Wedding Nightmare, film de Tyler Gillett et Matt Bettinelli-Olpin, commentaires

Il est conseillé d’avoir déjà vu le film vu que je fais des spoilers. Si vous ne l’avez pas encore vu et que vous voulez garder toute la surprise, il vaut mieux postposer la lecture de ce commentaire. ;-) Pour autre information, j’ai vu le film à la télévision il y a quelques jours.

Le but de cet article est de faire diverses analyses, commentaires et critiques sur le film et d’ouvrir un espace de débat éventuel avec les lecteurs. Je vous conduis également vers quelques avertissements avant lecture sur la manière dont j’écris sur ce blog à propos du cinéma.

Ambiance

La musique et l’ambiance générale font vraiment beaucoup pour le succès du film.

Ainsi, la musique du jeu « hide and seek » est juste géniale et la magnifique réinterprétation de « love me tender » donnent le ton du film.

Ce film étant particulièrement spécial, entre comique, survival, fantastique et pyschologique, il fallait une bande son qui puisse coller à cela. Je trouve que ce n’était pas si simple et que c’est bien réussi ici.

Ce mélange des genres en fait un film difficilement classable. Il a beaucoup d’étiquettes, mais il gère parfaitement ce mélange. La cuisine du film suit une recette où chaque ingrédient est minutieusement pesé.

Suspense

En plus de l’ambiance, en complément parfait, le suspense fut ce qui me permit de garder un intérêt au film jusqu’à la fin.

Etions-nous face à un film fantastique, ou non ? Que se passera-t-il à la fin si elle réussit à échapper à la chasse ? Comment son mari va-t-il réagir ?

On pourra dire que le changement de comportement de certains acteurs n’était pas cohérent. Moi, je trouve qu’ils évoluent en fonction du contexte, même le mari. Cela donne beaucoup d’intérêt et cela aide rester éveillé jusqu’à la fin.

Titre

Samara Weaving in the film READY OR NOT. Photo by Eric Zachanowich. © 2019 Twentieth Century Fox Film Corporation All Rights Reserved

Le titre original est « ready or not ». Le titre français est « wedding nightmare ».

Bien que je comprenne difficilement pourquoi devoir traduire un titre anglais en … anglais, je trouve que la « traduction » ne trahit pas le titre original. Par contre, il est un peu moins subtil. Et il y a la perte également du lien avec le « jeu ». Ready or not est, en effet, le message de fin du jeu « cache cache ». Le moment où l’horreur commence.

Thème central : l’abandon

Dans ce film en mode « survie », il est intéressant de voir que le portrait psychologique de l’héroïne est brossé assez rapidement : Grace n’a pas de famille. En épousant, elle ne s’engage pas seulement auprès d’un mari mais espère également être adoptée par toute la famille du marié.

Ce profil psychologique on ne peut plus clair est amené dès le tout début. On le dit, on le montre et il ne semble y avoir carrément aucun ami à elle à son propre mariage. C’est dire qu’on ne peut pas le louper et c’est loin d’être subtil. Or, n’importe quel personne ayant eu la même enfance que Grace a toutes les chances de développer ce qu’on appelle un « abandonnisme » ou, autrement dit, être « abandonnique ».

Or, ce genre de personne a souvent un comportement totalement contradictoire :

  • à la fois ils ont la plus grande peur d’être « abandonné » comme ils l’ont été dans leur enfance (parfois à de multiples reprises)
  • et pourtant, ils ont souvent un comportement testant l’entourage et, osons le dire, l’incitant à l’abandonner

Ce faisant, il poursuit deux buts :

  • s’assurer que ses abandons antérieurs étaient bien mérités et qu’il en était la cause. Cela rassure son psyché de savoir que cela avait un sens, qu’il méritait bien tout cela. Et cela contribue également, dans la même veine, à exonérer de responsabilités ceux qui l’ont abandonné petit (figures parentales, ou autre). Un enfant est dépendant de ceux qui s’occupent de lui et va naturellement les déifier et internaliser la cause des mauvaises relations qu’il a avec eux. Si c’est normal et « rassurant » enfant, ce comportement, s’il perdure adulte va rendre réellement très difficile toute socialisation à long terme avec d’autres personnes. Souvent, la thérapie pourra être d’une grande aide si l’abandonnique s’en rend compte et a assez de recul sur sa vie et de courage pour commencer celle-ci. Même si cette dernière n’offre pas une garantie de résultats non plus.
  • tester le partenaire pour vérifier sa fiabilité, mais d’une façon si absurde que celui-ci finira forcément par soit se tuer lui-même à petit, soit partir. Le test n’aboutit jamais à réconforter l’abandonnique, tant et si bien qu’il ira toujours plus loin. Jusqu’à ce qu’il soit trop tard

Pour un abandonnique, le mariage peut à la fois être recherché (c’est une promesse symbolique très forte d’une union « jusqu’à ce que la mort sépare ») par lui-même ou par le partenaire (espérant enfin rassurer et rendre plus stable l’être aimé).

Toutefois, par la force symbolique de celui-ci, précisément, cela peut s’avérer le pire des pièges ! Celui dont on ne sort pas indemne. On l’a dit plus tôt, en réalité aucun test ne peut réconforter réellement certains abandonniques. Et plus on va loin dans la preuve d’amour et d’engagement et plus la réaction va se révéler violente et destructrice. Non seulement la vie peut devenir un enfer de maltraitance. Mais, également, le divorce n’est pas forcément une meilleure option car l’abandon n’est pas plus toléré, encore moins après un tel engagement, que la preuve d’amour elle-même. Divorcé ne rime alors pas avec « débarrassé » et les violences peuvent alors continuer toute une vie.

Maintenant que tout cela est dit, si on y prend garde, le film peut alors prendre une toute autre dimension. Pour moi, le film sait parfaitement de quoi il parle et de quoi il veut parler : d’abandonnisme, de relation avec une abandonnique et de la conséquence du mariage dans cette situation.

D’abord, on peut dire que tout l’entourage du marié s’attendait à ce qui allait se passer, le marié lui-même. On essaye de dissuader le mariage. Dans un couple avec le syndrome d’abandon entre les deux amoureux, les choses n’attendent pas le mariage pour se montrer. Il est donc possible que toute la famille, et le marié aussi se demandent : « ready or not » ?

La carte qui tombe n’arrive pas tout à fait par hasard. Puisqu’on est entre personnes qui avons vu le film, on sait qu’il y a de vraies forces maléfiques qui agissent. Cette carte est tombée parce que la situation, le contexte l’imposait. Et on peut la voir de plusieurs manières :

  • soit, c’est le « mal » qui protège la famille d’une intruse. En effet, le pouvoir assure la bonne fortune à la famille. Mais cette bonne fortune (chance) n’est pas que financière ! Elle assure aussi que de manière générale tout se passe bien. On peut donc se demander si le « choix » du jeu n’est pas fondé sur autre chose que du hasard mais au contraire sur la conviction du protecteur qu’il faut se débarrasser au plus vite d’une personne nocive
  • soit, puisque c’est la mariée qui tire la carte, c’est elle qui « choisit » le jeu et, de par sa personnalité, va faire vivre un véritable enfer à tout le monde

La suite se passe alors comme si, effectivement, la famille essayait de se défendre d’une menace à la fois potentielle et réelle. Le point de vue du film peut même être considéré comme faussé. Dans un couple abandonnique, celui qui fait du mal peut tout à fait se voir, et se vivre !, comme la victime. La vie d’un abandonnique est d’ailleurs probablement très douloureuse nonobstant le mal qu’il fait objectivement aux autres.

Et, à la fin, qui survit en dernier, à part elle ? Le marié, pardi !

Alors qu’il avait changé d’avis et décidé de prendre le parti de sa famille à la dernière minute, elle ne lui pardonne pas, reprend son destin en main en retirant son alliance (l’abandonne elle-même) et le tue. Comme on l’a dit avant, pour le compagnon, poussé à bout toujours plus fort, il est très difficile de ne pas céder un jour à la tentation de partir. Ici, c’est bien le dernier à le faire et on ne lui pardonne pas.

On arrive alors au message de fin qui me perturbe un peu.

On peut y voir la condamnation définitive de celui qui abandonne « lâchement ». Dans ce cas, le film prend en réalité parti pour l’abandonnique et contribue à son délire jusqu’au bout.

On peut y voir aussi la volonté de « libérer » Grace. Car en abandonnant et en tuant celui qui l’abandonne, elle se libère et reprend le contrôle sur sa vie. Comme si elle guérissait de la blessure du passé en s’en prenant à un autre.

Je ne vois rien qui ne permet de trancher entre ces deux explications ou encore pour une autre. Bien évidemment, je n’ai vu le film qu’une fois et sans doute qu’il me faudrait le voir et le revoir pour déceler tous les indices. Mais je n’ai pas le temps ni l’envie pour cela.

Toutefois, si vous voulez ajouter un détail ou autre, n’hésitez pas en commentaires.

Lutte des classes et ascension sociale

Au passage, je trouve l’affiche super réussie, autant en anglais qu’en français

D’autres que moi ont vu d’autres thèmes, plus liés à la richesse, aux classes sociales et à l’émancipation d’une condition de pauvreté.

On voit tous avec les lunettes qu’on a sur le nez. Quand on a un vécu ou l’habitude de voir les choses sous un certain angle, alors on retrouve plus facilement les situations qui y ressemblent. Moi, je retrouverai plus facilement l’abandon et d’autres la lutte des classes. Toutes les interprétations peuvent se valoir et, surtout, se compléter dans le débat d’idées autour d’une œuvre.

Toutefois, je vois beaucoup plus l’insistance des réalisateurs sur l’aspect « famille » bien plus que sur l’aspect « richesse » dans le début du film. Ce qui me laisse à penser que l’une des théories a probablement un poids plus important que l’autre dans la genèse de ce film.

Ailleurs sur le web

Deux petites critiques sympathiques :

The Hunt, film de Craig Zobel

Ceci est une petite critique/analyse sur différents thèmes qui contient des « spoilers », ne lisez pas si vous n’avez pas encore vu le film et si vous comptez le voir.

Ne pas choisir

Le film n’annonce pas tout de suite la couleur bien qu’on comprenne rapidement qu’il y a un malaise. Aucun des « camps » ne semble être très désirable. Ni celui des complotistes « bouseux » (comme ils sont présentés), ni non plus celui des « gentils » Social Justice Warriors qui assassinent à tour de bras. En réalité, la seule personne à s’en sortir vivante est celle qui « s’en fiche ».

Par « s’en foutre », du point de vue du film, il faut entendre deux choses : elle ne veut pas choisir un camp, ni être lièvre, ni être tortue ; le combat lui paraissant par ailleurs foutu d’avance (en faveur des puissants). Et surtout, elle veut le droit de ne pas avoir à se positionner sur ce qui intéresse finalement les deux camps.

Les extrémistes nous disent souvent que ne pas choisir ou ne pas vouloir se prononcer, c’est faire le choix de l’autre camp. Faux dilemme, bien entendu, et l’héroïne a décidé de ne pas se laisser faire. Rien ne l’oblige à se prononcer ou à s’intéresser au PizzaGate ou au massacre des bébés phoques au Canada par exemple. Elle le marque dans la voiture en revenant du camps militaire en répondant à son compagnon que cela ne l’intéresse pas.

On remarquera que tout au long de la chasse, le camps des SJW ne se contente pas de tuer mais essaye encore d’obtenir la « rédemption » de leurs proies en leur parlant et en les faisant parler mais ce n’est pas très concluant. Les bouseux eux-même n’abandonnent pas leurs théories burlesques. Au final, personne ne s’écoute et cela peut sembler logique tant les deux camps ont des positions extrêmes et butées.

Le moment où on peut commencer à entrevoir la fin est celui où l’héroïne évoque la fable du lièvre et de la torture. Du moins, sa version un peu « changée » ou le lièvre fait passer l’envie à la tortue de gagner à sa place encore une fois. A ce moment-là, le gros balourd qui l’accompagne demande : mais nous on est le lièvre ou la tortue ?

Ni l’un ni l’autre justement. Elle ne répond pas. Elle ne veut pas être le lièvre ou la tortue. Ca ne l’intéresse pas. Dans cette compétition, elle veut être celle qui survit et qui arrive de nulle part. Celle qui ne suit pas les règles de la compétition parce qu’elle ne participe pas à la compétition. Elle ne veut pas jouer selon des règles qu’on lui a imposé et qui, de toute façon, font toujours gagner le dominant même quand il n’a pas officiellement réussi à devancer la tortue, trop confiante dans la loyauté de l’adversaire.

Parce que le menu ne nous intéresse pas

Et c’est le parallèle qu’on peut faire aujourd’hui avec la « réalité ». Non, dans notre réalité, il n’y a pas des ultra riches de gauche qui organisent des chasses à l’homme. Mais on retrouve les mêmes camps se revendiquant du « bien » (aucun ne pensant faire partie du « mal ») et c’est totalement insupportable. Aucun de ces camps n’est bon. Ils font tous du mal, tuent, blessent pour un idéal supérieur. Le fascisme est mauvais, qu’il soit de gauche comme de droite.

Dès le moment où on est persuadé de détenir la vérité et qu’on veut l’imposer aux autres, alors, clairement, on est TOUJOURS dans le faux.

