Bitcoin, une religion et un dogme ?

Le Bitcoin est un sujet qui m’intéresse beaucoup. Je lis beaucoup à son sujet. Et personne n’a jamais réussi à me convaincre que ce système monétaire serait mieux que ce que nous utilisons aujourd’hui. Il fallait toutefois bien que j’en parle sur ce blog un jour. J’ai l’impression qu’il existe une quasi « religion » à son sujet sur le net et cela ne peut pas faire de mal d’avoir un peu de négatif dans le débat.

Mes principaux reproches sont les suivants :

  • aujourd’hui, c’est une monnaie spéculative et quasiment inutilisable pour les achats du quotidien. Une monnaie où il faut attendre potentiellement plusieurs heures pour que la transaction soit confirmée. Avec une volatilité folle qui fait que le cours du Bitcoin évolue entre le moment de la transaction et sa confirmation. INUTILISABLE. Ou, au minimum, un retour en arrière par rapport à l’existant.
  • elle coûte énergétiquement très cher. Et ce coût ne cesse d’augmenter avec le temps. De ce point de vue-là, j’ai lu que le coût d’une transaction pourrait diminuer avec le temps (économies d’échelle) mais entre la théorie et la pratique, je reste dubitatif.
  • sa sécurité ne me parait pas si garantie. Le fait de perdre sa fortune en même temps qu’on perdrait un disque dur en fait quelque chose de pas très rassurant. Et il y a déjà eu des scandales dans le passé. Le fait de se passer de régulation ou de tiers de confiance parait une bonne idée quand on déteste l’état ou qu’on est anarchiste mais il faut encore réussir à faire au moins aussi bien qu’eux et ce n’est pas gagné …
  • elle est basée quasi maladivement, justement, sur une peur de l’Etat mais permet une surveillance sans précédent. La blockchain stocke toutes les transactions, c’est son principe. Donc, si on ne devait utiliser que le Bitcoin, le moindre de nos achats serait stocké et accessible. On est dans un système décentralisé, ou plutôt non dirigé, mais les données, elles, sont centralisées dans un même fichier.

J’ai trouvé un article intéressant résumant ceci (excepté le dernier point).

Et un autre article que j’ai trouvé assez intéressant et pondéré.

Au rayon avantages, je n’en vois pas. Je ne suis pas libertarien, je crois que l’Etat doit garder un contrôle sur la monnaie. Dans le Bitcoin, le contrôle est relégué à un algorithme, ce n’est pas neutre du tout. Mais, qui a le contrôle sur cet algo ? Pas l’état. Donc, le contrôle n’est pas démocratique et n’a aucune garantie de l’être ou le rester.

Cela dit, comme je l’ai écrit en commençant, je garde un intérêt voir une ouverture d’esprit et je continue donc à m’informer.

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Ploum et M. Jamar défendent son bilan énergétique

Je suis donc tombé sur cet article du blogueur Ploum qui m’a paru défendre des raisonnements assez biaisés. Et cela a conduit à me demander si, à défendre cette monnaie de cette manière-là, on était pas entré dans une sorte de religion / dogme où on finit par se sentir obligé de tout justifier quels que soient les arguments en faveur ou en défaveur.

Vous trouverez l’article de Ploum sur le Bitcoin ici.

Ploum et Mathieu Jamar ont décidé de  défendre le Bitcoin sur sa consommation énergétique (il est vrai, un des gros points noirs de la monnaie).

Cette défense ne remet pas en question les chiffres avancés comparant la consommation du Bitcoin à celle de certains pays. Mais elle remet en question le fait que ce soit une catastrophe écologique par les arguments suivants (mon commentaire est mis entre parenthèses à chaque fois) :

