Lectures en vrac – mars 2019

Cet article était prévu pour janvier mais a pris un peu de retard.

La domination masculine n’existe pas, livre de Peggy Sastre

Livre fascinant qui aurait peut-être gagné à avoir un titre un peu différent. En effet, ce que l’auteure dit n’est pas tant qu’il n’y ait pas de domination masculine mais plutôt qu’il n’y a pas de complot masculin. Elle dénie plus la théorie des mâles organisés pour maintenir une sorte de patriarcat à leur avantage que l’existence d’avantages à être hommes dans un certain nombre de cas.

Une fois cela dit, le livre est vraiment très rigoureux et intéressant. On est ici face à un ouvrage scientifique rendu accessible au plus grand nombre. Il se lit très bien et très vite et on apprend sans devoir connaitre le jargon du milieu.

A travers le prisme de l’évolution, et sans pour autant rechercher des « coupables », l’auteure s’intéresse factuellement à ce qui se passe dans notre société sous le prisme de l’évolution. Une fois bien dans le livre, on peut alors apprécier un monde qui n’est pas noir et blanc mais qui au contraire associe les femmes et les hommes dans ce qu’ils vivent et les raisons de leurs désirs et comportements.

Comme elle le dit très bien, si on ne fait pas le bon diagnostic, on ne peut pas agir efficacement pour changer les choses, cela d’autant plus que le changement des comportements est quelque chose qui doit s’apprécier sur plusieurs générations.

C’est un livre que je recommande à tous mais particulièrement à ceux qui s’intéressent aux relations entre les hommes et les femmes.

Les dossiers Kennedy, BD de Erik Varekamp et Mick Peet

Ce n’est « que » le premier tome d’une série.

Pas grand chose à dire sinon que le destin de la famille Kennedy est encore plus inattendu qu’espéré. Attendez peut-être toutefois que tous les tomes soient sortis avant d’en faire l’achat. Car, sinon, comme moi, vous en resterez sur votre faim.

La fantaisie des Dieux, BD de Hippolyte et Patrick de Saint-Exupéry

Le génocide au Rwanda fait partie de mes thèmes d’intérêt. Comment l’humain a-t-il pu être capable de tels crimes ? Cette BD, bien que française, ne fait pas l’excuse des fautes de l’état français et semble au contraire assez proche de la réalité.

J’ai aimé la lire. Je pense qu’elle peut figurer dans la bibliothèque de toute personne qui s’intéresse au sujet.

Moi René Tardi prisonnier de guerre au StalagIIB, BD de Tardi

Beaucoup d’entre nous ont eu quelqu’un dans leur famille qui a connu les camps de prisonniers allemands, les fameux Stalag. Ils n’en sont pas toujours revenus intacts, sans colère ou sans amertume. Dans cette BD en trois tomes à la fois passionnante et émouvante, c’est l’histoire du père de Tardi et de ses souvenirs précis qu’on peut approcher. Mais à travers elle, je n’en doute pas, celle aussi de nombreux anciens combattants dont certains sont encore vivants ou ont encore des enfants, des veuves, etc En cette période troublée, je recommande chaudement cette lecture parue chez Casterman. Aussitôt reçue, aussitôt lue.

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Le chômeur et sa belle, BD (2 tomes) de Jacques Louis

J’ai rencontré l’auteur il y a maintenant onze ou douze ans environ.

A l’époque, il avait déjà le projet de se faire éditer et je me souviens qu’il m’avait parlé de roudoudou et petites bouclées : je l’avais noté sur un papier pour me souvenir d’aller voir et je me suis abonné à son blog.

J’ai trouvé en occasion le tome 1 et aussitôt commandé le tome 2 après l’avoir lu.

Ça fait longtemps que son blog n’est plus mis à jour (voir n’existe plus) et avoir cet objet physique dans ma bibliothèque au côté des autres chouettes auteurs qui ont fait leurs gammes sur la toile est un vrai plaisir. Je ne m’en séparerai surement pas même si je suis content que quelqu’un d’autre l’ait fait et m’ait permis de redécouvrir ce petit univers familial.