Pour moi, c’est à peu près le seul message du film. Les réseaux sociaux, spécialement Twitter sont très clivants et il peut s’y passer des événements terribles pour les gens qui y combattent (harcèlement allant jusque dans la sphère privée, isolement, …). Ils n’aident vraiment pas au débat. Il n’y a pourtant pas de solution à cela sinon d’y faire attention et d’éviter nous même d’entrer dans ce genre de meute et de réflexions à l’emporte-pièce. Être critique y compris pour ce qui nous parait être du bons sens (se rappeler que nous aussi pouvons avoir tort).

En fait, je discute souvent sur internet avec un grand nombre de pseudos différents. Et ce que je vois quand même, c’est que les lieux où les débats sont les plus intéressants sont ceux où il existe une modération neutre. Celle-ci me parait malheureusement impossible à mettre en oeuvre sur Twitter.

Un film gore

Le film est par instant extrêmement gore. Ce sont des moments très réduits mais qui font que le film mérite largement son rating -16. Ça ne sert pas vraiment le propos du film dans le sens où on pourrait faire le même film sans ces moments-là. Du coup, je me suis demandé la raison de ces scènes avec deux hypothèses à la clé.

Soit, c’est purement marketing car on n’attrape pas les mouches avec du vinaigre. On choque pour faire parler du film et faire venir les spectateurs dans les salles. Soit, c’est parce que les auteurs se sont dit que cela demanderait une certaine maturité pour le « comprendre » et ont rajouté ces scènes exprès pour qu’il ne soit vu que par des adultes (en théorie).

Réalisation, qualité technique

Du côté de la réalisation, on ne sent pas que c’est un relativement petit budget. Pour moi, la plus grande qualité du film est à retrouver là. Comme il est bien réalisé, on a quand même pas mal de moments où on suit nos protagonistes avec intérêt et du suspens bien amené. Faire cela malgré, finalement, une histoire relativement simpliste et pauvre, c’est quand même pas mal.

Les prolos ne sont pas oubliés

Ce qui est intéressant aussi dans ce qui est montré, c’est que les gentils organisateurs de la chasse ont des grands discours mais montrent finalement peu de respect envers les vrais prolétaires qu’ils côtoient (représentés ici par le personnel de l’avion). C’est évidemment pour nous montrer que derrière les paroles les plus pures, il n’y a pas toujours des actes qui suivent.

Conclusion

Ce ne sera pas pour moi un film « culte ». Et c’est un film dispensable. Mais, tout de même, si vous avez envie de vous divertir sans prise de tête, et bien, ça peut quand même défouler un peu. Surtout si, comme sans doute la majorité de la population, vous ne voulez pas choisir entre une extrême politique et une autre. Après, ça doit se regarder avec un second degré évident. On n’est pas des psychopathes !

J’accuse, film de Roman Polanski, critique et commentaires

Il est conseillé d’avoir déjà vu le film vu que je fais des spoilers. Si vous ne l’avez pas encore vu et que vous voulez garder toute la surprise, il vaut mieux postposer la lecture de ce commentaire. ;-) Pour autre information, j’ai vu le film à la télévision il y a quelques jours.

Le but de cet article est de faire diverses analyses, commentaires et critiques sur le film et d’ouvrir un espace de débat éventuel avec les lecteurs. Je vous conduis également vers quelques avertissements avant lecture sur la manière dont j’écris sur ce blog à propos du cinéma.

Première partie : le boycott

Si je n’ai pas vu l’oeuvre au cinéma, je tiens à dire que ce ne fut pas par « boycott ». Ce fut seulement parce qu’il ne resta pas suffisamment longtemps en salles près de chez moi pour que j’en aie l’occasion (par l’effet du boycott ? je n’en suis pas persuadé, cela reste un film d’auteur et ceux-ci ne font pas une longue carrière près de chez moi).

Donc, j’ai du attendre qu’il passe à la télévision, sur BeTV (télévision payante), pour pouvoir satisfaire ma grande curiosité à son sujet. Curiosité que la polémique n’avait fait qu’attiser.

A la télévision, où on ne paye pas un « prix d’entrée », la question du boycott ne se pose pas de la même manière. Mais elle se pose quand même car il semble qu’il y avait, d’abord et avant tout, une posture morale derrière cette injonction.

Je vais donc commencer par en parler afin d’évacuer, une fois pour toute, ce sujet. Puisque je l’ai vu, je profiterai bien évidemment de mon expérience pour étoffer mon point de vue. Je préfère ajouter également que je suis, de base, assez peu favorable à la censure et que je considère qu’il faut vraiment de bonnes raisons pour en réaliser une, même sous une forme qu’on peut voir comme plus « soft » (le boycott).

Faut-il boycotter « J’accuse » du réalisateur Roman Polanski ?

Je pense que toute personne qui s’intéresse un peu au cinéma a du entendre parler de cette polémique. Et chacun a, évidemment, son avis. Mais le plus difficile, c’est que les débats sont souvent passionnés avec une faible acceptation pour les avis différents du sien. Cela ne me plait pas du tout.

Je vais donc rappeler que ce que je vais écrire ici n’est que le fruit de mes réflexions personnelles à un instant T. Tant mieux si ça peut vous intéresser ou faire évoluer votre propre réflexion / opinion. Mais cela n’a pas pour but ni de vous convaincre d’adopter le même point de vue, ni de vous faire croire que seule ma perception est la bonne. Mon avis pourra encore évoluer, de toute façon.

Ceci dit, on peut commencer.

Comment répondre à la question ?

La question peut paraitre très simple car il n’y a que deux réponses possibles : oui / non. Mais en réalité, elle est plutôt compliquée car il faut prendre en compte de très nombreux arguments. Il faut prendre une balance et placer tous ces arguments d’un côté ou de l’autre et essayer d’estimer enfin vers quel côté cela penche le plus. Et, comme dit précédemment, pour assumer le fait d’inciter à ne pas le voir, cela doit pencher pas seulement un petit peu mais vraiment beaucoup vers la censure.

Le produit est-il remplaçable ?

Pour la plupart des produits, il est possible de boycotter une marque ou une société tout en ayant quelque chose de très similaire ailleurs.

Quand ce n’est pas le cas, comme ici, les choses sont déjà différentes.

Si je veux découvrir au cinéma un bon film qui parle de l’affaire Dreyfus, ai-je vraiment le choix ? Ou si je suis prof et que je prévois une leçon sur le sujet ? Même s’il existe sans doute d’autres films, chaque réalisateur a sa propre patte et se restreindre sur d’autres bases qu’artistiques ou de contenu n’est pas pertinent. On a déjà pas souvent un choix très grand alors si on le restreint, on risque de devoir choisir une oeuvre qui ne sera pas appropriée, soit qu’elle est moins bonne, soit qu’elle adopte un point de vue qui pousse moins à la réflexion.

La conclusion est, pour moi, que dans le cas d’une oeuvre cinématographique, le fait que l’oeuvre ne soit pas remplaçable va toujours aller contre le boycott. C’est pour moi un argument fort parce que je suis, de base, plutôt opposé à la censure que j’estime infantilisante et dangereuse.

Il n’y a qu’un seul film « J’accuse ». Je ne trouverai jamais exactement le même film, tourné par un autre réalisateur. Alors que je si je boycotte la supérette du coin, je peux trouver les mêmes produits dans un autre magasin.

Les faits reprochés sont-ils avérés ?

Je peux reconnaitre les faits de deux manières. Soit via la justice et là, il n’y a alors aucun doute « officiel » (même si la justice peut se tromper et préfère ne pas prendre de risques). Ou soit par le biais d’un aveu ou quand on est face à une situation assimilable au flagrant délit (haut niveau de preuve). Le témoignage contredit (parole contre parole) ou non confirmé n’est pas, à priori, un niveau suffisant de preuve.

La justice s’est prononcée aux USA il y a très longtemps, il a payé la peine prévue par l’arrangement qu’il avait passé et a évité une sorte d’abus de droit (une possibilité de peine de prison sans fin) en quittant le pays. Par ailleurs, la victime, Samantha Gailey, n’a plus de désir de vengeance et estime que, pour elle, l’affaire est close. Jusqu’à l’épisode de l’abus de droit, il a rempli le « contrat » qu’il avait conclu avec la justice et qui devait aboutir à sa libération.

Il y a eu ensuite, récemment, de nombreux témoignages sur des faits très anciens. Les faits sont tellement anciens qu’il n’y a plus de travail judiciaire possible. Ici, Polanski n’a rien reconnu. Et il n’y a donc aucune preuve autre que « parole contre parole ».

A noter sur le sujet de la prescription cet article écrit par des avocats dont le contenu m’a intéressé.

La quantité de témoignages est-elle une preuve en soit ? Il est vrai que c’est interpellant. Mais dans l’autre sens, le temps passé va au contraire rendre les témoignages moins fiables. La mémoire humaine est très malléable et le travail des années ou de suggestion peut créer des faux souvenirs. C’est aussi pour cela que des preuves matérielles ou des aveux sont très importants.

Selon le double principe important de la présomption d’innocence et de la charge de la preuve pour l’accusation, il n’y a pas assez pour que je considère sa culpabilité comme avérée pour les cas où la justice ne s’est pas prononcée. Et même si elle l’était, il me semble que tous les faits rapportés sont trop anciens et que la prescription joue.

Cette ancienneté et le fait qu’aucun témoignage récent n’existe veut dire aussi que, si les accusations avaient été vraies, il aurait donc fini par s’arrêter et s’amender de lui-même sans devoir passer par la case « justice ». Et cela, c’est important car cela veut dire qu’on est face à quelqu’un qui est capable de s’amender, s’arrêter et qu’un long temps de probation est passé sans récidive (en gros Polanski ne serait pas quelqu’un d’irrécupérable). Cela n’excuse pas ou ne provoque pas le pardon mais je pense que le temps et le changement sur la durée doivent quand même être pris en compte.

Si il y a la prescription qui est prévue dans nos états de droit ou si les peines de prisons sont rarement à vie, ce n’est pas sans raison.

En conclusion, ici la balance va en faveur de la présomption d’innocence en grande partie mais j’appuie quand même un peu sur l’autre côté de la balance vu le nombre de témoignages. Le fait qu’au moins un cas a été reconnu et avéré ne rentre pas dans la balance car je ne suis pas pour des peines « à vie » et il est sage qu’une réinsertion soit possible après avoir purgé une peine.

Le « produit » a-t-il été le fait de ce seul homme ?

Je fais partie des rares personnes qui restent dans la salle de cinéma jusqu’au bout du générique. J’aime bien regarder tous ces noms qui ont participé à une oeuvre collective. Et parfois, il y a un petit bonus tout à la fin sous forme d’un petit commentaire audio ou de quelques images supplémentaires, mais ce n’est pas la raison principale.

Pour faire un film, il y a énormément de professionnels qui sont nécessaires. Cela veut dire aussi que beaucoup de gens vivent de cette industrie. Et quand on boycotte un film, c’est une punition collective qu’on fait. Or, j’ai toujours détesté les punitions collectives. Voir, même, j’ai toujours trouvé cela très lâche. Le réalisateur a évidemment un rôle important mais ce serait être insultant, et peu social, pour tous les autres que de faire comme si c’était le seul qui avait créé ou le seul qui en bénéficiait (pour justifier le boycott).

Car, en plus d’être une punition collective, c’est aussi cracher sur un travail artistique qui, à priori, n’est pas corrélé à ce qu’on l’accuse. Les nominations aux César me paraissent tout à fait méritées si on regarde la qualité du travail réalisé.

Ici, on est clairement à faire beaucoup pencher la balance en faveur du non boycott.

Le film est-il de qualité ? Nous apporte-t-il quelque chose en tant que société ?

Oui, selon moi, le film est de grande qualité. Je suis content de l’avoir vu.

Et je pense que les thématiques qu’il aborde sont particulièrement bienvenues en ces temps politiques troublés où les populismes extrémistes n’ont jamais été aussi forts. Mais on reparlera dans la deuxième partie.

Le film fait-il l’éloge de ce qu’on reproche à Polanski ?

Si on considère que Polanski a subit une injustice, on peut voir un parallèle entre la situation du film et celle de son auteur. Mais on est d’accord que ceux qui appellent au boycott ne pensent pas Polanski innocent (donc, pour eux, il n’y a aucun lien possible).

Et, même là, le déroulé n’est pas le même :

  • Dreyfus subit une injustice à cause des préjugés raciaux et/ou parce qu’il a une trop belle « gueule » de coupable et/ou à cause de l’incompétence des services de renseignement (ou un mix des trois !).
  • Polanski se sent victime d’une injustice car il pense avoir payé son dû à la justice des USA et qu’il a respecté sa part du contrat avec elle.

Autrement dit : l’un est innocent et accusé à tort, l’autre est coupable mais ne veut pas payer indéfiniment pour le même fait. Les situations ne sont pas tout à fait les mêmes, on est d’accord.

