Catalogne : gagner la com’ et perdre la paix

Ce que nous vivons

Aujourd’hui, les « dégâts » sont, quoi qu’on en dise, minimes. Il y a peu de blessés graves, pas de morts. C’est déjà de trop ! Mais quand on parle nationalisme, indépendance, on sait que l’étape suivante toujours possible aujourd’hui, c’est la guerre civile.

On espère qu’on arrivera pas là mais, par immaturité politique, le Gouvernement Catalan a pris un risque inconsidéré pour son peuple et sa prospérité. Il faut dire que les nationalistes agissent souvent bien plus avec l’émotion qu’avec l’intelligence et la raison, exception peut-être de Bart De Wever dans le Nord de mon pays qui a une intelligence redoutable et sait l’utiliser pour avancer vers son but.

A priori, tout le contraire du gouvernement catalan, donc.

Droit à l’autodétermination ?

Si les catalans avaient examiné l’histoire, ils sauraient qu’il n’y a pas vraiment de droit à l’autodétermination exportable et généralisable. Et un même pays, la Russie par exemple, peut faire une guerre très dure à la Tchétchénie, agir contre l’indépendance du Kosovo et annexer la Crimée tout en soutenant militairement la sécession du Donbass (ou en l’organisant directement, d’ailleurs, mais sans l’assumer publiquement).

Médiatiquement et politiquement, il faut plusieurs conditions (pas forcément toutes, ce n’est pas une science dure) pour pouvoir se réclamer de ce droit :

  • Être opprimé ou minorisé politiquement : n’avoir rien à dire dans son propre pays. Si vous n’avez aucun droit, on considère que c’est normal que vous vous battiez pour les avoir. C’est un peu le principe de la déclaration des droits américains.
  • Chercher à obtenir ces droits avant de chercher l’indépendance, mais sans succès ou sans succès durable (dans le cadre des nations, on compte en longues années). Les américains ont d’abord négocié avec Londres mais sans aucun résultat.
  • L’oppression militaire : du sang et des larmes, ça aide beaucoup à légitimer des velléités d’indépendance. C’est ce que Londres a fait en réponse aux demandes pacifiques du congrès.
  • Avoir un allié puissant. Les américains ont eu la France. Cela les a aidé militairement, mais aussi cela aide politiquement d’avoir quelqu’un apte à défendre votre cause, à vous ouvrir ses frontières. Cela fait pression. En réalité, cette condition se situe plutôt dans la réussite d’une insurrection mais peut aider également à ne pas en avoir de par les garanties qu’offre un allié puissant.

La Catalogne est bien organisée, elle sait jouer sur l’opinion et jouer avec les images ou les vidéos. Elle a une bonne maitrise de la communication. Il est évident que le scrutin ne s’est pas déroulé dans des conditions optimales et que les résultats d’un vote organisé par un parti nationaliste sont sujets à caution. Mais qui dans la presse le dira assez fort ? Aujourd’hui, les catalans sont les gentils, difficile de questionner durablement vu le mauvais travail, en sens inverse, de com’ opéré par le gouvernement de Rajoy.

Mais, ont-ils gagné pour autant leur droit à l’autodétermination ? Se sont-ils assurés de pouvoir l’emporter pacifiquement ? Je ne crois pas.

Voyons pourquoi :

  • La Belgique est le seul (petit) pays à avoir protesté. On sait que le parti le plus influent de son gouvernement est nationaliste … Avec au passage la direction du Ministère de l’Intérieur et de l’Armée. Les autres soutiens viennent de régions ou partis nationalistes. On fait mieux. Ils ont besoin de mieux … Une catalogne indépendante sans ticket d’entrée dans l’Europe ne survivrait pas longtemps.
  • La police espagnole est certes intervenue durement, mais il n’y a pas eu de bain de sang. Les images sont dures mais pas assez pour justifier une intervention à l’ONU ou obliger les grands à se positionner.
  • Les catalans se plaignent que depuis des années, cela n’avance pas pour eux. Mais, pour un pays qui veut être indépendant pour les siècles à venir, qu’est-ce que sept ans ? Rien du tout. Un mouvement nationaliste doit savoir se montrer patient s’il veut emporter ou gagner une autonomie. Là, c’est clairement trop peu.
    Pire, le Gouvernement précédent a montré qu’il était prêt à avancer et qu’une majorité politique pouvait exister pour l’obtention de ces droits ! En quelque sorte, ce n’est pas tant l’Espagne qui bloque que le Gouvernement Rajoy. Ca fait une différence de taille.
  • Enfin, last but not least, les catalans sont loin d’être un peuple opprimé. Ils ont les mêmes droits politique que les autres espagnols. Et l’Etat espagnol leur offre même une autonomie de gestion avec un Gouvernement régional qui a de très larges prérogatives.

Et là, je parlais des conditions « positives », qui doivent être présentes. Je n’ai pas parlé des conditions « négatives » qui rendent encore plus difficile l’exercice de ce droit. Comme celle d’une région qui semble vouloir avant tout partir pour des raisons économiques et égoïstes. Tous les pays fonctionnent avec des régions qui centralisent la richesse et « doivent » être solidaires de régions plus pauvres. Beaucoup d’européens auront du mal à se sentir solidaires des catalans, d’autant plus qu’ils se retrouvent eux-mêmes dans ces catégories qui doivent vivre de la solidarité d’une région riche.

Du point de vue du « droit » à l’autodétermination qu’ils réclament, ce référendum, et même l’image désastreuse donnée par le Gouvernement espagnol n’est donc pas vraiment une victoire. Elle n’a pas changé fondamentalement les conditions du « droit » politique. La gueule de bois arrivera prochainement.

L’indépendance serait-elle vraiment un gain ?

N’oublions pas, d’ailleurs, que les petits ruisseaux font les grandes rivières. Qu’une région riche le doit rarement à elle seule et qu’une indépendance est toujours un énorme risque d’appauvrissement, non seulement pour la région qu’on quitte mais aussi pour la région qui quitte. Et parfois, les deux sont perdants.

Les nationalistes catalans mentent à leur peuple en laissant croire qu’ils seront plus riche en étant indépendant de l’Espagne tout en restant dans l’Europe, ceci pour deux raisons :

  1. La doctrine Prodi stipule qu’une région qui fait sécession d’un état membre de l’Union Européenne doit refaire une demande d’adhésion. Pour cela, elle devra avoir l’accord de l’Espagne. Si la sécession est brutale et unilatérale, il est évident que l’Espagne le fera payer cher (au deux sens du terme) à la Catalogne. D’autres pays craignant la sécession de certaines de leur propre région feront d’ailleurs plus que probablement corps avec l’Espagne. On peut par exemple penser à la France et la Corse ou même si dans une moindre mesure à l’Allemagne et la Bavière. Deux pays très influents car fondateurs de l’UE.
  2. L’Union Européenne via différents fonds est basée sur la solidarité entre régions riches et pauvres. En tant que région riche, la Catalogne devra se montrer solidaire des autres régions plus pauvres.

Se séparer ? Trois possibilités

Il y a deux manières caricaturales de gagner son indépendance, celle à l’amiable où on négocie. Et cela peut durer des années. Et celle, sanglante où on se bat. Entre les deux, il y a le rêve Catalan, l’indépendance « de facto ». Celle où Madrid serait contrainte d’accepter toutes les conditions de la région sans négocier au-delà des détails et en se laissant faire.

Cette dernière solution est assez utopique en l’état et serait possible si le droit à l’autodétermination était reconnue par suffisamment d’états. Mais on le sait, ce n’est pas le cas, et cela ne risque pas de le devenir.

Pourquoi pas à l’amiable aujourd’hui ?

Dans le passé, il y a eu des cas de séparation à l’amiable, alors pourquoi pas ici ?

Bien, si nous prenons le cas de la Tchécoslovaquie, la partie sécessionniste était la plus pauvre. En Catalogne, c’est tout l’inverse.

Il ne faut pas être très futé pour comprendre qu’il est plus facile de laisser partir celui avec lequel on est solidaire, même si ça déchire le cœur, que de laisser partir celui qui te permet de survivre. Pour celui qui voit partir, c’est un sentiment d’abandon voir un sentiment de menace pour sa vie, ses enfants, sa famille, son futur. Dans ces conditions, tout est réuni pour que le débat devienne extrêmement passionnel voir violent.

De plus, pour l’Espagne qui est déjà un pays fédéral très fort, c’est prendre le risque de développer des aspirations dans les autres régions. Le pays risque d’une certaine manière la dissolution. Donc, pour les espagnols nationalistes, c’est là aussi un grand danger. Il ne s’agit pas uniquement de laisser partit une région mais de risquer un jeu de domino dangereux où le royaume finirait par tout perdre.

Et demain ?

Tout d’abord, les Catalans doivent se demander si l’indépendance est vraiment un but en soi. Et si ça justifie tous les risques. Pour quoi veulent-ils l’indépendance ? Et ne peuvent-ils pas l’obtenir dans le cadre espagnol, si nécessaire avec un peu de patience ?