C’est sympathique, émouvant parfois, drôle. Dommage, ça s’est arrêté après deux tomes. Un troisième avec les enfants aurait pourtant été l’aboutissement idéal d’une trilogie originale.

Le voyage de Marcel Grob, BD de Philippe Collin et Sébastien Goethals

Encore un livre sur la seconde guerre mondiale … Et pourtant, comme tous ceux que je vous partage sur le blog, son point de vue est toujours original par rapport à ceux qui ont déjà été lus.

Dans celui-ci, on suit le parcours d’un jeune incorporé d’office (sinon, risques de représailles sur la famille) dans la SS et qui vivra l’horreur sur le front italien. Une horreur qu’il subit autant qu’il en est acteur.

L’auteur incorpore cela dans une fiction où un procès se joue. Je suis perplexe par rapport à ce procédé sans qu’il me pose réellement problème.

Depuis que j’ai un bébé …, BD de Leslie Plée

Ce livre est, pour moi, un « must have » de tout futur parent, certainement bien plus utile ET bien plus drôle que quantité d’autres oeuvres proposées sur le marché.

Voici, en un peu modifié, ce que j’en disais à des amis à qui je l’ai offert avec plaisir :

J’ai bouffé quelques livres sur la parentalité. Il y en a que j’ai acheté et jamais lu. D’autres que j’ai lu et pas apprécié. Certains qui étaient pas mal, oui, mais au final, ne m’ont pas tant que ça aidé. Il y a ceux à la mode (quasi sectaire) et recommandés mais que je ne recommande pas. Par exemple : Isabelle Filiozat. Sous un vernis soit-disant scientifique, c’est complètement idéologique, culpabilisant, irréaliste et manipulateur.

Surtout, ça a l’air beau et parfait mais l’enfer est pavé de bonnes intentions. J’avais le projet d’écrire un article là-dessus en voyant des adeptes faire leur sermon sur une publication facebook (c’était hard, et je voulais le dénoncer).

Puis, il y a ce livre qui précisément ne prétend pas vous dire comment vous devez faire. C’est vrai que beaucoup de parents veulent être aidés et finissent par demander à leur pédiatre jusqu’à l’éducation qu’ils doivent donner. Mais ce livre rappelle des notions évidentes mais tellement oubliées :

  1. Chaque enfant est différent
  2. Ça va être dur, très dur
  3. Vous allez parfois détester votre enfant, et ce n’est pas un drame
  4. Un jour, ça va passer, quel que soit votre malheur, votre enfant finira par grandir, évoluer, etc … Et souvent quand vous aurez touché le fond, pleuré toutes les larmes de votre corps, ben ça finit toujours par aller mieux
  5. Fuyez ceux qui cherchent à vous dire comment faire et à vous culpabiliser, vous êtes les seuls à savoir ce qui est bon pour votre enfant. Vous devez l’élever à deux et suivre votre instinct, écouter les conseils et prendre des renseignements à diverses sources mais ne pas se laisser commander

J’aurais aimé lire ça avant d’être parent. C’est une bouffée d’humour (je n’insiste peut-être pas assez là dessus !) et ça se lit avec plaisir en peu de temps. Vous savez à qui l’offrit en priorité 🙂

Le petit théâtre des opérations, livre de Julien Hervieux

Julien Hervieux est aussi connu sous le pseudonyme de l’Odieux Connard.

Il allie style, pertinence, culture et beaucoup d’humour. En résulte un livre qui se dévore extrêmement vite. La première guerre mondiale ne vous sera pas contée dans tous les détails mais vous connaitrez par contre plein d’anecdotes amusantes et sympathiques.

Vent glacial sur Sarajevo, livre de Guillaume Ancel

Quand les militaires se lâchent et racontent ce qu’ils ont du taire durant tant d’années, c’est toujours intéressant.

Voici un auteur que j’ai découvert parce que je m’intéressais au rôle de la France au Rwanda. Ici il raconte ce que la France a fait, ou n’a pas fait, en ex Yougoslavie et ce n’est pas triste.

Après avoir lu Guillaume Ancel, on a certainement une autre vision du « règne » de François Mitterrand qui fut loin d’être parfait pour son action internationale.

N’hésitez pas à aller lire son blog qui est très précis et documenté.

