17 causes possibles de la défaite d’Ecolo / Questionnaire du trio

Introduction

Cet article s’inscrit dans le cadre de ma page reprenant des éléments d’analyse pour la défaite Ecolo de 2014.

Un formulaire a été envoyé aux membres Ecolo à remplir et à renvoyer et ce fut évidemment fait rapidement pour ma part. Je ne vais pas le copier-coller ici, ça n’aurait pas d’intérêt.

Par contre, je vais reprendre ce que j’ai répondu par rapport aux causes de la défaite et « recycler » ma réponse en la modifiant et l’élargissant. Vous en profiterez ci-dessous. J’utiliserai peut-être d’autres réponses au questionnaire dans un autre article mais celui-ci s’annonce déjà assez long.

Principales causes externes et internes de la défaite d’Ecolo

Au départ, il y a deux questions, une qui demande trois causes externes et l’autre qui demande trois causes internes. J’ai préféré fusionner car il n’est pas toujours facile de vraiment distinguer l’externe de l’interne. Et parce que je pense que les causes internes sont plus importantes que les causes externes. Plus importantes dans les raisons explicatives de la défaite mais également car ce sont les seules, par définition, sur lesquelles nous avons prise.

Il n’y a pas de classement par ordre d’importance, certaines peuvent peut-être être fusionnées entre elles mais c’est écrit comme c’est venu et je commence par deux causes externes. Par ailleurs, je vais aussi parfois plus long qu’un énoncé de causes en allant déjà parfois vers des propositions de résolution des problèmes.

  1. Le système proportionnel tel qu’organisé en Belgique.

    Là, je vise principalement la taille des circonscriptions et/ou l’organisation ou l’absence d’apparentement. Comme je l’ai étudié pour la Région wallonne, mais ça s’applique aussi sans doute pour le fédéral, Ecolo mériterait plus de sièges de parlementaires si la proportionnelle était mieux respectée. Cela doit être une des priorités d’une éventuelle prochaine participation d’Ecolo car ça renforce la démocratie et ça renforce Ecolo.

  2. L’air du temps.

    Contrairement à ce que notre slogan prétendait, Ecolo n’était clairement pas dans l’air du temps.
    Nous n’avons pas réussi à garder l’agenda écologique au centre du jeu et les solutions de l’écologie politique crédibles.
    Les lobbys divers, les autres partis, la crise économique, institutionnelle, les sondages négatifs, les articles de presse parfois caricaturaux, tout ça faisait qu’Ecolo n’était plus une solution « pour le moment ».
    Mais, l’avantage, c’est que ce n’est pas inéluctable. J’ai mis cela dans les causes externes mais nous avons aussi notre rôle à jouer pour redevenir une solution de notre temps.
    Nous aurions pu facilement être parmi les partis crédibles pour la crise économique et bancaire si nous avions mieux et plus communiqué sur le sujet. Mais, même quand il s’agit d’environnement, nous ne sommes plus forcément crédible (éoliennes, photovoltaïque). Cela demandera un grand travail.
    Une des solutions consistera notamment à renforcer, et peut-être évaluer pour la première fois, Etopia. Mais cela ne suffira pas. Il faudrait trouver des organismes suffisamment indépendants et crédibles pour influer sur l’opinion sans pour autant être rattachés à nous (c’est déjà le cas de l’Institut pour un Développement Durable mais il manque peut-être de moyens pour se faire entendre plus souvent).
    Enfin, par rapport à tous les défis, nous ne sommes plus non plus crédibles quand il s’agit d’agir. Notre participation n’a à nouveau pas convaincu. Et cela pose la question du bilan et/ou des personnes. La formation du prochain casting devra pouvoir tenir compte des leçons de la défaite actuelle. Il faut non seulement avoir les bonnes idées, reconnues comme telles, mais également convaincre que ce sera bien nous qui serons capable de les mettre en œuvre au mieux. Sinon, les gens ne voterons plus pour Ecolo.

  3. Nous n’avons plus de projet enthousiasmant et/ou spécifique et/ou crédible même pour ce qui est de notre core-business.

    Je crois que c’est assez clair, c’est non seulement un problème de programme mais également un problème de communication. La création du programme doit être repensée et la prise de risque ne doit plus devenir totalement interdite (encore que, parfois c’est l’exact inverse mais par mauvais calcul).
    Cette cause de la défaite se voit bien dans la surprise de certains candidats. Ils étaient bien reçus par les citoyens car, semble-t-il, on a évité de trop fâcher tout le monde. Mais, à côté de ça, ça n’a fait rêver personne. Le CDH qui a pris des risques en présentant des projets parfois audacieux a, lui, clairement limité la casse et n’en a en tout cas pas pâti.
    Il est incroyable que ce soit le CDH qui donne des leçons de créativité à Ecolo. Là, il y aura un gros travail.
    Par ailleurs, nous avons perdu de la crédibilité car nos personnalités publiques n’ont que beaucoup trop rarement accepté de reconnaitre des erreurs voir, au contraire, parfois tenté de les dissimuler. Quelqu’un qui ne reconnait pas ses erreurs est un danger pour un groupe social et perd de facto toute crédibilité. Se dire que ça a pu éventuellement être une stratégie (nier volontairement) est hallucinant. Mais si c’était une question d’égo ou de calimérisme, ce ne serait pas mieux.
    Enfin, l’erreur de 2009 de ne pas gouverner sans le PS donne l’impression aux électeurs que nous sommes scotchés au PS or même des électeurs de gauche ne sont pas enthousiasmés par ça. Et on parait plus à gauche en gouvernant avec la droite si on obtient une politique équilibrée et d’être médiatiquement celui qui défend la gauche au gouvernement donc, même stratégiquement, c’est con.
    Quand nous disions que nous étions une gauche différente du PS, il y avait une idée vraie, mais nous avons perdu ceux qui y croyait en ratant l’occasion offerte en 2009 de gouverner sans le PS. Ca s’est marqué en 2010 dans nos scores électoraux, JMJ n’était plus crédible quand il disait que nous pouvions gouverner sans le PS. Mais ça, nous n’avons pas su le voir.

  4. Nous ne faisons plus rêver et participer nos propres (ex) militants et leaders d’opinion qui nous sont proches. En lien, la campagne n’était pas bonne.

