Catalogne : gagner la com’ et perdre la paix

Ce que nous vivons

Aujourd’hui, les « dégâts » sont, quoi qu’on en dise, minimes. Il y a peu de blessés graves, pas de morts. C’est déjà de trop ! Mais quand on parle nationalisme, indépendance, on sait que l’étape suivante toujours possible aujourd’hui, c’est la guerre civile.

On espère qu’on arrivera pas là mais, par immaturité politique, le Gouvernement Catalan a pris un risque inconsidéré pour son peuple et sa prospérité. Il faut dire que les nationalistes agissent souvent bien plus avec l’émotion qu’avec l’intelligence et la raison, exception peut-être de Bart De Wever dans le Nord de mon pays qui a une intelligence redoutable et sait l’utiliser pour avancer vers son but.

A priori, tout le contraire du gouvernement catalan, donc.

Droit à l’autodétermination ?

Si les catalans avaient examiné l’histoire, ils sauraient qu’il n’y a pas vraiment de droit à l’autodétermination exportable et généralisable. Et un même pays, la Russie par exemple, peut faire une guerre très dure à la Tchétchénie, agir contre l’indépendance du Kosovo et annexer la Crimée tout en soutenant militairement la sécession du Donbass (ou en l’organisant directement, d’ailleurs, mais sans l’assumer publiquement).

Médiatiquement et politiquement, il faut plusieurs conditions (pas forcément toutes, ce n’est pas une science dure) pour pouvoir se réclamer de ce droit :

  • Être opprimé ou minorisé politiquement : n’avoir rien à dire dans son propre pays. Si vous n’avez aucun droit, on considère que c’est normal que vous vous battiez pour les avoir. C’est un peu le principe de la déclaration des droits américains.
  • Chercher à obtenir ces droits avant de chercher l’indépendance, mais sans succès ou sans succès durable (dans le cadre des nations, on compte en longues années). Les américains ont d’abord négocié avec Londres mais sans aucun résultat.
  • L’oppression militaire : du sang et des larmes, ça aide beaucoup à légitimer des velléités d’indépendance. C’est ce que Londres a fait en réponse aux demandes pacifiques du congrès.
  • Avoir un allié puissant. Les américains ont eu la France. Cela les a aidé militairement, mais aussi cela aide politiquement d’avoir quelqu’un apte à défendre votre cause, à vous ouvrir ses frontières. Cela fait pression. En réalité, cette condition se situe plutôt dans la réussite d’une insurrection mais peut aider également à ne pas en avoir de par les garanties qu’offre un allié puissant.

La Catalogne est bien organisée, elle sait jouer sur l’opinion et jouer avec les images ou les vidéos. Elle a une bonne maitrise de la communication. Il est évident que le scrutin ne s’est pas déroulé dans des conditions optimales et que les résultats d’un vote organisé par un parti nationaliste sont sujets à caution. Mais qui dans la presse le dira assez fort ? Aujourd’hui, les catalans sont les gentils, difficile de questionner durablement vu le mauvais travail, en sens inverse, de com’ opéré par le gouvernement de Rajoy.

Mais, ont-ils gagné pour autant leur droit à l’autodétermination ? Se sont-ils assurés de pouvoir l’emporter pacifiquement ? Je ne crois pas.

Voyons pourquoi :

  • La Belgique est le seul (petit) pays à avoir protesté. On sait que le parti le plus influent de son gouvernement est nationaliste … Avec au passage la direction du Ministère de l’Intérieur et de l’Armée. Les autres soutiens viennent de régions ou partis nationalistes. On fait mieux. Ils ont besoin de mieux … Une catalogne indépendante sans ticket d’entrée dans l’Europe ne survivrait pas longtemps.
  • La police espagnole est certes intervenue durement, mais il n’y a pas eu de bain de sang. Les images sont dures mais pas assez pour justifier une intervention à l’ONU ou obliger les grands à se positionner.
  • Les catalans se plaignent que depuis des années, cela n’avance pas pour eux. Mais, pour un pays qui veut être indépendant pour les siècles à venir, qu’est-ce que sept ans ? Rien du tout. Un mouvement nationaliste doit savoir se montrer patient s’il veut emporter ou gagner une autonomie. Là, c’est clairement trop peu.
    Pire, le Gouvernement précédent a montré qu’il était prêt à avancer et qu’une majorité politique pouvait exister pour l’obtention de ces droits ! En quelque sorte, ce n’est pas tant l’Espagne qui bloque que le Gouvernement Rajoy. Ca fait une différence de taille.
  • Enfin, last but not least, les catalans sont loin d’être un peuple opprimé. Ils ont les mêmes droits politique que les autres espagnols. Et l’Etat espagnol leur offre même une autonomie de gestion avec un Gouvernement régional qui a de très larges prérogatives.

Et là, je parlais des conditions « positives », qui doivent être présentes. Je n’ai pas parlé des conditions « négatives » qui rendent encore plus difficile l’exercice de ce droit. Comme celle d’une région qui semble vouloir avant tout partir pour des raisons économiques et égoïstes. Tous les pays fonctionnent avec des régions qui centralisent la richesse et « doivent » être solidaires de régions plus pauvres. Beaucoup d’européens auront du mal à se sentir solidaires des catalans, d’autant plus qu’ils se retrouvent eux-mêmes dans ces catégories qui doivent vivre de la solidarité d’une région riche.

Du point de vue du « droit » à l’autodétermination qu’ils réclament, ce référendum, et même l’image désastreuse donnée par le Gouvernement espagnol n’est donc pas vraiment une victoire. Elle n’a pas changé fondamentalement les conditions du « droit » politique. La gueule de bois arrivera prochainement.

L’indépendance serait-elle vraiment un gain ?

N’oublions pas, d’ailleurs, que les petits ruisseaux font les grandes rivières. Qu’une région riche le doit rarement à elle seule et qu’une indépendance est toujours un énorme risque d’appauvrissement, non seulement pour la région qu’on quitte mais aussi pour la région qui quitte. Et parfois, les deux sont perdants.

Les nationalistes catalans mentent à leur peuple en laissant croire qu’ils seront plus riche en étant indépendant de l’Espagne tout en restant dans l’Europe, ceci pour deux raisons :

  1. La doctrine Prodi stipule qu’une région qui fait sécession d’un état membre de l’Union Européenne doit refaire une demande d’adhésion. Pour cela, elle devra avoir l’accord de l’Espagne. Si la sécession est brutale et unilatérale, il est évident que l’Espagne le fera payer cher (au deux sens du terme) à la Catalogne. D’autres pays craignant la sécession de certaines de leur propre région feront d’ailleurs plus que probablement corps avec l’Espagne. On peut par exemple penser à la France et la Corse ou même si dans une moindre mesure à l’Allemagne et la Bavière. Deux pays très influents car fondateurs de l’UE.
  2. L’Union Européenne via différents fonds est basée sur la solidarité entre régions riches et pauvres. En tant que région riche, la Catalogne devra se montrer solidaire des autres régions plus pauvres.

Se séparer ? Trois possibilités

Il y a deux manières caricaturales de gagner son indépendance, celle à l’amiable où on négocie. Et cela peut durer des années. Et celle, sanglante où on se bat. Entre les deux, il y a le rêve Catalan, l’indépendance « de facto ». Celle où Madrid serait contrainte d’accepter toutes les conditions de la région sans négocier au-delà des détails et en se laissant faire.

Cette dernière solution est assez utopique en l’état et serait possible si le droit à l’autodétermination était reconnue par suffisamment d’états. Mais on le sait, ce n’est pas le cas, et cela ne risque pas de le devenir.

Pourquoi pas à l’amiable aujourd’hui ?

Dans le passé, il y a eu des cas de séparation à l’amiable, alors pourquoi pas ici ?

Bien, si nous prenons le cas de la Tchécoslovaquie, la partie sécessionniste était la plus pauvre. En Catalogne, c’est tout l’inverse.

Il ne faut pas être très futé pour comprendre qu’il est plus facile de laisser partir celui avec lequel on est solidaire, même si ça déchire le cœur, que de laisser partir celui qui te permet de survivre. Pour celui qui voit partir, c’est un sentiment d’abandon voir un sentiment de menace pour sa vie, ses enfants, sa famille, son futur. Dans ces conditions, tout est réuni pour que le débat devienne extrêmement passionnel voir violent.

De plus, pour l’Espagne qui est déjà un pays fédéral très fort, c’est prendre le risque de développer des aspirations dans les autres régions. Le pays risque d’une certaine manière la dissolution. Donc, pour les espagnols nationalistes, c’est là aussi un grand danger. Il ne s’agit pas uniquement de laisser partit une région mais de risquer un jeu de domino dangereux où le royaume finirait par tout perdre.

Et demain ?

Tout d’abord, les Catalans doivent se demander si l’indépendance est vraiment un but en soi. Et si ça justifie tous les risques. Pour quoi veulent-ils l’indépendance ? Et ne peuvent-ils pas l’obtenir dans le cadre espagnol, si nécessaire avec un peu de patience ?

Mais même dans le cas où le nationalisme catalan contamine tellement les cœurs et les esprits qu’il devient insupportable aux habitants de la région de rester « espagnols », alors ils doivent créer les conditions d’un accord amiable :

  • Un pouvoir central favorable ! Ils sont une partie importante de la population espagnole ! Unis, comme le sont les flamands en Belgique, ils peuvent infiltrer le pouvoir central et obtenir beaucoup de choses.
  • Une Espagne revigorée économiquement. Oui, il semble qu’ils veulent partir en partie pour ne plus être solidaire. Mais, la réalité, c’est qu’un départ amiable commande encore plus de solidarité ! Ils doivent miser sur le développement de toute l’Espagne s’ils veulent que leur départ ne soit plus une menace pour le reste de l’Espagne
  • Se faire aimer du reste de l’Espagne. Il est plus facile de refuser une demande de quelqu’un qui nous est antipathique (et donc paraitra avoir de mauvaise intentions à notre égard) que sympathique.

La question du référendum

La question de l’indépendance ou de l’autonomie peut très bien être dissociée de la question du référendum. Mais, le fait est qu’ici une question a été posée. Pour moi, les résultats sont sujets à caution dès le moment où l’organisation précipitée et la manière même de faire n’offre pas toutes les garanties d’un scrutin impartial.

Pour résumer, ce que je reproche en plusieurs points :

  • La question comportait en fait deux questions ! Il y avait une question sur l’indépendance et une question sur le régime politique (république). C’est déjà un gros vice de forme en tant que tel. Il aurait fallu séparer cela en deux questions.
  • Il est beaucoup trop tôt pour poser une quelconque question. Les gens ne peuvent pas savoir sur quoi ils vont voter, tout simplement parce que les négociations n’ont tout simplement pas encore commencé. Combien ça va coûter, rapporter, en combien de temps, quels accords de coopération, quelle intégration européenne ?? Rien n’est connu. Et je ne demande pas les textes à la virgule après, non, au moins la négociation du cadre.
  • Le débat public raisonné n’a pas pu avoir lieu, le temps n’a pas été suffisant pour cela
  • La question doit être posée à toute l’Espagne. Il ne s’agit pas seulement de demander aux Catalans ce qu’ils pensent mais aussi au reste de l’Espagne car le départ de la région impacte aussi tous les autres espagnols
  • Il n’était pas constitutionnel et ne respectait pas l’état de droit (ce n’est pas une petite chose)
  • Il aurait, du de préférence, être organisé par une instance neutre comme, par exemple l’OSCE. Parce que là … le climat est tellement passionnel entre gouvernements central et régional …

Conclusion

L’europe, le continent, a connu la guerre en Yougoslavie il n’y a pas très longtemps. On pensait que l’Union Européenne nous protégeait de ces choses-là. Mais la vérité, c’est que si l’UE nous a longtemps protégé des nationalismes, c’est loin d’être une protection absolue.

