La force des discrets, livre de Susan Cain

J’ai découvert Susan Cain par hasard sur le site de vidéos TED (cf. fin de l’article pour voir son intervention). Comme ce qu’elle disait était brillant et réfléchi, j’ai fait des recherches sur elle, j’ai vu qu’elle avait écrit un livre et je l’ai commandé. Ensuite, il a trainé sur ma bibliothèque pendant longtemps avant que je le lise et vous le partage.

Je ne vais pas vous en faire un résumé complet, tâche impossible. Mais je vais survoler quelques sujets et espérer vous donner l’envie de l’acheter ou l’emprunter.

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Le malentendu de la timidité, précisions sur l’introversion

Introversion et timidité sont souvent compris comme étant intimement liés. Pourtant, il existe des extravertis timides et des introvertis non timides. La timidité provient d’une peur. L’introverti fuit les situations de trop grande stimulation non par peur mais par déplaisir.

En chiffres …

Entre un tiers et la moitié des américains seraient introvertis ! Cela signifie que bien qu’on les pense, peu nombreux, ils sont en réalité une quantité non négligeable. Le souci est que nombre d’entre eux se camouflent en extravertis, ce qui n’est pas bon pour eux (pour leur santé) ni pour la société.

L’idéal extraverti

Quand on nait introverti, on se rend compte rapidement que la pression est mise pour nous faire accepter et désirer des traits de caractères qui ne sont pas les nôtres et qu’on peut rattacher à l’extraversion.

C’est vrai dans notre culture européenne, ça l’est encore plus dans celle de l’auteure (américaine).

Préférer lire un livre plutôt que de sortir en boite s’amuser ? Briller dans les études ? Ce ne sont pas ou plus des caractéristiques enviées mais plutôt des signes « d’anormalité » qu’il convient de brocarder. L’élève intello n’est pas un exemple à suivre mais plus souvent la tête de turc des autres élèves.

Et pourtant, en Asie, c’est tout le contraire. Preuve qu’il s’agit de quelque chose d’avant tout culturel. D’autant plus que, durant des siècles et des siècles, l’introverti, homme sage et mesuré a été mis en avant chez nous aussi. L’extraversion n’est la « nouvelle » tendance à suivre à l’école, dans les entreprises et même dans les familles que depuis le début du 20ème siècle.

Moi-même, j’ai été imprégné de tout ça, croyant qu’il me fallait devenir ce que je n’étais pas. Il est important de se rendre compte qu’être introverti n’est pas une tare et qu’il ne faut pas le cacher. Ce livre aide à cela et est assez salutaire.

Nous aurions tout à gagner à ce que les introvertis soient aussi les bienvenus pour ce qu’ils sont dans la société. Cela dit, remettre en cause un idéal ne veut pas dire qu’il faille jeter tout et partir dans le sens opposé. Au contraire, le livre nous montre bien que les deux caractères fonctionnent mieux quand ils sont associés et qu’ils s’enrichissent mutuellement.

Ethnie, genre sexuel et … caractère ?

Si l’on se préoccupe aujourd’hui énormément d’intégrer les cultures entre elles ou de donner aux femmes la place qu’elles méritent, on ne se préoccupe jamais des différences entre introvertis et extravertis. Pourtant, les uns et les autres ne réagissent pas du tout de la même manière à l’environnement dans lequel ils vivent ou travaillent.

Il serait salutaire que tous les chefs d’entreprise se mettent à avoir une politique RH qui en tienne compte, que les décideurs et professeurs dans l’enseignement fassent pareil et que les enfants puissent s’épanouir au sein d’un foyer où on ne les force pas à être ce qu’ils ne sont pas.

Dans mon domaine, qui est la GRH (Gestion des Ressources Humaines), justement, je me rends compte que l’enseignement reçu n’en a jamais parlé. Or, cela serait intéressant que les futures diplômés en ressources humaines puissent apprendre, même s’ils seront libres ou pas d’essayer de le mettre en œuvre, les connaissances suffisantes afin de permettre à tous les tempéraments de donner le meilleur en entreprise.

Il n’y a actuellement aucune conscience de la productivité ou, dit autrement, de l’intelligence collective qu’on perd en ne mettant pas les personnes dans les meilleures conditions pour travailler ou étudier. Ou au minimum, en y réfléchissant pas sérieusement.

Pourquoi un enfant devrait-il nécessairement être le plus populaire de sa classe alors qu’une amitié fidèle le rend déjà heureux ?

Pourquoi les écoliers doivent-ils nécessairement participer en classe quand cet exercice les rend mal à l’aise et leur fait perdre leurs moyens ? Pourquoi promouvoir les travaux en groupe trop larges ou les plans de classes trop ouverts ? On le fait parce que c’est la mode ou parce que l’égo du professeur (ou son propre caractère) veut qu’un élève doit lui montrer qu’il est écouté et compris. Mais cela peut l’être par d’autres moyens.