    Le nombre de militants ou membres qui n’ont pas fait campagne était beaucoup trop élevé pour espérer avoir une vraie victoire. Le nombre de permanents ou assimilés qui ont été candidats a aidé sans doute dans la disponibilité qu’ils avaient pour faire campagne mais a également découragé ceux qui étaient déjà marginalisés le reste de l’année avec une « professionnalisation » qui a été surtout comprise comme un « accaparement » du parti par un groupe de personnes de plus en plus restreint et produisant une hiérarchie bien établie.
    Désaffection énorme de gens de la base malheureusement non comprise par l’establishment. Beaucoup d’actifs ne se sont pas du tout dépensés dans cette campagne. Le slogan était nul. Le fonctionnement interne a créé beaucoup de déceptions ces dernières années et les listes sont constituées par un mix de permanents, carriéristes soumis et gens qui ne s’impliqueront pas après la campagne pour ne pas faire d’ombre.
    Beaucoup de problèmes internes découragent des militants qui parfois quittent carrément le parti. Ca fait très mal car la méthode la plus efficace n’est ni les mass média, ni le porte à porte, ce sont les leaders d’opinion. Si même des anciens membres écolo disent qu’ils ne voteront pas Ecolo sur toutes les listes, notre crédibilité est vachement entamée. Nos premiers porte paroles et leaders d’opinion pour la population sont nos militants, membres et sympathisants. Quand des électeurs voient des membres désabusés, ils perdent confiance dans le parti, quelle que soit la qualité de la campagne, ça fait très mal. Nous devons donc être plus qu’attentif à la relation avec les militants.

  5. Nous n’avons (peut-être) pas le bilan que nous prétendons avoir.

    PLOUF. Je jette un pavé dans la marre. Tous les écolos mêlés au pouvoir de près ou de loin nous vantent leur déception devant leur magnifique bilan. Ils se montrent blessés et condescendants envers la population ou les militants. Mais si de nombreux MEMBRES n’ont pas été convaincus par l’action d’Ecolo dans leur domaine de compétence, ont constaté qu’on a parfois fait bien peu ou mal avec ce que nous avions,  il y a quelque chose qui cloche de manière forte. Il va falloir arrêter de demander à ceux qui ont failli de s’auto évaluer. L’évaluation est un travail sérieux qui ne peut être donné (uniquement) à celui qui est évalué.
    Des publics proches, universitaires, comme les chercheurs ont été malmenés plusieurs fois durant la législature de manière fort stupide (déménagement du FNRS à Charleroi, critère social pour la recherche fondamentale). Quand on perd beaucoup dans une niche favorable, c’est toujours la catastrophe.
    Quand j’entends le bilan fait par les syndicats de notre action fonction publique durant cinq ans, je ne peux qu’éprouver la sensation d’un immense gâchis.
    Quand j’entends un responsable local nous dire tout le mal qu’il pense de l’action du cabinet en matière de petite enfance, je ne peux que ressentir un malaise. Et quand je me dis que peut-être pour les autres matières, ce fut pareil …
    Par ailleurs, même là où nous avons un bilan défendable, nous avons été beaucoup trop lent par moments. Ecolo est souvent dans l’opposition, il doit profiter de ces périodes pour travailler des dossiers pré ficelés au moment où il entre dans des gouvernements. Perdre des années pour concevoir décrets et arrêtés crée beaucoup de tort à l’action du parti.
    Pour résumer:
    Qui a dit que le bilan était bon ? Ceux qui l’ont fait. Est-ce crédible ? pas un seul instant. Combien de membres sont mécontents de ce que nous avons ou pas fait ? Beaucoup. Les cabinets, les ministres, une partie du casting n’était pas bon. Ce n’est pas seulement un problème de pédagogie. Et nous devons aussi être capable de le reconnaitre pour reconquérir l’électorat. Or nous sommes arrogants et ne reconnaissons aucune erreur.
    ATTENTION, je précise, parce que je sais que le sujet est sensible que je ne dis nullement que tout ce qui a été fait a été mauvais. Je ne dis pas non plus que nous n’avons pas fait des excellentes choses (par exemple au Parlement wallon). Mais le bilan inclut ce qui a été fait et ce qui a été compris car la communication est de notre responsabilité (d’autant plus qu’en 2009, nous en étions plus que conscients).
    Enfin, quand on parle bilan, on parle aussi pérennité du bilan. Si les mesures importantes sont détricotées dés l’entame de la législature suivante, peut-on encore les inclure dans le bilan ? Créer son bilan, c’est aussi pérenniser des mesures en ne les adoptant pas l’avant-veille des élections. Or, depuis les élections, on entend que certaines mesures phares sont déjà prêtes à disparaitre ou à être renégociées.
    S’il est important de se faire respecter dans un Gouvernement. Il est aussi important de convaincre les partenaires si on veut de la pérennité.

  6. Démocratie interne, jeux de pouvoir.

    Comme dit plus haut, il y a un problème pour la démocratie à Ecolo. Elle n’est pas aussi parfaite que nous prétendons qu’elle soit. Dans des petites assemblées, quelques personnes peuvent monopoliser le pouvoir. Le pouvoir est passé de plus en plus de bottom up à top down. L’ouverture et la transparence est en recul. Les jeux qui se jouent au moment de la « lutte des places » sont souvent malsains. Les comités de liste ont été une bonne idée mais qui doit être évaluée. Les permanents, cabinettards, employés ont commencé à prendre une grande place dans toutes les structures décisionnelles. Or, on l’a vu, on a souvent manqué d’esprit critique sur notre propre action. Ceux là qui étaient le nez sur le guidon étaient là aussi pour protéger leur place et vanter leur action, cela peut être malsain.
    Les statuts prévoyaient notamment que de nouvelles formes de participation des membres et citoyens peuvent être expérimentées. Il est temps d’y réfléchir.

  7. Communication arrogance, humilité.

    Le slogan était mauvais. Mais il n’est pas venu de nulle part. Notre communication a été, pour partie, empreinte de très peu d’humilité. C’est aussi lié au fait que nous n’avons jamais accepté de reconnaitre d’erreurs, ce qui est important. Je ne vais pas trop développer ce qui est, pour partie, un sentiment.

  8. Pratiques politiques.

    Nous devons accepter que nous ne sommes plus nécessairement leaders ou surtout parfait dans notre manière de faire de la politique « autrement ». Nous n’avons plus remis réellement en cause notre fonctionnement depuis longtemps. Cette défaite pourrait être l’occasion de réévaluer beaucoup de choses et notamment certaines règles quand elles ne sont plus lisibles par la population. Par exemple, mais le chantier peut être beaucoup plus vaste:

    a. Election du SF. Dés le moment où il y a un débat dans chaque régionale, je pense que le passage par un vote en AG ne devrait plus être obligatoire. Entendons nous bien, je ne suis pas pour la suppression de l’AG. Mais je pense que le vote en régionale, lors des débats, devrait, au grand minimum, être possible. Et qu’idéalement, on devrait même arriver au suffrage universel des membres car, là dessus, ce sont les partis traditionnels qui ont aujourd’hui les meilleures pratiques (nous sommes les derniers à ne pas proposer le suffrage universel des membres).

    b. Cumul conseiller communal. Autorisons le cumul conseiller communal qui de toute manière amène obtention automatique de dérogation. Ou aménageons la règle en établissant de nouvelles règles objectives (présence d’un suppléant volontaire ?). Mais la situation actuelle brouille notre communication et est sans doute excessive.