En Espagne, peut-être que tout va bien se passer, j’en doute. Peut-être également qu’il va y avoir un conflit fratricide, c’est le scénario du pire. Entre les deux, le plus sûr, c’est l’appauvrissement des catalans et des espagnols. Personne ne va rien y gagner : baisse du tourisme, problèmes économiques. Il ne faut pas croire que la Catalogne va être récompensée pour son geste et ses ennemis seront nombreux pour lui faire payer ce qu’elle a fait.

Même un conflit non armé sera « sanglant » et fera très mal à ceux-là même, les citoyens, que les populistes prétendent toujours protéger et chérir en encourageant leurs bas instincts.

On peut dire ce qu’on veut sur Rajoy, son parti empêtré dans la corruption et très conservateur, il a raison sur un point, le Gouvernement Catalan est seul responsable de ce qui arrivera. Quand on allume un feu, même avec une étincelle, on ne peut se dédouaner des conséquences.

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« Still Life » ou « une belle fin », film de Uberto Pasolini

Il est conseillé d’avoir déjà vu le film vu que je fais des spoilers. Si vous ne l’avez pas encore vu et que vous voulez garder toute la surprise, il vaut mieux postposer la lecture de ce commentaire. ;-)

Le but de cet article est de faire divers analyses, commentaires et critiques sur le film et d’ouvrir un espace de débat éventuel avec les lecteurs. Je vous conduis également vers quelques avertissements avant lecture sur la manière dont j’écris sur ce blog à propos du cinéma.

Petites précisions sur le film

Le film a été réalisé par le producteur de « The Full Monthy ».

Résumé

De Wikipédia:

John May est un fonctionnaire communal qui vit seul. Son travail consiste à retrouver les parents les plus proches de personnes mortes dans une solitude totale. Il effectue son travail avec le soin le plus méticuleux et mène une vie tranquille et ordinaire, faite de rites quotidiens qui en deviennent obsessionnels. Un jour, on lui confie le cas de Billy Stoke, un alcoolique mort dans la solitude à quelques pas de sa propre maison. Il commence alors à recueillir des indices sur sa vie et à chercher les personnes auxquelles il a été lié. Mais, à cause de la crise économique, on lui fait savoir que son service est en passe d’être réduit, qu’il est en surnombre et va être licencié. Il ne se laisse pas abattre et convainc son chef de lui donner encore un peu de temps pour terminer sa dernière enquête. Pendant ses recherches, il fait la connaissance de Kelly, la fille que Billy Stoke a abandonnée dans son enfance et, au cours de ses voyages à la recherche des personnes qui ont connu Stoke, John a l’occasion de savourer à nouveau la vie. Cela ne durera pas longtemps et il mourra lui-même dans une solitude totale, comme tous ceux qu’il avait suivis pendant son travail, lesquels, dans un final onirique et fascinant, lui rendront un hommage reconnaissant.

Le titre

En anglais « Still Life », signifie « nature morte » ou littéralement « encore vie ». Le héros est chargé de retrouver des survivants, job qu’il fait avec coeur. Il va même plus loin et jusqu’à écrire la vie des décédés pour leur enterrement. Ce qui pourrait évoquer à la fois la nature morte (peindre leur vie) et en même temps le fait de leur donner encore « vie » une dernière fois.

En français, « une belle fin » pourrait faire référence à la fin. Mais, si je l’ai trouvée magnifique, et si elle se révèle belle par certains aspects, elle a aussi ses aspects très noirs dont on parlera plus bas.

La fin est belle ?

Toutes ces personnes qui ne voulaient plus revoir leur père, ami, amant, … Toutes se sont finalement donné rendez-vous à son enterrement. On imagine que c’est la plus belle réussite de sa carrière. Rien que par l’écoute active et humaniste, et sans insister, il a réussi à ce que la vie de cet homme qui n’était pourtant pas un saint, loin de là, ne se finisse pas totalement dans la solitude.

Ou la fin est moche ?

Mais, John n’est pas là pour le voir. Il ne sait pas que ce fut un tel succès car aucun des survivants n’avait manifesté clairement l’envie de s’y rendre.

John n’étant plus employé par la commune, sa remplaçante n’ayant pas sa conscience professionnelle, personne n’est là pour penser à lui. Tristement, il n’y a que les « fantômes » pour veiller sur lui. Et ce sont les fantômes qui sont restés seuls, ceux pour qui il a « failli » dans son travail. Petit détail, lui qui avait prévu un emplacement parfait dans le cimetière, il se retrouve enterré avec un « arbre coupé ». Alors que l’arbre était censé donner de l’ombre à ceux qui viendraient se recueillir sur sa tombe.

Mais, de toute façon, qui viendra ?

Enterrés en même temps, ce qui prouve que l’enquête a été bâclée, on a envie d’espérer que Kelly découvre qu’il était mort, le recherche et découvre sa sépulture. Mais cela n’arrive pas. Et c’est triste. Il ne lui reste plus que sa famille adoptive de « sans famille ».

Bureaucratie

Il y a une interrogation sur le travail et sur la manière dont il nous façonne. Après tout, John a peut-être choisi son métier en fonction de sa personnalité. Mais cette fonction a pu également le transformer. Tout comme les deux phénomènes ont pu s’auto-entretenir.

En quelque sorte, même s’il faisait son travail avec passion, celui-ci a finit par provoquer ce pour quoi il devait précisément lutter. En effet, il luttait, vainement, pour que les gens seuls redécouvrent des amis et de la famille pour leurs premiers moments dans l’au delà. Et finalement, non content de ne pas y arriver, il finissait par ressembler à ses « clients » toujours un peu plus.

Alors qu’on ne voit que des échecs dans le travail du héros, sans savoir si cela a toujours été le cas, finalement, c’est quand il est licencié et « bénévole » qu’il y arrive. Je me suis demandé, d’ailleurs, si les meilleurs résultats qu’il obtient ne sont pas liés aux démarches plus humaines et proches qu’il entame, loin de son bureau et de son téléphone, directement sur le terrain.

Quand son « méchant » patron le vire et lui déclare que cela lui permettra de changer de vie, n’a-t-il pas au fond raison ? Pour l’employé ce travail est mortifère. Et, d’ailleurs, c’est justement ce qui arrive. Ce licenciement est peut-être l’occasion qui a vraiment permis à MAY de changer de vie et de reprendre pied. Tout autant, au minimum, et sans doute plus, selon moi, que le fait que Stoke était son voisin.

John MAY était un anti bureaucrate dans l’esprit, quelqu’un qui faisait passer la passion pour son métier, et pour les gens, avant son intérêt personnel (sans même le savoir, probablement).

Sa remplaçante est une bureaucrate qui bâcle ses dossiers, fait économiser de l’argent à la mairie en incinérant plutôt qu’en enterrant les gens, sans se soucier de leurs dernières volontés.

Mais, elle et son supérieur ont-ils vraiment tort ? Oui, si on regarde l’humanisme, le respect de la société pour ses marginaux et ses morts.

Non, si on regarde leur santé personnelle et l’investissement d’une tâche qui peut être ressentie comme n’ayant pas de sens. Car, dans le fond, même en faisant son boulot de la manière la plus méticuleuse possible, on ne retrouve jamais personne. Et, comme le dit son chef, les « morts sont morts » et ne pas le savoir évite des souffrances.

C’est certes atroce de raisonner comme cela, mais ce n’est pas totalement inhumain si on regarde du point de vue de la personne qui doit effectuer la tâche. Rien n’est pire que de faire une fonction dont on ne perçoit plus le sens, l’intérêt ou l’utilité. On ne peut pas remplir des tonneaux des danaïdes toute sa vie. C’est ce qui avait failli tuer John MAY.

Rien n’est manichéen dans ce film.

Selon le point de vue, on trouvera des bonnes justifications à un comportement ou l’autre. Suivant que l’on pense au travailleur, à l’employeur, à la société, on aura un avis autre. Et celui-ci ne sera pas forcément mauvais, juste différent.

Cela dit, c’est peut-être aussi ce qui est beau dans la fin du film. Que la dernière mission, justement, n’ait pas été inutile. Peut-être cela nous permet d’accepter plus facilement la vie terne du héros malgré sa fin trop solitaire encore. Qu’une seule mission réussie puisse donner un sens a tous les autres échecs. Peut-être est-ce une partie du message quand les fantômes viennent se recueillir sur sa tombe.

Mais, et c’est aussi cela qui est intéressant, le réalisateur a choisit de faire se dérouler cette « résolution » durant un moment où notre homme n’est plus sous contrat de travail. Je me demande si ce n’est pas un message sur le caractère vainc d’essayer d’être humain quand on a un patron. Mais je ne m’aventurerai pas plus là dessus dans cet article-ci.

Avoir une vie

Le film nous donne deux grands exemples de personnes seules.

Le premier est celui du héros. Il est seul de par son métier. Ou du fait de sa peur des autres, de son besoin presqu’obsessionnel de contrôle et de régularité dans sa vie. Mais pas par méchanceté, bien au contraire, c’est quelqu’un d’incroyablement humain.

A la fin du film, on peut le voir mourir seul. Mais on peut aussi voir qu’il entamait une relation amoureuse et que toutes les personnes qu’il a aidées sont restées près de lui pour l’en remercier.

Le deuxième exemple est celui de Billy Stoke. Il finit seul à cause de sa folie qui finit par lui mettre tout le monde à dos (son alcoolisme n’étant à mon avis qu’un effet secondaire ou un aboutissement du cercle vicieux). Par son incapacité, aussi, à se lier même avec sa fille. A laquelle il continue pourtant à penser. Il est incapable de garder une relation sur le long terme. On dit que l’alcool aura été le clou de son cercueil mais il était déjà sans abri quand c’est arrivé.

Au final, il arrive à avoir du monde à son enterrement. Parce que chacun arrive, après un travail de mémoire, à oublier ce qu’il y avait de mauvais pour ne retenir que le bon du personnage (on suppose).

Au fond, on dit toujours que les morts sont des « saints » mais ce film prouve bien le contraire. Il n’est pas si évident de pardonner ou d’oublier, même face à une personne décédée. Et John May arrive à faire faire ce travail aux relations de Bill Stoke.

John a finit par se rendre compte, en faisant le travail par pure volonté personnelle, du tour que prenait sa vie et de son insignifiance. Il décide alors de prendre des risques : prendre le train loin, du chocolat chaud au lieu du thé, de commencer une relation, boire au goulot après un SDF, … Il n’a pour ce faire, presqu’aucun gros effort à faire, il lui suffit de saisir les opportunités qui se présentent. Il a moins peur des autres. Il se rend compte qu’on a rien sans rien, qu’on ne peut pas tout contrôler.

Malheureusement, cela va trop vite et l’ivresse (au sens non alcoolique) lui fait prendre un trop gros risque et il décède.

Cela doit toutefois rester une leçon, je pense, la morale principale sans doute, sur nos vies, leur sens et le plaisir qu’elle doit nous donner. De même que sur la nécessité d’avoir des relations humaines dans la vie. Qu’elle est triste la vie de cette célibataire qui fait écrire des lettres à son chat. Et que c’est triste de mourir seul sans même notre enfant pour venir nous veiller.

Je refuse d’ailleurs d’y voir une leçon sur les marginaux auxquels on ne fait pas attention. Billy a bien cherché sa solitude. Il ne l’a peut-être pas méritée, humainement, mais il a tout fait pour. Et c’est John qui le démontre en rectifiant sa vie. Il n’y a pas de culpabilisation à avoir avec nous, pas uniquement, il y a surtout une leçon pour ceux dont la vie est triste et morne, il y a aussi une remise en question à avoir sur la manière dont ils mènent leur vie.

Alors, soignons nos relations, faisons attention à nous et prenons les perches qu’on nous tend.

Conclusion

Rien que d’y repenser, je suis encore ému par ce film. Et pourtant, comment un film finalement si noir avec si peu de touches d’espoir pour le héros peut-il arriver à me faire sentir si bien ? Peut-être parce que, et c’est la clé de cette réussite, il est dans la bonne mesure tout le temps. Et à partir d’un film sombre et qui nous fait pleurer à la fin, on ressent toute cette plénitude parce qu’on est quand même heureux pour John MAY et la réussite de sa dernière mission et la quasi réussite du rattrapage de sa vie.