3096 jours, livre de Natascha Kampusch

Récit palpitant qui se lit de la première à la dernière page comme un thriller.

Si ça avait été une fiction, l’aurait-on trouvé crédible ? (peut-être pas) Et pourtant, tout est vrai. Ce qu’a vécu cette femme, et ce à quoi elle a survécu est juste horrible et elle en sort forte grâce à une personnalité hors norme.

Les dernières pages sont les plus dures à lire. On ne peut se passer de craindre pour elle, même si on connait la fin, parce qu’il ne s’en est fallu que d’un cheveu pour qu’elle ne se fasse rattraper et tuer.

Pour ceux qui l’ignorent, Natascha Kampusch a été enlevée au début de son adolescence et a vécu dans la cave d’un fou parano durant 3096 jours. Un jour, son ravisseur espérant avoir bâti une relation mêlée de crainte et de confiance (il voulait en faire sa femme parfaite dans un modèle d’inspiration nazi), relâche son attention et elle arrive à s’échapper. Il ne sera jamais jugé, ayant préféré se suicider.

Certains lui ont fait remarquer qu’elle avait des propos qui défendaient parfois son ravisseur et l’ont accusé du syndrôme de Stockholm. Elle réfute cela en arguant du fait qu’elle avait simplement de l’empathie et que c’est peut-être d’ailleurs une des qualités qui lui a permis de survivre. Malgré le fait que celui-ci était bel et bien un monstre et un fou, c’est quelque chose que j’ai énormément apprécié dans cette lecture. Malgré qu’elle ait été la première victime de tout ça, elle arrive encore à avoir un recul suffisant pour comprendre la personne humaine en face d’elle, malgré tout ce qu’elle lui a fait vivre.

Plus que l’histoire, c’est bel et bien la personnalité et la force de caractère de N. Kampusch qui m’a le plus fasciné, si on peut oser ce terme pour une histoire pareille.

Sa Majesté des Mouches, livre de William Golding

Sa Majesté des Mouches est un livre qui a connu de multiples illustrations de couvertures mais voici celle que j’ai toujours connue et que j’apprécie le plus :

Introduction

Comme d’habitude avec moi, sinon ce n’est pas intéressant, on va faire des « spoilers » et dévoiler ce qui se dit et se passe dans le roman. Pas d’analyse, même légère, autrement.

Si on regarde la page Wikipedia, cette œuvre a eu une influence considérable sur beaucoup d’auteurs vu le nombre phénoménal d’adaptations plus ou moins fidèles.

Je l’ai découvert en librairie d’occasion durant un de mes séjours à la mer quand j’étais enfant. A la réflexion, je pense que la couverture a fait beaucoup pour m’attirer car, sinon, il était vraiment en mauvais état (la première édition date de 1956 et il aurait pu avoir vingt ans facilement).

Dernièrement, je l’ai relu pour ma fille (huit ans). Je dois avouer que je n’avais qu’un très vague souvenir de l’oeuvre avant de la recommencer sinon j’aurais un peu plus hésité même si au final, elle a aimé (mais elle est bon public).

Une particularité de ce livre, c’est que j’ai toujours eu du mal à en retenir le vrai titre. Généralement, je l’appelle « le seigneur des mouches » sans que je ne me l’explique vraiment. Peut-être est-ce du au titre original qui est « Lord of the flies », soit littéralement justement « le seigneur des mouches » comme si ce titre s’imposait naturellement au récit.

Style et contexte

L’oeuvre utilise un style à la fois très précis et riche en vocabulaire mais sans que ça n’empêche jamais, même pour un jeune enfant, de comprendre tout ce qui se passe.

Sorti en 1956, on  le sent héritier du traumatisme très proche de la seconde guerre mondiale qui vient de se terminer.

Histoire

Résumé

Un avion s’écrase sur une ile déserte (d’humains) avec à son bord uniquement des enfants. Nous sommes à une époque pré technologie où l’absence de boite noire, de satellite, etc … va poser la question de leur survie et de leur récupération de manière bien différente à aujourd’hui.

Pour eux, très rapidement, le seul moyen de s’échapper est d’éveiller l’attention d’un éventuel navire s’approchant des côtes de l’ile avec un feu qu’ils doivent maintenir nuit et jour et alimenter de feuilles pour avoir une fumée bien épaisse.