    c. Cumuls dans le temps. Il y a aujourd’hui beaucoup trop de dérogations alors que la règle garde pourtant tout son sens. Il faut y réfléchir et remettre la règle au centre. Voir même l’étendre à plusieurs assemblées en délimitant une carrière maximale de parlementaire de 4 termes par exemples (ce qui fait déjà vingt ans). Le fait que les statuts ne prévoient rien pour l’élection dans des assemblées différentes pose problème si le but est d’éviter que nos gens considèrent la politique comme un métier.

    d. Rétrocessions. Cela peut paraitre provocateur à l’heure des problèmes financiers vécus par le parti. Mais c’est en lien avec le c. Si on veut que tout le monde puisse vraiment s’investir ou éviter le carriérisme ou éviter que quelqu’un ne devienne obligé de se professionnaliser, peut-être faut-il réfléchir à changer les règles de rétrocession. Au minimum, je pense par exemple que quelqu’un qui viendrait et s’engagerait pour une courte période (un ou deux mandats maximum) devrait pouvoir rétrocéder moins pour se mettre à l’abri pour la suite de sa vie et carrière professionnelle. Ce n’est pas non plus un scandale qu’un parlementaire ou Ministre gagne bien sa vie et le financement des partis est plus conséquent qu’avant.

    e. Limitation de l’implication des permanents ou assimilés dans les rouages du parti. Des politiques de quota ou de limitation doivent pouvoir permettre que les militants non professionnels gardent aussi une influence sur le parti.

    f. Manière de débattre, décider. Les AG, quel que soit le niveau, ont aussi d’énormes défauts. Il faut réapprendre à décider collectivement pour éviter certains pièges. Il faut faire en sorte également que la « réunion » ne soit plus le passage obligé de l’action collective mais que les nouvelles technologies nous permettent d’impliquer ceux qui habitent loin ou n’ont qu’une heure sur leur pc à nous accorder passé 23H. Décider et débattre doit pouvoir se faire aussi en dehors de ces réunions parfois improductives mais qui prennent beaucoup de temps à nos militants et peuvent même parfois les mettre en défaut vis à vis de leurs obligations familiales ou sociales.

    g. Permanences. Nous refusons depuis longtemps les permanences car nous les assimilons au clientélisme. Pourtant la permanence pourrait être autre chose que du clientélisme. C’est un outil très précieux que nous refusons d’utiliser et c’est quelque chose qui devra changer. Je pense d’ailleurs que dans les raisons profondes du dénigrement des permanences se trouve également quelque chose proche de la peur du citoyen « lambda » et de sa détresse. Mais rencontrer les gens toute l’année et en dehors d’une période électorale est important. Même si ce ne sont pas des parlementaires ou du personnel politique qui les reçoit, ce sera utile et efficace. Montrons qu’on peut faire de la politique autrement, y compris dans quelque chose d’aussi connoté que les permanences politiques.
    C’est aussi là que nous pourrons transformer des cas particuliers en question d’intérêt général, nous montrer à l’écoute et soutenir d’une manière éthique les citoyens qui veulent croire en nous.

    h. Recrutement cabinet. Pourquoi, une fois que l’organigramme d’un cabinet est défini, ne pas avoir un processus réellement ouvert de recrutement ? Publier toutes les offres d’emploi et laisser les gens postuler. La manière dont ça s’est réalisé en 2009, relativement opaque, est décevante. Lutgen avait mis des offres d’emploi pour son premier cabinet et cela a attiré à la politique des gens qui n’y étaient pas impliqués tout en lui permettant d’enrichir ses ressources humaines et ensuite militantes avec des personnes de qualité qui n’étaient pas connues du parti jusque là.

    i. Consultations et référendums. Nous devrions plus souvent demander l’avis de nos membres par consultation large ou référendum. Soit au cours d’AG, soit au cours d’un processus autre mais offrant la possibilité à tous les membres de s’exprimer. Le vote pourrait n’être qu’indicatif et servir de thermomètre à la direction. Il est intéressant que les statuts laissent la possibilité d’organiser des référendums (la consultation n’étant pas elle prévue) mais cela n’a jamais été utilisé.
    Nous devons aussi être capable d’utiliser ces outils quand nous gouvernons car, une fois au pouvoir, nous avons parfois trop peur de ce que la population ne se montre pas en accord avec notre action politique et nous montrons parfois frileux avec la participation citoyenne. Or, cette question de la participation doit être un noeud fort de notre programme et de notre action. Quitte à re-réfléchir à la meilleure manière de l’opérer tout en évitant les manipulations et noyautages par des petits groupes organisés représentant des intérêts particuliers.

  9. Ménagement des partenaires.

    Avons-nous ménagé nos partenaires pour éviter de s’exclure de la législature suivante ? Cela me parait crédible. L’avons-nous fait car nous craignions le retour de bâton ? Possible également. J’ai l’impression que tout le monde s’est tenu dans ce gouvernement. Cela dit, je classe cela comme une cause relativement mineure.

  10. Inimitiés.

    A contrario, il n’y a pas eu d’ambiance d’équipe dans les gouvernements dans lesquels nous siégions. Bien sur, nous ne sommes pas faits pour être copain et cela ne doit pas pouvoir nous être entièrement imputé mais, à l’avenir, le casting devra aussi tenir compte de personnalités capables de nouer des liens forts avec d’autres personnalités politiques. Comme pour la précédente, c’est plutôt une cause mineure.

  11. Professionnalisation.

    Le parti a voulu se « professionnaliser ». Mais, on peut se demander si ça n’a pas été fait davantage dans une optique de possession de personnes « aux ordres » qui obéissent plutôt que de seulement posséder des personnes ayant plus de temps et de compétences. Cela pourrait expliquer pourquoi les militants, dans le projet de l’actuelle coprésidence, devaient être moins impliqués car « on leur en demandait trop ».
    L’effet pervers immédiat (qui paraitra un avantage pour certains mais est en réalité une grosse faiblesse pour Ecolo) est d’accentuer nettement le fonctionnement top-down et de décourager les militants à encore s’impliquer. Cela est en lien également avec la perte de démocratie et le fait que de plus en plus de permanents ou assimilés s’impliquent dans les structures de pouvoir.

  12. Gestion de la connaissance et des réseaux.

    Ecolo possède en son seing de très nombreux experts dans beaucoup de domaines. Mais ne sait absolument pas en profiter. Déjà, à la base, il ne les connait même pas toujours. Et quand il les connait, il ne les utilise pas ou rarement. Ce sont souvent les mêmes personnes qui travaillent en vase relativement clos. Il faut cesser avec ça, ce qui demande une vraie politique de gestion des connaissances: connaitre les membres en les invitant à se dévoiler, avoir le réflexe de consulter largement et fréquemment, avoir des logiciels ou interfaces qui facilitent la communication en réseau, donner suite aux sollicitations et informations qui sont envoyées de la base vers le haut et les utiliser de manière efficace tout en envoyant un feedback de ce qui a été (pas) fait.