Conclusion

Je ne suis pas en faveur du boycott. Je conseille au contraire de voir l’oeuvre, que vous aimiez ou non Polanski. Que vous le pensiez coupable ou non. Pour une raison que je n’ai pas encore évoquée : voir une oeuvre ne sera jamais un blanc-seing à l’artiste. Non, voir une oeuvre ne cautionne pas tout ce qu’un artiste a fait. Par contre, cela permet souvent de mieux comprendre celui-ci. Car oui, l’oeuvre et l’artiste sont liés. Et quoi de plus intéressant que de s’intéresser à ce qu’un être humain fait pour mieux le comprendre, y compris si vous le pensez coupable.

Je le répète encore une fois : voir un film ne constitue pas et ne constituera JAMAIS une caution à tout ce qu’un réalisateur a pu « réaliser » dans sa vie.

Vous me direz que vous voulez seulement le « punir », « rendre justice ». Alors, vous punissez toutes les personnes qui ont travaillé avec lui et vous rendez une justice populaire. On a alors tout simplement pas les mêmes valeurs.

Et les victimes dans tout cela ? Personne ne les oblige à voir le film. Pire, la campagne de boycott est là pour occuper les médias en permanence. Est-ce vraiment positif pour elles ? Ou seulement pour ceux qui s’érigent comme leurs défenseurs auto-proclamés ? On l’a vu, la première victime, la seule reconnue, n’a pas le « bon avis » sur la question. Du coup, sa parole n’a pas d’importance. Ce qui me laisse à penser qu’on est plus dans la manipulation des victimes que dans leur défense.

Deuxième partie : le film

Comme d’habitude, j’articule mon propos autour de quelques thématiques que je choisis et qui ne sont pas forcément connectées entre elles.

Le complot

Le film est très clair sur le fait que, selon lui, il y a bien eu une sorte de complot contre Dreyfus. On a tout fait pour qu’il soit accusé et reconnu coupable. Cela ne veut pas dire que ceux qui ont agit en ce sens n’étaient pas persuadé de sa culpabilité. Là-dessus, finalement, il reste encore un léger doute. Mon impression est qu’ils le croient coupable, qu’ils le veulent coupable et qu’ils agissent en ce sens, au moins au début. Toutefois, le film nous montre quand même qu’ils prennent beaucoup de précautions pour l’isoler et qu’il ne puisse parler à personne. Comme si au moment du verdict de culpabilité, ils savent déjà.

Sur l’isolement, on peut se dire que c’était soit pour l’exemple (le « casser »), soit parce qu’ils le savaient déjà innocent et qu’ils voulaient à tout prix éviter le scandale. Là encore, cela ne voudrait pas forcément dire qu’ils le savaient innocent dès le départ. Mais qu’ils veulent éviter le scandale après s’être rendu compte de leur bêtise.

Le responsable de la cabale pourrait être le responsable du renseignement qui précède Picquard, qu’on voit très peu, et qui meurt rapidement de par une maladie « honteuse ». On suppose que c’est par lui que tout a commencé et que c’est lui qui a donné les ordres puis qui a fait tout déraper. Les responsables ne parlent pas de lui en termes élogieux (évocation des tremblements), ce qu’on peut voir comme une preuve que, rapidement, ils se doutent que le travail n’a pas été bien fait.

Après la condamnation, on voit que, malgré les preuves, les différents responsables ne changent pas leur jugement voir font obstruction au rétablissement de la vérité.

Plusieurs raisons peuvent expliquer cela :

  • le biais de confirmation. Ce serait l’explication la plus « humaine ». Personne n’aime admettre avoir fait une erreur. Et quand l’erreur a eu des conséquences graves, il est probable que le biais de confirmation va être encore plus renforcé : cela permet de ne pas se sentir responsable de toutes les conséquences graves qui en ont résulté.
    Le film ne donne pas l’impression qu’on se trouve face à un aveuglement. On peut presque oublier cette explication, selon moi.
  • l’antisémitisme. Dreyfus étant juif, on se laisse aveugler par la haine envers les juifs et on considère l’injustice comme moins grave. Ici, le film est explicite sur cette part d’explication. S’il n’avait pas été juif, les choses ne se seraient peut-être pas passé exactement de manière pareille.
  • l’honneur / le déshonneur, l’égo. Là, on est face à la motivation la plus importante. L’armée, le Gouvernement doivent avoir une image infaillible et ne peuvent se déjuger publiquement. Et après tout le ramdam médiatique qui a eu lieu, se compromettre est hors de question pour eux. C’est bien pour cette raison-là que prouver l’innocence de Dreyfus a été si difficile et a pris autant de temps. Il s’agit aussi de questions de « carrière » mais on va en parler au point suivant.

La bureaucratie VS l’honneur le courage

L’affaire Dreyfus serait sans doute à jamais resté nébuleuse si un seul homme n’avait pas pris l’initiative de mener une vraie enquête, de prendre en compte les éléments qu’il avait et de chercher à faire justice. Tout seul, sans l’aide d’autres personnes, il ne serait arrivé à rien. Mais sans lui, il n’y aurait pas eu moyen d’innocenter complètement Dreyfus.

D’abord parce qu’il trouve le VRAI coupable ! Ce qui était essentiel et qu’il était le seul à pouvoir faire. Ensuite, parce qu’il arrive à prouver que Dreyfus n’était pas un traitre et fait sortir les éléments du dossier vers la société civile.

Il est vraiment important que le film le mette à l’honneur.

Car, tout autour de lui, c’est le comportement inverse qui est observé. Celui de la bureaucratie. On obéit, on favorise sa carrière, on protège son institution et on se fiche de l’injustice. En fait, la bureaucratie est, malheureusement, un comportement très humain et très courant. Faire du personnage joué par Jean Dujardin un héros est donc essentiel pour moi si on veut rappeler que le comportement bureaucrate n’est pas la seule voie possible et que la résistance à celle-ci peut même finir par être récompensée. En effet, Picquart subit le contrecoup dans un premier temps mais termine le film réhabilité et Ministre.

D’ailleurs, peu importe qu’au final, Picquart avait ou n’avait pas des nobles intentions dès le moment où dans les actes, et malgré son antisémitisme, il agit et permet à la vérité de triompher. En y réfléchissant, je trouve ça encore plus beau qu’un opportuniste et antisémite ait été au centre de la réhabilitation d’un juif et qu’il ait réussi à mettre au moins en partie cette haine de côté pour arriver au résultat qu’on connait. Le chemin à parcourir était moins évident et moins facile pour lui mais il l’a quand même fait.

De même, si le film le rendait plus beau qu’il ne l’était dans le réel, cela ne me dérangerait pas non plus. Un film n’est pas exactement un documentaire. Et quand cela sert un propos qui encourage à se comporter comme un Homme plutôt que comme un bureaucrate, alors tant mieux.

Découpage du film

Le film est très bien réalisé, on ressent beaucoup d’émotions à le regarder. Mais, petit bémol, je trouve que le découpage dans les différents « temps » n’est pas toujours si facile à comprendre. L’histoire dure longtemps et par brefs moments, j’ai été un peu perdu. Ce n’est pas très grave mais c’est un des reproches que je ferai au film.

Le point de vue

L’affaire n’est pas vue par les yeux de Dreyfus. Outre que cela n’aurait pas été très intéressant vu que l’action se passe majoritairement hors de sa vue, c’est aussi un choix de narration très intéressant. Celui qui vit avec nous l’affaire n’est autre qu’un antisémite. Et qui malgré cela se battra pour la justice.

Casting

J’ai trouvé Jean Dujardin excellent dans son rôle. Il nous montre là toute l’étendue de son talent d’acteur.

Le casting du film, lui-même, est très bien composé avec beaucoup d’acteurs de talent.

On se rend compte que ce film avait tout pour rassembler autour de lui s’il n’y avait pas eu la polémique lancée autour de son réalisateur.

Une histoire que je méconnaissais

Très rapidement, je me suis rendu compte que je n’avais retenu de mes leçons scolaires que très peu de chose. En fait : l’existence d’une polémique qui avait clivé la société. Autrement dit, je ne me souvenais que du fait que quelqu’un avait été accusé à tort et qu’il y avait eu des énormes tensions dans la société française sur fond d’antisémitisme.

Le film permet de comprendre beaucoup mieux ce qui s’est passé. Notamment le fait que cela a duré très longtemps. Mais il va aussi plus loin car seul un film peut vraiment montrer les jeux de pouvoir et relationnels qui ont eu lieu et qui ont été importants.

Conclusion

C’est, selon moi, un bon film français historique. Si l’affaire Dreyfus vous intéresse, allez le voir. Si vous aimez les héros qui n’hésitent pas à prendre des risques même s’ils ne sont pas tout propre, allez le voir également. Dans tous les cas, je ne pense pas que vous passerez un mauvais moment de cinéma.

Midsommar, film de Ari Aster, petite analyse critique et commentaires

Ceux qui s’intéressent à l’origine et à la signification des rêves portant sur la mort de parents proches et chers (père, mère, frères et soeurs) trouveront que le rêveur, l’enfant et le primitif se comportent d’une manière absolument identique envers le mort, en vertu même de l’ambivalence affective qui leur est commune.

S. Freud in Totem et Tabou

Il est conseillé d’avoir déjà vu le film vu que je fais des spoilers. Si vous ne l’avez pas encore vu et que vous voulez garder toute la surprise, il vaut mieux postposer la lecture de ce commentaire. ;-) Pour autre information, j’ai vu le film au cinéma il y a quelques jours.

Le but de cet article est de faire diverses analyses, commentaires et critiques sur le film et d’ouvrir un espace de débat éventuel avec les lecteurs. Je vous conduis également vers quelques avertissements avant lecture sur la manière dont j’écris sur ce blog à propos du cinéma.

Comme je n’ai vu le film qu’une fois, beaucoup de détails ont pu m’échapper et je le regrette parce que je suis persuadé qu’une deuxième vision me donnerait des indices allant pour ou contre ma vision et permettrait de la confirmer ou l’infirmer. Sans doute qu’en commentaires, certains pourront le faire.

La mort de la sœur et des parents de Dani

Si l’on commence par cette scène, ce n’est pas par hasard, elle est essentielle au film par tout ce qu’elle implique.

La cause de la mort

J’ai bien réfléchi et ce qui nous est présenté comme une évidence ne l’est pas du tout pour moi. Non, ce n’est pas la sœur qui s’est suicidé et qui a tué ses parents. Voici en vrac, les éléments qui me le font penser que ce n’est pas la sœur :

  • Elle avait des problèmes psychologiques mais il est rare qu’on tue ses parents en même temps que soit-même
  • A fortiori en donnant l’alerte
  • Le temps est très court entre le message d’alerte et la mort. Quand Dani téléphone et tombe sur le répondeur, tout le monde est déjà mort. De même, la sœur ne lira jamais les messages de réponses. Or, il est impossible que la mort ait succédé directement aux messages d’alerte. Par contre, il est possible que les messages aient été écrit après la mort par le meurtrier avant qu’il s’en aille.
  • La sœur a un casque sur les oreilles, ce qui aurait pu faire qu’elle n’allait pas entendre arriver derrière elle un meurtrier
  • Dani insiste très fortement sur le fait que les messages en ressemblent pas à ce que sa sœur écrit d’habitude

A noter que dans un cas comme celui-ci, on ne va pas faire d’enquête ni d’autopsie. L’autopsie aurait d’ailleurs probablement démontré l’intoxication au CO excepté éventuellement pour la sœur dont on ne sait pas si elle n’a pas d’abord été étouffée.

Par ailleurs, il y a un aspect troublant. Dani est plutôt rassurée par la conversation avec son compagnon. Elle ne croit plus à un drame. On ne la voit PAS téléphoner aux secours. Et, quand elle reçoit l’appel anonyme, elle ne semble pas savoir que cela vient d’eux. Or, les secours ont nécessairement été prévenus par quelqu’un et même sans doute une personne qui savait ce qui s’était passé vu qu’ils ont tout l’équipement nécessaire.

Et les éléments qui me font penser que c’était Pelle :

  • Il en avait besoin pour les conséquences que cela allait avoir (similarité, préparation psychologique, couple)
  • Lors de la scène où Dani téléphone à son copain, la toute première fois, on ne les a pas en visuel ! Et on entend qu’ils ne sont que deux personnes. On sait aussi qu’ils vont bouger. Le film n’insiste pas aussi lourdement sur l’absence d’alibi au moment de la mort par hasard.
  • Pelle est le seul qui tient absolument et de manière très forte à ce que Dani vienne. Elle faisait certainement partie du plan autant que pour les autres mecs. Il le répète à plusieurs reprises et il est celui qui rend décisif sa décision de départ alors qu’elle n’était pas vraiment tentée au moment où elle entre dans la pièce
  • Pelle connaissait les problèmes entre Dani et Christian, il savait qu’elle était fragile, il savait que sa sœur faisait souvent des appels à l’aide et que ça rendait folle Dani. Il le savait parce que ça exaspérait Christian et qu’il ne s’en cachait pas auprès de ses amis
  • Comme on le voit dans la suite, il n’a pas du tout le même rapport à la mort et au meurtre que ne peuvent l’avoir ses compagnons
  • Enfin, même si cela parait étrange à placer dans cette liste, il était vraiment très attiré par elle (on le voit faire un dessin d’elle, qu’il lui cache)

Le miroir avec Pelle

Pelle a perdu ses parents également et il sont morts dans un « incendie ». On suppose très fortement qu’ils sont morts dans un sacrifice pour le Midsommar. Quand on meurt dans un incendie, on meurt plus souvent d’intoxication par les fumées que par le feu lui-même. Cela marque une certaine similarité avec la mort des parents de Dani (le CO est produit par la combustion de l’oxygène comme lors d’un incendie).

