Avenir du cinéma et Netflix

Une « nouvelle » salle de cinéma s’est ouverte à Bruxelles cette année. Je mets des guillemets car il s’agit en fait d’une réouverture d’un temple ancien des salles obscures de la capitale.

Un avis succinct de Luc Dardenne sur l’avenir des salles de cinéma

A cette occasion, Luc Dardenne, célèbre réalisateur belge, pour avoir été primé à Cannes notamment, a fait une petite intervention sur l’avenir du 7ème art dont voici un extrait :

En texte, cela donne ceci (j’imagine que juste avant, il y avait une question) :

Tous les exploitants de cinéma sont logés à la même enseigne. Donc on va voir. Je pense que la salle de cinéma a son histoire, elle a son avenir, je le pense vraiment. Mais c’est vrai que les choses sont en train de bouger. Ça dépend un peu. La politique de Netflix, c’est de dire, pas de salle. Alors que la politique d’Amazon est de dire que sans salle, un film n’a pas de renommée. Netflix a produit plus ou moins 127 films sans renommée. Tandis que Amazon, quand il travaille sur un film, il coproduit, le film sort en salles et grâce à la critique, les festivals, il y a une renommée qui est faites. Même le festival de Cannes n’a pas réussi à donner une renommée aux films de Netflix. C’est étonnant.

Donc, moi je pense qu’on a encore notre avenir. C’est vrai qu’il va falloir être attentifs. Mais c’est la même chose pour tous les exploitants qui sont en train de construire des salles, parce que il y en a. Moi, j’étais à Lyon la semaine dernière, l’Institut Lumière vient d’ouvrir déjà depuis un an trois salles qui fonctionnent très bien, voilà, donc.

Mais c’est vrai que la multiplication des écrans est une vraie question.

Luc Dardenne lors de l’inauguration du cinéma Palace

La réponse de Serge Coosemans, blogueur pour le journal Le Vif

Dans un billet « crash test », qui se veut donc assumé « d’humeur » et pas forcément équilibré, nous avons un commentaire assez vif sur les propos de L.D..

Pour remettre dans le contexte, c’est ce billet qui est apparu dans mon fil Facebook avant l’interview de départ. C’est lui qui m’a incité à écrire sur le sujet. On peut le retrouver ici : le billet de SC sur Le Vif.

Dans cet article, il y a un premier malentendu. Serge fait dire à Luc D. que pour lui un film ne peut pas avoir de renommée sans sortir en salle. Or, au contraire, le cinéaste wallon déclare lui-même être étonné que les films de Netflix n’aient pas de renommée malgré un passage à Cannes. On peut faire passer cela pour de la fausse naïveté.  Je pense qu’il y a une vraie interrogation. En effet, ils ne sortent pas en salle ET n’ont pas de renommée. Mais il ne fait pas l’erreur de dire « pas de renommée parce que ». Certes, il n’empêche pas le spectateur de faire l’erreur d’interprétation de ses propos teoutefois on ne peut pas lui faire dire ce qu’il n’a pas dit et, dans un contexte improvisé, on ne peut pas maîtriser totalement son discours.

S’en suit une opinion pertinente du blogueur sur le fait que, précisément, un film devrait pouvoir se faire une renommée sans sortir en salle. Il n’empêche que l’exemple donné (la version de 1982 de « Blade Runner ») est bel et bien sorti en salle même si ce n’est pas là qu’il a gagné ses galons. Et que cette sortie lui a fait de la pub puisque précisément, il n’a pas été apprécié par la critique. Sans cette sortie, et sans ces, paradoxalement, mauvaises critiques, il n’est pas certain qu’il aurait atteint son statut culte. Mauvais exemple, donc.

A ce propos, aujourd’hui, quand un film sort en salles, la bande annonce nous fait parfois dire : « celui là, j’attendrai qu’il sorte en VOD ou à la télévision ». A l’époque, on ajoutait l’option « vidéocassette » et la sortie en salle avec la publicité qui allait autour était donc vraiment importante. Encore aujourd’hui, un très bon film peut être noyé parmi les bonnes sorties (avant les oscars, par exemple) et ne pas avoir le succès qu’il mérite en salles sans que ça ne l’empêche d’avoir une meilleure carrière par la suite.