Enfin, j’ai déjà pu constater moi-même à quel point je pouvais perdre de mon efficacité dans un environnement de travail trop bruyant. Alors que d’autres déprimeront dans un espace de travail avec trop peu de stimulation. Laissons une flexibilité suffisante pour que les extravertis ne se retrouvent pas obligés de prendre du télétravail et les introvertis se retrouver dans un open space laissant trop peu d’intimités.

Tout cela mérite en tout cas qu’on s’en préoccupe plus et qu’on y donne plus ample attention.

Pourquoi est-on introverti ? l’hypothèse biologique

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Jérôme Kagan, décrit par Susan Cain comme « un des plus grands psychologues du développement du 20ème siècle », est à l’origine d’une hypothèse qui peut expliquer en partie pourquoi nous sommes l’un ou l’autre.

Lors d’une étude, il avait exposé des nourrissons à des « expériences de la nouveauté ». Il en ressortit que 20% étaient à réactivité haute, 40% à réactivité basse et le reste entre les deux.

De manière totalement contre intuitive, il paria que les bébés à réactivité haute deviendraient les futurs introvertis. A l’âge de 2, 7 et 11 ans, les enfants de l’expérience furent re-testés, examinés et on interrogea également leurs proches. Et l’hypothèse de Kagan fut confirmée.

Parce qu’il chercha également la raison qui amenaient à ce résultat, Kagan se rendit compte que celle-ci se situait au niveau de l’amygdale (cerveau primitif qui gère les émotions) et du système nerveux central. Les bébés à haute réactivité avaient une amygdale très réactive à la nouveauté et les autres non.

En quelques sortes l’introversion peut venir du grand déplaisir ressenti lors d’une sur-stimulation. Puisqu’ils sont plus sensibles, ils ressentent beaucoup plus de choses, ce qui peut les submerger. Or, justement, certaines situations, quand on est introverti, nous fatiguent énormément où nous donnent mal de tête, précisément comme si notre cerveau avait été mis à rude épreuve.

Les introvertis ont tendance à voir plus les détails, faire des choix plus réfléchis et à s’impliquer plus en profondeur parce qu’ils sont plus alertes face à la nouveauté et que leur système nerveux central les rend plus sensibles à leur environnement. Cela les rend moins sociaux mais leur donne aussi d’autres avantages importants.

Cette hypothèse biologique n’est pas satisfaisante dans tous les cas (vraisemblablement 40 à 50%), mais elle en explique beaucoup. Par ailleurs, les études de Schwartz indiquent que nous pouvons, dans certains cas, modeler notre caractère, même y s’il est mis des limites importantes. Nous avons donc un libre arbitre, certes, même s’il connait des limites.

Plus de détails dans le livre.

Complémentarité entre extravertis et introvertis

Ces caractéristiques de personnalité sont observées également chez les animaux et semblent tout à fait complémentaires depuis la nuit des temps.

Je laisse quelques extraits du livre pour l’illustrer :

« Wilson, comme Aron, considèrent que, si les deux profils d’animaux coexistent, c’est parce qu’ils ont des stratégies de survie radicalement différentes qui payent dans des circonstances et à des époques bien spécifiques. C’est ce que l’on appelle la théorie de l’évolution par le compromis (ou « trade-off ») dans laquelle une caractéristique particulière n’est ni bonne ni mauvaise mais un mélange d’avantages et d’inconvénients dont la valeur en termes de survie varie selon les circonstances.

Les animaux « timides » partent moins souvent et moins loin en quête de nourriture, économisent leur énergie et restent en périphérie des zones de chasse ce qui leur permet d’échapper aux prédateurs. Les animaux plus intrépides sortent sans prendre de précaution et se font régulièrement avaler par les espèces qui se situent plus haut dans la chaine alimentaire. Mais quand la nourriture se fait rare et qu’il faut prendre plus de risques, ce sont eux qui survivent. » (p. 192-193).

« Certains chercheurs émettent même l’hypothèse selon laquelle le fondement de caractéristiques telle que la sensibilité serait une compassion exacerbée à l’égard des autres membres de l’espèce, et particulièrement de sa propre famille.

Mais nul besoin d’aller si loin. Comme l’explique Aron, il parait cohérent qu’un groupe puisse dépendre des membres sensibles pour survivre. « Prenez un troupeau d’antilopes dont quelques membres s’arrêtent constamment de brouter pour guetter les prédateurs. Les troupeaux dotés d’éléments aussi sensibles et alertes ont un meilleur taux de survie et continuent à se reproduire, maintenant ainsi la proportion d’individus sensibles au sein du groupe ».

Et pourquoi en serait-il autrement pour l’homme ? Notre espèce a besoin de ses Eleanor Rooselvelt aussi surement que les troupeaux d’antilopes dépendent de leurs éléments les plus sensibles. » (p. 194-195).

Crise de 2008, monde de la finance

Un peu comme illustration de ce qu’on pourrait gagner ou éviter dans un monde plus équilibré, il y a le krach de 2008.

