Event Horizon: le vaisseau de l’au-delà, de Paul Anderson critique et commentaires

“Tous ces regards qui me mangent … Ha, vous n’êtes que deux ? Je vous croyais beaucoup plus nombreuses. Alors, c’est ça l’enfer. Je n’aurais jamais cru … Vous vous rappelez : le soufre, le bûcher, le gril .. Ah ! Quelle plaisanterie. Pas de besoin de gril : l’enfer c’est les autres”

Jean Paul Sartre dans « Huis Clos »

Il est conseillé d’avoir déjà vu le film vu que je fais des spoilers. Si vous ne l’avez pas encore vu et que vous voulez garder toute la surprise, il vaut mieux postposer la lecture de ce commentaire. ;-) Pour autre information, j’ai vu le film sur la télévision il y a quelques heures.

Le but de cet article est de faire divers analyses, commentaires et critiques sur le film et d’ouvrir un espace de débat éventuel avec les lecteurs. Je vous conduis également vers quelques avertissements avant lecture sur la manière dont j’écris sur ce blog à propos du cinéma.

Petites précisions sur le film

Le réalisateur Anderson n’est pas spécialement connu pour la qualité de sa filmographie mais Event Horizon est un élément à part dans celle-ci. Bien que possédant des défauts, on les oublie vite face à la réussite d’ensemble. Il semblerait que la première version contenait pas loin de 20 minutes supplémentaires coupées au montage final de la production. Cela aurait pu changer l’analyse présente ici mais on en saura jamais plus (les parties non montées ont été irrémédiablement perdues).

D’abord très mal reçu à sa sortie, le film devient, avec le temps, culte.

Andrew Kevin Walker, bien que non crédité, a travaillé sur la réécriture du scénario. Il a travaillé sur des films tels que Seven ou Fight Club.

Résumé

Un vaisseau révolutionnaire réapparait près de Neptune après sept ans de disparition et une équipe de secours est envoyée pour récupérer d’éventuels survivants.

Pourquoi analyser ce film ?

J’ai pris du plaisir grâce au suspense savamment entretenu et aux multiples moments de tension horrifique. On est finalement plus dans l’horreur que dans la SF avec, ça se discute, même un côté fantastique. C’est justement ce côté « ça se discute » qui m’a intéressé, d’autant plus que le film s’attache plus au côté humain qu’au côté technique, finalement.

Ce ne sera pas un long article, mais cela valait la peine de l’écrire.

Le titre: « Event Horizon: le vaisseau de l’au-delà (Fr) », « Event Horizon » (En)

Le titre français est en fait un énorme spoiler qui serait donc tout à fait dispensable. Le titre anglais est celui du nom du vaisseau que notre équipe va explorer. C’est aussi un nom associé à un phénomène physique associé aux trous noirs. Je n’ai rien à dire dessus sinon que, comme souvent, le titre original est meilleur que le titre français.

L’affiche

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L’affiche met bien l’accent sur le thème principal du film: l’horreur.

Une folie naturelle ou surnaturelle ?

Je vais me faire l’avocat du diable et défendre le fait que le vaisseau ne revient pas des enfers, notamment par les deux citations suivantes sorties du film:

  • « là où nous allons, nous n’avons pas besoin d’yeux »
  • « les ténèbres sont à l’intérieur »

Ce sont déjà des premiers indices. La folie est à l’intérieur de nous. Explorer notre subconscient est très dangereux et peut nous rendre fou. C’est un des messages du film. Tout le monde ne pête pas les plombs sur l’Event Horizon, seulement ceux qui ont la plus lourde culpabilité. Celle qu’ils ont refoulé au plus profond d’eux-même et qu’ils n’ont jamais réussi à guérir.

Le Docteur Weir n’a jamais fait le deuil de la mort de sa femme dont il se sent coupable et qu’il aime encore à la folie. Chez lui, les hallucinations commencent dés avant qu’il pose pied sur son vaisseau.

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Mais, quand même, pourquoi deviennent-ils comme cela ?

