Bye Bye de La Grande Sophie

Une chanson dans le même thème que « Décevoir » de Lynda Lemay. Elle ne dit toutefois pas exactement la même chose et surtout, l’angle est différent (on quitte la relation entre mère et enfant ou entre amies pour s’occuper de la relation de couple). L’analyse et le commentaire restent donc intéressants.

Clip, paroles

Attention. La Grande Sophie a deux chansons aux titres similaires. Ici, c’est la chanson « Bye Bye » mais il y aussi « Bye Bye Etc » et parfois « Bye Bye Etc » est présentée sur Youtube avec juste « Bye Bye » (arrgh).

Mais, heureusement, je vous donne les liens directs vers le clip et les paroles (oui, je suis trop gentil 😉 ).

Le clip:

Les paroles: http://www.paroles-musique.com/paroles-La_Grande_Sophie-Bye_Bye-lyrics,p60936

Décevoir

Le mécanisme de déception est ici très bien expliqué. Il s’agit d’une volonté presque clairement affichée. Car si, chez Lynda Lemay, la déception paraissait assumée mais pas forcément voulue. Bien sur, elle décevait et ne voulait pas changer, ce qui est déjà une manière d’en faire quelque chose de volontaire, mais il n’y a pas quelque chose d’aussi quasiment organisé que chez la Grande Sophie.

Il faut bien cacher le pire
Te laisser le temps de découvrir

Et,

J’aime bien ce jeu
C’est le seul qui me fait rire

Enfin:

Allez pleure pleure …..

J’aurais encore pu mettre d’autres paroles puisque la quasi entièreté de la chanson traite du mal que fait cette femme et du caractère volontaire de ce mal.

Mais, je reviens sur les premières paroles citées. Elle « cache le pire ». Elle ne veut donc pas qu’on sache directement qui elle est. Pour que la personne ne croit pas qu’elle soit mauvaise.

Et puis, après, tout ce qu’elle fait tend à retourner complètement cette première impression. La personne à qui elle parle ne le croit pas et ne veux pas le croire car elle pense à « hier », ce moment où tout allait bien. Et elle ne veut pas changer d’opinion car cet Eden, elle a l’espoir de le retrouver. Mais rien n’y fera. Et face à l’entreprise destructrice de la personne aimée, c’est lui qui sombrera dans le malheur sans jamais « sauver » son amie du « mal ».

Si tu crois que je
Ne suis pas comme ça tu te trompes

Et

Oublie hier maintenant tout ira de travers
Tu es malheureux
Le malheur j’en prends soin je le cire

La phrase en gras pour montrer que la déception ne sera pas passagère et qu’il faut éviter à tout prix de croire le contraire.

Être mauvaise (ou vouloir s’en convaincre ?)

Tu sais je suis méchante

(…)

Je t’ai dit en moi tout est mauvais
Je suis de mauvaise foi j’ai mauvaise mine
J’ai mauvais coeur un fond mauvais

(…)

Sans aucun sentiment
Je les tords je leur fais mal

Les paroles sont on ne peut plus claires. Toutefois, si les faits sont là, je me demande si ce n’est pas aussi un « jeu », un « rôle ». N’est-elle pas méchante aussi tout simplement pour se convaincre qu’elle l’est ?

Pourquoi répète-t-elle ce schéma ? En le sachant en plus. Elle dit qu’elle y prend plaisir. Mais le plaisir peut aussi venir du résultat de ses actes. En faisant le malheur, en ayant confirmation de sa méchanceté, elle peut régler des problèmes passés. Je m’explique. On va analyser plus loin son caractère probablement abandonnique (je traiterai un jour cette thématique sur le blog).

Mais, si elle est abandonnique, elle a vécu dans l’enfance un abandon ou un sentiment d’abandon. De cela, elle a retenu qu’elle était « mauvaise » ou « méchante » (le caractère enfantin de ce terme, précisément utilisé dans la chanson, n’est donc pas un hasard). Et qu’elle avait mérité cet abandon. La personne aimée, celle qui abandonne, ne pouvait, en effet, pas être considérée comme mauvaise car, à ce moment là, l’Amour qui lui était porté et/ou la dépendance vis à vis d’elle étaient trop important pour permettre cela.

Par la suite, pour protéger le caractère « sacré » de la personne qui l’a abandonné une première fois, elle répètera le schéma pour trouver encore et toujours confirmation qu’elle est bien une personne intrinsèquement méchante qui mérite d’être abandonnée. Mais, n’anticipons pas trop sur la suite.

C’est comme une angoisse
Je suis là pour te porter la poisse

Et là, cette question d’angoisse peut très bien être appliquée à celui qui subit la maltraitance. Comme à celle qui la commets. Comme aux deux. Ce qui est d’ailleurs mon option.

Mais le mot angoisse révèle bien que cette méchanceté, si elle est présentée comme un jeu, est aussi source de peur. Quelle peur ? Et si c’était celle de ne pas être abandonnée ? De ne pas lire le miroir de la méchanceté ? De, finalement, comprendre que, non, elle ne méritait pas d’être abandonnée … C’est là, l’angoisse. Et si, ici, nous sommes dans une chanson entre deux adultes (à priori), rien n’empêche de penser que cela pourrait se passer entre une mère et son enfant. Et un schéma qui se répète.

Il est donc très important pour elle d’être « maudite ».

Tu dois me maudire

La question de l’abandon

Deux endroits dans la chanson montrent qu’elle n’espère pas simplement faire mal jusqu’à la fin des jours à la personne en question. Non, elle veut surtout qu’elle parte.

Cela confirme donc que le but est bien que toute cette méchanceté provoque le départ et perpétue l’abandon.

Ceux qui restent avec moi
Je les massacre je les abime je les rends laids
Plein de blessures morales
Sans aucun sentiment
Je les tords je leur fais mal
Je les vide je les étends
et bye bye bye (ter)

Et ceux qui ont l’outrecuidance de ne pas l’abandonner provoquent une telle angoisse en elle qu’elle les « massacre », « abime », « rends laids », « vide et les étends ». La violence est totale dans ces paroles et il vaut mieux éviter la fureur de cette maltraitance. Car son but premier est bien de protéger ceux qui l’ont abandonné la première fois, cet amour là est intemporel.

Et pour que ces premiers « abandonnants » soient protégés, elle doit être abandonnée encore et toujours par d’autres.

La sirène

Tout le monde connait la figure mythologique de la sirène. Elles sont présentes dans beaucoup de cultures différentes, pas toujours sous la même forme mais elles racontent des histoires souvent similaires.

Une femme attire un homme par une perfection irrésistible. Et, ensuite, c’est le drame.

C’est exactement l’histoire de cette chanson. Les hommes sont piégés par cette femme qu’ils ont connu « sirène » et dont ils ne peuvent oublier le souvenir. Puis, ils se retrouvent détruits jusqu’à l’abandon.

Le mythe de la Sirène pourrait donc être vu comme un avertissement aux hommes (mais soyons clairs, les hommes aussi peuvent être abandonniques et manifester ce qui est écrit dans la chanson !) de ne pas se laisser attirer par ce genre de personnalités toxiques. Plus facile à dire qu’à faire, évidemment. Surtout qu’il peut y avoir d’autres raisons qui conduisent des hommes à s’intéresser à ce genre de femmes et, à ces femmes, à attirer un certain type d’hommes.

Je ne suis pas un grand adepte du hasard dans les relations de couple. Nous nous trouvons ou nous sommes trouvons ou nous cherchons. Mais, quoi qu’il en soit, il n’y a jamais de hasard dans l’amour ou le fait de se retrouver en couple.

La vengeance mais aussi peut-être l’espoir de guérison

Et si tout ce mal, c’était aussi une manière de se venger. Faire subir à d’autres ce qu’elle a subit elle même. Car, si l’abandon l’a rendue si invivable, c’est précisément parce qu’il a été une source de souffrances infinies pour elle. Et faire subir à d’autres ce qu’on a subit soit-même, la vengeance, peut être parfois si pas source de soulagement, une manière d’apprivoiser mieux sa propre douleur intérieure. Et même une volonté paradoxale de guérir à travers le miroir que ça renvoit.

Oui, j’ai l’air de me contredire. Mais n’oubliez jamais que la nature humaine n’est pas à un paradoxe près et que l’enfant, via l’ambivalence, déteste autant qu’il aime ses parents. Et qu’un adulte peut autant aspirer à guérir pour connaitre la paix intérieure et une existence plus heureuse durablement (et pas seulement le bonheur éphémère d’être abandonné régulièrement) que de ne pas guérir pour continuer à garder ses « abandonnants » dans l’amour incommensurable qu’il leur voue.

Un sacré dilemme. S’il pouvait, il choisirait les deux. Malheureusement pour l’abandonnique, ce n’est pas possible.

Conclusion

Excellente chanson qui sera peut-être aimée par ceux qui ont vécu la situation.

Nous traiterons un jour plus longuement de la blessure d’abandon, comme dit plus haut. Mais c’est déjà bien de l’introduire par des chansons (ici, La Grande Sophie et avant, Lynda Lemay avec Décevoir). Je trouve que ça illustre bien le propos et évite de donner l’impression de parler de situations théoriques. Non, tout ça est vrai et des personnes le vive au quotidien.

17 causes possibles de la défaite d’Ecolo / Questionnaire du trio

Introduction

Cet article s’inscrit dans le cadre de ma page reprenant des éléments d’analyse pour la défaite Ecolo de 2014.

Un formulaire a été envoyé aux membres Ecolo à remplir et à renvoyer et ce fut évidemment fait rapidement pour ma part. Je ne vais pas le copier-coller ici, ça n’aurait pas d’intérêt.

Par contre, je vais reprendre ce que j’ai répondu par rapport aux causes de la défaite et « recycler » ma réponse en la modifiant et l’élargissant. Vous en profiterez ci-dessous. J’utiliserai peut-être d’autres réponses au questionnaire dans un autre article mais celui-ci s’annonce déjà assez long.

Principales causes externes et internes de la défaite d’Ecolo

Au départ, il y a deux questions, une qui demande trois causes externes et l’autre qui demande trois causes internes. J’ai préféré fusionner car il n’est pas toujours facile de vraiment distinguer l’externe de l’interne. Et parce que je pense que les causes internes sont plus importantes que les causes externes. Plus importantes dans les raisons explicatives de la défaite mais également car ce sont les seules, par définition, sur lesquelles nous avons prise.