Les introvertis voient beaucoup mieux les risques arriver alors que les extravertis les sous-estiment systématiquement. Des voix s’étaient exprimées pour dénoncer ce qui allait arriver mais n’ont pas été écoutées. Un chapitre très intéressant y est consacré.

Mon avis sur le livre

J’ai été passionné par sa lecture. Son écriture est la suite d’un long travail de recherche, de grande qualité, et le sujet lui-même est extrêmement intéressant.

Il concerne évidemment en tout premier lieu les introvertis mais également tous ceux qui sont en contact avec eux, qu’ils soient leurs parents, amis, amants, professeurs, patrons … Tout le monde peut sortir grandi de sa lecture.

Le contenu est très dense mais ça se lit en toute légèreté sans aucun mal de tête. C’est juste très difficile à résumer.

C’est donc un livre que je recommande sans aucune réserve. Ici, je ne l’ai survolé que très très rapidement, sa lecture vous donnera beaucoup de plaisir si vous aimez mieux vous comprendre ou mieux comprendre les autres.

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Pour aller plus loin

Sa vidéo lors d’un évènement TED :

Le livre est disponible aux éditions JC Lattès, collection livre de poche (mon édition est celle de 2013).

Psychologie de la vie amoureuse de Sigmund Freud

La traduction que nous utilisons est celle parue à la « Petite bibliothèque Payot » en 2010.

9782228905527

A propos

C’est un petit livre composé de trois petits essais distincts mais qui se complètent l’un l’autre. Il est préférable d’avoir des bases en psychologie mais ça reste très accessible (pas besoin d’un master). Si on enlève la préface, il y a environ 80 pages, ce qui n’est pas énorme.

On ne va pas le réécrire ou le résumer ici mais seulement aborder quelques éléments en espérant vous donner envie d’en lire plus (si le sujet vous intéresse).

Gardons également à l’esprit que ce livre a été écrit au début du 20° siècle dans un contexte culturel bien précis et par certains côtés différent du nôtre.

Tendresse >< sensualité

Freud évoque deux courants sexuels distincts qui sont attirés par des « objets » (en psychanalyse, ce n’est pas un mot péjoratif) opposés.

Le courant tendre est le courant primitif. Celui qui nous vient de l’enfance et évoque l’attachement à la mère ou au père. C’est une sexualité forcément immature et bloquée par le tabou de l’inceste. A noter que le mot sexualité n’évoque évidemment pas la même chose à l’enfance et à l’âge adulte.

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Le courant sensuel est la sexualité génitale et adulte. Il se crée en empruntant les passages creusés par le courant tendre mais doit se détacher de l’objet premier pour se réaliser.

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Le livre parle du conflit entre ses deux courants comme étant à la base de nombreux problèmes sexuels (frigidité, érection notamment). Si certains hommes arriveront à combiner amour (plus proche du courant tendre) et sexualité (courant sensuel) avec une même personne, d’autres devront nécessairement avoir une femme sublimée et une maitresse rabaissée pour s’en sortir sur les deux plans.

Ainsi, en parlant d’un certain type d’hommes, Freud a cette superbe bien que dramatique phrase pour résumer les conséquences des conflits qui peuvent exister entre courant tendre et sensuel :

« Lorsqu’ils aiment, ils ne désirent pas. Et lorsqu’ils désirent, ils ne peuvent pas aimer ».

De ces hommes qui veulent sauver des prostituées

Freud consacre une partie du livre à ces hommes qui ne sont attirés que par des femmes déjà prises, ayant mauvaise réputation, pour lesquelles ils sont obsédés et qu’ils veulent sauver (avec l’impression qu’elles ne sont rien sans lui). Avec aussi la condition de vivre en série ce genre de relations et qu’ils ne vivent jamais aussi bien la passion qu’avec la jalousie qu’elles engendrent (excepté pour le mari officiel).

Pour lui, ils ne font rien d’autre que de tenter de rendre le cadeau de leur naissance à leur mère (ici de substitution) en lui faisant un enfant. Le trio reconstitué est celui de son enfance avec son père. Raison pour laquelle, ce « tiers lésé » (comme l’appelle Freud) ne reçoit pas l’animosité de l’amant. Cette femme jugée « unique », « irremplaçable » n’est qu’une mère de substitution.

Si le caractère de prostituée peut surprendre, il faut se rappeler que des notions opposées dans l’inconscient peuvent représenter une réalité similaire comme les deux faces d’une même pièce. Il l’explique également par d’autres motifs liés notamment à la découverte de la sexualité chez la mère.

Courant sensuel et désir

Pour faire simple, Freud remarque que certains hommes ont le désir plus poussé vers les femmes de petite vertu. Chez d’autres femmes, le désir se porte plutôt vers l’interdit. La culture commandant aux femmes de faire l’amour le plus tard possible et de se réserver (sous peine de passer pour une femme de … petite vertu), elles ressentiraient plus de plaisir en transgressant l’interdit et en se comportant comme on leur interdit de le faire (notamment, relations extra conjugales).