  • une production d’électricité peut être propre (là dessus, je suis d’accord avec un bémol : toute énergie, même propre, surtout propre, qui est gaspillée est un souci)
  • on a utilisé une énergie qui n’était pas temporairement utilisée (mais, en vrai, quand on regarde le graphique présenté, cela ne l’était que pour une petite partie de la production, puisqu’on est dans le centre du rond)
  • les surplus doivent être consommés (c’est vrai dans le cas du nucléaire, beaucoup moins dans le cas de l’hydroélectricité où il est plus facile de stocker de l’énergie sous forme cinétique)
  • que si le Bitcoin consomme autant que le Maroc, il a aussi, si on en croit la fourchette la plus haute, le même nombre d’utilisateurs (pour nous dire de ne pas comparer pommes et poires et comparant pourtant également l’incomparable, c’est à dire des citoyens d’un pays et les utilisateurs d’une monnaie virtuelle. Et on admirera au passage que le nombre d’utilisateurs du Bitcoin est évalué avec une marge d’erreur de 20 millions sur 30 millions max, c’est dire comme il semble difficile de maitriser les chiffres !)
  • de manière plus logique (mais seulement en apparence) on nous dit que le Bitcoin consomme à peine plus que la production de pièces et de billets (au monde ? donc, pour maximum 30 millions d’utilisateurs, cela consomme déjà plus que la production de pièces et de billets ?? est-ce vraiment un argument « positif » ?)
  • on continue dans les comparaisons avec celles liées à l’extraction d’or qui est très chère et polluante (mais c’est pour moi hors sujet car vouloir remplacer l’or par le Bitcoin – qui est versatile et abstrait -, c’est ne pas comprendre pourquoi l’or sert de stockage : c’est un métal rare et précieux, concret, qui a des usages commerciaux et techniques et qui est très demandé)
  • un peu de populisme anti-banques pour nous dire que ses employés viennent bosser en voiture ou en jet privé (mais bien sur, le Bitcoin va faire en sorte qu’il n’y aura plus de compte d’épargne rémunéré ou plus de prêt ou de produits d’assurance et d’investissements, … même avec une monnaie en Bitcoin, je ne vois pas comment les banques disparaitraient)
  • Youtube, c’est le mal, ça ne sert qu’à afficher des pubs entre deux vidéos « rigolotes » (is it a joke ? je peux leur envoyer quantité de chaines intéressantes et qui ne font pas que ça ou qui se financent en dehors de la publicité … passons sur le fait que Youtube est un réseau social et que la communication, c’est aussi des choses futiles). Puis nous parler de la consommation des Data Center de Google. (OK, mais les data centers font aussi autre chose que Youtube … et Google est alimenté à 100% par des énergies renouvelables, il y a de la contradiction avec l’argument numéro un)
  • « Avant de critiquer la consommation de Bitcoin, il est donc nécessaire de quantifier à combien nous estimons une consommation “normale” pour un tel système. » (Je suis entièrement d’accord, mais votre article ne le fait au final que très peu, malheureusement ! c’est là dessus qu’il aurait fallu écrire !)
  • Le minage des Bitcoins n’est pas inutile, il assure la sécurité. (certes il est créé dans ce but, donc j’espère bien qu’il le remplit, mais au final, tous ces calculs ne mènent à rien ; et même si on utilisait ces capacités pour résoudre de vrais problèmes, il en résulterait tout de même de gros gaspillages car le même calcul serait fait en parrallèle un nombre important de fois)
  • Le minage permet de garantir la décentralisation du système (mais la décentralisation est-elle un but en soi ? c’est précisément elle qui est à l’origine du gaspillage, cela en vaut-il vraiment la peine ? quel est le rapport avantages / inconvénients de celle-ci ?)
  • Le Bitcoin n’est pas optimisé mais c’est normal, c’est encore « expérimental » (très rassurant, ou pas, mais l’argument peut aussi se retourner contre le Bitcoin, un projet qui dérape autant en phase de test, est bon pour la casse ; c’est justement parce qu’on est en phase de test qu’il faut chercher des solutions ou envisager l’arrêt car ce qui se passe aujourd’hui pourrait l’être d’une manière exponentiellement pire dans le futur)
  • Et là, on arrive à la seule comparaison qui avait un intérêt profond, celle du coût par transaction. Car oui, au final, combien cela coûte en Bitcoin pour faire mes courses durant un mois versus combien ça coûte aujourd’hui pour un consommateur moyen, c’était la seule question pertinente. C’était le seul moment où on pouvait comparer des choses comparables. Mais, vous savez quoi ? Il n’y a pas la réponse. Ou plutôt, on a cette réponse : « Mais les comparaisons coût par transaction sont de toutes façons pour la plupart malhonnêtes car elles ne prennent généralement pas en compte toute l’infrastructure bancaire sur laquelle s’appuient les solutions comme VISA ou MasterCard. » (cela me parait une façon bien maladroite de se défendre, car on est donc pas plus avancé, il n’existerait aucun chiffre utilisable. Ou alors ceux existant ne sont pas favorables et il fallait bien trouver un moyen de les rejeter ?)
  • Pas d’optimisation nécessaire tant qu’on ne connait pas la consommation relative du système dans le futur par rapport à la consommation énergétique totale. (Le problème, c’est que celle-ci est et sera toujours imprévisible, système fermé oblige. Par ailleurs, pas besoin d’attendre puisqu’on saurait déjà faire beaucoup de calculs aujourd’hui, autant y aller.)

