Faire confiance aux logiciels libres

Suivre les exemples et … en devenir un

Introduction

Les administrations sont toutes informatisées. Et elles utilisent donc toutes des logiciels soit pour faire de la « bureautique » (Word, Excel) soit pour utiliser des logiciels plus spécifiques. Cela pose des questions de gestion publique (cela a un coût), philosophique (logiciels avec code ouvert ou fermé) et de sécurité (comment garder une main mise sur les outils qu’on utilise sans être dépendant de sociétés multinationales). Très majoritairement, les logiciels utilisés aujourd’hui sont propriétaires. Windows est, par exemple, très certainement le plus répandu des systèmes d’exploitation et Microsoft Office est sans doute la suite bureautique la plus utilisée également (mais peut-être déjà moins).

Il s’agit donc bien d’un sujet politique qui mérite d’être débattu avant et après l’échéance électorale.

Vous trouverez une définition des logiciels libres ici. Les logiciels libres sont des logiciels dont on peut consulter le code, le modifier et le redistribuer. Pour faire simple. Ce sont donc des logiciels sur lesquels on a beaucoup plus de contrôle. Alors qu’à l’inverse un logiciel propriétaire rend extrêmement dépendant de son fabriquant et s’il fait faillite ou décide d’arrêter le support, cela peut créer de graves problèmes.

(c) factoryjoe

 

Pourquoi les logiciels libres ?

L’Association promotion des logiciels libres APRIL a réalisé un excellent cahier pour les élections locales françaises de 2008. Il reste évidemment d’actualité et je vous invite à le consulter.

On peut toutefois en rappeler une première raison évidente même si elle fait encore parfois polémique (des études disant parfois le contraire mais avec une crédibilité pas toujours très grande). Il s’agit du coût. Passer aux logiciels libres permet de faire des économies. Les coûts les plus importants de la migration sont liés à la formation mais voilà bien justement un coût qui s’efface ou se lisse à moyen long terme. Un article de la presse canadienne fait un peu le point sur cette motivation et un autre article récent fait le point sur la situation à la ville de Munich.

La deuxième raison, c’est la sécurité de deux points de vues. D’un point de vue de la continuité de l’administration d’abord. Ne pas être dépendant d’une firme privée pour les mises à jour, le support et l’utilisation des données enregistrées est très important. D’un point de vue protection des systèmes informatiques et des données d’autres part puisque Linux fait l’objet de moins d’attaques et qu’il y a moins de virus informatiques sur ce système actuellement.

La troisième raison est philosophique. Le logiciel libre promeut un mode de travail basé sur des valeurs de partage et de redistribution notamment. Cette philosophie est plus que compatible avec les services publics, elle est en pleine complémentarité.

La dernière raison est économique. Faire le choix des logiciels libres, c’est souvent faire le choix de PME et/ou de sociétés européennes. La ville et la province de Namur comprennent une grosse expertise en matière informatique. En faisant ce choix là, on peut favoriser ce secteur économique et même lui donner des armes à un moment où les logiciels libres sont de plus en plus vogue dans le monde. Cela favorisera des emplois locaux, l’économie locale et nos centres d’expertise académiques.

Points d’attention

Les migrations aux logiciels libres ne sont pas toujours des succès, il y a des risques. Cela demande un suivi fort et un engagement ferme des décideurs d’y aller.

Faisons le, pas à pas, doucement mais surement

Tout changement provoque toujours des réticences et les services informatiques comme les utilisateurs auront chacun leurs raisons pour ne pas vouloir bouger. Cela dit, une fois fait, ils deviendront les meilleurs défenseurs et ambassadeurs de leur nouvelle situation.

Nous pensons que cette migration ne doit pas se réaliser de manière dogmatique. Il faut évidemment commencer par ce qui est le plus simple et le moins délicat et, quand il n’y a pas d’alternative valable (ou d’alternative tout court), migrer reste un objectif mais plus lointain. Pour bien y arriver, nous préconisons donc d’étudier les difficultés qui pourraient survenir pour les différentes migrations possibles (bureautiques, OS, navigateur internet, logiciels maison). Vu les activités de la Province, une migration ne devrait normalement pas poser de problèmes mais c’est évidemment à étudier et à voir. Dans ce processus, il faudra évidemment se nourrir des expériences réalisées dans d’autres administrations similaires.

(c) terretta

Incitons ensuite les communes à suivre le pas également

Avec l’expérience acquise, la Province devra susciter les mêmes migrations dans toutes les administrations et intercommunales sur son territoire. Une cellule pourra y être consacrée. Les sociétés spécialisées sur notre territoire grandiront grâce à ces contrats. Cela deviendra aussi une vitrine pour le pays et une province exemplaire pour susciter un engouement beaucoup plus large. Si demain, des experts viennent de pays étrangers ou d’autres administrations belges pour comprendre et s’inspirer, on pourra alors estimer avoir réussi à être devenu une province exemplaire dans le domaine.

Bien sur, on peut ne pas être d’accord. Je pense que, si on avance pas plus dans le domaine, c’est sans doute d’abord par méconnaissance des politiques. Mais il peut y avoir également des opinions négatives qui se valent à ce sujet. N’hésitez pas à faire part des plus et des moins et à compléter cet article via les commentaires qui vous sont, comme d’habitude, ouverts.

Coopération au développement à la Province de Namur

La Province a une politique en matière de coopération au développement. Sur le site internet, aucune page n’y est pourtant consacrée, on ne semble pas beaucoup vouloir en faire la publicité. Je me dirige donc vers les « finances » pour tenter d’en savoir plus sur les montants investis dans le domaine mais les graphiques budgétaires ne mentionnent pas la coopération au développement. La note de politique générale 2012 n’en parle pas plus.

Des recherches sur internet mentionnent pourtant que la Province est active et cela via une ASBL. Il s’agit de l’ASBL Soutien aux pays de la francophonie. Sur la banque carrefour des entreprises, version publique, on peut accéder à sa fiche ici. La lecture du Moniteur Belge donne l’impression que l’ASBL est dans les faits sous contrôle provincial.

Cette ASBL a fait parler d’elle en 2009 dans le journal l’avenir et Jean Louis Close a répondu aux accusations sur son blog (comme ça, vous avez les deux versions). Depuis, ces incidents, les choses semblent s’être améliorées puisqu’il y a maintenant un contrat de gestion (conclu fin 2009, juste après les sorties médiatiques, vous pouvez le consulter en suivant le lien cg 2009 2012 asbl soutien pays fr). On peut espérer que l’exposition médiatique a renforcé le contrôle de gestion au sein de l’ASBL.

