The Hunt, film de Craig Zobel

Ceci est une petite critique/analyse sur différents thèmes qui contient des « spoilers », ne lisez pas si vous n’avez pas encore vu le film et si vous comptez le voir.

Ne pas choisir

Le film n’annonce pas tout de suite la couleur bien qu’on comprenne rapidement qu’il y a un malaise. Aucun des « camps » ne semble être très désirable. Ni celui des complotistes « bouseux » (comme ils sont présentés), ni non plus celui des « gentils » Social Justice Warriors qui assassinent à tour de bras. En réalité, la seule personne à s’en sortir vivante est celle qui « s’en fiche ».

Par « s’en foutre », du point de vue du film, il faut entendre deux choses : elle ne veut pas choisir un camp, ni être lièvre, ni être tortue ; le combat lui paraissant par ailleurs foutu d’avance (en faveur des puissants). Et surtout, elle veut le droit de ne pas avoir à se positionner sur ce qui intéresse finalement les deux camps.

Les extrémistes nous disent souvent que ne pas choisir ou ne pas vouloir se prononcer, c’est faire le choix de l’autre camp. Faux dilemme, bien entendu, et l’héroïne a décidé de ne pas se laisser faire. Rien ne l’oblige à se prononcer ou à s’intéresser au PizzaGate ou au massacre des bébés phoques au Canada par exemple. Elle le marque dans la voiture en revenant du camps militaire en répondant à son compagnon que cela ne l’intéresse pas.

On remarquera que tout au long de la chasse, le camps des SJW ne se contente pas de tuer mais essaye encore d’obtenir la « rédemption » de leurs proies en leur parlant et en les faisant parler mais ce n’est pas très concluant. Les bouseux eux-même n’abandonnent pas leurs théories burlesques. Au final, personne ne s’écoute et cela peut sembler logique tant les deux camps ont des positions extrêmes et butées.

Le moment où on peut commencer à entrevoir la fin est celui où l’héroïne évoque la fable du lièvre et de la torture. Du moins, sa version un peu « changée » ou le lièvre fait passer l’envie à la tortue de gagner à sa place encore une fois. A ce moment-là, le gros balourd qui l’accompagne demande : mais nous on est le lièvre ou la tortue ?

Ni l’un ni l’autre justement. Elle ne répond pas. Elle ne veut pas être le lièvre ou la tortue. Ca ne l’intéresse pas. Dans cette compétition, elle veut être celle qui survit et qui arrive de nulle part. Celle qui ne suit pas les règles de la compétition parce qu’elle ne participe pas à la compétition. Elle ne veut pas jouer selon des règles qu’on lui a imposé et qui, de toute façon, font toujours gagner le dominant même quand il n’a pas officiellement réussi à devancer la tortue, trop confiante dans la loyauté de l’adversaire.

Parce que le menu ne nous intéresse pas

Et c’est le parallèle qu’on peut faire aujourd’hui avec la « réalité ». Non, dans notre réalité, il n’y a pas des ultra riches de gauche qui organisent des chasses à l’homme. Mais on retrouve les mêmes camps se revendiquant du « bien » (aucun ne pensant faire partie du « mal ») et c’est totalement insupportable. Aucun de ces camps n’est bon. Ils font tous du mal, tuent, blessent pour un idéal supérieur. Le fascisme est mauvais, qu’il soit de gauche comme de droite.

Dès le moment où on est persuadé de détenir la vérité et qu’on veut l’imposer aux autres, alors, clairement, on est TOUJOURS dans le faux.

Pour moi, c’est à peu près le seul message du film. Les réseaux sociaux, spécialement Twitter sont très clivants et il peut s’y passer des événements terribles pour les gens qui y combattent (harcèlement allant jusque dans la sphère privée, isolement, …). Ils n’aident vraiment pas au débat. Il n’y a pourtant pas de solution à cela sinon d’y faire attention et d’éviter nous même d’entrer dans ce genre de meute et de réflexions à l’emporte-pièce. Être critique y compris pour ce qui nous parait être du bons sens (se rappeler que nous aussi pouvons avoir tort).

En fait, je discute souvent sur internet avec un grand nombre de pseudos différents. Et ce que je vois quand même, c’est que les lieux où les débats sont les plus intéressants sont ceux où il existe une modération neutre. Celle-ci me parait malheureusement impossible à mettre en oeuvre sur Twitter.

Un film gore

Le film est par instant extrêmement gore. Ce sont des moments très réduits mais qui font que le film mérite largement son rating -16. Ça ne sert pas vraiment le propos du film dans le sens où on pourrait faire le même film sans ces moments-là. Du coup, je me suis demandé la raison de ces scènes avec deux hypothèses à la clé.

Soit, c’est purement marketing car on n’attrape pas les mouches avec du vinaigre. On choque pour faire parler du film et faire venir les spectateurs dans les salles. Soit, c’est parce que les auteurs se sont dit que cela demanderait une certaine maturité pour le « comprendre » et ont rajouté ces scènes exprès pour qu’il ne soit vu que par des adultes (en théorie).

Réalisation, qualité technique

Du côté de la réalisation, on ne sent pas que c’est un relativement petit budget. Pour moi, la plus grande qualité du film est à retrouver là. Comme il est bien réalisé, on a quand même pas mal de moments où on suit nos protagonistes avec intérêt et du suspens bien amené. Faire cela malgré, finalement, une histoire relativement simpliste et pauvre, c’est quand même pas mal.

Les prolos ne sont pas oubliés

Ce qui est intéressant aussi dans ce qui est montré, c’est que les gentils organisateurs de la chasse ont des grands discours mais montrent finalement peu de respect envers les vrais prolétaires qu’ils côtoient (représentés ici par le personnel de l’avion). C’est évidemment pour nous montrer que derrière les paroles les plus pures, il n’y a pas toujours des actes qui suivent.

Conclusion

Ce ne sera pas pour moi un film « culte ». Et c’est un film dispensable. Mais, tout de même, si vous avez envie de vous divertir sans prise de tête, et bien, ça peut quand même défouler un peu. Surtout si, comme sans doute la majorité de la population, vous ne voulez pas choisir entre une extrême politique et une autre. Après, ça doit se regarder avec un second degré évident. On n’est pas des psychopathes !