Ma librairie du futur

Quand j’étais plus petit (adolescent), je rêvais d’avoir ma propre librairie. La raison ? Je voulais simplement pouvoir lire tous ces magazines qui me faisaient envie et qu’il était impossible de se payer. Idem pour les livres qui coûtent relativement cher quand on a peu d’argent de poche. Bien sur, c’était un peu « naïf » de croire qu’un libraire a le temps de faire ça.

Mais, donc, tout ça pour dire que ce monde-là m’intéresse depuis longtemps.

Entre temps, ce que je n’aurais pas imaginé plus petit, est venu s’ajouter la dimension technologique et les interrogations sur le futur de la profession. Le progrès technologique m’a toujours fasciné et pose beaucoup de questions (accès à la culture, avenir du réseau de distribution, possibilité pour tous de se faire auto-éditer facilement).

Et last but not least, j’ai rencontré quelqu’un qui avait elle-même caressé le rêve de travailler au sein de la chaine du livre.

Comme j’ai déjà longuement réfléchi sur l’avenir d’une profession, ou plutôt sur la manière de garder un avenir à une profession, j’avais envie de le poser dans un écrit structuré et de le partager avec vous.

Je commence par esquisser quelques questions d’actualité et beaucoup parler d’une comparaison avec Amazon et à la fin je vous présenterai concrètement ce que j’imagine comme librairie du futur (celle dont je rêve en tout cas).

La situation aujourd’hui

Avant de dresser le portrait de ce que je peux imaginer comme étant la « librairie du futur », j’ai envie de discuter avec vous sur certains sujets d’actualité.

Amazon, le grand méchant ?

On parle souvent d’Amazon en mal, presque en mal absolu, une sorte de Voldemort repoussoir. Pourtant, à y regarder de plus près, Amazon a apporté des bonnes choses au consommateur et s’il représente un danger potentiel, il n’est pas forcément toujours là où on dit qu’il est.

Amazon est un danger pour la diversité ?

Non

Alors, en réalité, un des plus grands apports d’Amazon est justement d’avoir réouvert complètement l’horizon culturel complètement.

Son stock est immense et se complète avec les livres d’occasion d’un réseau de partenaire ahurissant. S’il y a bien un domaine où on peut dire 200* merci à Amazon, c’est celui d’avoir prolongé la vie de nombreux livres. Les livres qui n’était plus imprimés, édités ont souvent retrouvé une (seconde ou nouvelle) vie.

Bien sur, Amazon tisser un réseau de librairies d’occasion et numériser les stocks existants permettrait d’obtenir le même effet sans Amazon. Mais les librairies, avant d’avoir ce concurrent, n’avaient aucun intérêt à le faire (leur intérêt était surtout de pousser à vendre des livres en stock, soit en bonne partie des nouveautés ou des invendus autres que « ce » livre que nous cherchions). Le précieux conseil du libraire consistait donc souvent à pallier un défaut. Il fallait nous aider à trouver un livre de substitution pour le livre que nous cherchions réellement.

J’ai vu qu’une initiative en Belgique existait de fédérer beaucoup plus les librairies indépendantes : enfin ! Après combien d’années ? Je pense que le métier de libraire doit être extrêmement individualiste pour qu’une mise en commun (et encore, on est sans doute loin du possible et du souhaitable) commence à se mettre en route. Mais d’un côté, sans la concurrence d’Amazon, on y serait jamais arrivé.

Enfin, Amazon propose son service d’autoédition assez facile à utiliser, ce qui en soit, accroit encore de beaucoup la diversité de ce qui est proposé. Pas forcément une bonne chose pour l’écosystème économique (trop d’offre tue l’offre) mais d’un strict point de vue diversité, on y est.

Oui, si …

Il y a toutefois deux choses qui pourraient faire d’Amazon un danger pour la diversité du livre, un jour.

  1. Le monopole
  2. La technologie

Les deux raisons peuvent se compléter.

Si un jour, leur part de marché devient si énorme que nous n’avons plus vraiment de choix ou plus assez, le Gouvernement pourrait alors très facilement censurer et contrôler une éventuelle censure et même le faire discrètement. Moins il y a d’acteurs, mieux on peut les contrôler. Ce danger n’existe que dans une société où l’état de droit est en faillite mais à y regarder de plus près, les partis populistes et extrémistes n’ont jamais été aussi puissants, donc … pas impossible.