En continuant mes recherches, je vois que c’est le 22/11/2011 que l’ASBL apparait pour la dernière fois à l’ordre du jour du conseil provincial, il y était question d’une évaluation qui était réalisée pour le contrôle du contrat de gestion. Cette dernière est introuvable sur le site internet ou dans le bulletin provincial.

Le contrat de gestion avec l’ASBL devra être renouvelé après les élections. Pour moi, ce sera l’occasion de poser de débattre en profondeur de la manière dont la Province organise sa coopération au développement et de poser plusieurs questions :

  • faut-il passer par une ASBL privée provinciale ? ne peut-on pas plutôt passer par une ONG spécifique ayant une taille suffisante ? ou par les services de l’administration provinciale ?
  • quel que soit la forme choisie, ne faudrait-il pas beaucoup plus de transparence ? est-il normal de devoir chercher dans tous les sens pour avoir des informations intéressantes alors que le site internet devrait, de lui-même, rassembler toutes ces informations
  • la Province est-elle le lieu le plus adéquat pour faire de la coopération au développement quand c’est normalement le rôle d’autres niveaux de pouvoir ? on risque d’être en porte à faux vis-à-vis de ces autres niveaux de pouvoir si on ne se concerte pas assez avec eux, au minimum. Dans le cas présent « soutien aux pays de la francophonie », cela semble relever des compétences de la communauté française qui a elle-même un département international.
  • ne faudrait-il pas de concentrer sur les pays dont nous avons été les « colons » et avec lesquels nous avons les liens les plus forts ?

Au moins là dessus, je pense que le débat devra s’ouvrir nécessairement.

Transparence active, open data et cumul des mandats

Ecolo a toujours été à l’avant plan quand on parle de bonne gestion, de transparence et d’éthique en politique. D’autres petits partis se créent également avec des objectifs similaires (par exemple, le Parti Pirate).

Mais, au niveau provincial, comment pourrais-t-on faire ? Voici quelques pistes à débattre qui vont dans des directions assez différentes mais qui gardent à l’esprit un objectif de meilleure gestion et de plus grande transparence.

Open Data

Le mouvement « open data » est un mouvement qui vise à rendre de plus en plus accessibles, dans le respect évident de la vie privée, des données que possède les administrations ou organismes assimilés. De cette manière, chaque citoyen et les chercheurs peuvent faire des recherches et des enquêtes de manière facilitée, notamment. Avec les moyens technologiques actuels, cela devrait être plus que jamais facile et possible à mettre en oeuvre. Le potentiel est énorme.

Au niveau belge, il existe deux principaux sites internet qui font de l’open data: openbelgium et data gov (une initiative officielle du gouvernement fédéral).

La Province pourrait servir de facilitateur entre tous les organismes publics sur son territoire et les sites internet organisant l’open data listés ci-dessus (afin de garder une certaine centralité qui garantirait l’efficacité). Il faut savoir, d’une part, que la loi sur la publicité des actes administratifs de l’état rend obligatoire la diffusion, sur demande, de certaines informations en possession des organismes publics. D’autre part, les agents de la cellule « transparence » iraient rencontrer les différents responsables pour les inciter à libérer les données en leur possession de manière volontaire et régulière.

Je vais donner un exemple simple pour illustrer ce chapitre. Régulièrement, les organismes concernés diffusent dans la presse des chiffres sur le poids des poubelles (on les a également avec la taxe déchets), le taux de recyclage, etc … Mais je ne trouve pas ces données sur internet facilement. Voici des données qui seraient concernées certainement par l’open data. Idem en ce qui concerne le résultat d’analyses de l’eau (qui devraient pouvoir se faire en un seul fichier ou interface unique pour toute la Wallonie).

Cumul des mandats

Le cumul des mandats est souvent, à raison, décrié et ce n’est pas par hasard si celui-ci est de plus en plus réglementé.

Toutefois, avec le site internet Cumuléo, on peut se rendre compte que si l’obligation de déclaration de ses mandats est une bonne chose et est utile, l’information dont on dispose actuellement via cette déclaration est très loin d’être suffisante ou assez précise. En plus, elle ne décrit que les mandats publiés via le Fédéral. Une déclaration de mandats existe également au niveau wallon tout en étant légèrement différente mais elle ne connait pas, elle, de diffusion.

Pour améliorer cette information, la cellule « transparence » serait chargée, pour les mandats et mandataires locaux, de partir à la pèche aux informations et à les rendre publiques. Cela concernerait aussi bien les « asbl » sous contrôle public que les intercommunales. Pour chaque mandat, on connaitrait le nombre de réunions, la durée de celles-ci, les ordres du jour, les présences à celles-ci, les documents de travail (avec des exceptions évidentes pour le respect de la vie privée et aucune information stratégique pour les secteurs concurrentiels) et le montant des jetons de présence et le détail de tous les avantages dont bénéficient les mandataires.

Ces informations seraient ensuite rendues accessibles facilement via un site internet et une API pour les développeurs qui voudraient les utiliser (sous le principe de l’open data). Par exemple, il deviendrait facile pour Cumuléo d’ajouter les informations ainsi obtenues aux siennes.

Ce serait très utile car les informations actuelles ne différencient pas les mandats rémunérés avec des montants très faibles de ceux qui le sont avec des montants ou des avantages beaucoup plus élevés. Ce serait également utile car un mandat avec une réunion par semaine ne demande pas la même charge de travail que celui exercé dans une petite ASBL avec une réunion annuelle de 30 minutes.

Communication de la Province sur elle-même

Comme on peut le voir dans un autre article sur ce site, la Province a encore des efforts à faire pour être plus transparente. Nous ne trouvons pas copie des comptes mais seulement des budgets, les PV sont extrêmement concis et très peu lisibles et le site internet n’est pas toujours bien mis à jour (on y parle encore du contrat d’avenir wallon). On y trouve aucune information sur l’organigramme, la répartition des agents par direction d’administration, les méthodes utilisées pour le recrutement, les projets mis en oeuvre de gestion des ressources humaines, ce que la province fait pour être plus verte, etc … On ne peut pas dire qu’il n’y ait pas d’informations du tout, certainement pas, mais le plus gros de l’information n’est pas accessible (l’évaluation du contrat d’avenir n’est pas téléchargeable sur le site mais les conseillers en ont reçu une version … papier) ou difficilement (du genre aller voir dans un document de politique générale de plusieurs dizaines de pages pour trouver une information).