  13. L’évaluation de 2010.

    Cap 2012-2014 devait limiter les dégâts pour 2014, je pense qu’on en est loin et que l’entreprise a donc forcément échoué. Les chiffres sont tellement clairs qu’il est inutile d’épiloguer plus avant sur la question.

  14. Evaluation et audit interne inexistants.

    A Ecolo, l’évaluation de ce que nous faisons déconne toujours car, ce que nous appelons notre « bilan » est souvent écrit par ceux qui l’ont fait. Pas besoin d’expliquer pourquoi c’est un problème. Il faudrait un comité d’audit composé de personnes douées dans l’évaluation, une sorte de cour des comptes interne. Ensuite, nous ne faisons de bilans que de nos participations gouvernementales mais nous devons aussi nous évaluer dans nos fonctionnements internes. Ce serait également un très bon rôle pour l’audit interne. Il faut un organe permanent, actuellement manquant, qui permette aux membres de disposer de données d’évaluations objectives et fiables sans se voir opposer les blessures d’orgueil ou arguments d’autorité de ceux qui sont critiqués. Ensuite, ils pourront d’autant mieux mener leur rôle démocratique au sein des instances qui prennent les décisions et organise le contrôle du pouvoir.

  15. Tabous, dogmes, avis scientifiques et techniques.

    Pour des grands sujets demandant une expertise scientifique et technique, nous devrions commander des rapports pour / contre / sans à priori à des scientifiques extérieurs. Ces rapports seraient ensuite disponibles et nourriraient la réflexion qui précède toute décision.
    Il faut bien avouer que parfois, nos aprioris nous éloignent d’un vrai esprit scientifique. Par exemple, le nucléaire de 4ème génération et les réacteurs au thorium n’ont strictement rien à voir avec ce que nous trouvons à Doel. Mais si, demain, le débat devait se poser à Ecolo, on peut s’attendre à ce que le parti décide, sans vraiment savoir, d’être contre cette technologie. Ce serait une erreur pour les qualités de la 4ème génération. Ce serait aussi et surtout une erreur pour notre crédibilité car on pourrait alors avoir des positions qui scientifiquement ne seraient plus défendables. Et de passer alors, avec raison dans ce cas, pour des dogmatiques.
    Aujourd’hui, à Ecolo, comme dans beaucoup de groupes sociaux, les leaders impriment, sans même le vouloir, le pas. Il ne faut pas seulement que les instances qui décident le fasse de manière éclairée, il faut aussi que nos membres, militants et électeurs soient bien informés des raisons qui peuvent éventuellement faire sauter un tabou.
    Il faut identifier ce que les gens associent à tabou et dogme chez Ecolo. Et entamer un processus d’évaluation transparente de ceux-ci qui aboutirait soit à les confirmer avec une argumentation valable soit à les infirmer. Au bout de ce processus, sur lequel nous communiquerions vers l’extérieur, nous n’en sortirions que plus gagnant. Le but serait évidemment d’être le plus participatif possible. Et de montrer aux gens que nous sommes capables de nous remettre en question et absolument pas dogmatiques.
    Je pense qu’il est important de se débarrasser de cette étiquette de dogmatique. JMJ y était bien arrivé par un discours intelligent. Il faut revenir à ça.

  16. Modèle.

    Nous devons être le modèle de notre propre programme. Or, non seulement nous donnons l’impression de donner des leçons mais en plus nous ne nous appliquons pas toujours à nous même ce que nous préconisons. Nous devons faire cet exercice et en tenir compte pour l’élaboration du programme. Cela doit être un processus qui se nourrit. Par exemple, si nous voulons promouvoir les logiciels libres dans le programme mais qu’en pratique ça coince, nous devons montrer que nous apprenons de notre pratique et nourrir le programme de ces enseignements tout en en faisant une vitrine de notre savoir faire et de nos expériences.
    Etre une organisation citée en exemple dans le domaine de l’informatique libre, de la gestion des ressources humaines, de la logistique durable, … Cela doit être un objectif réalisable, réalisé, mis en avant et reconnu par des organisations ou personnalités crédibles.
    Cela montrera aussi que nous ne sommes pas dogmatiques et capables d’apprendre de la mise en œuvre de notre programme en notre seing.

  17. Recrutement, formation.

    Le recrutement est un domaine qui demande certaines connaissances et des méthodes scientifiques existent pour l’opérer de manière efficace. Habitué aux procédures hautement professionnelles et validées scientifiquement du Selor, j’ai été surpris lorsque j’ai été confronté à un oral pour un mandat externe. Le jury n’était pas composé de personnes maitrisant le recrutement et la méthode n’était pas meilleure. Ecolo devrait pouvoir se faire aider par des spécialistes universitaires du recrutement pour améliorer les méthodes, y compris pour les mandats externes.
    Pour la formation, je pense qu’elle est encore trop réduite et trop centralisée.
    Il existe bien l’académie verte mais le choix de ceux qui y ont droit laisse certains membres amers. La formation de tous les membres, sympathisants, électeurs même doit être une priorité. Et ça ne passe pas nécessairement par des formations en « live ». Cela peut aussi passer par une Ecole à Distance à développer.

Conclusion

Très long article (qui a pris beaucoup de temps d’écriture). Mais surement pas encore exhaustif. N’hésitez pas à commenter si vous êtes ou pas d’accord et si vous voulez rajouter quelque chose. C’est le débat qui permettra à Ecolo d’évoluer vers un mieux.

Changements au système électoral wallon et plus grande justice dans la distribution des sièges: test de scénarios

Note: cet article, fait partie d’une série consacrée à la défaite d’Ecolo en 2014.

Introduction

Les parlementaires régionaux wallons sont élus dans treize circonscriptions selon le principe de la proportionnelle. Pour résumer, s’il y 10.000 électeurs et dix sièges, il faut 1000 voix pour octroyer un siège. On attribue un siège chaque fois qu’un parti dépasse un multiple de 1000 voix. Les sièges restant sont donnés selon l’apparentement au niveau provincial: on prend les partis qui, dans une circonscription de la province au moins, font plus de cinq pourcents et ont au moins les deux tiers nécessaires à l’obtention d’un siège (ici 666 voix), on réunit leurs voix au niveau provincial et on attribue les sièges restants par une méthode appelée « clé d’hondt ».

Certaines circonscriptions sont aujourd’hui très petites et cassent de facto la proportionnelle puisqu’il faut un pourcentage très élevé pour obtenir un siège ou l’apparentement: au Luxembourg, il faut 21,78% ou 33% selon la circonscription pour ouvrir l’apparentement. D’autre part, le seuil pour ouvrir l’apparentement ou le seuil de 5% peuvent, s’ils ne sont pas atteint dans une grande province, entacher la représentativité globale du parti en question: le PTB a raté l’apparentement au Hainaut de 13 voix et Ecolo de 1818 voix. Comme c’est une très grosse province, cela a pu avoir des conséquences importantes sur le nombre de députés.

Il faudrait donc étudier les manières d’améliorer tout ça, ce que cet article propose de faire.