Ils devront donc commencer par redécouvrir le feu grâce aux lunettes de « Porcinet ». Un gamin intelligent mais que personne n’écoute par manque total de charisme.

Une autre de leur préoccupation va être de créer un semblant de civilisation par une structuration et un chef avec une assemblée où la parole se partage via une conque qu’on se donne d’une personne à l’autre. Toutefois, quand il faut choisir les priorités, entre feu et maintien de l’illusion d’un sauvetage ou chasse court termiste aux animaux de l’ile, le peu d’institution qu’ils ont créé vacille et la force et le plaisir immédiat et sauvage l’emporte.

La viande l’emporte. Celui qui, par la force, arrive à faire couler le sang, animal comme humain, détient désormais le pouvoir et oblige chacun à se soumettre ou à mourir.

Entre les deux, une histoire de monstre aide à créer la panique et à perdre tout sens humain et rationnel. Ce monstre existe d’abord dans l’imagination des plus petits qui doivent faire face à leurs peurs et à l’absence de leurs parents. Il est dans chaque page car, à la première lecture, on ne sait pas vraiment à quoi on a à faire : simple fiction ou roman fantastique.

Le monstre finira par prendre corps via un parachutiste mort et tombé avec son parachute qui se gonfle et qui dans l’ombre de la nuit nourrit tous les fantasmes. Même les plus rationnels finissent par y croire. Et quand un des enfants réalise la vérité, il est tué avant d’avoir pu s’expliquer vraiment ; pris dans la folie sauvage de ses congénères s’exprimant par une danse et une transe tribale.

Pour l’enfant que j’étais, c’était d’autant plus troublant que j’ai pu prendre au premier degré les descriptions de sa majesté des mouches (têtes de cochon qui parlent à un des enfants déjà devenu un peu « barjo »). Pourtant, à ce moment là, on sait déjà, nous le lecteur, que le monstre n’existe pas. Mais les descriptions sont tellement bien faites et prenantes qu’on peut vraiment se prendre au jeu, surtout si on est jeune.

Au final, alors que les enfants ont sombré dans la sauvagerie et n’osent s’opposer à leur nouveau chef (le livre n’est pas si explicite mais on suppose qu’ils ont vu ou été victime de tortures horribles voir de maltraitances sexuelles), le chef du début se retrouve à fuir durant une battue qui a pour objectif certain de le soumettre et pour objectif probable de le tuer voir de le manger. Un incendie ravage même les lieux tant plus personne ne semble garder un sens des proportions.

Dans les tous derniers instants, voilà un adulte qui arrive et qui sonne la fin de la récréation. Nos loups semblent redevenus agneaux et soumis à la posture imposante, et charismatique, qui leur fait face. Il a lui même du mal à reconnaitre les enfants qui sont en face de lui mais qui, on en doute pas, ont déjà recouvré une partie de l’humanité en peu de temps.

Le livre s’arrête alors là et on ne saura jamais vraiment ce qu’ils deviennent ensuite. Ce n’est de toute façon pas le sujet du livre.

Conclusion

Il ne se passe pas tant de choses car on peut résumer en peu de lignes mais les descriptions sont longues. Surtout, cela permet d’insister sur chaque étape qui mène vers l’horreur en les vivant pleinement. Au début, l’histoire semble un rêve. Ils peuvent faire ce qu’ils veulent, bronzer, jouer, se baigner dans une belle eau. Mais cela dérape pour ne plus jamais aller mieux jusqu’à l’arrivée des adultes. Peut-être est-ce la manière dont le livre nous marque si fort. Nous le vivons d’abord comme un immense rêve (plus d’adultes, faire ce que l’on veut, endroit paradisiaque) avant de découvrir le cauchemar. Et les deux extrêmes sont ressentis de manière forte.

Se déshumaniser

Le choix des enfants

Cette fiction nous montre comment des enfants peuvent se déshumaniser totalement en peu de temps et reculer de plusieurs siècles d’évolution.