Le tabou de la virginité

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Si à notre époque être le premier amant de sa femme peut être considéré comme une bonne chose car on estime que cette expérience rendra la femme plus fidèle ou attachée, cela n’a pas toujours été le cas.

Freud en étudie les raisons. Et revient sur le « présent » de son époque où il remarque que les premiers mariages sont rarement aussi heureux que les suivants. Autrement dit, ce tabou passé de la virginité pouvait probablement se justifier.

Cela dit, à notre époque, bien rares sont les couples où la femme a connu avec son mari sa première relation sexuelle. Ce qui ne rend pas moins intéressante l’étude en question.

Donc, si on regarde les civilisations primitives, la femme n’était que rarement déflorée par son premier mari et le plus souvent, elle ne l’était pas au cours d’un rapport sexuel amoureux mais au court d’un rituel religieux ou autre.

En s’interrogeant sur les raisons, il évoque la possibilité de la peur du sang (souvent considéré comme impur) mais aboutit sur la conclusion que ce premier rapport féminin crée dans les faits une animosité et un désir de castration chez la femme qui rendra les relations ultérieures avec cette homme moins parfaites qu’espérées. Et que les hommes en avaient conscience.

Conclusion

Ce n’est évidemment pas un résumé scientifique et il trahit certainement son auteur. On ne passe pas de cent pages à quelques lignes sans le faire.

Mais, si le sujet vous intéresse vraiment, alors je vous conseille d’approfondir avec le livre. Bien que je garde un regard critique (et Freud utilise beaucoup de précautions dans ses textes) et qu’on peut le trouver simpliste (comme souvent avec la psychologie freudienne où le complexe d’œdipe reçoit un rôle important pour le développement de la sexualité ultérieure), c’est une oeuvre que j’apprécie et qui a l’avantage d’être courte et digeste.

Commentaire

Dans le passé, ou même encore aujourd’hui, la religion catholique a défendu le sexe comme ayant pour but unique la procréation et non pas le plaisir. C’est intéressant de noter que dans le même temps, c’est aussi une religion qui est contre le sexe avant le mariage et qui est contre le divorce (c’est cohérent).

En quelque sorte, on peut lier les deux car si on suit Freud, ces recommandations diminuent les chances d’avoir des relations sexuelles épanouies (plaisantes). Cela rendra les coïts moins nombreux en dehors des périodes de procréation. Mais, paradoxalement, cela augmente aussi fortement les « risques » de relations extra conjugales que la religion proscrit sans doute avec encore plus de force.

Aujourd’hui, évidemment, il est devenu très rare d’avoir des couples où l’un et l’autre n’ont connu qu’un seul partenaire durant leur vie. Le problème de la virginité en est donc moins un mais, socialement, notre culture chrétienne continue à valoriser son « importance » et celle de la réserver pour un grand moment et un homme qui en vaille la peine.

La lecture du livre de Freud nous conduirait plutôt à aller dans le sens contraire et à revenir à l’idée des pratiques ancestrales. Les femmes ne devraient pas se garder vierge pour LE « prince charmant ». La première fois est presque toujours une expérience décevante et douloureuse, il n’est sans doute pas un problème de le faire avec quelqu’un avec qui on ne désire pas vivre une grande relation.

Enfin, le livre m’a éveillé sur le caractère si particulier du trio amoureux qu’on peut souvent voir en littérature et qui, finalement, ne pourrait être que la répétition d’un schéma enfantin.

Les fantômes de la vie (histoires racontées)

On m’a déjà dit que j’avais une bonne oreille et que c’était agréable de se confier à moi. Je pense que ça dépend en partie du contexte, je ne suis pas toujours dans les conditions ou dans l’envie de le faire. Mais c’est vrai que cela arrive de temps en temps que des amis ou des inconnus me racontent une partie de leur vie. Je trouve ça  gratifiant et, en même temps, il faut savoir aussi porter cela.

Je vais vous raconter deux histoires qui m’ont fortement marqué. Je le fais avec mes souvenirs, des années après. La mémoire est toujours trompeuse donc il est possible qu’il y ait des inexactitudes mais le fond est là.

La chambre vide

Cette histoire-ci m’a été dites dans un contexte professionnel.

Le raconteur devait avoir dans la quarantaine quand il me l’a raconté. Et les faits s’étaient passés une vingtaine d’années auparavant.

A cette époque, il était jeune et s’il aimait bien, comme tout jeune, faire des expériences ou des petites conneries, ce n’était pas pour autant un délinquant. Casier judiciaire vierge.

Ce jour là, avec un ami, ils avaient réussi à se procurer un flingue et faisaient les fous avec. Un flingue avec des munitions dans un chargeur. Faut avouer, on a tous rêvé d’en tenir un jour un dans sa main (beaucoup d’hommes en tout cas). C’était le soir, il a tiré un coup en l’air.