Nous allons donc évaluer l’impact potentiel de diverses mesures visant à améliorer la représentativité du système électoral (sur base des résultats 2014):

  • une circonscription unique comme à Bruxelles
  • une circonscription commune à la toute la Wallonie en plus des autres circonscriptions (par l’élection de députés supplémentaires)
  • des circonscriptions élargies au niveau provincial
  • des circonscriptions comme aujourd’hui mais avec usage de l’apparentement au niveau régional

Dans toutes les propositions, on garde le seuil électoral de 5% qui ne parait pas « déconnant ». D’autres scénarios pourraient encore être étudiés mais nous nous sommes limités à ces quatre là qui offrent déjà une vue sur une palette de solutions très différentes.

Situation actuelle

Sans trop de surprise, plus un parti est grand et plus il est sur-représenté en sièges. Ainsi, le PS se retrouve avec 40% des sièges pour seulement 30% de l’électorat. On pourrait dire que ce système permet d’éviter l’éparpillement des votes mais cela correspondrait alors à une double peine puisqu’il existe déjà un seuil électoral de 5% qui a ce but et que le bonus octroyé aux plus grands est quand même très important. Les 9,1 points de pourcentage que le PS gagne correspondent, dit autrement, à près d’un tiers en plus de sièges que ce que son résultat devrait lui permettre d’espérer !

% sièges %sièges BonusMalus
PS 30,9% 30 40,0% 9,1%
MR 26,7% 25 33,3% 6,7%
ECOLO 8,6% 4 5,3% -3,3%
CDH 15,2% 13 17,3% 2,2%
PTB 5,8% 2 2,7% -3,1%
PP 4,9% 1 1,3% -3,5%

Voici en sièges (couleurs par défaut de Excel):

sièges rwCirconscription unique

Nous appliquerons la clé d’hondt et le seuil de 5% comme si la Wallonie était une seule circonscription.

% Sièges %sièges BonusMalus siègesAJD Diff
PS 30,9% 27 36,0% 5,1% 30 -3
MR 26,7% 23 30,7% 4,0% 25 -2
ECOLO 8,6% 7 9,3% 0,7% 4 3
CDH 15,2% 13 17,3% 2,2% 13 0
PTB 5,8% 5 6,7% 0,9% 2 3

Dans ce scénario, Ecolo et le PTB seraient les grands gagnant: ils prennent 6 sièges. Le CDH garderait son nombre actuel de sièges. PS, MR et PP perdent les six sièges.

Autre conséquence, Ecolo et le PTB pourraient chacun former un groupe politique puisqu’ils ont au moins cinq députés.

On remarquera que cette circonscription unique continue à donner un avantage aux plus gros partis, cet avantage est juste moins exagéré qu’aujourd’hui. Ainsi, le PS a encore 5% de sièges en plus que ce que la stricte proportionnalité lui donnerait. Il en a aujourd’hui 9,1%.

Circonscription commune en plus

Pour ce scénario, nous reprenons les 75 sièges actuels et nous y rajoutons 13 députés dans une circonscription commune à la Wallonie (pourquoi 13 ? il y a actuellement 13 circonscriptions, mais cela pourrait être un autre chiffre).

% SiègesAJD Sièges CC SiègesTOT %sièges BonusMalus
PS 30,9% 30 5 35 39,77% 8,87%
MR 26,7% 25 4 29 32,95% 6,27%
ECOLO 8,6% 4 1 5 5,68% -2,94%
CDH 15,2% 13 2 15 17,05% 1,88%
PTB 5,8% 2 1 3 3,41% -2,35%
PP 4,9% 1 1 1,14% -3,72%

Des députés seraient élus sur base d’une circonscription commune, ce serait en soit un net progrès démocratique car les partis seraient « obligés » d’y mettre leurs ministrables et ces derniers devraient se battre sur toute la Wallonie et non seulement sur une baronnie.

Par contre, ça ne corrigerait qu’à la marge le déficit de représentativité.

Ce scénario, quelque que soit la taille de la circonscription commune (nous avons testé avec plus de parlementaires et ça ne changeait pas la donne) ne résoudra certainement pas tout seul le déficit de représentativité dont sont victimes les petits partis.

Circonscriptions provinciales

Ici, on adapte la taille des circonscriptions à celles qui sont déjà en vigueur pour le pouvoir fédéral: des circonscriptions provinciales. Du coup, l’apparentement disparait et les sièges sont distribués selon la clé d’hondt au sein même des circonscriptions. On garde le seuil de 5%.

Brabant-Wallon

Ici, rien ne change puisque la circonscription correspond déjà aux contours provinciaux.

% sièges
Ecolo 11,74 1
PS 19,47 2
CDH 12,06 1
MR 41,46 4

Hainaut

Grosse circonscription où ni Ecolo ni le PTB n’ont eu de sièges.

PROV AJD Diff
Ecolo 2 0 2
MR 7 8 -1
PS 13 15 -2
CDH 4 5 -1
PTB 2 0 2

Avec la circonscription provinciale, Ecolo et PTB gagnent à eux deux 4 sièges. Les sièges sont perdus par les 3 autres partis.

Liège

PROV AJD Diff
Ecolo 2 2 0
MR 7 7 0
PS 8 8 0
CDH 3 3 0
PTB 2 2 0
PP 1 1 0

Ici, aucun changement ne serait opéré en termes de sièges. Les rapports de force resteraient identiques.

Luxembourg

PROV AJD Diff
Ecolo 0 0 0
MR 2 2 0
PS 1 1 0
CDH 2 2 0

Encore une fois, aucun changement à signaler. Ecolo était très loin du premier siège.

Namur

PROV AJD Diff
Ecolo 1 1 0
MR 4 4 0
PS 4 4 0
CDH 2 2 0

Pour la dernière province, l’élargissement de la circonscription ne change rien à la répartition des sièges. Il aurait fallu attribuer 15 sièges pour qu’Ecolo en obtienne un deuxième.

En résumé pour la wallonie

% Sièges %sièges siègesAJD Diff BonusMalus
PS 30,9% 28 37,3% 30 -2 6,4%
MR 26,7% 24 32,0% 25 -1 5,3%
ECOLO 8,6% 6 8,0% 4 2 -0,6%
CDH 15,2% 12 16,0% 13 -1 0,8%
PTB 5,8% 4 5,3% 2 2 -0,4%
PP 4,9% 1 1,3% 1 0 -3,5%

Dans ce système, le PTB et Ecolo récupéreraient chacun deux sièges et se retrouverait avec une proportion de sièges logique au vu de leur résultat électoral tout comme le CDH qui perd un siège. Les deux plus grands partis, malgré leurs pertes communes de 3 sièges, gardent une « prime » de sur-représentation assez confortable. Le PP reste sous représenté fortement puisqu’il lui manquerait deux ou trois sièges pour se rapprocher de sa représentation logique.

Si Ecolo aurait suffisamment de sièges pour former un groupe parlementaire, ce n’est pas le cas du PTB pour qui il manquerait encore un siège.