Le film évoque brièvement une autre explication. Aucun vaisseau envoyé si loin n’est jamais revenu. Ce n’est pas une question de dimension. C’est aussi une question de rapports humains, de claustrophobie, de distance avec le monde vivant. Le plus grand problème des voyages dans l’espace n’est pas la technique, c’est l’humain.

Par ailleurs, le film donne une explication scientifique aux hallucinations, à ce qui se passe. Et si c’était vrai ?

Neptune correspond à la distance de sécurité avant de se lancer dans le trou noir d’après Weir. Cette distance de sécurité, c’est peut-être aussi la distance à partir de laquelle les hommes deviennent fous dans l’espace, où ils se retrouvent confrontés à leur propres démons.

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Pourquoi sept ans et où est-allé l’Event Horizon ?

Le temps ne se déroule pas de la même manière dans un trou noir et ailleurs. Ainsi, il pourrait ne s’être passé que quelques minutes ou quelques heures dans le Trou Noir et sept ans dans la vie réelle. Peut-être que l’expérience a raté, qu’ils sont bien allés dans le Trou Noir mais que cela les a fait revenir au même endroit et nullement voyagé dans un autre univers.

Mon hypothèse est que confronté à la réalité de ce qu’est un trou noir, l’équipage est devenu fou et a pris peur d’y être plongé pour l’éternité. Le Trou Noir peut représenter notre inconscience, cela peut également évoquer les limites de ce que nous connaissons scientifiquement et notre capacité à explorer toujours plus loin pour le meilleur comme pour le pire.

A la fin, sont-ils sauvés ?

On ne ressort pas indemne d’une telle expérience horrifique. Cela peut expliquer le délire à la fin.

J’aime bien la fin ouverte comme dans beaucoup de films SF et surtout fantastiques. Mais, perso, je crois que s’ils repartent vite vers la Terre, ils seront sauvés. Enfin, pour le Docteur Stark, c’est pas si sur qu’elle arrive à s’en sortir totalement.

Je remarque, cela dit, les étranges regards que fait le lieutenant Stark vers la fin du film. Les yeux et les regards sont un élément important du film. Je ne sais pas si cela signifie quelque chose.

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Impressions personnelles finales

Dans le genre « horreur », le film est très réussi. Il nous scotche du début jusqu’à la fin et on se demande ce qui va se passer et si l’équipage en réchappera.

Dans le genre SF, c’est pas trop mal non plus. Bien sur, c’est impossible d’être totalement correct scientifiquement parlant mais il y a un vrai effort de fait et je n’ai pas vu d’erreur flagrante et dérangeante. Tout en s’arrangeant pour rester accessible et en évitant le piège d’un Interstellar qui part parfois dans des explications beaucoup trop longues et dispensables.

Il y a une petite dose d’humour à certains moments. C’est très léger mais ça fait aussi du bien.

La petite anecdote, d’après le film (sorti en 98 mais écrit avant), on devait avoir notre première station sur la lune en 2015. 🙂

J’ai beaucoup aimé. Je ne suis pas sur que je le reverrai pourtant de si tôt car l’intérêt principal du film est de ne pas savoir ce qui va arriver et de vouloir comprendre la situation. C’est en partie cela qui rend tout le film si stressant et captivant. Une fois qu’on sait, le plaisir à le voir est évidemment moins grand.

Le labyrinthe, la Terre brûlée; film de Wes Ball

Pour ce très mauvais film, il n’y a pas grand chose à « analyser ».  Il y aura cependant des spoilers. D’habitude, je n’écris pas sur un tel niveau de médiocrité mais il y a tellement de critiques positives que je me sens presqu’obligé d’équilibrer un peu.