Il était bon, humainement et professionnellement, et il est quand même mort seul. Mais ce film reste une belle leçon de vie et nous incite à nous poser des questions sur notre société, sans le faire lourdement. Je le recommande vivement pour peu qu’on ne soit pas rebuté par un film qui prend son temps pour commencer et qui peut être parfois un peu lent.

Moi, j’ai adoré, en tout cas, c’est une de mes belles surprises des films que j’ai vu en 2017.

L’adoption: Qinaya Tome 1 et La Garua Tome 2, BD de Zidrou

On peut pas dire ce qu’on a jamais entendu

Alors on grandit seul, on vieillit seul, on meurt seul, tout ça sans avoir vécu

Sur de rien, Shurik’n

NOTE : Cet article a été écrit une première fois en avril puis réédité en août et septembre et a subit de gros changements suite à la parution du Tome 2. Je le republie en septembre comme si c’était un nouvel article.

Zidrou dans l’adoption, c’est une belle histoire remplie d’émotions.

La BD m’avait été conseillée par une vendeuse quand je lui avait dit être un très grand fan de Jim (aussi édité chez Grand Angle). Pourtant, je n’avais encore jamais fait le pas, reportant sans cesse mon achat. La couverture ne me plaisait pas, le thème me paraissait lourd et potentiellement rempli de bons sentiments. Bref, j’hésitais.

Puis, vint la publication dans le journal Métro pour préparer la sortie du tome 2. Et j’ai tout de suite accroché. Le posséder est devenu très rapidement un « besoin ». Ma compagne me l’a offerte et je l’ai lue puis j’ai attendu le Tome 2 sans trop savoir comment ça allait continuer. Et j’ai aimé la conclusion.

Ici, je vais aborder quelques thèmes que m’ont inspiré la lecture. Il y a des spoilers, donc il est conseillé d’avoir déjà lu la BD avant de lire l’analyse.

Le genre, M/F

Cela apparait encore bien plus après la lecture du Tome 2, mais c’est d’abord une histoire d’hommes et de (non) pères. Les femmes, même Qinaya, ne sont pas les premiers rôles.

Je pense que cela pourrait éventuellement gêner une lectrice. Si vous en êtes une, je suis intéressé par votre commentaire et la manière dont cela vous a touché.

Par ailleurs, il y a un message sur la difficulté d’être homme et l’injustice (au sens propre) qui peux être liée à cette situation.

Conditionné par son éducation, Alain veut être un chevalier qui protègera sa princesse Lynette. Loin de l’aider ou de sauver son couple, cela aboutira seulement au divorce et à ce qu’il prenne toute la responsabilité pénale. Lynette, elle, bénéficiera de circonstances plus qu’atténuantes et ne fera pas un jour de prison car, comme femme, on comprend que son absence de maternité est une excuse valable.

Comme le dit la BD, comme si les pères ne comptaient pas. Comme si ce n’était pas dur de ne pas avoir pu être un père et on comprend que, pour Gabriel, il y a effectivement eu une amertume de ne pas avoir pris le temps que son travail ne lui donnait pas.

La distance

Gabriel a besoin de distance pour enfin réussir à comprendre que le plus important est proche de lui:

  • le belge est en soit un étranger même s’il parle la même langue
  • le Pérou
  • Qinaya, qui joue un rôle important est elle-même étrangère
  • le temps est une distance également pour sa relation avec Qinaya quand elle retrouve sa vraie mère
  • même au Pérou, la Garua l’empêche de voir l’océan tout proche. Un océan, c’est immense pourtant !
    • il doit donc partir en Altitude, à l’intérieur des terres
    • il y a d’ailleurs la même métaphore avec le voyage en avion qu’il est obligé de prendre puisque les routes sont boueuses
    • et le besoin de s’élever pour enfin distinguer Nazca
  • il dit qu’on a beau s’éloigner, les enfants restent toujours dans nos pattes

Par ailleurs, il n’a jamais voyagé de sa vie et a du attendre la retraite pour se payer une voiture qui est pourtant loin d’être luxueuse mais dont il est si fier.

Il a également fait le même métier toute sa vie, avec les mêmes amis qui ont tenu le même commerce et avec les mêmes habitudes dans une taverne sénégalaise. Sa vie s’est résumée, géographiquement, à des endroits très circoncis. Son vocabulaire représente bien cela avec une profusion de termes et d’expressions liés à la cuisine tout au long de l’histoire.

Qinaya l’aide d’ailleurs un peu à prendre cette distance vis-à-vis de son ancien métier. Il fait une sorte de pèlerinage là bas, mais ne s’attarde pas et semble même avoir un peu perdu la main (si mon interprétation du dessin est correcte).

En arrivant enfin à prendre de la distance, en réalisant qu’il aurait pu avoir une autre vie (grâce à Qinaya) et qu’il y a d’autres personnes et que la vie peut être courte (grâce au belge), il réussit enfin à comprendre qu’il doit prendre soin de son fils autant que de sa fille et qu’il ne doit plus gaspiller son temps. Le temps est compté et il faut en profiter.

La paternité

L’absence de père, symbolique ou bien réel, est un thème récurrent et important du récit:

  • un des amis de Gabriel a perdu un enfant (par suicide !)
  • l’ami belge du Pérou a perdu sa fille alors qu’elle avait déjà pris beaucoup de distance en allant vivre à l’autre bout du monde
  • avoir un enfant par adoption : en sauvant un enfant qui n’a pas eu de père, on peut tenter de soigner sa propre blessure narcissique de ne pas en avoir eu. On remarquera que c’est Alain qui est le plus persuadé d’avoir bien agi dans son couple.
  • Gabriel n’a pas été un père pour son fils et on peut se douter qu’il le sait. Cette agressivité qu’il a envers son propre fils ressemble fortement à cette culpabilité offensive que ressentent parfois ceux qui savent qu’ils n’en ont pas fait assez, même avec les meilleures raisons du monde. Dans le tome 2, il se met à en avoir la conscience, mais en ne se demandant pas s’il a été un père (biologiquement indéniable) mais s’il en a été un « bon ». Ce qui, pour le récit, pourrait vouloir dire un « vrai ».
  • avoir un enfant par adoption (2) : parfois il y a des raisons psychologiques qui font qu’on arrive pas avoir un enfant par voie naturelle. Ces raisons peuvent être liées à une enfance où le père a manqué et l’angoisse de ne pas pouvoir en devenir un bon soi-même.

D’une certaine manière, c’est banal car beaucoup de nos parents ou grands parents ont été des pères peu présents et pleinement investis dans leur travail. Ce n’est que récemment qu’en tant que père, on cherche à s’investir autant auprès de nos épouses que de nos enfants. Mais c’est très difficile d’être une figure paternelle quand on a pas eu de modèle au départ. Il faut inventer sa fonction.

Gabriel découvre qu’il peut être un bon parent et  y prend goût et plaisir. Son fils s’en rend compte et jalouse d’ailleurs cette relation. Cependant, en voyant l’intérêt de son père pour Qinaya, il vit un peu par procuration ce qu’il aurait aimé vivre à l’âge de la petite fille. Cela donne des sentiments ambivalents mélangeant fierté et jalousie / envie.

Dans le tome 2, il sera déçu de la distance qui s’est créée avec Qinaya. Mais elle est un outil de raprochement entre le père et son fils. Il est difficile de rattraper le temps perdu. Cela crée de la distance. Mais ça ne détruit pas l’Amour et les moments vécus.

Qinaya se souvient des moments à la boucherie et lui offre un dessin. Et Gabriel sait que ces moments là ont fait de lui, même brièvement, un père « inoubliable » pour elle. Ces moments, il les a vécu également avec Alain. Le parallèle lui fait réaliser que ce qui a été valable pour sa petite fille adoptive l’aura certainement été également pour son propre fiston. Les sandwiches offerts à la boucherie n’ont pas pu être oublié. Et c’est l’amorce pour se rattraper.

Paradoxalement, c’est la certitude d’avoir été au moins un peu un vrai père qui lui permet de vouloir en être un meilleur et de renouer les liens distendus. C’est alors qu’il a l’idée de lui pardonner et de lui faire revivre en prison ce moment privilégié du sandwich au pâté.

On voit alors le fantôme de Qinaya s’en aller. Elle a réussi son oeuvre. Elle les a rapproché, elle peut maintenant partir. Ce fantôme ne poursuivait que Alain (Gabriel se raccrochait à elle par quelque chose de plus concret, le dessin animé … dans lequel le père est un personnage pas très malin). Puisqu’il a retrouvé son « papounet », elle peut enfin disparaitre.

On remarquera que G. fait ainsi un anniversaire surprise à Alain pour un âge tout aussi symbolique (50 ans). Il lui rend en quelques sorte la pareille.

Autre petit détail, Gabriel a survécu à son père puisque ce dernier est mort à 74 ans. C’est toujours un évènement bizarre de vivre plus vieux que ceux qui nous ont précédé, comme si cela nous libérait et, de fait, si on ne connait pas la relation de G. avec son paternel, elle n’était probablement pas meilleure que celle qu’il a développé avec Alain.

Enfin, je me demande si la paternité avait été bien choisie. Elle était donc plus dure à assumer, dès le départ !

L’histoire finit-elle bien ?

Bizarrement, la BD prend très clairement position. L’histoire n’est pas censée finir bien. C’est dit clairement.

Les premières pages, qui prennent souvent des indications subtiles sur la fin présentent d’ailleurs toutes un assez grand pessimisme.

Toutefois, moi, je vois au contraire un père qui se rabiboche avec son enfant. Est-ce vraiment une mauvaise fin ? Oui, il se passe plein de choses tristes … Mais Gabriel semble heureux et serein. Et son fils, si on ne le voit pas, semble également ému. J’ai du mal à comprendre en quoi, finalement, ce serait une fin qui finit mal.

Cela dit, le message est aussi un appel à profiter du temps qui passe autant qu’on le peut. Et, justement, puisque Gabriel y arrive, n’est-ce pas une histoire qui finit bien, à nouveau ? Ou qui est cohérente …

Adopter

La démarche

L’adoption est une démarche très difficile. La BD aborde cette difficulté.

Mais il y a aussi cette critique de nos bons sentiments d’occidentaux qui se croient autorisés à kidnapper ou  à adopter, dans des circonstances troubles, des enfants provenant d’ailleurs, sous prétexte qu’ils connaîtront forcément une meilleure vie ici.

Sauf qu’élever un enfant, lui permettre de bien grandir ne demande pas uniquement des conditions matérielles et, au contraire, la présence des parents est importante même s’ils sont « pauvres ». Une personne cherchera toujours à retrouver ou connaitre ses origines, qu’elles soient humaines ou géographiques.

La paternité

Dernièrement, je me suis demandé (et j’édite donc ici le texte) si le nom adoption ne venait pas également d’une différence que l’auteur ferait entre une maternité « naturelle », « instinctive » et une paternité qui doit se créer. Comme si la mère se construisait automatiquement par la grossesse et le père devait prendre le temps d’adopter l’enfant.

L’oubli

C’est drôle parce que Gabriel critique vertement son fils qui oublie toujours quelque chose. Mais c’est aussi ce prétexte d’oubli qui est choisit par Alain pour l’anniversaire surprise. C’est comme si les deux, à ce moment là, acceptaient pleinement la caricature qui est faites.

Le tome 2 démarre pleinement avec ce même thème. Le détective a oublié Gabriel à l’aéroport et celui-ci ne peut pas profiter de la rencontre avec Qinaya.

Vocabulaire

J’ai parlé plus haut du thème de la cuisine omniprésent dans la … bouche de notre vieux héros.

