Dusty Springfield / Jacques Brel – If you go away / Ne me quitte pas

J’ai découvert récemment la version anglaise de « ne me quitte pas » chantée par Dusty Springfield. Je l’ai beaucoup appréciée et je voulais la partager.

If you go away de Dusty Springfield

Paroles: http://www.lyricsfreak.com/d/dusty+springfield/if+you+go+away_20043891.html

Ne me quitte pas de Jacques Brel

Paroles: http://www.metrolyrics.com/ne-me-quitte-pas-lyrics-jacques-brel.html

Les grosses différences

  • Brel est dans la supplique désespérée. C’est déjà fini, il le sait. Ne me quitte pas n’est pas une chanson de reconquête, c’est une chanson de deuil. Aucune femme ne reviendra par cette chanson, peu importe la beauté et la poésie des paroles.
  • Dans la version de Springfield, c’est déjà un peu moins joué. Certes, elle dit qu’elle sait qu’il va le faire, qu’il doit le faire. Mais, cela veut aussi dire que précisément, ce n’est pas encore fait. Tout comme le titre de la chanson le dit également « si tu t’en vas ».
  • Brel est dans l’abstrait, des grandes idées très mégalo, très imbues de son égo et de toute puissance d’abord puis d’humiliation profonde. Mais très « je » et égocentré dans tous les cas. Et quand il parle de l’autre, c’est pour en faire une Reine, de nouveau un être désincarné et très peu concret et humain.
  • Springfield, évoque aussi la nature, mais reste plus proche du concret et surtout de l’autre et de son sourire, et des expériences qu’ils vont vivre à deux. C’est plus enthousiasmant. Elle évoque aussi ses sentiments, ce que cela lui fera en cas de départ. Ca donne plus envie de rester.
  • Dans sa chanson, Brel parle d’oubli, de pardon. Il semble être à l’origine du départ, avoir commis une faute (une maitresse, une liaison ?). Cette chanson s’adresse probablement à un Amour très fort et officiel.
  • Springfield, elle, ne semble pas avoir quelque chose à se reprocher. Le départ est différent « as I know you must ». Je l’imagine plutôt comme une maitresse devant céder le terrain à l’officielle. Elle ne désire pas qu’il quitte sa vie mais sait qu’il le fera et qu’il le doit car une plus légitime qu’elle compte plus fort. Cela dit, c’est une interprétation très personnelle car la chanson ne donne pas beaucoup d’indices.

Finalement, les deux chansons pourraient très bien être les deux faces d’une même pièce et ça me plait beaucoup. Brel pourrait très bien quitter sa maitresse pour reconquérir sa femme. Et la maitresse pourrait très bien être celle qui ne veut pas être quittée ou abandonnée.

Dans tous les cas, les deux interprétations (de même que les textes) sont magnifiques. Mais, en cas de rupture, je préfère tout de même la version anglaise car je la trouve plus optimiste et pleine d’espoir. Et celle de Brel plus déprimante. Finalement, plus appropriée quand tout est fini. Mais, quand on se fait larguer, on admet rarement rapidement que tout est « déjà » fini et sans espoir même si c’est souvent comme ça malgré tout.

10 chansons de rupture amoureuse

Ca fait un petit temps que je n’ai plus écrit dans la rubrique « musique ».

Alors, je vais publier un article qui attendait depuis quelques mois, une sélection éclectique de chansons de rupture amoureuse. Le genre de choses qu’on aime bien écouter quand on se sent mal parce qu’on peut un peu s’y reconnaitre:

  1. Michel Sardou, 55 jours, 55 nuits (pour les passions qui marquent notre vie)
  2. Orelsan, finir mal, live au zénith (l’interprétation est juste extra, ce moment où vous aimez encore et feriez tout pour faire revenir l’être aimé et où vous regrettez vos erreurs)
  3. Renaud, Manu (parfois, on veut mourir)
  4. Johnny Hallyday, requiem pour un fou (la passion rend fou)
  5. Jena Lee ft Orelsan, je rêve en enfer (quand le paradis se transforme en enfer, le problème des sentiments asymétriques)
  6. P!nk, juste give me a reason (ne pas comprendre, vouloir convaincre)
  7. Stromae, formidable (l’envie de mourir, la déchéance personnelle)
  8. Patricia Kaas, je voudrais la connaitre (cette curiosité malsaine, on sait que ça nous fera du mal mais on veut savoir, une question d’égo aussi sans doute)
  9. James Blunt, Goodbye My Lover (être largué, mais continuer à aimer)
  10. Orelsan, la peur de l’échec (derrière chaque échec qui s’accumule, il y a des remises en question possible de toute une vie)

(les dix chansons se lancent les unes après les autres)

Vous vous attendiez peut-être à y retrouver « ne me quitte pas » de Jacques Brel. Je ne l’ai pas sélectionnée, elle est trop connue dans le registre. Et puis, jamais aucune femme ne retombera amoureuse de vous si vous la suppliez. Oubliez cette chanson !

Bye Bye de La Grande Sophie

Une chanson dans le même thème que « Décevoir » de Lynda Lemay. Elle ne dit toutefois pas exactement la même chose et surtout, l’angle est différent (on quitte la relation entre mère et enfant ou entre amies pour s’occuper de la relation de couple). L’analyse et le commentaire restent donc intéressants.