Mais même dans le cas où le nationalisme catalan contamine tellement les cœurs et les esprits qu’il devient insupportable aux habitants de la région de rester « espagnols », alors ils doivent créer les conditions d’un accord amiable :

  • Un pouvoir central favorable ! Ils sont une partie importante de la population espagnole ! Unis, comme le sont les flamands en Belgique, ils peuvent infiltrer le pouvoir central et obtenir beaucoup de choses.
  • Une Espagne revigorée économiquement. Oui, il semble qu’ils veulent partir en partie pour ne plus être solidaire. Mais, la réalité, c’est qu’un départ amiable commande encore plus de solidarité ! Ils doivent miser sur le développement de toute l’Espagne s’ils veulent que leur départ ne soit plus une menace pour le reste de l’Espagne
  • Se faire aimer du reste de l’Espagne. Il est plus facile de refuser une demande de quelqu’un qui nous est antipathique (et donc paraitra avoir de mauvaise intentions à notre égard) que sympathique.

La question du référendum

La question de l’indépendance ou de l’autonomie peut très bien être dissociée de la question du référendum. Mais, le fait est qu’ici une question a été posée. Pour moi, les résultats sont sujets à caution dès le moment où l’organisation précipitée et la manière même de faire n’offre pas toutes les garanties d’un scrutin impartial.

Pour résumer, ce que je reproche en plusieurs points :

  • La question comportait en fait deux questions ! Il y avait une question sur l’indépendance et une question sur le régime politique (république). C’est déjà un gros vice de forme en tant que tel. Il aurait fallu séparer cela en deux questions.
  • Il est beaucoup trop tôt pour poser une quelconque question. Les gens ne peuvent pas savoir sur quoi ils vont voter, tout simplement parce que les négociations n’ont tout simplement pas encore commencé. Combien ça va coûter, rapporter, en combien de temps, quels accords de coopération, quelle intégration européenne ?? Rien n’est connu. Et je ne demande pas les textes à la virgule après, non, au moins la négociation du cadre.
  • Le débat public raisonné n’a pas pu avoir lieu, le temps n’a pas été suffisant pour cela
  • La question doit être posée à toute l’Espagne. Il ne s’agit pas seulement de demander aux Catalans ce qu’ils pensent mais aussi au reste de l’Espagne car le départ de la région impacte aussi tous les autres espagnols
  • Il n’était pas constitutionnel et ne respectait pas l’état de droit (ce n’est pas une petite chose)
  • Il aurait dû, de préférence, être organisé par une instance neutre comme, par exemple l’OSCE. Parce que là … le climat est tellement passionnel entre gouvernements central et régional que cela ne peut que dégénérer fait comme cela a été fait

Conclusion

L’europe, le continent, a connu la guerre en Yougoslavie il n’y a pas très longtemps. On pensait que l’Union Européenne nous protégeait de ces choses-là. Mais la vérité, c’est que si l’UE nous a longtemps protégé des nationalismes, c’est loin d’être une protection absolue.

En Espagne, peut-être que tout va bien se passer, j’en doute. Peut-être également qu’il va y avoir un conflit fratricide, c’est le scénario du pire. Entre les deux, le plus sûr, c’est l’appauvrissement des catalans et des espagnols. Personne ne va rien y gagner : baisse du tourisme, problèmes économiques. Il ne faut pas croire que la Catalogne va être récompensée pour son geste et ses ennemis seront nombreux pour lui faire payer ce qu’elle a fait.

Même un conflit non armé sera « sanglant » et fera très mal à ceux-là même, les citoyens, que les populistes prétendent toujours protéger et chérir en encourageant leurs bas instincts.

On peut dire ce qu’on veut sur Rajoy, son parti empêtré dans la corruption et très conservateur, il a raison sur un point, le Gouvernement Catalan est seul responsable de ce qui arrivera. Quand on allume un feu, même avec une étincelle, on ne peut se dédouaner des conséquences.

Inventer de la fumée pour pouvoir éteindre des feux imaginaires

(c’est rare, mais voici un petit billet d’humeur)

J’ai arrêté la politique active il y a quelques années maintenant. Mais, je m’y intéresse toujours. Je lis, je débats, j’essaie de comprendre les enjeux d’actualité ; ça, ça ne cessera jamais.

Ces derniers temps, j’ai remarqué que certains, dans le monde politique, ont fait de l’AFSCA leur victime idéale. Profitant de la mauvaise réputation de cette agence parmi une partie de la population, ils inventent de la fumée, obligent les dirigeants ou ministres à se défendre d’actes qu’ils n’ont pas commis puis, quand il devient évident que la fumée n’existe pas, annoncent fièrement avoir éteint un feu qui n’avait jamais même couvé.

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Ça me désole complètement.

« Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose ». A chaque fois, le ressentiment vis-à vis, de l’agence augmente et le coup suivant est encore plus intéressant à faire. Un cercle vicieux. D’autant plus que les gens en deviennent paranos.

Le pire étant que les médias se contentent généralement d’aligner les pour et les contre sans mener de véritable enquête et sans se mouiller. Mais, pour moi, relayer la vérité n’est pas suffisant si on accorde une place équivalente au mensonge sans se prononcer pour l’un ou pour l’autre.

Dernièrement, l’AFSCA a été accusée de :

  • Vouloir interdire le fromage de Herve
  • Vouloir empêcher les Groupes d’Achats Locaux de fonctionner
  • Vouloir interdire la tarte au riz

A chaque fois, c’était faux ou simplement fantasmé. Mais le message est passé et maintenant tout le monde y croit. Je ne crois pas qu’on se grandit en agissant comme cela.

D’autant plus que l’hygiène alimentaire est quelque chose d’important. Discuter et proposer aurait bien plus d’intérêt que de créer des polémiques stériles qui n’ont pour seule conséquence que de créer un peu de buzz médiatique et d’exister. Ce n’est vraiment pas ce que j’attends d’un parlementaire.

L’hygiène dans l’alimentation sauve des vies. Arrêter le contrôle serait tout bonnement irresponsable : on ne peut pas tout permettre. Je veux bien imaginer qu’il y a sans doute des choses à changer. Le problème, c’est qu’à chaque fois qu’on voit de la fumée apparaitre, on se rend compte en ayant la version vérifiée qu’il n’y avait rien. Et c’est très dérangeant, ça donne l’impression qu’on essaie de nous manipuler.

Alors, si vous voulez améliorer le fonctionnement de l’AFSCA, attaquez la sur des vrais faits, pas sur des fantasmes. Parce qu’autrement, ça ne ressemble à rien d’autre qu’à de la politique populiste de bas étage.

Personnellement, je pense que si des méthodes de production artisanales sont plus dangereuses, on pourrait proposer de rendre le citoyen plus responsable en l’informant du danger et en lui laissant libre choix de la consommation. Et je ne serais  pas contre un assouplissement des contrôles en échange.

Mais on ne peut pas généraliser ce genre de choses à toute la chaine alimentaire, le consommateur doit être protégé par des spécialistes qui savent ce qu’ils font. Et on les trouve à l’AFSCA ces spécialistes, bien plus que chez les critiques de cette agence.

Les fonctionnaires de première ligne font souvent un métier difficile et n’ont pas besoin de se voir calomnier dans la presse alors que, dans le même temps, leur employeur (le gouvernement) ne cesse de réduire les moyens de manière aveugle (économies linéaires) en rendant leur travail plus difficile.

Journalistes, pensez à eux avant de relayer des infos sans fondement, merci.

Allocation universelle ou allocation temps libre ?

Rappels rapides

Le principe de l’allocation universelle est d’octroyer un même montant à tout le monde, avec très peu ou sans conditions.

La sécurité sociale, elle, essaie d’être juste en accordant des indemnités ou des allocations en fonction de risques (parfois en tenant compte des revenus). Elle est conçue comme une assurance, ce qu’elle était au début, même si les choses ont évolué depuis.

Pourquoi en parler ?

A priori, je suis assez prudent avec l’allocation universelle; je la vois surtout adaptée à des pays possédant des administrations corrompues ou inexistantes. Mais, je reconnais qu’elle amène à discuter de choses intéressantes. Et, en y réfléchissant, j’ai voulu proposer des pistes réalistes pour marier le meilleur des deux mondes.

En l’écrivant ici, je participe au débat en amenant ma pierre à l’édifice. Je ne prétends pas avoir « raison » mais j’espère que cette contribution aidera à faire émerger quelque chose.

Objectifs particuliers de l’AU

A « gauche », un des arguments qui me touche est d’exposer qu’il serait bon pour l’individu et la société que nous puissions recevoir une allocation sans devoir se justifier, y compris pour ne rien faire, si l’envie nous en prenait. Je pense effectivement, que, sans excès, avoir droit à une allocation sans bureaucratie excessive et sans justificatif ne serait pas forcément un mal et permettrait de répondre à pas mal de situations non résolues aujourd’hui.