La même cause peut également créer un autre effet. Si le réseau de distribution comprend très peu d’acteurs différents, ceux-ci pourraient se mettre en « cartel » et imposer des conditions aux éditeurs sur leurs prix (ce qui se répercutera sur les auteurs), sur leurs nombres de sorties et sur leur politique éditoriale indirectement ou directement. Le but d’une société commerciale est de maximiser ses bénéfices et par conséquent de diminuer les risques.

Enfin, quand je parle de technologie, c’est le danger « Kindle », celui des DRM (logiciel qui vérifie qu’un livre numérique acheté ne pourra pas être partagé, piraté, facilement et sera seulement lu par son auteur). Dans la musique, on a (grâce à Steve Jobs) finit par supprimer les DRM sans que cela crée des problèmes mais ceux-ci font malheureusement encore de la résistance dans le monde du cinéma / télévision / livre numérique.

Amazon n’est pas qu’une librairie, c’est aussi un magasin qui vend beaucoup de choses différentes dont les liseuses numériques et des livres numériques. Ces liseuses, vendues par Amazon, sont vendues au meilleur prix pour tuer le marché ET ne peuvent lire QUE ce qui est vendu par Amazon.

On touche là au vrai ET plus grand danger d’Amazon. Contrairement à ce qu’on pense, je pense que les librairies peuvent s’adapter sans trop de problèmes et concurrencer Amazon de manière à maintenir un équilibre et éviter le monopole. Mais, dans le cadre du livre numérique, il y a une véritable prison très dangereuse qui peut se mettre en place.

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Si Amazon écrase la concurrence des liseuses, il fait une pierre deux coups et écrase dans le même temps la concurrence des vendeurs d’e-books (je caricature un peu, mais c’est le propos). C’est à ce sujet que les libraires (car je leur vois aussi un avenir dans le monde du livre numérique) et les amoureux du livre devraient être le plus attentif avant qu’il ne soit trop tard. S’il est facile de lancer un commerce de livre en plein monopole Amazon si la clientèle veut changer de crémière, il est nettement plus difficile de relancer une production de liseuse ou de faire changer de vendeurs d’e-book si tout ce que les gens ont acheté précédemment n’est pas compatible avec ce que vous proposez aujourd’hui.

Ce n’est pas le but de cet article, mais si j’avais un conseil à donner au monde politique à ce propos (je pense qu’il s’en cogne et n’y comprends rien mais bon, sait-on jamais …), il serait le suivant :

  1. Imposez un standard universel de DRM pour les ebooks. Tout vendeur d’ebook doit (pouvoir) utiliser un standard universel d’ebooks compatibles avec toutes les liseuses
  2. Imposez des normes d’interopérabilités !! Obligez chaque vendeur à permettre le téléchargement de ses (précédents) achats dans cette norme ou à fournir un logiciel qui transformera ces fichiers dans un format lisible sur toutes les liseuses
  3. Idéalement, mais il faut du courage pour cela, supprimez les DRM !

Amazon, la dictature de l’immédiat ?

C’est l’argument le plus bizarre que j’entends généralement dans la bouche des libraires. Amazon, ce serait la faute du client qui veut tout, tout de suite (et qui a tort).

Je pense que cette critique vient avant tout de l’habitude qu’on pris certains libraires à vendre autre chose que ce que le client recherche et à valoriser du mieux possible son stock. Souvent de manière contre-productive d’ailleurs, aujourd’hui, puisque cela a poussé les clients dans les bras d’Amazon, mais pas définitivement.

Quelqu’un qui se rend en librairie peut avoir deux buts très différents pour le libraire :

  • soit il sait ce qu’il cherche et n’a aucun besoin du conseil hormis celui qui lui permettra de savoir où est son livre
  • soit, il veut juste acheter quelque chose sans but particulier et va examiner un rayon en particulier (par exemple, les livres pour enfants) ou regarder ce qui est arrivé dans les nouveautés

Si le libraire a le livre en stock, il sera TOUJOURS plus rapide qu’Amazon et ce sera même souvent plus satisfaisant pour le lecteur qui pourra entamer la lecture aussi vite que possible et qui ne devra pas aller au bureau de poste ou faire face à un livre qui a été abîmé lors de la livraison ou de l’empaquetage.

Par contre, s’il faut commander, c’est très majoritairement une expérience très négative à vivre. Combien de fois il faut parfois (re)venir pour entendre qu’un livre n’est toujours pas arrivé, on ne sait jamais nous dire quand il arrivera et il faut se déplacer alors qu’on a pas toujours le temps de se rendre en centre ville. Beaucoup de lecteurs vont alors se décider de se rendre dans une autre librairie de la ville ou commander directement sur un service en ligne.