Clip, paroles

Attention. La Grande Sophie a deux chansons aux titres similaires. Ici, c’est la chanson « Bye Bye » mais il y aussi « Bye Bye Etc » et parfois « Bye Bye Etc » est présentée sur Youtube avec juste « Bye Bye » (arrgh).

Mais, heureusement, je vous donne les liens directs vers le clip et les paroles (oui, je suis trop gentil 😉 ).

Le clip:

Les paroles: http://www.paroles-musique.com/paroles-La_Grande_Sophie-Bye_Bye-lyrics,p60936

Décevoir

Le mécanisme de déception est ici très bien expliqué. Il s’agit d’une volonté presque clairement affichée. Car si, chez Lynda Lemay, la déception paraissait assumée mais pas forcément voulue. Bien sur, elle décevait et ne voulait pas changer, ce qui est déjà une manière d’en faire quelque chose de volontaire, mais il n’y a pas quelque chose d’aussi quasiment organisé que chez la Grande Sophie.

Il faut bien cacher le pire
Te laisser le temps de découvrir

Et,

J’aime bien ce jeu
C’est le seul qui me fait rire

Enfin:

Allez pleure pleure …..

J’aurais encore pu mettre d’autres paroles puisque la quasi entièreté de la chanson traite du mal que fait cette femme et du caractère volontaire de ce mal.

Mais, je reviens sur les premières paroles citées. Elle « cache le pire ». Elle ne veut donc pas qu’on sache directement qui elle est. Pour que la personne ne croit pas qu’elle soit mauvaise.

Et puis, après, tout ce qu’elle fait tend à retourner complètement cette première impression. La personne à qui elle parle ne le croit pas et ne veux pas le croire car elle pense à « hier », ce moment où tout allait bien. Et elle ne veut pas changer d’opinion car cet Eden, elle a l’espoir de le retrouver. Mais rien n’y fera. Et face à l’entreprise destructrice de la personne aimée, c’est lui qui sombrera dans le malheur sans jamais « sauver » son amie du « mal ».

Si tu crois que je
Ne suis pas comme ça tu te trompes

Et

Oublie hier maintenant tout ira de travers
Tu es malheureux
Le malheur j’en prends soin je le cire

La phrase en gras pour montrer que la déception ne sera pas passagère et qu’il faut éviter à tout prix de croire le contraire.

Être mauvaise (ou vouloir s’en convaincre ?)

Tu sais je suis méchante

(…)

Je t’ai dit en moi tout est mauvais
Je suis de mauvaise foi j’ai mauvaise mine
J’ai mauvais coeur un fond mauvais

(…)

Sans aucun sentiment
Je les tords je leur fais mal

Les paroles sont on ne peut plus claires. Toutefois, si les faits sont là, je me demande si ce n’est pas aussi un « jeu », un « rôle ». N’est-elle pas méchante aussi tout simplement pour se convaincre qu’elle l’est ?

Pourquoi répète-t-elle ce schéma ? En le sachant en plus. Elle dit qu’elle y prend plaisir. Mais le plaisir peut aussi venir du résultat de ses actes. En faisant le malheur, en ayant confirmation de sa méchanceté, elle peut régler des problèmes passés. Je m’explique. On va analyser plus loin son caractère probablement abandonnique (je traiterai un jour cette thématique sur le blog).

Mais, si elle est abandonnique, elle a vécu dans l’enfance un abandon ou un sentiment d’abandon. De cela, elle a retenu qu’elle était « mauvaise » ou « méchante » (le caractère enfantin de ce terme, précisément utilisé dans la chanson, n’est donc pas un hasard). Et qu’elle avait mérité cet abandon. La personne aimée, celle qui abandonne, ne pouvait, en effet, pas être considérée comme mauvaise car, à ce moment là, l’Amour qui lui était porté et/ou la dépendance vis à vis d’elle étaient trop important pour permettre cela.

Par la suite, pour protéger le caractère « sacré » de la personne qui l’a abandonné une première fois, elle répètera le schéma pour trouver encore et toujours confirmation qu’elle est bien une personne intrinsèquement méchante qui mérite d’être abandonnée. Mais, n’anticipons pas trop sur la suite.

C’est comme une angoisse
Je suis là pour te porter la poisse

Et là, cette question d’angoisse peut très bien être appliquée à celui qui subit la maltraitance. Comme à celle qui la commets. Comme aux deux. Ce qui est d’ailleurs mon option.

Mais le mot angoisse révèle bien que cette méchanceté, si elle est présentée comme un jeu, est aussi source de peur. Quelle peur ? Et si c’était celle de ne pas être abandonnée ? De ne pas lire le miroir de la méchanceté ? De, finalement, comprendre que, non, elle ne méritait pas d’être abandonnée … C’est là, l’angoisse. Et si, ici, nous sommes dans une chanson entre deux adultes (à priori), rien n’empêche de penser que cela pourrait se passer entre une mère et son enfant. Et un schéma qui se répète.

Il est donc très important pour elle d’être « maudite ».

Tu dois me maudire

La question de l’abandon

Deux endroits dans la chanson montrent qu’elle n’espère pas simplement faire mal jusqu’à la fin des jours à la personne en question. Non, elle veut surtout qu’elle parte.

Cela confirme donc que le but est bien que toute cette méchanceté provoque le départ et perpétue l’abandon.