Il n’y a pas de classement par ordre d’importance, certaines peuvent peut-être être fusionnées entre elles mais c’est écrit comme c’est venu et je commence par deux causes externes. Par ailleurs, je vais aussi parfois plus long qu’un énoncé de causes en allant déjà parfois vers des propositions de résolution des problèmes.

  1. Le système proportionnel tel qu’organisé en Belgique.

    Là, je vise principalement la taille des circonscriptions et/ou l’organisation ou l’absence d’apparentement. Comme je l’ai étudié pour la Région wallonne, mais ça s’applique aussi sans doute pour le fédéral, Ecolo mériterait plus de sièges de parlementaires si la proportionnelle était mieux respectée. Cela doit être une des priorités d’une éventuelle prochaine participation d’Ecolo car ça renforce la démocratie et ça renforce Ecolo.

  2. L’air du temps.

    Contrairement à ce que notre slogan prétendait, Ecolo n’était clairement pas dans l’air du temps.
    Nous n’avons pas réussi à garder l’agenda écologique au centre du jeu et les solutions de l’écologie politique crédibles.
    Les lobbys divers, les autres partis, la crise économique, institutionnelle, les sondages négatifs, les articles de presse parfois caricaturaux, tout ça faisait qu’Ecolo n’était plus une solution « pour le moment ».
    Mais, l’avantage, c’est que ce n’est pas inéluctable. J’ai mis cela dans les causes externes mais nous avons aussi notre rôle à jouer pour redevenir une solution de notre temps.
    Nous aurions pu facilement être parmi les partis crédibles pour la crise économique et bancaire si nous avions mieux et plus communiqué sur le sujet. Mais, même quand il s’agit d’environnement, nous ne sommes plus forcément crédible (éoliennes, photovoltaïque). Cela demandera un grand travail.
    Une des solutions consistera notamment à renforcer, et peut-être évaluer pour la première fois, Etopia. Mais cela ne suffira pas. Il faudrait trouver des organismes suffisamment indépendants et crédibles pour influer sur l’opinion sans pour autant être rattachés à nous (c’est déjà le cas de l’Institut pour un Développement Durable mais il manque peut-être de moyens pour se faire entendre plus souvent).
    Enfin, par rapport à tous les défis, nous ne sommes plus non plus crédibles quand il s’agit d’agir. Notre participation n’a à nouveau pas convaincu. Et cela pose la question du bilan et/ou des personnes. La formation du prochain casting devra pouvoir tenir compte des leçons de la défaite actuelle. Il faut non seulement avoir les bonnes idées, reconnues comme telles, mais également convaincre que ce sera bien nous qui serons capable de les mettre en œuvre au mieux. Sinon, les gens ne voterons plus pour Ecolo.

  3. Nous n’avons plus de projet enthousiasmant et/ou spécifique et/ou crédible même pour ce qui est de notre core-business.

    Je crois que c’est assez clair, c’est non seulement un problème de programme mais également un problème de communication. La création du programme doit être repensée et la prise de risque ne doit plus devenir totalement interdite (encore que, parfois c’est l’exact inverse mais par mauvais calcul).
    Cette cause de la défaite se voit bien dans la surprise de certains candidats. Ils étaient bien reçus par les citoyens car, semble-t-il, on a évité de trop fâcher tout le monde. Mais, à côté de ça, ça n’a fait rêver personne. Le CDH qui a pris des risques en présentant des projets parfois audacieux a, lui, clairement limité la casse et n’en a en tout cas pas pâti.
    Il est incroyable que ce soit le CDH qui donne des leçons de créativité à Ecolo. Là, il y aura un gros travail.
    Par ailleurs, nous avons perdu de la crédibilité car nos personnalités publiques n’ont que beaucoup trop rarement accepté de reconnaitre des erreurs voir, au contraire, parfois tenté de les dissimuler. Quelqu’un qui ne reconnait pas ses erreurs est un danger pour un groupe social et perd de facto toute crédibilité. Se dire que ça a pu éventuellement être une stratégie (nier volontairement) est hallucinant. Mais si c’était une question d’égo ou de calimérisme, ce ne serait pas mieux.
    Enfin, l’erreur de 2009 de ne pas gouverner sans le PS donne l’impression aux électeurs que nous sommes scotchés au PS or même des électeurs de gauche ne sont pas enthousiasmés par ça. Et on parait plus à gauche en gouvernant avec la droite si on obtient une politique équilibrée et d’être médiatiquement celui qui défend la gauche au gouvernement donc, même stratégiquement, c’est con.
    Quand nous disions que nous étions une gauche différente du PS, il y avait une idée vraie, mais nous avons perdu ceux qui y croyait en ratant l’occasion offerte en 2009 de gouverner sans le PS. Ca s’est marqué en 2010 dans nos scores électoraux, JMJ n’était plus crédible quand il disait que nous pouvions gouverner sans le PS. Mais ça, nous n’avons pas su le voir.

  4. Nous ne faisons plus rêver et participer nos propres (ex) militants et leaders d’opinion qui nous sont proches. En lien, la campagne n’était pas bonne.

    Le nombre de militants ou membres qui n’ont pas fait campagne était beaucoup trop élevé pour espérer avoir une vraie victoire. Le nombre de permanents ou assimilés qui ont été candidats a aidé sans doute dans la disponibilité qu’ils avaient pour faire campagne mais a également découragé ceux qui étaient déjà marginalisés le reste de l’année avec une « professionnalisation » qui a été surtout comprise comme un « accaparement » du parti par un groupe de personnes de plus en plus restreint et produisant une hiérarchie bien établie.
    Désaffection énorme de gens de la base malheureusement non comprise par l’establishment. Beaucoup d’actifs ne se sont pas du tout dépensés dans cette campagne. Le slogan était nul. Le fonctionnement interne a créé beaucoup de déceptions ces dernières années et les listes sont constituées par un mix de permanents, carriéristes soumis et gens qui ne s’impliqueront pas après la campagne pour ne pas faire d’ombre.
    Beaucoup de problèmes internes découragent des militants qui parfois quittent carrément le parti. Ca fait très mal car la méthode la plus efficace n’est ni les mass média, ni le porte à porte, ce sont les leaders d’opinion. Si même des anciens membres écolo disent qu’ils ne voteront pas Ecolo sur toutes les listes, notre crédibilité est vachement entamée. Nos premiers porte paroles et leaders d’opinion pour la population sont nos militants, membres et sympathisants. Quand des électeurs voient des membres désabusés, ils perdent confiance dans le parti, quelle que soit la qualité de la campagne, ça fait très mal. Nous devons donc être plus qu’attentif à la relation avec les militants.

  5. Nous n’avons (peut-être) pas le bilan que nous prétendons avoir.

    PLOUF. Je jette un pavé dans la marre. Tous les écolos mêlés au pouvoir de près ou de loin nous vantent leur déception devant leur magnifique bilan. Ils se montrent blessés et condescendants envers la population ou les militants. Mais si de nombreux MEMBRES n’ont pas été convaincus par l’action d’Ecolo dans leur domaine de compétence, ont constaté qu’on a parfois fait bien peu ou mal avec ce que nous avions,  il y a quelque chose qui cloche de manière forte. Il va falloir arrêter de demander à ceux qui ont failli de s’auto évaluer. L’évaluation est un travail sérieux qui ne peut être donné (uniquement) à celui qui est évalué.
    Des publics proches, universitaires, comme les chercheurs ont été malmenés plusieurs fois durant la législature de manière fort stupide (déménagement du FNRS à Charleroi, critère social pour la recherche fondamentale). Quand on perd beaucoup dans une niche favorable, c’est toujours la catastrophe.
    Quand j’entends le bilan fait par les syndicats de notre action fonction publique durant cinq ans, je ne peux qu’éprouver la sensation d’un immense gâchis.
    Quand j’entends un responsable local nous dire tout le mal qu’il pense de l’action du cabinet en matière de petite enfance, je ne peux que ressentir un malaise. Et quand je me dis que peut-être pour les autres matières, ce fut pareil …
    Par ailleurs, même là où nous avons un bilan défendable, nous avons été beaucoup trop lent par moments. Ecolo est souvent dans l’opposition, il doit profiter de ces périodes pour travailler des dossiers pré ficelés au moment où il entre dans des gouvernements. Perdre des années pour concevoir décrets et arrêtés crée beaucoup de tort à l’action du parti.
    Pour résumer:
    Qui a dit que le bilan était bon ? Ceux qui l’ont fait. Est-ce crédible ? pas un seul instant. Combien de membres sont mécontents de ce que nous avons ou pas fait ? Beaucoup. Les cabinets, les ministres, une partie du casting n’était pas bon. Ce n’est pas seulement un problème de pédagogie. Et nous devons aussi être capable de le reconnaitre pour reconquérir l’électorat. Or nous sommes arrogants et ne reconnaissons aucune erreur.
    ATTENTION, je précise, parce que je sais que le sujet est sensible que je ne dis nullement que tout ce qui a été fait a été mauvais. Je ne dis pas non plus que nous n’avons pas fait des excellentes choses (par exemple au Parlement wallon). Mais le bilan inclut ce qui a été fait et ce qui a été compris car la communication est de notre responsabilité (d’autant plus qu’en 2009, nous en étions plus que conscients).
    Enfin, quand on parle bilan, on parle aussi pérennité du bilan. Si les mesures importantes sont détricotées dés l’entame de la législature suivante, peut-on encore les inclure dans le bilan ? Créer son bilan, c’est aussi pérenniser des mesures en ne les adoptant pas l’avant-veille des élections. Or, depuis les élections, on entend que certaines mesures phares sont déjà prêtes à disparaitre ou à être renégociées.
    S’il est important de se faire respecter dans un Gouvernement. Il est aussi important de convaincre les partenaires si on veut de la pérennité.

  6. Démocratie interne, jeux de pouvoir.

    Comme dit plus haut, il y a un problème pour la démocratie à Ecolo. Elle n’est pas aussi parfaite que nous prétendons qu’elle soit. Dans des petites assemblées, quelques personnes peuvent monopoliser le pouvoir. Le pouvoir est passé de plus en plus de bottom up à top down. L’ouverture et la transparence est en recul. Les jeux qui se jouent au moment de la « lutte des places » sont souvent malsains. Les comités de liste ont été une bonne idée mais qui doit être évaluée. Les permanents, cabinettards, employés ont commencé à prendre une grande place dans toutes les structures décisionnelles. Or, on l’a vu, on a souvent manqué d’esprit critique sur notre propre action. Ceux là qui étaient le nez sur le guidon étaient là aussi pour protéger leur place et vanter leur action, cela peut être malsain.
    Les statuts prévoyaient notamment que de nouvelles formes de participation des membres et citoyens peuvent être expérimentées. Il est temps d’y réfléchir.