C’est par cette philosophie qu’elle diffère le plus avec la sécurité sociale actuelle (et sa branche chômage). Mais, pour permettre aux gens de disposer de leur temps libre comme ils l’entendent, est-il nécessaire de verser une allocation à « tout le monde » ? Je ne le pense pas et je vais explorer avec vous deux voies d’arrivée au même objectif mais avec des chemins assez différents et qui sont à la fois plus réalistes et moins dispendieuses.

Nom de l’AU

Concernant le nom donné à l’allocation universelle, je pense que les « supporters » de gauche auraient mieux fait de l’appeler « allocation temps libre » ou « allocation sans conditions » mais c’est sans doute un débat trop tardif. Le caractère universel de cette allocation n’était pas l’aspect le plus intéressant et dévie le débat car il apparait directement que l’universalité est non seulement risquée (financièrement) mais qu’elle est également une révolution. Or, les gens n’aiment ni les révolutions, ni les risques.

Voie 1 : élargir l’assurance chômage

En Belgique, l’assurance chômage est difficile d’accès, il faut travailler un nombre de jours élevés ou ne pas trouver d’emploi pendant une durée assez longue (allocations d’insertion). Ensuite, il faut démontrer régulièrement sa recherche d’emploi, ce qui n’est pas toujours aisé. Et au bout d’un certain temps, on est susceptibles d’être rayé automatiquement.

Ici, on la rendrait accessible à toute personne qui a fini ses études et qui n’a pas atteint l’âge de la retraite. Avec des conditions d’âges pour éviter que les jeunes n’abandonnent les études sans les finir ou des conditions de diplôme pour les motiver à les finir. Sans limitation de durée. Mais avec l’impossibilité de cumuler avec un travail ou des revenus (comme actuellement). Et sans obligation de chercher un emploi: plus de notion d’emploi convenable, d’obligation de suivre une formation ou d’accepter n’importe quel emploi qu’on vous propose.

Cette option permettrait d’économiser (un peu) dans la machine bureaucratique destinée à contrôler la recherche d’emploi mais libérerait ce même nombre de poste pour l’aide à la recherche d’emploi (qui sera toujours utile) ou la lutte contre le travail au noir (qui est un danger pour la sécurité sociale, faut-il le rappeler).

Je ne l’imagine pas sans une individualisation des droits sociaux et la possibilité de toucher du chômage à temps partiel avec un montant proportionnel au temps non travaillé (contrairement à maintenant). En effet, aujourd’hui, si vous êtes cohabitant, votre montant est diminué et si vous travaillez mi-temps vous ne touchez pas de chômage ou en tout cas beaucoup moins qu’une moitié. Mais cela reste un débat, selon moi, séparé.

En conséquences positives:

  • la pression à la hausse sur les salaires puisqu’il devient plus difficile de forcer à accepter un travail « de merde »
  • une bulle d’air financière pour les CPAS puisque leurs charges diminueraient (plus de RIS à gérer)
  • plus de carrousel ONEM – CPAS et plus d’emploi bidon juste pour faire passer quelqu’un d’une caisse à l’autre
  • accès au chômage pour les indépendants de la même manière que pour les salariés
  • le cumul entre le bénévolat et le chômage devient possible sans devoir plus faire de bureaucratie
  • la possibilité pour les CPAS de rediriger une partie de leurs moyens vers d’autres missions essentielles
  • solidarité plus large en faisant passer le financement de certaines allocations du niveau local au niveau fédéral
  • une réduction du temps de travail qui serait financée par le chômage
  • possibilité de démissionner ou de changer d’emploi sans peur de perdre son droit au chômage
  • plus grande facilité d’entreprendre sachant qu’un filet de protection existera de manière plus conséquente pour les indépendants

En conséquences négatives:

  • de l’emploi en CPAS qui disparaitra
  • un financement plus conséquent à trouver pour la sécurité sociale

En indéterminé, dans mon idée:

  • le statut des artistes
  • le statut des étudiants en école supérieure … est-ce à la sécurité sociale de financer les études supérieures ?

Les conséquences positives côtoieraient les négatives. Cela n’est pas tout blanc mais la balance est intéressante.

Voie 2 : créer une nouvelle branche de la sécurité sociale

Il existe déjà des sortes de précurseurs à ce que nous envisageons : les crédits temps. Ces allocations sont à charge de l’assurance chômage et donnés par l’ONEM (si je ne me trompe).

On pourrait créer une nouvelle branche qui correspondrait au risque « temps libre » et qui avalerait par la même occasion les crédits temps. Le chômage subsisterait à côté de même que les CPAS comme ils existent maintenant.

Si cette solution rajoute une institution en plus, elle n’en est pas moins politiquement plus facile à mettre en œuvre dans un pays (la Belgique) où le nord est plus individualiste que le sud. Partir de ce qui existe déjà (les crédits temps) pour améliorer et prendre le chemin d’une allocation temps libre serait peut-être plus facile à mettre en œuvre que de retirer toute condition de recherche d’emploi à l’assurance chômage.

Dans cette voie, le montant de l’indemnisation se ferait en fonction du statut : un chômeur toucherait la même allocation, un salarié une partie importante (mais plafonnée) de son salaire garanti pendant une durée minimale annuelle (deux mois ?) puis un forfait. Et il y aurait un quota de carrière maximal (que j’imagine à 1/5, soit environ 9 ans), on ne pourrait passer une carrière entière en « temps libre ». Il n’y aurait pas d’autres conditions.

Par ailleurs, on pourrait la prendre en la fractionnant autant qu’on le voudrait : trente jours de congés supplémentaires par an, ou un an complet ou un jour semaine, etc … Vous avez un quota que vous épuisez comme vous le voulez. Cela dit, puisque l’indemnisation est forfaitaire, passé une certaine durée au cours d’une même année, il y a un encouragement à ne pas tout prendre en une fois et à répartir sur la carrière.

On pourrait également décider de ne pas toucher l’entièreté du montant auquel on a droit pour l’épargner pour plus tard. Exemple: quelqu’un décide de passer mi-temps en allocation temps libre durant un an mais prévoit d’épargner une partie de ce à quoi il a droit pour le toucher en fin de carrière en complément d’une autre période « temps libre ».

Enfin, je l’imagine avec un cumul possible avec d’autres revenus (supplémentaire à celui de base, évidemment), dans certaines limites plafonnées.

Dans les faits, cela pourrait correspondre à une diminution du temps de travail d’un cinquième et donc pourrait être positive pour l’emploi. En mettant une limite, on peut s’assurer des gardes fous (financiers) et plus facilement estimer les risques. Et en mettant des forfaits passé une certaine utilisation annuelle, on évite un effet trop soudain et on incite à étaler voir à ne pas l’utiliser entièrement.

Financement ?

Tout cela aura un coût.

Il y aura des moyens récupérables comme la part subventionnée des RIS dans la voie 1. Il est probable que cela profiterait également à l’économie en redistribuant de l’argent qui ferait fonctionner l’économie. Ou que la sécurité sociale pourrait voir d’autres coûts diminuer du fait d’une santé améliorée par exemple.

Mais il y aura un coût certain.

Pour cela, je vois une piste qui est celle de la cotisation sociale généralisée comme en France.

On pourrait aussi envisager, pour la voie 2, une cotisation volontaire à choisir au début de sa carrière et qu’on payerait toute sa carrière. De cette manière, on financerait soi-même une partie de son coût.

Comme on est au stade préliminaire d’une idée, je me dis qu’il faut d’abord voir si ça pourrait séduire avant de regarder si cela est finançable. Toutefois, il est certain que ce sera toujours moins cher qu’une allocation universelle.

Conclusion

Ceci est partagé d’avantage comme une piste de réflexion pour aller de l’avant dans la concrétisation de l’idée d’une allocation temps libre. Idée que je trouve intéressante même si je ne partage pas les modalités proposées actuellement pour l’allocation universelle.

N’hésitez vraiment pas à critiquer, affiner et proposer en commentaires. Voir à descendre en flèche, ce n’est pas un souci.

Prix unique du livre en Belgique francophone … fausse bonne idée ?

Il y a quelques jours, je suis tombé sur cet article parlant d’une décision prise par le gouvernement de la CFWB de réglementer le prix du livre. Après avoir eu quelques discussions sur Facebook, lu le communiqué de presse (paradoxalement moins précis que l’article de journal) et fait quelques recherches sur internet, j’ai pu me faire une idée personnelle qui peut encore changer.

La tabelle va-t-elle être supprimée ?

Oui et Non.

Oui. Pour les clients ! En librairie, le prix sera le même en Belgique et en France.

Non. Pour le libraire. Lui continuera à acheter ses livres plus chers que s’il pouvait s’approvisionner en France. Comme le décret ne concerne que le prix de vente au client, le problème n’est pas réglé pour lui. Au contraire, sa marge est maintenant diminuée d’autant ! En effet, le distributeur n’étant pas contraint, il n’y a aucune raison qu’il baisse son prix de vente en Belgique.

On estime aujourd’hui que 50% des livres importés sont frappés par la tabelle, soit 35% des livres vendus par les libraires.