Ceux qui restent avec moi
Je les massacre je les abime je les rends laids
Plein de blessures morales
Sans aucun sentiment
Je les tords je leur fais mal
Je les vide je les étends
et bye bye bye (ter)

Et ceux qui ont l’outrecuidance de ne pas l’abandonner provoquent une telle angoisse en elle qu’elle les « massacre », « abime », « rends laids », « vide et les étends ». La violence est totale dans ces paroles et il vaut mieux éviter la fureur de cette maltraitance. Car son but premier est bien de protéger ceux qui l’ont abandonné la première fois, cet amour là est intemporel.

Et pour que ces premiers « abandonnants » soient protégés, elle doit être abandonnée encore et toujours par d’autres.

La sirène

Tout le monde connait la figure mythologique de la sirène. Elles sont présentes dans beaucoup de cultures différentes, pas toujours sous la même forme mais elles racontent des histoires souvent similaires.

Une femme attire un homme par une perfection irrésistible. Et, ensuite, c’est le drame.

C’est exactement l’histoire de cette chanson. Les hommes sont piégés par cette femme qu’ils ont connu « sirène » et dont ils ne peuvent oublier le souvenir. Puis, ils se retrouvent détruits jusqu’à l’abandon.

Le mythe de la Sirène pourrait donc être vu comme un avertissement aux hommes (mais soyons clairs, les hommes aussi peuvent être abandonniques et manifester ce qui est écrit dans la chanson !) de ne pas se laisser attirer par ce genre de personnalités toxiques. Plus facile à dire qu’à faire, évidemment. Surtout qu’il peut y avoir d’autres raisons qui conduisent des hommes à s’intéresser à ce genre de femmes et, à ces femmes, à attirer un certain type d’hommes.

Je ne suis pas un grand adepte du hasard dans les relations de couple. Nous nous trouvons ou nous sommes trouvons ou nous cherchons. Mais, quoi qu’il en soit, il n’y a jamais de hasard dans l’amour ou le fait de se retrouver en couple.

La vengeance mais aussi peut-être l’espoir de guérison

Et si tout ce mal, c’était aussi une manière de se venger. Faire subir à d’autres ce qu’elle a subit elle même. Car, si l’abandon l’a rendue si invivable, c’est précisément parce qu’il a été une source de souffrances infinies pour elle. Et faire subir à d’autres ce qu’on a subit soit-même, la vengeance, peut être parfois si pas source de soulagement, une manière d’apprivoiser mieux sa propre douleur intérieure. Et même une volonté paradoxale de guérir à travers le miroir que ça renvoit.

Oui, j’ai l’air de me contredire. Mais n’oubliez jamais que la nature humaine n’est pas à un paradoxe près et que l’enfant, via l’ambivalence, déteste autant qu’il aime ses parents. Et qu’un adulte peut autant aspirer à guérir pour connaitre la paix intérieure et une existence plus heureuse durablement (et pas seulement le bonheur éphémère d’être abandonné régulièrement) que de ne pas guérir pour continuer à garder ses « abandonnants » dans l’amour incommensurable qu’il leur voue.

Un sacré dilemme. S’il pouvait, il choisirait les deux. Malheureusement pour l’abandonnique, ce n’est pas possible.

Conclusion

Excellente chanson qui sera peut-être aimée par ceux qui ont vécu la situation.

Nous traiterons un jour plus longuement de la blessure d’abandon, comme dit plus haut. Mais c’est déjà bien de l’introduire par des chansons (ici, La Grande Sophie et avant, Lynda Lemay avec Décevoir). Je trouve que ça illustre bien le propos et évite de donner l’impression de parler de situations théoriques. Non, tout ça est vrai et des personnes le vive au quotidien.

Décevoir de Lynda Lemay

Très belle chanson de Lynda Lemay, j’avais envie d’en faire une petite analyse et quelques commentaires pour en ressortir quelques éléments que je trouve intéressant.

Clip, paroles

http://en.lyrics-copy.com/lynda-lemay/decevoir.htm

Relation à la mère

On retrouve la relation mère fille à plusieurs reprises:

  • quand elle dit à son amie que ce n’est pas sa mère
  • et que si c’était le cas, elle lui ferait la même guerre que celle qu’elle a fait à sa propre mère
  • l’auteure est également la mère d’une fille qui est la dernière personne non encore déçue

Cette question mère-fille est évidemment très importante. Le père lui n’est esquissé qu’à travers le père de sa fille qu’elle a quitté de manière « fautive ».

Le sauvetage impossible

« c’était du temps perdu
tout ce temps avec moi

fallait pas perdre ta vie
à vouloir me sauver »

Finalement, l’auteure parait presqu’heureuse qu’on ne puisse la sauver. Comme si son objectif était bien de sombrer et qu’elle était contente de décevoir son amie. Comme si, elle voulait décevoir tout le monde même sa fille alors qu’il ne « reste plus qu’elle à décevoir ».

Le côté inéluctable, l’envie de ne pas changer est marqué dans d’autres paroles un peu avant:

« mais c’est pas demain la veille
que j’vais devenir un ange »

et

« je savais que j’arriverais
à perdre ta confiance »

La raison en est dites juste après:

« mon cœur est si mauvais
qu’tu trembles d´impuissance »

Je pense qu’en fait, tout ça, c’est parce qu’en elle-même elle a besoin de se convaincre qu’elle est mauvaise. Et chaque personne qu’elle déçoit la conforte dans ce système de pensée.

