Prix unique du livre en Belgique francophone … fausse bonne idée ?

Il y a quelques jours, je suis tombé sur cet article parlant d’une décision prise par le gouvernement de la CFWB de réglementer le prix du livre. Après avoir eu quelques discussions sur Facebook, lu le communiqué de presse (paradoxalement moins précis que l’article de journal) et fait quelques recherches sur internet, j’ai pu me faire une idée personnelle qui peut encore changer.

La tabelle va-t-elle être supprimée ?

Oui et Non.

Oui. Pour les clients ! En librairie, le prix sera le même en Belgique et en France.

Non. Pour le libraire. Lui continuera à acheter ses livres plus chers que s’il pouvait s’approvisionner en France. Comme le décret ne concerne que le prix de vente au client, le problème n’est pas réglé pour lui. Au contraire, sa marge est maintenant diminuée d’autant ! En effet, le distributeur n’étant pas contraint, il n’y a aucune raison qu’il baisse son prix de vente en Belgique.

On estime aujourd’hui que 50% des livres importés sont frappés par la tabelle, soit 35% des livres vendus par les libraires.

Concurrence plus facile pour les libraires ?

  • Par rapport aux grandes surfaces ? Oui, puisque le prix sera identique … en théorie. Les grandes surfaces auront droit à appliquer un rabais que les libraires n’auront pas forcément les moyens de proposer.
  • Par rapport à Amazon (si la loi venait à s’appliquer à Amazon … cf plus bas) ? Oui. Aujourd’hui, le différentiel de prix avec Amazon est énorme. Amazon fait une réduction de prix de 10% (BD) et 5% (livres) sur le prix français aux clients belges. En plus de la tabelle et de la livraison gratuite, cette réduction rendait les libraires belges tout à fait non compétitifs (sur le coût).
    En ce sens, SI Amazon applique la loi, ce sera positif pour les librairies.

MAIS, d’un autre côté NON:

  • Puisque leurs marges vont se voir réduites sur tous les livres concernés par la tabelle. Or les libraires ont déjà aujourd’hui des soucis pour rentabiliser leurs commerces. Une grande surface ou Amazon est beaucoup plus diversifiée et n’a pas ce souci là. Ceux qui peuvent jouer sur les marges ne sont PAS les libraires. Donc, on ne peut les favoriser en les obligeant à le faire.
  • Le prix est très loin d’être la seule donnée ! La concurrence des grandes surfaces sera toujours autant présente qu’avant puisqu’elles sont les championnes du marketing et de l’achat impulsif. On s’y rend très régulièrement pour faire nos courses diverses et variées et on repart souvent avec un achat imprévu bien présenté au coin d’un rayon.
  • D’ailleurs, pour le prix, le marché de l’occasion sera toujours imbattable ! Celui qui veut absolument acheter un livre au meilleur prix, même sorti récemment et en bon état trouvera toujours assez facilement (Amazon le permets, mais il existe également des boutiques physiques ayant énormément de succès).
  • Enfin, le client Amazon n’est pas attiré seulement par le prix mais aussi par la facilité, le stock, l’ouverture h24 voir même, ce qui étonnera certains, le « conseil » (offert par les autres clients).
    Le prix unique français n’a pas empêché Amazon d’émerger. A prix égal, le livre continuera d’arriver magiquement à destination sans devoir se rendre deux ou trois fois en commerce (parce qu’il aura fallu commander, voir plus si on fait le tour des librairies pour le trouver).
    Il est donc probable que, si la mesure ne change pas les habitudes du client, elle ne fera qu’augmenter la marge d’Amazon et ses profits. A tout le moins, il faudrait sans doute un prix plus élevé sur Amazon pour changer les habitudes du client. Sans compter qu’au pire, pour les best sellers, ça favorisera plus les grandes surfaces que les librairies indépendantes.

On remarquera que malgré la présence d’un prix plus élevé, les librairies indépendantes belges ont augmenté leur part de marché de 3,2% l’année dernière. Et que les grandes surfaces françaises ont, en majorité, décidé de ne plus lobbyier contre la loi, preuve qu’elle ne leur fait pas tant de tort que cela.