Concurrence plus facile pour les libraires ?

  • Par rapport aux grandes surfaces ? Oui, puisque le prix sera identique … en théorie. Les grandes surfaces auront droit à appliquer un rabais que les libraires n’auront pas forcément les moyens de proposer.
  • Par rapport à Amazon (si la loi venait à s’appliquer à Amazon … cf plus bas) ? Oui. Aujourd’hui, le différentiel de prix avec Amazon est énorme. Amazon fait une réduction de prix de 10% (BD) et 5% (livres) sur le prix français aux clients belges. En plus de la tabelle et de la livraison gratuite, cette réduction rendait les libraires belges tout à fait non compétitifs (sur le coût).
    En ce sens, SI Amazon applique la loi, ce sera positif pour les librairies.

MAIS, d’un autre côté NON:

  • Puisque leurs marges vont se voir réduites sur tous les livres concernés par la tabelle. Or les libraires ont déjà aujourd’hui des soucis pour rentabiliser leurs commerces. Une grande surface ou Amazon est beaucoup plus diversifiée et n’a pas ce souci là. Ceux qui peuvent jouer sur les marges ne sont PAS les libraires. Donc, on ne peut les favoriser en les obligeant à le faire.
  • Le prix est très loin d’être la seule donnée ! La concurrence des grandes surfaces sera toujours autant présente qu’avant puisqu’elles sont les championnes du marketing et de l’achat impulsif. On s’y rend très régulièrement pour faire nos courses diverses et variées et on repart souvent avec un achat imprévu bien présenté au coin d’un rayon.
  • D’ailleurs, pour le prix, le marché de l’occasion sera toujours imbattable ! Celui qui veut absolument acheter un livre au meilleur prix, même sorti récemment et en bon état trouvera toujours assez facilement (Amazon le permets, mais il existe également des boutiques physiques ayant énormément de succès).
  • Enfin, le client Amazon n’est pas attiré seulement par le prix mais aussi par la facilité, le stock, l’ouverture h24 voir même, ce qui étonnera certains, le « conseil » (offert par les autres clients).
    Le prix unique français n’a pas empêché Amazon d’émerger. A prix égal, le livre continuera d’arriver magiquement à destination sans devoir se rendre deux ou trois fois en commerce (parce qu’il aura fallu commander, voir plus si on fait le tour des librairies pour le trouver).
    Il est donc probable que, si la mesure ne change pas les habitudes du client, elle ne fera qu’augmenter la marge d’Amazon et ses profits. A tout le moins, il faudrait sans doute un prix plus élevé sur Amazon pour changer les habitudes du client. Sans compter qu’au pire, pour les best sellers, ça favorisera plus les grandes surfaces que les librairies indépendantes.

On remarquera que malgré la présence d’un prix plus élevé, les librairies indépendantes belges ont augmenté leur part de marché de 3,2% l’année dernière. Et que les grandes surfaces françaises ont, en majorité, décidé de ne plus lobbyier contre la loi, preuve qu’elle ne leur fait pas tant de tort que cela.

Intéressant pour le client ?

On nous présente la mesure comme intéressante pour le client qui paye « plus cher » aujourd’hui. Mais c’est totalement partiel. Les clients qui passent par Amazon aujourd’hui payent beaucoup moins cher qu’en France.

Il y aura donc les clients des boutiques physiques qui payeront moins cher (et tant mieux pour eux) mais dans des commerces à la rentabilité réduite par l’interdiction de répercuter la tabelle (et au service client qui finira par en pâtir si moins de moyens).

Et d’autres clients qui payeront plus cher, ceux d’Amazon. La situation n’est pas aussi évidente qu’elle n’y parait.

Pour illustration, le prix d’un livre (Enkidare, le livre de Saskia par Marie Pavlenko) vendu en Belgique ou en France depuis Amazon.fr (prix HTVA identique de 7,58€):

  • Pour la Belgique, prix final: 7,63€; application d’une remise de 5%, d’une TVA à 6% et de frais de livraison gratuits
  • Pour la France, prix final: 8,01€; pas de remise, livraison à 1 cent et TVA à 5,5%

On pourrait dire qu’on respecte la remise autorisée de 5% prévue par le projet belge mais celui-ci interdit de faire la remise et la livraison gratuite (comme en France). Amazon, dans les faits, restera plus avantageux que la loi belge. Et plus avantageux que les libraires car il offre la livraison gratuite en plus du rabais.

Mais, encore un autre exemple sur le prix d’une Bande Dessinée (Manu Larcenet : Tome 4 du combat ordinaire) à 13,26€ HT:

  • Pour la Belgique, prix final: 12,65€; application d’une remise de 10%, d’une TVA à 6% et de frais de livraison gratuits
  • Pour la France, prix final: 14€; pas de remise, livraison à 1 cent et TVA de 5,5%

Là, en cas de prix unique du livre en Belgique, Amazon restera moins cher de 5 à 10% avec toujours la livraison gratuite. Pour la Bande Dessinée, cela fait carrément une BD gratuite toutes les neufs achetées .

Peut-on réglementer Amazon ?

Amazon est un marchand français. Si la loi française a choisi de ne pas imposer les mêmes règles à Amazon quand il vend vers la Belgique ou la France, cela ne veut pas dire que le législateur belge a nécessairement la compétence pour le faire.

Il s’agit de commerce électronique transnational au sein de l’UE. Cela n’a l’air de rien mais cela complique beaucoup les choses. Le droit européen prévoit que les lois applicables sont celles du pays dans lequel est établi le commerçant. Donc, seules les lois françaises, pour faire court, s’appliquent à Amazon. Établir des règles qui ne s’appliqueraient pas à Amazon serait pour le moins cocasse étant donné la place de cet acteur dans la vente de produits culturels.

Par ailleurs, la France n’est pas autorisée par le droit européen à édicter le prix de vente vers la Belgique donc même un accord entre les deux pays ne le permettrait pas.

Si ces obligations ne devaient s’appliquer que pour le commerce électronique belge, cela aurait la conséquence de désavantager gravement tout acteur belge du commerce électronique culturel (il n’en existe plus de francophone, cela dit, Proxis ne vendant plus que des livres flamands) voir d’en empêcher tout bonnement l’émergence ! Fabuleux quand on sait qu’une solution pour la survie des petits commerces serait justement l’ouverture d’une plate-forme en ligne performante leur appartenant …

L’application de la législation du pays du vendeur est confirmée par Tanguy Habrand p. 90 (notamment) dans son essai sur le prix unique du livre en Belgique. Page 87, il rappelle également la volonté ferme de la Commission en 2002 de laisser le commerce électronique transfrontalier en dehors de toute réglementation de prix. C’est donc, à priori, non contesté.

Est-il légal de réglementer le prix des livres importés ?

On le sait, la très grosse majorité (72,5% en 2015) des livres vendus ici sont édités et imprimés en France (avec dépôt légal à la BNF). Or, dans le cadre du prix unique du livre français, les tribunaux européens ont consacré le principe que ces lois ne pouvaient PAS s’appliquer aux livres importés. Quand même une grosse tuile pour ce qui est prévu ici.

L’arrêt de la CJCE du 10 janvier 1985 est assez explicite à cet égard:

2 ) dans le cadre d’une telle législation nationale, constituent des mesures d’effet équivalant à des restrictions quantitatives à l’importation interdites par l’article 30 du traite des dispositions

– selon lesquelles il incombe à l’importateur d’un livre chargé d’accomplir la formalité du dépôt légal d’un exemplaire de ce livre, c’est-à-dire au dépositaire principal, d’en fixer le prix de vente au détail, 

– ou qui imposent, pour la vente de livres édités dans l’état membre concerné lui-même et réimportés dans un autre état membre, le respect du prix de vente fixe par l’éditeur, sauf si des éléments objectifs établissent que ces livres ont été exportés aux seules fins de leur réimportation dans le but de tourner une telle législation 

Dans cet autre article, on confirme encore cette interprétation de l’arrêt européen:

Il est donc acquis aujourd’hui que le système du prix unique du livre est conforme au Traité de Rome et que la justice française entend faire respecter la loi du 10 août 1981. Les seules difficultés juridiques qui subsistent tiennent au régime des livres importés. Mais la solution de ce dernier problème ne dépend pas du législateur français : elle doit être trouvée au niveau européen.

A noter que la loi française (et décret) s’est conformée à cet arrêt européen mais qu’elle a ensuite opéré des changements qui n’ont pas été contestés en justice. Tanguy Habrand (p. 55) estime que la modification du 10 janvier 1990 opère un retour en arrière et s’éloigne, avec la tolérance – ce qui ne veut pas dire acceptation – de la commission européenne.