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La conclusion est affligeante car la critique du Bitcoin serait surtout motivée par, tenez-vous bien :

  • la volonté de faire vivre les publicitaires qui financent les médias (sensationnalisme)
  • la manipulation de nos émotions par les médias au profit de ceux à qui appartiennent aujourd’hui la monnaie (en gros les Etats)
  • le manque de compétences et de temps des journalistes

Si on est pas dans le complotisme, je me demande bien dans quoi on est.

Utilité de la monnaie

Pourquoi est-il essentiel de regarder le nombre de transactions utiles ? Car, actuellement, le Bitcoin a un usage quasi exclusivement spéculatif. Que donc, même le grand nombre d’utilisateurs n’est pas révélateur. Ces utilisateurs font très peu de transactions « utiles » (achats de biens de consommation) voir très peu tout court (si ce n’est la part la plus spéculative, justement, des utilisateurs).

Finalement, le principe de la blockchain liée au Bitcoin qui est de ne pas faire confiance aux Etats conduit également à ne faire confiance à personne. Or, si on confie notre monnaie aux Etats, c’est parce qu’on sait qu’il faut un organisme qui doive rendre des comptes et qui soit au dessus de la mêlée et proche de l’intérêt public pour superviser le tout. Les banques nationales sont une manière très efficace et efficiente de faire ce contrôle. La blockchain, c’est tout l’inverse sans compter qu’elle nécessite de faire confiance à un algorithme bien plus incompréhensible que le fonctionnement des banques nationales ou à des mineurs sur lesquels nous n’avons aucun contrôle mais dont il n’est pas du tout impossible qu’ils puissent un jour se mettre ensemble pour trafiquer le système.

Pour moi, le Bitcoin prouve par l’absurde, ou par l’expérimentation que des entités de confiance centralisatrices sont bel et bien nécessaires et le seront toujours.

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Finalement, à la fin de l’article, j’ai surtout une double impression. La première, c’est que cette monnaie virtuelle est comme une religion, un dogme incritiquable. Et, dès lors, tous les arguments sont bons. Je pense qu’ils sont de bonne foi mais leurs arguments ne font que très peu mouche.

Effectivement, aujourd’hui, le Bitcoin engendre une énorme consommation d’énergie et cette énergie n’est même pas dépensée pour faciliter des échanges commerciaux. Non, elle l’est surtout dans un but de spéculation. Et ça, pour des gens qui semblent anti banque, c’est paradoxal.

Mais cela me conforte dans l’idée que les banques ne sont pas le problème mais plutôt le manque de leur régulation. Donc, les supprimer pour quelque chose d’encore moins supervisé ne peut certainement pas être la solution.

Et on arrive à la deuxième impression, la peur (et la haine ?) de l’état est tellement forte qu’on en arrive à créer une immense usine à gaz polluante et à tout justifier. Jusqu’à carrément oublier et mettre au second plan que le Bitcoin est surtout un outil de spéculation. Précisément ce qu’on devrait combattre. Et qui devient ingérable dans un système décentralisé. Alors qu’on a trop peu de régulation, cette solution en cryptomonnaie ne fait qu’enfoncer le clou.

Au final, pourquoi abandonner les banques si c’est pour arriver dans un système bien pire encore ?