La balle, heureusement, n’est retombée sur personne.

Puis, il a retiré le chargeur. Comme il l’avait sans doute vu à la télévision, d’un coup. Il n’y avait pas beaucoup de monde dans la rue, elle était quasiment déserte.

Il a alors pointé l’arme dans la direction de son ami, la sachant non chargée. Il a appuyé sur la détente. Et son ami est tombé, mortellement touché.

Une arme automatique prépare toujours la balle suivante dans la chambre. Quand on veut désarmer un automatique, il faut non seulement retirer le chargeur mais aussi retirer la balle qui se trouve potentiellement dans la chambre. Il ne le savait. Maintenant, il le sait, pour le reste de sa vie.

Ce jour là, il a perdu un ami, il a tué un homme et il a compris comment désarmer réellement un flingue et pourquoi il ne faut jamais pointer d’armes en direction de quelqu’un. Il a aussi perdu toute chance de trouver un emploi. Sur son extrait de casier judiciaire, il est écrit « homicide » et ça ne s’efface pas.

Il en payera les conséquences jusqu’à la fin de ses jours.

Ne jouez pas avec des armes à feu. N’en pointez pas une en direction de quiconque. Si vous compter en utiliser une, apprenez au moins à vous en servir correctement. Et retirez toujours la balle qui est dans la chambre, en plus du chargeur, si vous espérez en désarmer une.

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La chambre pleine

Il est tard, très tard. Je suis dans le train pour Namur en provenance de Bruxelles. Approximativement 19-20h. Le train n’est plus très loin de Namur. Dans mes souvenirs, je me dirigeais vers la sortie, mais peut-être qu’il m’avait tout simplement interpellé avant.

Il ? Un homme âgé. Et passablement éméché. L’alcool est un vilain démon qui, lui, le rendait triste. Il semblait porter un immense poids sur les épaules, et je me rendis compte après que c’était réellement le cas.

Dix ou quinze auparavant, la chute du mur de Berlin, le démembrement de l’URSS. Ce ne fut pas seulement une opportunité pour les pays qui se libéraient de l’impérialisme soviétique, ce fut aussi un acte qui eut des conséquences parfois terribles pour une partie des populations.

Les russes ont eu une politique réellement colonialiste. Ce qui implique notamment de « peupler » les pays conquis. Cela a des conséquences encore aujourd’hui en servant de prétexte à Poutine pour envahir une partie de la Géorgie ou de l’Ukraine pour les cas les plus connus. Cela en eut à l’époque pour des minorités pas forcément appréciées qui se retrouvaient complètement lâchées par leur mère patrie.

Dans le pays, j’imagine d’asie centrale, où se rendit notre homme, la mafia lui proposait contre argent, de coucher avec trois filles trois soirs d’affilée, une par soir, et de pouvoir en choisir une comme femme.

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Elles étaient consentantes. Heureusement ? Oui et non. Ca ajoute encore plus au drame. Ces filles là ne demandaient qu’à partir pour quitter la situation dans laquelle elles étaient. Une situation terrible. En choisir une, c’était en abandonner deux. Deux femmes qu’il avait également connu intimement et qui avait tout fait pour être choisies. Qu’il avait utilisé pour son plaisir pour au final ne pas pouvoir les sauver.

Parmi ces trois femmes, deux auraient l’espoir d’une vie meilleure, donneraient toute leur énergie pour cela et verraient leurs espoirs déçus.

Ce choix là parait anodin. Mais il l’avait complètement détruit. En réalité, il ne pouvait qu’en sortir détruit, mais c’était trop tard maintenant. Et il ne s’en sortait plus. Il me l’avait raconté comme tentative de libérer son fardeau.

J’espère avoir pu aider sa détresse. Peut-être étais-je le premier, le seul à qui il a raconté cela.  Peut-être l’avait-il fait des dizaines de fois sans succès. Mais il était là, malheureux et, ce soir là, je l’ai un peu aidé à porter sa croix.

Ca m’a fait plaisir de lui être utile pour quelques minutes (ensuite mon train est arrivé en gare), mais je n’ai pas oublié. Et peut-être qu’en racontant cette histoire, je lui rends un peu hommage, je l’aide à porter ce poids avec plus de monde.

C’est aussi un avertissement. Ne soyez pas tétanisé par les choix que vous devez faire. Mais n’oubliez jamais d’en mesurer les conséquences et de vous placer dans la situation pour évaluer les conséquences possibles.

Ce voyage ne pouvait pas se terminer bien. Quelle que soit la fille qu’il ait pu choisir, il ne pouvait que se sentir coupable des deux autres abandons qu’il allait faire en même temps. Sur le moment, il en a surement bien profité, il n’a pas vu la malice. Mais par la suite, peut-être des années, cela a détruit sa vie. Probablement, qu’il n’a même pas pu combler la femme qu’il a prise avec lui. Tout ça pour ça …

Déjà, au départ, il faut être dans une certaine misère affective (que je ne juge pas) pour entreprendre un tel voyage. Mais lui, en plus, parce que ce n’est sans doute pas non plus le cas de tout le monde, n’avait clairement pas les épaules pour en assumer les conséquences.