  7. Communication arrogance, humilité.

    Le slogan était mauvais. Mais il n’est pas venu de nulle part. Notre communication a été, pour partie, empreinte de très peu d’humilité. C’est aussi lié au fait que nous n’avons jamais accepté de reconnaitre d’erreurs, ce qui est important. Je ne vais pas trop développer ce qui est, pour partie, un sentiment.

  8. Pratiques politiques.

    Nous devons accepter que nous ne sommes plus nécessairement leaders ou surtout parfait dans notre manière de faire de la politique « autrement ». Nous n’avons plus remis réellement en cause notre fonctionnement depuis longtemps. Cette défaite pourrait être l’occasion de réévaluer beaucoup de choses et notamment certaines règles quand elles ne sont plus lisibles par la population. Par exemple, mais le chantier peut être beaucoup plus vaste:

    a. Election du SF. Dés le moment où il y a un débat dans chaque régionale, je pense que le passage par un vote en AG ne devrait plus être obligatoire. Entendons nous bien, je ne suis pas pour la suppression de l’AG. Mais je pense que le vote en régionale, lors des débats, devrait, au grand minimum, être possible. Et qu’idéalement, on devrait même arriver au suffrage universel des membres car, là dessus, ce sont les partis traditionnels qui ont aujourd’hui les meilleures pratiques (nous sommes les derniers à ne pas proposer le suffrage universel des membres).

    b. Cumul conseiller communal. Autorisons le cumul conseiller communal qui de toute manière amène obtention automatique de dérogation. Ou aménageons la règle en établissant de nouvelles règles objectives (présence d’un suppléant volontaire ?). Mais la situation actuelle brouille notre communication et est sans doute excessive.

    c. Cumuls dans le temps. Il y a aujourd’hui beaucoup trop de dérogations alors que la règle garde pourtant tout son sens. Il faut y réfléchir et remettre la règle au centre. Voir même l’étendre à plusieurs assemblées en délimitant une carrière maximale de parlementaire de 4 termes par exemples (ce qui fait déjà vingt ans). Le fait que les statuts ne prévoient rien pour l’élection dans des assemblées différentes pose problème si le but est d’éviter que nos gens considèrent la politique comme un métier.

    d. Rétrocessions. Cela peut paraitre provocateur à l’heure des problèmes financiers vécus par le parti. Mais c’est en lien avec le c. Si on veut que tout le monde puisse vraiment s’investir ou éviter le carriérisme ou éviter que quelqu’un ne devienne obligé de se professionnaliser, peut-être faut-il réfléchir à changer les règles de rétrocession. Au minimum, je pense par exemple que quelqu’un qui viendrait et s’engagerait pour une courte période (un ou deux mandats maximum) devrait pouvoir rétrocéder moins pour se mettre à l’abri pour la suite de sa vie et carrière professionnelle. Ce n’est pas non plus un scandale qu’un parlementaire ou Ministre gagne bien sa vie et le financement des partis est plus conséquent qu’avant.

    e. Limitation de l’implication des permanents ou assimilés dans les rouages du parti. Des politiques de quota ou de limitation doivent pouvoir permettre que les militants non professionnels gardent aussi une influence sur le parti.

    f. Manière de débattre, décider. Les AG, quel que soit le niveau, ont aussi d’énormes défauts. Il faut réapprendre à décider collectivement pour éviter certains pièges. Il faut faire en sorte également que la « réunion » ne soit plus le passage obligé de l’action collective mais que les nouvelles technologies nous permettent d’impliquer ceux qui habitent loin ou n’ont qu’une heure sur leur pc à nous accorder passé 23H. Décider et débattre doit pouvoir se faire aussi en dehors de ces réunions parfois improductives mais qui prennent beaucoup de temps à nos militants et peuvent même parfois les mettre en défaut vis à vis de leurs obligations familiales ou sociales.

    g. Permanences. Nous refusons depuis longtemps les permanences car nous les assimilons au clientélisme. Pourtant la permanence pourrait être autre chose que du clientélisme. C’est un outil très précieux que nous refusons d’utiliser et c’est quelque chose qui devra changer. Je pense d’ailleurs que dans les raisons profondes du dénigrement des permanences se trouve également quelque chose proche de la peur du citoyen « lambda » et de sa détresse. Mais rencontrer les gens toute l’année et en dehors d’une période électorale est important. Même si ce ne sont pas des parlementaires ou du personnel politique qui les reçoit, ce sera utile et efficace. Montrons qu’on peut faire de la politique autrement, y compris dans quelque chose d’aussi connoté que les permanences politiques.
    C’est aussi là que nous pourrons transformer des cas particuliers en question d’intérêt général, nous montrer à l’écoute et soutenir d’une manière éthique les citoyens qui veulent croire en nous.

    h. Recrutement cabinet. Pourquoi, une fois que l’organigramme d’un cabinet est défini, ne pas avoir un processus réellement ouvert de recrutement ? Publier toutes les offres d’emploi et laisser les gens postuler. La manière dont ça s’est réalisé en 2009, relativement opaque, est décevante. Lutgen avait mis des offres d’emploi pour son premier cabinet et cela a attiré à la politique des gens qui n’y étaient pas impliqués tout en lui permettant d’enrichir ses ressources humaines et ensuite militantes avec des personnes de qualité qui n’étaient pas connues du parti jusque là.

    i. Consultations et référendums. Nous devrions plus souvent demander l’avis de nos membres par consultation large ou référendum. Soit au cours d’AG, soit au cours d’un processus autre mais offrant la possibilité à tous les membres de s’exprimer. Le vote pourrait n’être qu’indicatif et servir de thermomètre à la direction. Il est intéressant que les statuts laissent la possibilité d’organiser des référendums (la consultation n’étant pas elle prévue) mais cela n’a jamais été utilisé.
    Nous devons aussi être capable d’utiliser ces outils quand nous gouvernons car, une fois au pouvoir, nous avons parfois trop peur de ce que la population ne se montre pas en accord avec notre action politique et nous montrons parfois frileux avec la participation citoyenne. Or, cette question de la participation doit être un noeud fort de notre programme et de notre action. Quitte à re-réfléchir à la meilleure manière de l’opérer tout en évitant les manipulations et noyautages par des petits groupes organisés représentant des intérêts particuliers.

  9. Ménagement des partenaires.

    Avons-nous ménagé nos partenaires pour éviter de s’exclure de la législature suivante ? Cela me parait crédible. L’avons-nous fait car nous craignions le retour de bâton ? Possible également. J’ai l’impression que tout le monde s’est tenu dans ce gouvernement. Cela dit, je classe cela comme une cause relativement mineure.

  10. Inimitiés.

    A contrario, il n’y a pas eu d’ambiance d’équipe dans les gouvernements dans lesquels nous siégions. Bien sur, nous ne sommes pas faits pour être copain et cela ne doit pas pouvoir nous être entièrement imputé mais, à l’avenir, le casting devra aussi tenir compte de personnalités capables de nouer des liens forts avec d’autres personnalités politiques. Comme pour la précédente, c’est plutôt une cause mineure.

  11. Professionnalisation.

    Le parti a voulu se « professionnaliser ». Mais, on peut se demander si ça n’a pas été fait davantage dans une optique de possession de personnes « aux ordres » qui obéissent plutôt que de seulement posséder des personnes ayant plus de temps et de compétences. Cela pourrait expliquer pourquoi les militants, dans le projet de l’actuelle coprésidence, devaient être moins impliqués car « on leur en demandait trop ».
    L’effet pervers immédiat (qui paraitra un avantage pour certains mais est en réalité une grosse faiblesse pour Ecolo) est d’accentuer nettement le fonctionnement top-down et de décourager les militants à encore s’impliquer. Cela est en lien également avec la perte de démocratie et le fait que de plus en plus de permanents ou assimilés s’impliquent dans les structures de pouvoir.

  12. Gestion de la connaissance et des réseaux.

    Ecolo possède en son seing de très nombreux experts dans beaucoup de domaines. Mais ne sait absolument pas en profiter. Déjà, à la base, il ne les connait même pas toujours. Et quand il les connait, il ne les utilise pas ou rarement. Ce sont souvent les mêmes personnes qui travaillent en vase relativement clos. Il faut cesser avec ça, ce qui demande une vraie politique de gestion des connaissances: connaitre les membres en les invitant à se dévoiler, avoir le réflexe de consulter largement et fréquemment, avoir des logiciels ou interfaces qui facilitent la communication en réseau, donner suite aux sollicitations et informations qui sont envoyées de la base vers le haut et les utiliser de manière efficace tout en envoyant un feedback de ce qui a été (pas) fait.

  13. L’évaluation de 2010.

    Cap 2012-2014 devait limiter les dégâts pour 2014, je pense qu’on en est loin et que l’entreprise a donc forcément échoué. Les chiffres sont tellement clairs qu’il est inutile d’épiloguer plus avant sur la question.

  14. Evaluation et audit interne inexistants.

    A Ecolo, l’évaluation de ce que nous faisons déconne toujours car, ce que nous appelons notre « bilan » est souvent écrit par ceux qui l’ont fait. Pas besoin d’expliquer pourquoi c’est un problème. Il faudrait un comité d’audit composé de personnes douées dans l’évaluation, une sorte de cour des comptes interne. Ensuite, nous ne faisons de bilans que de nos participations gouvernementales mais nous devons aussi nous évaluer dans nos fonctionnements internes. Ce serait également un très bon rôle pour l’audit interne. Il faut un organe permanent, actuellement manquant, qui permette aux membres de disposer de données d’évaluations objectives et fiables sans se voir opposer les blessures d’orgueil ou arguments d’autorité de ceux qui sont critiqués. Ensuite, ils pourront d’autant mieux mener leur rôle démocratique au sein des instances qui prennent les décisions et organise le contrôle du pouvoir.