D’ailleurs, le problème du cinéma est aussi un problème de coût. A côté des offres « illimitées » intéressantes pour les cinéphiles, le prix du ticket a connu une inflation galopante qui permet de voir moins de films avec un même budget ciné. Même en allant une fois par semaine au cinéma, la production est telle qu’on ne sait tout voir. Surtout que les sorties de qualité sont parfois concentrées en peu de temps.

Et c’est donc là qu’on retombe sur les pattes de Luc Dardenne qui parlait de films sortis en salle et pas de films vus en salle.

Le pire étant que, peut-être comme Dardenne et comme S. Coosemans, je pense qu’un film devrait pouvoir se faire, aujourd’hui plus qu’hier, sa notoriété sans sortie en salle. Cela finira par arriver. C’est plus une question de temps qu’autre chose. Et il faut dire également que les personnes dans mon entourage qui ont Netflix sont rarement des cinéphiles mais plutôt des amateurs de séries. Même parmi ses « fans » la marque ne convainc pas sur sa production cinéma, c’est le moins qu’on puisse dire. On dirait qu’ils ont un déséquilibre d’image à corriger.

Cela dit, la VRAIE question est de savoir pourquoi donc un film se passerait volontairement d’une sortie en salle ? Et on y reviendra.

Pour revenir à notre blogueur, pour lui, si les films de Netflix (on parle quand même de 126 !) n’auraient pas de renommée, c’est parce que la firme américaine se serait d’abord concentré sur les séries pour séduire les jeunes. Oui mais non. Produire des films coûte cher, on ne le fait pas pour ne pas en faire la promotion par la suite. Si vraiment, ils n’avaient voulu se concentrer que sur les séries, ils auraient tout simplement attendu avant de produire des films ou de les mettre à disposition.

S’il y a un argument, je dirais plutôt que c’est bien celui du nombre : 126 !! Un peu comme ces jeunes éditeurs qui veulent tellement réussir et/ou manger à leur faim, sortir du nombre est souvent un TRES mauvais calcul. Pour les livres, le problème est la promotion qui ne peut pas suivre, la ligne éditoriale qui ne ressemble à rien et l’attention à la qualité qui n’est pas assez forte. Pour le cinéma, c’est pareil mais en pire et il faut y rajouter que produire coûte cher donc, si on ne fait pas de choix, on prend le risque d’en avoir 126 qui n’ont pas eu assez de moyens et qui sont ratés au lieu d’en avoir 10 qui sont bons et réussis.

Evidemment, si on veut juste faire du remplissage et qu’on estime que son public « bouffera » du film comme on s’enfile des séries, alors c’est différent. Mais il est alors encore plus logique que rien ne laisse d’empreinte durable. Peut-être que c’est ça le problème majeur, cette consommation effrénée qui ne laisse plus le temps à la discussion, à la réflexion et à la digestion. Ce que j’aime en sortant d’une salle de cinéma, c’est justement ce moment où on se remémore le film, ses sensations, où on reconstitue le puzzle et qu’on en discute. Quand ce moment disparait, c’est toute la socialisation autour du 7ème art qui en souffre. Mais aussi la possibilité pour un film de susciter passion et … renommée.

C’est d’ailleurs un problème très marqué chez Netflix. Étoffer le catalogue toujours plus parce que le client est adepte de binge watching. Du coup, on est tenté de mettre tout et n’importe quoi ou d’augmenter les prix pour survivre alors que ce dernier est pourtant le plus gros avantage concurrentiel par rapport aux chaines payantes traditionnelles.

Mais le débat doit-il être concentré sur la renommée ou sur le succès des films qui passent ou ne passent pas au cinéma ?

Le blogueur évoque rapidement la chronologie des médias, le caractère conservateur et arc-bouté du secteur des salles de cinéma. Là, bizarrement, je lui donnerai raison mais sans pour autant m’accorder sur l’obsolescence de l’expérience cinéma en salles obscures.

Le danger n’est pas la chronologie des médias, le danger, c’est la diversité d’un secteur où producteurs et distributeurs vivent une relation incestueuse.