Petite liste d’éléments m’ayant dérangé

  • les monstres apparaissent / disparaissent au bon vouloir du réalisateur, quand il en a besoin. Non seulement, ça enlève toute cohérence au récit mais cela enlève également tout élément de tension puisqu’on sait qu’ils ne sont pas réellement dangereux (finalement)
  • puis, d’ailleurs, ils viennent faire quoi ces zombies ? le virus ne zombifie pas, encore un truc rajouté à partir de rien
  • les vitres qui sont toutes détruites dans l’immeuble sauf à un seul étage, oui, vous voyez certainement de quelle scène je veux parler. Puis, d’ailleurs, dans ce film, les vitres sont solides quand le scénario le veut bien et un simple tabouret en pète une de sécurité en trois secondes et demie quand c’est nécessaire également.
  • le gars qui se ballade par les conduits d’aération alors qu’il a la clé
  • puis, d’ailleurs, la clé qu’on ne désactive pas (!!! le gars n’a pas du se rendre compte qu’elle était perdue …) et qui en plus donne accès à tout (!!!)
  • la grille du conduit d’aération qui n’est même pas vissée, puis, tiens, depuis quand les conduits d’aération se trouve au sol et pas au plafond, spécialement dans une cellule
  • les « aliens » dans les bocaux de verre qu’on ne reverra plus ensuite et qui ne servent à rien à part faire un peu « horrific » (suis sur qu’on en parlera pas dans le « trois »)
  • les humains qu’on fait hiberner pour prendre le sang comme s’il n’était pas possible de le prendre quand ils sont éveillés.
  • les rebelles qui sont juste une poignée mais qui ont réussi à prendre plusieurs forteresses imprenables. Et qui sont même pas cachés dans la montagne mais dans un campement même pas camouflés que les hélicoptères n’avaient encore jamais capté avant
  • et puis, d’ailleurs, comment les rebelles savaient, eux, que des nouveaux allaient arriver dans cette forteresse au début du film
  • et pourquoi Wicked se contente de les neutraliser au lieu de les tuer. C’est la guerre. Ce sont des rebelles. Ils feront tout pour arrêter Wicked. Ils sont armés. OK qu’on ne tue pas ceux qui se rendent, mais les autres … ! Même le gars avec une mitrailleuse lourde, on lui envoie une décharge électrique au lieu de lui coller une balle (mais bien sur !)
  • un immunisé qui meurt du virus, y a quelque chose qu’on ne comprend pas … et explique pas
  • ils ont un seul flingue et décide de l’abandonner (totalement logique) comme s’il n’était pas possible de le reprendre après que le gars se soit donné la mort. Et puis, c’est pas très sympathique de ne pas l’aider et de partir comme cela.
  • un peu comme les monstres qui apparaissent et disparaissent, la ville s’illumine de vie d’un coup quand il le faut
  • eeet bien sur, on retrouve la famille du petit gros du premier. M’enfin, on s’y attendait, mais quand même. Y a des gens qui feraient mieux de jouer au lotto sur la terre « brûlée ».
  • Terre brûlée qui est le titre du film mais un élément super secondaire. Même si tout le monde aura remarqué que nos « intelligents » petits marchent en pleine journée dans un désert ce qui occasionne deux incohérences: c’est le moment où le climat est le plus chaud et c’est aussi la meilleure manière d’être repéré à des kilomètres à la ronde par les hélicoptères qui sont censé les rechercher.
  •  last (enfin, non, mais on va s’arrêter là) but not least, le méchant qui démonte tout le premier film en rappelant que c’était totalement débile de la part de Wicked de faire ce qu’ils ont fait

Je rajouterais qu’on ne s’attache pas un seul moment aux personnages, l’histoire est mal construite. Donc la débauche de scènes d’actions ne sert même pas à nous mettre la tension puisqu’on se fiche de ce qui peut arriver aux héros. La seule personne qui semblait un peu attachante était la fille qui s’en va avec Wicked à la fin du film.

Bon, on sait déjà qu’elle va à Wicked uniquement pour qu’on puisse avoir deux intrigues qui se rejoignent et qu’elle trahisse les méchants au dernier moment dans le dernier film.

Les bons, les mauvais ?

Le film a failli être moins mauvais. Ou, au minimum, aurait pu se rattraper mais se vautre complètement, volontairement surement, sur la fin.