  15. Tabous, dogmes, avis scientifiques et techniques.

    Pour des grands sujets demandant une expertise scientifique et technique, nous devrions commander des rapports pour / contre / sans à priori à des scientifiques extérieurs. Ces rapports seraient ensuite disponibles et nourriraient la réflexion qui précède toute décision.
    Il faut bien avouer que parfois, nos aprioris nous éloignent d’un vrai esprit scientifique. Par exemple, le nucléaire de 4ème génération et les réacteurs au thorium n’ont strictement rien à voir avec ce que nous trouvons à Doel. Mais si, demain, le débat devait se poser à Ecolo, on peut s’attendre à ce que le parti décide, sans vraiment savoir, d’être contre cette technologie. Ce serait une erreur pour les qualités de la 4ème génération. Ce serait aussi et surtout une erreur pour notre crédibilité car on pourrait alors avoir des positions qui scientifiquement ne seraient plus défendables. Et de passer alors, avec raison dans ce cas, pour des dogmatiques.
    Aujourd’hui, à Ecolo, comme dans beaucoup de groupes sociaux, les leaders impriment, sans même le vouloir, le pas. Il ne faut pas seulement que les instances qui décident le fasse de manière éclairée, il faut aussi que nos membres, militants et électeurs soient bien informés des raisons qui peuvent éventuellement faire sauter un tabou.
    Il faut identifier ce que les gens associent à tabou et dogme chez Ecolo. Et entamer un processus d’évaluation transparente de ceux-ci qui aboutirait soit à les confirmer avec une argumentation valable soit à les infirmer. Au bout de ce processus, sur lequel nous communiquerions vers l’extérieur, nous n’en sortirions que plus gagnant. Le but serait évidemment d’être le plus participatif possible. Et de montrer aux gens que nous sommes capables de nous remettre en question et absolument pas dogmatiques.
    Je pense qu’il est important de se débarrasser de cette étiquette de dogmatique. JMJ y était bien arrivé par un discours intelligent. Il faut revenir à ça.

  16. Modèle.

    Nous devons être le modèle de notre propre programme. Or, non seulement nous donnons l’impression de donner des leçons mais en plus nous ne nous appliquons pas toujours à nous même ce que nous préconisons. Nous devons faire cet exercice et en tenir compte pour l’élaboration du programme. Cela doit être un processus qui se nourrit. Par exemple, si nous voulons promouvoir les logiciels libres dans le programme mais qu’en pratique ça coince, nous devons montrer que nous apprenons de notre pratique et nourrir le programme de ces enseignements tout en en faisant une vitrine de notre savoir faire et de nos expériences.
    Etre une organisation citée en exemple dans le domaine de l’informatique libre, de la gestion des ressources humaines, de la logistique durable, … Cela doit être un objectif réalisable, réalisé, mis en avant et reconnu par des organisations ou personnalités crédibles.
    Cela montrera aussi que nous ne sommes pas dogmatiques et capables d’apprendre de la mise en œuvre de notre programme en notre seing.

  17. Recrutement, formation.

    Le recrutement est un domaine qui demande certaines connaissances et des méthodes scientifiques existent pour l’opérer de manière efficace. Habitué aux procédures hautement professionnelles et validées scientifiquement du Selor, j’ai été surpris lorsque j’ai été confronté à un oral pour un mandat externe. Le jury n’était pas composé de personnes maitrisant le recrutement et la méthode n’était pas meilleure. Ecolo devrait pouvoir se faire aider par des spécialistes universitaires du recrutement pour améliorer les méthodes, y compris pour les mandats externes.
    Pour la formation, je pense qu’elle est encore trop réduite et trop centralisée.
    Il existe bien l’académie verte mais le choix de ceux qui y ont droit laisse certains membres amers. La formation de tous les membres, sympathisants, électeurs même doit être une priorité. Et ça ne passe pas nécessairement par des formations en « live ». Cela peut aussi passer par une Ecole à Distance à développer.

Conclusion

Très long article (qui a pris beaucoup de temps d’écriture). Mais surement pas encore exhaustif. N’hésitez pas à commenter si vous êtes ou pas d’accord et si vous voulez rajouter quelque chose. C’est le débat qui permettra à Ecolo d’évoluer vers un mieux.

Décevoir de Lynda Lemay

Très belle chanson de Lynda Lemay, j’avais envie d’en faire une petite analyse et quelques commentaires pour en ressortir quelques éléments que je trouve intéressant.

Clip, paroles

http://en.lyrics-copy.com/lynda-lemay/decevoir.htm

Relation à la mère

On retrouve la relation mère fille à plusieurs reprises:

  • quand elle dit à son amie que ce n’est pas sa mère
  • et que si c’était le cas, elle lui ferait la même guerre que celle qu’elle a fait à sa propre mère
  • l’auteure est également la mère d’une fille qui est la dernière personne non encore déçue

Cette question mère-fille est évidemment très importante. Le père lui n’est esquissé qu’à travers le père de sa fille qu’elle a quitté de manière « fautive ».

Le sauvetage impossible

« c’était du temps perdu
tout ce temps avec moi

fallait pas perdre ta vie
à vouloir me sauver »

Finalement, l’auteure parait presqu’heureuse qu’on ne puisse la sauver. Comme si son objectif était bien de sombrer et qu’elle était contente de décevoir son amie. Comme si, elle voulait décevoir tout le monde même sa fille alors qu’il ne « reste plus qu’elle à décevoir ».

Le côté inéluctable, l’envie de ne pas changer est marqué dans d’autres paroles un peu avant:

« mais c’est pas demain la veille
que j’vais devenir un ange »

et

« je savais que j’arriverais
à perdre ta confiance »

La raison en est dites juste après:

« mon cœur est si mauvais
qu’tu trembles d´impuissance »

Je pense qu’en fait, tout ça, c’est parce qu’en elle-même elle a besoin de se convaincre qu’elle est mauvaise. Et chaque personne qu’elle déçoit la conforte dans ce système de pensée.

Mais pourquoi me dira-t-on quelqu’un voudrait-il faire cela ? Et si c’était tout simplement pour protéger ses parents, sa mère en particulier. Un enfant est fragile et a besoin de croire en ses parents. Même en cas d’abandon ou maltraitance, il aura besoin de croire que ce ne sont pas ses parents qui sont mauvais mais lui qui est un mauvais bébé ou enfant et que ce qu’il subit est mérité, qu’il doit devenir meilleur.

Et plus tard, ce système de pensée perdurera jusqu’à ce qu’un travail psy puisse être mené à terme. Ici, dans la chanson, la personne arrive à mettre des mots sur ce qui lui arrive, ce qui est déjà très positif en vue d’une guérison. Mais pour beaucoup, cette simple description sera déjà difficile à mettre en œuvre.

Pour l’amie si patiente de la chanson, l’échec n’était pas assuré mais il est arrivé. Parce qu’elle était patiente, cela a mis le temps mais a finit par arriver.

Nous qui sommes parfois amené à occuper la position de sauveur par rapport à d’autres personnes devrions donc toujours nous poser cette question: cette entreprise n’est-elle pas vaine ou vouée à l’échec ? Comprendre ce qui se passe dans la tête de la personne est importante mais ne suffira pas toujours.

Dans le cas présent, il s’agit d’une amie. Il est normal qu’elle tente tout pour aider. Mais dans d’autre cas, fuir sera peut-être la meilleure chose à faire.

On remarquera, pour encore appuyer l’idée:

  • qu’elle a tout fait pour décevoir sa fille
  • que le fait de décevoir est présenté comme une réussite dont elle peut se prévaloir (la seule) alors que c’est en réalité son plus grand échec. Le choix d’un mot positif n’est pas anodin. Et quand la seule réussite est en réalité un échec, cela accentue ce qui est dit plus haut sur le sentiment pour l’auteure d’être intrinsèquement mauvaise.

A l’exclusion du père

On le voit, elle déçoit tout le monde. Mais pour son amie, cela met du temps. Et pour le père de son enfant, c’est elle qui part, pas lui. On peut supposer que fort de ses responsabilités paternelles, il n’est pas évident pour lui de partir. Mais c’est elle qui fait le pas à sa place et elle se sait « fautive ». Vis à vis du mari surement mais vis à vis de sa fille encore plus puisqu’elle lui impose un déménagement, de grands changements et la privation d’un père.

On peut alors se demander si elle ne répète pas un schéma: avoir elle-même été privée du père plus jeune ou si elle ne fait qu’appliquer le principe de « devoir décevoir » pour se sentir « mauvaise ».

La déception de trop ?

La fin de la chanson est un peu mystérieuse pour moi. Mais je vais tâcher de lui donner du sens.

il me restera ma fille
qu´tu m´offres d´adopter
car tu crains la béquille
qu´elle va m´emprunter
ile ne me restera qu´elle
voila c´est mon histoire
il ne me restera qu´elle seule
à décevoir

Comme je la lis, l’auteure s’attend à décevoir sa fille. Et son amie offre de l’adopter pour qu’elle n’ait pas le temps de la décevoir, craignant que ce ne soit la déception de trop. Mais pourquoi ? Probablement car cette déception qu’elle ferait vivre à sa fille détruirait son système de pensée. Quand sa fille sera déçue de sa mère, ce sera elle aussi, par procuration, qui sera un peu déçue de sa propre mère et tout son système de défense volera en éclats.

Ce qui peut être positif pour qu’elle se construise en tant que personne adulte. Mais qui est évidemment craint tout en étant peut-être désiré (ambivalence).

Car rien n’empêche qu’il y ait deux personnes en une. Celle qui veut se convaincre d’être mauvaise pour dédouaner ses parents. Et celle qui veut absolument décevoir sa fille pour qu’elle ne soit pas comme elle et ne se sente pas coupable mais, au contraire, ait de la haine envers sa mère. Ce qui lui permettrait d’en avoir vis-à-vis de la sienne et d’avancer dans sa guérison, même inconsciemment.

Ou l’impossible déception ?

Car, justement, si elle craint qu’elle ne soit la dernière déçue, jusqu’à présent il faut noter qu’elle n’y est pas arrivé le moins du monde malgré qu’elle ait tout fait pour.

Je pense qu’elle ne décevra jamais sa fille comme elle ne l’a pas été par sa propre mère. Par contre, on risque d’être dans la répétition de mère en fille de son propre mal. La fille risquant elle-même de décevoir tout le monde sauf sa propre « fille ». Etc etc … La solution la plus enviable pour casser la répétition, pour la santé de la fille et celle de la mère serait donc … qu’elle déçoive bel et bien sa fille.

Conclusion

Très belle chanson qui nous parle essentiellement de la relation d’une mère à sa fille, d’une fille à sa mère et des dégâts qu’elles peuvent occasionner ou de la répétition de ceux-ci d’une génération sur l’autre. Elle nous parle aussi de nous qui voulons parfois aider, sauver, des personnes contre leur gré, ce qui nous amène malheureusement souvent à un échec (mais faut-il abandonner pour autant ?).