Et quand l’auteur nous demande en question provoc si les frères Dardenne préfèrent avoir un bon budget et être diffusé sur Netflix ou n’être vus que dans une salle, c’est un faux dilemme où la provocation est heureusement assumée. La question ne se pose pas en « salles » ou « VOD » mais les deux sont complémentaires.

Les avantages du « vieux » cinéma

C’est maintenant qu’on arrive à la partie la plus personnelle de ce billet. Celle où je ne réagis pas aux propos d’autres personnes mais développe seulement mon amour d’être enfermé durant une heure et demie, même au 21ème siècle.

Le cinéma, selon moi, c’est une expérience que la maison ne pourra jamais vraiment égaler à de rares exceptions près, mais surement pas pour le commun des mortels. Et cela sur plusieurs points :

  • la sociabilité
  • la neutralité
  • l’immersion
  • la qualité

La sociabilité, c’est le fait de sortir de chez soi, rencontrer d’autres personnes, même seulement visuellement et d’être entouré par elle. Quoi qu’on en dise, qu’on soit timide, introverti, extraverti, nous avons besoin de contacts humains. Et le cinéma nous permet de nous trouver entre personnes qui ont un intérêt commun.

C’est également un lieu neutre où on peut sociabiliser plus facilement. Le fait de ne pas être chez « quelqu’un », sur son « territoire » enlève des tensions, même invisibles. Mais c’est aussi l’occasion de voir des personnes qu’on connait à peine et de les découvrir en toute sécurité.

La qualité est peut-être le point où l’avantage, avec le temps, diminue par rapport à la maison (bien que ce ne soit encore que pour une élite qui peut se permettre d’avoir une salle dédiée, du bon matériel, etc …). Mais c’est aussi le moins important. Bien que, soyons clairs, le fait d’être bien assis et d’avoir la meilleure qualité d’image est quand même une très bonne chose sinon je n’en parlerais pas.

Ici, c’est le point le plus cher à mes yeux mais aussi le plus actuel. Dans notre salon, même partout, nous n’avons jamais été aussi sollicités par nos appareils électroniques. Un FILM demande pour moi une totale immersion. C’est une oeuvre qui est faites pour être vue et entendue d’un bout à l’autre. C’est une question de respect fondamental mais aussi un pacte qui lie les spectateurs entre eux et également avec le réalisateur. Comprendre, analyser, profiter d’un film c’est le regarder réellement et y être attentif. Mon expérience personnelle et celle des gens que je côtoie c’est que c’est devenu impossible devant la télévision, dans son salon, chez soi.

Par ailleurs, si on revient à la sociabilité, après le cinéma, moi je vis toujours ce moment où on discute du film, on raconte ce qu’on a compris et on en débat, parfois même avec des parfaits inconnus. Et ça, ça n’a pas de prix. On peut aussi le faire devant la télévision mais c’est justement là qu’on arrive au défaut principal que je reproche à Netflix : le binge watching.

Je ne dénigre pas Netflix, beaucoup de gens dans ma famille ou mes amis sont abonnés et en font la publicité. Mais le mode de visionnage incite à « bouffer » du film, et surtout des séries, en continue. Ça, pour moi, c’est incompatible avec mon besoin de « débriefer » discuter et prendre du plaisir intellectuel à prendre du recul sur ce que j’ai vu. Ce n’est juste pas possible car, de mon point de vue, le binge watching est abrutissant et ne respecte pas l’oeuvre. Cela conduit d’ailleurs à adapter la qualité de ce qui est diffusé pour en faire du prêt à manger à la chaîne, donnant une satisfaction sur le moment mais incitant à en remanger directement car on est à sec une fois fini. Le cerveau est vide et, comme un junkie réclamant sa dose, il faut en reprendre.

C’est peut-être d’ailleurs une des raisons pour lesquelles ils n’ont pas eu de films ayant eu de la renommée. Ce serait alors lié à leur business model lui-même.

J’ai d’autres reproches à leur faire comme celui de casser le marché avec des prix artificiellement bas ou de ne pas proposer de qualité (manque de diversité) ou de représenter un risque stratégique important pour toute la chaîne du film, mais je pense que l’article est déjà suffisamment long et je voulais surtout m’axer sur la défense du cinéma.