Intéressant pour le client ?

On nous présente la mesure comme intéressante pour le client qui paye « plus cher » aujourd’hui. Mais c’est totalement partiel. Les clients qui passent par Amazon aujourd’hui payent beaucoup moins cher qu’en France.

Il y aura donc les clients des boutiques physiques qui payeront moins cher (et tant mieux pour eux) mais dans des commerces à la rentabilité réduite par l’interdiction de répercuter la tabelle (et au service client qui finira par en pâtir si moins de moyens).

Et d’autres clients qui payeront plus cher, ceux d’Amazon. La situation n’est pas aussi évidente qu’elle n’y parait.

Pour illustration, le prix d’un livre (Enkidare, le livre de Saskia par Marie Pavlenko) vendu en Belgique ou en France depuis Amazon.fr (prix HTVA identique de 7,58€):

  • Pour la Belgique, prix final: 7,63€; application d’une remise de 5%, d’une TVA à 6% et de frais de livraison gratuits
  • Pour la France, prix final: 8,01€; pas de remise, livraison à 1 cent et TVA à 5,5%

On pourrait dire qu’on respecte la remise autorisée de 5% prévue par le projet belge mais celui-ci interdit de faire la remise et la livraison gratuite (comme en France). Amazon, dans les faits, restera plus avantageux que la loi belge. Et plus avantageux que les libraires car il offre la livraison gratuite en plus du rabais.

Mais, encore un autre exemple sur le prix d’une Bande Dessinée (Manu Larcenet : Tome 4 du combat ordinaire) à 13,26€ HT:

  • Pour la Belgique, prix final: 12,65€; application d’une remise de 10%, d’une TVA à 6% et de frais de livraison gratuits
  • Pour la France, prix final: 14€; pas de remise, livraison à 1 cent et TVA de 5,5%

Là, en cas de prix unique du livre en Belgique, Amazon restera moins cher de 5 à 10% avec toujours la livraison gratuite. Pour la Bande Dessinée, cela fait carrément une BD gratuite toutes les neufs achetées .

Peut-on réglementer Amazon ?

Amazon est un marchand français. Si la loi française a choisi de ne pas imposer les mêmes règles à Amazon quand il vend vers la Belgique ou la France, cela ne veut pas dire que le législateur belge a nécessairement la compétence pour le faire.

Il s’agit de commerce électronique transnational au sein de l’UE. Cela n’a l’air de rien mais cela complique beaucoup les choses. Le droit européen prévoit que les lois applicables sont celles du pays dans lequel est établi le commerçant. Donc, seules les lois françaises, pour faire court, s’appliquent à Amazon. Établir des règles qui ne s’appliqueraient pas à Amazon serait pour le moins cocasse étant donné la place de cet acteur dans la vente de produits culturels.

Par ailleurs, la France n’est pas autorisée par le droit européen à édicter le prix de vente vers la Belgique donc même un accord entre les deux pays ne le permettrait pas.

Si ces obligations ne devaient s’appliquer que pour le commerce électronique belge, cela aurait la conséquence de désavantager gravement tout acteur belge du commerce électronique culturel (il n’en existe plus de francophone, cela dit, Proxis ne vendant plus que des livres flamands) voir d’en empêcher tout bonnement l’émergence ! Fabuleux quand on sait qu’une solution pour la survie des petits commerces serait justement l’ouverture d’une plate-forme en ligne performante leur appartenant …

L’application de la législation du pays du vendeur est confirmée par Tanguy Habrand p. 90 (notamment) dans son essai sur le prix unique du livre en Belgique. Page 87, il rappelle également la volonté ferme de la Commission en 2002 de laisser le commerce électronique transfrontalier en dehors de toute réglementation de prix. C’est donc, à priori, non contesté.

Est-il légal de réglementer le prix des livres importés ?

On le sait, la très grosse majorité (72,5% en 2015) des livres vendus ici sont édités et imprimés en France (avec dépôt légal à la BNF). Or, dans le cadre du prix unique du livre français, les tribunaux européens ont consacré le principe que ces lois ne pouvaient PAS s’appliquer aux livres importés. Quand même une grosse tuile pour ce qui est prévu ici.