Lynda Lemay, je ne suis pas un fan de toujours mais …

J’ai commencé à découvrir vraiment, tout à fait par hasard (une vidéo proposée sur youtube et les autres qui suivent), Lynda Lemay depuis quelques jours.

Et je me suis fait une playlist de 11 chansons achetées sur itunes. Des chansons que j’ai choisies sur le titre et puis j’ai gardé celles qui me plaisait après l’écoute rapide de l’extrait proposé. Et maintenant que je les ait écouté à fond « plusieurs » fois chacune, je les apprécie encore plus.

L’avantage de cette chanteuse, c’est qu’elle a un répertoire énorme. Donc, il y a beaucoup où je n’accroche pas nécessairement. Mais pour mon best of personnel, alors là, c’est une vraie délectation. Je dois même avouer écouter quasi en boucle pour le moment (mais musicalement, c’est souvent ce que je fais quand je découvre un artiste).

Au final, donc, il y a 11 chansons et je trouve que c’est déjà pas mal car il n’y a pas tant d’artistes qui ont autant de chansons dans ma playlist « 4+ » (qui comprend les chansons que je cote 4 et 5 étoiles).

J’ai choisi celles qui me donnaient de l’émotion et qui me plaisaient, au feeling. Elles ont souvent du rythme, de la poésie et il y a du plaisir à les entendre. Elles permettent aussi souvent de s’identifier ou d’être spectateur ému de toutes ces petites historiettes.

Les voici (la liste est plus ou moins crescendo même si je les classerais difficilement entre elles) :

  1. Pas ta première femme. Vaut-il mieux être seul ou moins bien accompagné ? Les choix de couple que nous faisons sont parfois par défaut sans que ce soit quelque chose de mal.
  2. Berceuse pour adultes. Parce qu’il y a une pointe de nostalgie et de regret mais que ce n’est pas déprimant, juste résigné et poétique.
  3. La partouze. Parce que c’est une petite histoire bien écrite avec la tension qui monte gentiment. Je suis certain que ça doit aider certaines femmes à se défouler. Très prenant, en tout cas. Rien d’érotique, bien au contraire: l’histoire d’une femme trompée qui se venge.
  4. Pas de mot. Parce que c’est triste à mourir. Mais que ça parlera à certains.
  5. Si je ne te fais pas d’enfant. Les enjeux du choix de la parentalité. La fin me donne des frissons. (pas de vidéo trouvée)
  6. Juste un petit bébé. Parce qu’on entend pas le bébé pleurer et qu’on s’imagine seulement le bercer et le calmer auprès de nous. Parce que ça parle de la relation de la mère à l’enfant d’une belle manière. 
  7. Un paradis quelque part. Peut-être la chanson la plus optimiste de cette playlist. Enthousiaste. Particulièrement le refrain. Mais si on écoute bien les paroles, satisfera aussi les pessimistes.
  8. La course au bonheur. Parce que cela rappelle à quel point nous sommes le propre artisan de notre bonheur.
  9. Décevoir. Parce que c’est juste magnifique. Mon analyse ICI.
  10. J’aime pas les femmes. Bien rythmé et délicieux.
  11. Le plus fort, c’est mon père. Parce que tout « plus fort père » voudrait entendre ça.

Lynda Lemay ne dépassera pas La Grande Sophie dans le cœur de mes chanteuses préférées mais elle y a déjà gagné une chouette petite place. Et son accent québécoise n’est pas trop présent, c’est tout à fait supportable. Parfois, ça apporte même un plus pour certains mots.

T’en vas pas de la chanteuse Elsa (Lunghini)

Cela fait longtemps que je n’ai plus écrit un article dans cette catégorie. Alors, comme j’ai une chanson qui me trotte dans la tête depuis quelques jours, voici un article avec mon interprétation (qui je pense sera différente de celle qui nous vient spontanément). Et comme c’est la fête des pères aujourd’hui, je pense que cette chanson n’est pas totalement hors sujet.

Le vidéo clip et les paroles

Attention cette chanteuse est aussi connue sous le nom d’Elsa Lunghini depuis quelques années mais les anciennes chansons se trouvent sous le nom d’Elsa (sans nom de famille) dans itunes.

Les paroles complètes sont trouvables ici: http://dwinner.free.fr/elsa.html

Que dit la chanson (en gros)

C’est une chanson d’une fille à son père. Qui lui demande de ne pas partir. Une chanson d’amour en fait. De l’amour très fort que la chanteuse peut avoir pour son père et de l’angoisse que peut lui amener l’abandon de son « papa ».

Que ne dit pas la chanson ?

On ne parle pas de la mère, ou si peu. Elle n’existe pas réellement. Bien sur, on suppose très clairement que c’est à cause de la mère que « papa » s’en va. Mais la fille n’est pas déloyale vis-à-vis de sa mère. Elle ne demande pas non plus à son père de rester près de sa mère ou de lui dire qu’il l’aime. Elle ne semble même pas considérer qu’il l’aime encore. Au contraire, il lui demande de se sacrifier, de faire semblant pour rester auprès d’elleS. Pour son bonheur de petite fille. Parce qu’elle sait qu’elle est aimée et qu’il doit faire ce qui est mieux pour « l’amour de sa vie », c’est à dire rester.

Elsa Lunghini - chanteuse française - Lyon - France - 6 fevrier 2012 - DSC0563CC BY-SA 3.0 Ronny Martin Junnilainen — Travail personnel (c)

Elsa Lunghini – chanteuse française – Lyon – France – 6 fevrier 2012 – DSC0563CC BY-SA 3.0
Ronny Martin Junnilainen — Travail personnel (c)

Pourquoi cette chanson me touche-t-elle ?

En tant que père ou en tant que fille, je pense que c’est difficile de ne pas être touché. Il se trouve précisément que j’ai une fille. Que je me battrai toujours pour elle, que c’est effectivement ma priorité dans la vie. L’effet d’identification et les émotions qui viennent avec jouent en plein. Je l’ai fait écouter à ma fille et elle est touchée également dés la première écoute. Il y a des chansons comme celle-là qui sont proches d’une perfection dans le partage des émotions qu’elles nous font subir.

Analyse par couplet

T’en va pas
si tu m‘aimes t’en va pas
papa si tu l’aimes dis lui
qu’elle est la femme de ta vie vie vie
papa ne t’en va pas
on veut pas vivre sans toi
t’en va pas au bout de la nuit

Le sujet de la chanson est amené dés le début: t’en vas pas, si tu m’aimes (me, moi, la chanteuse), t’en vas pas.

La seule chose qui peut laisser du doute, c’est le « on ». Mais le « on » inclut le je. Et ça peut être accepté comme un nous majestatif.

Au bout de la nuit évoque pour moi les problèmes de couple de ses parents. La nuit, c’est le malheur et surtout la mésentente. Au bout, c’est le moment où ces problèmes deviennent insupportables pour le père.

La femme de sa vie, c’est évidemment sa fille. Jamais elle ne penserait autre chose. N’oublions pas que toute la chanson parle d’elle et de son envie de ne pas être abandonnée par son père. Au pire donc, elle aurait parlés DES femmeS de sa vie. Mais si elle parle de la femme de sa vie, c’est évidemment sa fille qui est visée.

Nuit tu me fais peur
nuit tu n’en finis pas
comme un voleur
il est parti sans moi
on ira plus au ciné tous les trois ET papa si tu pensais un peu à moi

Nous gardons la même signification pour « nuit ». Les problèmes de couple. Ils lui font peur car elle en redoute l’issue et ils ne se finissent pas. Elle ne voit pas d’issue favorable ni d’accalmie. A tel point qu’ils vont lui « voler » son père (on ne lui demande pas son avis et elle n’est de toute façon pas d’accord, c’est donc du « vol »).

Il est parti sans moi: toute la cruauté ressentie de l’abandon. Qui s’est un jour retrouvé perdu enfant peut savoir ce qu’on ressent, un sentiment terrible.

Le ciné, c’est la comédie. Faire semblant tous les trois que tout va bien. C’est fini.

« Si tu pensais un peu à moi » rappelle bien ce que je dis depuis le début. La fille s’en fout de sa mère. C’est à elle, sa fille, que le père doit penser au moment de partir.

Où tu vas quand tu t’en va d’ici
j’arrive pas à vivre sans toi

_
avec la femme de ta vie vie vie
papa fais pas d’connerie
quand on s’aime on s’en va pas
on ne part pas en pleine nuit

Même quand il n’est pas là, elle pense à lui. Elle voudrait être avec lui et donc savoir où le retrouver. Sa vie n’a plus de sens sans lui, elle est déprimée ou proche de la dépression.

J’ai fait une coupure dans le couplet pour marquer mon sens de lecture. En vérité, il peut y en avoir deux ou trois:

  • elle n’arrive pas à vivre avec sa mère (elle non plus, mais elle ne peut pas partir contrairement à son père)
  • il ne doit pas faire de connerie avec sa fille (mon interprétation)
  • un mix des deux, elle n’arrive pas à vivre avec sa mère et il ne doit pas faire de conneries avec sa fille (c’est séduisant car cela donne un double sens à la phrase « femme de ta vie » qui désignerait à la fois la femme et la fille, vie est d’ailleurs proche de fille, oralement)

Quand on aime on abandonne pas. On ne part pas en plein naufrage, c’est lâche. Le capitaine n’abandonne pas le navire avant que le naufrage soit fini … et les passagers évacués en sécurité.

Nuit tu me fais peur
nuit tu n’en finis pas
comme un voleur
il est parti sans moi
tu m’emmènera jamais aux USA ET papa j’tassur arrête ton cinéma

Le début a déjà été commenté.

Pour USA, j’ai difficile à dire. Je dirais que ce sont les Etats UNIS d’Amérique. Cela pourrait évoquer la fin de l’union entre les trois.

Une autre interprétation à laquelle je crois moins, c’est le fait de faire un grand voyage, de l’aider à réaliser un rêve avec elle.

Par contre, voyage peut être associé à un désir de fuite dans la symbolique psychanalytique. En fait, elle sait que son père ne la prendra pas avec lui dans sa fuite et elle le regrette. On a donc ici un indice supplémentaire que ce n’est pas le trio qu’elle veut nécessairement reformer. C’est le duo qu’elle forme avec son père qui compte le plus. Ca voudrait dire alors, mais là c’est totalement non-dit, que cette fuite du père pourrait également être sciemment (ou même inconsciemment) organisée par la mère pour casser une relation de laquelle elle est jalouse. Ou de la casser pour toute autre raison (répétition d’un schéma ou d’une expérience vécue notamment).