Le mot de la fin

J’espère que ces deux histoires vous auront intéressé, fait réfléchir. N’hésitez pas à les partager, en hommage, au moins, à ces deux hommes qui ont fait du mal, tous les deux sans l’intention de le faire, et qui en payent un prix très lourd: celui des remords et des regrets.

Le cas « Paul I » ou quand le contrôle excessif de nos émotions nous conduit à la maladie

Evidemment, ce n’est pas son nom. La personne mérite l’anonymat. Que le cas m’ait été rapporté ou soit issu d’une observation directe n’a pas d’importance non plus. Si je vais vous parler de Paul I, c’est parce que son cas est très intéressant pour illustrer les dégâts du self contrôle permanent. Dans son cas, ce contrôle est totalement caricatural, mais cela peut aussi donner des enseignements aux personnes qui sont moins dans la maitrise d’eux même mais quand même suffisamment pour risquer la somatisation.

Personnalité et contexte

Paul I a rompu tout lien avec sa famille sous les conseils de son épouse. Il ne les voit plus et ne s’en porte pas plus mal car les choses n’ont pas toujours été évidentes pour lui.

Il a eu difficile à construire sa personnalité dans un environnement qui l’a finalement maintenu, encore aujourd’hui, dans une très forte immaturité affective et sentimentale.

Mais, cette situation ne l’a pas nécessairement aidé car elle a seulement changé son « référent toxique ». De parent à épouse. Il a été, est et reste extrêmement soumis.

Et sa femme ne l’a pas aidé à se créer des amitiés et des moments en dehors du couple. Ou alors des passions solitaires: les voitures. Chaque ami potentiel doit passer le filtre de la soumission à sa dulcinée. Et lui même est tellement immature qu’il en vient à bruler les étapes. Et comme quand on brule les étapes dans une relation amoureuse, on finit par se retrouver seul et/ou déçu, et bien ici en amitié, c’est un peu la même chose.

Nous ne nous pencherons pas sur la personnalité de son épouse qui vit dans un type de relations que je qualifierais de « parent -enfant » où elle est le parent indiscuté et l’autre l’enfant soumis. Ce qui ne veut pas dire qu’elle ne peut pas donner de la nourriture affective, bien au contraire, mais elle ne permet pas l’autonomie et l’épanouissement de ses compagnons de route (le veulent-ils vraiment ? on peut se dire que chacun se choisit en « connaissance inconsciente de cause »).

Cette situation se marque jusque dans le choix des animaux de compagnie. Le chat autonome et indépendant, rattaché à l’homme (qui désire probablement les attributs du chat) est dévalorisé. Le chien soumis, obéissant et rattaché à la femme est traité comme un prince et considéré comme un enfant, ce qui pourra presque paraitre ridicule à quelqu’un qui n’y est pas habitué. Cela va jusqu’à la place du chien sur le lit conjugal et à celle du chat dehors.

Son immaturité et les volontés de sa tendre moitié, qui ne désire pas partager son influence sur son époux, lui ont amené à avoir des attentes beaucoup trop fortes vis à vis de ses connaissances et amis. Si bien qu’il a finit par se retrouver de plus en plus seul, même professionnellement.

Notamment suite à un accident où il fut étonné de ne pas recevoir assez de nouvelles mais où cet étonnement fut également utilisé par la personne qui partage sa vie non pas pour relativiser mais bien pour enfoncer son désarroi.

Notons que les réseaux sociaux sont plus ou moins interdits dans la maison et que Paul I n’y est en tout cas pas inscrit. Alors que cela pourrait servir son besoin de socialisation mais que, justement, cela occasionnerait une autonomie plus grande.

Dans la vie de tous les jours, il y a évidemment des sujets de dispute et il est encouragé à se faire entendre, mais toujours pour perdre au final ou seulement sur des sujets mineurs. Il doit perdre, mais pas sans se battre, car à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire.

Voilà, pour le contexte en très bref.

De la théorie des pulsions

Concernant la compréhension un peu plus longue de ce qu’est une pulsion, je vous amène sur ce lien.

Ce que je vais, moi, vous en dire est que nous, humains, avons des désirs. Et ces désirs amènent des pulsions. Si je dois manger, j’aurai une pulsion qui va se créer en moi pour que je mange. Et quand j’aurai mangé, cette pulsion va disparaitre car elle aura été satisfaite. Si je vois un joli postérieur féminin dans une robe moulante et transparente, j’aurai sans doute une pulsion sexuelle et envie de lui faire l’amour. Et cette pulsion pourra éventuellement disparaitre grâce à la masturbation plus tard dans la journée.