L’arrêt de la CJCE du 10 janvier 1985 est assez explicite à cet égard:

2 ) dans le cadre d’une telle législation nationale, constituent des mesures d’effet équivalant à des restrictions quantitatives à l’importation interdites par l’article 30 du traite des dispositions

– selon lesquelles il incombe à l’importateur d’un livre chargé d’accomplir la formalité du dépôt légal d’un exemplaire de ce livre, c’est-à-dire au dépositaire principal, d’en fixer le prix de vente au détail, 

– ou qui imposent, pour la vente de livres édités dans l’état membre concerné lui-même et réimportés dans un autre état membre, le respect du prix de vente fixe par l’éditeur, sauf si des éléments objectifs établissent que ces livres ont été exportés aux seules fins de leur réimportation dans le but de tourner une telle législation 

Dans cet autre article, on confirme encore cette interprétation de l’arrêt européen:

Il est donc acquis aujourd’hui que le système du prix unique du livre est conforme au Traité de Rome et que la justice française entend faire respecter la loi du 10 août 1981. Les seules difficultés juridiques qui subsistent tiennent au régime des livres importés. Mais la solution de ce dernier problème ne dépend pas du législateur français : elle doit être trouvée au niveau européen.

A noter que la loi française (et décret) s’est conformée à cet arrêt européen mais qu’elle a ensuite opéré des changements qui n’ont pas été contestés en justice. Tanguy Habrand (p. 55) estime que la modification du 10 janvier 1990 opère un retour en arrière et s’éloigne, avec la tolérance – ce qui ne veut pas dire acceptation – de la commission européenne.

Toutefois, à y regarder de plus près, cette modification de l’article 4 ne fait qu’ajouter la possibilité pour l’importateur de tenir compte d’un rabais obtenu dans le pays d’édition. La loi elle-même n’a plus été fondamentalement modifiée depuis l’ajout de 1985 qui stipulait que « Les dispositions de l’alinéa précédent ne sont pas applicables aux livres importés en provenance d’un Etat membre de la Communauté économique européenne, sauf si des éléments objectifs, notamment l’absence de commercialisation effective dans cet Etat, établissent que l’opération a eu pour objet de soustraire la vente au public aux dispositions du quatrième alinéa du présent article. »

On voit donc mal ce que la Commission européenne aurait eu à dire sur ces modifications. Et en l’absence de nouvelle jurisprudence de la CJUE, je vois mal également en quoi l’interprétation du droit européen a évolué sur la fixation du prix d’un livre lorsqu’il est importé ou exporté.

Conclusion

Le but affiché est de soutenir les petits commerces en souffrance face aux grands acteurs culturels. On indique qu’on a plus ou moins copié la loi française. Mais, la Belgique n’est pas la France.

Dans les faits, le risque est de ne rien changer en termes de parts de marché tout en affaiblissant la marge des petits indépendants et donc leur qualité de service (moins de possibilité d’engager du personnel), le double effet kiss cool.

Par ailleurs, les clients qui commandent par Amazon, s’ils se rendent compte de quelque chose risquent de l’avoir mauvaise. Et d’avoir du ressentiment pour les « dinosaures » qui ne veulent pas s’adapter, dinosaures qu’ils fréquentent encore aujourd’hui, mais pour combien de temps ? Entendons nous bien, je ne partage pas forcément ce discours, j’essaie juste de me placer à la place du client lambda.

Enfin, en se focalisant sur le prix quand, au contraire, on veut mettre en avant le service meilleur rendu par les libraires, on envoie un message paradoxal (en focalisant sur ce qu’on veut éviter !) et on oublie l’essentiel: ce n’est pas par les prix que les libraires s’en sortiront mais par un service meilleur que celui de leur concurrent.

Idées

Ce que les libraires demandaient, ce n’était pas nécessairement un prix de vente imposé mais de pouvoir acheter au même prix qu’en France et donc potentiellement d’acheter directement aux distributeurs français. Plus de concurrence entre distributeurs serait déjà plus efficace. Au moins, de cette manière, on augmente la marge des libraires et on leur redonne un bol d’air immédiat !