Edit, petit ajout :

Je vous invite à lire l’article suivant qui est non seulement très instructif mais également assez complémentaire, je trouve :

http://www.slate.fr/story/186512/tribune-xxe-siecle-histoire-cinema-television-films-series-vod-plateformes-streaming-netflix

Lectures en vrac, juin 2018

Dans l’ordre, les livres suivants sont abordés :

  • Les mythes de la seconde guerre mondiale
  • Il faut que je vous parle
  • Le guide du mauvais père, tome 4
  • Le bûcher des sexes
  • Malgré le doute, comment est morte Véronique Pirotton
  • L’Amour en plus compliqué
  • Economix
  • 59 secondes pour prendre les bonnes décisions

« Les mythes de la seconde guerre mondiale » (tomes 1 et 2) sous la direction de Jean Lopez et Olivier Wieviorka

J’ai reçu le tome 2 pour Noël et je l’ai dévoré dès que j’ai trouvé du temps. Aussitôt lu, il me fallait le tome 1. Dévoré également très rapidement.

Les amateurs du magazine « Sciences et Vie Guerres et Histoire » y trouveront assurément leur compte. Rigueur, style agréable, sujet d’intérêt sont présents de concert, comme d’habitude avec ces auteurs là. Mais surtout, on apprend énormément de choses.

Quoi de mieux d’ailleurs, finalement, que de voir la seconde guerre mondiale à travers ses mythes erronés. En effet, ceux-ci en disent très long sur l’histoire elle-même. Et le temps qui s’est écoulé semble maintenant suffisamment étendu pour nous permettre de soulever le voile de l’erreur.

Je préviens les amateurs et les passionnés qu’une fois qu’ils auront commencé à lire, ils ne pourront plus s’arrêter. C’est toujours pondéré mais il faut avoir l’esprit ouvert car certains devront sans doute remettre en question ce à quoi ils croyaient, parfois depuis fort longtemps. Et ce n’est pas forcément toujours chose facile. Surtout que ce qu’ils apprendront ne sera pas non plus toujours partageable en société, précisément parce que les mythes dénoncés ici sont parfois extrêmement bien ancrés dans celle-ci.

Les experts qui écrivent ici le font avec énormément de pédagogie et ils ont le souci d’être lus et compris. Cette préoccupation n’enlève rien à la crédibilité de leur travail. Les sources sont sérieuses et disponibles en fin de chaque chapitre.

Bref, je recommande absolument à tous les amateurs intéressés par la seconde guerre mondiale. Si vous connaissez quelqu’un dans ce cas, vous avez déjà l’idée de son prochain cadeau de Noël / anniversaire. C’est un « must have » pour tout amateur du genre.

« Il faut que je vous parle » de Blanche Gardin

Avec Shirley Souagnon, Blanche Gardin est  une de mes deux humoristes préférées du moment.

Ce livre est la retranscription de son tout premier spectacle.

Je n’ai pas de mots pour dire combien j’aime son humour. Je pense que d’une certaine manière, je me reconnais un peu en elle, dans ce qu’elle raconte. Je ne sais pas ce qui se passe exactement avec elle mais elle me fascine, elle a un vrai charisme. Je l’adore et c’est un faible mot.

Quoi dire d’autre sinon que de vous laisser un bout de spectacle (joué ici à Montreux) pour que vous puissiez vous rendre compte par vous-même si vous allez aimer ou non :

J’espère que son deuxième spectacle paraitra également en livre et je l’achèterai alors immédiatement.

 « Le Guide du Mauvais Père » de Guy Delisle

C’est déjà le tome 4 et il a mis du temps à arriver. Pour dire vrai, je pensais qu’il n’y en aurait plus.

J’aime beaucoup Guy Delisles. J’ai acheté tous ses carnets de voyage, les quatre guides du mauvais père et « s’enfuir » l’histoire d’un humanitaire pris en otage.

J’aime bien son humour un peu spécial et son imperfection assumée qu’on retrouve dans les « guides du mauvais père ».

Avec les carnets de voyage, je visite d’autres pays et cela avec un point de vue original. Mais, avec les guides du mauvais père, c’est toujours un rire un peu plus personnel qui nous frappe, comme si on se moquait d’une caricature de nous-même.

Par contre, ça se lit vite, forcément, car il n’y a pas des masses de dialogue et le format est petit. Ce n’est pas un problème pour moi mais certains trouveront peut-être cela dérangeant.