Voilà sans doute pourquoi je ne serai probablement jamais séduit par ces cryptomonnaies. Je pense que l’Etat a un rôle à jouer dans nos vies. Il ne doit pas tout faire, il ne doit pas tout être, il doit être bien géré, mais il doit être présent comme régulateur, surtout dans des domaines d’importance comme la finance ou la monnaie. Ce qui est incompatible avec l’idéologie fondatrice des cryptomonnaies.

Ni Juge, Ni Soumise, film de Jean Libon et de Yves Hinant

Quel est cet objet ?

Ni film, ni documentaire, mais « simplement » un épisode long de l’ancienne émission télévisée portée au cinéma. « Simplement » ? Ce n’est pas péjoratif car j’adore le format en question. Et il est parfaitement calibré pour suivre une juge d’instruction. La juge en question avait d’ailleurs déjà eu droit à son moment de gloire télévisuelle il y a quelques années dans l’émission.

On a bien un montage et un fil conducteur, mais il n’y a pas de scénario écrit ou de vraie mise en scène. Pas non plus de volonté de nous mener quelque part, ni même celle de prétendre être éducatif. Seulement celle de nous faire partager une longue tranche de vie condensée en 90 minutes.

Je ne dis pas cela pour critiquer car, dans le fond, cela ne m’empêche absolument pas d’apprécier. C’est de la téléréalité dans un sens documentaire et c’est très bien comme ça ! Il y a un montage mais il ne semble pas nous manipuler et il suffit d’en parler avec ceux qui baignent dans le milieu judiciaire pour en avoir confirmation.

A la fin, peut-on prétendre tout connaitre du sujet ? Non. Mais on a entrevu suffisamment pour comprendre le point de vue et la charge / responsabilité d’un juge d’instruction lambda. Et c’est déjà pas mal.

Le film montre l’humain tel qu’il est

Le film m’a vraiment scotché à l’écran et fort ému, j’ai même eu des larmes aux yeux au lancement du générique de fin.

C’est vrai, la salle a rit, surtout au début. Mais je n’y vois pas moquerie, c’est plus la réaction de malaise et de surprise.

Et fait preuve d’une rare transparence

Je n’ai pas rit, parce que rien de tout ce qui s’y passe ne m’a vraiment surpris (j’ai des connaissances qui travaillent là dedans). Mais, pour autant, c’était prenant et passionnant d’entrer vraiment dans le quotidien d’un juge d’instruction et de quelques enquêteurs.

Même si l’on a déjà vu ou entendu des choses, on est plongé dans cette réalité qui dépasse la fiction et qui est un peu « inimaginable ».

Justice et police font partie d’un milieu très clos. Il y a énormément de productions de fictions, remplies de clichés pour la plupart et quasiment toujours éloignées du terrain belge. On en sait sans doute plus sur le fonctionnement de la justice américaine que sur celle qui nous concerne le plus. Du coup, avoir autant de transparence d’un coup, c’est vraiment faire preuve d’utilité publique.

Commentaires

Comme dit au début, je ne considère pas totalement cette oeuvre comme un film et ne l’analyserai donc pas comme j’en ai l’habitude mais ça ne m’empêche pas de faire quelques commentaires qui me viennent à l’esprit sur divers thèmes.

La femme infanticide

Je ne l’ai pas trouvée dans un état second, ni même réellement délirante. Elle est calme, elle raconte. C’est justement ça qui est terrible, c’est qu’elle est parfaitement consciente de ce qu’elle a fait. Elle est juste persuadée d’avoir tué le diable.

Je ne sais pas si elle a été déclarée responsable de ses actes ou si on lui a détecté une maladie mentale (est-ce seulement déjà jugé ?). J’y vois en tout cas une personne humaine, seule, qui a vécu dans un milieu malsain et qui finit par commettre l’irréparable. C’est horrible. Je ne peux m’empêcher de la regarder dans les yeux pour tenter de comprendre et je n’y arrive pas. Comment est-ce possible ?

On dit que le regard est la fenêtre de l’âme mais le sien est si calme et elle semble si raisonnée… C’est perturbant. En apparence, elle est tout à fait normale. Si on ne fait pas attention aux mots qu’elle utilise mais à son langage corporel et au non verbal, jamais on ne pourrait se douter de la raison pourquoi elle se trouve là.