C’est pour moi une des plus grandes leçons. L’humain évolue certes depuis des milliers d’années mais, dans la vision pessimiste et réaliste de l’auteur, on se rend compte que rien n’est acquis. Notre état sauvage peut revenir en extrêmement peu de temps si l’on y prend garde. Ce n’est évidemment pas un hasard si ce thème est traité si près de la fin de la seconde guerre mondiale et dans un contexte de guerre froide où on estime le « encore pire » toujours possible.

Je ne vais pas trop discuter du choix de prendre des enfants comme protagonistes. Je pense que les enfants sont à la fois plus proche de l’état de nature et plus malléables. Dans un sens positif aussi bien que négatif. Les adultes ne sont jamais que des enfants qui ont grandi et ne sont pas si différents d’eux. Mais, surtout, les enfants ont ce vernis d’innocence qui nous les fait paraitre comme naturellement bons alors que, je pense, c’est bien tout le contraire. L’éducation a son importance. Mais l’usage de non adultes pour le récit permet surtout de choquer plus et de permettre l’identification des jeunes lecteurs, de manière forte, au récit. Peut-être dans une visée éducative.

Les ingrédients

Le récit permet de ressortir plusieurs causes possibles, et cumulables, au changement entre début et fin de l’histoire.

En premier lieu, il y a la perte de l’espoir.

Seuls quelques enfants semblent vraiment accorder une priorité au feu.

Pour la majorité de ceux qui s’en fiche, c’est probablement parce qu’ils perdent vite l’espoir de revoir un jour leurs parents ou famille. Pour la minorité restante qui ne s’en préoccupe pas plus, peut-être parce que cette nouvelle réalité leur semble préférable à ce qu’ils connaissaient avant. Dans cette minorité, je pense surtout au chef chasseur qui se donne une importance qu’il n’aura peut-être plus jamais ensuite et qui le sait très bien.

En deuxième lieu, il y a le charisme.

Le premier chef l’acquière par son caractère de grand et par l’acquisition d’un beau coquillage qui fait un bruit puissant.

Le deuxième l’acquière d’abord par le plaisir de la viande, court termiste (il n’y a pas d’élevage) mais que le rôle de chef des chasseurs lui donne. Il attire tout le monde puis les maintient sous sa coupe par la peur et la violence dans un territoire clos qu’il peut facilement contrôler. En y repensant, je me demande si l’anthropophagie n’est pas partie intégrante du récit mais ma lecture est trop lointaine maintenant pour en être sur.

Le dernier, celui qui les sauve, par sa prestance d’adulte et par l’espoir qu’il redonne de recouvrer la civilisation.

En troisième lieu, il y a le plaisir.

La viande représente ce plaisir tant apprécié et qui fait saliver. A côté de ça, le premier chef n’a rien à apporter car il rappelle les contraintes et les règles. Même dans les premiers instants, les plus joyeux, il est donc un rabat-joie.

En quatrième lieu, il y a, et c’est paradoxal, la nostalgie de la civilisation et l’attrait de son absence.

Le chef des chasseurs leur rappelle cette douce civilisation en leur donnant cette viande qu’il pouvait manger en abondance avant. Mais il leur offre également la possibilité de vivre sans la contrainte du chef « rabat-joie » (adieu le feu à entretenir, les cabanes à construire, les discours pessimistes). Dans un premier temps, son monde parait idéal et un parfait compromis. La violence vient alors tout casser mais il est déjà trop tard car tous sont sous son emprise.

Alors qu’ils sont d’abord attiré par un monde dans lequel ils n’ont plus de contraintes, ils se retrouvent finalement à devoir obéir au doigt et à l’œil à un chef qui leur demande des choses pires encore. L’absence d’obligations n’était qu’une illusion en trompe-l’œil, tôt ou tard il faut payer l’addition.

En cinquième et dernier lieu, il y a le monstre.

Véritable épouvantail et croque mitaine, même les plus grands et les plus rationnels finissent par y croire sans pourtant jamais l’avoir vu clairement. Au final, c’est révélateur, c’est un fou qui finit par découvrir la supercherie mais qui meurt poussé dans le vide par la folie ambiante, littéralement.

La mort

La mort n’est pas absente de l’oeuvre, dés le début, un enfant meurt brûlé par négligence alors qu’ils ont incendié, sans le vouloir, une partie de l’ile.