Mais il y a aussi le message délivré par la BD comme quoi deux mots (deux tomes ?) suffisent pour raconter une histoire. Mais on en aura trois: Qinaya, Garua et Achachi.

Rien n’est d’ailleurs traduit en espagnol, ce qui est un peu perturbant, par moment, il faut bien l’avouer. Je n’irai pas plus loin en interprétations sur ce thème.

Conclusion

J’ai pris beaucoup de notes, j’aurais pu continuer sur de multiples détails dans une analyse fine de chaque action (enfin presque) mais je vais m’arrêter là car je pense avoir dit suffisamment.

La petite est craquante, le dessin est beau, le cadrage et la réalisation très bons, les couleurs jolies. Toutefois, sans savoir l’exprimer, il y a une sorte de « flou » qui me plait un peu moins. Peut-être suis-je trop habitué à un certain style ? Mais l’histoire prime et j’ai vraiment apprécié la lecture de cette oeuvre intimiste. Mon plus gros regret a été d’attendre la sortie du tome 2 ! Je n’aime pas m’arrêter à la moitié d’une histoire …

Nous sommes nombreux a avoir connu un père absent et à devoir construire notre paternité sur des bases chancelantes. En cela, cette histoire parlera à beaucoup. Elle est touchante mais d’une certaine manière assez banale. Ce qui ne l’empêche pas d’être intéressante. On est pas du tout dans le même registre que Jim qui s’intéresse surtout aux relations de couple, mais c’est complémentaire dans ma bibliothèque.

Conseils à ma fille pour jouer au Puissance 4

Le puissance 4, voilà bien un jeu indémodable. J’y jouais quand j’étais enfant. Mes grands frères y jouaient. Et ma fille y joue.

Mais, elle est assez mauvaise perdante alors je lui ai promis de lui donner quelques conseils. Et, tant qu’à faire, vous en faire profiter aussi.

la version que j’utilise aujourd’hui

Je gagne souvent, mais je ne prétends pas être un expert ni même être un grand joueur. Toutefois, je me dis que les méthodes que j’utilise peuvent être utiles (on ne sait jamais).

Ne pas choisir entre défendre et attaquer

Pour gagner, il faut faire les deux. Si vous défendez trop bien, vous ne gagnerez jamais, vous aurez au mieux un match nul. Mais mon expérience est qu’il est souvent impossible de tout prévoir. Donc, il vaut mieux attaquer en même temps qu’on défend.

Ce conseil est bateau et ultra basique. Mais il vaut le coup d’être rappelé. Notre regard sur le jeu doit se porter autant sur nos possibilités que sur celles de l’adversaire.

Ma fille est souvent dans l’un ou dans l’autre, elle doit encore apprendre à faire les deux.

Un seul coup à l’avance ne suffit pas

Pour se défendre, il ne faut pas se contenter de bloquer les attaques de l’adversaire quand il en est à trois pions d’alignés. Parfois, on peut se le permettre, mais certaines parties peuvent se gagner avec seulement deux pions quand on ne réagit pas à temps.

Deux pions horizontaux sur la première ligne

 V1  V2 V3 V4 V5 V6
 V7 V8 X X V9 V10

V= Vide

X= Pion rouge

Y= Pion jaune

Dans cette situation, si vous ne mettez pas un de vos pions en V8 ou V9, le joueur X a d’office gagné. En effet, au tour suivant, il met son pion en V8 ou V9 et si vous le bloquez d’un côté il aligne 4 de l’autre.

C’est le genre de coups tordus qu’il faut rechercher pour gagner dans le jeu. Celui-ci est le plus simple, et sans doute le plus connu mais il y en a d’autres.

Forcer l’adversaire à nous donner la victoire

V1 V2 Y V3 V4
Y V5 Y Y X
X V6 X X Y
X V7 X X Y
X V8 Y X Y

Dans ce tableau, il y a plusieurs situations intéressantes.

X a de nouveau le beau rôle. Et Y lui donne la victoire.

Y, en essayant d’avoir quatre dans la colonne la plus à droite à forcé X à mettre un pion en haut de cette colonne. Or, Y aurait précisément du éviter X d’avoir un pion à cet endroit là. Car dès que X a mis ce pion, la partie est perdue. Y est obligé de mettre un pion en V8 et X peut en mettre un en V7 et avoir 4. Et, même s’il oublie, il peut encore avoir 4 en V6. Imparable. Il faudrait trois erreurs d’affilée de X pour que Y gagne en V5.

Y a quand même bien manœuvré avec le V5 qui peut lui donner la victoire, mais aussi via la colonné non dessinée à droite où un 4 serait possible si X y mettait un pion.

Je pense que le meilleur moyen de gagner et de ne pas perdre est de disséminer ce genre de trois (non forcément consécutifs comme en V6, V7 et V8 ou il y a un trou !!) ou d’y prêter attention avant qu’ils ne se forment.

Certaines parties, si bien engagées, peuvent, en comptant le nombre de trous restants avant de « devoir donner la victoire à l’adversaire », être gagnées très tôt si on ne fait pas d’erreurs. Dès qu’on a placé ce genre de trois, il ne reste plus qu’à bloquer l’adversaire jusqu’au moment où il sera obligé de vous donner la victoire.

Diversion

Comme dans tous les jeux de ce type, faire diversion ne fait jamais de mal. Pendant que vous construisez un alignement évident, l’autre ne voit pas forcément qu’en vous bloquant, il vous permettra d’aligner un trois qui n’attendra plus qu’une erreur de sa part.

Conclusion

Ce jeu a l’avantage, contrairement aux échecs, d’être relativement simple et facilement compréhensible. Il faut juste savoir compter et comprendre diagonale, horizontal et vertical.

De ce fait, il est accessible aux plus jeunes enfants et pas prise de tête. Moi qui aime voir loin dans le jeu, c’est quelque chose que je fais difficilement aux échecs et mon cerveau surchauffe (le pauvre). Mais à puissance 4, malgré le nombre théorique énorme de parties différentes possibles, j’arrive à jouer sérieusement tout en m’amusant.

J’ai souvent gagné à ce jeu, mais ce que j’aime par dessus tout, bizarrement, c’est que le match nul est possible. Ce que j’aimerais, c’est que je finisse par tomber sur des adversaires (peut-être un jour ma fille ?) avec lesquels j’aurais majoritairement des matchs nuls. Je me dirais qu’on arriverait tous les deux à bien voir les dangers arriver et à les prévenir, et ça me ferait plaisir.

Voilà un jeu où on peut s’amuser sans gagner, tout simplement parce qu’il est possible de ne pas gagner sans perdre pour autant. Et que le match nul est valorisant, il signifie tout simplement que les deux joueurs étaient très forts.

Si vous avez d’autres conseils à donner où à partager, n’hésitez pas en commentaires. Et surtout, amusez-vous bien !

Excursion à Efteling avec ma fille, ma filleule et ma compagne

Ce billet est non sponsorisé. Comme tous, d’ailleurs. Mais je préfère préciser.

On n’y trouvera pas de photos du visage de ma filleule pour respecter la volonté des parents.

C’est un billet miroir avec le blog de ma compagne. Vous pouvez lire son billet ici.. Comme ça vous pouvez voir la même journée à travers des yeux différents.

Pourquoi ce parc ?

Dans mon entourage, j’ai l’impression que tous les enfants ont fait Disneyland Paris (ou Eurodisney comme on disait avant). Et, faire ou refaire toujours la même chose, ça ne me tentait pas. En plus, j’ai moi-même refait Disney il y a trois ans pour mes trente ans. Lisbeth, n’en parlons pas et Clémence et Florence sans doute au moins deux fois chacune.

En Belgique, à partir de Tournai, nous avons Bellewaerde et Plopsaland qui sont dédiés aux plus petits et à distance très raisonnable. Walibi cible un peu plus les adolescents. Mais, tous ces parcs, elles les ont déjà faits plus d’une fois.

Et puis, on m’a parlé d’un parc qui ressemblait à Disney, qui était féérique et qui devrait plaire à ma fille et à ma filleule (les deux ayant leurs anniversaires à des dates proches …): Efteling. Quelques mois après, on y est allé. Et en voici le compte-rendu.

Météo …

Oui, le parc n’est pas responsable de la météo mais cela influence fortement, je pense, le plaisir qu’on y prend. Donc, dire la météo qu’il faisait vous permettra de relativiser positivement ou négativement notre expérience. Puis, si vous n’avez pas vécu votre visite pareillement, ce sera peut-être un élément d’explication.

On a eu très peu de soleil mais des températures encore assez clémentes. Côté précipitations, il a pas mal plu, mais sans avoir non plus de trop grosses gouttes ni sans que ce ne soit constant. La mauvaise météo était annoncée. Et au final, elle nous aura été plus bénéfique qu’autre chose : on a réussi à passer entre les gouttes quasiment tout le temps et il y a eu beaucoup moins de monde.

Le plus gros bémol fut pour les photos, on en a pas fait beaucoup et celles que je publie ici vous paraitront ternes. Ne concluez pas trop vite que le parc l’est pour autant.

La préparation

Je n’ai pas accroché avec le site internet d’Efteling. Le plus gros défaut est l’absence d’une carte téléchargeable en format PDF. Il en existe pourtant une en format papier en français à l’entrée du parc.

Néanmoins, on a quand même su vérifier quelles attractions (toutes sauf deux) seraient accessible à ma fille (sept ans et plus d’un mètre vingt). Ma filleule, qui dépasse le mètre quarante pouvait tout faire.

Etape obligatoire de la préparation: télécharger l’application. Non pas qu’elle vous aidera à préparer mais elle vous aidera le jour même et autant économiser la data.

J’avais prévu de faire :

  • le hollandais volant
  • Joris en de draak
  • de vogel rock
  • de droomvlucht
  • symbolica (la nouvelle attraction !)
  • le bois des contes
  • aquaruna

L’arrivée

Ce qui peut étonner, c’est qu’on ne pense jamais à ce parc alors que, pour un belge, il est toujours plus proche de nous que Disney.

Après un trajet sans péage, mais avec des camions qui dépassent en pagaille, de deux heures quart environ nous arrivons sur l’immense parking du parc. L’erreur que nous avons faites est de ne pas avoir noté l’allée. Faites-le si vous y allez car rien ne ressemble plus à une allée de ce parking qu’une autre allée. Et bonjour le temps perdu pour vous y retrouver.

L’entrée est majestueuse, on ne peut pas le nier, mais son esthétique est quand même assez douteuse (faut aimer). Par contre, mais je ne l’ai pas pris en photo, la charpente et le visuel de l’intérieur de l’entrée est magnifique.

Les tickets ont été achetés à l’avance via la centrale d’achat de l’administration fédérale (31,50€ au lieu de 39,50€) et on rentre très vite, pas de file (ce jour là en tout cas ! cf. météo …).

L’entrée du parc en vue partielle, elle est assez majestueuse

Dans le parc

Le parc est propre et très vert. Par rapport à Disney, la grosse différence constatée était dans la fréquentation. Là où Disney était vraiment bondé la fois où j’y avais été, ici, on ne remarquait pas une grosse affluence, ce qui était agréable.

Par contre, là où Disney gagne des points, c’est pour le côté féérique. Efteling est sans doute plus un monde de lutins que de princesses. C’est beau aussi mais très différent et moins « émouvant ». D’une certaine manière, c’est logique. Le parc néerlandais ne pourra jamais rivaliser avec toutes les émotions et les liens que Disney a créé avec nous durant toute notre jeunesse (la nôtre et celle de nos enfants).

 

Ça n’a pas empêché les filles d’adorer leur séjour

Les attractions

Celle qu’on a le plus adoré: Joris et le dragon. C’est une montagne russe en bois du style Loup Garou à Walibi. Comme différence, il y a deux trains qui partent en même temps sur des voies parallèles avec un parcours légèrement différent; devant ou derrière le dragon (qu’on ne voit quasiment pas, vu la vitesse, il aurait pu être mieux exploité).

