Under the silver lake film de David Robert Mitchell, petite analyse

J’ai vu le film au cinéma et n’ai donc pas eu l’occasion de le voir plusieurs fois. En plus, c’était il y a plusieurs jours (au moment de l’écriture, encore plus à la relecture et publication) et certains souvenirs s’estompent déjà. Dans tous les cas, j’irai vraiment très vite car je n’ai pas envie d’en parler longuement. D’ailleurs, j’évoquerai parfois plus des pistes à creuser et des commentaires que des idées bien réfléchies.

Hiatus bande annonce et film

Si j’ai été le voir, c’est du fait de la bande annonce que je trouve extrêmement alléchante. Elle me faisait penser à la face cachée de Margo, un teen movie assez bon et avec des énigmes intéressantes tout en ayant du bon humour. Il y avait aussi une quête initiatique.

J’attendais la même chose de « Under the silver lake » et je fus donc … très déçu. Je ne sais pas si le film était vraiment si mauvais mais quand je reçois autre chose que ce qu’on m’a vendu et bien, j’en ressors toujours avec un goût de trop peu.

Relations avec les femmes

Le héro a des relations très bizarres ou malsaines avec les femmes. C’est un vrai « taré ».

A commencer d’ailleurs par la relation avec sa mère à qui il ment (est-elle encore vivante ?). Un des problèmes avec le film est qu’on peut douter de tout. Je pense qu’il y a des indices qui nous permettent de savoir quand il est drogué ou pas mais, en fait, les chercher ne ferait que nous perdre encore plus. En effet, puisqu’il est plus que probablement fou à lier, même en étant « sobre », rien de ce que nous voyons n’est encore réellement sur.

Toutes les femmes avec qui il a des relations finissent par disparaitre. J’ai bien l’impression que les femmes ne réapparaissent plus après s’être refusées à lui.

La dernière avec qui il couche et qu’il mate avec ses jumelles est âgée, ce qui doit certainement lui rappeler sa mère.

Beware the dog killer

Le film commence par ce message qui ne cessera ensuite d’apparaitre. Il n’y a pas vraiment d’enquête à faire, on comprend très vite (si on veut bien regarder les images) que, malgré les filtres que Sam s’impose, il est un tueur.

Je vois au moins deux indices évidents : le sang sur les mains quand il se réveille et le producteur (?) qui est tué de ses mains avec la guitare. Un très grand nombre d’autres indices moins évidents sont là pour parsemer constamment le film (par exemple, un cadavre sur son chemin).

Ainsi, il m’apparait presqu’évident que c’est lui qui est le tueur de chiens. Et que les femmes qui disparaissent ou sont tuées à proximité de lui le sont également de sa main. Pour les chiens, il y a cette interrogation sur le fait qu’il ait des biscuits pour chiens dans sa poche. A ce moment là, c’est comme s’il était prêt de se révéler la vérité à lui-même mais décide finalement de ne pas le faire.

Disparition de Sarah

Sam se plaint qu’il n’est pas normal de déménager en pleine nuit. Mais il ne lui semble pas anormal de déménager juste après avoir emménagé.

Sarah est comme irréelle. Par exemple, il y a un moment où la locataire à la poitrine dévoilée lui fait une remarque sur le son qui va trop fort. Elle dit avoir fait le changement et l’autre la remercie alors qu’en fait rien n’a changé. Cette petite scène irréelle est là comme indice que quelque chose d’étrange se passe.

De même, il y a ce moment où Sam et sa copine font l’amour et où passe à la télévision un extrait sur quelqu’un qui a disparu.

Pour moi, il est clair que Sarah, au moment où il l’observe avec ses jumelles, est en fait déjà morte. Elle était bien dans la voiture et la personne est décédée rapidement après sa disparition entourée des quatre filles. A chaque fois qu’il verra un de ces protagonistes, ce seront en fait des « fantômes ».

A travers toutes ces recherches, il ne fait qu’essayer de trouver une autre explication beaucoup plus compliquée que la vérité mais aussi beaucoup plus accommodante. En effet, pour ne pas assumer ses actes de meurtrier psychopathe, il doit alors se mentir à lui-même et inventer une histoire rocambolesque et invraisemblable mais qui aura au moins le mérite de le rassurer.

C’est sans doute d’ailleurs là que se fait le parallèle avec les complotistes qui préfèrent croire des choses compliquées plutôt que des hypothèses plus faciles comme celles du hasard ou de l’incompétence.