Toutefois, à y regarder de plus près, cette modification de l’article 4 ne fait qu’ajouter la possibilité pour l’importateur de tenir compte d’un rabais obtenu dans le pays d’édition. La loi elle-même n’a plus été fondamentalement modifiée depuis l’ajout de 1985 qui stipulait que « Les dispositions de l’alinéa précédent ne sont pas applicables aux livres importés en provenance d’un Etat membre de la Communauté économique européenne, sauf si des éléments objectifs, notamment l’absence de commercialisation effective dans cet Etat, établissent que l’opération a eu pour objet de soustraire la vente au public aux dispositions du quatrième alinéa du présent article. »

On voit donc mal ce que la Commission européenne aurait eu à dire sur ces modifications. Et en l’absence de nouvelle jurisprudence de la CJUE, je vois mal également en quoi l’interprétation du droit européen a évolué sur la fixation du prix d’un livre lorsqu’il est importé ou exporté.

Conclusion

Le but affiché est de soutenir les petits commerces en souffrance face aux grands acteurs culturels. On indique qu’on a plus ou moins copié la loi française. Mais, la Belgique n’est pas la France.

Dans les faits, le risque est de ne rien changer en termes de parts de marché tout en affaiblissant la marge des petits indépendants et donc leur qualité de service (moins de possibilité d’engager du personnel), le double effet kiss cool.

Par ailleurs, les clients qui commandent par Amazon, s’ils se rendent compte de quelque chose risquent de l’avoir mauvaise. Et d’avoir du ressentiment pour les « dinosaures » qui ne veulent pas s’adapter, dinosaures qu’ils fréquentent encore aujourd’hui, mais pour combien de temps ? Entendons nous bien, je ne partage pas forcément ce discours, j’essaie juste de me placer à la place du client lambda.

Enfin, en se focalisant sur le prix quand, au contraire, on veut mettre en avant le service meilleur rendu par les libraires, on envoie un message paradoxal (en focalisant sur ce qu’on veut éviter !) et on oublie l’essentiel: ce n’est pas par les prix que les libraires s’en sortiront mais par un service meilleur que celui de leur concurrent.

Idées

Ce que les libraires demandaient, ce n’était pas nécessairement un prix de vente imposé mais de pouvoir acheter au même prix qu’en France et donc potentiellement d’acheter directement aux distributeurs français. Plus de concurrence entre distributeurs serait déjà plus efficace. Au moins, de cette manière, on augmente la marge des libraires et on leur redonne un bol d’air immédiat !

Soutenir la digitalisation du stock (savoir via internet où trouver tel exemplaire en librairie, le commander par la même voie et être informé en direct de son arrivée) des librairies serait également profitable à tous ; en termes de suivi de leur activité et de service au client.

En s’unissant, les libraires pourraient également développer leur propre plate-forme de vente en ligne avec même, pourquoi pas, de l’occasion ou du bradé. De cette manière, ils pourraient agrandir virtuellement les stocks et résoudre un de leur gros défaut face à Amazon.

Enfin, il faut amener le chaland en petit commerce, soit en se rapprochant physiquement de lui, soit en y organisant des activités ou des partenariats pour lesquels il se sentira libre de venir sans acheter, ce qui favorise paradoxalement l’achat.

Personnellement, je suis un acheteur multi canal. J’achète tant en grande surface qu’en librairie que sur Amazon. Et j’achète autant en neuf qu’en occasion. Et le prix n’est pas mon premier critère, généralement. Mais il y a des tas de contextes d’achats sur lesquels chaque canal a ses avantages et ses inconvénients. Enfin, le client est roi, on ne récupère pas un client en pleurant sur les évolutions de la société ou en essayant de le culpabiliser (qu’on se le dise une bonne fois pour toute !).

Etudier le marché et innover (comme la librairie que je fréquentais avant de déménager le fait) permettra au petits indépendants de mieux réussir, éventuellement avec l’aide du politique. Mais je ne crois absolument pas que ce sera le cas du prix unique du livre, vraiment pas.

Au sujet des jours de maladie des fonctionnaires statutaires …

Hésitation …

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J’ai longuement hésite à écrire sur ce sujet d’actualité. Nous, fonctionnaires, serons quand même toujours considérés comme des privilégiés n’ayant pas à se plaindre ou à réclamer.

Nous sommes bien lotis, c’est vrai. Mais, trop souvent, ceux qui nous crachent dessus ne sont pas complètement informés non plus.

Et, par ailleurs, nos syndicats ne sont pas opposés aux réformes, encore faudrait-il qu’on les considère avec respect comme des partenaires à part entière et pas seulement comme un « passage obligé » où négocier les virgules après avoir, en long et en large informé la presse.

Notre système de congés maladies aujourd’hui …

Dans le privé, ou pour les contractuels de la fonction publique, vous avez droit à votre salaire garanti par votre employeur durant un mois, puis vous passez sur la mutuelle (avec salaire réduit) en cas de prolongation ou de rechute dans les sept jours.

Pour l’anecdote, l’accord de gouvernement prévoyait de passer ce salaire garanti à deux mois mais, bizarrement, cette mesure « sociale » a disparu très rapidement après la signature de l’accord. On en parle plus, c’est oublié.

Dans le public, si vous êtes statutaire fédéral, vous avez un droit à un salaire garanti 21 jours par an durant toute votre carrière. Passé ce nombre de jours, vous tombez en disponibilité (salaire réduit fortement). Et une fois que vous tombez en disponibilité, vous pouvez être mis à la pension pour raisons médicales.

Subtilité, ces jours, s’ils ne sont pas pris, s’accumulent à l’infini. Sauf passé 60 ans où le nombre est ramené à un an maximum puis pension d’office ensuite.

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Problème …

Dans le privé, il est parfois possible, en jouant sur les temps avant rechute, de rester à charge de son employeur (salaire plein) bien plus que trente jours du moment qu’on retravaille entre chaque période de maladie.

Dans le public, les abus se situent surtout en fin de carrière avant la pension. Certains fonctionnaires se déclarent malades pour de longues durées et épuisent leur quota.

On ne peut évidemment pas cautionner cela. Les jours de maladie sont faits pour éviter qu’une maladie ne nous ruine, pas pour servir de prépension officieuse.

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Solution du Ministre ?

Supprimer purement et simplement tout cumul de jours de maladie. Le droit à la maladie sans perte de salaire sera d’un mois par an chaque année.

Un retour en arrière

C’est une régression car ce cumul couvrait aussi des situations non abusives: graves problèmes de santé, opérations, cancers, etc. Par ailleurs, je peux affirmer que les abus sont loin d’être généralisés. Moi qui ne tombe jamais malade, j’ai probablement accumulé deux cents jours de maladie possibles sans perte de salaire. Et ça me rassure de savoir que je peux avoir de graves problèmes de santé sans pour autant me ruiner financièrement. C’est à ça que cela sert.

D’autant plus qu’à l’état, un malade n’est quasiment jamais remplacé, le coût pour les finances publiques est nul: mon travail sera repris par d’autres comme je reprends moi même le travail de mes collègues malades.

Personne n’est opposé à ce qu’on lutte contre les abus

Mais le système proposé (en fait, imposé bientôt) est juste complètement rétrograde et beaucoup trop radical.

Qu’on soit dans le privé ou dans le public, je suis pour une protection efficace contre les risques de pauvreté provoqués par la maladie. Dans le remboursement des soins médicaux, dans celui des médicaments et dans le salaire garanti. Cette lutte concerne autant les salariés du privés que les travailleurs du public, à mon sens.

Alors, Monsieur le Ministre, ouvrons de vraies négociations avec les syndicats, mettons en oeuvre les mesures les plus évidentes et cherchons à mettre fin aux situations intolérables. Mais ne punissons pas les vrais malades en faisant le contraire de ce pourquoi l’assurance maladie a été prévue.

Et par ailleurs, s’il y a des abus, c’est aussi parce que des médecins délivrent des certificats de complaisance. Mais il est sans doute plus facile de s’attaquer aux fonctionnaires qu’à certains médecins.

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Quelques réflexions sur le futur électrique

Introduction

Depuis quelques années, le nucléaire occupe une place importante du débat énergétique. Non sans raison. Actuellement, on a des centrales vieillissantes qu’on va peut-être prolonger. On en a des qui sont fissurées et qu’il va falloir surveiller de très près car, même si le risque est officiellement minimisé, personne ne pourra nier qu’on ne les aurait jamais démarrées telles quelles si on avait connu ces défauts le jour de leur lancement. Et puis il y a de toute façon tous les problèmes « habituels » qu’occasionne le nucléaire, déjà en temps normal.

Ce débat est souvent très passionné et idéologique. Mais il oublie souvent une source extrêmement prometteuse de production d’électricité, celle de la fission nucléaire non plus sous forme solide mais sous forme liquide avec l’utilisation de sels fondus. Autrement dit un des réacteurs envisagés dans le cadre du nucléaire dit de quatrième génération.