En effet, j’avais eu l’impression, et c’était bien trouvé qu’on entretenait le mystère sur « Wicked est-il bon ? ». Et c’était drôlement intelligent, le seul truc qui vaille la peine dans le film. Les rebelles sont-ils vraiment des gentils ? Les méchants sont-ils vraiment des mauvais ou suivent-ils plutôt une méthode radicale qui finira quand même par porter ses fruits au bénéfice de tous ?

En effet, ils poursuivent un but noble, sauver l’humanité. Au moins dans leurs paroles. Et ça aurait permis de remettre en avant la devise de la CIA comme quoi les choses ne sont jamais comme elles paraissent être (« nothing is what it seems »).

Et dans la scène finale, on se dit qu’on va se quitter avec ce doute accentué encore plus fort qu’au début. Et qu’au moins ça donnera envie de voir le troisième volet (même s’il sera nul) pour au moins une chose: connaitre le fin mot de l’histoire.

Au lieu de ça, un « méchant » décide de tuer sans raison une gentille. Paf, « pan », « pouf », elle est morte et ça plombe l’ambiance. Et ça tue tout suspense. Un peu comme si le réalisateur avait eu peur que son film ne soit pas trop manichéen, il décide donc de supprimer tout doute de notre part quand à la simplicité de ce qu’on est en train de voir.

Dommage, il n’y aura donc RIEN pour sauver ce film.

Bon, à part ça, il a 3,8 sur 5 sur allociné pour les critiques spectateurs (!!) et même 3/5 pour les critiques presse. Voilà, il serait temps qu’Hollywood remonte le niveau de ses blockbusters parce qu’à force les gens ne sentent même plus le goût de la merde qu’ils sont en train d’ingurgiter.

J’attends l’article de l’odieux connard avec impatience pour que cette vision ait au moins servi à me faire rire après coup en me remémorant toutes les erreurs du film avec son style inimitable. Je posterai le lien ici.

3D et dernier opus

Heureusement, j’ai échappé à la 3D. Pour un bon film, ça me fait déjà sauter le quatrième mur. Alors j’imagine même pas pour un mauvais.

Quand au dernier opus, je pense que j’irai le voir. Je visionne assez peu d’aussi mauvais films au cinéma donc je ne risque pas d’atteindre l’overdose de médiocrité et au moins je pourrai juger la trilogie dans son ensemble. Bon, s’ils décident d’en faire un « dernier » épisode en deux parties, je ne suis pas sur de pousser le masochisme jusque là … faut pas déconner ! On verra.

Le Tout Nouveau Testament, film de Jaco Van Dormael, critique et commentaires

Pour trouver le bonheur, il faut risquer le malheur. Si vous voulez être heureux, il ne faut pas chercher à fuir le malheur à tout prix. Il faut plutôt chercher comment – et grâce à qui- l’on pourra le surmonter.

Boris Cyrulnik

[edit suite à une discussion avec mon frère]

Il est conseillé d’avoir déjà vu le film vu que je fais des spoilers. Si vous ne l’avez pas encore vu et que vous voulez garder toute la surprise, il vaut mieux postposer la lecture de ce commentaire. ;-) Pour autre information, j’ai vu le film au cinéma il y a quelques semaines (une partie a été écrite directement après la vision, l’autre finalisée au moment de le publier, ma mémoire peut donc me jouer des tours d’autant plus que je me suis par brefs moments assoupi pour la fin du film).

Le but de cet article est de faire divers analyses, commentaires et critiques sur le film et d’ouvrir un espace de débat éventuel avec les lecteurs. Je vous conduis également vers quelques avertissements avant lecture sur la manière dont j’écris sur ce blog à propos du cinéma.

Petites précisions sur le film

Jaco Van Dormael est un réalisateur qui réalise peu de films mais fait très attention aux détails dans ceux-ci. Ses films sont donc plein de sens cachés et nécessitent d’être vus et revus pour être analysés finement et complètement. Ici, je n’ai assisté qu’à une seule projection tout en étant assez fatigué. J’ai donc conscience que l’analyse aura ses limites. N’hésitez pas à me contredire en commentaires.