Je pense que la mort de la sœur aurait très bien pu être suffisante. Il y a deux raisons pour tuer les parents en même temps :

  • la similarité
  • le danger d’être pris

On sait que le fait de vivre la même chose rapproche les gens entre eux et cela peut être une raison intéressante à cet acte.

Mais, on peut aussi dire que l’injustice énorme d’un tel acte crée de la culpabilité surtout comme il a été réalisé ici. Pelle a pu ressentir cela également quand il était enfant. Mais, chez lui, cela a conduit à légitimer et à défendre l’injustice pour pouvoir vivre avec elle. Et c’est quelque chose qu’il va tenter également de créer chez Dani. Non pas lui apprendre à déculpabiliser mais au contraire lui apprendre à devenir une tueuse.

Les conséquences sur sa relation avec Christian

Sans cet événement, il est presque certain que Christian l’aurait lâchée.

On l’entend dans son premier « je t’aime » au téléphone qu’il lâche exaspéré. On l’entend aussi dans la conversation qu’il a avec un de ses amis. On le voit dans leur non verbal et le faible soutien physique qu’il lui donne. On l’entend enfin dans la justification de ce qu’elle a vécu.

Ce drame a donc été nécessaire à leur départ commun. Si Christian avait rompu, Pelle n’aurait pas pu inviter Dani. S’ils restaient ensemble à cause du drame,  Christian se sentait obligé de l’inviter pour ne pas l’abandonner, bien qu’il n’en ai aucune envie.

La préparation psychologique pour le camp

Elle est complètement perdue. Elle l’était déjà avant le drame, on peut supposer que sa soeur et elle n’aient pas eu la meilleure des enfances. Mais cet événement la perturbe complètement, on peut le comprendre, et ce d’autant plus qu’elle n’a que peu de soutien de son compagnon. Grâce à cela, elle sera dans les meilleures conditions pour être complètement manipulée et s’intégrer complètement dans son nouveau milieu.

Par ailleurs, puisque ses parents sont décédés et qu’elle va perdre son copain, elle n’aura plus aucune attache et pourra décider de vivre là pour toujours (avec Pelle). Ce n’est pas montré dans le film mais on peut supposer qu’elle ne partira plus. D’ailleurs, la mort de ses parents a certainement eu, on en parle pas ou peu mais c’est facile à deviner, comme conséquence également de la déscolariser, ce qui ne fait que diminuer encore les raisons, pour elle, de revenir.

Tout est-il réfléchi ?

J’ai vraiment l’impression que chaque dialogue, chaque plan a du sens. Mais pas seulement, les actions et les personnes qui s’invitent à la fête ne sont pas là par hasard :

  • les sacrificiés femmes sont minoritaires : logique ! Un homme peut féconder dix femmes mais dix hommes ne peuvent pas faire avoir dix bébés en même temps à une femme. Une communauté qui veut survivre doit donc assurer plus de chances de survie aux personnes de sexe féminin.
  • la soeur de Pelle choisit Christian : on peut supposer que le lien de sang a permis à Pelle de convaincre sa soeur d’opérer le choix qui l’arrangeait le mieux afin de rendre jalouse Dani
  • Mark est le mec rustre et irrespectueux par excellence … il était presqu’évident qu’il allait faire une bêtise, d’autant qu’on ne lui dit que peu de chose sur ce qu’il peut ou ne pas faire
  • la réalisation d’une thèse est quelque chose qui peut être tout à fait obsédant et ils ont ici l’occasion de faire un sujet réellement exceptionnel dans leur domaine : cela crée de la compétition et un aveuglement pour les deux personnes les plus intelligentes du groupe. Cela conduit aussi Josh à faire une grave erreur
  • on a déjà tant parlé du cas de Dani qu’on ne va pas le refaire ici mais il est évident que c’est une personne pour laquelle il y a le plus de raisons de penser que ce qui lui arrive est voulu et espéré
  • par Dani (qui reste ?) et Christian, du sang neuf est apporté à la communauté et par les autres morts étrangers, on évite que trop de sang « interne » soit versé

Par contre :

  • je pense que le couple d’étrangers invité par l’autre personne n’était peut-être pas forcément destiné à mourir, ils ne meurent peut-être que parce qu’ils veulent s’en aller et risquent de dénoncer ce qui se passe. Quelques éléments :
    • La veille encore on leur parle très gentiment (même si ça ne veut pas dire grand chose dans cette secte) et tente de les convaincre que ce qui s’est passé est un bonheur
    • Ingemar qui les a invité se sacrifie volontairement. On ne sait pas à quand remonte ce sacrifice mais on peut supposer que les membres ont le choix de trouver du sang extérieur à sacrifier ou de se sacrifier eux-même en échange de leur remplacement. Face à ce choix moral, on aurait les personnes qui ne supporteraient pas de tuer et qui chercheraient alors des personnes idéales pour s’intégrer et ceux qui chercheraient au contraire des personnes ne s’intégrant pas et allant commettre des erreurs

Anthropologie

Le fait que Josh et Christian soient tous les deux des étudiants cherchant à faire une thèse en anthropologie n’est évidemment pas un hasard. Tout anthropologue qui se respecte rêverait de faire ce genre d’expérience (au moins au début) en toute (apparente) sécurité. Ils décrivent une communauté qui semble pure malgré sa contemporanéité, qu’ils peuvent découvrir et visiter de l’intérieur grâce à l’aide d’un local. Et les anciens sont prêts à tout leur expliquer.

Il est possible qu’il y ait eu un vrai espoir que l’un des deux écrivent une thèse et rende la communauté célèbre dans le monde scientifique mais j’avoue ne pas y croire très fort.

Par contre, c’est ce qui me parait le moins réaliste (mais toujours pour autant probable vu le conditionnement), c’est qu’ils viennent étudier une communauté primitive en ne prenant aucune précaution. Sans doute est-ce à cause des sourires affichés et de Pelle mais je me serais attendu à quand même un peu plus de méfiance et à moins de prise de risque. Il est vrai toutefois que l’époque des explorations est tellement ancienne qu’on a peut-être oublié que cela pouvait être dangereux.

Renouvellement du rite

C’est la chose la moins claire du film et à la fois le mensonge le plus évident. Ce rite ne se déroule évidemment pas uniquement tous les 90 ans :

  • Pelle montre des photos avant le départ
  • Il y a beaucoup trop de photos de reines de Mai
  • Si ces parents sont morts durant le rite … la temporalité est impossible

Il me parait pourtant difficile d’imaginer que ce soit organisé tous les ans : les gens qui disparaissent en trop grand nombre finiraient bien par soulever des inquiétudes et provoquer une enquête qui les mènerait là.

Peut-être est-ce organisé tous les neuf ans seulement ? Ce chiffre semble avoir une certaine importance. Ou peut-être est-ce l’ampleur des sacrifices qui ne survient pas chaque année.

Là-dessus, à moins de revoir le film, et encore, je doute, je pense qu’on ne saura jamais vraiment.

Réalisme / horreur

Le réalisme est ce qui rend le film si effrayant. Une fois arrivé, on ne peut plus s’en sortir sans encombre : soit on est sacrifié, soit on s’intègre. J’y ai beaucoup réfléchi en sortant de la salle mais l’isolement géographique de la secte, le fait qu’il n’y ait qu’une seule voiture et qu’ils vivent en autarcie pour la nourriture, pas non plus de réseau de téléphonie mobile GSM et peut-être pas d’électricité, tout cela rend extrêmement difficile de s’en échapper ou même de l’infiltrer sans danger (si la police le voulait).

Je me suis même demandé si les parents n’étaient pas tous tués (en miroir de ce qui est arrivé à Pelle) pour accentuer encore l’intégration des enfants au sein de la communauté : de cette manière, ils la défendent encore plus (pour que la mort ait un sens) et leur attachement finit par se porter sur la secte toute entière. Toutefois, le simple fait de tuer les pères ou de confier les enfants à toutes les personnes de sexe féminin serait peut-être déjà suffisant pour obtenir un effet similaire. Et même cela n’est pas indispensable.

Plaçons nous un moment dans la peau d’un invité. A un moment, on se rend compte qu’il se passe quelque chose de louche et qu’il faut s’échapper en douceur. D’abord, la nuit est très courte donc une évasion discrète ne peut se produire que pendant une heure ou deux maximum. Mais, même si on admets qu’il n’y a pas de garde et que tout le monde dort vraiment (ce qui n’est pas invraisemblable), on va devoir partir à pied !

Et là, soit on prend le sentier par lequel on est venu (et on peut être repris plus facilement), soit on pars au hasard dans la forêt (avec le risque de voir un ours ou surtout de se perdre). Mais rappelons déjà que la plupart des invités sont des jeunes branchés et citadins qui ne sont pas du tout à l’aise pour s’en sortir et survivre dans la nature.

Enfin, on arrive au « pré campement » où les voitures ont été laissée. Admettons que personne ne soit venu les déplacer au début des festivités. D’autres personnes ont peut-être déjà pris un chemin beaucoup plus court pour nous retrouver (rien ne dit que le campement ne se trouve pas juste à côté et qu’on ne nous a pas fait marcher des heures pour accentuer l’isolement).

Mais même s’il n’y a personne … Il faut les clés ! Et elles ne sont pas accrochées au volant ! De même qu’elles ont pu être dérobées en douce ou que l’essence a pu être retirée ! Il faudrait donc beaucoup de chance pour pouvoir reprendre la voiture et s’en aller. Mais eux disposent aussi d’une voiture (il y en a deux au moins au début de l’aventure) et peuvent nous rattraper. Ils peuvent même nous rattraper à l’autre bout du monde s’ils le veulent.

Sans l’hypothèse voiture, il faudrait marcher des dizaines ou des centaines de kilomètres dans la nature sans se faire repérer et en survivant (trouver à boire semble facile dans cette nature préservée, trouver à manger un peu moins, quand à dormir en paix …).

Dans tous les cas, on ne connait pas la langue, ce qui handicape pas mal également.

Je pense vraiment qu’il faudrait une chance sur cent ou sur mille pour s’échapper et dénoncer la secte. Et le pire à dénoncer (les suicides n’étant pas ce qu’on puisse reprocher de plus grave si on les considère comme volontaires) ne se produit que tout à la fin à un moment où on a toutes les chances d’être mort.

Quelqu’un de l’intérieur pourrait la faire se détruire mais l’endoctrinement est là pour l’empêcher. Sans compter qu’un enfant qui poserait trop de questions serait sans doute sacrifié. Ce n’est pas forcément anodin que les deux « volontaires » aient vécu à l’extérieur.

Bref, quand on pense à tout ça, l’aspect claustrophobique qui rend le piège effrayant n’est que plus fort encore. Cet aspect étant lui-même renforcé par la contradiction de la lumière tout le temps apparente (rare dans un film d’horreur), par les sourires et bonheurs tant affichés et par cette communauté dont les mauvais aspects ne peuvent décemment pas nous en faire une vraie utopie. Le son liant tout cela dans une recette parfaitement maitrisée.

Conclusion courte

J’ai énormément aimé ce film très dérangeant et original. Je comprends qu’il divise fortement, cela dit, et que ceux qui sont habitués à autre chose dans le genre peuvent ne pas aimer. L’aspect graphique est dérangeant à certains moments mais c’est surtout l’ambiance lente et claustrophobique qui crée l’horreur et tout le monde n’est plus forcément habitué à ça.

J’espère qu’il sera diffusé au Ramdam Festival de Tournai car il serait parfait dans sa programmation. De même, j’espère des récompenses pour une oeuvre atypique et qui le mérite amplement.

Voir plus loin

J’ai trouvé cette critique intéressante :

Under the silver lake film de David Robert Mitchell, petite analyse

J’ai vu le film au cinéma et n’ai donc pas eu l’occasion de le voir plusieurs fois. En plus, c’était il y a plusieurs jours (au moment de l’écriture, encore plus à la relecture et publication) et certains souvenirs s’estompent déjà. Dans tous les cas, j’irai vraiment très vite car je n’ai pas envie d’en parler longuement. D’ailleurs, j’évoquerai parfois plus des pistes à creuser et des commentaires que des idées bien réfléchies.

Hiatus bande annonce et film

Si j’ai été le voir, c’est du fait de la bande annonce que je trouve extrêmement alléchante. Elle me faisait penser à la face cachée de Margo, un teen movie assez bon et avec des énigmes intéressantes tout en ayant du bon humour. Il y avait aussi une quête initiatique.

J’attendais la même chose de « Under the silver lake » et je fus donc … très déçu. Je ne sais pas si le film était vraiment si mauvais mais quand je reçois autre chose que ce qu’on m’a vendu et bien, j’en ressors toujours avec un goût de trop peu.

Relations avec les femmes

Le héro a des relations très bizarres ou malsaines avec les femmes. C’est un vrai « taré ».