Pour en savoir plus à son sujet, je vous invite à consulter (au choix):

Une petite citation d’un article sur Alvin Weinberg:

Au début des années 60, Weinberg et ses collègues ont mené une série de tests qui ont mis en lumière des failles de sécurité dans la conception du réacteur à eau pressurisée (note: les réacteurs utilisés aujourd’hui). Une sécurité supérieure était très importante pour Weinberg : pour lui, un réacteur à sels fondus qui utilisait du thorium comme combustible offrirait des avantages considérables par rapport aux modèles à eau légère. En tant que liquide de refroidissement, les sels fondus à pression atmosphérique résistent à des températures beaucoup plus élevées et réduisent les contraintes mécaniques sur la cuve du réacteur. En tant que combustible, le thorium ne peut pas être utilisé pour fabriquer des armes utiles ; dans un réacteur, il peut générer du nouveau combustible à l’uranium qui est consommé pour produire de l’énergie.

Nouveau départ du nucléaire avec la quatrième génération: le choix de la raison et de l’écologie

Puisqu’il existe un « nouveau » nucléaire n’ayant rien à voir avec l’ancien et basé sur la fission liquide et non plus solide, repartons sur cette base là, oublions l’ancienne et voyons ce que cela pourrait nous apporter.

Argument 1, la consommation

La plupart des scénarios tablant sur du 100% renouvelable semblent devoir inclure obligatoirement une diminution de la consommation.

Or, consommer moins ne doit pas être un but en soi. Et c’est aussi très très aléatoire de se dire qu’à un horizon moyen ou long on arrivera à consommer moins. On ne connait pas nos besoins à cette échelle là et la consommation individuelle est difficile à influencer.

Diminuer la consommation ne doit être un but QUE si nous n’avons pas les moyens de produire suffisamment d’électricité proprement. Les réacteurs à fission liquide, s’ils permettent de produire un complément aux énergies renouvelables peuvent donc être un atout très important pour nos sociétés en permettant, à terme, de combler nos besoins sans polluer ou réchauffer la planète.

Cela n’enlève en rien que la consommation a un coût et donc, dans tous les cas, il restera un incitant à moins consommer. Mais cet incitant sera économique et non technique.

Argument 2, emploi et économie

Les pays qui développeront les premiers ce nucléaire de quatrième génération acquerront un savoir-faire qui permettra de développer l’emploi et l’économie notamment en exportant cette technologie. Contrairement à la fusion, faire fonctionner ces réacteurs à brève échéance n’est pas un grand risque, il faut juste investir et être prêt à combattre l’inertie des lobbys industriels.

Argument 3, développer le tiers monde

Les pays du tiers monde n’ont pas accès au nucléaire actuel. Ils ne peuvent donc compter que sur les énergies fossiles et renouvelables. Or, satisfaire la demande d’électricité de manière fiable et continue à bons prix est une condition nécessaire au développement de nombreux pays.

Argument 4, un monde plus sur (moins de prolifération d’armes nucléaires)

Certains pays peuvent légitimement vouloir développer un nucléaire civil mais être suspectés de vouloir, en réalité, se doter de la bombe atomique. Cette ambiguïté est inhérente au mode de production actuel du nucléaire (et une des raisons d’ailleurs pour laquelle le lobby militaire l’a poussé en avant). Avec la génération 4, plus possible de jouer double jeu et le monde en sortira gagnant.

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Argument 5, gérer les déchets

Les déchets nucléaires sont un énorme problème actuel. Et ce problème ne va pas aller en diminuant puisque de très nombreux déchets nucléaires vont encore être produits dans le futur.

Or, il se fait que les réacteurs à fission liquide se prêtent très très bien au traitement des déchets nucléaires et ne produisent au final que des déchets à durée de vie beaucoup moins grande mais aussi beaucoup moins nombreux. Dés le moment où nous avons des grandes quantités de déchets à gérer dont nous prétendons ne pas savoir que faire, et en parallèle une méthode qui peut les transformer tout en produisant de l’électricité … allons-y !

Argument 6, la sécurité

Cette méthode est intrinsèquement sure. Pas besoin de refroidissement actif pendant des années. Pas de risque d’emballement non plus. Non, en cas de souci, le réacteur s’arrête passivement sans même besoin d’intervention humaine. Et, ça, ce n’est pas trop beau pour être vrai, c’est juste génial.

Par ailleurs, ils n’ont pas de nécessité à être installés près d’une mer ou d’un fleuve et peuvent même être enterrés, ce qui les rend beaucoup moins sensibles aux aléas environnementaux ou aux attaques terroristes.

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Argument 7, le réchauffement climatique

A l’heure où il nous faut diminuer drastiquement nos émissions de CO2, on peut difficilement cracher sur une méthode qui, certes, n’est pas renouvelable mais qui émet très peu d’émissions de gaz à effet de serre. Et qui peut au moins servir de complément aux énergies renouvelables sans compromis avec les besoins d’une société moderne, et cela partout dans le monde.

Argument 8, le futur de la mobilité

Notre futur mobile, qu’il soit en transports en commun (pour partie importante pourvu que les gouvernements fassent les investissements nécessaires) ou en voiture nécessitera une consommation d’électricité plus importante.

En effet, pour remplacer le pétrole, il y a l’électricité (pour les transports par rail), le gaz, l’air comprimé, les batteries  et surtout l’hydrogène.

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Mais toutes ces technologies demandent une augmentation très importante de la production électrique. L’hydrogène, la technologie la plus prometteuse pour l’avenir, doit ainsi être séparé de l’oxygène au travers d’un processus d’électrolyse de l’eau. Il nous faut donc pouvoir nous assurer de disposer de sources d’énergies nous permettant de ne pas être dépendant de l’étranger pour produire notre hydrogène dans le futur (d’autant plus que le procédé est simple et connu).

Argument 9, l’indépendance énergétique

Pour la Belgique et la France, pays fortement nucléarisés, les déchets nucléaires existent en grand nombre et permettraient d’assurer une production électrique pour pas mal d’années. Bien sur, cet argument ne concerne que les pays qui ont déjà l’énergie nucléaire.

Conclusion

Idéalement, il ne faudrait plus perdre de temps et y aller. Cet article est une petite brique que je mets pour contribuer à ce que cette solution soit mieux connue et mieux promue.

Mais il y a malheureusement, très malheureusement, pas mal de raisons de douter que des décisions seront prises rapidement:

  • par dogmatisme, les écologistes sont généralement contre toute solution qui englobe le mot « nucléaire ». Beaucoup de mouvement écologistes se sont créé en réaction au nucléaire dans les années 70. Cela fait partie de l’ADN d’un mouvement. Et si on ne peut leur reprocher un manque d’arguments en ce qui concerne les technologies actuelles, il y a un malentendu qui rejette également la quatrième génération pourtant techniquement très différente.
  • les politiciens ont souvent peu de connaissances techniques dans le domaine énergétique, ils se tournent donc vers des experts (bonne chose) mais ces experts sont, dans le domaine nucléaire, souvent liés soit à des mouvements qui se sont fondés en opposition à nos centrales actuelles (et par extension à tout ce qui y est lié, même de très loin) soit à des lobbys étroitement liés au nucléaire actuel et en opposition à toute remise en question ou évolution de celui-ci. Autrement dit, on est pas sorti de l’auberge.
    • à noter que la NVA (parti très puissant en Belgique dans le gouvernement actuel) n’a même pas réussi à imposer un réacteur de quatrième génération en Belgique alors que c’était à priori son souhait si on suit la presse qui relatait les négociations précédant la formation de l’actuelle coalition fédérale
  • l’inertie de la société, la presse, des experts rend difficile tout changement radical dans la production d’électricité

Toutefois, il y a quand même des raisons d’espérer et notamment la très forte volonté chinoise d’arriver rapidement à quelque chose ainsi que l’espoir que les USA aient la même volonté. Ces deux pays pourraient très bien jouer le rôle de moteur à l’échelon mondial.

Consultation populaire du 8 février 2015 à Namur

3 questions nous sont posées

Comme tous les namurois, j’ai reçu une convocation pour me rendre aux urnes le dimanche huit février et répondre à trois questions. Cela fait des années que je m’intéresse au sujet donc je profiterai de l’occasion qui m’est offerte pour donner « officiellement » mon avis. Mais avant, je vais déjà vous le dire ici, sur ce blog (où je n’ai plus parlé de politique depuis longtemps donc vous m’excuserez …).

Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement – Et les mots pour le dire arrivent aisément.

Nicolas Boileau – Despréaux

Question 1

Approuvez-vous le choix de combattre l’implantation des grands centres commerciaux à l’extérieur de la ville afin de défendre nos commerces et notre cœur de ville ?

Ma réponse est oui.

Quand les centres commerciaux sont en périphérie, ils DOIVENT être autonomes. Sinon, ils n’attirent pas assez de clients. Ils ont donc besoin d’une taille minimale d’environ deux à trois fois le projet namurois actuel.

Les conséquences seraient dévastatrices: de nombreux commerces « locomotive » namurois quitteraient le centre ville pour rejoindre le nouveau centre commercial. De moins en moins de chalands viendraient à Namur. Et ça provoquera une diminution de l’offre qui diminuera encore le nombre de chalands. Un cercle vicieux qu’il faut à tout prix éviter.