Résumé

Dieu vit sur Terre dans un appartement avec sa femme et sa fille. Son fils est parti. Il est un véritable despote et sa fille finira par s’enfuir également pour écrire un nouveau testament. Finissant par absorber et remplacer les pouvoirs de Dieu, ce dernier, parti à sa recherche, n’est plus rien quand il vit avec le commun des mortels.

Pourquoi analyser ce film ?

D’abord parce que ce genre de films s’y prête tout naturellement. Jaco van Dormael est un réalisateur qui aime faire des films qu’on pourra longuement analyser ensuite. Egalement parce que le sujet principal (la maltraitance) me touche. Enfin parce que je n’ai pas lu beaucoup de commentaires similaires aux miens à propos de cette oeuvre et que cela peut donc enrichir le débat.

Le titre: « Le tout nouveau testament »

Le titre pressenti au départ était « la fille de Dieu ». Ce titre là était plus fidèle au film car il parlait avant tout de la fille plutôt que de Dieu, comme le film.

Le titre choisit au final n’est pas forcément mauvais pour autant bien que sans doute choisi pour des raisons « marketing ». En effet, c’est bien l’histoire d’un nouveau testament. Mais pas un testament biblique racontant la volonté de Dieu ou de son incarnation sur Terre. Non, le testament, ici, c’est au contraire un écrit permettant de se libérer complètement de sa tutelle.

L’affiche

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Promotion du film oblige, c’est l’acteur principal qui est mis en avant. J’aurais nettement préféré que ce soit « la fille de Dieu » qui le soit.

Hormis cela, le « Dieu existe, il habite à Bruxelles » est bien trouvé. Car c’est un peu dire quelque chose et son inverse la seconde d’après, j’aime beaucoup. Si Dieu existe, le fait qu’il habite à Bruxelles fait redescendre d’une marche par rapport au Dieu qu’on imagine. Et, même, le fait qu’il « habite à Bruxelles » peut nous faire comprendre directement qu’il n’est pas inaccessible voir complètement humain.

Le contraste entre le fait d’habiter à Bruxelles et de le représenter malheureux dans les nuages n’est pas mal trouvé non plus.

Est-ce une comédie comme le film semble se présenter lui-même ?

Il y a des moments légers et drôles. Mais cela ne suffit à mon avis pas pour le classer dans cette catégorie-là. Et puis, le but du film semble clairement plus de nous émouvoir que de nous faire rire. Il s’agit sans doute d’un choix commercial, à nouveau. Cela n’enlève rien à la qualité du film mais, du coup, le risque est augmenté que des spectateurs puissent se sentir floués ou trompés sur la marchandise. Je ne suis donc pas sur que ce soit un choix très judicieux.

Dans ma salle, en tout cas, je ne suis pas le seul à avoir assez peu ri tout au long du film. Maintenant, l’humour est quelque chose de différent suivant les groupes sociaux. Le second degré, particulièrement, n’est pas compris de la même manière par tous. Je comprendrais donc que certains ne partagent pas cet avis.

Quel est le message du film ?

Autant commencer par là, puisque tout ce qui suivra devra être lu avec le message du film en arrière plan.

Ce film raconte l’histoire d’un foyer isolé de l’extérieur. Le père est maltraitant, la mère est effacée et soumise, le fils s’est enfuit et il ne reste plus d’autre que la fille, Ea, qui est aussi l’héroïne.

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Famille où on voit bien le caractère effacé de la mère, le frère disparu, la fille en face du père, à son opposé, est la seule personne à encore s’y opposer (en le payant cher)

12 à 18 apôtres

Cela symbolise le passage de l’adolescence à l’âge adulte. Age auquel elle pourra enfin quitter la maison. D’une certaine manière, cela marque l’impuissance relative (il lui fraie quand même un chemin) du frère à vraiment pouvoir l’aider. Mais cela marque aussi le fait que la libération ne peut provenir que d’elle-même. Se libérer d’un parent abuseur ne peut pas se faire sans une prise de conscience et une volonté de la personne abusée. On ne peut sauver une personne, fut-ce-t-elle frère, sœur, parent contre sa volonté ou, au minimum, sans sa coopération active.