A commencer d’ailleurs par la relation avec sa mère à qui il ment (est-elle encore vivante ?). Un des problèmes avec le film est qu’on peut douter de tout. Je pense qu’il y a des indices qui nous permettent de savoir quand il est drogué ou pas mais, en fait, les chercher ne ferait que nous perdre encore plus. En effet, puisqu’il est plus que probablement fou à lier, même en étant « sobre », rien de ce que nous voyons n’est encore réellement sur.

Toutes les femmes avec qui il a des relations finissent par disparaitre. J’ai bien l’impression que les femmes ne réapparaissent plus après s’être refusées à lui.

La dernière avec qui il couche et qu’il mate avec ses jumelles est âgée, ce qui doit certainement lui rappeler sa mère.

Beware the dog killer

Le film commence par ce message qui ne cessera ensuite d’apparaitre. Il n’y a pas vraiment d’enquête à faire, on comprend très vite (si on veut bien regarder les images) que, malgré les filtres que Sam s’impose, il est un tueur.

Je vois au moins deux indices évidents : le sang sur les mains quand il se réveille et le producteur (?) qui est tué de ses mains avec la guitare. Un très grand nombre d’autres indices moins évidents sont là pour parsemer constamment le film (par exemple, un cadavre sur son chemin).

Ainsi, il m’apparait presqu’évident que c’est lui qui est le tueur de chiens. Et que les femmes qui disparaissent ou sont tuées à proximité de lui le sont également de sa main. Pour les chiens, il y a cette interrogation sur le fait qu’il ait des biscuits pour chiens dans sa poche. A ce moment là, c’est comme s’il était prêt de se révéler la vérité à lui-même mais décide finalement de ne pas le faire.

Disparition de Sarah

Sam se plaint qu’il n’est pas normal de déménager en pleine nuit. Mais il ne lui semble pas anormal de déménager juste après avoir emménagé.

Sarah est comme irréelle. Par exemple, il y a un moment où la locataire à la poitrine dévoilée lui fait une remarque sur le son qui va trop fort. Elle dit avoir fait le changement et l’autre la remercie alors qu’en fait rien n’a changé. Cette petite scène irréelle est là comme indice que quelque chose d’étrange se passe.

De même, il y a ce moment où Sam et sa copine font l’amour et où passe à la télévision un extrait sur quelqu’un qui a disparu.

Pour moi, il est clair que Sarah, au moment où il l’observe avec ses jumelles, est en fait déjà morte. Elle était bien dans la voiture et la personne est décédée rapidement après sa disparition entourée des quatre filles. A chaque fois qu’il verra un de ces protagonistes, ce seront en fait des « fantômes ».

A travers toutes ces recherches, il ne fait qu’essayer de trouver une autre explication beaucoup plus compliquée que la vérité mais aussi beaucoup plus accommodante. En effet, pour ne pas assumer ses actes de meurtrier psychopathe, il doit alors se mentir à lui-même et inventer une histoire rocambolesque et invraisemblable mais qui aura au moins le mérite de le rassurer.

C’est sans doute d’ailleurs là que se fait le parallèle avec les complotistes qui préfèrent croire des choses compliquées plutôt que des hypothèses plus faciles comme celles du hasard ou de l’incompétence.

On voit d’ailleurs que le complot des riches qui veulent disparaitre avec de jolies femmes est utilisé pour que Sam ait l’impression que non seulement celles-ci ont choisi la situation mais qu’en plus elles en sont heureuses (cf. le coup de téléphone dans la caverne).

Le roi des clochards et l’odeur

Ce personnage de roi des clochards est comme sa conscience et essaie de l’amener à découvrir la vérité.

Comme un clochard, il est « puant » et il est également quasiment sans domicile et très pauvre.

Toutefois, à propos de l’odeur, je me demande si ce n’est pas aussi un indice pour nous désigner les personnes qui sont déjà mortes. En quelques sortes, elles sentent l’odeur puante parce que leur corps est en réalité en voie de putréfaction.

Critiques intéressantes

Mon article est concis et ne va pas assez loin mais j’ai déclaré forfait pour ce film trop alambiqué pour moi. Pour prolonger, je vous propose deux critiques intéressantes :

Hugo Cabret, film de Martin Scorcese, réflexions, commentaire et analyse

Je mets mes réflexions en vrac sur quelques sujets qui me paraissent importants.

J’ai vu le film une fois avec ma fille mais je pense que de nombreuses relectures ouvriraient sans doute sur des découvertes plus pointues. Je mettrai peut-être à jour l’article si j’en ai l’occasion mais comme le but n’est pas de faire un très long article, ce n’est pas certain du tout.

J’ai donc conscience que la plupart de ce qui est dit ici aura été réfléchi longuement mais pas pour autant analysé en profondeur, préférant, en ce moment, consacrer plus de temps à la lecture.

Orphelin

Grandir sans parents est un thème majeur et certainement le plus évident. Cela aurait pu être plus subtil d’ailleurs si on n’avait pas eu l’inspecteur de gare pour le mettre à l’avant plan.

Mais, voyons les éléments :

  • Hugo est orphelin de père et de mère et perd encore son oncle qui était son tuteur
  • La filleule de George Méliès est est également orpheline de père et de mère
  • L’inspecteur de la gare est lui-même orphelin

L’inspecteur de la gare a comme passe temps favori de chasser les orphelins pour les envoyer à l’orphelinat et c’en est presque son unique sujet de conversation. Il le fera jusqu’à être interrompu par un Méliès retrouvant la foi.

Il dit : « tu n’iras nulle part tant qu’on n’aura pas retrouvé tes parents ». Même s’il se vante que l’orphelinat lui a fait du bien, cela prouve qu’au fond de lui-même, il aurait aimé vivre avec ses géniteurs. Cela montre aussi que notre « vrai » créateur nous est nécessaire et qu’on ne peut pas se satisfaire de parents de substitution.

J’y vois un parallèle avec le cinéma qui se retrouve orphelin du génie de Méliès après sa faillite économique. Cela peut même être considéré comme une critique d’un pays qui n’a pas su faire prospérer le septième art sur son sol par manque de moyens alors que tout y avait pourtant commencé avec de grands génies.

Méliès, le génie

Le film ne s’appelle pas Georges Méliès mais Hugo Cabret.

Pourtant, le vrai personnage principal est, à mon sens, bien Méliès même si il n’en est pas le héro à proprement parler. Ce film est avant tout un hommage à un grand homme dont on montre le talent et l’apport très important à l’histoire du cinéma.

Inventer un personnage de fiction était un artifice intéressant pour mettre en relief son histoire sous la forme d’une enquête avec des énigmes. C’est très efficace pour maintenir l’attention du spectateur et pour créer de l’émotion et de l’empathie. Mais, je me demande également si ce n’est pas aussi, au contraire, pour évoquer les côtés sombres du magicien.

Péripéties

Juste un mot sur celles-ci. Elles sont nécessaires pour avoir une histoire. Mais, ici, elles sont un peu trop artificielles à mon goût. Les multiples secrets ne servent qu’à avoir une histoire qui ne dure pas cinq minutes. C’est utile mais cela me semblait un peu trop facile à mon goût. Jusqu’à ce qu’un des sens caché m’apparaisse de manière plus évidente (voir plus bas). A partir de ce moment, j’ai considéré le secret comme nécessaire dans le récit.

Gare parisienne (Montparnasse ?)

Le début du film avec son arrivée en gare est une référence assez évidente aux frères Lumière et au premier film de l’histoire du cinéma sur « l’arrivée d’un train en gare ». J’observe souvent que le début d’un livre ou d’un film a une signification symbolique forte pour expliquer le reste de l’oeuvre. Pour moi, c’est un indice qui montre que le vrai sujet est bien le cinéma, son invention, ses débuts, ses génies.

Sens caché

Disons le directement : je soupçonne Georges Méliès d’être volontairement à l’origine de l’incendie du Musée où travaillait le père d’Hugo. Voulait-il détruire son invention ? La récupérer ? Tuer le père ? Tout ça en même temps, là dessus, j’ai encore des doutes.

Mais, je vais vous dire les éléments troublants :

  • Méliès est extrêmement bouleversé par la découverte du carnet du jeune homme
  • Il l’accuse d’être un menteur en plus d’un voleur, comme s’il connaissait l’origine du carnet et qu’il découvrait que celui qui a été tué dans l’incendie avait un enfant
  • Il parle de « fantôme ». Ce mot peut avoir un double sens en parlant de ses fantômes du passé mais également des fantômes des personnes disparues. Les fantômes du passé pouvant de toute façon également être liés au passé.
  • Il affirme qu’il a le droit de « brûler » le carnet s’il en a envie et qu’il lui appartient.
  • il dit qu’il n’est « qu’un vieux jouet mécanique brisé » (le même qui croupissait dans le musée ?) quand les enfants découvrent des souvenirs de son travail dans l’armoire
  • Il a incinéré tout ce qui lui restait et qui était sans valeur marchande
  • Il est au courant de l’incendie et sait que l’automate n’a pas été retrouvé
  • Le robot est censé avoir été construit avant sa carrière cinématographique et pourtant il dessine l’affiche de son film. Il y a quelque chose d’étrange derrière cela. J’ai l’impression que cela pourrait prouver que le robot était bien lié à son activité cinéma (et qu’il avait des raisons de le cramer) et que Méliès ment ou ne dit pas tout
  • A la fin du film, on demande pourquoi Hugo « habitait dans une gare » et cela est présenté un peu comme la clé du film. Or, s’il habite dans une gare, c’est parce que le musée a brûlé et son père est mort. Preuve que c’est loin d’être anecdotique.

Il y a un mobile pour provoquer l’incendie car le musée n’a pas considéré son art comme important et digne d’une réparation. Il aurait donc voulu se venger. Mais il aurait, tout aussi bien pu vouloir achever son oeuvre nihiliste de tout ce qui lui avait appartenu.

Ce qui est fou, c’est que le robot, par conséquence indirecte finit du coup conservé ET réparé dans la même gare où travaille Méliès, à quelques mètres de lui. Et c’est la réparation de celui-ci qui lui permis de rencontrer Hugo Cabret puis de redevenir une personne en vue et reconnue du monde du cinéma.

Rien de tout cela n’est possible sans l’incendie qui tue le père d’Hugo. Ce feu est donc à la fois destructeur et indispensable à la remise à l’honneur de GM.

Ce sens caché est en lui-même un immense hommage au cinéma. Car, dans beaucoup de films, ce qui est dit est caché. On le sait en les analysant, on voit souvent une vérité « dites » être différente de celle qui est montrée. D’ailleurs, ne dit-on pas que tout ce qui est montré dans un film doit toujours avoir une utilité ?

Enfin, ce serait également une référence au « magicien » Méliès. En magie, il y a usage et même abus de « trucs » cachés et de diversions. Comme dans les films de Méliès, tout est truqué mais fait de telle manière qu’on ne voit rien et qu’on est émerveillés alors que la réalité est beaucoup moins resplendissante.

Le temps et les coulisses

Le fait que son père soit horloger, tout comme Méliès, tout comme son oncle (qui règle les horloges de la gare) est important. Hugo dit qu’il ne viendra que quand il en aura le temps. Le temps permet parfois aux génies d’être révélés avec plus de force.

Mais il y a aussi toute cette exploration des coulisses. Les coulisses du cinéma et du studio qui sont comparées à une minutieuse horlogerie nécessaire pour que la magie passe. Dans laquelle, on le voit, on fait même arrêter le temps pour que les effets spéciaux soient réussis.

Autres

Le film regorge de références et de sens cachés, j’en ai bien l’impression. Ici, je n’ai fait que survoler. Mais si vous voyez un article qui donne d’autres détails, n’hésitez pas à le mettre en commentaire, j’irai le voir.

Conclusion

Un film à voir pour son atmosphère divertissante et son émotion. Peut-être pas un chef d’oeuvre du cinéma mais un film que j’aimerai revoir. Mon hypothèse relative à l’incendie parait difficile à avaler car on a pas envie d’imaginer GM en meurtrier potentiel, même involontaire, mais je la trouve pourtant assez crédible. N’hésitez pas à commenter si vous voyez d’autres éléments qui la confirment ou l’infirment.

Ni Juge, Ni Soumise, film de Jean Libon et de Yves Hinant

Quel est cet objet ?

Ni film, ni documentaire, mais « simplement » un épisode long de l’ancienne émission télévisée portée au cinéma. « Simplement » ? Ce n’est pas péjoratif car j’adore le format en question. Et il est parfaitement calibré pour suivre une juge d’instruction. La juge en question avait d’ailleurs déjà eu droit à son moment de gloire télévisuelle il y a quelques années dans l’émission.

On a bien un montage et un fil conducteur, mais il n’y a pas de scénario écrit ou de vraie mise en scène. Pas non plus de volonté de nous mener quelque part, ni même celle de prétendre être éducatif. Seulement celle de nous faire partager une longue tranche de vie condensée en 90 minutes.

Je ne dis pas cela pour critiquer car, dans le fond, cela ne m’empêche absolument pas d’apprécier. C’est de la téléréalité dans un sens documentaire et c’est très bien comme ça ! Il y a un montage mais il ne semble pas nous manipuler et il suffit d’en parler avec ceux qui baignent dans le milieu judiciaire pour en avoir confirmation.