Et qui n’est pas que théorique. C’est quelque chose de déjà constaté dans d’autres villes.

Par ailleurs, ces centre périphériques nécessitent l’usage de la voiture et mangent des terres agricoles. Ce qui est dangereux pour notre futur.

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Question 2

Partagez-vous le principe d’installer un nouvel ensemble de magasins au cœur de notre ville, le plus près possible des commerces existants et avec davantage de parkings, pour compléter et renforcer le commerce namurois et l’emploi local ?

Ma réponse est oui.

A condition de faire bien attention à ce qu’il soit complémentaire du centre ville. Mais, actuellement, le bâti ancien de la ville fait qu’il n’y a pas de moyennes et grandes surfaces disponibles dans Namur. Donc certains magasins ne peuvent montrer toutes leurs collections, d’autres ne peuvent arriver. Les chalands namurois n’ont pas le choix qu’ils mériteraient d’avoir. Et sont donc encouragés à faire leurs courses ailleurs, ce qui est un problème pour les commerçants du centre.

La rue de fer est passée de la 5ème à la 8ème place en dix ans pour ce qui est des artères commerciales les plus fréquentées du pays. Et 56% des clients se disent insatisfaits par l’offre actuelle.

Par ailleurs, la ville de Namur s’est opposée dans le passé aux projets de commerces périphériques. Mais les études montrent un déficit de commerces sur Namur (où il faut le dire, on est clairement loin de la saturation par rapport aux autres régions). Et tant que ce manque ne sera pas comblé (de préférence en ville), il y aura de nouveaux projets. Projets que la ville ne saura pas nécessairement toujours empêcher (parce qu’elle n’a pas tous les leviers, tout simplement).

La région wallonne a commandé une étude pour savoir combien de m² implanter et ce nombre de m² correspond à un petit centre commercial d’un peu plus de 20 000 m² environ. C’est donc le maximum que la ville acceptera (sont pas fous).

plaquette - pg3 - aérienne corbeille - (c) Simon Schmitt - www.globalview.be  - Quickit - Skope

Question 3

Etes-vous favorable à l’installation d’un centre commercial à l’emplacement de l’actuelle gare des bus et du square Léopold (note: parfois abusivement appelé parc léopold), sachant que cela entrainera la disparition des arbres de ce square et que cette suppression sera compensée par la création en ville de trois nouveaux parcs publics et la plantation de plusieurs centaines d’arbres et arbustes dans le nord de la Corbeille ?

Ma réponse est oui.

Est-ce un drame d’abattre des arbres ? Non, si on en replante. Ici, le bilan est largement positif (cf. le site Namur reprend vie).

Est-ce un drame de supprimer le square Léopold ? Non, Namur est une ville très verte (même si les namurois n’en ont pas toujours conscience). 50 mètres plus loin, on a les jardins du mayeur qui sont bien plus agréables.A 200 mètres, on a le magnifique parc Louise-Marie. Il y a aussi des nouveaux parcs qui vont être créés, bien plus beaux. Et cet endroit, un des pires espace vert de Namur, ne pourrait jamais être plaisant, même en faisant beaucoup d’efforts. Il est ombragé, mal situé, mal fréquenté et à proximité d’une voirie automobile. Et quand la gare des bus aura déménagé, ce sera encore pire.

Par contre, si on veut que les commerces actuels voient leurs clients augmenter, les études montrent que le centre commercial doit être le plus proche possible des rues commerçantes actuelles. Et c’est le meilleur endroit possible. Il offre suffisamment d’espace tout en étant à proximité immédiate. En plus, un promoteur privé est prêt à y investir des centaines de millions d’euro. Ce qui n’existe pas ailleurs en centre ville.

plaquette - pg7 - axe.fer.ange - (c) Namur vue du ciel 2009 - Yvan Barbier

Conclusion

Sauf si une poupée Vaudou me rend incapable de me déplacer dimanche prochain, je voterai trois fois oui. Et pas seulement parce que je suis quelqu’un d’optimiste, plutôt parce que ça fait des années que je suis le dossier et que c’est peut-être un tournant décisif pour Namur.

La meilleure occasion d’augmenter le nombre de chalands dans les rues commerçantes actuelles. Le meilleur moyen de diminuer les loyers des rues commerçantes actuelles et permettre à des nouveaux indépendants créatifs de s’installer. Et la seule façon de couper l’herbe sous le pied des promoteurs qui envisagent un centre commercial en périphérie.

Tout en oubliant pas que ça se situe dans un projet plus global qui rendra le Nord de la ville bien plus beau et attractif.

Plus d’informations

Bonnes lectures et bons votes.

Peut-on être ami avec un facho ?

Très court billet, pour changer.

Les polémiques sur les amitiés du nouveau secrétaire d’état à l’asile me gênent. Pas les autres polémiques (qui sont normales et même suffisantes pour l’attaquer) mais bien uniquement celle sur sa présence à l’anniversaire d’un sympathisant de la collaboration avec les nazis.

Pourquoi ?

  1. On peut être ami avec quelqu’un sans en partager les idées, l’amitié, c’est au delà de ça
  2. Ce serait un monde très triste que celui qui nous obligerait à n’avoir des amitiés qu’avec les gens qui pensent comme nous
  3. Comment faire changer les gens contaminés par des idées extrêmes si on ne peut pas développer une relation de confiance avec eux ?
  4. Ce qui est privé devrait rester privé

Si vous avez d’autres arguments ou contre-arguments, je suis ouvert.

Droit à l’oubli, s’attaquer à Google est-il la bonne idée ?

Aujourd’hui, avec les nouvelles technologies, l’information n’a jamais été aussi disponible qu’auparavant. Et ce n’est qu’un début. Car il y a encore pas mal de potentiel pour améliorer qualitativement et quantitativement ce à quoi on peut accéder sur internet.

Cela amène des nouvelles questions de société comme celle du « droit à l’oubli ». Quelqu’un qui apparait dans un article de presse verra ce même article apparaitre à chaque fois qu’une autre personne fera une recherche sur son nom. Il risque alors d’être condamné « à vie » pour ce qu’il a fait (ou pas fait … il arrive qu’on soit accusé puis innocenté).

Face à cela, la réaction des autorités est, aujourd’hui, d’obliger Google à censurer les résultats de recherche compromettants sur base d’une demande des personnes qui s’estiment lésées.

Une mauvaise idée … de passer par les moteurs de recherche

Je trouve que c’est une mauvaise idée pour plusieurs raisons:

  • la censure ne se fait que sur les résultats de recherche de Google. Elle est donc facilement contournable, il suffit d’utiliser un ou plusieurs autres moteurs de recherche. Ce n’est pas à la portée de tout le monde ? Justement, on verra se développer des équipes payées pour envoyer les requêtes de droit à l’oubli à tous les moteurs de recherche existant (mais ce ne sera pas efficace, certains ne sont pas concernés par la législation européenne). Et on verra des équipes payées pour aller rechercher là où la censure n’aura pas encore fait œuvre.
  • chaque résultat censuré est indiqué en bas de la page de recherche. Cela incitera donc encore plus à la curiosité.
  • cela occasionne des coûts énormes à Google, coûts qui ne peuvent être investis dans l’innovation. Par ailleurs, on peut se demander quelles seront les demandes suivantes. Or, un moteur de recherche n’est pas là pour censurer le web ni pour être rendu responsable des chemins qu’il indique.
  • ça ne résout pas le problème à la base: l’article qui mets en cause la personne. Pire, ça semble l’occulter. Or, demain, il suffira qu’une URL change pour qu’un contenu censuré redevienne disponible, sans même que la personne, éventuellement, s’en rende compte. Et, de toute façon, l’article restera disponible.

Pour résumer: ça ne résout pas le problème. En effet, un recruteur aura encore les moyens de vous retrouver. Votre entourage également. Les habitudes changeront simplement (les moteurs de recherche des sites de journaux, d’autres moteurs de recherche moins connus seront utilisés). Et en plus, ça demandera une vigilance de tous les instants (cas des URL qui changent ou d’un contenu qui est copié-collé ailleurs). Seul aspect « positif »: ça crée de l’emploi.

Une meilleure idée de résoudre le problème à la source

En fait, la solution que je préconise pour le droit à l’oubli est la suivante: anonymiser (via initiales, noms et prénoms d’emprunt) les dossiers judiciaires. Ainsi, quand quelqu’un est entendu pour une affaire judiciaire, la justice communiquera avec un faux nom pour les affaires de moindre importance. Et pour les autres affaires, on pourrait demander aux journaux d’eux même éviter de mettre en avant les identités.

Autre alternative: obliger une anonymisation automatique des articles après un délai raisonnable (quelques années).

Mais, en tous les cas, ne pas s’attaquer aux moteurs de recherches mais plutôt au contenu qu’ils indexent. C’est à mon sens là qu’il faut trouver des idées. J’en ait énoncé deux mais vous en avez peut-être d’autres.