Les six apôtres ont chacun quelque chose à dire et à faire pour l’aider. Mais il faudrait que je revoie le film pour en comprendre mieux la portée symbolique. Disons en tout cas que, ayant grandi dans un monde sans humanité, il lui faut apprendre et comprendre l’humanité des autres. Et la vision du cinéaste semble clairement nous dire que notre humanité ne peut être trouvée chez des gens parfaits, d’où ces apôtres qui ont chacun leur part de malheur et de folie.

Il y a sans doute aussi ce côté Alcooliques Anonymes et soutien de groupe qu’elle trouve chez ces apôtres ayant eux aussi grandi avec un manque dans leur éducation. Ils l’aide à prendre la force de son père tout en en faisant quelque chose de bon.

On pourrait également dire que chacun apporte quelque chose par rapport au passage à l’âge adulte. L’obsédé sexuel est celui qui symbolise l’ouverture à la sexualité, etc. (merci à mon frère pour cette idée)

Ancien contre moderne

Le monde de l’abus est figé. Il est resté bloqué des années en arrière. Tout est vieux, ancien. Le monde réel, lui, a continué à évoluer. Cela marque cet aspect mortifère et coupé de l’extérieur.

On y fait même pas les poussières, c’est très malsain. La seule chose moderne est la machine à laver. Or, c’est justement par elle que notre héroïne s’enfuit (via le cliché du passage dans un tube mimant la naissance). Je pense que cela montre que les ouvertures au monde réel peuvent aider et sont essentielles.

Ce monde ancien est clos, Ea (la fille) doit utiliser l’aide de son frère pour réussir à s’en sortir. On retrouve une caractéristique de ces foyers de maltraitance où tout se passe comme dans une bulle et le monde extérieur n’est mis au courant de rien (le linge sale se lave en famille).

Le père

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Benoit Poelvoorde en Dieu, avec son côté pathétique, mais aussi parfois drôle et surtout odieux

Dès l’entame, le film ne veut laisser aucun doute sur son sujet. Il est violent, maltraitant et dirige un foyer dysfonctionnel. C’est montré, dit ou suggéré.

C’est montré quand on le voit frapper sa fille avec sa ceinture.

C’est dit par les paroles, typiques de ce genre de personne, quand il dit que ce n’est pas lui qui voulait la violenter, que c’est elle qui l’oblige à agir ainsi, se débarrassant de sa responsabilité.

C’est suggéré quand le père, d’une manière au moins incestuelle, veut priver sa fille de son intimité dans la salle de bain. Certes, le film évite le glauque (supplémentaire) de nous montrer un viol (mais la scène n’est pas là par hasard et l’enchainement noir peut suggérer que quelque chose se passe sans qu’on le voie). Cela dit, si l’inceste n’est pas certain, l’incestuel, lui, par cette scène, l’est indéniablement.

C’est un total salopard. Et ce n’est pas tant d’ailleurs par ce qu’il fait sur le monde extérieur qui le montre que ce qu’il fait à sa propre famille.

Ceci dit, je remarque le film, en fait quelqu’un de si pathétique qu’on est pas amené à le détester. Et c’est pas spécialement dommageable, c’est même peut-être une conséquence de l’humanisme du réalisateur. Derrière les pires salauds, il y a un homme qui a son passé et ses raisons d’agir comme ça. On ne le plaint pas mais on oublie pas que derrière tout le mal qu’il fait, cet homme n’est pas plus heureux que les autres voir une victime de son propre passé.

La mère

Elle est soumise et rebelle. Elle aime avant tout ses enfants et souhaiterait les voir toujours près d’elle. Ainsi en est-il de son fils pour qui elle continue de dresser la table malgré son départ irrémédiable et définitif. Mais elle souhaite quand même également leur émancipation (les 18 cartes symbolisant les 18 ans et l’émancipation de sa fille).