Mêmes circonscriptions, apparentement régional

Comme aujourd’hui, sauf que l’apparentement ne se fait plus au niveau de la province mais de la région.

% DistribDir Appar Total %sièges BonusMalus
PS 30,90% 15 11 26 34,67% 3,77%
MR 26,68% 11 11 22 29,33% 2,65%
ECOLO 8,62% 0 7 7 9,33% 0,71%
CDH 15,17% 3 9 12 16,00% 0,83%
PTB 5,76% 1 3 4 5,33% -0,43%
PP 4,86% 0 4 4 5,33% 0,47%

Tout en gardant une prime aux deux plus grand, les pourcentages de sièges reflètent bien les pourcentages de votes.

Tableaux de synthèse

Distribution des sièges selon les scénarios

AJD%: Pourcentage des partis en 2014

Pour les autres colonnes, le tableau comprend le nombre de sièges:

AJD: en 2014

CU: scénario de la circonscription unique

CP: scénario des circonscriptions provinciales

AppR: scénario de l’apparentement réalisé au niveau régional et non provincial

CCen+: scénario où on élit 13 députés sur une circonscription commune (donc, il y a 13 sièges en plus  et pas comparable directement avec AJD)

AJD% AJD CU CP AppR CCen+
PS 30,9% 30 27 28 26 35
MR 26,7% 25 23 24 22 29
ECOLO 8,6% 4 7 6 7 5
CDH 15,2% 13 13 12 12 15
PTB 5,8% 2 5 4 4 3
PP 4,9% 1 0 1 4 1
Total 92,0% 75 75 75 75 88

L’observation de ce tableau permet de constater que seul le scénario de l’apparentement régional serait bénéfique au PP. La raison est dûe au seuil électoral de 5%.

Les petits partis sont grandement gagnants du scénario de calcul de l’apparentement au niveau régional: le PP fait +3, le PTB + 2, Ecolo + 3; soit 8 sièges sur 75 qui sont redistribués des plus grands vers les plus petits.

Pour les trois scénarios à nombre constant de sièges, ils ont tous un effet positif sur la représentativité des sièges et ils ne diffèrent pas fortement l’un de l’autre. Ainsi, le PP mis à part, il n’y a de différence que de maximum 2 sièges (et encore: pour les plus grands partis) entre le scénario le plus favorable et le moins favorable.

Le CDH, comme parti moyen, ne craint que maximum une perte de siège.

Les autres observations seront faites sur base du tableau plus bas.

Comparaison du poids relatif des sièges selon les scénarios

AJD%: Pourcentage des partis en 2014

Pour les autres colonnes, le tableau comprend le pourcentage de sièges:

AJD: en 2014

CU: scénario de la circonscription unique

CP: scénario des circonscriptions provinciales

AppR: scénario de l’apparentement réalisé au niveau régional et non provincial

CCen+: scénario où on élit 13 députés sur une circonscription commune (donc, il y a 13 sièges en plus  et pas comparable directement avec AJD)

AJD% AJD CU CP AppR CCen+
PS 30,9% 40,00% 36,00% 37,33% 34,67% 39,77%
MR 26,7% 33,33% 30,67% 32,00% 29,33% 32,95%
ECOLO 8,6% 5,33% 9,33% 8,00% 9,33% 5,68%
CDH 15,2% 17,33% 17,33% 16,00% 16,00% 17,05%
PTB 5,8% 2,67% 6,67% 5,33% 5,33% 3,41%
PP 4,9% 1,33% 0,00% 1,33% 5,33% 1,14%
Total 92,0% 75 75 75 75 88

Le scénario de la circonscription commune (en plus des autres) est le moins utile pour rapprocher les scores de la proportionnelle. Mais, à part pour le PP, il a quand même un léger effet. Etant donné l’effet bénéfique sur la démocratie (des hommes politiques qui se présentent devant tous les électeurs), nous pensons que cette formule n’est pas à oublier mais devrait plutôt être couplée à un des trois autres scénarios.

Le scénario qui donne de loin les meilleurs résultats est celui du calcul de l’apparentement au niveau régional et non plus au niveau provincial.

C’est aussi celui qui change le moins les habitudes électorales puisque les circonscriptions ne changent pas de taille. Cela ne demanderait que de calculer l’apparentement sur une base plus large qu’actuelle (limitée aux provinces). Cela aurait également l’avantage de rendre possible l’élection de représentants de petits partis dans les petites circonscriptions.

Conclusion

Si Ecolo veut avoir une représentation qui soit plus en adéquation avec ses résultats électoraux, il doit pouvoir faire modifier le système électoral. Car les chiffres le prouvent de manière nette: les petits partis sont nettement désavantagés par le découpage de circonscriptions en vigueur actuellement.

Ces modifications sont donc nécessaires au nom de la démocratie pour que les petits partis soient plus justement représentés (et financés !).

Nous préconisons deux modifications qui peuvent se cumuler:

  • l’application du principe de l’apparentement non plus au niveau provincial mais bien au niveau régional. C’est en effet clairement le scénario qui améliore le plus la représentativité des listes tout en laissant une prime aux plus gros partis.
  • la création d’une circonscription commune supplémentaire. Elle a en fait peu d’effet sur la représentativité mais apporte avec elle des avancées démocratiques comme l’obligation de certains candidats d’aller chercher leurs voix sur toute la Wallonie.

Nous avons calculé l’effet qu’aurait ces deux mesures combinées, ce qui n’a pas été fait précédemment, et l’ajout d’une circonscription commune ne modifie que peu les rapports de force, parfois positivement, parfois négativement. C’est un argument supplémentaire pour ne pas avoir peur de la créer.

% Sièges BonusMalus Avec CC BonusMalus
PS 30,90% 26 3,77% 31 4,33%
MR 26,68% 22 2,65% 26 2,87%
ECOLO 8,62% 7 0,71% 8 0,47%
CDH 15,17% 12 0,83% 14 0,74%
PTB 5,76% 4 -0,43% 5 -0,08%
PP 4,86% 4 0,47% 4 -0,31%
75 88

Si vous avez des questions, des commentaires à faire ou des erreurs à signaler, n’hésitez pas par commentaire ou par mail.

Je suis à votre disposition si vous voulez éventuellement étudier encore l’un ou l’autre scénario (mes fichiers excel contiennent déjà la plupart des données, ça peut aller vite).

 

Résultats personnels à l’Europe des candidats Ecolo

Note: cet article, fait partie d’une série consacrée à la défaite d’Ecolo en 2014.

Introduction

Comme vu dans l’article plus général sur l’évolution des scores d’Ecolo depuis 1984, les trois derniers scrutins peuvent être une base intéressante de travail puisqu’on y retrouve le meilleur et le pire résultat d’Ecolo aux européennes depuis 30 ans. Nous ne retournerons donc pas plus loin que 2004, ce qui évitera d’alourdir les tableaux plus que nécessaire.