Mais pourquoi me dira-t-on quelqu’un voudrait-il faire cela ? Et si c’était tout simplement pour protéger ses parents, sa mère en particulier. Un enfant est fragile et a besoin de croire en ses parents. Même en cas d’abandon ou maltraitance, il aura besoin de croire que ce ne sont pas ses parents qui sont mauvais mais lui qui est un mauvais bébé ou enfant et que ce qu’il subit est mérité, qu’il doit devenir meilleur.

Et plus tard, ce système de pensée perdurera jusqu’à ce qu’un travail psy puisse être mené à terme. Ici, dans la chanson, la personne arrive à mettre des mots sur ce qui lui arrive, ce qui est déjà très positif en vue d’une guérison. Mais pour beaucoup, cette simple description sera déjà difficile à mettre en œuvre.

Pour l’amie si patiente de la chanson, l’échec n’était pas assuré mais il est arrivé. Parce qu’elle était patiente, cela a mis le temps mais a finit par arriver.

Nous qui sommes parfois amené à occuper la position de sauveur par rapport à d’autres personnes devrions donc toujours nous poser cette question: cette entreprise n’est-elle pas vaine ou vouée à l’échec ? Comprendre ce qui se passe dans la tête de la personne est importante mais ne suffira pas toujours.

Dans le cas présent, il s’agit d’une amie. Il est normal qu’elle tente tout pour aider. Mais dans d’autre cas, fuir sera peut-être la meilleure chose à faire.

On remarquera, pour encore appuyer l’idée:

  • qu’elle a tout fait pour décevoir sa fille
  • que le fait de décevoir est présenté comme une réussite dont elle peut se prévaloir (la seule) alors que c’est en réalité son plus grand échec. Le choix d’un mot positif n’est pas anodin. Et quand la seule réussite est en réalité un échec, cela accentue ce qui est dit plus haut sur le sentiment pour l’auteure d’être intrinsèquement mauvaise.

A l’exclusion du père

On le voit, elle déçoit tout le monde. Mais pour son amie, cela met du temps. Et pour le père de son enfant, c’est elle qui part, pas lui. On peut supposer que fort de ses responsabilités paternelles, il n’est pas évident pour lui de partir. Mais c’est elle qui fait le pas à sa place et elle se sait « fautive ». Vis à vis du mari surement mais vis à vis de sa fille encore plus puisqu’elle lui impose un déménagement, de grands changements et la privation d’un père.

On peut alors se demander si elle ne répète pas un schéma: avoir elle-même été privée du père plus jeune ou si elle ne fait qu’appliquer le principe de « devoir décevoir » pour se sentir « mauvaise ».

La déception de trop ?

La fin de la chanson est un peu mystérieuse pour moi. Mais je vais tâcher de lui donner du sens.

il me restera ma fille
qu´tu m´offres d´adopter
car tu crains la béquille
qu´elle va m´emprunter
ile ne me restera qu´elle
voila c´est mon histoire
il ne me restera qu´elle seule
à décevoir

Comme je la lis, l’auteure s’attend à décevoir sa fille. Et son amie offre de l’adopter pour qu’elle n’ait pas le temps de la décevoir, craignant que ce ne soit la déception de trop. Mais pourquoi ? Probablement car cette déception qu’elle ferait vivre à sa fille détruirait son système de pensée. Quand sa fille sera déçue de sa mère, ce sera elle aussi, par procuration, qui sera un peu déçue de sa propre mère et tout son système de défense volera en éclats.

Ce qui peut être positif pour qu’elle se construise en tant que personne adulte. Mais qui est évidemment craint tout en étant peut-être désiré (ambivalence).

Car rien n’empêche qu’il y ait deux personnes en une. Celle qui veut se convaincre d’être mauvaise pour dédouaner ses parents. Et celle qui veut absolument décevoir sa fille pour qu’elle ne soit pas comme elle et ne se sente pas coupable mais, au contraire, ait de la haine envers sa mère. Ce qui lui permettrait d’en avoir vis-à-vis de la sienne et d’avancer dans sa guérison, même inconsciemment.

Ou l’impossible déception ?

Car, justement, si elle craint qu’elle ne soit la dernière déçue, jusqu’à présent il faut noter qu’elle n’y est pas arrivé le moins du monde malgré qu’elle ait tout fait pour.

Je pense qu’elle ne décevra jamais sa fille comme elle ne l’a pas été par sa propre mère. Par contre, on risque d’être dans la répétition de mère en fille de son propre mal. La fille risquant elle-même de décevoir tout le monde sauf sa propre « fille ». Etc etc … La solution la plus enviable pour casser la répétition, pour la santé de la fille et celle de la mère serait donc … qu’elle déçoive bel et bien sa fille.

Conclusion

Très belle chanson qui nous parle essentiellement de la relation d’une mère à sa fille, d’une fille à sa mère et des dégâts qu’elles peuvent occasionner ou de la répétition de ceux-ci d’une génération sur l’autre. Elle nous parle aussi de nous qui voulons parfois aider, sauver, des personnes contre leur gré, ce qui nous amène malheureusement souvent à un échec (mais faut-il abandonner pour autant ?).