Les USA sont très loin, cela peut être une métaphore d’un éloignement désiré de la mère le plus loin possible. Cela peut évoquer le désir de fuite qui l’habite également. Il part, mais il ne pense pas à la sauver elle aussi: quel injustice, pense-t-elle, quelle douleur en plus de la séparation.

Si vous encore avez une autre interprétation, svp, commentez en bas de l’article !

Pour « arrête ton cinéma », il s’agit plutôt ici d’arrêter de « faire la comédie ». Autrement dit, « arrêtes de déconner. Je ne peux pas le croire que tu vas pas partir, c’était pour rire, dis ? Allez arrêtes ton cinéma, c’est bon maintenant. Reviens, reste ». Une incrédulité feinte du désespoir. De la méthode Coué à laquelle la chanteuse se raccroche parce qu’elle n’a plus d’autres espoirs … on est à la fin de la chanson (l’histoire n’est donc pas un happy end).

Nuit …. sans moi

avec successivement:

  • papa j’tassure qu’un jour tu reviendras
  • papa j’tassure arrête ton cinéma
  • papa si tu pensais un peu
    si tu pensais un peu à moi
  • tu m’emmeneras jamais aux USA
  • papa j’suis sur qu’un jour tu reviendras

Les derniers couplets sont dans la même veine. Incrédulité, méthode Coué, désespoir. Elle restera seule et devra faire le deuil douloureux de son amour pour son père.

Je rajouterais que « nuit … sans moi » pourrait évoquer également la volonté de fuite d’Elsa. Pour moi cela accentue le fait que ce n’est pas tant la fuite du père qui est critiquée mais sa fuite sans sa fille avec lui.

Reproches ?

La mère n’est que peu évoquée, ni négativement, ni positivement. On confirme bien être surtout dans une relation à deux et pas à trois.

Le plus gros reproche à la mère, c’est celui, suivant l’interprétation qu’on peut donner, que la fille ne peut pas non plus vivre avec sa mère.

Le père se voit demandé de penser « un peu » (au moins certainement, euphémisme) à sa fille. Mais pas de haine malgré l’abandon dont on peut pourtant imaginer les dégâts qu’il fera sur la psychologie de la fille.

Analyse suivant les 5 phases du deuil amoureux

Ces cinq phases ont été trouvées ici: http://mariesoleilcordeau.com/les-5-phases-du-deuil-amoureux. Nous tentons de voir si nous les retrouvons dans la chanson. Pour nous l’amour enfant-parent peut être comparé avec certaines précautions avec celui d’adultes. Il peut donc être intéressant d’utiliser ces phases ici.

La dévastation

T’en va pas

Si tu l’aimes dis lui

Qu’elle est la femme de ta vie

On l’a. La manière de chanter évoque bien le désespoir, l’incrédulité face à ce qui arrive. Ce qu’un être qui aime peut faire et laisser la femme de sa vie.

Le sevrage

on veut pas vivre sans toi

j’arrive pas à vivre sans toi

Plus d’envie de vivre sans sa présence.

L’intériorisation

papa si tu pensais un peu à moi

quand on s’aime on s’en va pas

Est-elle aimée ? qu’a-t-elle fait ? Elle intériorise un peu les raisons pour lesquelles son père est parti. Bien que ce ne soit pas très explicite, on sent quand même un peu de reproche auto adressé. La personne avait cru être aimée, était-ce vraiment le cas ? Qu’a-t-elle pu faire pour qu’il ne l’aime plus et parte ? La question d’amour n’est donc probablement pas purement rhétorique.

La rage

papa j’tassur arrête ton cinéma

C’est évidemment un reproche. Mais ce n’est pas non plus la rage constructive voulue par l’auteure auquelle je me réfère. Cette étape n’est pas évoquée vraiment.

Le relèvement

Rien du tout, au contraire, le sujet n’est pas près de se relever. C’est là aussi qu’on voit la spécificité de l’abandon parental qui est évidemment différent d’un abandon amoureux (mais ce qui n’enlève en rien la possibilité d’avoir les deux dernières étapes, juste plus difficile à faire et à assumer pour un enfant qui a besoin de sécurité).

Conclusion

Magnifique chanson, qui évoque un deuil douloureux. Qui évoque aussi en creux les difficultés relationnelles entre une mère et son mari et entre une mère et son enfant. La relation exclusive entre la fille et son père est ici brisée d’une manière terriblement destructrice. Chanson géniale de par toutes les émotions qu’elle engendre. La voix enfantine, innocente, sans défense d’Elsa ne fait qu’accentuer cela, d’ailleurs.

Evidemment, ce ne sont que les paroles de l’enfant. Mais le vidéo clip est là pour montrer un père calme, aimant. La douleur est pour lui. Ce n’est pas un « choix » qu’il fait. La culpabilité est en lui.

Je donne « raison » à la chanteuse, personnellement. Mais la raison et la vraie vie sont parfois éloignés. Donc je comprends aussi parfaitement le départ du « papa ».

 

The Great Porn Experiment: résumé et traduction

Aujourd’hui, je vais vous parler d’un sujet encore peu commun sur ce blog: l’amour, le sexe, l’érotisme (je viens d’ailleurs de créer une catégorie, ce sera le premier article classé dedans).

Et bien que cela fasse longtemps que j’aie envie de parler d’un livre de Freud (psychologie de la vie amoureuse) où on explique notamment pourquoi certains hommes ont des maitresses et ne quittent pas leur femme pour autant, je vais plutôt parler de l’effet du porno sur l’homme (oui, ça ne concerne pas trop la femme apparemment ?) avec un regard scientifique.

La vidéo du TEDx Glasgow avec Gary Wilson

Le transcript avec les slides et ce qui est dit peut être obtenu ici: http://yourbrainonporn.com/great-porn-experiment-transcript

Dans cette vidéo, l’orateur évoque ce que la science peut nous apprendre sur le porno et ses conséquences sur le cerveau ou notre comportement. Il a lu et étudié les différentes études menées sur le sujet et nous en fait un résumé. Je tente une traduction et une réécriture.

Passé versus présent

Le porno d’aujourd’hui n’a pas les mêmes effets que celui du passé. Une raison à cela, les contenus accessibles sont énormes et permettent un renouvèlement constant de ce que l’on regarde. Une expérience australienne a montré que ce n’était pas la nudité qui nous excitait mais la nouveauté. Les graphiques affichent des « pics » lorsque la personne regarde du porno qu’elle n’a pas encore vu avant.

POURQUOI ?

L’effet Coolidge pardi !!! (voir sur Wikipedia)

Tant qu’un mouton doit inséminer une même femelle, son excitation diminue au fur et à mesure du temps. Son temps de latence devient de plus en plus long entre deux coïts: il n’a plus vraiment envie !

Alors que s’il se retrouve en face d’une nouvelle femelle à chaque fois, il repart « comme en 40 » à chaque fois. Il est prêt et « en veut ». Jusqu’à l’épuisement.

Le porno moderne nous met en face de nouvelles femmes excitantes en permanence et avec un « réservoir » quasiment infini à portée d’un nouveau clic à chaque fois (surtout si on tient compte de la gratuité de la plupart de ces sites). Donc, l’effet Coolidge s’applique en plein.

La raison en est sans doute « biologique ». Une femelle qui est déjà inséminée n’est pas intéressante pour l’instinct de reproduction: le mâle doit inséminer le plus de femmes possibles pour maximiser les chances de propager son ADN.

Notre cerveau est programmé, en nous offrant de la dopamine, pour perpétuer cet effet. Et le porno sur internet offre autant d’excitations visuelles que nos ancêtres auraient pu en voir en plusieurs vies. Difficile de résister et donc dégâts à la clé (on le verra après).

Petite anecdote marrante (enfin, je trouve), une jeune personne a demandé: « serons-nous la première génération à nous masturber de la main gauche ? ».

La difficulté des enquêtes

La réalité du sexe avec un vrai partenaire est évidemment bien différente.

Mais, une des difficultés pour étudier les effets (ou non effets) de cette activité fut que les chercheurs, en 2009, ne trouvèrent pas de groupe contrôle !!! Autrement dit, il n’existait personne (chez les hommes) qui n’utilisait pas sa connexion pour regarder du Pron dans le collège que voulait étudier le chercheur !!

Comme tout le monde y allait, c’était comme demander à un poisson ce qu’il pensait de l’eau. Si tout le monde fumait depuis l’âge de dix ans, on pourrait croire qu’il est normal pour les humains d’avoir des cancers du poumon et de la gorge.

Symptômes

Certains problèmes (anxiété sociale, stress, dépression, TOC) peuvent être le résultat d’une addiction plutôt que la cause. Mais si l’on ne fait pas le bon diagnostic, on ne prescrit pas non plus la bonne méthode pour les soigner. De ce fait, les soignants pouvaient penser que les gens allaient sur les sites X parce qu’ils n’étaient pas bien et ne pensaient pas que cela pouvait être l’inverse.

Le sexe c’est la santé (ou l’addiction)

Un autre problème est que le sexe est bien vu, comme quelque chose qui nous mets en bonne santé et donc on ne l’associe pas à une drogue ou une addiction. Mais cette vision oublie que le sexe et le porno sont deux choses différentes ! Tout comme World of Warcraft est différent des échecs.

Or, une étude a montré que parmi toutes les activités qu’on peut faire sur internet, la pornographie est celle qui a le plus haut potentiel d’addiction.

Le sexe, la nourriture, l’affectif font partie des besoins fondamentaux. Et le cerveau les récompense encore plus que les autres.

Les études montrent que si on permet à des rats de manger à l’infini, ils deviendront quasiment tous obèses. C’est la même raison pour laquelle tant d’humains sont en surpoids (4 américains sur 5). A contrario, les drogues non naturelles (alchool, cocaïne, par exemple) font statistiquement beaucoup moins de dépendance (10%), que ce soit aux humains ou aux rats.

Si la nature nous a fait comme cela, ce n’est pas par hasard, évidemment ! C’est normalement un avantage pour la survie de la « vie ».

Si la saison des amours ne finit jamais …

Mais, quid si la saison des amours ne finit jamais ?

La dopamine va avoir pour effet de:

  • nous faire comprendre qu’on a atteint le jackpot de l’évolution (bingo !!)
  • déclencher l’émission d’une autre molécule appelée DeltaFosB (et ça c’est très important !!!)