Ensuite, plusieurs morts, souvent proches de nous, des personnes qu’on suivait, et parmi les « gentils », continuent tout au long du récit. Jusqu’au héros présumé qui est traqué et qui n’échappe que de justesse à son destin promis.

Paradoxalement, si l’espoir de retrouver la civilisation habite notre héros, il n’y a qu’à la fin qu’il s’inquiète véritablement pour sa survie. C’est celui qui est le véritable repère du groupe, le tuteur pour ne pas tomber. C’est celui qui fait le plus pour maintenir un semblant de civilisation. Il ne recherche pas à devenir chef mais cherche à le rester car il sait que c’est le seul moyen de maintenir un espoir de sortie et de vie « humaine ».

C’est peut-être là que je vois la plus grande différence entre les enfants et les adultes.

Si les enfants sont d’abord préoccupés de trouver un sauvetage extérieur, ce qui les rend encore plus à la recherche d’un grand chef providentiel, des adultes auraient probablement d’abord chercher à établir des règles pour simplement survivre. Ce qui ne semble pas la préoccupation principale des rescapés de l’accident d’avion.

Ce qui me touche dans le récit

Je ne me souvenais plus de grand chose avant de réentamer la lecture. Mais je savais que c’était un livre qui m’avait fortement marqué étant enfant et que je voulais relire. Puisque je cherchais un nouveau livre à lire à ma fille, je me suis saisi de l’occasion pour faire d’une pierre deux coups.

Le style est le plus particulier et ce qui, je pense, rebutera le plus les lecteurs d’aujourd’hui. On est plus du tout habitué à un style pareil. Toutefois, je pense que cela fait partie de ce qui m’a accroché. Les nombreuses descriptions nous permettent de nous immerger dans cette ile et d’y vivre comme si on était fantôme caméraman de leurs aventures.

Ensuite, pour moi qui ait toujours eu à la fois une grande sensibilité à la justice et à l’ordre civilisationnel, au fait de pouvoir vivre ensemble sans se faire du mal, ce livre est évidemment une grande claque. Il représente précisément le danger de la société dans laquelle je ne veux pas, aujourd’hui, vivre.

Pour faire un parallèle d’actualité, je pense un peu à la raison pour laquelle je ne suis pas du tout attiré par le mouvement des « Gilets Jaunes ». Derrière leur totale anarchie, même les meilleurs sentiments seront, en cas de révolution, récupérés par les instincts les plus bas et les plus dangereux. Et des gens comme moi, comme Ralph, seront les premières cibles de ce genre de mouvements qui peuvent facilement dériver vers le fascisme et la dictature même si l’esprit n’est absolument pas à cela dans l’esprit de ces gens.

Et c’est d’ailleurs ce qui est fascinant avec ces garçons piégés. Ils sont entrainés malgré eux dans la barbarie. Lentement, mais surement. Littéralement piégés par le nouveau chef qui en échange de viande (comme la promesse de Scar faites aux hyènes dans le Roi Lion) en fait ses affidés puis ne leur permet plus de changer de chef.

Je pense que c’est, au final, la plus grande leçon du roman. Toujours, plus que jamais, d’actualité. Certes, nous avons évolué durant des milliers d’années. Mais le retour à la barbarie la plus complète peut se produire demain et il ne faut pas beaucoup de temps avant qu’on ne s’asocialise et deviennent des bêtes furieuses aux ordres. Ne l’oublions jamais. C’est ce que j’aime, comme message, et qui me terrifie en même temps. Même les acquis qui ont mis le plus de temps à se créer peuvent se perdre en un rien de temps.

Célébrons nos « Ralph », souvenons-nous du passé et ne choisissons pas de mauvais chefs ! Pour être plus terre à terre, les droits de l’homme sont ce qui nous permet de rester dans la civilisation, choisir de les oublier ne nous amènera jamais rien de bon.

Pour aller plus loin

J’ai trouvé quatre articles de blog qui en parlent.