A la fin, peut-on prétendre tout connaitre du sujet ? Non. Mais on a entrevu suffisamment pour comprendre le point de vue et la charge / responsabilité d’un juge d’instruction lambda. Et c’est déjà pas mal.

Le film montre l’humain tel qu’il est

Le film m’a vraiment scotché à l’écran et fort ému, j’ai même eu des larmes aux yeux au lancement du générique de fin.

C’est vrai, la salle a rit, surtout au début. Mais je n’y vois pas moquerie, c’est plus la réaction de malaise et de surprise.

Et fait preuve d’une rare transparence

Je n’ai pas rit, parce que rien de tout ce qui s’y passe ne m’a vraiment surpris (j’ai des connaissances qui travaillent là dedans). Mais, pour autant, c’était prenant et passionnant d’entrer vraiment dans le quotidien d’un juge d’instruction et de quelques enquêteurs.

Même si l’on a déjà vu ou entendu des choses, on est plongé dans cette réalité qui dépasse la fiction et qui est un peu « inimaginable ».

Justice et police font partie d’un milieu très clos. Il y a énormément de productions de fictions, remplies de clichés pour la plupart et quasiment toujours éloignées du terrain belge. On en sait sans doute plus sur le fonctionnement de la justice américaine que sur celle qui nous concerne le plus. Du coup, avoir autant de transparence d’un coup, c’est vraiment faire preuve d’utilité publique.

Commentaires

Comme dit au début, je ne considère pas totalement cette oeuvre comme un film et ne l’analyserai donc pas comme j’en ai l’habitude mais ça ne m’empêche pas de faire quelques commentaires qui me viennent à l’esprit sur divers thèmes.

La femme infanticide

Je ne l’ai pas trouvée dans un état second, ni même réellement délirante. Elle est calme, elle raconte. C’est justement ça qui est terrible, c’est qu’elle est parfaitement consciente de ce qu’elle a fait. Elle est juste persuadée d’avoir tué le diable.

Je ne sais pas si elle a été déclarée responsable de ses actes ou si on lui a détecté une maladie mentale (est-ce seulement déjà jugé ?). J’y vois en tout cas une personne humaine, seule, qui a vécu dans un milieu malsain et qui finit par commettre l’irréparable. C’est horrible. Je ne peux m’empêcher de la regarder dans les yeux pour tenter de comprendre et je n’y arrive pas. Comment est-ce possible ?

On dit que le regard est la fenêtre de l’âme mais le sien est si calme et elle semble si raisonnée… C’est perturbant. En apparence, elle est tout à fait normale. Si on ne fait pas attention aux mots qu’elle utilise mais à son langage corporel et au non verbal, jamais on ne pourrait se douter de la raison pourquoi elle se trouve là.

C’est aussi pour ça que c’était intéressant. Nous, si nous étions juge d’instruction, nous serions face à des évènements pareils, incompréhensibles… Comment réagirions-nous ? Difficilement. Quelle réponse apporter ? On veut toujours apporter des réponses, régler des problèmes mais il y a des cas où j’ai l’impression qu’il faut presque s’avouer vaincus et chercher seulement à protéger la société. La prison ne sera pas une solution réparatrice mais elle a au moins le mérite d’assurer une surveillance pour un temps donné.

C’est là qu’on se dit que faire la justice est un métier difficile et qu’il était intéressant d’approcher durant une heure et demie son quotidien, quel que soit le rôle. Si ce film n’existait pas, il faudrait l’inventer. La justice est un monde tellement poussiéreux qu’il ne fait pas de mal d’y voir un peu plus clair.

Le manque de moyens

Notre justice fait son travail, laborieusement, avec de l’énergie et de la bonne volonté. Mais avec des moyens qui sont soit trop faibles soit mal répartis.

Le reportage a été tourné sur une période de trois ans. Ce sont trois années qui ne semblent pas remplies d’innombrables devoirs d’enquête. Pourtant, on est saisi par l’impression d’une grande lenteur pour avancer d’une analyse à l’autre. Et au final, l’enquête n’est pas finie.

Quand on se balade dans ces caves contenant les pièces à conviction, on ne peut s’empêcher de se dire : quelle misère ! Manque de sécurité, exigüité, conditions de stockage non optimales. Mais pour ceux qui sont dedans, je suis sur que tout ça est bien « normal ». C’est en effet la seule réaction à avoir pour ne pas devenir fou quand on vit là-dedans pendant des années.

Des entrepôts sécurisés et modernes, cela ne devrait pas coûter si cher que cela à mettre en place. De ce qu’on peut voir, on y est pas encore et c’est vraiment désolant.

Les privilèges ?

A côté de cela, les quelques privilèges dévolus à la fonction paraissent finalement peu de choses. Une petite aide pour tenir le coup. On peut les accepter tant que, évidemment, ils ne lèsent personne.

Parce que, à bien y regarder, elle le dit bien et le fait bien comprendre : la pression qui est sur ses épaules est énorme. Aucun dossier n’est anodin ! Elle se souvient de tous. Preuve qu’elle ne fait pas son boulot à la légère. Quand elle veut prendre le pari de la libération d’un gardé à vue, elle espère lui faire avoir un déclic qui lui permettra d’éviter toute nouvelle récidive. Elle essaie de faire une justice pédagogique. Son but n’est pas seulement de punir mais de prévenir. Moi, je l’ai ressenti tel quel.

Et elle le fait alors que, difficulté suprême, des « clients » qui reviennent ou qu’elle apprend à connaitre par cœur, il y en a et ils semblent incorrigibles malgré leurs promesses. Arriver à garder la foi malgré cela, je dis chapeau. Sa mission, elle ne semble jamais l’oublier. Elle n’est pas parfaite, ce n’est pas ce que j’essaie de dire, elle a son caractère, elle abuse peut-être même parfois, mais je pense toujours en gardant à l’esprit un esprit de justice et de rédemption / prévention.

« Si je vous libère et que vous faites une connerie, on dira, quelle connasse celle-là » et « si je vous envoie en prison, vous avez vu ce que vous allez coûter à la société » sont des phrases qu’elle dit en face d’un « client » (comme elle dit). La prison n’est certainement pas une solution de facilité, pas plus que la libération. Elle sait que quoi qu’elle fasse, elle sera mal vue et malgré ça continue son travail sans devenir folle.

Respect

Ce sera mon mot de la fin après avoir vu ce film : « Respect ». Pour elle et tous les maillons de la chaine judiciaire. En espérant que la société leur donne un peu plus de considération et plus de moyens pour que tout cela fonctionne plus vite et mieux. Notre société en a besoin.

Bientôt les Oscars 2018 … occasion d’un petit bilan filmique 2017

En lisant ce trop bref article sur les récompenses du cinéma, je me suis rappelé que c’était bientôt les Oscars (le 3 mars).

Cette 90ème cérémonie est normalement un « must » pour tout fan de cinéma. Personnellement, je regarde cela avec un peu de recul. Comme on dit, les films qui ont gagné dans le passé ne sont pas forcément restés dans la postérité, d’une part, et, d’autre part, on se retrouve parfois mal dans certains des choix qui sont faits.

Cela dit, il ne faut pas se le cacher, quand on a aimé un film, on aime bien qu’il gagne ensuite des récompenses, c’est notre âme de supporter qui veut ça. En tous les cas, cela m’offre l’occasion aussi de faire ce que je n’ai pas encore eu l’occasion de faire cette année, c’est à dire un petit bilan des films 2017. Surtout que je n’ai pas eu assez de temps pour écrire sur les films que j’ai le plus apprécié donc autant faire plusieurs films très rapidement en un seul article.

Pour consulter la liste de toutes les nominations, je vous propose d’aller sur Wikipédia.

Mes choix pour cette année

  • Get Out fut une très chouette surprise. J’espère donc qu’il va gagner au moins une nomination. Le côté fantastique aurait pu tourner au grotesque mais l’histoire est bien racontée et le scénario, je trouve, très bien travaillé. Au final, on a un film très bien ficelé et qui pourrait se planter à chaque seconde mais qui arrive au bout sans dommage.
  • Les Heures Sombres. J’aimerais bien qu’il gagne des prix parce que d’une certaine manière, il est en compétition avec Dunkirk sur la manière de raconter cette période de l’histoire. Certes, l’un commence où l’autre finit mais il n’empêche que cela reste le même point de l’histoire. Et que l’un choisit de privilégier le spectacle là où l’autre prend plutôt le parti de l’histoire. Et je préfère qu’on respecte l’Histoire en premier lieu, ce qui n’empêche pas de faire un bon film. Pour finir, les Heures Sombres, avec le Brexit, c’est un peu aujourd’hui aussi et je pense qu’un film mettant en valeur le francophile Churchill a plus de pertinence aujourd’hui qu’un film qui fait quasiment disparaitre le rôle des français (et des belges au début) dans l’opération Dynamo.
  • Le grand jeu (Molly’s game). Adapter une histoire comme celle-là au cinéma n’est certainement pas une chose facile. Et c’est réussi d’une main de maitre. Certains l’ont trouvé trop verbeux. Moi, je l’ai trouvé parfait. Car, il aurait pu être extrêmement technique et incompréhensible vu l’histoire. Et pourtant, il relève le défi. Même un gars comme moi qui ne connait rien au Poker (et ne désire pas en savoir plus) apprécie le film, le comprend et n’est pas perdu. Un beau film un peu « feel good ». Un biopic comme je les aime.
  • Blade Runner 2049. Je n’ai pas encore eu l’occasion de le dire sur le blog mais je suis un très grand fan de Denis Villeneuve (depuis Sicario). Ce qui ne m’empêche pas de savoir garder un oeil critique. Pour être honnête, je n’ai pas accroché avec l’histoire de Blade Runner, je me suis même endormi un peu durant le film (la fatigue était aussi en cause). Mais, pour autant, j’ai trouvé qu’il avait très bien respecté l’univers de la « série » et, surtout, c’est un vrai kiff visuel. Ca n’en fera certainement pas mon film de l’année. Mais, pour au moins une catégorie dans lesquelles il est nommé à juste titre, et bien je trouve que cela ferait plaisir qu’il gagne (en plus de donner une récompense à un réalisateur que j’apprécie).
  • Coco. Voilà, c’est Pixar et ce n’est pas par hasard. Les enfants rient et les adultes pleurent mais tout le monde apprécie.
  • The Greatest Showman pour sa chanson « This is Me » (que je reproduis ci-dessous). Cette chanson est tout simplement géniale et ce film prodigieux (allez le voir s’il est encore en salle chez vous !). Ce qui m’amène à ma grosse déception de cette année.

Ma déception

Je ne vais pas parler d’un film qui m’aura déçu. Déjà parce que j’ai soigneusement évité les films dont je sentais qu’ils allaient le plus me décevoir (enfin, sauf quand on est obligé, cinéma à deux oblige).

Non, ma déception se situe plutôt cette année sur le manque de nominations obtenues pour The Greatest Showman. Oui, c’est un de mes gros coups de cœur de l’année et j’ai du mal à comprendre que :

  • son scénario adaptant d’une manière très habile et réussie la vie de Barnum ne soit pas nominé
  • que la prestation de Hugh Jackman ou même Zac Effron ne mérite pas un peu plus d’honneurs
  • que le film en lui-même ne méritait pas d’être au minimum en compétition pour la statuette du film de l’année
  • que les effets visuels ne puissent pas être considérés comme méritant au moins une nomination (alors que les gardiens de la Galaxie 2 le pourrait ? pardon ?)
  • que la bande-son ne serait pas à la hauteur alors qu’elle participe en elle-même à rendre le film si inoubliable et émouvant ?

Bref, je suis « colère » et « tristesse ». Et j’espère que ce film aura au moins un Oscar à la fin de la cérémonie. Je pourrais en parler plus mais cela demanderait un article entier.

Mes absents

Life, origine inconnue et Split auraient je pense mérité un peu plus de considération.

Split fait partie des meilleures sorties de Shyamalan, je n’ai d’ailleurs quasi rien à lui reprocher. Et Life est un film qui se place dans la lignée de son genre mais en revenant, je trouve, aux fondamentaux plus années 80. Tout en y ajoutant une vraie modernité graphique et en ayant cette audace de nous rapprocher autant de la Terre. Le scénario est bien ficelé et ce petit film mérite un peu plus d’encouragements je trouve.

Conclusion

Si vous ne les avez pas vu, la sortie DVD / VOD sera sans doute l’occasion de se rattraper pour :

  • The Greatest Showman
  • Coco
  • Le Grand Jeu
  • Split
  • Get Out

En second lieu, il y a encore moyen de passer de bons moments cinéma devant :

  • Jumanji (oui, un chouette film, qui ne mérite pas les oscars mais mérite quand même d’être vu)
  • Life
  • The book of love
  • Baywatch (oui, franchement, inattendu mais vraiment cool et drôle, ne se prend pas au sérieux, dans la lignée de Jumanji)
  • IT (bon film d’horreur, très bonne adaptation)
  • The Founder (sur l’histoire de MacDonald mais surtout d’un homme)
  • et peut-être d’autres mais il faut bien s’arrêter …

Et n’hésitez pas à bloguer et donner votre avis ! 😉

Happy Birthdead, film de Christopher Landon, explications alternatives, critique et commentaires

endpic2J’ai vu le film il y a environ deux semaines au cinéma. A titre personnel, il m’a laissé mitigé.