Nous voudrions donc que la Province s’ouvre plus et apprenne  à mieux communiquer sur elle-même. Cela veut aussi dire plus de communication « désintéressée »; c’est à dire ne pas communiquer uniquement à l’approche des élections en citant les noms des députés provinciaux. Au niveau wallon, les ministres ne peuvent désormais plus communiquer en citant leur nom, cela devrait devenir possible également à la Province.

Obligation de pointer ou pas ?

Il s’agit d’un grand débat qui couve depuis quelques années. Faut-il enregistrer le temps de travail à l’aide d’une pointeuse ou pas ? La réponse a cette question aura souvent une incidence sur le temps de travail, le présentéisme et la façon de contrôler le travail. C’est donc, en réalité, très loin d’être anodin.

Pour amorcer le présent article et avant de vous présenter notre position, voici trois petites lectures intéressantes que nous vous conseillons. Si vous ne voulez en lire qu’une, lisez la première. Elle est vraiment excellente.

(c) Waqas Ahmed

L’article du Monde évoque le problème du présentéisme. Il est vu différemment de part et d’autre de l’atlantique. Bien ici, mal là bas. Et pour cause  Ron Goetzel, chercheur à l’université Cornell (Etats-Unis) a étudié que le présentéisme « dégradait la productivité d’une équipe ».

Le salarié abusivement présent finit par pécher par manque de concentration, piètre communication, travail à refaire. «  Les coûts liés au présentéisme représentent de 18 % à 60 % des coûts qu’un employeur doit supporter en raison des problèmes de santé de ses salariés » décrit-il.

Frank Van Massenhove dans la même ligne d’idées évoque l’importance pour l’entreprise d’avoir des collaborateurs heureux, ce qui serait incompatible avec le présentéisme:

De plus, notre organisation ne tire aucun avantage des collaborateurs qui travaillent 9 heures par jour en moyenne. La détente, les bons amis et une famille chaleureuse sont aussi importants pour nous que pour nos collaborateurs.

Dans l’article du Références, Laurence Vanhée explique pourquoi elle ne pointe plus. Son crédo est qu’on doit pouvoir travailler où et quand on veut avec une orientation résultats et non pas un objectif de présence au bureau. Cela implique le télétravail. Cela implique également une flexibilité que seule l’absence de pointeuse permet.

Laurence Vanhée, de son côté, ne pointe plus depuis longtemps. Ce qui lui permet de conduire son fils à l’école et de le rechercher, chaque jour, en fin de journée. Tout en travaillant le soir et le week-end.

La pointeuse est donc un outil qui peut jouer contre un bon équilibre entre vie privée et vie professionnelle. Mais elle a aussi des avantages. C’est pour ça que les syndicats la défendent souvent comme dans l’article de Références. Elle permet d’éviter qu’un travailleur s’investisse justement de trop et est une preuve objective contre l’arbitraire potentiel d’un supérieur hiérarchique.

Au SPF Sécurité Sociale, Frank Van Massenhove est opposé à la pointeuse mais il reconnait qu’elle peut avoir son utilité. C’est pour ça que le système qui a été mis en place prévoit qu’on peut faire le choix de pointer ou de ne pas pointer. Et ce choix a aboutit aux résultats suivants:  en 2009, au début, 43% des travailleurs ont fait le choix de continuer à pointer. Aujourd’hui, ce chiffre est descendu à seulement 13%. Sans doute la meilleure preuve que le système fonctionne bien.

Mais, ne soyons pas « angéliques », pour que cela fonctionne, il faut évidemment instaurer une culture d’entreprise qui fait la place belle à la confiance et il faut que cette culture soit partagée par le management. Peut-être est-ce là la clé du succès du SPF Sécurité Sociale et il faut certainement y être attentif.

En tous les cas, à titre personnel, je ne peux que partager les réflexions émises par FVH sur cet objet servant à mesurer le temps. Peut-on trouver normal qu’un « chef » ne se pose la question du travail de ses collaborateurs que quand on propose de supprimer la pointeuse ? Trop de chefs ont pris l’habitude de contrôler uniquement la présence de leurs employés bien plus que leur travail et leur efficacité réelle. Et dans ce jeu malsain, celui qui en fait le moins mais qui a l’avantage d’habiter à proximité du travail ou qui, malheureusement, ne se soucie pas de sa vie de famille peut parfois avoir plus de jours de congés que son collègue qui fait bien (voir très bien) son travail et parfois plus encore que ce qui est demandé, mais qui n’a pas l’occasion de travailler suffisamment longtemps pour obtenir des récupérations.

Ainsi donc, en partant d’un petit débat sur un bête outil de mesure du temps, on peut en arriver à des réflexions bien plus fondamentales sur la récompense de l’effort, l’équité, le travail d’un N+1 et le contrôle des résultats.

Si vous ne l’avez pas encore fait, lisez l’article de Frank Van Massenhove. Et discutons-en ! Ce débat est fondamental.

 

La méfiance peut exister au début, et je le comprends fort bien. Le changement est toujours difficile et fait peur. Mais les chiffres du SPF Sécurité Sociale montre que ce changement peut se dérouler de bonne manière et être couronné de succès voyant le nombre de personnes pointant passant de 43 à 13%, volontairement.

Demain, après-demain, après-après demain, votre organisation pourrait se retrouver dans les meilleurs employeurs de ce pays si elle mène le débat de la pointeuse et qu’elle réfléchit également aux débats annexes qui y sont liés. Les travailleurs de nos organisations le méritent.

Economies d’énergies : rénover vite pour économiser plus

Le coût de l’énergie ne diminue pas avec le temps. Au contraire, avec l’épuisement des ressources fossiles, il a même plutôt tendance à augmenter toujours plus vite.

Ainsi donc, il ne faut pas partir de l’idée que la rentabilisation d’une installation économisatrice d’énergie (ou productrice d’énergie renouvelable) ne doit pas se calculer sur de coûts énergétiques qui seraient restés constants mais qui, au contraire, auraient continué à augmenter. Cela veut donc dire que chaque année qui passe sans agir alourdit la facture finale.