Pour en savoir plus sur cet univers là, rendez vous sur le site de l’auteur, rubrique « guide du mauvais père« .

« Le bûcher des sexes » par Brigitte Lahaie

Je dois avouer que je ne connaissais pas bien Brigitte Lahaie avant d’ouvrir ce bouquin. Bien sur, je n’ignorais pas qu’elle avait été actrice pour adulte (sans, je pense, jamais avoir admiré aucune de ses prestations, c’était il y a bien trop longtemps) ou qu’elle avait animé une émission sur une chaine télévisée du genre.

Mais je ne savais rien d’elle.

Or, en lisant cet essai, on se rend compte qu’elle est très cultivée et qu’elle en sait très long sur la situation des femmes françaises. Cela parce qu’elle anime une émission radio mais également parce qu’elle lit, se renseigne et semble avoir de nombreuses relations expertes avec qui elle a discuté.

Pour ce genre de sujets, je ne peux pas vraiment donner de conseils. En fait, on aime ou on aime pas suivant qu’on se reconnaisse ou non dans ce qui est dit. C’est le genre de sujets pour lesquels on est, malheureusement !!, rarement ouvert à une pensée contradictoire voir à la discussion tout court.

Brigitte Lahaie, c’est une pensée qui doute, qui s’interroge et qui ne cherche pas la radicalité facile, le simplisme ou l’opposition entre les sexes. Je m’y retrouve sans problème. Mais je pense que ce ne sera pas le cas de tout le monde, vous être prévenus.

Dans le même genre, j’avais beaucoup aimé lire « Fausse route » d’Elisabeth Badinter. Les deux ouvrages ont chacun leur place dans ma bibliothèque et ne la quitteront pas.

« Malgré le doute » de Vincent Demonty

C’est sans doute l’oeuvre pour laquelle je me montre le plus mitigé.

La mort de Véronique Pirotton est un drame qui m’a fort marqué. Logiquement, j’avais suivi de près le procès grâce aux retranscriptions précises des médias et j’avais même écrit, avant celui-ci, un article à portée plus générale.

Une femme qui décède dans des circonstances pour le moins suspectes. Un présumé coupable qui nie de toutes ses forces. Une société fortement polarisée. Une victime qui elle-même avait vécu une vie par moment douloureuse mais qui se battait pour son fils. Et qui fut pourtant trainée dans la boue à l’occasion de « son » procès.

La première partie offre une parole à la soeur de Véronique. Une parole intéressante ; on a pas assez entendu les victimes dans cette histoire. En la lisant, on se rappelle que ce procès (que j’ai suivi tous les jours via le compte rendu intégral de la RTBF qu’on pouvait consulter chaque soir) a donné un verdict. Mais que ce verdict aurait pu être bien différent, avec les mêmes preuves, les mêmes faits, mais une enquête plus professionnelle ou un avocat de la défense moins talentueux. Voir avec des questions différentes posées au jury.

Les parties civiles n’ont pas reçu réponse à toutes les questions qu’elles se posaient. Le suicide est exclu. Le meurtre et/ou l’assassinat n’ont pu être prouvés à suffisance. La thèse de l’accident sera donc privilégiée par ceux qui ne veulent imaginer qu’un parlementaire, une personne censée être parmi nos élites nationales, ne puisse être à l’origine d’un tel acte. Par défaut, c’est bien ce que semble avoir retenu le jury et qui ne satisfait pas, on peut les comprendre, les parties civiles. On voit bien pourquoi : la stratégie défensive, pour réussir, s’est muée en stratégie d’accusation de la seule personne qui n’était plus en état de se défendre.

Dans cette première partie, donc, intéressante, on a ce point de vue développé par Nadine Pirotton. Je ne peux m’empêcher de me dire que j’aurais aimé que ce soit plus long, il y aurait eu, je pense, plus encore à dire sur le procès, les plaidoiries et les ressentiments personnels sur ce qui s’est passé avant et pendant le drame. Il y eu donc un peu de déception de ma part avant d’entamer la deuxième partie.

Cette deuxième partie fut vraiment intéressante et relativement bien écrite. Elle fut ce qu’elle devait être : émouvante et éclairante sur la personnalité de la disparue.