De manière globale, j’aime beaucoup le film qui, à priori, malgré quelques défauts, arrive à avoir une histoire qui tient plutôt bien debout, qui est pleine d’humour et qui nous oblige à réfléchir tout du long pour essayer de résoudre l’énigme. Et il ne se prend pas la tête tout en n’étant pas cliché ou simpliste.

Donc, voilà, c’est peu dire que j’ai passé un bon moment de cinéma sans pour autant considérer le film comme exceptionnel ou chef d’oeuvre.

Pourtant, il y a un goût de trop peu. Pas forcément sur le film mais sur ma compréhension du film. Je me dis d’ailleurs que ce film pourrait devenir culte. Je pense qu’il faudrait le visionner et revisionner pas mal de fois avant de tout voir et d’avoir des certitudes. Mais je ne suis même pas sur qu’il y ait moyen d’en avoir (ce qui n’est pas forcément un défaut mais est frustrant).

Par ailleurs, je me demande s’il n’a pas souffert de problèmes lors de la réécriture demandée par le réalisateur. En effet, lors de l’écriture d’un tel film, chaque scène, chaque détail à son importance. Et quand on demande de réécrire une partie, on peut faire s’écrouler tout le château de cartes sans s’en rendre compte.

Bref, malgré ou parce que ce que je viens de dire, j’ai eu envie de proposer ma solution au puzzle. Attention: spoilers ! Je dévoile ce qui se passe dans le film ! Ne pas lire plus si vous ne l’avez pas encore vu …

Contrairement à mon habitude, je ne vais pas faire une critique ou analyse approfondie, juste discuter de qui est ou serait réellement le tueur, ce qui est déjà pas mal au final pour ce genre d’oeuvre. Dans le texte, j’utilise le masculin neutre « le » tueur pour dire le ou la tueur, tueuse, par simplification.

La théorie donnée en apparence par le film

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La meurtrière est la coloc’. Elle voulait la tuer du fait de son comportement et parce qu’elle était jalouse de sa relation avec le docteur. Son arme est le cupcake.

De ce qui est dit, nous supposons qu’elle est également la personne derrière tous les autres meurtres. Mais, en réalité, c’est pensé par Tree mais ce n’est pas dit (et pour cause, dans cette réalité là, il n’y qu’une seule tentative de meurtre à avouer) et évidemment pas avoué. On ne peut donc pas faire dire au film plus que ce qu’il ne dit réellement lui-même.

Pourquoi chercher une autre explication ?

Il y a un certain nombre de choses qui ne vont pas trop et le récit me paraitrait plus cohérent si la vérité était moins simple. Et plus j’y réfléchis, plus j’ai l’impression que ce n’est pas « seulement » ça, comme une sorte d’intuition. Sans aucune certitude toutefois, surtout que je n’ai vu le film qu’une seule fois et que je pense devoir le voir au moins trois ou quatre fois pour tout comprendre.

En gros, les deux autres hypothèses ?

  1. La Coloc’ n’est pas la seule à vouloir la tuer ! C’est d’ailleurs ce qui rendrait le film particulièrement intéressant et le puzzle particulièrement difficile. Tant qu’on imagine qu’il n’y a qu’un seul tueur, on ne peut pas résoudre totalement l’énigme. En effet, si quelqu’un a un alibi correct d’un côté, cela ne l’empêche pas de pouvoir tuer dans une autre journée.
  2. Nous avons à faire à un « crime de l’orient express ». En fait, elle a tellement d’ennemis qu’ils étaient tous prêts à la tuer. Pire, dans mon hypothèse, ils sont même carrément ligués contre elle, ce qui explique l’efficacité systématique du meurtre. Voir même la manière dont elle s’en sort.

En effet, on me dira que la journée arrête de se répéter après qu’elle ait découverte UNE et UNE SEULE meurtrière.

Sauf que, au final, elle ne doit pas uniquement sa survie au fait d’avoir tué un de ses assassins mais aussi au fait d’être enfin devenue aimable et appréciée de tous les autres assassins possibles. Elle ne peut survivre sans se changer elle-même, c’est la réalité du film, lui-même.

Cet argument n’est donc pas valable si on tient compte du fait qu’à la dernière journée elle n’a pas seulement trouvé un coupable mais qu’elle a aussi résolu ses problèmes avec tous les autres.

A noter que, quelle que soit l’hypothèse choisie, celle du film ou une des miennes, le « serial killer » de l’hôpital est innocent.

Jessica Rothe

Les éléments allant dans le sens d’une autre hypothèse

Cela peut paraitre anecdotique mais, souvent, au début d’un film ou d’un livre, on trouve un indice discret, mais flagrant quand on a compris, qui dit dans quelle direction va partir le film.

Par quoi le film commence-t-il ? Par le gong de l’horloge et la sonnerie de son smartphone. Et, qui l’appelle ? Son père. C’est pour ça que j’ai pensé tout au long du film que c’était lui, d’autant plus qu’elle lui manifeste un mépris assez flagrant. Et que l’histoire du décès de sa mère est très peu raconté, ce qui permet d’imaginer beaucoup de choses.

Il y a également le fait que le mobile de la jalousie est valable pour d’autres. Elle couche avec des mecs qui ne l’intéresse même pas vraiment alors qu’elle sait que cela fait mal à d’autres. Si sa coloc’ a des raisons de lui en vouloir, elle n’est pas la seule. Sa copine de la confrérie, à la fête, qui lui envoie des SMS a déjà subit cela dans le passé et lui reproche de le refaire.

Les armes sont différentes ! Le tueur ne tue pas toujours de la même manière, cela n’a pas vraiment de sens, je trouve. Cela pourrait très bien correspondre à des tueurs eux-mêmes différents. Et, à savoir que quelqu’un qui voudra tuer par poison (manière plutôt féminine) n’a pas le même profil psychologique que quelqu’un qui voudra tuer avec un couteau. Pour moi, il y a probablement autant de tueurs que d’armes différentes, au moins pour les morts intervenues sans improvisation (je pense à celle avec la voiture de police).

Si on se lève un matin avec l’envie de tuer et un scénario pré écrit dans sa tête, à chaque fois que la journée recommence, ce détail devrait être exactement pareil, comme le klaxon ou l’arrosage automatique ! C’est donc un élément assez important pour dire qu’il y a des meurtriers différents.

La bougie du cupcake est la même que celle qui met le feu à la nappe d’essence du véhicule accidenté. Ce genre de bougie doit être assez standard mais cela peut être compris comme un léger indice de collusion même si je pense que le réalisateur ne l’a fait que pour encourager la thèse du tueur unique (qui ne me semble pourtant pas tenir la route, et c’est logique puisque le scénario n’a pas été écrit comme ça à la base).

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Des indices accusant d’autres personnes sont parfois donnés sans pour autant être vraiment démentis. Par exemple, la bougie qui allume l’essence faisant exploser la voiture de police ! Elle est une référence claire et directe à la bougie unique qui servait au père pour fêter l’anniversaire de sa femme et de sa fille (ce qui est dit dans un film l’est rarement sans raison). Autre exemple, le masque trouvé dans le bureau du Docteur (même s’il est neuf ou justement parce qu’il est neuf … et donc peut-être acheté pour l’occasion). Ou encore la carte que transporte la cheffe de la confrérie, qui est la carte de bon anniversaire contenant la menace à propos de la nourriture (ce qui va dans le sens d’une entente entre les deux personnes).

La coloc’ ne peut pas être si facilement accusée de tous les meurtres ! Si c’est bien elle qui libère le psychopathe, cela veut aussi dire qu’elle travaille ce soir là et ne peut donc pas être présente sur toutes les scènes de crime. Certains éléments incriminant dans une journée innocentent dans une autre.

C’est un peu tarabiscoté mais la journée ne recommence pas « parce qu’elle est tuée » mais parce qu’elle meurt, pour preuve le suicide. Même si c’est un indice faible, pour moi, cela va dans le sens qu’on ne recherche pas UN unique tueur mais qu’on cherche à régler une situation et un comportement de manière plus générale. Elle doit faire la paix avec tous ces ennemis, ce qui implique peut-être donc qu’il y en a forcément plus d’un.

Je n’ai pas assez de souvenirs pour tout passer en revue (mais vous pouvez prolonger avec les commentaires, comme d’habitude). A priori, je vois quatre tueurs potentiels. ET, aucun d’eux n’est, je pense, cité au moment où elle définit ses ennemis. Au contraire, ce sont tous des proches, ce qui est d’ailleurs crédible avec le fait qu’on veuille la tuer. Comme disait César dans la série Rome, on craint plus de ses amis que de ses ennemis.

Les voici :

  • son père
  • sa colloc’
  • le docteur
  • Danielle

La liste qui est faites pourrait être en fait la liste des personnages qui ne font pas partie du complot.

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Les différentes morts de Tree

  1. Elle meurt poignardée dans la rue en allant à la fête d’anniversaire (ici, tout le monde peut être coupable)
  2. Elle est poignardée dans la chambre durant la fête d’annif, musique va très fort et personne entend rien (ici, une seule personne est innocentée, le mec avec qui elle essaye de coucher mais on peut se demander si la coloc’ ne l’est pas aussi puisqu’elle est absente pour cause de travail. Par ailleurs, si le médecin était passé, cela se serait probablement vu et aurait attiré l’attention)
  3. Elle se barricade dans la maison et ne sort pas. Mais elle est quand même poignardée (quelqu’un qui a les clés ou qui y réside habituellement ?)
  4. Elle meurt assommée devant la maison de son ex coup d’un soir gay (qui pouvait le savoir ?)
  5. Elle meurt noyée peu après avoir vu Stéphanie, l’épouse du docteur (donc, elle ne peut être coupable)
  6. Elle meurt écrasée par le bus en se disputant avec Danielle, la cheffe de maisonnée (est-ce un meurtre ou un accident ? impossible de savoir)
  7. Elle meurt dans l’explosion de la voiture de police après que le tueur ait mis une « bougie d’anniversaire » sur l’essence qui coulait sur la chaussée et qui tombait du réservoir abîmé de la police (ici, ce n’est ni Greg ni Lori, ce qui pourrait être l’élément permettant d’élargir le cercle des coupables à trois minimum)
  8. Elle meurt pendue pour sauver Carter (personne de disculpé ici)
  9. Elle décède dans son sommeil à cause du cupcake empoisonné (c’est la coloc’ qui en responsable et l’avoue le « jour suivant »)

Déclaration du réalisateur

Sur la fiche wikipédia anglophone, il est noté que le réalisateur a voulu changer l’histoire originellement écrite car, au départ, le film aboutissait sur la révélation que Lori ET Grégory (le docteur) étaient les tueurs.

Alors, si le film « annonce » bien un tueur différent, on sait que ce qu’un film dit dans les dialogues n’est jamais à prendre au pied de la lettre. C’est la vérité de ceux qui les disent. Mais le spectateur a une autre vue sur l’action et les protagonistes peuvent toujours se tromper.

Par ailleurs, le scénariste a pu volontairement se jouer de son réalisateur en n’adaptant pas correctement l’histoire ou en laissant deux solutions d’énigme possibles.

Enfin, l’énigme d’un film se résout par les éléments du film. Ni le réalisateur, ni le scénariste, ni les dialogues ne sont suffisants. Il faut que les faits montrés et racontés priment sur tout.

Hypothèse finale

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Rôle du père

J’ai envisagé le père comme étant le tueur durant tout le film, à cause de la sonnerie de téléphone, du fait qu’elle le nie comme s’il n’existait pas et encore parce qu’il est très peu présent et donc un coupable idéal. Il y a aussi l’histoire de la bougie qui est comme un écho à ce que Tree raconte sur les anniversaires en commun avec sa mère et « une seule bougie ». Cette obsession de frapper durant son anniversaire peut d’ailleurs venir de là également.

Par contre, j’ai du mal à imaginer qu’il ait pu rentrer en contact avec les autres et tout organiser. Oui, il a le profil du commanditaire et il aurait même pu être le tueur (après tout, il a déjà perdu sa femme et sa fille fait comme s’il n’existait plus). Mais les deux mondes ont l’air cloisonné et comment aurait-il pu savoir que sa fille était détestée de tout le monde et qu’il trouverait de l’aide parmi ses amis ? Ou comment ses amis auraient pu savoir que le propre père de Tree serait prêt à la tuer ?

Bref, je suis circonspect et le film, en ne l’ayant vu qu’une fois, ne permet pas de trancher. J’en viens donc à me demander si ce n’est pas seulement, depuis le début du film, une fausse piste donnée expressément. Je ne le vois pas, en tout cas, faire partie d’un complot. Au pire, c’est l’un des tueurs ayant eu la même idée en même temps que les autres (et ne me dites pas que c’est improbable, un jour qui recommence en boucle, ça l’est aussi).

Je le pense coupable de la mort par explosion de la voiture de police à cause de l’arme du crime (la bougie). Et, parce que ce ne peut être ni Lori (qui ne tuerait pas Greg puisqu’elle l’aime) ni Gregory (qui se fait poignarder). Toutefois, Danielle est aussi une suspecte potentielle.