Mais une pulsion peut aussi rester en nous quand on arrive pas à la satisfaire, même de manière détournée comme avec l’art par exemple. Et c’est là que commence le drame car ces pulsions occupent une partie de notre cerveau. Elles VEULENT être réalisées jusqu’à ce qu’on s’en soit débarrassées. Elles représentent de l’énergie en nous qui a besoin de se dépenser. Et elles trouveront toujours un chemin, tôt ou tard. Ne pas réaliser ses pulsions peut conduire à des maladies psychosomatiques graves, voir à la folie.

Paul I et la politesse

Or, notre ami, lui, les accumule à longueur de temps, les pulsions non réalisées. Pire que ça, en plus d’être soumis, il s’est aussi créé un système de valeur très contraignant, ce qui est d’ailleurs lié à son immaturité affective et ses exigences irréalistes en matière amicale. Donc, il va se contrôler énormément, mais peut-être sans même en avoir conscience. Je veux dire par là que les pulsions ne sont même pas toujours évacuées consciemment, parfois, elles passent dans la prison de l’inconscient directement sans passer par la case « je pense ».

Ainsi, la « normalité imposée » pour sa vie de couple ne l’autorise pas à se plaindre et à s’affirmer car il pense devoir agir comme ça. Il est probable également qu’il y a en lui une grande peur de se retrouver seul. Car s’il se dévalorise, il a donc également la crainte d’être un jour abandonné. Et d’un autre côté, la relations qu’il entretient lui donne l’impression d’une grande dépendance, ce qui est voulu par la personne qui partage sa vie (même inconsciemment). Se rebeller est non seulement interdit mais en plus représente un risque qu’il ne veut pas courir (car en plus viennent se greffer des sentiments amoureux) malgré sa vie de zombie et le manque de bonheur dù à sa solitude affective trop importante (qui en plus fait de lui une proie pour tout ce qui est manipulateurs ou manipulatrices).

Dans ma famille, enfants, on pouvait se traiter entre nous de « connards », « enc*lés », « vas te faire foutre ». Anormal ? Au contraire, souhaitable. Il est important de pouvoir exprimer ses frustrations. Et finalement, tout ce qu’on pouvait se reprocher, on se le disait, même parfois violemment mais on cohabitait finalement mieux que dans ses familles ou le non dit est trop présent. Non dit qui fait finalement en sorte qu’un jour plus personne ne se voit et les rancœurs persistent sans toujours s’exprimer jusqu’à la goutte d’eau qui crée la rupture abrupte avec certains d’entre eux.

Or, lui, Paul I, même en face de quelqu’un qui commettrait quelque chose d’extrêmement désagréable comme pêter dans son espace vital n’arrive pas à exprimer, même sur le ton de l’humour, une quelconque désapprobation: « putain, connard, t’as vraiment aucun respect ». Non, il ne le dira pas, il le gardera en lui. C’est donc même pire que la politesse car cette dernière aurait bien sur autorisé une réaction avec des mots choisis. Mais il ne dira rien.

Mais un jour les problèmes de santé

Après tant d’années à accumuler les pulsions en lui, il devait arriver ce qui devait arriver. Paul I perd le contrôle de son corps.

Médecins, neurologues, il enchaine les spécialistes. Mais aucun ne détecte ou n’arrive à rattacher son mal à quelque chose de connu. On lui donne bien des trucs mais l’efficacité de ceux-ci est proche de zéro. A chaque fois, c’est un coup très dur pour lui : son corps et son cerveau en prenne un solide coup. Mais si les médecins ne voient rien, il y a une raison simple à celà. Ce qui lui arrive est psychosomatique.

Ce sont ses pulsions qui cherchent à se libérer et quand elles atteignent un poids trop important ou que le contrôle sur le corps diminue (parfois à cause d’un mieux être !), ce sont des crises impressionnantes où le cerveau déconnecte et tous les muscles se contractent. L’énergie est dépensée partout où elle peut l’être. Et la mémoire viendra effacer ce traumatisme (comme par hasard). Paul I a d’ailleurs de fréquents problèmes de mémoire, ce qui n’est pas une somatisation anodine.

Cela pourrait presque ressembler à une vengeance du corps sur l’esprit qui le contrôle.

Dans son cas, donc, guérir demanderait de faire un travail sur lui-même pour acquérir la maturité qui lui manque, pour grandir, pour oser exprimer ses pulsions. Cela pourrait passer par des jeux vidéos violents notamment. Mais il est plus que probable que cela passerait également par l’évolution de la relation avec sa partenaire. Ou la compréhension par la partenaire du rôle négatif qu’elle joue.

En fait, cela créerait une révolution. Et c’est là toute la difficulté. Ils se sont connus parents-enfants. Si l’un évolue et pas l’autre, une incompatibilité pourra se créer. Par ailleurs, pour évoluer, il a aussi besoin qu’on lui lâche la bride ou qu’il voie d’autres personnes. Ou qu’il fréquente des lieux de débauche pour pouvoir se défouler pleinement en dehors du regard désapprobateur de sa femme. En bref, les changements sont trop importants pour la survie du couple. Sans vouloir dire que le couple ne peut que disparaitre, c’est un risque sérieux.