A chaque tour, il y a un gagnant. Nous, on a gagné deux fois avec les bleus et une fois avec les rouges et perdu une fois avec les rouges. A savoir qu’il y a quatre trains en tout (deux pour chaque couleur) et que c’est toujours les deux même trains qui gagnent. On a donc une chance sur deux de gagner et même toutes les chances si on attend le bon train pour monter. Un peu de hasard pourrait pimenter les choses un peu plus.

Le parcours rouge est un peu plus claustrophobe à mon avis (le « plafond » parait plus bas quand on passe en dessous d’autres rails et ces passages paraissent plus nombreux) mais sinon, pas beaucoup de différences. C’est une montagne russe très rapide, très bruyante et … très agréable. Y compris pour les enfants (je pense que c’est l’attraction qu’ils ont préféré).

Comment a-t-on pu la faire quatre fois ? C’est simple, au matin, on a eu vingt minutes de file. Et l’après midi … cinq minutes seulement !! En fait, juste le temps nécessaire pour marcher jusqu’au train ! Je pense que ça ne s’explique pas que par la météo. Comme il y a deux trains qui partent simultanément, la file est forcément raccourcie de moitié par rapport à son équivalent à Walibi.

Au passage, c’est là que l’application montre tout son intérêt ! L’estimation du temps de file est vraiment très précise et on a pu faire quasiment tout le programme désiré grâce à elle, en faisant les meilleurs choix au sortir de chaque attraction.

Ensuite, je voudrais continuer par l’attraction qui m’a le plus déçu: Symbolica. Attention, ne nous méprenons pas ! C’est une belle attraction ! Mais ils ont créé tellement d’attente autour d’elle que, forcément, on est déçu. Et puis, c’est la seule attraction pour laquelle on a eu une longue attente et il pleuvait durant l’attente (une heure). Au final, cela semble être une attraction comme Ratatouile en moins bien. Techniquement, c’est très très bien fait. Et pas mal du tout. Mais, ni peur ni vraiment d’émotions pour moi.

le chateau Symbolica un jour nuageux et pluvieux, photo mal cadrée au départ

L’attraction par laquelle on a commencé la journée : de vogel rock. L’attraction n’est pas mauvaise (temps de fil nul, à nouveau) mais il faut aimer les attractions dans le noir et moi ce n’est pas du tout ma tasse de thé. La montagne russe n’est pas totalement plongée dans le noir: il y a des lumières pour donner l’impression qu’on plonge dans des animaux, notamment. Mais Florence a été très effrayée et est sortie en pleurs. Chaude ambiance pour commencer !

Une attraction qui a fait peur à Flo dans la salle d’attente : le hollandais volant. C’est une attraction à l’ambiance hantée. Très très bien faites. Je pense que c’est celle qui allie le mieux la réussite technique et les émotions. Même si je préfère Joris et le dragon pour la vitesse et le bruit du bois qui craque (un trip tout personnel, surement).

Ma fille a eu peur dans la maison d’attente et dans la partie intérieure de l’attraction et a aimé malgré tout du fait de la partie extérieure. On ne l’a pas recommencée mais c’était une chouette attraction. Elle est aquatique parce qu’il y a un bon dans l’eau tout à la fin. Mais ce n’est pas un bon qui mouille vraiment. Aucune peur à avoir de ce point de vue là, on est juste un peu éclaboussés.

Après les attractions à sensation et Symbolica, voici venir Droomvlucht ! Alors là, on est vraiment dans une attraction surtout pour les enfants ! C’est un passage dans le monde des lutins et des fées à travers divers petits mondes reconstitués. Les enfants ont aimé ! C’est bien fait. Et c’est à faire.

Je ne parlerai pas du petit train à vapeur bien sympathique mais que je ne considère pas comme une attraction à part entière.

Même si ma fille est particulièrement bon public … 😀

En résumé, on a fait toutes les attractions qu’on voulait sauf le bois des contes par manque de temps et le spectacle Aquaruna parce qu’il était donné trop tard. Vu l’âge des enfants, la distance, l’horeca (j’en parle après) et l’envie d’économiser une ou deux chambres d’hôtels, on a préféré partir relativement tôt (17H). Je ne le regrette pas: on a bien profité quand même.

A refaire, si l’attente est aussi longue pour Symbolica, je ne le referais pas. Et je ne pense pas que je referais Vogel Rock si il y a une attente longue. A la place, je ferais le bois des contes qui a l’air vraiment intéressant.

Si on avait l’occasion de rester plus longtemps (hôtel ou moins de problèmes de nourriture), je verrais évidemment le spectacle Aquaruna et je garderais du temps pour que ceux qui le veulent puissent faire le Baron et le Python (les deux à sensation les plus forte). Si le Python est somme toute assez banal, le Baron est très impressionnant et donne vraiment envie !! Vous plongez en ligne droite verticale jusque dans un tunnel dans le sol après être resté calé quelques secondes en hauteur et vous ressortez en faisant quelques loopings. Elle a l’air particulièrement efficace.

Un dernier mot, sur les attractions, on était quatre. Et comme dans tous les parcs, il valait mieux, effectivement, être un nombre pair pour pouvoir être à quatre ou par deux sur chaque attraction.

elles en garderont un bon souvenir, malgré la pluie

Horeca, toilettes, propreté, langues parlées

Hygiène

La propreté du parc est exemplaire. Les toilettes également, avec notamment des chasses et des robinets automatiques. Pour l’hygiène, c’était assez parfait.

Langues

On a su se faire comprendre mais je me débrouille en néerlandais. Une vendeuse ne parlait pas du tout français mais je pense que le public francophone doit être assez rare. Cela dit, je n’ai pas trop de remarques à ce niveau là. Plans et consignes disponibles en français, application également. On s’en est tiré. Ça pourrait être mieux (menus dans les restaurants) mais c’est déjà bien suffisant.

Horeca

On a bien mangé et il y a un grand choix. Par contre, comme je l’ai déjà dit ailleurs sur le blog, ma fille est intolérante au lactose. Et ma filleule a en plus l’intolérance au gluten et aux œufs.

Et là, comme toujours dans les parcs d’attraction, impossible de bien préparer le séjour !! Rien n’est disponible sur le site internet ! Ni menus, ni surtout liste d’allergènes !!

Et, sur place, j’ai demandé une liste papiers des allergènes et elle n’était pas disponible. Donc obligé de demander aux vendeurs qui n’étaient pas vraiment formés à lire les listes des ingrédients. Au final, toutefois, ils ont quand même géré de la meilleure des manières en me donnant le paquet de surgelés et en me permettant de vérifier moi-même. La vendeuse ne parlant pas français, ça compliquait en plus la situation.

Mais, quand même, ce que j’aimerais qu’on pense un peu plus aux familles qui ont ce genre de difficultés. On aimerait pouvoir faire des choix éclairés et se dire, en toute confiance, on va acheter à manger sur place ! Mais là, on est obligés de prendre un pic-nic qu’on complète avec des frites dont on a quand même du vérifier la composition (vous seriez étonnés …).

En quoi publier sur internet la liste des allergènes pour chaque menu est-il compliqué ? En rien ! Voilà, je clôture ce coup de gueule là. En espérant qu’il soit lu et compris par des gens du parc. Mais j’ai déjà fais ce genre de remarques à d’autres services clients de parcs sans jamais aucun résultat.

Conclusion

A proximité de la Belgique, Efteling est un maitre choix. Disney est certes plus beau et plus prestigieux mais, au final, peut-être à cause de la pluie, on a vraiment bien profité de la journée. Bien plus qu’on ne l’aurait fait à Disney où on aurait fait bien plus de files et où l’hôtel est, en plus, quasi obligatoire vu le temps de déplacement. Le rapport qualité-déplacement-amusement-prix me semble plutôt en faveur d’Efteling. En tout cas, ça vaut le coup de tenter l’expérience surtout que beaucoup d’entre nous n’y sommes jamais allé (au moins, ça change de ce qu’on connait déjà).

Je pense le refaire dans deux ou trois ans quand Florence aura l’occasion de faire toutes les attractions.

Sites de coloriages, jeux, bricolages et tutoriels de dessins pour enfants

Comme, j’imagine, 99% des parents, mon enfant me demande régulièrement des dessins à imprimer et à colorier.

Je vais en général sur les premiers sites que Google m’envoie. Mais je ne suis généralement pas satisfait:

  • coloriages flous, pas nets
  • coloriages qui s’impriment sur un quart de la page
  • sites peu pratiques pour imprimer
  • peu de choix
  • une tonne de pubs

Et bien, aujourd’hui, je suis tombé sur un site qui fonctionne nickel et bien plus encore:

  • pubs bien présentes mais relativement discrète (et il faut bien qu’ils vivent)
  • très grand choix
  • très pratique à utiliser et facile à imprimer
  • pas seulement des coloriages mais aussi des origamis, des jeux de réflexion et des tutoriels de dessin

http://www.supercoloring.com/fr

Ce billet n’est pas sponsorisé, c’est juste du partage pour parents. Un billet vite écrit, certes, mais je reviendrai bientôt vers vous (je suis en vacances quelques jours). Je dois mettre à jour le billet sur l’adoption (suite à la lecture du tome 2) et puis je pense faire un billet sur le dernier livre lu même si je n’ai pas grand chose à dire.

Reportage du Paris Match du 3 juin 1967 sur l’incendie de l’Innovation

J’ai redécouvert ces archives chez mes parents. Magnifiquement conservé, le Paris Match de 1967 directement après l’incendie de l’Innovation. C’était du journalisme d’une autre époque mais, pour tous ceux que cela intéresse et qui ont vécu l’incendie de l’Innovation de près ou de loin, j’ai pensé qu’il pouvait y avoir un intérêt à partager ces archives.

J’ai donc entrepris de les numériser puis de les retranscrire. Elles sont vraiment d’un intérêt élevé. Merci à Paris Match pour ce travail de qualité qui cinquante ans après reste toujours intéressant. Si cela intéresse quelqu’un, je tiens les scans à disposition.

Images et textes (c) Paris Match

Bruxelles, la tragédie du grand magasin

2000 personnes prisonnières du feu. C’est l’une des plus grandes tragédies de l’histoire de Bruxelles qui commence…

Ces mannequins en feu, deux mille personnes

Il est 13h30. Les sirènes hurlent. Le feu soudain est partout. Derrière les vitres, des silhouettes flambent comme des torches. Ce ne sont encore que des mannequins. Mais il y a des centaines d’hommes et de femmes qui cherchent désespérément à échapper aux flammes. Pour plus de trois cents d’entre eux, ce sera une mort horrible.

Ils préfèrent mourir en sautant dans le vide

Il est 13h45. Déjà le magasin n’est plus qu’un immense brasier. Les prisonniers du feu brisent les vitres des fenêtres, escaladent des corniches, se glissent sur les toits. Ceux qui n’ont pas d’autre issue plongent dans le vide. D’autres pour qui le danger est moins pressant, mais qu’une peur atroce a aveuglés se jettent sur les trottoirs de la rue des Damiers. Ce sont les premières victimes. Les pompiers disent : « Nous n’avions pas assez de bâches pour tous. »

Il a sauté de quinze mètres. En trois minutes, de cette fenêtre, six autres personnes l’ont imité. A gauche, ci-dessous, on a placé sur des brancards ceux qui se sont écrasés sur le sol : on recouvre leur corps. A droite, des volontaires sont accourus et tendent une bâche pour sauver les prisonniers du feu.

13H25, alerte : les robes de communion flambent comme des torches…

– Vingt-cinq minutes au bord d’une gouttière, croyez-moi, c’est long ! Surtout quand la gouttière chauffe… Ses deux mains brûlées jusqu’à l’os disparaissent sous deux énormes pansements. Il les agite sans cesse devant son visage, comme un vieux boxeur qui raconterait le combat de sa vie.

– Dire que j’ai failli crever là-dedans, comme un rat, ça n’est pas imaginable !