À bien y réfléchir, je pense donc qu’il faudra mettre les grands moyens pour agir au plus vite (une décision qui intervienne dans les douze à dix-huit premiers mois après l’installation du nouveau Conseil provincial) et concrétiser un plan d’actions sur tous les bâtiments dont la Province compte garder la gestion dans le futur. Cela devra se faire par une analyse de la situation qui proposera au Conseil Provincial les situations budgétaires chiffrées et détaillées suivantes :

– option minimaliste: le maximum d’investissements possibles sans devoir mettre un sou (auto financé par les économies réalisées, avec le surplus de certaines économies qui compense le déficit d’autres)

– option médiane: on ajoute une intervention de la Province pour bouger le curseur et augmenter les travaux à réaliser. Cette intervention permettra d’assurer le financement de mesures supplémentaires qui sont rentables mais pas assez pour s’auto financer

– option maximale: on ajoute le montant nécessaire pour procéder à toutes les opérations d’économie d’énergie recommandées (suivant un choix recherchant le meilleur rapport coût / bénéfice en ce qui concerne la technique choisie) pour augmenter l’efficacité énergétique des bâtiments

– option maximale bis: on ajoute le montant nécessaire pour faire passer tous les bâtiments dans le standard « basse énergie »

(c) Jean-Michel BAUD // Cette photo n’a pas un lien direct avec l’article mais est liée au thème des défis énergétiques

Une fois cette étude en main, le Conseil provincial aura toutes les cartes en main pour débattre et se décidera rapidement sur les montants qu’il voudra investir dans l’opération. Etant entendu que grâce à la connaissance précise des besoins apportée par l’étude, si des moyens budgétaires supplémentaires se libéraient les années suivantes, on pourrait alors les affecter adéquatement pour augmenter la liste des travaux sans problème.

La décision prise, il reviendra alors au Collège de l’exécuter avec toute l’autonomie nécessaire sur le choix des modalités de partenariat éventuel et de financement et il pourra lancer au plus vite les appels d’offres nécessaires.

Quelques années plus tard, un bilan intermédiaire sera effectué et une comparaison entre les résultats attendus et obtenus sera présentée au Conseil provincial. Ce dernier mettra à jour la décision de départ en prenant en compte le « réel ». Le Collège pourra alors terminer le programme des travaux jusqu’à la fin de la mandature.

Au final, ce sera un investissement qui aura profité à la planète, aux finances provinciales et qui aura augmenté la valeur du patrimoine de celle-ci tout en procurant ou garantissant de l’emploi à des entreprises de la Province. La Province de Namur est VERTE sur une bonne partie de son territoire, rendons-là toujours plus verte également dans la gestion de son administration et de son patrimoine. Faisons en une administration exemplaire et qui attirera les décideurs d’autres administrations qui chercheront à nous copier. Soyons un exemple pour les autres.

N’hésitez pas à utiliser les commentaires pour débattre de la présente proposition si vous voyez des pistes d’amélioration.

Le télétravail : une nécessité ?

Pour écrire cet article, je me suis basé sur mon expérience de travailleur au SPF Sécurité Sociale, mes études et mes recherches sur le sujet. Toutefois, je vous recommande un article intéressant qui vient de l’écho si vous cherchez une source plus « neutre ».

Bien loin l’époque où on ne voyait dans le télétravail qu’une possibilité d’améliorer la mobilité en diminuant les déplacements. Aujourd’hui, les expériences de télétravail dans l’administration ou ailleurs se sont développées très fortement et on a un peu plus de recul et tout autant de bonnes raisons de l’implanter dans un nombre plus important d’administrations. Passons en revue quelques bonnes raisons et balises et tirons-en ensuite les conclusions pour les services de la Province.

Une meilleure mobilité

Commençons par un des arguments les plus vieux mais pas pour autant dépassé. Les administrations locales n’échappent pas au problème de la mobilité. Si elles comprennent souvent des travailleurs qui habitent plus près de leur lieu de travail, sur courtes distances, la voiture est parfois plus rapide et pratique que les transports en commun. Et les transports en commun sont souvent bien remplis aux heures de pointe qui sont, pour ceux qui travaillent près de chez eux, souvent similaires aux heures où les écoliers empruntent le bus.

Voir moins de personnes sur les routes, que ce soit dans un bus, un train ou une voiture présente donc un réel intérêt.

Moins de perte de temps / des temps scolaires plus gérables

Même pour des trajets « courts », on peut souvent perdre une heure dans les transports et c’est déjà ça de gagné lors d’une journée de télétravail. Le stress est également moins présent quand il ne faut pas multiplier les trajets et les horaires boulot / école /crèche. Avec des enfants plus grands et autonomes, il est même possible de faire une pause le mercredi pour aller chercher les enfants à l’école, puis de reprendre le travail.

(c) Samwebster

Des économies

Certains ne chauffent pas leur maison quand ils ne sont pas là. Moi, j’ai toujours eu l’impression qu’il vaut mieux avoir une maison qui est chauffée de manière sobre en continu plutôt que de devoir avoir à mettre les radiateurs à fond quand on rentre du travail. Ma consommation personnelle ne changerait donc pas en télétravaillant. Par contre, pour l’employeur, le télétravail offre la possibilité de substantielles économies présentes ou futures. En effet, si le lieu de travail est organisé avec les principes du Clean Desk et du Dynamic Office (pas de bureau personnel), on peut diminuer fameusement le nombre de m² à louer et à chauffer. Le SPF Sécurité Sociale économise par ce principe là 9 millions d’euro sur ces frais de fonctionnement. Pour un SPF de 1000 personnes (c’est plutôt petit par rapport à d’autres mastodontes), c’est déjà un beau résultat et on imagine très bien ce que ça pourrait donner si on l’appliquait plus largement. Où si on l’appliquait à la Province (qui a un nombre plus ou moins équivalent d’agents).

Un bien être renforcé pour les agents / une productivité en hausse / un employeur Sexy

Le télétravail rend les agents plus heureux. Par le principe de confiance, par la possibilité de dormir plus, par le fait de ne plus devoir faire face avec les soucis quotidiens de train ou de bus en retard, par la possibilité de mieux gérer ses différentes vies (familiale et professionnelle), l’employé qui bénéfice du télétravail est plus heureux. Et le cas du SPF Sécurité Sociale montre également qu’il est plus productif. Ou encore que son administration attire plus de talents pour qui les conditions de travail peuvent être très importantes. Or, les tensions sur le marché de l’emploi dans les années à venir font que les administrations ont tout intérêt à se rendre « sexy » dés maintenant pour continuer à attirer les talents demain au moment où le recrutement sera rendu le plus difficile, notamment pour des fonctions critiques.

