisément comme si notre cerveau avait été mis à rude épreuve.

Les introvertis ont tendance à voir plus les détails, faire des choix plus réfléchis et à s’impliquer plus en profondeur parce qu’ils sont plus alertes face à la nouveauté et que leur système nerveux central les rend plus sensibles à leur environnement. Cela les rend moins sociaux mais leur donne aussi d’autres avantages importants.

Cette hypothèse biologique n’est pas satisfaisante dans tous les cas (vraisemblablement 40 à 50%), mais elle en explique beaucoup. Par ailleurs, les études de Schwartz indiquent que nous pouvons, dans certains cas, modeler notre caractère, même y s’il est mis des limites importantes. Nous avons donc un libre arbitre, certes, même s’il connait des limites.

Plus de détails dans le livre.

Complémentarité entre extravertis et introvertis

Ces caractéristiques de personnalité sont observées également chez les animaux et semblent tout à fait complémentaires depuis la nuit des temps.

Je laisse quelques extraits du livre pour l’illustrer :

« Wilson, comme Aron, considèrent que, si les deux profils d’animaux coexistent, c’est parce qu’ils ont des stratégies de survie radicalement différentes qui payent dans des circonstances et à des époques bien spécifiques. C’est ce que l’on appelle la théorie de l’évolution par le compromis (ou « trade-off ») dans laquelle une caractéristique particulière n’est ni bonne ni mauvaise mais un mélange d’avantages et d’inconvénients dont la valeur en termes de survie varie selon les circonstances.

Les animaux « timides » partent moins souvent et moins loin en quête de nourriture, économisent leur énergie et restent en périphérie des zones de chasse ce qui leur permet d’échapper aux prédateurs. Les animaux plus intrépides sortent sans prendre de précaution et se font régulièrement avaler par les espèces qui se situent plus haut dans la chaine alimentaire. Mais quand la nourriture se fait rare et qu’il faut prendre plus de risques, ce sont eux qui survivent. » (p. 192-193).

« Certains chercheurs émettent même l’hypothèse selon laquelle le fondement de caractéristiques telle que la sensibilité serait une compassion exacerbée à l’égard des autres membres de l’espèce, et particulièrement de sa propre famille.

Mais nul besoin d’aller si loin. Comme l’explique Aron, il parait cohérent qu’un groupe puisse dépendre des membres sensibles pour survivre. « Prenez un troupeau d’antilopes dont quelques membres s’arrêtent constamment de brouter pour guetter les prédateurs. Les troupeaux dotés d’éléments aussi sensibles et alertes ont un meilleur taux de survie et continuent à se reproduire, maintenant ainsi la proportion d’individus sensibles au sein du groupe ».

Et pourquoi en serait-il autrement pour l’homme ? Notre espèce a besoin de ses Eleanor Rooselvelt aussi surement que les troupeaux d’antilopes dépendent de leurs éléments les plus sensibles. » (p. 194-195).

Crise de 2008, monde de la finance

Un peu comme illustration de ce qu’on pourrait gagner ou éviter dans un monde plus équilibré, il y a le krach de 2008.

Les introvertis voient beaucoup mieux les risques arriver alors que les extravertis les sous-estiment systématiquement. Des voix s’étaient exprimées pour dénoncer ce qui allait arriver mais n’ont pas été écoutées. Un chapitre très intéressant y est consacré.

Mon avis sur le livre

J’ai été passionné par sa lecture. Son écriture est la suite d’un long travail de recherche, de grande qualité, et le sujet lui-même est extrêmement intéressant.

Il concerne évidemment en tout premier lieu les introvertis mais également tous ceux qui sont en contact avec eux, qu’ils soient leurs parents, amis, amants, professeurs, patrons … Tout le monde peut sortir grandi de sa lecture.

Le contenu est très dense mais ça se lit en toute légèreté sans aucun mal de tête. C’est juste très difficile à résumer.

C’est donc un livre que je recommande sans aucune réserve. Ici, je ne l’ai survolé que très très rapidement, sa lecture vous donnera beaucoup de plaisir si vous aimez mieux vous comprendre ou mieux comprendre les autres.

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Pour aller plus loin

Sa vidéo lors d’un évènement TED :

Le livre est disponible aux éditions JC Lattès, collection livre de poche (mon édition est celle de 2013).