Tableau de synthèse 2004 à 2014

2004 2009 2014
Nbre candidats 15 14 14
Total votes 239687 562081 285263
Total VN 247166 563383 242903
Moyenne VN 16478 40242 17350
Meilleur VN 73597 150173 59674
Moins bon VN 4795 13047 7990
Rapport vn/total 1,03120319 1,00231639 0,85150545
Meilleure péné de liste 29,77% 26,66% 24,57%
Moins bonne péné (dl) 1,93% 2,32% 3,29%
Péné moyenne (dl) 6,66% 7,14% 7,14%
Cases de tête 161356 377008 216405
Rapport cdt/total 0,67319462 0,67073607 0,75861573

Bien que la liste ait eu un meilleur score en 2014 qu’en 2004 (+45 576), on peut constater que le cumul des votes portés sur des candidats est inférieur (-5847). Cela pourrait s’expliquer par la présence d’un candidat en moins, par des votes moins panachés ou un plus grand nombre de votes en tête de liste.

Nous avons donc fait un deuxième tableau où certaines données sont adaptées pour tenir compte du candidat en moins en imaginant que s’il y avait eu le même nombre de candidats, celui en plus aurait eu la même moyenne que les autres. Nous en avons profité pour calculer l’évolution du total des votes nominatifs comparativement à l’évolution des votes de case de tête.

Si 15 candidats 2009 2014
TotalVN 603630 260250
Progression VCDT depuis 2004 234% 134%
Progression VN depuis 2004 228% 5,30%
Rapport entre la progression du VN et du VCDT 97,58% 3,95%

Par ailleurs, pour estimer un autre élément d’appréciation de cette différence, nous avons fait un troisième tableau.

Pour combien de candidats, en moyenne, un électeur Ecolo a-t-il voté s’il n’a pas fait le choix de la case de tête ?

Pour le savoir, nous enlevons le nombre d’électeurs qui ont voté case de tête. Et nous divisons le nombre de votes nominaux au total par ce chiffre. Voici le tableau:

2004 2009 2014
Vote hors CDT 78331 185073 68858
Nombre de VN 247166 563383 242903
Moyenne de VN par candidat 3,16 3,04 3,53

Attention, ce tableau est imparfait puisqu’il est possible d’émettre un vote nominal en effectif et case de tête en suppléant et vice versa ou encore d’effectuer deux votes de case de tête. Les chiffres du SPF Intérieur ne permettent pas d’affiner l’analyse pour en tenir compte. Ainsi, la seule chose dont nous pouvons être sur, pour 2014, c’est que 35 000 personnes qui ont coché la case de tête en suppléance ont forcément fait un choix nominal en effectif. Mais c’est un minimum et le chiffre peut théoriquement être encore plus élevé.

Tendances observées

Il est intéressant de voir que certaines tendances, contrairement à ce que nous nous attendions, ne semblent pas corrélées au résultat électoral.

  • d’une élection sur l’autre, la meilleure pénétration est en baisse et la plus mauvaise en hausse. On passe d’une différence entre les deux de 27,84 points à 21,28 points. Les listes semblent donc plus homogènes.
  • la pénétration moyenne (par rapport au total des votes du parti) passe de 6,66% à 7,14% de 2004 à 2009. Ce chiffre reste constant en 2014.
  • le cumul des votes de case de tête (effectifs et suppléants) rapportés sur le nombre de vote de liste au total donne un résultat similaire en 2004 et 2009 (67%) mais remonte de huit points à 75% en 2014.
  • si on tente de neutraliser l’effet d’un candidat en moins, on constate que le vote nominal total et case de tête progresse dans les mêmes proportions entre 2004 et 2009 alors que c’est tout à fait l’inverse entre 2004 et 2014 (la progression est quasiment entièrement contenue dans le vote case de tête)
  • la part du vote nominal sur le vote total passe de 103-100% en 2004-2009 à 85%, soit une baisse conséquente. Chaque électeur Ecolo avait en moyenne voté pour au moins un candidat. Ils ne sont plus que 85 sur 100 à avoir voté pour au moins un candidat.
  • Si on regarde seulement les électeurs qui ont effectivement porté un choix nominal, le nombre de choix de candidats par électeur avait diminué en 2009 et il repart à la hausse d’un demi vote en plus en 2014
  • L’augmentation du nombre d’électeurs entre 2004 et 2014 passe quasi uniquement dans des votes de case de tête
  • Isabelle Durant réalise les deux meilleures pénétrations, Philippe Lamberts la troisième des trois dernières élections. Il devance Jean-Michel Javaux qui avait fait 20% en 2009. Globalement, la meilleure pénétration, comme dit plus haut, est en baisse d’une élection à l’autre, peu importe donc le résultat de la liste. On peut cependant constater que la pénétration de Philippe Lamberts, compte tenu de sa notoriété moindre n’est pas mauvaise à 2 et 5 points de celles d’Isabelle Durant en 2009 et 2004.
  • Ce n’est pas dans les tableaux, mais on constate clairement que la place sur la liste n’influe que peu sur les scores des candidats connus alors qu’elle semble avoir l’effet inverse sur les autres. En quelque sorte, aussi bizarre que cela puisse paraitre, il y a plus de sens à ce que les locomotives poussent les listes au lieu de les tirer

Hypothèses

Des informations ci-avant et de la lecture des tableaux, j’ai l’impression (vos commentaires bienvenus) que les électeurs ont voté pour moins de candidats à la fois sur la liste: le vote case de tête est en augmentation mais la pénétration moyenne est plus basse également, ce qui indique que chaque candidat a pu attirer plus d’électeurs mais des électeurs trouvant moins leur « choix » parmi les autres en surplus. Pourtant, le troisième tableau indique un nombre de choix par électeur en hausse.

C’est difficilement compréhensible sans disposer du détail des votes (impossible). Nous ne pouvons donc que faire des hypothèses. J’en fais deux qui pourraient paraitre contradictoires mais qui, je pense, peuvent se compléter:

  1. certains candidats ont pu attirer un public en dehors de notre électorat traditionnel et donc limiter la « contagion » sur les autres candidats. Ces votes là ont été des votes principalement pour leur seule personne et tirent donc à la hausse la pénétration moyenne (de 0,48 points ou 7% en plus; soit 1369 voix par candidat ou 19.169 si c’est un seul candidat qui a eu cet effet).
  2. la différence de pénétration moyenne entre la période « 2004-2009 » et 2014 est dans l’absence d’Isabelle Durant. En 2009, il y avait eu également Jean-Michel Javaux comme gros faiseur de voix. Mon hypothèse est donc que l’augmentation des votes en case de tête pourrait être due à la présence moindre de personne(s) à forte notoriété. Cela, signifierait alors que ces absences n’auraient pas été totalement négatives pour le parti puisqu’elles auraient pour partie transformé des votes nominatifs en vote de liste.