Travailler depuis l’endroit où on se sent le mieux, c’était un rêve, cela deviendra de plus en plus la réalité. Moins de stress = un travail mieux et plus vite fait.

(c) citrixonline

A lire ceci, on pourrait croire que tout est parfait. Il y a cependant quelques balises qu’il est nécessaire de garder à l’esprit pour que ce soit une réussite.

Trois jours max

Le plafond actuel dans l’administration fédérale est de trois jours maximum. Trois jours ne me parait pas de trop. A vrai dire, je ne suis pas certain qu’aller au delà poserait vraiment problème mais je pense que cette limite reste une balise intéressante pour la généralisation du télétravail. Elle garantit un minimum de lien avec le lieu de travail officiel et est également une garantie aux adversaires de la mesure.

Libre choix

Il va sans dire que le télétravail devra toujours rester un libre choix. Ca ne se discute même pas.

Hiérarchie qui partage certaines valeurs

Si votre hiérarchie ne vous fait pas confiance, vous en demande deux fois plus quand vous êtes en télétravail, contrôle chaque minute passé loin du bureau et vous reproche les avantages même du télétravail (meilleure organisation du temps notamment), alors ça ne pourra JAMAIS marcher. Pire, cela vous donnera une mauvaise expérience de la chose. Il est donc important, avant de se lancer d’introduire des valeurs essentielles comme la confiance et l’orientation résultat et de faire également bien comprendre que la mesure vise EGALEMENT à mieux concilier la vie privée et professionnelle et que ça ne peut donc être reproché à l’agent.

Important, si ce n’est fondamental.

Droit réel et obligation de moyens de la part de l’encadrement

Le télétravail doit être un droit et non une faveur. Cela pour autant, évidemment, que le travail le permette (mais la logique est bien de permettre au plus grand nombre d’y accéder). Et pour que cela puisse être un droit réel, l’employeur doit avoir l’obligation de faire tout ce qui est en son pouvoir pour rendre le processus de travail « télétravaillable ». C’est ainsi que la numérisation des dossiers, si elle est nécessaire au télétravail, sera entreprise. Il s’agit, en réalité, d’une vraie OPPORTUNITE pour l’organisation qui se voit obligée de redéfinir certains de ses processus de travail, souvent pour les numériser, en tous les cas pour les rendre plus efficaces pour l’agent et le citoyen (car la numérisation offre beaucoup de possibilités qui vont dans le bon sens).

Conclusion

Introduire le télétravail à large échelle, devenir une administration pilote qui marcherait sur les pas des organisations les plus modernes de ce pays et le faire savoir, voici des ambitions qu’on peut avoir pour l’administration provinciale. Si on le réalise dans une politique coordonnée de GRH modernisée, cela sera certainement au bénéfice de tous : citoyens ET fonctionnaires.

La placardisation dans les administrations

[article mis à jour le 09/03/2013 et le 15/09/2014]

Voici un sujet qui me tient à coeur. D’abord parce que je suis fonctionnaire, ensuite parce que j’aime la bonne gestion et, enfin, parce que c’est un gros problème de Gestion des Ressources Humaines et que c’est un peu mon domaine d’études.

Petite définition de la placardisation (après une recherche rapide sur internet, je n’en ait pas trouvé de satisfaisante) par moi-même:

La mise au placard d’un agent est le fait de lui retirer tout travail et/ou de détériorier fortement son environnement de travail (local, bureau, absence de lumière) tout en le mettant à l’écart de ses collègues. Il s’agit d’une forme de harcèlement moral. Les raisons peuvent être diverses. Parfois le placard existe dés le départ car le recrutement se fait pour une fonction pour laquelle il n’existe pas suffisamment de travail. Dans ce cas, le placard n’est pas intentionnel mais n’en fait pas pour autant moins de dégât. Cette situation est vécue comme une honte et sera cachée le plus souvent à l’entourage. Des techniques seront même parfois mises en oeuvre pour simuler un excès de travail ce qui rend la détection de ce type de situation paradoxalement plus difficile.

Zoé Shepard (de son vrai nom Aurélie Boullet) a écrit deux livres. Un premier « Asbolument débordée » et un deuxième « Ta carrière est finie« . Je vous les recommande tous les deux. Le premier est plus humoristique, le deuxième un peu plus dramatique mais tous les deux sont « réalistes » et certainement intéressants.

A propos de « ta carrière est finie » qui évoque plus particulièrement la placardisation, je vous invite à regarder la vidéo suivante présentant une petite interview de l’auteure. Elle ne dure que quatre minutes et, même si vous avez déjà lu le livre, ça rafraichit un peu en mémoire certains messages de ce dernier.

La Province de Namur est une grosse administration (plus de 1000 agents). Le risque que des gens se retrouvent dans un placard existe. Il est même certain car la Province a déjà été condamnée pour un fait pareil (cf cet article dans l’avenir) [mise à jour du 09/03/2013: nouvel article de l’avenir ou on confirme la condamnation] [mise à jour du 15/09/2014: article où on précise que les coupables ont été punis par leur parti]. Ce qui s’est passé pour cette femme est inqualifiable et n’aurait jamais du se produire. L’article évoque également d’autres pratiques qu’on dit « du passé » mais dont rien ne garantit qu’elles n’existent pas encore aujourd’hui.

Ce que je voudrais pour la Province de Namur, c’est une Gestion des Ressources Humaines qui soit attentive à détecter les placards, qui y mette fin et qui punisse ceux qui y ont recours. Et qui soutienne ceux qui l’ont subit. Ca passe par d’autres pratiques de gestion et l’oubli total des pratiques du passé comme celles dénoncées dans l’article (voir plus haut). La majorité actuelle étant là depuis 1985, elle se dédouanera difficilement de sa responsabilité dans cette affaire.