On voit d’ailleurs que le complot des riches qui veulent disparaitre avec de jolies femmes est utilisé pour que Sam ait l’impression que non seulement celles-ci ont choisi la situation mais qu’en plus elles en sont heureuses (cf. le coup de téléphone dans la caverne).

Le roi des clochards et l’odeur

Ce personnage de roi des clochards est comme sa conscience et essaie de l’amener à découvrir la vérité.

Comme un clochard, il est « puant » et il est également quasiment sans domicile et très pauvre.

Toutefois, à propos de l’odeur, je me demande si ce n’est pas aussi un indice pour nous désigner les personnes qui sont déjà mortes. En quelques sortes, elles sentent l’odeur puante parce que leur corps est en réalité en voie de putréfaction.

Critiques intéressantes

Mon article est concis et ne va pas assez loin mais j’ai déclaré forfait pour ce film trop alambiqué pour moi. Pour prolonger, je vous propose deux critiques intéressantes :

Hugo Cabret, film de Martin Scorcese, réflexions, commentaire et analyse

Je mets mes réflexions en vrac sur quelques sujets qui me paraissent importants.

J’ai vu le film une fois avec ma fille mais je pense que de nombreuses relectures ouvriraient sans doute sur des découvertes plus pointues. Je mettrai peut-être à jour l’article si j’en ai l’occasion mais comme le but n’est pas de faire un très long article, ce n’est pas certain du tout.

J’ai donc conscience que la plupart de ce qui est dit ici aura été réfléchi longuement mais pas pour autant analysé en profondeur, préférant, en ce moment, consacrer plus de temps à la lecture.

Orphelin

Grandir sans parents est un thème majeur et certainement le plus évident. Cela aurait pu être plus subtil d’ailleurs si on n’avait pas eu l’inspecteur de gare pour le mettre à l’avant plan.

Mais, voyons les éléments :

  • Hugo est orphelin de père et de mère et perd encore son oncle qui était son tuteur
  • La filleule de George Méliès est est également orpheline de père et de mère
  • L’inspecteur de la gare est lui-même orphelin

L’inspecteur de la gare a comme passe temps favori de chasser les orphelins pour les envoyer à l’orphelinat et c’en est presque son unique sujet de conversation. Il le fera jusqu’à être interrompu par un Méliès retrouvant la foi.

Il dit : « tu n’iras nulle part tant qu’on n’aura pas retrouvé tes parents ». Même s’il se vante que l’orphelinat lui a fait du bien, cela prouve qu’au fond de lui-même, il aurait aimé vivre avec ses géniteurs. Cela montre aussi que notre « vrai » créateur nous est nécessaire et qu’on ne peut pas se satisfaire de parents de substitution.

J’y vois un parallèle avec le cinéma qui se retrouve orphelin du génie de Méliès après sa faillite économique. Cela peut même être considéré comme une critique d’un pays qui n’a pas su faire prospérer le septième art sur son sol par manque de moyens alors que tout y avait pourtant commencé avec de grands génies.

Méliès, le génie

Le film ne s’appelle pas Georges Méliès mais Hugo Cabret.

Pourtant, le vrai personnage principal est, à mon sens, bien Méliès même si il n’en est pas le héro à proprement parler. Ce film est avant tout un hommage à un grand homme dont on montre le talent et l’apport très important à l’histoire du cinéma.

Inventer un personnage de fiction était un artifice intéressant pour mettre en relief son histoire sous la forme d’une enquête avec des énigmes. C’est très efficace pour maintenir l’attention du spectateur et pour créer de l’émotion et de l’empathie. Mais, je me demande également si ce n’est pas aussi, au contraire, pour évoquer les côtés sombres du magicien.

Péripéties

Juste un mot sur celles-ci. Elles sont nécessaires pour avoir une histoire. Mais, ici, elles sont un peu trop artificielles à mon goût. Les multiples secrets ne servent qu’à avoir une histoire qui ne dure pas cinq minutes. C’est utile mais cela me semblait un peu trop facile à mon goût. Jusqu’à ce qu’un des sens caché m’apparaisse de manière plus évidente (voir plus bas). A partir de ce moment, j’ai considéré le secret comme nécessaire dans le récit.

Gare parisienne (Montparnasse ?)

Le début du film avec son arrivée en gare est une référence assez évidente aux frères Lumière et au premier film de l’histoire du cinéma sur « l’arrivée d’un train en gare ». J’observe souvent que le début d’un livre ou d’un film a une signification symbolique forte pour expliquer le reste de l’oeuvre. Pour moi, c’est un indice qui montre que le vrai sujet est bien le cinéma, son invention, ses débuts, ses génies.