Lynda Lemay, je ne suis pas un fan de toujours mais …

J’ai commencé à découvrir vraiment, tout à fait par hasard (une vidéo proposée sur youtube et les autres qui suivent), Lynda Lemay depuis quelques jours.

Et je me suis fait une playlist de 11 chansons achetées sur itunes. Des chansons que j’ai choisies sur le titre et puis j’ai gardé celles qui me plaisait après l’écoute rapide de l’extrait proposé. Et maintenant que je les ait écouté à fond « plusieurs » fois chacune, je les apprécie encore plus.

L’avantage de cette chanteuse, c’est qu’elle a un répertoire énorme. Donc, il y a beaucoup où je n’accroche pas nécessairement. Mais pour mon best of personnel, alors là, c’est une vraie délectation. Je dois même avouer écouter quasi en boucle pour le moment (mais musicalement, c’est souvent ce que je fais quand je découvre un artiste).

Au final, donc, il y a 11 chansons et je trouve que c’est déjà pas mal car il n’y a pas tant d’artistes qui ont autant de chansons dans ma playlist « 4+ » (qui comprend les chansons que je cote 4 et 5 étoiles).

J’ai choisi celles qui me donnaient de l’émotion et qui me plaisaient, au feeling. Elles ont souvent du rythme, de la poésie et il y a du plaisir à les entendre. Elles permettent aussi souvent de s’identifier ou d’être spectateur ému de toutes ces petites historiettes.

Les voici (la liste est plus ou moins crescendo même si je les classerais difficilement entre elles) :

  1. Pas ta première femme. Vaut-il mieux être seul ou moins bien accompagné ? Les choix de couple que nous faisons sont parfois par défaut sans que ce soit quelque chose de mal.
  2. Berceuse pour adultes. Parce qu’il y a une pointe de nostalgie et de regret mais que ce n’est pas déprimant, juste résigné et poétique.
  3. La partouze. Parce que c’est une petite histoire bien écrite avec la tension qui monte gentiment. Je suis certain que ça doit aider certaines femmes à se défouler. Très prenant, en tout cas. Rien d’érotique, bien au contraire: l’histoire d’une femme trompée qui se venge.
  4. Pas de mot. Parce que c’est triste à mourir. Mais que ça parlera à certains.
  5. Si je ne te fais pas d’enfant. Les enjeux du choix de la parentalité. La fin me donne des frissons. (pas de vidéo trouvée)
  6. Juste un petit bébé. Parce qu’on entend pas le bébé pleurer et qu’on s’imagine seulement le bercer et le calmer auprès de nous. Parce que ça parle de la relation de la mère à l’enfant d’une belle manière. 
  7. Un paradis quelque part. Peut-être la chanson la plus optimiste de cette playlist. Enthousiaste. Particulièrement le refrain. Mais si on écoute bien les paroles, satisfera aussi les pessimistes.
  8. La course au bonheur. Parce que cela rappelle à quel point nous sommes le propre artisan de notre bonheur.
  9. Décevoir. Parce que c’est juste magnifique. Mon analyse ICI.
  10. J’aime pas les femmes. Bien rythmé et délicieux.
  11. Le plus fort, c’est mon père. Parce que tout « plus fort père » voudrait entendre ça.

Lynda Lemay ne dépassera pas La Grande Sophie dans le cœur de mes chanteuses préférées mais elle y a déjà gagné une chouette petite place. Et son accent québécoise n’est pas trop présent, c’est tout à fait supportable. Parfois, ça apporte même un plus pour certains mots.

T’en vas pas de la chanteuse Elsa (Lunghini)

Cela fait longtemps que je n’ai plus écrit un article dans cette catégorie. Alors, comme j’ai une chanson qui me trotte dans la tête depuis quelques jours, voici un article avec mon interprétation (qui je pense sera différente de celle qui nous vient spontanément). Et comme c’est la fête des pères aujourd’hui, je pense que cette chanson n’est pas totalement hors sujet.

Le vidéo clip et les paroles

Attention cette chanteuse est aussi connue sous le nom d’Elsa Lunghini depuis quelques années mais les anciennes chansons se trouvent sous le nom d’Elsa (sans nom de famille) dans itunes.

Les paroles complètes sont trouvables ici: http://dwinner.free.fr/elsa.html

Que dit la chanson (en gros)

C’est une chanson d’une fille à son père. Qui lui demande de ne pas partir. Une chanson d’amour en fait. De l’amour très fort que la chanteuse peut avoir pour son père et de l’angoisse que peut lui amener l’abandon de son « papa ».

Que ne dit pas la chanson ?

On ne parle pas de la mère, ou si peu. Elle n’existe pas réellement. Bien sur, on suppose très clairement que c’est à cause de la mère que « papa » s’en va. Mais la fille n’est pas déloyale vis-à-vis de sa mère. Elle ne demande pas non plus à son père de rester près de sa mère ou de lui dire qu’il l’aime. Elle ne semble même pas considérer qu’il l’aime encore. Au contraire, il lui demande de se sacrifier, de faire semblant pour rester auprès d’elleS. Pour son bonheur de petite fille. Parce qu’elle sait qu’elle est aimée et qu’il doit faire ce qui est mieux pour « l’amour de sa vie », c’est à dire rester.