Par contre, et là je blâme particulièrement l’éditeur, c’est très mal découpé et structuré. On dirait que les séparations de chapitres, d’instants, de lieux ont disparu. Et ça peut vraiment, par moment, rendre la lecture difficile ou agaçante. Si le livre devait être réédité, j’apprécierais qu’on insère un vrai chapitrage dans cette partie finale. Cette partie étant moins destinée à comprendre qu’à faire connaissance avec l’intimité de V.P., je ne rajouterais pas forcément grand chose sur le fond, malgré les ellipses, par contre.

Alors voilà, j’ai apprécié la lecture et je l’ai trouvé utile et intéressante. Je la recommande parce qu’il n’y a rien de mieux. Mais j’ai quand même une impression de gâchis en ce sens qu’il y avait surement moyen de faire mieux avec un peu plus de travail de réécriture.

L’amour, en plus compliqué de Jim

C’est un livre de nouvelles, plusieurs dizaines au total, parlant d’amour. Mais pas d’une façon romantique idéalisée. Non, d’une façon réaliste, qui fait sourire, qui permet de s’identifier. C’est là toute la douceur de l’Amour, elle est présente derrière chacune de nos imperfections. Mais qu’on ne s’y trompe pas, le livre n’est pas noir pour autant. Non, l’humour est présent à chaque histoire. Ça fait mouche dans une délicate alchimie très bien maitrisée.

Je ne dis pas que chacune de ces histoires fera forcément « tilt » chez vous. Mais, la lecture sera agréable, divertissante et il y aura des coups de cœur, c’est une certitude.

Si vous avez découvert JIM par la BD, alors vous ne devriez pas être déçu. Toutes les nouvelles proposées auraient pu être présentées dans un format plus graphique, mais alors on aurait moins profité de sa plume. Il est doué et je n’ai pas été déçu par ce changement de format par rapport à son habitude.

Je vous laisse avec une petite nouvelle. Elle n’est pas représentative, parce que chaque nouvelle est différente mais elle vous donnera peut-être envie de découvrir les autres et c’est là l’essentiel :

Economix, la première histoire de l’économie en BD par Michael Goodwin et Dan Burr

Vous avez détesté vos cours d’économie ? Ce livre vous plaira. Didactique, pédagogique, se voulant relativement neutre mais surtout, surtout, réaliste.

Finie la théorie abstraite sans aucun fondement concret sur le terrain.

Ici, on parle de ce qui se passe vraiment. Pas des mythes.

Le plus gros défaut est que le livre est américain et développe donc des références américaines. Mais son message est transposable dans tous les pays.

La plus grosse qualité est un travail de documentation intense. Les auteurs sont partis de tous les plus grands auteurs, ce qu’ils ont vraiment écrit et en font la critique toujours pertinente.

On ne vivra pas mieux après l’avoir lu, mais on en sort mieux informé. Et cette meilleure connaissance du monde fait aussi de nous de meilleurs citoyens.

59 secondes pour prendre les bonnes décisions de Richard Wiseman

Ce livre est de l’excellent Richard Wiseman.

Ici, pas de « développement personnel » nous promettant de devenir riche et célèbre rapidement par l’application de quelques règles de soit-disant bon sens. Pas de langue de bois endormante et de séminaire très coûteux indispensable non plus.

Non, tout ce que vous aurez, c’est une excellente vulgarisation scientifique. Ce qui a été testé en expériences de psychologie sociale et qui marche. Je recommande fortement. En plus, c’est agréable à lire.

Je vous envoie vers deux critiques lues sur d’autres blogs qui disent déjà tout ce qu’il faut dire :

J’ai déjà parlé sur ce blog d’un autre livre du même auteur, le Traité de Bizarrologie. Il est tout aussi excellent, si pas plus. Courrez le lire également et, dans mes souvenirs, il existe aussi en livre de poche, ce qui est plus démocratique.

Conclusion : neuf livres à découvrir

Vu les thèmes très variés, il devrait au moins y en avoir un qui vous plaise parmi eux.

Le format « en vrac » me semble intéressant car il permet de parler de livres pour lesquels je n’ai pas assez de matière ou de temps pour faire un article complet. Je continuerai donc dans cette voie dans le futur.