S’il en veut au destin, François Couturat sait pourquoi. Ce Français de Bruxelles a derrière lui vingt ans d’aventures sur toutes les mers du monde, du Chili à Zanzibar. Il venait enfin de s’établir dans un emploi tranquille : directeur de la filiale belge d’une société française de produits pharmaceutiques.

– J’étais allé déjeuner en vitesse au self-service de « l’Innovation » avec M. Coppens, mon collaborateur flamand. A côté de nous, je me souviens, deux vieilles dames belges parlaient de l’existence de Dieu. Il était un peu plus d’une heure et nous allions sortir. Comme j’avais une lettre urgente à poster, Coppens m’a fait remarquer que le magasin possédait un bureau de poste au quatrième étage. Nous y sommes montés. Et là, nous avons pris la file au guichet, avec une dizaine de personnes. C’est alors que la sonnette s’est mise à tinter. Une sonnette de rien du tout, fixée contre un pilier tout à côté de moi. Derrière son guichet, le postier n’a même pas levé les yeux. Devant moi, une femme continuait à jouer avec son chien. A travers la sonnerie nous avons entendu quelqu’un crier. Une dame, l’air agité, qui répétait : « Au feu ! c’est l’alerte au feu ! » Le postier m’a souri avec un air de commisération du côté de la dame. C’était mon tour et je lui ai tendu ma lettre. La sonnerie tintait toujours. Soudain, le postier a pris un air ennuyé.

– Désolé, m’a-t-il dit. Moi, j’arrête.

Je m’apprêtais à redescendre, quand la sonnerie s’est interrompue. En même temps toutes les lampes se sont éteintes. Et alors je me suis retrouvé dans la nuit : de l’escalier du troisième arrivait un torrent de fumée. Une fumée âcre, bizarre, si épaisse qu’en quelques secondes, elle avait envahi tout l’étage. Autour de moi, je ne distinguais plus personne. J’entendais des cris, et aussi les aboiements du petit chien qui s’éloignaient dans l’obscurité. Je commençais à suffoquer. Dans le fond du magasin, j’aperçois une lueur : une fenêtre. Je cours. Deux silhouettes me précèdent, ouvrent la fenêtre : une femme et un homme que j’ai le temps de reconnaitre comme le postier. Ils enjambent l’appui et disparaissent. Quand j’arrive à la fenêtre, je me penche dans l’espoir de trouver une corniche. Et j’aperçois, vingt mètres plus bas, deux corps disloqués sur le trottoir : le postier et la femme au milieu d’une mare de sang…

Le service de sécurité : quatre pompiers

Ici, il faut arrêter le récit pour une constatation capitale : les sonnettes d’alarme étant les mêmes que celles du service, personne sur le moment ne s’en est inquiété. « On n’y a pas cru », tel est le leitmotiv des rescapés. Pire : souvent ce sont les employés eux-mêmes qui ont rassuré leurs clients. C’est que, comble de malchance, il était presque 13H30, heure habituelle de la sonnerie pour la cantine.

A côté du bureau de poste, au rayon des meubles, un des vendeurs s’appelle Raymond Remiers. Comme on est à l’heure creuse du déjeuner, que le lundi est un jour creux et que le mois de mai est lui-même une période creuse, un trou commercial entre les « communions » et le « balnéaire » – sans quoi, combien de morts déplorerait-on aujourd’hui ? – M. Raymond et les autres vendeurs ont tout le temps de s’offrir une petite causette. Mais la sonnerie en signal continu (alors que celle du service est intermittente) finit par l’inquiéter.

– Le feu ! crie M. Raymond. Et il court au bout du couloir où se trouve le bureau des secrétaires de l’administration. On l’accueille en riant :

– Allez ! allez ! M. Raymond, vous nous faites encore marcher, une fois.

Il est alors 13H35, au plus il est 13H40. C’est-à-dire que l’alerte a été donnée depuis un quart d’heure à peine et déjà tout brûle. Comment expliquer cela, qui semble passer l’entendement ?

Il faut revenir à l’origine du feu. 13H25, au premier étage, rayon fillette. Mme Vandenhaegen, la vendeuse rentre à l’instant du self-service. Elle remarque une odeur bizarre :

– On dirait que ça brûle quelque part.

Et elle se dirige vers sa remise. La remise est une sorte de compartiment à ciel ouvert élevé au milieu de chaque rayon d’habillement à l’aide de cloisons de contre-plaqué, qui sert à la fois de salon d’essayage et de réserve pour les vêtements. Quand elle arrive devant le local, Mme Vandenhaegen voit des flammes danser au sommet des cloisons. Elle ouvre la porte. A l’intérieur, ce n’est plus qu’un brasier.

– Je me souviens surtout des robes de communion, qui flambaient comme des torches.

La jeune femme court à travers les rayons pour chercher le pompier le plus proche qui se trouve à une cinquantaine de mètres.

C’est un petit homme de soixante ans, Marcel Fretin, un ancien pompier municipal à la retraite (pour cet immense magasin, le service de sécurité est constitué, en tout et pour tout, par une permanence de quatre pompiers). Et encore le quatrième est-il allé déjeuner.) Fretin accourt avec un extincteur. Mais le jet semble tout de suite dérisoire devant le brasier qui ronfle. Le pompier se replie vers son poste, fait donner l’alarme et s’élance dans l’escalier.

Le tiers des clients était au restaurant

– Que voulez-vous ? Je me suis demandé ce que je pouvais faire. Alors j’ai pensé à la petite fille de la téléphoniste qui était avec sa mère au bureau de poste du quatrième. Je l’ai prise sur mes épaules et je l’ai descendue dans la rue. Après je ne sais plus. Les pompiers de la ville sont arrivés. Je me suis mis avec eux.

Mme Vandenhaegen, la vendeuse, a gagné calmement la sortie par l’escalier. Quand elle est arrivée dehors, la rue était déjà noire de fumée.

– Je n’arrive pas à comprendre, dit-elle. Le matin même j’avais visité ma remise, rangé les robes. Il n’y avait absolument rien à l’intérieur qui puisse être une cause d’incendie. Pas de fer à repasser, pas de réchaud, pas la moindre prise de courant. Et pas question de fumer en cachette : ce serait le renvoi immédiat. Alors ?

Pour l’heure, l’origine du feu est encore un mystère. Mais il est un autre point que le témoignage que Mme Vandenhaegen nous a livré peut éclairer : c’est la rapidité avec laquelle s’est propagé le feu, si grande qu’on a pu croire que l’incendie s’était déclaré en plusieurs endroits à la fois. Mais lorsque le feu a été découvert, il s’agissait déjà d’un énorme brasier. Or, les cages d’escalier n’étaient qu’à quelques mètres de là. On peut donc penser que les flammèches s’y sont engouffrées et qu’elles ont ainsi essaimé en quelques instants l’incendie sur toute la hauteur du bâtiment.

Une autre raison pour laquelle le feu s’est propagé si vite est commune, celle-là, à presque tous les « grands magasins » d’Europe. Datant du début du siècle, parfois de plus loin, ils furent, à l’origine, des temples de la frivolité bâtis dans le style de leur époque : verrières, boiseries, ferraille, stuc. Et depuis, sur ces armatures fragiles, toutes les modes ont laissé leur dépôt. Au cours des ans, des faux-semblants de carton, de papiers et de contre-plaqué sont venus s’y stratifier, au gré de « rénovations » qui n’ont été, le plus souvent, que des maquillages commandés par le goût du temps. Pas de meilleur aliment pour le feu que ces vieux oripeaux. L’ « Innovation » venait de recevoir son dernier déguisement : la quinzaine américaine. Pour cette « U.S. parade », on n’avait pas lésiné sur le calicot. De haut en bas du magasin s’étiraient banderoles aux couleurs américaines, bannières étoilées, guirlandes et affiches géantes.

Heureusement, nous l’avons vu, ni l’heure, ni le jour, ni l’époque ne favorisaient la fréquentation du magasin. La clientèle, au moment de l’incendie, pouvait être évaluée à sept ou huit cents personnes, auxquelles s’ajoutaient environ mille deux cents employés. Par chance, beaucoup d’employés déjeunaient encore à la cantine du sous-sol.

Mais le tiers au moins des clients étaient au self-service du troisième étage, réputé dans tout Bruxelles pour ses plats et ses prix. Christiane Paul, dix-neuf ans, étudiante en philologie à la faculté de Saint-Louis, occupe une table avec trois amies. Elles n’ont qu’une heure, entre deux cours, pour le déjeuner. Et le self d’ « Inno », outre qu’il sert vite, prend les bons de repas de la faculté.

Les quatre amies parlent bas, car un de leurs professeurs, M. Motte, déjeune à une table voisine. Christiane avale les dernières cuillerées de son gâteau de riz quand l’odeur de la fumée lui parvient. Une serveuse arrive en courant : « Le feu ! ». Christiane et ses camarades sont à peine debout qu’elles commencent à suffoquer. Autour d’elles, des gens passent, se tenant la gorge avec les mains. Heureusement, Christiane a l’habitude des lieux. Suivie de ses trois camarades elle se dirige tout de suite vers la sortie de secours. Pour l’atteindre, il faut enjamber le tapis roulant sur lequel circulent les plats.

M. Motte, le professeur, a suivi les jeunes filles. Mais, au moment de franchir le tapis roulant, il s’est effondré, terrassé par l’asphyxie. Christiane et ses amies, avec un groupe de serveuses et de clients, parviennent jusqu’à une fenêtre au pied de laquelle se trouve une échelle de fer. Mais l’échelle longue seulement de quelques barreaux, ne domine que le vide. Quatre ou cinq mètres plus bas, c’est l’arête d’un toit à double pente. Et ce toit est une verrière. Une grosse dame, folle de panique, s’agrippe au dernier barreau, lâche prise. Et les jeunes filles, terrifiées, la voient disparaitre à travers la verrière. A présent, sous l’échelle, il n’y a plus qu’un trou béant. Christiane, qui n’a pas perdu la tête, se suspend à son tour. Et en imprimant un mouvement de balancier à son corps, elle réussit à éviter le trou et à tomber à plat sur l’autre face de la verrière. Tout le monde l’imite. Et le toit, miraculeusement, ne cède pas. Au bout du toit, il y a une corniche de tôle. Et, au bout de la corniche, d’autres toits qui mènent jusqu’à la façade d’un bâtiment où l’on finit par découvrir une fenêtre ouverte. On s’y engouffre. Et l’on pénètre dans une sorte d’entrepôt obscur, dont toutes les portes sont verrouillées. Pendant d’interminables minutes, les jeunes filles montent et descendent l’escalier à la recherche d’une issue.

13h50 : l’aluminium de la façade fond. A l’intérieur, plus de survivants.

La seule qu’elles trouvent est une fenêtre donnant sur une cour intérieure formée par la terrasse d’un toit du rez-de-chaussée. Là, des corps disloqués gisent. Christiane et ses compagnons lèvent les yeux vers la façade intérieure du magasin. Et elles voient quatre personnes sauter par les fenêtres et s’abattre, sans un mot, sur la terrasse.

Horrifiées, les jeunes filles retournent à l’exploration de leur entrepôt. Enfin, c’est une serveuse qui trouve l’issue. La minute d’après, sans comprendre comment, toute la bande se retrouve dans la rue Neuve, à l’entrée principale du magasin. Alors Christiane s’aperçoit qu’elle a la jambe couverte de sang : un morceau de la verrière qui lui était entré dans le mollet. Quant à sa camarade Jacqueline, qui s’apprêtait à signer son bon de repas au moment de l’alerte, elle tient toujours son stylo à la main droite et elle a gardé son sac dans la main gauche.

Comment a-t-elle pu descendre l’échelle, sauter sur la verrière et courir de toit en toit avec les deux mains occupées ? Ce sont des choses qu’on n’explique pas à la faculté.

La baronne Griendl, elle, était moins familière du self-service. Elle achevait de déjeuner en attendant son fils Olivier, un garçon de douze ans, qui était allé au rez-de-chaussée voir le règlement du grand concours dont le vainqueur passerait trois semaines aux U.S.A. Tout à coup, Olivier remonte et crie : – Mère, tout brûle ici !