Elsa Lunghini - chanteuse française - Lyon - France - 6 fevrier 2012 - DSC0563CC BY-SA 3.0 Ronny Martin Junnilainen — Travail personnel (c)

Elsa Lunghini – chanteuse française – Lyon – France – 6 fevrier 2012 – DSC0563CC BY-SA 3.0
Ronny Martin Junnilainen — Travail personnel (c)

Pourquoi cette chanson me touche-t-elle ?

En tant que père ou en tant que fille, je pense que c’est difficile de ne pas être touché. Il se trouve précisément que j’ai une fille. Que je me battrai toujours pour elle, que c’est effectivement ma priorité dans la vie. L’effet d’identification et les émotions qui viennent avec jouent en plein. Je l’ai fait écouter à ma fille et elle est touchée également dés la première écoute. Il y a des chansons comme celle-là qui sont proches d’une perfection dans le partage des émotions qu’elles nous font subir.

Analyse par couplet

T’en va pas
si tu m‘aimes t’en va pas
papa si tu l’aimes dis lui
qu’elle est la femme de ta vie vie vie
papa ne t’en va pas
on veut pas vivre sans toi
t’en va pas au bout de la nuit

Le sujet de la chanson est amené dés le début: t’en vas pas, si tu m’aimes (me, moi, la chanteuse), t’en vas pas.

La seule chose qui peut laisser du doute, c’est le « on ». Mais le « on » inclut le je. Et ça peut être accepté comme un nous majestatif.

Au bout de la nuit évoque pour moi les problèmes de couple de ses parents. La nuit, c’est le malheur et surtout la mésentente. Au bout, c’est le moment où ces problèmes deviennent insupportables pour le père.

La femme de sa vie, c’est évidemment sa fille. Jamais elle ne penserait autre chose. N’oublions pas que toute la chanson parle d’elle et de son envie de ne pas être abandonnée par son père. Au pire donc, elle aurait parlés DES femmeS de sa vie. Mais si elle parle de la femme de sa vie, c’est évidemment sa fille qui est visée.

Nuit tu me fais peur
nuit tu n’en finis pas
comme un voleur
il est parti sans moi
on ira plus au ciné tous les trois ET papa si tu pensais un peu à moi

Nous gardons la même signification pour « nuit ». Les problèmes de couple. Ils lui font peur car elle en redoute l’issue et ils ne se finissent pas. Elle ne voit pas d’issue favorable ni d’accalmie. A tel point qu’ils vont lui « voler » son père (on ne lui demande pas son avis et elle n’est de toute façon pas d’accord, c’est donc du « vol »).

Il est parti sans moi: toute la cruauté ressentie de l’abandon. Qui s’est un jour retrouvé perdu enfant peut savoir ce qu’on ressent, un sentiment terrible.

Le ciné, c’est la comédie. Faire semblant tous les trois que tout va bien. C’est fini.

« Si tu pensais un peu à moi » rappelle bien ce que je dis depuis le début. La fille s’en fout de sa mère. C’est à elle, sa fille, que le père doit penser au moment de partir.

Où tu vas quand tu t’en va d’ici
j’arrive pas à vivre sans toi

_
avec la femme de ta vie vie vie
papa fais pas d’connerie
quand on s’aime on s’en va pas
on ne part pas en pleine nuit

Même quand il n’est pas là, elle pense à lui. Elle voudrait être avec lui et donc savoir où le retrouver. Sa vie n’a plus de sens sans lui, elle est déprimée ou proche de la dépression.

J’ai fait une coupure dans le couplet pour marquer mon sens de lecture. En vérité, il peut y en avoir deux ou trois:

  • elle n’arrive pas à vivre avec sa mère (elle non plus, mais elle ne peut pas partir contrairement à son père)
  • il ne doit pas faire de connerie avec sa fille (mon interprétation)
  • un mix des deux, elle n’arrive pas à vivre avec sa mère et il ne doit pas faire de conneries avec sa fille (c’est séduisant car cela donne un double sens à la phrase « femme de ta vie » qui désignerait à la fois la femme et la fille, vie est d’ailleurs proche de fille, oralement)

Quand on aime on abandonne pas. On ne part pas en plein naufrage, c’est lâche. Le capitaine n’abandonne pas le navire avant que le naufrage soit fini … et les passagers évacués en sécurité.

Nuit tu me fais peur
nuit tu n’en finis pas
comme un voleur
il est parti sans moi
tu m’emmènera jamais aux USA ET papa j’tassur arrête ton cinéma

Le début a déjà été commenté.

Pour USA, j’ai difficile à dire. Je dirais que ce sont les Etats UNIS d’Amérique. Cela pourrait évoquer la fin de l’union entre les trois.

Une autre interprétation à laquelle je crois moins, c’est le fait de faire un grand voyage, de l’aider à réaliser un rêve avec elle.

Par contre, voyage peut être associé à un désir de fuite dans la symbolique psychanalytique. En fait, elle sait que son père ne la prendra pas avec lui dans sa fuite et elle le regrette. On a donc ici un indice supplémentaire que ce n’est pas le trio qu’elle veut nécessairement reformer. C’est le duo qu’elle forme avec son père qui compte le plus. Ca voudrait dire alors, mais là c’est totalement non-dit, que cette fuite du père pourrait également être sciemment (ou même inconsciemment) organisée par la mère pour casser une relation de laquelle elle est jalouse. Ou de la casser pour toute autre raison (répétition d’un schéma ou d’une expérience vécue notamment).