Et dans le cas où on ne sait pas ce qu’on cherche, le conseil du libraire sera intéressant de même que la possibilité de feuilleter le livre. Et ce sera toujours, dans tous les cas, plus rapide de se rendre en librairie. A noter que le conseil Amazon n’est pas aussi mauvais que les libraires aiment le dire : l’algorithme peut deviner mieux qu’un humain quelles sorties pourraient nous intéresser et les commentaires des lecteurs nous permettent d’accéder à une diversité d’opinions qui nous aidera grandement.

La situation n’est donc pas si mauvaise qu’on le dit et surtout, hormis dans le cas où il faut commander, aujourd’hui, la rapidité n’est pas du côté d’Amazon. Je suis donc étonné d’entendre souvent cet argument. On verra par la suite, mais, en plus, des solutions sont possibles pour améliorer la compétitivité des libraires.

Amazon, les conditions de travail dégueulasses ?

Cela pourrait faire l’objet d’un article à lui tout seul. Mais je suis convaincu qu’Amazon ne peut se permettre sa politique actuelle que à cause du taux de chômage élevé dans les régions dans lesquelles il s’implante. Il s’agit ici d’un combat syndical qui doit être mené mais qui est indépendant du problème, selon moi. Ce n’est pas lié au modèle économique en tant que tel. On pourrait avoir un Amazon qui respecte plus les travailleurs, ce n’est pas la question principale quand on parle de chaine du livre.

Cela ressemble par contre à un argument massue pour éviter de regarder dans son propre jardin. Pas sur que les conditions de travail soient idéales dans toutes les autres librairies non plus. Le livre de Leslie Plée sur son expérience de libraire dans une grande surface culturelle bien française ne montre pas forcément un point de vue très réjouissant (à noter qu’il n’existe plus en neuf …).

Pourquoi, dans une certaine mesure, je me fais l’avocat du diable ?

Dans cet examen de la situation présente, il me paraissait important de parler d’Amazon car ce sont eux, actuellement, qui ont le plus d’impact sur le marché.

Mais, il faut le faire bien. La vérité, c’est qu’une bonne part du succès d’Amazon est aussi dû à un service que le consommateur estime insuffisant dans sa librairie de quartier. Ca fait du mal de le dire, mais les gens ne vont pas chez Amazon par masochisme. Toute campagne de pub qui cherchera à faire changer de crèmerie sur des arguments comme « nous sommes bons, ils sont méchants » n’aura aucun intérêt si vous n’arrivez pas réellement à proposer et à faire connaitre un meilleur service.

Et on le verra dans la suite de l’article, à condition d’accepter le changement, d’évoluer et de se remettre en question, c’est tout à fait possible.

Or, tant qu’on reste dans cette caricature du méchant qu’il faut combattre, on ne fait pas le travail le plus important, c’est à dire améliorer son propre service, séduire le client. On ne séduit pas un client en critiquant le concurrent. Oubliez ça. Au mieux, vous aurez un sourire en face et un achat honteux derrière le dos. Au pire, vous perdrez tout car le client ne se sentira pas au centre de vos préoccupations.

Le livre numérique, la fin des librairies ?

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Au contraire ! Si les libraires s’adaptent et s’unissent, cela peut être une très grande opportunité.

Toutefois, comme j’en ai discuté plus haut, cela va demander une action énergique de la part du monde politique pour éviter toute situation technologique qui conduira à un monopole dangereux.

Et cela demandera également qu’on puisse créer un cadre qui le favorise vraiment. Des livres numériques vendus plus chers que la version poche, il faut arrêter cela tout de suite ! Des DRM qui t’emprisonnent chez le même vendeur, c’est un problème qu’il faut stopper avant qu’il ne soit trop tard.

Enfin, le livre papier ne cessera jamais totalement car il y a le plaisir de « posséder » pour de vrai et il y a celui des « beaux » livres qu’on ne pourra jamais imiter en numérique. Et il y a moyen de créer une complémentarité. Les libraires devraient pousser à ce que la version numérique d’un livre soit toujours fournie avec l’exemplaire papier, par exemple. Il n’y a pas de sens de payer des droits d’auteurs deux fois pour lire le même livre.

Le prix unique, la solution miracle ?

J’ai déjà fait un article à propos de l’instauration du prix unique du livre en Belgique.