C’est aussi pour ça que c’était intéressant. Nous, si nous étions juge d’instruction, nous serions face à des évènements pareils, incompréhensibles… Comment réagirions-nous ? Difficilement. Quelle réponse apporter ? On veut toujours apporter des réponses, régler des problèmes mais il y a des cas où j’ai l’impression qu’il faut presque s’avouer vaincus et chercher seulement à protéger la société. La prison ne sera pas une solution réparatrice mais elle a au moins le mérite d’assurer une surveillance pour un temps donné.

C’est là qu’on se dit que faire la justice est un métier difficile et qu’il était intéressant d’approcher durant une heure et demie son quotidien, quel que soit le rôle. Si ce film n’existait pas, il faudrait l’inventer. La justice est un monde tellement poussiéreux qu’il ne fait pas de mal d’y voir un peu plus clair.

Le manque de moyens

Notre justice fait son travail, laborieusement, avec de l’énergie et de la bonne volonté. Mais avec des moyens qui sont soit trop faibles soit mal répartis.

Le reportage a été tourné sur une période de trois ans. Ce sont trois années qui ne semblent pas remplies d’innombrables devoirs d’enquête. Pourtant, on est saisi par l’impression d’une grande lenteur pour avancer d’une analyse à l’autre. Et au final, l’enquête n’est pas finie.

Quand on se balade dans ces caves contenant les pièces à conviction, on ne peut s’empêcher de se dire : quelle misère ! Manque de sécurité, exigüité, conditions de stockage non optimales. Mais pour ceux qui sont dedans, je suis sur que tout ça est bien « normal ». C’est en effet la seule réaction à avoir pour ne pas devenir fou quand on vit là-dedans pendant des années.

Des entrepôts sécurisés et modernes, cela ne devrait pas coûter si cher que cela à mettre en place. De ce qu’on peut voir, on y est pas encore et c’est vraiment désolant.

Les privilèges ?

A côté de cela, les quelques privilèges dévolus à la fonction paraissent finalement peu de choses. Une petite aide pour tenir le coup. On peut les accepter tant que, évidemment, ils ne lèsent personne.

Parce que, à bien y regarder, elle le dit bien et le fait bien comprendre : la pression qui est sur ses épaules est énorme. Aucun dossier n’est anodin ! Elle se souvient de tous. Preuve qu’elle ne fait pas son boulot à la légère. Quand elle veut prendre le pari de la libération d’un gardé à vue, elle espère lui faire avoir un déclic qui lui permettra d’éviter toute nouvelle récidive. Elle essaie de faire une justice pédagogique. Son but n’est pas seulement de punir mais de prévenir. Moi, je l’ai ressenti tel quel.

Et elle le fait alors que, difficulté suprême, des « clients » qui reviennent ou qu’elle apprend à connaitre par cœur, il y en a et ils semblent incorrigibles malgré leurs promesses. Arriver à garder la foi malgré cela, je dis chapeau. Sa mission, elle ne semble jamais l’oublier. Elle n’est pas parfaite, ce n’est pas ce que j’essaie de dire, elle a son caractère, elle abuse peut-être même parfois, mais je pense toujours en gardant à l’esprit un esprit de justice et de rédemption / prévention.

« Si je vous libère et que vous faites une connerie, on dira, quelle connasse celle-là » et « si je vous envoie en prison, vous avez vu ce que vous allez coûter à la société » sont des phrases qu’elle dit en face d’un « client » (comme elle dit). La prison n’est certainement pas une solution de facilité, pas plus que la libération. Elle sait que quoi qu’elle fasse, elle sera mal vue et malgré ça continue son travail sans devenir folle.

Respect

Ce sera mon mot de la fin après avoir vu ce film : « Respect ». Pour elle et tous les maillons de la chaine judiciaire. En espérant que la société leur donne un peu plus de considération et plus de moyens pour que tout cela fonctionne plus vite et mieux. Notre société en a besoin.

Pensées pour Manu, oncle et parrain décédé ce 19 mars au bel âge de 88 ans

Tu es décédé il y a plus de dix jours maintenant. Je suis venu te rendre un hommage au funérarium, ne sachant me rendre à ton enterrement le lendemain. Je viendrai un jour prochain déposer une fleur sur ta tombe. Mais en attendant, il me restait ce que je sais encore faire de mieux, partager par écrit quelques pensées à ton égard.