Cette molécule va se loger dans le circuit des récompenses du cerveau et commencer à le changer. Et elle va encourager l’excès par un cercle vicieux (comme dans toutes les drogues !).

Excès de dopamines, création de deltafosb, cerveau change, donc, augmentation du comportement addictif, encore plus de dopamines, plus de deltaFosB, cerveau qui change, etc … La DeltaFosB va exiger un plus haut niveau de dopamine pour produire le même niveau de plaisir. On retrouve le comportement du cocaïnomane qui augmente ses doses au fur et à mesure du temps.

… ça peut finir mal

Trois conséquences:

  1. Désensibilisation à un certain nombre de plaisirs de la vie courante
  2. Le porn devient le plaisir suprême et tout le reste parait de plus en plus ennuyeux et inintéressant
  3. La personne perd de plus en plus le contrôle de lui-même

En fait, ce mécanisme est très connu et s’applique à toutes les drogues. C’est seulement qu’on ne réalise pas assez à quel point le porno moderne peut y amener (du fait de l’effet Coolidge). De nouveau, on reste dans le domaine de la science et tout ça est prouvé notamment par des scans du cerveau qui montrent les changements.

Beaucoup d’études récentes ont été faites qui montrent toutes la même chose: la nouveauté constante disponible à un clic de souris peut créer de la dépendance. Et on le sait parce que les chercheurs ont examinés d’anciens drogués du porno et ont pu voir que leur cerveau rechangeait dans le sens inverse. Les changements de cette drogue sont donc réversibles (heureusement) !

Et c’est là où les choses changent

On a maintenant des groupes contrôle ! OUI. Ce sont des groupes d’anciens gros utilisateurs de porno qui ont décidé par millier d’arrêter cela. Et on peut donc voir ce que la modification d’une seule variable provoque. La science possède enfin le groupe contrôle qui lui manquait tant avant.

Ce groupe est appelé par l’orateur « la résurrection des mecs » par opposition à « la fin des mecs » utilisés au début de la vidéo. On peut se demander quelles sont les motivations des gens qui le compose ?

Des motivations terre à terre

Parce que cette drogue diminue la performance sexuelle des jeunes hommes (!) :

  • dysfonctionnements érectiles qui ne sont pas soignables par les médicaments style viagra (car le problème n’est pas en dessous de la ceinture, il est dans le cerveau qui envoie des signaux toujours plus faible à la banane)

Cela n’a jamais été vu avant parce que Playboy est tout simplement très différent de ce que nous pouvons accéder à travers l’internet à large bande (haha, je me devais de faire ce jeu de mot geek). Les dysfonctionnements érectiles sont l’ultime problème, d’abord l’excitation diminue devant les films X, puis la libido diminue de manière plus générale et enfin il n’y a plus d’érection.

Un petit témoignage d’un mec dans la fin de la vingtaine. Il dit qu’il a été chez un psychiatre depuis 8 ans. Il a été diagnostiqué de plein de maladies différentes, a pris plein de médicaments différents. Il a été viré deux fois, était approché par les filles (car beau physique et bon statut) mais elle le quittait vite à cause de son étrangeté. Il était accro depuis ses 14 ans.

Il a arrêté le porno depuis deux mois. Ce fut terriblement difficile. Mais il a pu aussi arrêter toutes les autres médications. Il considère qu’il revit, il n’a plus de problème de mémoire, d’anxiété, ces dysfonctionnements érectiles ont disparue. Arrêter le porno était la clé !

Et de plus en plus de gens font comme lui et rejoignent des groupes qui abandonnent cette activité.

Temps pour revenir à la normale

On a constaté que le temps moyen n’était pas le même pour les jeunes et les vieux:

  • dans la vingtaine, il est de 4-5 mois avant de pouvoir avoir des érections
  • dans la cinquantaine, il est de deux mois

QUE ? Les vieux récupèrent plus vite ??

MAIS OUI, c’est à cause d’une variable. Si les vieux utilisent le porno depuis plus longtemps, ils n’ont pas commencé à le faire sur des connexions internet rapides !

La plasticité du cerveau

Quand les jeunes commencent à être accroc en surfant avec leur connexion très rapide à internet, leur cerveau est encore fort plastique et en plus ils produisent beaucoup de dopamines. Cela les rend plus vulnérables. ET à l’âge adulte, les gouts sexuels peuvent avoir été ancré dans un très haut niveau non compatible avec ce qu’ils peuvent avoir dans la vie réelle et créer de la panique. Heureusement, c’est réversible en cas d’abandon de l’addiction.

Au final, aller mieux, s’ouvrir sur le monde !

Ces abandons changent d’ailleurs réellement la façon de vivre de ces « drogués ».

Encore un témoignage parle de quelqu’un qui se sent beaucoup mieux, qui s’investit dans beaucoup d’activités etc …

L’orateur finit en nous demandant de faire confiance au groupe contrôle et d’être attentif aux effets bénéfiques que provoque l’arrêt de cette dépendance.

Conclusion

Cette vidéo est brillante et intéressante.

Mais, ma conclusion personnelle, c’est que, comme pour tout, il faut chercher et atteindre le juste milieu. Ici, on est face à une drogue puissante, beaucoup plus que les drogues synthétiques. Il faut donc être fort pour l’affronter, mais ce n’est pas forcément une raison pour ne pas y aller. Sauf si, bien sur, on a déjà démontré notre incapacité à la maitriser, clairement, là il vaudra mieux pour votre vie sociale d’arrêter tout.

En tous les cas, connaitre et comprendre ce qui est dit plus haut est très loin d’être inutile. Car si vous avez été ou allez trop loin. Ce savoir scientifique vous sera utile pour comprendre la cause des troubles éventuels de ce que vous vivez. Et ça vous évitera des longues séances improductives chez le psy si, au final, ce n’était pas des problèmes psychologiques mais tout simplement de dépendance qui étaient la cause primaire de tout.

Dans cet article, on évoquait pas les critiques des féministes vis à vis du porno. Cela pourrait faire l’objet d’un prochain billet mais je considère souvent que les critiques féministes se basent sur un porno dépassé pour émettre leurs critiques. Aujourd’hui, les gens ne consomment plus de manière passive devant leur TV, ils tapent des mots clés ou des catégories pour répondre à des fantasmes.

Je pense qu’on peut donc plus difficilement accuser les sites X d’influencer notre conception du sexe que ce n’était le cas avant. Surtout que le contenu amateur ou semi amateur est fort plébiscité, un contenu qui n’est pas concerné par les critiques d’avilissement de la femme vu qu’il représente la « vie réelle » ou une simulation plus proche. Enfin, il ne faut pas prendre les gens pour des imbéciles. Les jeunes, surtout s’ils ont eu un minimum d’éducation sexuelle savent très bien que ce qui se passe à la TV ou sur internet est différent de la vie réelle.

Et s’ils ne le savent pas, ils l’apprennent très vite.

Le cas « Paul I » ou quand le contrôle excessif de nos émotions nous conduit à la maladie

Evidemment, ce n’est pas son nom. La personne mérite l’anonymat. Que le cas m’ait été rapporté ou soit issu d’une observation directe n’a pas d’importance non plus. Si je vais vous parler de Paul I, c’est parce que son cas est très intéressant pour illustrer les dégâts du self contrôle permanent. Dans son cas, ce contrôle est totalement caricatural, mais cela peut aussi donner des enseignements aux personnes qui sont moins dans la maitrise d’eux même mais quand même suffisamment pour risquer la somatisation.

Personnalité et contexte

Paul I a rompu tout lien avec sa famille sous les conseils de son épouse. Il ne les voit plus et ne s’en porte pas plus mal car les choses n’ont pas toujours été évidentes pour lui.

Il a eu difficile à construire sa personnalité dans un environnement qui l’a finalement maintenu, encore aujourd’hui, dans une très forte immaturité affective et sentimentale.

Mais, cette situation ne l’a pas nécessairement aidé car elle a seulement changé son « référent toxique ». De parent à épouse. Il a été, est et reste extrêmement soumis.

Et sa femme ne l’a pas aidé à se créer des amitiés et des moments en dehors du couple. Ou alors des passions solitaires: les voitures. Chaque ami potentiel doit passer le filtre de la soumission à sa dulcinée. Et lui même est tellement immature qu’il en vient à bruler les étapes. Et comme quand on brule les étapes dans une relation amoureuse, on finit par se retrouver seul et/ou déçu, et bien ici en amitié, c’est un peu la même chose.

Nous ne nous pencherons pas sur la personnalité de son épouse qui vit dans un type de relations que je qualifierais de « parent -enfant » où elle est le parent indiscuté et l’autre l’enfant soumis. Ce qui ne veut pas dire qu’elle ne peut pas donner de la nourriture affective, bien au contraire, mais elle ne permet pas l’autonomie et l’épanouissement de ses compagnons de route (le veulent-ils vraiment ? on peut se dire que chacun se choisit en « connaissance inconsciente de cause »).

Cette situation se marque jusque dans le choix des animaux de compagnie. Le chat autonome et indépendant, rattaché à l’homme (qui désire probablement les attributs du chat) est dévalorisé. Le chien soumis, obéissant et rattaché à la femme est traité comme un prince et considéré comme un enfant, ce qui pourra presque paraitre ridicule à quelqu’un qui n’y est pas habitué. Cela va jusqu’à la place du chien sur le lit conjugal et à celle du chat dehors.

Son immaturité et les volontés de sa tendre moitié, qui ne désire pas partager son influence sur son époux, lui ont amené à avoir des attentes beaucoup trop fortes vis à vis de ses connaissances et amis. Si bien qu’il a finit par se retrouver de plus en plus seul, même professionnellement.

Notamment suite à un accident où il fut étonné de ne pas recevoir assez de nouvelles mais où cet étonnement fut également utilisé par la personne qui partage sa vie non pas pour relativiser mais bien pour enfoncer son désarroi.

Notons que les réseaux sociaux sont plus ou moins interdits dans la maison et que Paul I n’y est en tout cas pas inscrit. Alors que cela pourrait servir son besoin de socialisation mais que, justement, cela occasionnerait une autonomie plus grande.

Dans la vie de tous les jours, il y a évidemment des sujets de dispute et il est encouragé à se faire entendre, mais toujours pour perdre au final ou seulement sur des sujets mineurs. Il doit perdre, mais pas sans se battre, car à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire.

Voilà, pour le contexte en très bref.