Ceux parlant du livre de manière positive :

Celui parlant du livre de manière négative :

Mes films vu au Ramdam Festival 2019 (High Life, Donbass, Werk Ohne Autor, El Angel, Emma Peeters)

Le Ramdam Festival présente une grande sélection de films qui dérangent. C’est une bonne opportunité pour voir des films qui ne sont pas toujours programmés, ou pas longtemps, dans le circuit commercial là où j’habite.

Voici en bref ce que j’ai pensé des quatre longs métrages que j’ai vu. Malheureusement, je n’ai pas vraiment le temps de faire plus, surtout que cela fait déjà quelques semaines que j’ai vu chacun de ces films.

High Life de Claire Denis

Premier film vu du festival et ça commençait très mal.

Ce film n’a absolument aucun intérêt. Pour moi, tout est raté. C’est insupportable à regarder.

Il y a des thèmes mais qui, à mon avis, ne sont pas bien traités.

Ça ressemble à un mauvais rêve. Je sais qu’il y a des efforts pour essayer de mettre des sens cachés mais ça ne fonctionne tout simplement pas. Je renonce à l’analyser car ça n’en vaut pas la peine.

Ce fut ma grosse déception du festival.

Donbass de Sergei Loznitsa

Ni film, ni documentaire mais un peu des deux.

J’ai apprécié voir ce film qui nous présente la réalité dans l’est ukrainien avec beaucoup de réalisme.

Toutefois, comme je m’intéresse déjà beaucoup à la question, je n’ai pas découvert grand chose.

Je ne regrette quand même pas de l’avoir vu. Mais je le recommande surtout pour ceux qui n’imaginent pas ce qui se passe là-bas.

Ne vous attendez pas à un scénario : ce sont plusieurs petits films sur des moments de vie là bas avec un fil d’Ariane assez ténu entre chacune de ces séquences.

Werk Ohne Autor (Never Look Away) de Florian Henckel von Donnersmarck

LE film que j’ai le plus aimé voir !

Il est juste sublime, émouvant et arrive à raconter beaucoup de choses sans jamais se perdre !

J’étais sur un nuage après l’avoir vu (seul) et je suis retourner le voir avec ma compagne par la suite qui l’a également énormément apprécié.

Tout est réussi dans cette oeuvre, absolument tout et je n’ai aucune remarque négative.

C’est très émouvant et ça ouvre beaucoup de possibilité de discussions en « après » film, ce que j’apprécie particulièrement.

Le propos sur l’art n’est jamais ennuyant et est pédagogique sans aucunement être scolaire. Et c’est parlant sans être trop explicite.

Allez le voir, c’est la seule chose à dire et le seul film de cette sélection pour lequel je vous le dis les yeux fermés !

J’ai juste été déçu qu’il ne … remporte pas l’Oscar du meilleur film étranger, pour lequel il avait obtenu une nomination.

El Angel de Luis Ortega

Film intéressant, bien tourné et dérangeant, juste comme il faut.

On parle d’un voyou qui semble complètement irresponsable de ses actes. Il se fait des amis du milieu mais qui n’arriveront jamais à le contrôler.

Un moment de cinéma intéressant même si ça s’arrête là. Si vous aimez observez les fous, même les plus meurtriers, foncez !

Emma Peeters de Nicole Palo

Le film est loin d’être mauvais. Il est sympathique et un peu drôle. L’histoire est chouette et plutôt bien construite.

Mais, je ne me suis pas attaché plus que cela au héros. Je ne regrette pas de l’avoir vu. Mais je n’irai pas le revoir.

Peut-être que cette histoire ressemble trop à celle qu’ont vécu de nombreux autres comédiens et que je n’arrive pas à accrocher à cause de cela.

Je me souviens quand même avoir passé un bon moment et je vais terminer là dessus pour ce film. Je pense que j’aurais écrit une meilleure critique juste après l’avoir vu mais que le temps me l’a rendu moins passionnant.

Conclusion

Sur les cinq films, seul un a été une déception complète (High Life).

Sur les quatre autres, seul un a été exceptionnel (Werk Ohne Autor – Never Look Away). Qui mériterait d’ailleurs un article à part entière.

Les trois autres se laissent voir et s’apprécier mais je ne suis pas sur de les revoir, même s’ils passent à la télévision. A la limite, Emma Peeters, mais sans certitude.