Les USA sont très loin, cela peut être une métaphore d’un éloignement désiré de la mère le plus loin possible. Cela peut évoquer le désir de fuite qui l’habite également. Il part, mais il ne pense pas à la sauver elle aussi: quel injustice, pense-t-elle, quelle douleur en plus de la séparation.

Si vous encore avez une autre interprétation, svp, commentez en bas de l’article !

Pour « arrête ton cinéma », il s’agit plutôt ici d’arrêter de « faire la comédie ». Autrement dit, « arrêtes de déconner. Je ne peux pas le croire que tu vas pas partir, c’était pour rire, dis ? Allez arrêtes ton cinéma, c’est bon maintenant. Reviens, reste ». Une incrédulité feinte du désespoir. De la méthode Coué à laquelle la chanteuse se raccroche parce qu’elle n’a plus d’autres espoirs … on est à la fin de la chanson (l’histoire n’est donc pas un happy end).

Nuit …. sans moi

avec successivement:

  • papa j’tassure qu’un jour tu reviendras
  • papa j’tassure arrête ton cinéma
  • papa si tu pensais un peu
    si tu pensais un peu à moi
  • tu m’emmeneras jamais aux USA
  • papa j’suis sur qu’un jour tu reviendras

Les derniers couplets sont dans la même veine. Incrédulité, méthode Coué, désespoir. Elle restera seule et devra faire le deuil douloureux de son amour pour son père.

Je rajouterais que « nuit … sans moi » pourrait évoquer également la volonté de fuite d’Elsa. Pour moi cela accentue le fait que ce n’est pas tant la fuite du père qui est critiquée mais sa fuite sans sa fille avec lui.

Reproches ?

La mère n’est que peu évoquée, ni négativement, ni positivement. On confirme bien être surtout dans une relation à deux et pas à trois.

Le plus gros reproche à la mère, c’est celui, suivant l’interprétation qu’on peut donner, que la fille ne peut pas non plus vivre avec sa mère.

Le père se voit demandé de penser « un peu » (au moins certainement, euphémisme) à sa fille. Mais pas de haine malgré l’abandon dont on peut pourtant imaginer les dégâts qu’il fera sur la psychologie de la fille.

Analyse suivant les 5 phases du deuil amoureux

Ces cinq phases ont été trouvées ici: http://mariesoleilcordeau.com/les-5-phases-du-deuil-amoureux. Nous tentons de voir si nous les retrouvons dans la chanson. Pour nous l’amour enfant-parent peut être comparé avec certaines précautions avec celui d’adultes. Il peut donc être intéressant d’utiliser ces phases ici.

La dévastation

T’en va pas

Si tu l’aimes dis lui

Qu’elle est la femme de ta vie

On l’a. La manière de chanter évoque bien le désespoir, l’incrédulité face à ce qui arrive. Ce qu’un être qui aime peut faire et laisser la femme de sa vie.

Le sevrage

on veut pas vivre sans toi

j’arrive pas à vivre sans toi

Plus d’envie de vivre sans sa présence.

L’intériorisation

papa si tu pensais un peu à moi

quand on s’aime on s’en va pas

Est-elle aimée ? qu’a-t-elle fait ? Elle intériorise un peu les raisons pour lesquelles son père est parti. Bien que ce ne soit pas très explicite, on sent quand même un peu de reproche auto adressé. La personne avait cru être aimée, était-ce vraiment le cas ? Qu’a-t-elle pu faire pour qu’il ne l’aime plus et parte ? La question d’amour n’est donc probablement pas purement rhétorique.

La rage

papa j’tassur arrête ton cinéma

C’est évidemment un reproche. Mais ce n’est pas non plus la rage constructive voulue par l’auteure auquelle je me réfère. Cette étape n’est pas évoquée vraiment.

Le relèvement

Rien du tout, au contraire, le sujet n’est pas près de se relever. C’est là aussi qu’on voit la spécificité de l’abandon parental qui est évidemment différent d’un abandon amoureux (mais ce qui n’enlève en rien la possibilité d’avoir les deux dernières étapes, juste plus difficile à faire et à assumer pour un enfant qui a besoin de sécurité).

Conclusion

Magnifique chanson, qui évoque un deuil douloureux. Qui évoque aussi en creux les difficultés relationnelles entre une mère et son mari et entre une mère et son enfant. La relation exclusive entre la fille et son père est ici brisée d’une manière terriblement destructrice. Chanson géniale de par toutes les émotions qu’elle engendre. La voix enfantine, innocente, sans défense d’Elsa ne fait qu’accentuer cela, d’ailleurs.

Evidemment, ce ne sont que les paroles de l’enfant. Mais le vidéo clip est là pour montrer un père calme, aimant. La douleur est pour lui. Ce n’est pas un « choix » qu’il fait. La culpabilité est en lui.

Je donne « raison » à la chanteuse, personnellement. Mais la raison et la vraie vie sont parfois éloignés. Donc je comprends aussi parfaitement le départ du « papa ».

 

Orelsan : le rappeur d’une génération classe moyenne

Les deux premières chansons d’Orelsan (Sale P*te et Saint Valentin) ont été très polémiques, nous ne reviendrons pas dessus.