J’ai déjà quelques idées qui pourraient être mises en pratique par une nouvelle majorité:

– coaching et accompagnement des carrières par des agents de la cellule RH

– analyse des besoins et des fonctionnements des services avant tout recrutement ou tout remplacement de départ à la retraite (et réalisation de ce travail par des gens qualifiés, de préférence l’audit interne)

– analyse des taux de turn over et d’absentéisme par service ou équipe et enquête lorsque les taux se révèlent alarmants

– mise en place d’une manière anonyme, pour le service RH, de recevoir des plaintes sur le fonctionnement d’un service

– création d’une cellule d’audit interne placée directement sous l’autorité d’un chef ne devant rendre des comptes qu’au Conseil Provincial et désigné par ce dernier après appel à candidature large

– mise en place de procédures de mobilité interne facilitées permettant à des agents de s’investir dans des projets de l’institution sur une part de leur temps de travail ou de changer de fonction facilement et rapidement sur accord de l’audit interne

Si vous avez d’autres idées pour faire avancer le schmilblick ou des critiques sur les idées émises ici, n’hésitez pas.

Schéma de développement commercial de l’arrondissement de Namur

L’implantation d’un nouveau centre commercial se fait-elle, à Namur, à la légère ? 

Face à certaines interrogations légitimes (cela aura un impact sur une large partie de la Province de Namur et en tout les cas sur son chef lieu), j’ai donc voulu me renseigner sur l’impact du projet « Coté Verre » de City Mall (ex Foruminvest).

Assez rapidement, on se rend compte que deux études ont été commandées. Une par le promoteur et une par la région wallonne (cette dernière est dite « schéma de développement commercial de l’arrondissement de Namur »). Ne croyant aucunement dans la possibilité que le promoteur diffuse son étude, je décide d’aller demander celle de la Région Wallonne (document public puisque financé par des fonds publics). Il ne me faudra que quelques jours d’une personne à l’autre par échange de mails pour réussir à l’obtenir.

Elle comprend trois phases. La première a consisté en un diagnostic de l’existant. La deuxième a étudié ce qui pouvait être développé et l’analyse des conséquences pour chacune de ces possibilités. La dernière, la plus intéressante, s’appuie sur les deux premières phases pour fournir des conseils à l’autorité publique. Je la mets à disposition pour que vous puissiez la lire en cliquant sur le lien suivant (et comme ça vous évitez de faire le même parcours que moi et d’ennuyer des personnes qui ont autre chose à faire) :

Phase 3 du Schéma de développement commercial de l’arrondissement de Namur

Que dit cette étude ?

Besoin d’un centre commercial

Qu’il y a des manques commerciaux à Namur (dans certains secteurs), que la situation de la ville pourrait se dégrader si rien n’est fait (notamment pour offrit des moyennes et grandes surfaces), que la ville a de beaux atouts à défendre et à renforcer, qu’il y a une évasion commerciale (clients qui font leurs courses ailleurs) importante dans certains secteurs et que les loyers sont trop élevés, notamment. Que de ce fait là, l’augmentation du nombre de surfaces commerciales est tout à fait nécessaire.

Esquisse du projet Côté Verre de City Mall

Être attentif au bas de la ville

Elle dit également qu’il y a des dangers pour le bas de la ville si la délivrance du permis socio économique ne mets pas certaines barrières. Que de ce point de vue là, il y a donc une maitrise possible. Ainsi, si l’Inno rejoint le centre commercial, d’autres locomotives devront impérativement le remplacer ou alors il faut empêcher l’Inno de déménager. C’est possible en définissant la grandeur des surfaces commerciales que devra accueillir le centre. Il y aurait un intérêt économique à déménager l’Inno (il est deux fois plus petit par rapport à ceux des autres grandes villes wallonnes) mais cela comporte un risque si on ne prend pas garde que la Fnac ou Média Markt, par exemple, ne le remplace et donc n’aillent pas également se mettre à l’intérieur de « Côté Verre ». Vu les tailles différentes des uns et de l’autre, il est tout à fait possible d’interdire l’un en interdisant l’autre.

Par ailleurs, l’étude met en avant la spécialisation dans l’Horeca qui continuera dans le Vieux Namur et qui est une bonne opportunité pour ce quartier.

Bien positionner le centre + perméabilité

Il doit être proche des transports en commun et du centre ville. Ce sera le cas. Il doit également être le moins « autarcique » possible. On doit pouvoir passer du centre à la ville facilement et par différents endroits, il ne doit pas non plus être trop grand. Ce sera le cas et ce fut clairement imposé au promoteur.

Dimensionner correctement

Si on compare avec un indice complexe prenant en compte le contexte socio économique et la grandeur de la zone de chalandise, la ville de Namur peut accueillir 20 000m² supplémentaires pour monter un peu au dessous du niveau de Charleroi ou de Mons au niveau de l’offre. Elle est en tout cas la grande ville ayant l’indice le plus bas, de loin, actuellement.

Si on tient compte du nombre de commerces déjà existants, la dimension maximale va de 23 000 à 25 000 m² pour ne pas phagocyter les axes déjà existants.

Le projet prévoit 20 000m² brut (c’est à dire y compris couloirs, etc). On est donc dans l’ordre d’idée des balises émises par l’étude. Ouf.

Limites du présent article

Bien sur, ici, je ne parle que de l’étude SDC/AN. Je ne parle pas du permis socio économique car je ne possède pas ce dernier mais je fais entièrement confiance à l’échevine du commerce et à l’échevin de l’aménagement du territoire pour avoir respecté les consignes d’Augéo (auteur du schéma) lors de la rédaction de celui-ci. Par contre, la lecture d’une étude comme celle-ci est toujours intéressante et instructive pour comprendre les enjeux en question. Je vous invite donc, si vous avez un peu de temps et que vous vous intéressez au dossier, à le faire.

Je reste évidemment ouvert au débat (les commentaires sont là pour ça) mais ce projet me semble un plus pour la Province de Namur qui risque sinon de voir sa position commerciale s’affaiblir au profit de LLN, Charleroi, Liège ou d’un centre commercial déconnecté du centre. Et aucune de ces options n’est clairement bonne pour l’économie namuroise, pour la vie de la Capitale ou pour l’environnement (à mon avis).

L’enjeu sera de ne déforcer aucune partie de Namur (on pense au bas de la ville) notamment en y gardant des locomotives commerciales et en continuant à y garder une attractivité forte de l’Horeca (en imaginant que les chalands du centre iront manger ou boire un verre après avoir fait leur course et repasseront devant les commerces du bas de la ville ou tout simplement se rendront dans une des locomotives restantes du bas de la ville).