A dire vrai, je n’ai pas réalisé tout de suite. On est pris par le temps, les obligations diverses, les soucis du quotidien et professionnels. On a pas assez de temps pour méditer. Ce moment de recueillement, je l’ai eu seulement en me rendant à Rixensart au funérarium.

Ce que je pense, je ne peux le livrer facilement devant des regards extérieurs, même proches. Alors, je le fais par écrit, à froid, seul devant mon bureau.

Souvenirs

Un jour, mon frère et moi t’avons accompagné à DHL qui était ton employeur. Tu étais un homme important et apprécié là-bas. Sympathique et aimable. Cela se voyait et se ressentait dans tes contacts humains. Il y a sans doute des pilotes qui profitent de leur rang élevé pour en imposer mais ce n’était pas ton cas.

Ce jour là, j’ai pu découvrir ton métier qui était aussi ta passion. Monter dans des avions cargos, les visiter, découvrir un poste de pilotage ; ce furent des souvenirs qui restèrent gravés dans ma mémoire, même si je n’en ai que des flashs.

Je me souviens aussi de ce jour, beaucoup plus tard, où tu avais rencontré, à l’occasion d’une fête de famille, un ancien pilote de l’armée avec qui tu avais compagnoné après guerre. Quelle joie pour vous deux de vous revoir, par surprise, et de vous raconter vos anecdotes.

Tu adorais raconter ta riche expérience de vie et c’était toujours fait d’une manière vivante et non condescendante.

Ta passion, c’était aussi tes enfants. Tu étais très fier d’eux et cela se voyait. Je me souviens d’histoires à propos de l’Alaska, du mode de vie, des expériences vécues par Guy, d’un extrait de l’émission des belges du bout du monde, des photos dans le bureau, des articles dans les journaux ou encore des aurores boréales. L’Alaska avait beau être à des milliers de kilomètres, c’était comme s’il ne s’était jamais vraiment éloigné.

Ton autre fils était lui aussi très brillant, avait bien réussi et tu en étais fier.

Je pense que la vie t’a donné ce que tu voulais qu’elle te donne et qu’elle a été belle. Tu as eu celle que tu voulais et cela participait certainement à ta bonne humeur. J’en suis heureux pour toi. Je suis triste de ton départ mais, comme la photo qui était posée sur ton cercueil, je ne peux m’empêcher de penser à toi avec le sourire.

Regret

Nous avions convenu de venir vous rendre visite, à Marie-Thérèse et à toi, avec Florence lorsque le printemps serait revenu. Ça n’a pas pu se faire, c’est dommage. Mais tu as pu revoir tes deux fils avant de partir et c’était certainement le plus important.

En même temps que mes parents reprenaient contact avec vous, j’ai eu, sans m’en rendre compte, la peur de perdre mes souvenirs familiaux. Aujourd’hui, je sais que c’était lié à vous parce que votre santé déclinait à tous les deux. Alors, j’ai commencé à interroger des membres de ma famille et à prendre note pour plus tard de ce qui peut être dit et entendu. J’ai l’ambition un jour d’y mettre de l’ordre et de permettre à mes frères et à mes enfants, neveux, nièces, etc … de découvrir un peu mieux la vie de leurs ancêtres.

Toutefois, ce vendredi où je suis venu te rendre hommage, j’ai eu cette pensée que ce travail, c’est avec toi que j’aurais dû le commencer. Malheureusement, j’ignorais que tu nous quitterais si vite. On ne s’imagine jamais que cela va arriver. On pense toujours qu’on aura tout le temps. Mais c’est faux, tu es parti et je n’ai pas pu venir t’écouter me raconter une dernière fois tous tes souvenirs d’une vie trépidante. Et je n’ai pu les coucher sur écrit. C’est là mon plus grand regret sans doute.

Je sais que mes parents continueront, autant que leur propre santé le permet, à veiller sur Marie-Thérèse. Je sais aussi que tu ne voulais pas la laisser seule, mais la vie est parfois cruelle. Repose en paix, Manu.