C’est donc un être ambigu, comme dans la vraie vie. Sa soumission ne lui permet pas de créer des liens forts avec ses enfants qui, on le suppose, ne lui pardonne pas son comportement et son absence de protection. On remarque ainsi que rarement la fille pense à sa mère, que le fils parle à la fille mais pas à la mère. C’est un amour à sens unique qu’elle ressent. Et elle n’est de quasi aucune aide dans la libération de ses enfants.

Toutefois, et ça participe de l’happy ending du film, elle aussi finit par s’échapper de l’autorité du Dieu et elle le fait activement en l’empêchant de revenir prendre sa place de tyran au sein de l’appartement. Pour elle, c’est aussi l’acceptation, enfin, que ses enfants ne reviendront plus et qu’elle les a perdu.

Mais elle le fait sans se confronter au monde réel comme sa fille et reste occupante d’un appartement où elle est isolée de l’extérieur … et de ses enfants pour qui la rupture parait également totale. Un peu comme si elle devait payer pour le manque d’assistance au cours des années où ceux-ci ont grandi dans le foyer familial. Rien n’est jamais gratuit.

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Face à son père, dans un environnement vieillot et coupé de l’extérieur, la fille ne peut pas compter sur sa mère

Le fils

Il est parti, on ne le verra jamais physiquement. Mais il est encore présent pour sa soeur et l’aide à s’échapper. Ce sera sa seule contribution au bien-être familial mais elle est décisive.

Le clochard

Pour s’en sortir, Ea a besoin d’un nouveau père. Celui-ci sera en quelque sorte le premier venu, un être non parfait, sans grands moyens mais qui sera prêt à l’aider et à la suivre tout le long de son cheminement. Il n’aura rien d’autre à faire que d’être là et la supporter (au sens premier aussi, il la porte à différentes reprises). En ce sens, ce père n’a pas un rôle très actif mais ce n’est pas négatif. On ne peut s’en sortir en comptant sans cesse sur les autres; un grand travail doit provenir de nous-même.

Le rôle d’un père est d’ailleurs de réussir à rendre ses enfants autonomes et d’être là pour aider sans être indispensable à leur vie de tous les jours.

Le testament

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Au bout de l’écriture de son testament, le père se trouve dépouillé de tous ses pouvoirs au profit de la fille

Testament peut avoir deux sens: biblique ou un document permettant de donner nos dernières volontés avant de mourir.

L’ancien testament décrit un Dieu terrible, tout puissant et vengeur. Le nouveau testament nous parle d’un Dieu d’amour qui sacrifie son fils pour nous sauver. Le « tout nouveau » testament nous parle d’une fille qui décide de vivre sans Dieu. On pourrait presqu’y voir une évolution logique. D’abord un Dieu (comprenons: père) tout puissant comme dans notre enfance, puis un Dieu aimant et enfin, un Dieu perdant tous ses pouvoirs pour nous permettre de vivre. Ce pourrait être dans la continuité.

La signification des dernières volontés avant de mourir n’est pas absurde non plus. Comme un serpent qui change de peau, il nous faut mourir symboliquement pour grandir et devenir une « nouvelle personne ». Ea fait un peu comme une analyse (au sens psy) pour régler ses problèmes du passé et gagner le rapport de force avec son père, se libérer de l’influence qu’il continuait à entretenir sur elle même en étant absent.

Car, c’est aussi une clé du film. Le fait de sortir de l’appartement ne libère pas réellement Ea. Pour devenir une adulte affranchie, elle doit faire plus que cela car, même sans être là, elle reste encore inconsciemment et involontairement craintive ou coupable du pouvoir de son géniteur.

Jésus, son frère, a écrit un testament où il se moque de son père en le décrivant tel qu’il n’est pas. Mais il reste à l’écran attaché éternellement à sa croix. Ea, elle, réussit à se libérer de cette croix. Au final, elle est la seule à réellement s’en sortir totalement, dans cette famille. Peut-être en partie à cause de son jeune âge, plus on vieillit, plus il est difficile de guérir ses blessures intérieures et de se libérer de son passé.