Nous allons, imparfaitement, tester la deuxième hypothèse. Si Isabelle Durant avait gardé le même taux de pénétration qu’en 2009 (hypothèse plutôt conservatrice puisque son taux avait diminué entre 2004 et 2009), elle aurait fait 76 051 voix. Soit environ 16 000 de plus que Philippe Lamberts.

Si le taux de case de tête était resté pareil, il y aurait eu 191 126 votes en case de tête, soit 25 279 votes en moins. On peut faire l’hypothèse que sur les 76 051 voix qu’aurait rapporté Isabelle Durant, 25 279 se sont reportés en case de tête et le reste est parti ou s’est reporté sur d’autres candidats.

Évidemment, avec les chiffres qu’on possède, il est très difficile de savoir si la non présence d’Isabelle ou d’autres ténors plus médiatisés a eu un effet négatif sur la liste. On peut toutefois estimer que tous leurs électeurs, même ceux qui ne se reconnaissaient pas dans les autres candidats, ne sont pas parti et qu’une partie au moins s’est reportée sur la case de tête. Ce qu’indique le calcul au paragraphe précédent et surtout le plus haut taux de votes en case de tête.

 Hit parade

2004 2009 2014
Nbre top50 6 12 7
Place moyenne 32,33 29,5 35,28
Péné moyenne 1,16 1,59 0,99

Le nombre de candidats dans le top 50 semble évoluer en fonction des résultats.

La place moyenne diminue en 2009 (plus de très bons candidats). Cela est probablement dûe à la présence de Jean-Michel Javaux qui faisait 114 000 voix cette année là. La place moyenne diminue en 2014 par rapport à 2004 de 3 places, ce qui pourrait être dû à la présence d’un candidat supplémentaire dans le top 50.

Par contre, la pénétration moyenne de nos « top » candidats est clairement en très forte hausse en 2009 malgré la présence de 12 candidats sur les 14. Cela est dû au fait qu’on parle ici de pénétration par rapport au collège électoral complet. Les pénétrations sont donc boostées par les très bons scores d’Ecolo. Par contre, les chiffres de 2014 sont en baisse non négligeable par rapport à 2004 malgré un score électoral supérieur. On peut y voir l’effet du plus grand vote en case de tête.

Conclusions

Ces conclusions n’en sont pas tant que ça, je veux éviter de faire dire aux chiffres ce qu’ils ne disent pas. Donc chacun se fera sa propre religion.

Faut-il s’inquiéter du plus grand vote en case de tête ? Non si on estime positif que l’électeur ait porté d’abord son choix sur notre projet. Oui, si on prend en compte le fait que l’électeur moyen préfère jeter son dévolu sur une personne plutôt qu’un parti et qu’il est possible que notre score ait pu être plus élevé avec l’une ou l’autre locomotive supplémentaire.

La non présence d’Isabelle Durant a-t-elle été dommageable ? Oui, si on estime qu’une partie de ses votes ne se sont peut-être plus porté sur le parti. Oui, toujours si on y ajoute le fait que sa présence à une autre place que la première aurait pu amener des votes supplémentaires à la liste en améliorant la notoriété du candidat de tête sans se priver de ses voix personnelles. Non, si on part du constat qu’une partie s’est probablement convertie en vote de case de tête. Les sondages de sortie des urnes des universités auront peut-être étudié ce phénomène pour pouvoir trancher entre l’un et l’autre.

La liste était-elle solide ? Non, si on part du constat du plus grand nombre de votes en case de tête. Oui, si on constate que la pénétration moyenne a augmenté, le nombre de choix par électeur également et que la pénétration la plus basse s’est améliorée.

Enfin, l’exercice a été volontairement limité aux trois dernières échéances mais il pourrait être intéressant de le prolonger sur de plus nombreuses années. Ce que l’auteur n’a pas le temps de faire pour le moment.

Evolution des résultats européens d’Ecolo depuis 1984

Note: cet article, fait partie d’une série consacrée à la défaite d’Ecolo en 2014.

Introduction

Les chiffres que nous avons été chercher remontent jusqu’à trente ans en arrière. Ce n’est pas rien et c’est intéressant car c’est aussi aller presqu’aussi loin que remonte la fondation du parti Ecolo. Nous voulons noter, concernant les chiffres de 1999 qu’ils sont différents sur le site du Cevipol et sur celui du SPF Intérieur (nous avons pris ces derniers).

Nous n’avons pas cherché à recalculer les pourcentages manquants (ceux qui concernent le collège francophone avant 1999) et tous les chiffres sont pris tels quels du SPF Intérieur ou du Cevipol.

Le tableur utilisé pour le tableau ou les graphiques est Gnumeric 1.12.15. Outil que nous découvrons et donc la présentation pourrait être mieux travaillée.

Tableaux et graphiques

Résultats en tableau

1984 1989 1994 1999 2004 2009 2014
Voix 220663 371053 296573 525316 239687 562081 285263
%age pays 3,86 6,29 4,97 8,44 3,69 8,55 4,26
%age FR 22,7 9,84 22,88 11,69
Sièges 1 2 1 3 1 2 1

Bien que le nombre total de députés européens belges ait régulièrement changé, ce qui rend l’analyse d’une élection sur l’autre hasardeuse, on peut constater que, depuis 1984, Ecolo s’est toujours assuré la présence d’au moins un député européen. Le maximum  étant de trois en 1999.

Les plus hauts résultats relatifs et absolus sont ceux de 2009 avec 8,55% (pour le pays).

En sept élections, les résultats de 2014 sont les 5ème meilleurs ou 3ème plus mauvais. Ce n’est pas le pire, ce n’est pas le plancher de 2004 mais c’est objectivement très mauvais.

Sous un autre angle encore, en 2014, nous sommes à 0,57 points du plus mauvais score et à 4,29 points du meilleur score. Ou en pourcentage, nous faisons 15% de plus que 2004 et 50% de moins qu’en 2009.

Enfin, intéressant, en seulement trois élections, les trois dernières, on passe du plancher au plafond en redescendant près du plancher.

%age pays
2004 3,69
1984 3,86
2014 4,26
1994 4,97
1989 6,29
1999 8,44
2009 8,55

Illustrons cela par un petit graphique:

evol votes europe

 Députés

1984 1989 1994 1999 2004 2009 2014
François Roelants du Vivier Brigitte Ernst Pierre Jonckheer Pierre Jonckheer Philippe Lamberts Philippe Lamberts
Paul Lannoye Paul Lannoye Paul Lannoye Isabelle Durant
Monica Frassoni

Le député avec la plus longue longévité, allant même au delà des règles d’Ecolo qui limite à deux présences consécutives dans une assemblée, fut Paul Lannoye de 1989 à 1999. Ensuite, on peut constater qu’Ecolo a toujours réussi à reconduire un député de la législature précédente excepté en 1989 mais suite, là, à un départ pour un autre parti del’ancien député Ecolo. Et en 2004, c’était du au fait qu’il n’y avait qu’un seul député et qu’il avait déjà fait ses deux mandats consécutifs.

Monica Frassoni, en 2004, a été reconduite par une élection en Italie.