Soutenir la digitalisation du stock (savoir via internet où trouver tel exemplaire en librairie, le commander par la même voie et être informé en direct de son arrivée) des librairies serait également profitable à tous ; en termes de suivi de leur activité et de service au client.

En s’unissant, les libraires pourraient également développer leur propre plate-forme de vente en ligne avec même, pourquoi pas, de l’occasion ou du bradé. De cette manière, ils pourraient agrandir virtuellement les stocks et résoudre un de leur gros défaut face à Amazon.

Enfin, il faut amener le chaland en petit commerce, soit en se rapprochant physiquement de lui, soit en y organisant des activités ou des partenariats pour lesquels il se sentira libre de venir sans acheter, ce qui favorise paradoxalement l’achat.

Personnellement, je suis un acheteur multi canal. J’achète tant en grande surface qu’en librairie que sur Amazon. Et j’achète autant en neuf qu’en occasion. Et le prix n’est pas mon premier critère, généralement. Mais il y a des tas de contextes d’achats sur lesquels chaque canal a ses avantages et ses inconvénients. Enfin, le client est roi, on ne récupère pas un client en pleurant sur les évolutions de la société ou en essayant de le culpabiliser (qu’on se le dise une bonne fois pour toute !).

Etudier le marché et innover (comme la librairie que je fréquentais avant de déménager le fait) permettra au petits indépendants de mieux réussir, éventuellement avec l’aide du politique. Mais je ne crois absolument pas que ce sera le cas du prix unique du livre, vraiment pas.

De chouettes vacances en Vendée

Pour mes vacances, cette année, je suis parti en Vendée aux Sables d’Olonne en faisant étape à Paris. Je partage ici avec vous mes expériences au cas où vous seriez tenté de faire de même.

Transport

Achetés suffisamment à l’avance, nous avons pu avoir les billets les moins chers ou presque. 30€ pour Bruxelles-Paris et 25€ (retour) et 35€ (aller) pour Paris-Les Sables D’Olonnes. Cela revenait moins cher que d’y aller en voiture ou presque ! Nous avons choisi les dates où le TGV était le moins cher et on a adapté l’hôtel en conséquence ! Il faut savoir faire cela de manière intelligente. Pour le TGV, faire attention que si vous commandez sur le site français, il vaut mieux commander l’aller et le retour séparément sur deux navigateurs différents !

Pour la correspondance à Paris, il y a un petit passage à faire dans le métro qui était bien bondé mais nous nous en sommes sortis. Idem, les gares de Paris sont énormes et il n’est pas évident de s’y retrouver. Surtout que la SNCF a l’habitude, assez incompréhensible, de n’annoncer les quais qu’à la dernière minute.

Il n’y a que très peu de TGV qui se rendent directement aux Sables mais vu la durée du trajet (+/- 3h30), ils sont aux bonnes heures.

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Hôtel

Je ne recommande pas vraiment l’hôtel parisien dans lequel nous avons logé lors de notre escale, donc je ne vais pas en parler ici.

Par contre, aux Sables, l’hôtel Ibis était situé juste en face de la gare TGV (très pratique ! Cependant, il possède un petit parking payant, si vous venez en voiture … cela dit, il y a un énorme parking de la ville à quelques mètres). Nous y avons passé un séjour génial donc je le recommande : chambre spacieuse, confortable, wifi, petit jardin ombragé, services de restauration. Un des rares points négatifs: la plage est à vingt minutes de marche, mais pour nous, ce n’était vraiment pas un problème.

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Les plages

Pour les plages, Nous avons aimé le bassin Dombret et la grande plage. Mais nous ne les avons pas toutes essayées, notamment les plus lointaines.

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Manger

Il y a trois restaurants qui avaient un excellent rapport qualité prix: délicieux et pour un prix tout à fait abordable:

  • le « s’viet » à proximité de l’hôtel Ibis
  • le « ô mange debout » pas très loin de la plage où l’on mange des frites, burgers et paninis délicieux (nous n’avons pas goûté les sandwiches)
  • la roulette du Fish’n Chips sur le port de pêche

Par ailleurs, le Leclerc d’Olonne-sur-mer (ville juste à coté des Sables) possède un rayon traiteur où nous pouvons manger sur place si nous le désirons. C’est très bon et pour un bon prix.