Et à son âge, vu les difficultés et les apprentissages qu’il devra faire pour réapprendre la vie en société, il n’est certainement pas prêt à prendre ce risque.

Nous avons donc un cas presque désolant où le mal est connu, le remède est difficile, très difficile à mettre en œuvre (on ne déconditionne pas comme ça quelqu’un si facilement) et le remède demande  également la guérison du partenaire (ce qui ajoute une très grande difficulté) de ses propres problèmes. Je dis désolant car les chances de guérison sont proches de zéro. Paul I finira donc probablement sa vie dans cet état de santé qui ne progressera pas. Sauf hasard de la vie.

Pour le praticien, l’ami, le sauveur, il peut être utile de tenter quelque chose mais encore faudrait-il que les deux ou au moins un des deux le veuille vraiment.

Car jusqu’à présent, ils avaient l’air d’y trouver leur compte. Sauf que cet équilibre a et avait un prix et qu’ils devront le payer. Mais le plus grand frein au changement sera encore le pire: nous ignorons tout de nous. Et nous ne voulons tout simplement souvent ne pas savoir, sauf pour certains esprits rares qui allient connaissances psychologiques et regard sur soit suffisamment avisé, peu nombreux sont les personnes capables de se remettre en question. Et tous les professionnels n’ont pas toujours les armes pour détecter. A fortiori si ce sont des médecins qui ne voient que par les maux physiques en oubliant que notre cerveau fait pour beaucoup dans notre santé.

Ce qu’on peut lire

Pour bien appuyer mon propos, pour lequel je n’ai pu donner trop de détails pour préserver un minimum l’anonymat, on peut se pencher sur diverses lectures que j’ai pu trouver sur le net et qui, globalement, sont intéressantes dans le présent cadre:

  • Cessez d’être gentil, soyez vrai. Je crois que tout ce que je raconte ici est très bien résumé dans ce titre. Mais le cas Paul I réfère aussi à un problème relationnel où une autre personne trouve un intérêt à se retrouver avec un « gentil ». Il n’est donc pas toujours vrai qu’en étant « gentil » on sera toujours rejeté. Mais, en réalité, le rejet est plutôt une bonne chose car elle nous incite à nous remettre en question alors que la relation durable qui se construit sans avoir guéri pourra elle être extrêmement toxique. On l’a vu plus tôt.
  • Une petite discussion sur le syndrôme du chic type. Discussion intéressante et qui représente bien le cas de Paul I vis à vis des femmes ou des hommes. Malheureusement pour lui, il a connu peu d’échec et est rapidement tombé sur la femme qui a entretenu sa soumission et sa solitude, même involontairement. Il a donc pu considérer, plus que d’autres chics types, que non seulement son comportement était normal et souhaitable mais en plus croire qu’il ne lui amenait pas de frustrations.
  • Une question posée par une femme qui se rend compte qu’elle préférait finalement son ex violent à son mec trop gentil. On peut toutefois espérer qu’elle finira par trouver le « juste milieu ».
  • Trop gentil pour être heureux. Le titre est explicite.
  • Un article de Dejours où on parle notamment de l’épilepsie et du lien qu’elle peut avoir avec le psyché (p. 21): « La crise épileptique est une réaction aigue, somatisation brutale qui s’achève dans la décharge motrice et l’effacement de la trace mnésique ; elle est une déconstruction et une désintrication ainsi que le dit Freud.
    Il semble bien que la crise soit déclenchée par la rencontre inopinée avec une réalité perceptive qui ne peut être prise en charge par le préconscient. Cela suppose que la perception en question ne peut être relayée et qu’elle heurte directement la zone sensible de l’inconscient non refoulé et non représenté. Cette zone recouverte jusque là par un déni de perception se trouve en quelque sorte activée directement par la rencontre avec la réalité qui a fit effraction à travers la barrière de déni. Cette situation n’est pas propre à l’épilepsie. Elle préside à toutes les crises somatiques. Ce qui est propre à l’épilepsie, c’est l’effacement qu’elle opère de la trace mnésique de la perception d’une part, et la décharge de l’excitation somatique dans la musculature striée et non dans les viscères.
    La crise épileptique signe un couplage entre perception et motricité qui protège d’autant le corps viscéral. »
  • Un article sur le processus de refoulement dont on parle plus haut et où l’énergie nécessaire à ce refoulement est mise en avant, notamment quand il y a trop à maintenir refoulé. Une phrase intéressante: « Il arrive aussi que par le biais de la somatisation, le corps souffre pour éviter la souffrance psychique due au retour du refoulé trop systématique ou à une réactualisation brutale d’un problème ancien qui empêche un nouveau refoulement. » Dans notre cas, le refoulement est quasi constant et la somatisation est à la mesure de celà par des crises épileptiques très brutales.