Que fait la province de Namur avec son argent ?

La réponse à la question va être difficile à donner. Ou plutôt, elle sera imparfaite. Quand on veut savoir ce que fait un pouvoir communal ou provincial avec son argent il est utile de regarder le budget mais il est surtout utile de regarder les comptes. Car seuls ces derniers reprennent les dépenses réellement effectuées.

Or, à la Province de Namur, les derniers comptes publiés sont ceux de 2006. Il y a six ans, donc !

J’aurais pu m’arrêter là et faire une « brève » en indiquant qu’avec Ecolo dans la majorité, ça ne se passerait pas ainsi et les comptes seraient publiés.

Mais, ce serait un peu court car l’analyse du budget peut elle aussi révéler des éléments intéressants. Après tout, ce n’est rien de moins que ce que l’on prévoit de faire avec notre argent.

Budget et note de politique générale 2012

Le budget 2012 ordinaire est publié ici. Je vous copie les deux graphiques ci dessous. Seul le budget ordinaire est représenté, pourtant, le budget extra ordinaire (dépenses non récurrentes, en gros) mériterait lui aussi plus de publicité.

Avec ces deux graphiques, on est pas encore super avancés.

Heureusement, une note de politique générale existe et explique en 38 pages une partie de ce budget provincial.

Si, depuis 2009, nous avions droit à la présentation des dépenses par secteur et des dépenses en répartition économique (dette, personnel, frais de fonctionnement), ce n’est pas le cas en 2012 mais j’ai l’impression qu’il s’agit seulement d’un simple oubli de la personne chargée de mettre à jour le site.

Analyse rapide

1. Les chiffres

Ce que les graphiques ne montraient pas, la note budgétaire le dit. La Province, c’est, « en prévision » (nous sommes dans un budget), 151 millions de recettes, 141 millions de dépenses et boni de 8 millions à l’exercice général.

Les recettes étaient encore de 133 millions en 2007. L’augmentation est donc de 18 millions ou de 13,5%. Ca peut paraitre beaucoup mais il ne faut pas oublier que l’inflation joue aussi dans ce chiffre et qu’une part importante des dépenses sont des salaires qu’il faut indexer régulièrement.

2. Le personnel

Sur les six dernières années, il y a 40 équivalent temps plein qui ont été perdus (-3,7%). Mais il y en a aussi à l’heure actuelle 40 de plus qu’au plus bas de ces six dernières années (où la baisse avait été de 7,5% par rapport à 2006). Le nombre d’agents est au total de 1023,24 ETP.

3. Charge de la dette

Apparemment, la province se désendette, ce que nous ne pouvons que souligner positivement. La charge est passé de 20 millions (tout de même !) à 17 millions.

Conclusion rapide

Il est positif de constater que la Province se désendette et qu’elle investit dans des secteurs importants comme l’enseignement. Son personnel est en légère diminution. Ses dépenses et recettes augmentent sans que cela ne soit trop important au regard de l’inflation.

Toutefois, la note de politique générale donne des informations sur les dépenses mais sans aucune exhaustivité et parfois de manière bien trop parcellaire. Il est difficile d’examiner réellement ce que représentent les chiffres et les services que rend la province. On ne peut pas se contenter de chiffres qu’on nous donne ici et là sans plus d’informations.

Et c’est là que se situe le problème. Les comptes ne sont pas disponibles du tout (bien sur nous ne nous attendions pas à retrouver ceux de 2012 mais au minimum ceux de 2011) et les chiffres budgétaires sont très généraux. Ils devraient pouvoir être disponibles, détaillés jusqu’au dernier carat. Cette exigence nous parait plus qu’élémentaire. Tous les chiffres devraient pouvoir être disponibles et nous le réclamerons pour que tous les citoyens puissent jouer leur rôle et s’informer exactement sur la situation de leur province.

Quartier de la gare de Namur

Pour introduire

Bien qu’il ne s’agisse pas d’un enjeu dépendant de l’institution provinciale, il s’agit quand même d’un débat qui m’intéresse et qui aura des conséquences pour un territoire bien plus large que celui du seul chef lieu de la province. Je ne suis pas candidat à la commune mais je reste un citoyen namurois, je me permettrai donc de m’exprimer ici brièvement sur le sujet et ce sera principalement en tant que citoyen namurois plus qu’en tant que candidat provincial (autrement dit, je n’engage pas mon parti même si je ne contredis pas ses positions sur le sujet).

Pour résumer un peu, je parle ici du réaménagement du quartier de la gare avec notamment le déménagement de la gare des bus sur le toit de la gare SNCB, la construction d’un centre commercial de 20 000m² pour les grandes et moyennes surfaces, l’extension du nombre de places de parkings et la libération de la voiture sur la moitié des voiries devant la gare. Pour simplifier.

une vue du projet actuel

Position du PS

Par rapport à cela, les trois partis dans la majorité partagent le projet. Il est donc intéressant de voir ce que propose l’opposition au conseil communal (PS) d’autant plus que celle-ci était dans la majorité lorsque les premiers projets furent discutés avec le promoteur. Page 15 de leur programme, ou ici, on peut lire ceci:

« Réaménager le square Léopold  et recréer le lien entre Namur et Bomel  par la couverture des voies de chemin fer. »

Ce n’est pas très précis mais heureusement, une candidate PS (pas n’importe qui: numéro 3 sur la liste) a décrit un peu plus ce qui est entendu par là dans un billet de blog. Une contribution où il y est dit:

– que le PS est enthousiaste à propos du centre commercial et pas du déménagement de la gare des bus sur la dalle (en estimant que les coûts sont trop élevés en regard du fait que tous les bus ne seront pas concernés)

– en lieu et place, ils proposent d’agrandir la dalle actuelle pour l’amener vers le pont de Louvain. D’y construire des parkings, d’y faire passer tous les bus et d’y construire un grand parc arboré pour aller et venir au centre commercial et en ville. Cela permettrait, selon madame Déom de garder le square Léopold « réaménagé ».

Voir l’extrait in extenso en cliquant sur l’image:

Réactions

1. Localisation du centre commercial ?

Le simple fait de parler de square « réaménagé » est déjà un fameux aveux sur son état actuel. Toutefois, pour le sauver il faut bouger le centre commercial. Mais la proposition « concrète » n’est pas très claire sur ce dernier. On le mets où ? Et on lui donne combien de m² ? Car, si on recouvre les voies de chemin de fer jusqu’au pont de Louvain, on triple l’étendue actuelle de la dalle et donc on augmente forcément les surfaces à « rentabiliser ». Car le coût d’une telle opération ne pourrait être prise en compte par les pouvoirs publics. Et vu l’énormité du montant en jeu, ce ne pourrait être que City Mall lui-même (société derrière Coté Verre, le projet actuel).