Par contre, sur place, la bière est assez chère quelque soit l’endroit, cela m’a assez bien étonné mais il faut faire avec … même après une journée très ensoleillée et chaude.

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Activités

La plupart des activités et musées sur place sont à des prix assez chers et nous avons décidé de ne pas trop dépenser donc ce fut promenades sur promenades. Et les Sables sont parfaits pour cela: la vieille ville, le port de pêche, les deux phares, le port de plaisance, le remblai (= digue de mer en Belgique), etc … Il y a moyen de passer du bon temps. Cela dit, la prochaine fois, nous prévoirons peut-être un budget plus large pour tester d’autres choses. Dans ce cas, je mettrai à jour cet article.

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Conclusion

Avec une accessibilité TGV, les Sables d’Olonne sont vraiment une station balnéaire où il fait bon se reposer: les gens sont accueillants (plus qu’à Paris …), les paysages magnifiques, la plage super agréable, le temps magnifique … bref j’ai hâte d’y retourner un jour. Spécial plus pour l’horeca qui, pour ceux qu’on a fréquenté, était de très bonne qualité. Et il y  en a pour toutes les bourses.

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La force des discrets, livre de Susan Cain

J’ai découvert Susan Cain par hasard sur le site de vidéos TED (cf. fin de l’article pour voir son intervention). Comme ce qu’elle disait était brillant et réfléchi, j’ai fait des recherches sur elle, j’ai vu qu’elle avait écrit un livre et je l’ai commandé. Ensuite, il a trainé sur ma bibliothèque pendant longtemps avant que je le lise et vous le partage.

Je ne vais pas vous en faire un résumé complet, tâche impossible. Mais je vais survoler quelques sujets et espérer vous donner l’envie de l’acheter ou l’emprunter.

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Le malentendu de la timidité, précisions sur l’introversion

Introversion et timidité sont souvent compris comme étant intimement liés. Pourtant, il existe des extravertis timides et des introvertis non timides. La timidité provient d’une peur. L’introverti fuit les situations de trop grande stimulation non par peur mais par déplaisir.

En chiffres …

Entre un tiers et la moitié des américains seraient introvertis ! Cela signifie que bien qu’on les pense, peu nombreux, ils sont en réalité une quantité non négligeable. Le souci est que nombre d’entre eux se camouflent en extravertis, ce qui n’est pas bon pour eux (pour leur santé) ni pour la société.

L’idéal extraverti

Quand on nait introverti, on se rend compte rapidement que la pression est mise pour nous faire accepter et désirer des traits de caractères qui ne sont pas les nôtres et qu’on peut rattacher à l’extraversion.

C’est vrai dans notre culture européenne, ça l’est encore plus dans celle de l’auteure (américaine).

Préférer lire un livre plutôt que de sortir en boite s’amuser ? Briller dans les études ? Ce ne sont pas ou plus des caractéristiques enviées mais plutôt des signes « d’anormalité » qu’il convient de brocarder. L’élève intello n’est pas un exemple à suivre mais plus souvent la tête de turc des autres élèves.

Et pourtant, en Asie, c’est tout le contraire. Preuve qu’il s’agit de quelque chose d’avant tout culturel. D’autant plus que, durant des siècles et des siècles, l’introverti, homme sage et mesuré a été mis en avant chez nous aussi. L’extraversion n’est la « nouvelle » tendance à suivre à l’école, dans les entreprises et même dans les familles que depuis le début du 20ème siècle.

Moi-même, j’ai été imprégné de tout ça, croyant qu’il me fallait devenir ce que je n’étais pas. Il est important de se rendre compte qu’être introverti n’est pas une tare et qu’il ne faut pas le cacher. Ce livre aide à cela et est assez salutaire.

Nous aurions tout à gagner à ce que les introvertis soient aussi les bienvenus pour ce qu’ils sont dans la société. Cela dit, remettre en cause un idéal ne veut pas dire qu’il faille jeter tout et partir dans le sens opposé. Au contraire, le livre nous montre bien que les deux caractères fonctionnent mieux quand ils sont associés et qu’ils s’enrichissent mutuellement.