Je continue à penser que ce n’est pas la solution « miracle » qu’on prétend qu’il soit.

Je le redis ici : focaliser sur le prix est suicidaire pour les librairies. Ca les détourne des vrais défis qui est de réinventer leur métier. Les gens sont prêts à payer plus pour la qualité d’un service meilleur. Le prix unique va empêcher que tel dictionnaire ou tel best seller ne se retrouve trop bon marché dans la grande surface d’à côté. Sauf que cela n’empêche pas Pierre, Paul et Jacques de l’acheter dans cette même grande surface puisque c’est sur leur chemin quand ils font leurs courses.

Les grandes surfaces fonctionnent sur l’achat impulsif et le prix n’est qu’une variante du problème. Je ne suis vraiment pas sur que, pour de l’achat en neuf, le prix unique ait une telle importance qu’il puisse sauver les librairies indépendantes. Par contre, il permet d’éviter de se poser les bonnes questions ou de se remettre en question et c’est sans doute pour cela qu’il est tant adulé.

2030, j’ouvre ma librairie « Mosa »

2030, c’est dans dix ans, peu et beaucoup à la fois. J’ai choisi cette date car elle sonne pour moi suffisamment lointaine pour voir ceci arriver. Mais elle demanderait en réalité des actions dès maintenant. Et un lobbying politique pour certains aspects.

Pourquoi « Mosa » ? Simple, j’habite en Belgique et c’est un des plus grands fleuves coulant dans le pays. Une simple référence qu’on veut pouvoir concurrencer et faire mieux qu’Amazon.

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Mosa réel-virtuel / Mosa chez moi

Ma librairie est toujours un endroit chauffé dans lequel je peux pénétrer pour respirer un air hors du temps qui passe. Mais c’est également un lieu numérique tout aussi chaud où je suis aussi bien accueilli, servi et conseillé. Mosa ne peut plus se montrer au client comme avant l’invention d’internet. Ce n’est tout simplement pas possible.

Mon libraire sait tout ce que je lui donne à savoir de moi. J’ai partagé le contenu de ma bibliothèque avec lui. De cette manière, il peut mieux me conseiller. Et je peux bénéficier de certains services plus facilement. Sur base volontaire évidemment. Et de manière facile : avec un bête lecteur à code-barre ou à QR code, j’ai scanné tout ce que je possédais et j’ai fait pareil avec un logiciel pour le répertoire qui contient mes e-books.

Enfin, je peux consulter l’état de son stock, suivre une commande, lui dire mon intérêt pour tel auteur ou telle future sortie, réserver, etc … Mieux, j’ai également accès au stock de toutes les librairies partenaires. Et ceci aussi bien en neuf qu’en occasion.

Meilleur encore, je peux permettre à d’autres clients de me faire des propositions d’achat pour certains des livres que je possède et je peux savoir si un livre existe encore chez quelqu’un. Et lui faire une proposition en passant par mon libraire. Je ne rentre pas dans les détails mais les possibilités sont énormes pour le libraire.

Mosa CLUB

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Chaque librairie doit pouvoir être ou faire partie d’un « club ». Un endroit communautaire.

Je partage mes lectures avec les autres adhérents. Je lis leurs critiques, leurs notes. Je peux suivre les « influenceurs », ceux dont je sais que les goûts correspondent aux miens. Comme sur Amazon, je peux lire de nombreux conseils avant de me lancer.

Je suis également conseillé par un algorithme que je peux moi-même paramétrer : je reçois une alerte quand tel livre arrive en librairie, ou quand tel auteur sort un nouvel opus, il m’informe des auteurs que les gens qui ont le même profil que moi apprécient, je peux lui demander de me suggérer de nouveaux auteurs qui pourraient me plaire. Les possibilités sont très nombreuses mais, contrairement à Amazon, j’ai la main dessus.

Enfin, je fais des rencontres … Des petits ateliers sont organisés pour débattre d’un livre, des dédicaces sont organisées régulièrement, un salon de thé me permet de lire des extraits de livre avant de me décider ou de lire ma liseuse en bonne compagnie dans un endroit reposant. C’est mon « plus », mon « avantage concurrentiel » le plus précieux. Les gens viennent pour l’expérience et se sentir bien dans des fauteuils confortables. Mes plus fidèles clients sont ainsi récompensés et je peux donner du conseil à ceux qui en ont le plus besoin comme les novices et ceux qui n’ont pas l’habitude de fréquenter ces lieux, voir qui en ont une certaine aversion.