Donc, là, on découvre les premières difficultés. Il faut convaincre City Mall d’investir pour faire un centre commercial plus grand en le faisant sur un autre terrain en plus de celui qu’elle a acheté. Il faut donc la convaincre de faire un investissement bien plus grand et d’offrir bien plus de mètres carré commerciaux (problématique pour la ville quand le schéma de développement commercial recommande de ne pas aller au delà de 25 000m² MAX). Cet agrandissement substantiel nuirait très fortement aux commerçants de l’axe rue de fer / rue de l’ange et pourrait même les tuer (tout est une question de proportion) en y attirant les « locomotives ».

2. La gare des bus ?

Si je suis évidemment d’accord sur le fait qu’il soit dommage que tous les bus ne puissent pas migrer vers la dalle, il faut alors trouver un moyen de faire venir les bus urbains sur celle-ci et de les faire partir dans la bonne direction. Ils n’ont pas le même parcours que les bus périurbains puisqu’ils viennent du boulevard Mélot et partent en direction de la rue de fer ou viennent de la rue Godefroid puis partent en direction du boulevard Mélot (pour beaucoup d’entre eux).

Ce ne sont pas les trajets les plus faciles à relier à la dalle mais admettons que ce soit possible. Le coût, lui, en sera de toute manière démultiplié alors que les pouvoirs subsidiants se sont déjà entendu sur une enveloppe maximale et que c’est la crise.

C’est d’ailleurs ce qui me fait penser que cette extension de la dalle pour les bus n’est possible que si City Mall prend à sa charge les dépenses supplémentaires, ce qu’il ne pourrait faire qu’en échange d’un agrandissement de ses surfaces commerciales (voir point précédent).

3. + de nouveaux parkings ?

Pour les parkings, le projet actuel en prévoit déjà plusieurs centaines de places supplémentaires, on en rajouterait donc encore. Pourquoi pas bien que l’augmentation prévue via un parking SNCB et le parking souterrain projeté est déjà substantiel. Mais rien n’est dit sur leur localisation imaginée. Y a-t-on réfléchit ?

4. Un nouveau parc arboré ?

L’idée est séduisante … s’il n’y avait que ça. De nouveaux jardins suspendus, cela donnerait une belle attractivité à la ville. Mais le rapport coût – bénéfice d’un projet aussi mégalo l’enterrerait aussitôt. Et des arbres, ça grandit, ça provoque de l’ombrage, ça peut tomber en cas de tempête, ça a besoin de place pour les racines. Quand à la fréquentation d’un tel parc, comme l’espace serait partagé avec une gare des bus (et un parking ?), on doute quand même de l’attractivité de la chose (pas très sécurisant pour faire jouer les enfants surtout que ce sera fameusement en hauteur). Le soir et la nuit, ce grand parc risque, de plus, de devenir aussi peu sécurisant que le parc Louise Marie actuellement.

5. Et les navetteurs, on les oublie ?

On a l’air de l’oublier dans ce projet de grande esplanade mais il y a aussi des usagers qui prennent le train ! Et les plonger dans un noir quasi absolu n’est pas la solution la plus sécurisante ni la plus agréable pour eux. Alors qu’actuellement, on peut bénéficier d’une lumière naturelle suffisante sur une bonne partie des quais (et même une partie sous dalle suivant l’heure du jour), ce sera très loin d’être le cas avec cette « méga » esplanade vu l’endroit où elle se trouve et son orientation par rapport au soleil.

6. Et les bomellois ?

Le projet d’esplanade prétend faciliter les échanges entre Bomel et le centre ville. Hum. Peut-on rappeler que la voie rapide qui longe le chemin de fer a un rôle important de délestage du trafic de transit sur le Boulevard du Nord et devant la gare ? Et qu’il est prévu de la prolonger vers le début du Boulevard d’Herbatte pour améliorer sa rapidité et sa fluidité ? Que dés lors, ce n’est pas nécessairement le meilleur endroit pour faire passer les habitants de Bomel au centre et vice-versa ? En gros, ils continueront donc de passer par la gare comme actuellement, ça ne changera strictement rien.

Conclusion

Qui est mégalo au final ?

Si le projet actuel est accusé par certains d’être mégalo ou « bling bling ». Que dire de celui d’une esplanade jusqu’au pont de Louvain ?

Le détail piquant …

Dans sa lettre de précampagne, la tête de liste déclarait qu’elle avait « agi pour que le projet (nda: on parle bien du projet de la majorité qu’elle décrie maintenant) de la dalle de la gare se réalise« . Deux mois après, le programme du PS se montre opposé à ce même projet … cohérence !

Conclusion finale

La proposition du PS a au moins l’intérêt de mettre sur la table une idée qui méritait d’être étudiée et débattue publiquement. Je dois bien avouer que je l’ai trouvé séduisante au premier abord mais le coût de celui-ci et le danger d’un centre commercial trop agrandi (nécessaire pour prendre en charge ce coût démesuré) me convaint qu’il n’est probablement pas meilleur que le projet actuellement sur la table.

 

Rajout du 02/10/2012:

Pour compléter ce que je disais à ce sujet, l’échevin Gavroy a affirmé sur Facebook à propos de ce projet:

« Cette alternative n’est pas crédible et elle est contreproductive. Il n’y a pas d’argent public pour étendre la dalle de la gare vers le pont de Louvain. Si le privé paye cet investissement, il demandera un centre commercial de 50.000m2 pour rentabiliser la dépense, ce qui représente une suroffre qui tuera les commerces existants. Pour réussir la complémentarité entre anciens et nouveaux commerces, il faut que le centre commercial soit construit en connexion directe avec la rue de fer. Le reculer vers les voies l’isolera des autres commerces. C’est ce que recherche habituellement les promoteurs pour assurer la seule réussite de leur centre. C’est ce que nous ne voulons pas à Namur, où nous avons imposé qu’il soit dans le prolongement direct du haut de la rue de fer. »

Je pense que cela va assez bien dans le sens d’un des arguments de l’article.