De la théorie des pulsions

Concernant la compréhension un peu plus longue de ce qu’est une pulsion, je vous amène sur ce lien.

Ce que je vais, moi, vous en dire est que nous, humains, avons des désirs. Et ces désirs amènent des pulsions. Si je dois manger, j’aurai une pulsion qui va se créer en moi pour que je mange. Et quand j’aurai mangé, cette pulsion va disparaitre car elle aura été satisfaite. Si je vois un joli postérieur féminin dans une robe moulante et transparente, j’aurai sans doute une pulsion sexuelle et envie de lui faire l’amour. Et cette pulsion pourra éventuellement disparaitre grâce à la masturbation plus tard dans la journée.

Mais une pulsion peut aussi rester en nous quand on arrive pas à la satisfaire, même de manière détournée comme avec l’art par exemple. Et c’est là que commence le drame car ces pulsions occupent une partie de notre cerveau. Elles VEULENT être réalisées jusqu’à ce qu’on s’en soit débarrassées. Elles représentent de l’énergie en nous qui a besoin de se dépenser. Et elles trouveront toujours un chemin, tôt ou tard. Ne pas réaliser ses pulsions peut conduire à des maladies psychosomatiques graves, voir à la folie.

Paul I et la politesse

Or, notre ami, lui, les accumule à longueur de temps, les pulsions non réalisées. Pire que ça, en plus d’être soumis, il s’est aussi créé un système de valeur très contraignant, ce qui est d’ailleurs lié à son immaturité affective et ses exigences irréalistes en matière amicale. Donc, il va se contrôler énormément, mais peut-être sans même en avoir conscience. Je veux dire par là que les pulsions ne sont même pas toujours évacuées consciemment, parfois, elles passent dans la prison de l’inconscient directement sans passer par la case « je pense ».

Ainsi, la « normalité imposée » pour sa vie de couple ne l’autorise pas à se plaindre et à s’affirmer car il pense devoir agir comme ça. Il est probable également qu’il y a en lui une grande peur de se retrouver seul. Car s’il se dévalorise, il a donc également la crainte d’être un jour abandonné. Et d’un autre côté, la relations qu’il entretient lui donne l’impression d’une grande dépendance, ce qui est voulu par la personne qui partage sa vie (même inconsciemment). Se rebeller est non seulement interdit mais en plus représente un risque qu’il ne veut pas courir (car en plus viennent se greffer des sentiments amoureux) malgré sa vie de zombie et le manque de bonheur dù à sa solitude affective trop importante (qui en plus fait de lui une proie pour tout ce qui est manipulateurs ou manipulatrices).

Dans ma famille, enfants, on pouvait se traiter entre nous de « connards », « enc*lés », « vas te faire foutre ». Anormal ? Au contraire, souhaitable. Il est important de pouvoir exprimer ses frustrations. Et finalement, tout ce qu’on pouvait se reprocher, on se le disait, même parfois violemment mais on cohabitait finalement mieux que dans ses familles ou le non dit est trop présent. Non dit qui fait finalement en sorte qu’un jour plus personne ne se voit et les rancœurs persistent sans toujours s’exprimer jusqu’à la goutte d’eau qui crée la rupture abrupte avec certains d’entre eux.

Or, lui, Paul I, même en face de quelqu’un qui commettrait quelque chose d’extrêmement désagréable comme pêter dans son espace vital n’arrive pas à exprimer, même sur le ton de l’humour, une quelconque désapprobation: « putain, connard, t’as vraiment aucun respect ». Non, il ne le dira pas, il le gardera en lui. C’est donc même pire que la politesse car cette dernière aurait bien sur autorisé une réaction avec des mots choisis. Mais il ne dira rien.

Mais un jour les problèmes de santé

Après tant d’années à accumuler les pulsions en lui, il devait arriver ce qui devait arriver. Paul I perd le contrôle de son corps.

Médecins, neurologues, il enchaine les spécialistes. Mais aucun ne détecte ou n’arrive à rattacher son mal à quelque chose de connu. On lui donne bien des trucs mais l’efficacité de ceux-ci est proche de zéro. A chaque fois, c’est un coup très dur pour lui : son corps et son cerveau en prenne un solide coup. Mais si les médecins ne voient rien, il y a une raison simple à celà. Ce qui lui arrive est psychosomatique.

Ce sont ses pulsions qui cherchent à se libérer et quand elles atteignent un poids trop important ou que le contrôle sur le corps diminue (parfois à cause d’un mieux être !), ce sont des crises impressionnantes où le cerveau déconnecte et tous les muscles se contractent. L’énergie est dépensée partout où elle peut l’être. Et la mémoire viendra effacer ce traumatisme (comme par hasard). Paul I a d’ailleurs de fréquents problèmes de mémoire, ce qui n’est pas une somatisation anodine.

Cela pourrait presque ressembler à une vengeance du corps sur l’esprit qui le contrôle.

Dans son cas, donc, guérir demanderait de faire un travail sur lui-même pour acquérir la maturité qui lui manque, pour grandir, pour oser exprimer ses pulsions. Cela pourrait passer par des jeux vidéos violents notamment. Mais il est plus que probable que cela passerait également par l’évolution de la relation avec sa partenaire. Ou la compréhension par la partenaire du rôle négatif qu’elle joue.

En fait, cela créerait une révolution. Et c’est là toute la difficulté. Ils se sont connus parents-enfants. Si l’un évolue et pas l’autre, une incompatibilité pourra se créer. Par ailleurs, pour évoluer, il a aussi besoin qu’on lui lâche la bride ou qu’il voie d’autres personnes. Ou qu’il fréquente des lieux de débauche pour pouvoir se défouler pleinement en dehors du regard désapprobateur de sa femme. En bref, les changements sont trop importants pour la survie du couple. Sans vouloir dire que le couple ne peut que disparaitre, c’est un risque sérieux.

Et à son âge, vu les difficultés et les apprentissages qu’il devra faire pour réapprendre la vie en société, il n’est certainement pas prêt à prendre ce risque.

Nous avons donc un cas presque désolant où le mal est connu, le remède est difficile, très difficile à mettre en œuvre (on ne déconditionne pas comme ça quelqu’un si facilement) et le remède demande  également la guérison du partenaire (ce qui ajoute une très grande difficulté) de ses propres problèmes. Je dis désolant car les chances de guérison sont proches de zéro. Paul I finira donc probablement sa vie dans cet état de santé qui ne progressera pas. Sauf hasard de la vie.

Pour le praticien, l’ami, le sauveur, il peut être utile de tenter quelque chose mais encore faudrait-il que les deux ou au moins un des deux le veuille vraiment.

Car jusqu’à présent, ils avaient l’air d’y trouver leur compte. Sauf que cet équilibre a et avait un prix et qu’ils devront le payer. Mais le plus grand frein au changement sera encore le pire: nous ignorons tout de nous. Et nous ne voulons tout simplement souvent ne pas savoir, sauf pour certains esprits rares qui allient connaissances psychologiques et regard sur soit suffisamment avisé, peu nombreux sont les personnes capables de se remettre en question. Et tous les professionnels n’ont pas toujours les armes pour détecter. A fortiori si ce sont des médecins qui ne voient que par les maux physiques en oubliant que notre cerveau fait pour beaucoup dans notre santé.

Ce qu’on peut lire

Pour bien appuyer mon propos, pour lequel je n’ai pu donner trop de détails pour préserver un minimum l’anonymat, on peut se pencher sur diverses lectures que j’ai pu trouver sur le net et qui, globalement, sont intéressantes dans le présent cadre:

  • Cessez d’être gentil, soyez vrai. Je crois que tout ce que je raconte ici est très bien résumé dans ce titre. Mais le cas Paul I réfère aussi à un problème relationnel où une autre personne trouve un intérêt à se retrouver avec un « gentil ». Il n’est donc pas toujours vrai qu’en étant « gentil » on sera toujours rejeté. Mais, en réalité, le rejet est plutôt une bonne chose car elle nous incite à nous remettre en question alors que la relation durable qui se construit sans avoir guéri pourra elle être extrêmement toxique. On l’a vu plus tôt.
  • Une petite discussion sur le syndrôme du chic type. Discussion intéressante et qui représente bien le cas de Paul I vis à vis des femmes ou des hommes. Malheureusement pour lui, il a connu peu d’échec et est rapidement tombé sur la femme qui a entretenu sa soumission et sa solitude, même involontairement. Il a donc pu considérer, plus que d’autres chics types, que non seulement son comportement était normal et souhaitable mais en plus croire qu’il ne lui amenait pas de frustrations.
  • Une question posée par une femme qui se rend compte qu’elle préférait finalement son ex violent à son mec trop gentil. On peut toutefois espérer qu’elle finira par trouver le « juste milieu ».
  • Trop gentil pour être heureux. Le titre est explicite.
  • Un article de Dejours où on parle notamment de l’épilepsie et du lien qu’elle peut avoir avec le psyché (p. 21): « La crise épileptique est une réaction aigue, somatisation brutale qui s’achève dans la décharge motrice et l’effacement de la trace mnésique ; elle est une déconstruction et une désintrication ainsi que le dit Freud.
    Il semble bien que la crise soit déclenchée par la rencontre inopinée avec une réalité perceptive qui ne peut être prise en charge par le préconscient. Cela suppose que la perception en question ne peut être relayée et qu’elle heurte directement la zone sensible de l’inconscient non refoulé et non représenté. Cette zone recouverte jusque là par un déni de perception se trouve en quelque sorte activée directement par la rencontre avec la réalité qui a fit effraction à travers la barrière de déni. Cette situation n’est pas propre à l’épilepsie. Elle préside à toutes les crises somatiques. Ce qui est propre à l’épilepsie, c’est l’effacement qu’elle opère de la trace mnésique de la perception d’une part, et la décharge de l’excitation somatique dans la musculature striée et non dans les viscères.
    La crise épileptique signe un couplage entre perception et motricité qui protège d’autant le corps viscéral. »
  • Un article sur le processus de refoulement dont on parle plus haut et où l’énergie nécessaire à ce refoulement est mise en avant, notamment quand il y a trop à maintenir refoulé. Une phrase intéressante: « Il arrive aussi que par le biais de la somatisation, le corps souffre pour éviter la souffrance psychique due au retour du refoulé trop systématique ou à une réactualisation brutale d’un problème ancien qui empêche un nouveau refoulement. » Dans notre cas, le refoulement est quasi constant et la somatisation est à la mesure de celà par des crises épileptiques très brutales.