Mosa E-Books

Liseuse numérique

Avec tout mon réseau de librairies, on s’est mis ensemble pour proposer la crème de la crème en liseuse numérique au meilleur prix. Comme chez Amazon, ce n’est pas le produit qui me permet de gagner ma vie, mais celui qui me permet de fidéliser mes clients.

Connecté au « club », ma liseuse fait plus que lire des livres, elle me permet d’accéder à ma communauté et d’en être membre à part entière.

Le client a le choix entre un produit luxe, la meilleure qualité sans concession, et un produit d’entrée de gamme qui est concurrentiel par rapport au Kindle.

Au niveau des prix, en jouant sur les volumes, on fait gaffe à rester concurrentiel mais on comprend aussi que même une vente à perte peut être préférable à un client parti pour toujours chez la concurrence (car emprisonné).

Si le lobbying politique contre les DRM n’a pas fonctionné : De nombreux clients sont coincés chez Amazon à cause des DRM. C’est un combat que nous menons en priorité pour notre survie : chaque liseuse qui n’est pas achetée chez Amazon est une perte évitée pour le futur.

Nous proposons une offre basée sur le service qui nous différencie vraiment : la location de liseuse pour les membres actifs du Club. Le client paye tous les mois un certain montant et, en échange, possède toujours une liseuse moderne et à jour, en reçoit une nouvelle en cas de besoin et se la fait réparer gratuitement (un nombre limité de fois pour les maladroits).

Pour les liseuses qui ont été louées, un service de vente d’occasion permet aux moins aisés d’en faire l’acquisition à moindre coût.

Enfin, une liseuse « BD » est à l’étude et sortira bientôt. Elle permettra un confort de lecture aussi bon qu’avec une vraie lecture sans devoir faire de compromis sur le format. Des petits plus existeront même, en fonction des maisons d’éditions et des auteurs. C’est une vraie révolution qui permettra de redonner une vie à de nombreuses BD qui n’étaient plus éditées.

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Vente d’e-books

Nous avons obtenu que chaque client enregistré puisse recevoir gratuitement la version numérique du livre papier qu’il achète. Paradoxalement, cela a boosté la vente des livres papiers (en neuf et occasion) tout en favorisant les ventes digitales.

Une partie de notre espace de vente est consacré aux livres qui n’ont été édités qu’en version numérique. Dans cet espace, les éditeurs mettent à notre disposition un certain nombre de pages / chapitres en format papier que les lecteurs peuvent emprunter pour lire à leur aise avant de se décider d’acheter.

Cette possibilité de découverte existe également directement sur le liseuse, cela va sans dire.

Pour l’achat de livres numériques, il faut être membre du club et ceux-ci sont accessibles et téléchargeables depuis l’espace numérique. Si le client a une liseuse enregistrée, elle reçoit même directement l’exemplaire en téléchargement.

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Vente de livres audio

Les livres audio sont aussi des livres numériques, mais des livres spéciaux.

Dans les espaces d’exposition, des extraits de livres audio pourraient être lus pour inciter les lecteurs à en acheter et à en découvrir. Mais cela pourrait également donner l’envie d’acheter des livres sous format papier / numérique.

Mosa auto-édition

L’auto édition est de plus en plus fréquente.

Ce n’est pas forcément un phénomène qui n’a que des aspects positifs. Je crois personnellement que les maisons d’éditions ont un rôle important à jouer pour faire le tri, pour corriger, pour faire évoluer un texte, pour accompagner un auteur, faire connaitre l’oeuvre. Et l’auto-édition est souvent un choix par défaut : parce qu’on a pas été choisi ou parce qu’on ne sait pas vivre de ce que donne une maison d’éditions (pour les auteurs déjà connus).

Et sans doute parfois un vrai choix face à des maisons d’éditions qui précisément ne font pas toujours très bien leur travail (il faut dire que les deux phénomènes sont liés : il est devenu aussi facile de s’auto éditer que de créer sa maison d’édition).

Toutefois, il faut prendre ce phénomène en compte car il pourrait bien encore beaucoup grandir.

Or, pour les libraires, c’est un énorme danger. Du fait du prix unique du livre, les livres auto édités qui doivent être commandés sur le site de l’imprimeur sont souvent déjà au prix public et donc sans offrir aucune marge. Ou alors, ils doivent être achetés directement à l’auteur. Cela va demander beaucoup plus de travail de gérer quantité d’auteurs.