Ethnie, genre sexuel et … caractère ?

Si l’on se préoccupe aujourd’hui énormément d’intégrer les cultures entre elles ou de donner aux femmes la place qu’elles méritent, on ne se préoccupe jamais des différences entre introvertis et extravertis. Pourtant, les uns et les autres ne réagissent pas du tout de la même manière à l’environnement dans lequel ils vivent ou travaillent.

Il serait salutaire que tous les chefs d’entreprise se mettent à avoir une politique RH qui en tienne compte, que les décideurs et professeurs dans l’enseignement fassent pareil et que les enfants puissent s’épanouir au sein d’un foyer où on ne les force pas à être ce qu’ils ne sont pas.

Dans mon domaine, qui est la GRH (Gestion des Ressources Humaines), justement, je me rends compte que l’enseignement reçu n’en a jamais parlé. Or, cela serait intéressant que les futures diplômés en ressources humaines puissent apprendre, même s’ils seront libres ou pas d’essayer de le mettre en œuvre, les connaissances suffisantes afin de permettre à tous les tempéraments de donner le meilleur en entreprise.

Il n’y a actuellement aucune conscience de la productivité ou, dit autrement, de l’intelligence collective qu’on perd en ne mettant pas les personnes dans les meilleures conditions pour travailler ou étudier. Ou au minimum, en y réfléchissant pas sérieusement.

Pourquoi un enfant devrait-il nécessairement être le plus populaire de sa classe alors qu’une amitié fidèle le rend déjà heureux ?

Pourquoi les écoliers doivent-ils nécessairement participer en classe quand cet exercice les rend mal à l’aise et leur fait perdre leurs moyens ? Pourquoi promouvoir les travaux en groupe trop larges ou les plans de classes trop ouverts ? On le fait parce que c’est la mode ou parce que l’égo du professeur (ou son propre caractère) veut qu’un élève doit lui montrer qu’il est écouté et compris. Mais cela peut l’être par d’autres moyens.

Enfin, j’ai déjà pu constater moi-même à quel point je pouvais perdre de mon efficacité dans un environnement de travail trop bruyant. Alors que d’autres déprimeront dans un espace de travail avec trop peu de stimulation. Laissons une flexibilité suffisante pour que les extravertis ne se retrouvent pas obligés de prendre du télétravail et les introvertis se retrouver dans un open space laissant trop peu d’intimités.

Tout cela mérite en tout cas qu’on s’en préoccupe plus et qu’on y donne plus ample attention.

Pourquoi est-on introverti ? l’hypothèse biologique

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Jérôme Kagan, décrit par Susan Cain comme « un des plus grands psychologues du développement du 20ème siècle », est à l’origine d’une hypothèse qui peut expliquer en partie pourquoi nous sommes l’un ou l’autre.

Lors d’une étude, il avait exposé des nourrissons à des « expériences de la nouveauté ». Il en ressortit que 20% étaient à réactivité haute, 40% à réactivité basse et le reste entre les deux.

De manière totalement contre intuitive, il paria que les bébés à réactivité haute deviendraient les futurs introvertis. A l’âge de 2, 7 et 11 ans, les enfants de l’expérience furent re-testés, examinés et on interrogea également leurs proches. Et l’hypothèse de Kagan fut confirmée.

Parce qu’il chercha également la raison qui amenaient à ce résultat, Kagan se rendit compte que celle-ci se situait au niveau de l’amygdale (cerveau primitif qui gère les émotions) et du système nerveux central. Les bébés à haute réactivité avaient une amygdale très réactive à la nouveauté et les autres non.

En quelques sortes l’introversion peut venir du grand déplaisir ressenti lors d’une sur-stimulation. Puisqu’ils sont plus sensibles, ils ressentent beaucoup plus de choses, ce qui peut les submerger. Or, justement, certaines situations, quand on est introverti, nous fatiguent énormément où nous donnent mal de tête, précisément comme si notre cerveau avait été mis à rude épreuve.