Et permettre des redémarrages dans la vie

Quand on a commit des actes qui nous poursuivent longtemps après, cela peut nous enfermer. Peut-être que, parfois, la société devrait aussi nous permettre de redémarrer et d’avoir une nouvelle chance dés le moment où on a payé pour ce qu’on a fait. Cela peut alors passer par un nouveau nom et une nouvelle identité. Qu’il serait pénalement interdit de divulguer (sinon ça n’a pas d’intérêt). A réfléchir également. Et à n’accorder qu’aux personnes qui ne sont pas sociopathes ou psychopathes.

Les raisons d’un mauvais slogan électoral

Slogan électoral d’Ecolo pour les élections 2014 : « Votez avec votre temps »

La première fois que j’ai pu voter, c’était en 2003. Mais j’étais déjà en âge de m’intéresser à la politique lors de la campagne de 1999. Depuis 15 ans, Ecolo n’a pas toujours été totalement mauvais dans ses slogans. En 1999, c’était même très bon. Mais quand j’ai vu dévoilé ce slogan de 2014, je n’ai pu m’empêcher de me dire que c’était vraiment très mauvais. C’était ma première réaction. Puis, j’en ai débattu et les mots sont venus pour l’expliquer (cela dit, je me suis fait censurer par un député écolo car tout le monde n’apprécie pas forcément le débat, mais c’est une autre histoire).

Dans cet article, je vais vous donner mes arguments et, comme d’habitude, les commentaires sont ouverts si vous voulez réagir.

Mais, tout d’abord, un historique des slogans d’Ecolo de ces quinze dernières années et une petite appréciation de ma part:

Historique des slogans électoraux d’Ecolo depuis 1999 (dix élections !)

Pour voir l’affiche en plus grand, il faut cliquer dessus.

En dessous de chaque slogan, j’ai indiqué l’élection (Fed = Fédéral, REG= régions et communautés, Eur= Européennes, Com/pro = communes et provinces).

L’appréciation est ici très brève. On est beaucoup moins dans l’analyse comme je tenterai de le faire par la suite.

Année Slogan Commentaire et appréciation
1999 « Quand c’est vert on avance » _FED/REG/EUR  5/5. Bon slogan pour un parti vierge, ne conviendrait plus aujourd’hui. L’affiche est elle aussi magnifique. Un vrai travail de pro.

(c) Ecolo

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2000 « Ecolo, ça vous change une commune. » _COM/PRO  4/5. Parle du changement, mais ne conviendra pas à toutes les communes (le citoyen n’est pas forcément mécontent de la gestion de sa commune). Oublie les provinces.

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2003 « Marche » _FED  2/5. Les sondages sont mauvais, le citoyen mécontent, pas le moment de lui dire que « nous » on trouve que ça marche. A un moment où les stéréotypes sur Ecolo sont nombreux, l’idée d’évoquer la « marche » est malheureuse.

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2004 « Voir plus loin, c’est pour aujourd’hui ou pour demain ? » _REG/EUR  2,5/5. Pourquoi poser la question ? Eviter le second degré en politique ! J’ai connu des gens qui ont pris cette question au premier degré ! Trop long ! La première partie était excellente pourtant.

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2006 « Les idées, cest contagieux. » _COM/PRO  2/5. L’image évoque les allergies. Le mot « contagieux » n’est pas forcément lié à de bons sentiments dans nos cerveaux. Les citoyens attendent plus des actes que des idées. Les éoliennes qui s’envolent sur l’affiche, ce n’est pas non plus une très bonne idée.

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2007 « Maintenant ! » (Une terre + verte, un monde + juste) _FED  4/5. J’ai hésité avec 3,5. La deuxième partie est trop longue (+ vert, + juste était meilleur). Le maintenant est intéressant. L’urgence des choix écologiques. L’affiche est cependant un peu maladroite (sentiment d’invasion, malaise) car cet impératif doit être bien manié.

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2009 « Il est temps de passer dans le vert ! » _REG/EUR  4/5. Après le début de la crise, ce n’était pas mauvais d’évoquer ça. Un peu trop long donc j’ai hésité avec 3,5 (Passons dans le vert ! aurait été meilleur).

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2010 « Nous restons ouverts pendant les transformations » _FED  1/5. Nul. Trop long. Evoque la crise institutionnelle de manière maladroite. Pas évident à comprendre. Pas positif. Le jeu de mot « ou…vert »: au secours ! à ne pas faire.

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2012 « Avec vous » (pour des solutions durables) _COM/PRO  4/5. Plutôt très bon. Un peu démago mais c’est un slogan donc, ça peut s’excuser. Rappel la nécessité de la proximité au niveau local. Mais c’est à double tranchant pour les communes ou Ecolo est au pouvoir et ne l’aurait pas appliqué.

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2014 « Votez avec votre temps » _FED/REG/EUR  1/5. Nul, mais on en parle plus bas.

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 Critique du slogan de 2014

Par facilité, je vais me contenter d’évoquer chaque point qui me pose problème y compris les mineurs sans les classer par ordre d’importance:

  • Si on prends le premier mot et les dernières lettres, ça fait: « Votez PS ». Vu le fonctionnement du cerveau et sa réceptivité aux messages subliminaux, c’est quelque chose qu’il vaut mieux éviter de faire. D’autant plus que ça m’a sauté très rapidement aux yeux. C’est non voulu (j’espère) mais c’est fort.
  • Il n’est pas nécessairement trop long, Ecolo a déjà fait bien pire. Mais comme il est incompréhensible, ça donne cette impression de ne pas comprendre exactement ce qu’on a lu.
  • Séparation entre le lecteur et celui qui écrit. Il y a une séparation entre celui qui écrit l’affiche et l’électorat. On s’adresse à l’électeur comme s’il était différent (opposition vous / nous). « Votons avec notre temps » aurait déjà été plus efficace.
  • Donc justement, quand on le lit dans sa tête, on a l’impression de parler à quelqu’un d’autre, ça porte confusion. Si on ne veut pas se mêler avec l’électeur « Voter avec son temps » aurait déjà été meilleur. Oh oui. Rien qu’à l’écrire et à l’entendre, ça saute aux yeux.
  • Doit-on aller voter avec le magazine « notre temps » dans la main ? Lol, ça se passe de commentaires. Mais dans nombre de têtes, « notre temps » évoque ce magazine qui a depuis changé de nom. Et donc, « son temps », ça peut évoquer cette lecture dont le coeur de cible était les personnes âgées. Un peu paradoxal. Car oui, quand on dit « de mon temps », c’est plutôt pour critiquer le temps actuel et dire que c’était mieux avant. Plutôt réactionnaire ou conservateur que progressiste.
  • Un slogan doit être immédiatement compréhensible et premier degré (toujours). Ne pas oublier que c’est quelque chose qu’on lit vite, même sans le vouloir (une affiche sur la rue), ça doit nous parler et parler à notre cerveau. Or, c’est deuxième degré. Ca fait référence à un « notre temps » très peu clair pour la plupart d’entre nous (c’est quoi « notre temps » ?? demandez à dix personnes et vous aurez des réponses très différents). Et l’injonction de voter ne va pas nécessairement faire voter pour Ecolo (car pour beaucoup de gens, le lien n’est tout simplement pas évident). Pour moi, c’est presqu’élitiste, sans le vouloir bien sur.
  • Voter Ecolo est-il de notre temps ? C’est l’analyse qu’Ecolo en fait. Mais est-ce partagé par les électeurs ? La méthode Coué ne suffira pas nécessairement (le proclamer pour en faire une réalité). Dommage. Personnellement, je suis évidemment persuadé que l’écologie est une préoccupation de notre époque. Mais les gens différencient écologie et écologie politique. En fait, c’est presqu’un peu présomptueux à un moment où il valait mieux faire preuve de modestie vu les sondages très bas.
  • Le mot « temps ». Il a plusieurs sens. On l’a vu tantôt, un slogan ou une affiche doit être le plus compréhensible possible. Il vaut donc mieux éviter tout second degré et, également, des mots qui possèdent plusieurs sens. Or donc, temps évoque chez moi: le temps horloger, météorologique, la quantité (tant). Ou encore des expressions comme « perdre son temps » (ce que beaucoup attribuent justement aux élections), « prendre son temps ».
  • Le pompom: l’ajout de « votez neuf » en référence au numéro de la liste. S’il y a bien quelque chose que les gens n’assimilent plus comme « neuf », c’est Ecolo.

Conclusion

Vous l’aurez compris, ce slogan se classe dans le top 2 des pires slogans Ecolo depuis 1999. Avec celui de 2010 qui fut … une grosse défaite pour Ecolo.

Un raté qui, j’espère, ne plombera pas trop les résultats d’Ecolo au risque de voir les enjeux du développement durable passer aux oubliettes dans l’après élections. D’autant plus que ce « méga » scrutin impactera le financement du parti pour les cinq ans à venir.

Les raisons de cet article

Je m’intéresse depuis longtemps à la communication et à la politique. Un slogan est donc, dans ce cadre là, toujours intéressant à analyser. Et celui-ci donne lieu à tellement de commentaires que j’avais envie de les partager.