Mais cela peut être fait de manière centralisée en profitant du réseau comme on en parle au point suivant.

Et une autre solution serait de tout simplement devenir facilitateurs d’auto édition en offrant leur propre plate-forme d’auto édition. Cette plate-forme mettrait à disposition toute la puissance du CLUB en permettant à des infographistes, des correcteurs, des relecteurs de faire leur travail et d’être rémunérés pour cela. Cela ouvrirait la possibilité de lecteurs tests. Enfin, l’auteur qui assurerait un minimum de qualité serait assuré de pouvoir être distribué dans tout le réseau. Ce qui serait un gros avantage par rapport à d’autres plate-formes d’auto édition.

Mosa Stock

Pour les livres qui sont libres de droits, nous avons développé un service qui permet de les imprimer à la demande dans des qualités variables.

Pour ceux que nous devons commander, nous proposer la livraison gratuite à domicile pour les clients membres du club et qui sont les plus fidèles. Pour les autres, nous proposons un prix réduit et accessible. Et évidemment, ils peuvent se faire livrer en magasin et recevoir un SMS ou e-mail quand ce dernier est accessible. Ils pourront alors le retirer dans un casier à l’entrée de la librairie sans devoir faire la file. Evidemment, ils peuvent déjà se plonger dans la version numérique qui est envoyée directement sur leur liseuse.

Avant de venir, il est possible de savoir si un livre est disponible et on peut le mettre de côté / réserver temporairement.

Pour la gestion du stock, la mise en réseau pourrait apporter de gros avantages : une gestion plus centralisée pour une partie du stock, de manière à bien le répartir et à pouvoir le faire tourner. Et un service de chauffeurs qui fassent le tour des librairies pour que ceux-ci puissent bouger rapidement et faire suivre la demande. Ce serait d’autant plus important que le prix unique du livre décidé en Belgique francophone pourrait faire disparaitre les réseaux de distribution wallons et bruxellois ou de les rendre trop chers par rapport à la marge à réaliser pour que le libraire puisse vivre (le prix final étant défini, les prix intermédiaires deviennent le vrai piège pour le libraire).

Mosa partenaire

L’espace Club (thé, salon de lecture) peut être partagé avec d’autres partenaires comme une bibliothèque privée / publique, une librairie d’occasion ou être un salon de thé / cupcake géré par quelqu’un d’autre. La librairie du futur est intégrée dans son espace / ville et ne vit pas seule. Elle est partenaire et même sponsor / mécène. Elle se rend dans les salons du livre et accompagne les auteurs / maisons d’éditions locaux.

Conclusion

Je ne sais pas si je suis trop ambitieux, pas assez, irréaliste, trop réaliste mais, personnellement, tout cela me semble faisable et à même d’offrir un avenir plus radieux à nos libraires.

On remarquera que je donne une certaine place au numérique. Il s’agit d’un changement qui demande des investissements mais aussi d’avoir une « culture » qui ne considère par le numérique et le changement comme étant le « mal ».

Aussi, je pense qu’une taille minimale est nécessaire pour offrir un stock suffisant. Je ne pense pas qu’une librairie puisse encore survivre facilement si l’espace de vente est trop petit. Cela veut dire aussi que les libraires du futur ne travailleront pas seuls et auront besoin d’avoir du personnel pour les aider. Un chiffre d’affaires minimal sera donc nécessaire et un « partage » également. Trop de libraires tuera la librairie. Il y a donc un aspect « réseau » qui deviendra indispensable pour survivre.

Je pense que cet article pourra évoluer en fonction de vos idées et réactions éventuelles. Je serais très intéressé par vos réactions / feedbacks : que ce soit en tant que client, libraire, acteur quelconque ce la chaine du livre. Cela m’intéresse. Ici, j’écris tout autant en tant que lecteur qu’en tant que possible libraire « un jour » (qui sait ce que le vie peut nous amener).

Enfin, je ne me place pas seulement dans un effort d’imagination du futur, j’essaye aussi de donner des idées et de le déformer / anticiper pour que les librairies existent toujours. Rien ne me ferait plus plaisir que de servir de source d’inspiration. Il n’y a pas de « brevet » ici. Copiez et inspirez-vous autant que vous le voulez.

PS : malgré tout le soin apporté à cette écriture et une relecture par ma compagne, il se peut que je ne me sois pas assez relu (je suis assez perfectionniste), n’hésitez pas à me signaler les fautes à corriger en commentaire ou par mail.