La fille

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Magnifique dans ce rôle, elle ne devait de toute façon pas faire grand chose pour émouvoir le père qui est en moi.

Je ne pouvais pas ne pas lui accorder quelques lignes même si, au fond, on parle déjà d’elle partout ailleurs dans l’article.

Elle est est belle par son innocence et joue parfaitement son rôle. On remarquera qu’elle est représentée enfant et non adolescente ou jeune adulte. Je pense que c’est un choix pour nous montrer qu’elle sera amenée à grandir plus vite qu’elle ne le devrait.

Au début, elle le dit, elle n’a pas de pouvoir où très peu. Le simple fait de faire bouger un verre par la pensée énerve son père qui la bride au maximum. Mais au fur et à mesure de l’histoire, elle prend tout pouvoir en s’affranchissant de son père. Jusqu’à pouvoir marcher sur l’eau quand son père ne le peut plus. Ce miracle, elle ne le peut le faire que parce qu’elle a changé de lieu, s’est ouverte au monde, et appris que son père n’était Dieu que parce qu’elle le laissait l’être et qu’il agissait caché du monde.

Douée et dotée d’une grande force de caractère, c’est sa personnalité qui lui permet d’en réchapper. On espère qu’à la fin de son voyage tout au long du film, elle sera devenue une personne saine qui évitera de reproduire ce qu’elle a subit comme son père et sa mère.

La date de décès

C’est un des éléments repris par la plupart des critiques pour en faire parfois un élément « essentiel » du film. Et pourtant, c’est tellement anecdotique. Ca me semblerait presqu’avoir été inventé pour ajouter un élément comique dans le scénario. Mais, hormis cela, l’importance est très relative dans l’histoire.

Dieu quitte-t-il son appartement à cause des dates de décès ? Il me semble qu’il poursuit surtout sa fille.

Cela aide-t-il sa fille à s’émanciper ? Pas du tout. Cela joue-t-il un rôle dans la vie de ses apôtres ? Anecdotique, finalement, car la personnalité de ceux-ci et leurs problèmes datent de bien avant ce « lâcher de dates ».

A la limite, ça sonne presque comme incongru et rajouté même si je comprends qu’on ait voulu rajouter un peu de comique dans un film très grave de par son sujet.

Impressions personnelles finales

Beau film, comme le réalisateur sait le faire. Belles images, belle histoire remplie d’émotions. Que chacun, suivant son vécu ou sa personnalité prendre avec plus ou moins de tristesse et de bonheur.

Mais un film très mal vendu par le marketing et assez mal compris par la critique. D’habitude, la critique se cantonne à une analyse technique ou premier degré. Et, même si les critique disent qu’il ne faut pas le prendre au premier degré, leur compréhension reste finalement très basique.

J’ai aimé mais je n’étais pas dans les meilleures conditions (fatigué, or le film, très lyrique, peut endormir) pour le voir. Et je n’avais pas les bonnes attentes (pensant rire et me dérider). Je le reverrai sans doute. J’ai apprécié son côté « accessible » car finalement beaucoup d’éléments évoqués ici sont à peine cachés. Mais j’ai été étonné de voir les commentaires ou critiques quasi unanimement parler de toute autre chose que ce que j’en avais compris malgré, justement, ce côté très accessible du message.

Un film de qualité comme on en voit sans doute pas assez. Mais, autant le dire également, si tous les films étaient comme celui-ci, ce serait vite dérangeant. J’en suis sorti bouleversé et le lendemain matin, j’étais encore touché par ce que que j’avais vu et ressenti.

Cliché ou pas, le passage habituel de ce genre de film où la fille passe à travers un tube comme une seconde naissance. Mais, dans le film, ce n'est que la première étape d'un long voyage.

Cliché ou pas, le passage habituel de ce genre de film où la fille passe à travers un tube comme une seconde naissance. Mais, dans le film, ce n’est que la première étape d’un long voyage.

Pour aller plus loin

Rien cette fois-ci mais si vous avez quelque chose à dire où un lien à poster, n’hésitez pas via les commentaires.