Son premier succès, d’après Wikipédia, fut « Changement ». Ce chanteur « culte » (il ne plait certes pas à tout le monde mais a un noyau dur important de fans qui lui voue un « culte ») a un véritable succès. Son premier album ne s’est pas mal vendu malgré la polémique et son deuxième album a eu des très bons chiffres (meilleurs) grâce à une bonne promo et de bons titres.

Bien que fan du personnage, je ne prétends certainement pas qu’il faille le prendre au premier degré. Je n’endosse pas non plus toutes ses paroles, c’est une évidence. Et toutes ses chansons ne sont pas d’égale qualité. Mais, pour autant, je peux affirmer sans problème que je me situe dans le cercle de ses premiers et meilleurs fans.

Pourquoi ?

Si vous ne l’avez pas encore écoutée, voici donc la chanson « changement » que je pense une bonne introduction à la réponse:

Voici le refrain:

« Les vieux comprennent pas c’qu’il s’passe dans la tête des jeunes
Ils sont pas élevés par la télé, par la PlayStation
Ils comprennent pas à quel point on est fêlés
Ils connaissent pas Internet, les boîtes, les grecs, les DVD
Les vieux comprennent pas c’qu’il s’passe dans la tête des jeunes
Ils sont pas élevés par la télé, par la PlayStation
Ils comprennent pas à quel point on est fêlés
Ils connaissent pas l’rap, les portables, le shit, la Despe
« 

Ce que raconte Orelsan touche littéralement de nombreux jeunes de la classe moyenne. C’est notre vie, nos thèmes, codes, références, beaucoup de nos préoccupations. Jusque dans la forme, il fait de l’art et use de la liberté d’expression pour prendre des risques là où beaucoup d’entre nous avons été habitués depuis de nombreuses années à la merde commerciale qui inonde les ondes. Ce qu’il dénonce dans plusieurs chansons, justement.

Mais sa démarche artistique  et l’absence de volonté de se conformer à un politiquement correct ou à un désir de plaire au plus grand monde arrive donc à un bon moment. Un second degré parfois trash et très bien compris de sa génération mais pas toujours au delà. Cela ne peut que le rendre plus populaire encore: menacé, il devient « rare ». On en profite car on sait que tout peut s’arrêter et que sa carrière pourrait s’avérer courte.

Dans une interview qu’on peut lire sur sa chaine Youtube, émission « une semaine d’enfer », à 6 minutes 30, on l’entend dire à propos de l’intervieweur « t’es trop vieux » quand celui-ci dit ne pas accrocher. Cela va dans le même sens « générationnel ». Mais, cela dit, je pense vraiment qu’il est n’est pas le représentant que d’un âge mais surtout d’une catégorie socio-économique à l’intérieur de cet âge. Ces mêmes personnes qui bien qu’elles étaient fan des grands représentants du rap français (IAM, NTM, Shurik’N, Akhenaton, …) ne pouvaient pas y retrouver leur vie en écoutant les textes. Ce qui change avec Orelsan qui apporte aussi des textes souvent moins déprimants, ce qui n’est pas pour déplaire aux nouveaux adultes que sont devenus les anciens ados qui écoutaient le « vieux » rap français.

On l’aime ou on ne l’aime pas: peu de gens sont indifférents à son propos. Si bien qu’il peut être risqué de parler de lui si on ne veut pas se faire assimiler au portrait peu glorieux et souvent caricatural réalisé par ses ennemis. Il y a sans doute dans tout ça des problèmes de compréhension exacerbés par le besoin d’avoir « les codes » et le vécu similaire pour bien le comprendre mais sans doute également une absence de volonté de vraiment vouloir le comprendre et l’analyser de bonne foi. On est donc dans un cas parfait où la discussion et le débat réel ne sont pas toujours possible. C’est un sujet très passionnel.

Il dénonce, nous représente mais sait aussi faire du divertissement pur

Toujours en gardant le même style, on quitte la dénonciation et la description pour des titres plus « commerciaux » ou, du moins, ayant la seule prétention de nous divertir avec plus d’humour.

Je ne prendrai qu’un exemple, la chanson « ils sont cools » de son dernier album:

Etudier les textes d’Orelsan, c’est donc aussi un peu étudier ses fans et toute une catégorie sociale

Sera-t-il un jour lu par des chercheurs en science sociale ? Je suis persuadé que des enseignements pourraient en être tirés, ne fut-ce que dans une recherche préliminaire.

Une génération de la crise, qui se cherche et qui a peur, parfois attirée par Thanatos

Un dernier titre pour l’illustrer mieux que des mots « La peur de l’échec » dont voici quelques paroles:

« J’perds mon temps à m’poser des questions au lieu d’agir
J’ai peur de la dépression, j’ai peur de l’avenir et de ses déceptions
plus j’grandis et plus le temps passe et plus j’suis déçu
Sous l’emprise des angoisses des futurs blessures
plus j’me cherche des excuses, plus je m’enlise
Je m’enivre de négativité, et j’me sens vivre
souvent, j’ai peur de l’ennui
j’ai peur d’avoir aucune raison d’me plaindre
pourtant j’me sens triste tout le temps, j’me sens vide
J’ai peur d’être normal, d’être moyen, ni trop mal ni trop bien
J’crois que j’sers à rien… »


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Conclusion

Etant un fan « assumé », je peux comprendre que le présent article ne sera pas compris comme étant parfaitement objectif mais je reste évidemment ouvert au débat.