Les introvertis ont tendance à voir plus les détails, faire des choix plus réfléchis et à s’impliquer plus en profondeur parce qu’ils sont plus alertes face à la nouveauté et que leur système nerveux central les rend plus sensibles à leur environnement. Cela les rend moins sociaux mais leur donne aussi d’autres avantages importants.

Cette hypothèse biologique n’est pas satisfaisante dans tous les cas (vraisemblablement 40 à 50%), mais elle en explique beaucoup. Par ailleurs, les études de Schwartz indiquent que nous pouvons, dans certains cas, modeler notre caractère, même y s’il est mis des limites importantes. Nous avons donc un libre arbitre, certes, même s’il connait des limites.

Plus de détails dans le livre.

Complémentarité entre extravertis et introvertis

Ces caractéristiques de personnalité sont observées également chez les animaux et semblent tout à fait complémentaires depuis la nuit des temps.

Je laisse quelques extraits du livre pour l’illustrer :

« Wilson, comme Aron, considèrent que, si les deux profils d’animaux coexistent, c’est parce qu’ils ont des stratégies de survie radicalement différentes qui payent dans des circonstances et à des époques bien spécifiques. C’est ce que l’on appelle la théorie de l’évolution par le compromis (ou « trade-off ») dans laquelle une caractéristique particulière n’est ni bonne ni mauvaise mais un mélange d’avantages et d’inconvénients dont la valeur en termes de survie varie selon les circonstances.

Les animaux « timides » partent moins souvent et moins loin en quête de nourriture, économisent leur énergie et restent en périphérie des zones de chasse ce qui leur permet d’échapper aux prédateurs. Les animaux plus intrépides sortent sans prendre de précaution et se font régulièrement avaler par les espèces qui se situent plus haut dans la chaine alimentaire. Mais quand la nourriture se fait rare et qu’il faut prendre plus de risques, ce sont eux qui survivent. » (p. 192-193).

« Certains chercheurs émettent même l’hypothèse selon laquelle le fondement de caractéristiques telle que la sensibilité serait une compassion exacerbée à l’égard des autres membres de l’espèce, et particulièrement de sa propre famille.

Mais nul besoin d’aller si loin. Comme l’explique Aron, il parait cohérent qu’un groupe puisse dépendre des membres sensibles pour survivre. « Prenez un troupeau d’antilopes dont quelques membres s’arrêtent constamment de brouter pour guetter les prédateurs. Les troupeaux dotés d’éléments aussi sensibles et alertes ont un meilleur taux de survie et continuent à se reproduire, maintenant ainsi la proportion d’individus sensibles au sein du groupe ».

Et pourquoi en serait-il autrement pour l’homme ? Notre espèce a besoin de ses Eleanor Rooselvelt aussi surement que les troupeaux d’antilopes dépendent de leurs éléments les plus sensibles. » (p. 194-195).

Crise de 2008, monde de la finance

Un peu comme illustration de ce qu’on pourrait gagner ou éviter dans un monde plus équilibré, il y a le krach de 2008.

Les introvertis voient beaucoup mieux les risques arriver alors que les extravertis les sous-estiment systématiquement. Des voix s’étaient exprimées pour dénoncer ce qui allait arriver mais n’ont pas été écoutées. Un chapitre très intéressant y est consacré.

Mon avis sur le livre

J’ai été passionné par sa lecture. Son écriture est la suite d’un long travail de recherche, de grande qualité, et le sujet lui-même est extrêmement intéressant.

Il concerne évidemment en tout premier lieu les introvertis mais également tous ceux qui sont en contact avec eux, qu’ils soient leurs parents, amis, amants, professeurs, patrons … Tout le monde peut sortir grandi de sa lecture.

Le contenu est très dense mais ça se lit en toute légèreté sans aucun mal de tête. C’est juste très difficile à résumer.

C’est donc un livre que je recommande sans aucune réserve. Ici, je ne l’ai survolé que très très rapidement, sa lecture vous donnera beaucoup de plaisir si vous aimez mieux vous comprendre ou mieux comprendre les autres.

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Pour aller plus loin

Sa vidéo lors d’un évènement TED :

Le livre est disponible aux éditions JC Lattès, collection livre de poche (mon édition est celle de 2013).