Aussitôt l’étage est envahi par la fumée. La baronne se dirige vers l’escalier. Mais il est plein à craquer.

– D’abord, je me suis mise à crier : « Avancez donc ! » Mais en regardant bien – ce qui n’était pas facile avec la fumée – je me suis aperçue que les gens n’avançaient pas parce qu’en arrivant à l’étage inférieur les premiers de la file s’effondraient, morts de suffocation. Alors mon fils a eu un trait de génie. Il a enfourché la rampe. Il a pris sa respiration et il s’est laissé glisser d’une seule traite jusqu’au rez-de-chaussée. Le petit diable était sauvé !

La baronne, elle, prise au milieu de la cohue, pense qu’elle va mourir. Elle n’est pas la seule.

– C’est alors que, derrière moi, j’ai entendu quelqu’un murmurer : « Je donne ma vie pour le Vietnam. »

On a beaucoup épilogué, depuis lors, sur cette déclaration. Dans les jours précédents, un groupe de communistes prochinois s’était livré à plusieurs manifestations contre la parade américaine d’ « Innovation ». Un jour, lancée de la plus haute balustrade, une pluie de tracts s’était abattue sur la foule des chalands. « Ceci, pouvait-on lire, n’est qu’un avertissement… Les anti-impérialistes sont décidés à employer de nombreux autres moyens pour faire entendre leur volonté. »

Vivante au milieu des cadavres

D’où l’hypothèse – terrible à concevoir, mais impossible à exclure – qu’un exalté pourrait être à l’origine du drame. Mais la baronne Griendl ajoute :

– J’insiste, l’homme qui a dit cette phrase l’a murmurée, et non pas criée. A moi qui suis chrétienne, cela a donné une idée. J’ai dit : « Je meurs pour tous ceux qui souffrent », et je me suis évanouie.

Quand elle revient à elle, la baronne sent un souffle d’air sur son visage. A côté d’elle, une fenêtre vient de s’ouvrir. Un pompier apparait.

– Y a-t-il des vivants, ici ? demande le soldat du feu.

– C’était, dit la baronne, un homme immense qui m’a semblé haut d’au moins deux mètres. J’ai eu tout juste la force de soulever la main. Je crois bien que j’étais la seule vivante au milieu d’une douzaine de cadavres. Il m’a saisie d’une poigne terrible et m’a emportée par la fenêtre.

Pierre Deroubaix, trente-huit ans, est vendeur au rayon des accessoires auto. Il entend crier « au feu ! » et bondit à travers le self-service où les gens déjeunent dans un paisible cliquetis de fourchettes.

Les clients le regardent, hébétés, hésitant à se lever. Autour du restaurant, c’est déjà un mur de flammes. Pierre Deroubaix saisit une chaise et brise quatre ou cinq fenêtres qui donnent sur les toits des boutiques basses du magasin. Et, d’un seul coup, c’est l’affolement. Près de lui, Deroubaix entend une voix qui exhorte des gens au calme : c’est M. Delsipée, le directeur du magasin. Avec la dame du vestiaire, Josette Lutwig, tous deux vont se relayer pour aider les gens à passer par les fenêtres. Bientôt, tout devient si sombre qu’il est impossible de distinguer quelqu’un. Il faut opérer à tâtons. Au bord de la fenêtre, une femme, suffoquant, hurle :

– Mon enfant ! Je veux mon enfant !

Et elle fait mine de retourner vers le restaurant. Pierre Deroubaix lui assène une énorme gifle et l’arrache du sol pour lui faire passer l’appui de fenêtre. Puis il se retourne et la dernière silhouette qu’il aperçoit est celle de M. Delsipée, qui vient de sauver une fillette et qui repart, à tâtons, dans la fumée, bras en avant, comme un somnambule, en quête d’un nouveau sauvetage. Ce sera le dernier témoignage sur M. Delsipée, le directeur d’ « Innovation », mort comme un capitaine de la tradition.

Pierre Deroubaix n’en peut plus. Ses yeux, ses mains, son visage lui cuisent atrocement. Il passe la fenêtre à son tour. Sur les toits, au-dessous desquels gronde l’incendie, il lui faudra encore défoncer à coups de pied une barrière d’aluminium chauffée au rouge avant d’atteindre, enfin, le refuge où les pompiers viendront le chercher pour le transporter à l’hôpital, la face et le cou brûlés, à demi aveugle.

Yan Van de Gehuchte, un jeune Flamand de vingt ans, est cuisinier au self-service. Nu comme un ver sous sa blouse blanche, il a déjà préparé deux cent cinquante repas sur ses fourneaux. Quand l’alerte retentit, il court à la porte de la cuisine. Puis il revient précipitamment pour fermer ses robinets de gaz. Quand il ressort, l’air est irrespirable. Yan enlève sa toque blanche et se l’enfonce dans la bouche. Devant lui, deux autres cuistots, Noël et Pierre, ouvrent une fenêtre et se jettent dans le vide (Yan les reverra à l’hôpital Saint-Pierre, l’un littéralement écartelé, l’autre avec les bras et les pieds brisés).

Les gens se jetaient dans le vide

Au-dessus du vaisselier, il y a une fenêtre qui donne sur la Rue Aux-Choux. Yan parvient à l’ouvrir. Partout, dans la salle, des gens tombent, terrassés par l’asphyxie. Yan accroche le bras d’une cliente qui chancelle. Il lui dénoue son foulard et l’oblige à s’en faire un bâillon. La femme veut se jeter dans le vide. Yan la serre contre lui de toutes ses forces jusqu’à la venue des pompiers. Ils arrivent enfin ! Et Yan voit l’échelle s’élever lentement. L’échelle s’arrête à quelques mètres : elle était trop courte ! Il faudra attendre dix minutes pour qu’arrive une nouvelle voiture. Cette fois, l’échelle est assez longue.

– Excusez-moi, madame, dira Yan à la cliente qu’il a sauvée : cinq minutes de plus et je vous lâchais…

José Vanderberande, trente ans, vendeur au garage Jaguar, venait déjeuner chaque jour au self « Inno » avec un copain dont la femme travaillait au cinquième étage du magasin. Quand l’alarme retentit, José saute sur une table pour atteindre la fenêtre et casse un carreau avec son coude.

– Les gens me regardaient comme si j’étais fou. Ils continuaient de manger.

José se retrouve sur une corniche. Par hasard, elle est munie d’une échelle de secours. José atterrit sur une cour intérieure (celle qu’ont vue Christiane et son groupe d’étudiantes par la fenêtre de leur entrepôt).

– Là, raconte José, c’était atroce. Une mare de sang…

Des gens du troisième qui auraient pu descendre par les toits s’étaient jetés directement sur la cour. Il y en avait une dizaine. Deux s’étaient tués sur le coup. Les autres bougeaient encore. Il y en avait un qui criait : « Aidez-moi ! Sortez-moi de là ! » J’ai essayé d’en prendre dans mes bras, mais tout seul, c’était difficile. Comme je connaissais les lieux par cœur, j’ai trouvé l’escalier qui conduisait au dehors et j’ai fait signe aux sauveteurs : « Venez avec moi, il y a des gens là-haut. »

Et puis, je voulais retrouver mon copain qui ne m’avait pas suivi. Nous sommes remontés une première fois jusqu’à la cour et là, nous avons commencé à ramasser les gens qui bougeaient. J’ai pris dans mes bras une petite fille de sept ou huit ans dont la mère gisait à côté d’elle, sûrement morte. Je l’ai passée à un brancardier et je suis remonté. J’ai encore aidé à descendre trois personnes, mais quand j’ai voulu remonter pour la troisième fois, l’escalier brûlait. J’ai essayé de contourner le bâtiment par la rue. De tous côtés les gens se jetaient dans le vide. J’ai vu un Noir au bord d’une corniche. Il a hésité une seconde. Puis il a sauté et il est tombé sur le toit d’une Austin 850. Il a rebondi sur le sol et il n’a plus bougé. Mais, peut-être que ce n’était pas un Noir, seulement un type avec une tête noircie par la fumée. Et, un peu plus loin, j’ai retrouvé la bagnole de mon copain ; elle avait brûlé. Lui, je ne l’ai jamais revu, ni sa femme. Elle travaillait au cinquième. Il a sûrement voulu aller la retrouver. Ils ont dû se croiser en route. »

Rue du Damier, parmi les gens qui se sont amassés sur la corniche du quatrième étage, il y a François Couturat. Après la chute mortelle du postier, il a cherché une fenêtre qui ne donnerait pas directement sur le vide. Et maintenant, il est là, sur une frêle corniche de zinc, avec une dizaine de personnes autour de lui. Il y a « M. Raymond », de l’ameublement, celui dont les vendeuses avaient cru qu’il les « faisait marcher ». Et une jeune femme à l’air décidé qui toise le vide sans broncher et qui n’a pas lâché son sac à main. Elle se nomme Monique Lenssens et elle travaillait au cinquième étage, au service des statistiques. Quand l’alarme a retenti, Monique Lenssens avait fini de déjeuner. Elle regagnait le bureau, en tenant à la main son dessert, une gaufre. A côté d’elle son amie, Josette, une fille-mère qu’elle avait prise sous sa protection. Du cinquième étage, il faut franchir plusieurs passages acrobatiques pour atteindre la corniche. Deux hommes, talonnés par le feu, se sont jetés dans le vide devant elles, et elles ont vu les corps éclater sur le pavés. Josette, que le feu terrifie, veut sauter elle aussi. Monique lui administre une paire de claques.

– Et maintenant, pense à ton gosse !

Ainsi, Monique et Josette se sont-elles retrouvées sur la corniche avec les autres.

Il y a dix minutes qu’elles sont là, et, à présent, le zinc commence à chauffer. Monique a découvert un filet d’eau dans une gouttière et, de temps en temps, elle va s’y refroidir les pieds. En bas, d’un peu partout, des corps continuent à s’écraser sur le trottoir. Du haut de leur perchoir les réfugiés de la corniche voient un prêtre leur donner l’absolution.

C’est le père Robyns, un vieux curé de Notre-Dame-du-Finistère, l’église voisine, qui est accouru dès le début du feu. Entre deux absolutions, le père Robyns lève son visage vers les prisonniers de l’incendie et, les mains en porte-voix, leur crie : « Surtout, ne sautez-pas, restez calmes. On vient. »

On vient, en effet. Une voiture de pompiers, une échelle à coulisse sur son toit, s’engage dans la rue du Damier. Sauvés ? Non. Car au dernier moment, les pompiers ont aperçu un gros câble aérien qui courait le long de la façade. Ils ont pensé à la haute tension. Et ils n’osent pas déployer leur échelle métallique. Plus tard, on s’apercevra qu’il ne s’agissait que d’un câble téléphonique. Mais pour l’heure, les gens de la corniche, qui n’en peuvent plus d’émotion, regardent la voiture des pompiers s’éloigner en marche arrière et disparaitre au coin de la rue. Ils se retournent. Derrière eux, par les fenêtres, on voit le feu qui s’approche. Bientôt, la corniche sera intenable. Il va falloir sauter. Les réfugiés sont là depuis vingt minutes et en bas, dans la rue, toujours pas l’ombre d’une bâche de sauvetage. Mais plutôt se briser les os que de mourir sur le gril.

Un bolide passe près de moi : la dame au sac

– J’étais au bord de la corniche, les genoux pliés, raconte le docteur Couturat. J’avais repéré des fils électriques au milieu de la rue. Et j’étais en train de me dire qu’avec un peu de chance – enfin beaucoup de chance ! – ils pourraient amortir ma chute. C’est alors que le miracle s’est produit.