Sens caché

Disons le directement : je soupçonne Georges Méliès d’être volontairement à l’origine de l’incendie du Musée où travaillait le père d’Hugo. Voulait-il détruire son invention ? La récupérer ? Tuer le père ? Tout ça en même temps, là dessus, j’ai encore des doutes.

Mais, je vais vous dire les éléments troublants :

  • Méliès est extrêmement bouleversé par la découverte du carnet du jeune homme
  • Il l’accuse d’être un menteur en plus d’un voleur, comme s’il connaissait l’origine du carnet et qu’il découvrait que celui qui a été tué dans l’incendie avait un enfant
  • Il parle de « fantôme ». Ce mot peut avoir un double sens en parlant de ses fantômes du passé mais également des fantômes des personnes disparues. Les fantômes du passé pouvant de toute façon également être liés au passé.
  • Il affirme qu’il a le droit de « brûler » le carnet s’il en a envie et qu’il lui appartient.
  • il dit qu’il n’est « qu’un vieux jouet mécanique brisé » (le même qui croupissait dans le musée ?) quand les enfants découvrent des souvenirs de son travail dans l’armoire
  • Il a incinéré tout ce qui lui restait et qui était sans valeur marchande
  • Il est au courant de l’incendie et sait que l’automate n’a pas été retrouvé
  • Le robot est censé avoir été construit avant sa carrière cinématographique et pourtant il dessine l’affiche de son film. Il y a quelque chose d’étrange derrière cela. J’ai l’impression que cela pourrait prouver que le robot était bien lié à son activité cinéma (et qu’il avait des raisons de le cramer) et que Méliès ment ou ne dit pas tout
  • A la fin du film, on demande pourquoi Hugo « habitait dans une gare » et cela est présenté un peu comme la clé du film. Or, s’il habite dans une gare, c’est parce que le musée a brûlé et son père est mort. Preuve que c’est loin d’être anecdotique.

Il y a un mobile pour provoquer l’incendie car le musée n’a pas considéré son art comme important et digne d’une réparation. Il aurait donc voulu se venger. Mais il aurait, tout aussi bien pu vouloir achever son oeuvre nihiliste de tout ce qui lui avait appartenu.

Ce qui est fou, c’est que le robot, par conséquence indirecte finit du coup conservé ET réparé dans la même gare où travaille Méliès, à quelques mètres de lui. Et c’est la réparation de celui-ci qui lui permis de rencontrer Hugo Cabret puis de redevenir une personne en vue et reconnue du monde du cinéma.

Rien de tout cela n’est possible sans l’incendie qui tue le père d’Hugo. Ce feu est donc à la fois destructeur et indispensable à la remise à l’honneur de GM.

Ce sens caché est en lui-même un immense hommage au cinéma. Car, dans beaucoup de films, ce qui est dit est caché. On le sait en les analysant, on voit souvent une vérité « dites » être différente de celle qui est montrée. D’ailleurs, ne dit-on pas que tout ce qui est montré dans un film doit toujours avoir une utilité ?

Enfin, ce serait également une référence au « magicien » Méliès. En magie, il y a usage et même abus de « trucs » cachés et de diversions. Comme dans les films de Méliès, tout est truqué mais fait de telle manière qu’on ne voit rien et qu’on est émerveillés alors que la réalité est beaucoup moins resplendissante.

Le temps et les coulisses

Le fait que son père soit horloger, tout comme Méliès, tout comme son oncle (qui règle les horloges de la gare) est important. Hugo dit qu’il ne viendra que quand il en aura le temps. Le temps permet parfois aux génies d’être révélés avec plus de force.

Mais il y a aussi toute cette exploration des coulisses. Les coulisses du cinéma et du studio qui sont comparées à une minutieuse horlogerie nécessaire pour que la magie passe. Dans laquelle, on le voit, on fait même arrêter le temps pour que les effets spéciaux soient réussis.

Autres

Le film regorge de références et de sens cachés, j’en ai bien l’impression. Ici, je n’ai fait que survoler. Mais si vous voyez un article qui donne d’autres détails, n’hésitez pas à le mettre en commentaire, j’irai le voir.

Conclusion

Un film à voir pour son atmosphère divertissante et son émotion. Peut-être pas un chef d’oeuvre du cinéma mais un film que j’aimerai revoir. Mon hypothèse relative à l’incendie parait difficile à avaler car on a pas envie d’imaginer GM en meurtrier potentiel, même involontaire, mais je la trouve pourtant assez crédible. N’hésitez pas à commenter si vous voyez d’autres éléments qui la confirment ou l’infirment.