Le miracle est un petit homme en blouse, presque chauve, la cinquantaine, bedonnant (« Un personnage de Simenon », dira François Couturat). Il se nomme Jeff Van Belingen, et fait partie de l’équipe de décoration du magasin. Par chance, la décoration d’ « Inno » a son local à part, de l’autre côté de la rue. Jeff s’est souvenu qu’il avait un stock de cordes dans son atelier. Il en a coupé vingt-cinq mètres, la hauteur des quatre étages, plus ce qu’il faut pour faire un nœud. Il l’a roulée en courtes boucles pour former un paquet. Et il a essayé de la lancer aux naufragés. Mais, à quelques mètres de la corniche, la corde est retombée sur le trottoir. Le petit homme l’a ramassée et il a disparu sous une porte. Alors, Couturat et ses voisins, les nerfs brisés, sont passés une fois de plus de l’espoir au désespoir.

– Pour moi, dit François Couturat, c’était le dernier carat et j’allais me balancer. Quand tout à coup j’ai vu réapparaitre mon homme. Il était presque en face de moi, au troisième étage, de l’autre côté de la rue, cramponné à l’encadrement d’une fenêtre.

Coppens, mon collègue flamand, a eu l’idée de l’attacher à une cheminée d’aération. Et la descente a commencé. Ah ! cette corde. Grosse comme un crayon, blanche avec un petit filet bleu, je m’en souviendrai toujours. Impossible de la tenir. Je me suis laissé glisser et j’ai tout de suite eu la peau des mains arrachée.

J’allais sauter, un petit homme apparait et me lance une corde

J’avais tellement mal qu’au milieu de la descente, j’ai cru que j’allais tout lâcher. En bas, les sauveteurs l’ont senti. Au même moment, une bâche venait enfin d’arriver. On l’a tendue sous la corde. Mais à l’instant où j’allais sauter, voilà la bâche qui s’écarte sur ma gauche. Plus question de lâcher. Je me cramponne de mes deux mains brûlées. Et je vois passer à côté de moi une sorte de bolide : la dame au sac à main, qui rebondit dans la bâche.

Monique Lanssens la dame au sac, avait bien décidé d’emprunter la corde. Mais il y avait ce sac qu’elle ne voulait pas lâcher. Et il y avait Josette, la fille mère, sa protégée, anéantie d’effroi, qui voulait sauter dans le vide avant même l’arrivée de la bâche. Finalement, Josette se laisse convaincre. Mais au moment où va arriver le tour de Monique, la corniche surchauffée, lui brûle la plante des pieds. Impossible d’attendre que François Couturat ait fini sa descente. Elle fait signe aux sauveteurs de la bâche, calcule son élan pour ne pas heurter les fils électriques, et saute.

Deux fois l’extrême onction le même jour

Dans Bruxelles dominé maintenant par le nuage noir de l’incendie, l’alerte est générale. André Lanssens, le mari de Monique, qui travaille sur les hauteurs de la ville, a tout de suite eu le sentiment que sa femme était en danger. Il est monté sur le toit de son bureau, il s’est orienté à l’aide d’une petite boussole et il en a conclu que l’incendie était dans le quartier de l’ « Innovation ».

Il fonce avec sa voiture, en slalom à travers les embouteillages, franchit les barrages de police, défonce une porte de l’ « Innovation », est repoussé par les flammes et finit par se dire que si sa femme est sauvée, elle a téléphoné à son bureau. Il cherche un téléphone, mais toutes les lignes sont déjà occupées par la chasse aux nouvelles. Finalement, il obtient son bureau et apprend que sa femme est à la clinique Disca. Mais ce n’est pas elle qui le lui a appris.

Dévoré par l’inquiétude, il fonce à la clinique et découvre sa femme qui lui sourit entre deux oreillers.

– Alors, qu’est-ce que tu as ?

– Oh ! presque rien. Une fracture de la colonne vertébrale.

En tombant dans la bâche jambes tendues, Monique s’est fracturé une vertèbre, mais la moelle épinière n’est pas atteinte.

– Et ce fameux sac, enfin, qu’est-ce qu’il pouvait bien contenir ?

– Mon chèque d’allocations familiales : j’avais eu l’imprudence de le signer à l’avance. Alors, vous comprenez, n’importe qui aurait pu l’encaisser.

Ils sont tous sauvés, ceux de la corniche : Monique et sa fille mère, le team franco-belge Couturat-Coppens, M. Raymond et ses vendeuses, tous. Mais il était temps. Jeff Van Belingen me révélera plus tard :

– Au moment où j’ai lancé la corde, j’ai vu quelque chose que vous n’avez pas vu : le mur, derrière nous, qui venait de se lézarder sous l’effet de la chaleur…

Au même instant, sur le trottoir de la rue du Damier, le père Robyns donnait l’extrême-onction à la baronne Griendl. Elle tournait de l’œil, le visage noir de fumée, le manteau brûlé, mais cependant bien vivante, avec son fils Olivier à côté d’elle qui venait de la retrouver par miracle dans la cohue après sa descente sur la rampe de l’escalier en feu. On l’a conduite à l’hôpital Saint-Pierre. Et là, l’aumônier, en la désignant, a dit à une infirmière :

– Celle-là n’en a pas pour deux heures. Je vais l’administrer sans autorisation.

– C’est ainsi, messieurs, que j’ai reçu deux fois l’extrême-onction le même jour. Je suis bonne catholique, mais trop, c’est trop !

Ceux de la corniche ont été parmi les derniers rescapés. Rue Neuve, la chaleur atteint maintenant 35° à l’air libre.

« L’Innovation », avec ses 24 000 mètres carrés de surface de vente et ses 8 000 mètres carrés d’entrepôts, l’orgueilleux magasin aux 30 millions de chiffre d’affaires quotidien, n’est plus qu’un immense brasier, qu’un immense four crématoire où se consument trois cents pauvres morts. Victimes d’un fléau monstrueux, révoltant. Et cependant – quelles que soient les responsabilités en cause – victimes d’un certain progrès. Victimes de la société de consommation, avec ses risques que nous devons admettre au même titre que ceux de l’autoroute ou de l’avion.

Au 4° étage de la Rue-aux-Choux, une vieille dame achève de brûler contre la grille d’un balcon, sous les yeux fascinés des sauveteurs et des badauds. Rue Neuve, on emmène une femme désespérée (c’est Christiane Paul, l’étudiante rescapée, qui racontera l’histoire). Elle était avec son fils dans le magasin. A travers la fumée noire et poisseuse – la fumée des incendies modernes : nylon, plastique, produits de synthèse – elle a saisi la main d’enfant qui se tendait vers elle. Elle a traversé tout l’incendie et quand elle est arrivée dans la rue, elle s’est aperçue que l’enfant qu’elle venait de sauver n’était pas le sien…

Il est 15 h 15. Cent dix minutes après la sonnerie d’alarme, la glorieuse verrière modern’style de « l’Innovation » vient de s’écrouler au milieu du brasier, dans une gigantesque, une fabuleuse pluie d’étincelles. Tout est consommé. Les ambulances qui sillonnent Bruxelles n’auront plus de vivants à transporter. Le temps de l’horreur est fini. Celui du deuil commence.

Le drapeau américain : de la parade à l’horreur

C’était le 13 mai. Ce jour-là, la Rue Neuve, à Bruxelles, est devenue une annexe de la V° avenue de New York. Les majorettes défilaient sous les confetti. Les magasins Innovation avaient organisé cette grande parade pour annoncer la « quinzaine commerciale américaine ». De vrais Indiens étaient venus d’Amérique : les enfants voulaient les voir et les toucher. Mais le lendemain du défilé, des tracts réclamaient le boycottage de « la quinzaine américaine » et la direction d’Innovation recevait des lettres de menaces. « Il faut mettre fin aux manœuvres de propagande U.S., disaient les tracts. Les anti-impérialistes sont prêts à employer de nombreux moyens pour faire entendre leur volonté. » De nombreux moyens ? C’est cette phrase aujourd’hui qui, après le feu, la douleur et les morts, fait peur. Une incendie aussi terrible que celui d’Innovation peut-il avoir été provoqué par l’homme ?

La joyeuse parade de la rue Neuve. C’était il y a quelques jours, pour annoncer l’exposition. Les majorettes étaient pour la plupart des employés du magasin.

Ils ne devaient pas mourir ce jour là

Les pompiers ont brisé leur prison d’acier

Sur la façade où cent drames se jouent à la fois, deux visages déformés par la terreur. Ils sont là, au 2° étage, tout proche, à six mètres à peine du sol. Ils ont brisé les vitres à coups de poing. Mais les barreaux d’acier les tiennent prisonniers. Derrière eux le feu se rapproche à une vitesse folle. Ils gesticulent, ils hurlent. Mais qui les entend ? Elle a 23 ans. Il a 24 ans. Ils vont mourir. Et puis soudain une échelle jaillit. Un pompier brise leur carcan de verre et d’acier. Elle s’appelle Catherine Seydel, elle est étudiante en sciences économiques. Il s’appelle Paul Rayer, il est ingénieur des Mines. « J’essayais une veste, dit Catherine. Paul était avec moi, au 2° étage, dans la cabine d’essayage. Soudain j’ai senti une odeur de brûlé. J’ai écarté les rideaux. Devant nous tout l’étage brûlait. Autour de nous plus personne. Paul a défoncé un panneau. Nous avons aperçu une fenêtre. Mais nous ne pouvions pas l’ouvrir. Nous ne pouvions pas écarter les barreaux. Les gens dans la rue regardaient ailleurs. Quand le pompier est arrivé, ma jupe venait de prendre feu. »

Paul et Catherine à l’hôpital Saint-Pierre : ils sont blessés aux mains. Mais pas de brûlures graves.

Monique Leussens à la clinique : fracture de la colonné vertébrale. Mais la moelle épinière n’est pas atteinte. Elle est sûre de guérir.

Elle n’a jamais voulu se séparer de son sac

On l’appelle désormais « la dame au sac ». Monique Leussens a refusé une corde qu’on lui tendait. Du 4° étage elle s’est jetée dans le vide. Les pompiers l’ont reçue dans une bâche tendue. « En prenant la corde, dit-elle, j’aurais dû lâcher mon sac. Impossible ! Il y avait mon chèque d’allocations familiales. »

Le docteur Couturat a empoigné la corde. En bas, il remercie son sauveteur, Jeff Van Belingen (à g.)

Le décorateur les a sauvés en lançant une corde

25 mètres de corde blanche épaisse comme un crayon : pour eux c’est le salut. Jeff Van Belingen, est décorateur aux mgasins Innovation : « Je suis souvenu d’un stock de corde qui traînait à l’atelier, raconte-t-il. Il y avait dix personnes qui attendaient sur une corniche au 4° étage. Je leur ai lancé ma corde par la fenêtre d’une maison voisine. » « A la descente, disent les rescapés, cela brûlait les mains jusqu’aux os. »

On l’avait cru mort à sa fenêtre

A la fenêtre du 3° étage, une silhouette inerte. Tout à l’heure les pompiers sont montés ici. « Y a-t-il des vivants ? » a crié l’un d’eux. Une femme a répondu. On l’a emmenée. Mais Joseph Gequières, le plongeur du restaurant, ne pouvait plus bouger. Il étouffait lentement. On l’a laissé pour mort. Et puis, soudain, un souffle d’air. Gequières sort du coma. Il lève un bras. Et c’est le miracle : on l’aperçoit d’en bas. La grande échelle, remonte vers lui. Il est sauvé.

Joseph Gequières, 60 ans, sur son lit d’hôpital : douze heures sous une tente à oxygène. Il est brûlé au premier degré.

Sauvée ! Dans la foule, une jeune femme retrouve sa mère. Pour des centaines d’autres Bruxellois l’attente et l’angoisse vont durer pendant des jours

Mais 250 clientes n’auront pas autant de chance que ces femmes qui, miraculeusement rescapées de la catastrophe, en seront quittes pour l’hôpital.

Ci-dessous, obligée d’évacuer sa maison, elle emporte ses canaris.

Blessées mais sauvées. Ci-dessus, la corde a déchiré ses mains.