Rôle de Lori

Elle travaille ce jour là, du moins c’est ce qu’elle déclare aux autres. Mais, on sait que la police vérifie les alibis quand elle fait une enquête. Donc, la seule mort dont elle peut être accusée directement est celui du cupcake empoisonné. Et, justement, quelqu’un qui tue par du poison n’est pas nécessairement quelqu’un qui tue avec un couteau. D’ailleurs, comme infirmière, elle avait surement l’occasion de tuer Tree par une petite piqûre durant son sommeil ou plein d’autres moyens. Enfin, on trouve un masque mais, à ma connaissance, pas de couteau.

Pour moi, à son égard, on ne peut être sur que d’une seule des morts. Pour les autres, j’ai même l’impression qu’elle a un alibi.

Et, quand à la libération du tueur en série, qui n’est nécessaire que pour les crimes et donc pas pour le cupcake censé la tuer discrètement, autant le docteur que elle pouvaient le faire et je ne me souviens pas que Lori le reconnaisse, on l’entend seulement comme scénario dans la bouche de Tree et Lori est plutôt dubitative face à une partie de son discours.

Rôle de Grégory (le docteur)

Le masque est découvert dans son bureau (mais il est neuf alors que celui du tueur est usé). Il peut être tuyauté par Lori. Et il peut avoir été persuadé par cette dernière que Tree en était amoureuse et voulait casser son couple. En effet, lors d’une de ces journées revécues, il est surpris d’apprendre qu’elle n’est pas amoureuse et veut alors en profiter. Il y a donc un mobile de sa part et il peut avoir été manipulé. Il pouvait vouloir tuer uniquement parce qu’il se sentait menacé dans son couple officiel.

Rôle de Danielle (la cheffe de maison)

Elle n’est jamais innocentée totalement (dans l’hypothèse où il peut y avoir plusieurs tueurs). En effet, la mort qui l’innocente (écrasées par le bus) ne pourrait très bien être qu’accidentelle. Et elle était en possession de la carte d’anniversaire. Soit dit en passant, cette carte concernait le cupcake. Donc, cela la lie plutôt à Lori.

Seule la première mort l’innocente vraiment puisqu’elle l’attendait dans le bâtiment étudiant pour la surprise party.

Lors de la mort durant la surprise party, on apprend qu’elle avait deux mobiles. Le fait que Tree lui avait volé sans scrupule un petit ami et le fait qu’elle ait remis le couvert le soir-même. Ce sont deux raisons qui expliquent qu’elle ait pu elle aussi avoir envie de la tuer et qu’elle se soit associée à d’autres pour ce faire.

En résumé (je mélange le certain et les hypothèses)

Les morts 6 et 8 ne sont pas des meurtres.

Le docteur et Lori agissent de concert peut être avec Danielle.

Lori a commis un meurtre direct, celui du 9. C’est le SEUL meurtre sur de la série. SAUF si j’ai loupé des éléments donnés par le film (et dont  je ne serais pas surpris qu’ils existent, mais bien cachés).

Le père a pu commettre l’avant dernier meurtre, celui du 7 (elle ne se réconcilie avec lui qu’avant le dernier décès).

Le docteur commet le meurtre 1 et 5.

Danielle commet les assassinats 2, 3 et 4.

Les petits défauts du film

Sans pour autant que cela m’empêche de l’apprécier, parce que je les trouve nécessaires au récit et difficiles à contourner, on peut se demander pourquoi l’héroïne ne cherche pas, plutôt qu’à survivre, à « démasquer » son agresseur (retirer le masque pour découvrir qui il est).

De même, rien n’est expliqué sur la raison pour laquelle elle revit en boucle la journée. Mais, en même temps, je trouve ça intéressant de ne pas chercher à expliquer. On a suspension consentie d’incrédulité et c’est très bien comme cela.

Enfin, l’héroïne passe quand même facilement sur la carte d’anniversaire. Surtout que, en soit, elle est une belle erreur de la part du tueur. Pourquoi signer son crime ?? Et pourquoi même prévenir ? Mais pour le fait de prévenir, cela peut être dû à la satisfaction du tueur de savoir que la personne sait que c’est elle (heu, j’ai vu cela récemment dans un Columbo, celui où quelqu’un tente de le tuer lui et sa femme).

Autres critiques

Visiblement, le film n’est pas encore sorti en France, ce qui a rendu plus difficile de m’inspirer ailleurs et de voir si d’autres pensaient comme moi.

Mais j’ai quand même trouvé quelques critiques (comme d’habitude, je ne partage pas forcément ce qui est dit mais je trouve simplement que c’est bien écrit et intéressant à lire) :

Conclusion finale

J’espère que, comme pour l’article sur le film Cartel, j’aurai des commentaires qui me feront douter de ce que j’ai écris et permettront d’approcher un peu plus d’une « vérité » si tant est que le film le permette.

J’ai aimé ce film et j’ai aimé y réfléchir. Je pense qu’il vaut le coût du billet pour aller le voir au cinéma. J’espère que ce fut pareil pour vous.

« Still Life » ou « une belle fin », film de Uberto Pasolini

Il est conseillé d’avoir déjà vu le film vu que je fais des spoilers. Si vous ne l’avez pas encore vu et que vous voulez garder toute la surprise, il vaut mieux postposer la lecture de ce commentaire. ;-)

Le but de cet article est de faire divers analyses, commentaires et critiques sur le film et d’ouvrir un espace de débat éventuel avec les lecteurs. Je vous conduis également vers quelques avertissements avant lecture sur la manière dont j’écris sur ce blog à propos du cinéma.

Petites précisions sur le film

Le film a été réalisé par le producteur de « The Full Monthy ».

Résumé

De Wikipédia:

John May est un fonctionnaire communal qui vit seul. Son travail consiste à retrouver les parents les plus proches de personnes mortes dans une solitude totale. Il effectue son travail avec le soin le plus méticuleux et mène une vie tranquille et ordinaire, faite de rites quotidiens qui en deviennent obsessionnels. Un jour, on lui confie le cas de Billy Stoke, un alcoolique mort dans la solitude à quelques pas de sa propre maison. Il commence alors à recueillir des indices sur sa vie et à chercher les personnes auxquelles il a été lié. Mais, à cause de la crise économique, on lui fait savoir que son service est en passe d’être réduit, qu’il est en surnombre et va être licencié. Il ne se laisse pas abattre et convainc son chef de lui donner encore un peu de temps pour terminer sa dernière enquête. Pendant ses recherches, il fait la connaissance de Kelly, la fille que Billy Stoke a abandonnée dans son enfance et, au cours de ses voyages à la recherche des personnes qui ont connu Stoke, John a l’occasion de savourer à nouveau la vie. Cela ne durera pas longtemps et il mourra lui-même dans une solitude totale, comme tous ceux qu’il avait suivis pendant son travail, lesquels, dans un final onirique et fascinant, lui rendront un hommage reconnaissant.

Le titre

En anglais « Still Life », signifie « nature morte » ou littéralement « encore vie ». Le héros est chargé de retrouver des survivants, job qu’il fait avec coeur. Il va même plus loin et jusqu’à écrire la vie des décédés pour leur enterrement. Ce qui pourrait évoquer à la fois la nature morte (peindre leur vie) et en même temps le fait de leur donner encore « vie » une dernière fois.

En français, « une belle fin » pourrait faire référence à la fin. Mais, si je l’ai trouvée magnifique, et si elle se révèle belle par certains aspects, elle a aussi ses aspects très noirs dont on parlera plus bas.

La fin est belle ?

Toutes ces personnes qui ne voulaient plus revoir leur père, ami, amant, … Toutes se sont finalement donné rendez-vous à son enterrement. On imagine que c’est la plus belle réussite de sa carrière. Rien que par l’écoute active et humaniste, et sans insister, il a réussi à ce que la vie de cet homme qui n’était pourtant pas un saint, loin de là, ne se finisse pas totalement dans la solitude.

Ou la fin est moche ?

Mais, John n’est pas là pour le voir. Il ne sait pas que ce fut un tel succès car aucun des survivants n’avait manifesté clairement l’envie de s’y rendre.

John n’étant plus employé par la commune, sa remplaçante n’ayant pas sa conscience professionnelle, personne n’est là pour penser à lui. Tristement, il n’y a que les « fantômes » pour veiller sur lui. Et ce sont les fantômes qui sont restés seuls, ceux pour qui il a « failli » dans son travail. Petit détail, lui qui avait prévu un emplacement parfait dans le cimetière, il se retrouve enterré avec un « arbre coupé ». Alors que l’arbre était censé donner de l’ombre à ceux qui viendraient se recueillir sur sa tombe.

Mais, de toute façon, qui viendra ?

Enterrés en même temps, ce qui prouve que l’enquête a été bâclée, on a envie d’espérer que Kelly découvre qu’il était mort, le recherche et découvre sa sépulture. Mais cela n’arrive pas. Et c’est triste. Il ne lui reste plus que sa famille adoptive de « sans famille ».

Bureaucratie

Il y a une interrogation sur le travail et sur la manière dont il nous façonne. Après tout, John a peut-être choisi son métier en fonction de sa personnalité. Mais cette fonction a pu également le transformer. Tout comme les deux phénomènes ont pu s’auto-entretenir.

En quelque sorte, même s’il faisait son travail avec passion, celui-ci a finit par provoquer ce pour quoi il devait précisément lutter. En effet, il luttait, vainement, pour que les gens seuls redécouvrent des amis et de la famille pour leurs premiers moments dans l’au delà. Et finalement, non content de ne pas y arriver, il finissait par ressembler à ses « clients » toujours un peu plus.

Alors qu’on ne voit que des échecs dans le travail du héros, sans savoir si cela a toujours été le cas, finalement, c’est quand il est licencié et « bénévole » qu’il y arrive. Je me suis demandé, d’ailleurs, si les meilleurs résultats qu’il obtient ne sont pas liés aux démarches plus humaines et proches qu’il entame, loin de son bureau et de son téléphone, directement sur le terrain.

Quand son « méchant » patron le vire et lui déclare que cela lui permettra de changer de vie, n’a-t-il pas au fond raison ? Pour l’employé ce travail est mortifère. Et, d’ailleurs, c’est justement ce qui arrive. Ce licenciement est peut-être l’occasion qui a vraiment permis à MAY de changer de vie et de reprendre pied. Tout autant, au minimum, et sans doute plus, selon moi, que le fait que Stoke était son voisin.

John MAY était un anti bureaucrate dans l’esprit, quelqu’un qui faisait passer la passion pour son métier, et pour les gens, avant son intérêt personnel (sans même le savoir, probablement).

Sa remplaçante est une bureaucrate qui bâcle ses dossiers, fait économiser de l’argent à la mairie en incinérant plutôt qu’en enterrant les gens, sans se soucier de leurs dernières volontés.

Mais, elle et son supérieur ont-ils vraiment tort ? Oui, si on regarde l’humanisme, le respect de la société pour ses marginaux et ses morts.

Non, si on regarde leur santé personnelle et l’investissement d’une tâche qui peut être ressentie comme n’ayant pas de sens. Car, dans le fond, même en faisant son boulot de la manière la plus méticuleuse possible, on ne retrouve jamais personne. Et, comme le dit son chef, les « morts sont morts » et ne pas le savoir évite des souffrances.

C’est certes atroce de raisonner comme cela, mais ce n’est pas totalement inhumain si on regarde du point de vue de la personne qui doit effectuer la tâche. Rien n’est pire que de faire une fonction dont on ne perçoit plus le sens, l’intérêt ou l’utilité. On ne peut pas remplir des tonneaux des danaïdes toute sa vie. C’est ce qui avait failli tuer John MAY.

Rien n’est manichéen dans ce film.

Selon le point de vue, on trouvera des bonnes justifications à un comportement ou l’autre. Suivant que l’on pense au travailleur, à l’employeur, à la société, on aura un avis autre. Et celui-ci ne sera pas forcément mauvais, juste différent.

Cela dit, c’est peut-être aussi ce qui est beau dans la fin du film. Que la dernière mission, justement, n’ait pas été inutile. Peut-être cela nous permet d’accepter plus facilement la vie terne du héros malgré sa fin trop solitaire encore. Qu’une seule mission réussie puisse donner un sens a tous les autres échecs. Peut-être est-ce une partie du message quand les fantômes viennent se recueillir sur sa tombe.

Mais, et c’est aussi cela qui est intéressant, le réalisateur a choisit de faire se dérouler cette « résolution » durant un moment où notre homme n’est plus sous contrat de travail. Je me demande si ce n’est pas un message sur le caractère vainc d’essayer d’être humain quand on a un patron. Mais je ne m’aventurerai pas plus là dessus dans cet article-ci.

Avoir une vie

Le film nous donne deux grands exemples de personnes seules.

Le premier est celui du héros. Il est seul de par son métier. Ou du fait de sa peur des autres, de son besoin presqu’obsessionnel de contrôle et de régularité dans sa vie. Mais pas par méchanceté, bien au contraire, c’est quelqu’un d’incroyablement humain.

A la fin du film, on peut le voir mourir seul. Mais on peut aussi voir qu’il entamait une relation amoureuse et que toutes les personnes qu’il a aidées sont restées près de lui pour l’en remercier.

Le deuxième exemple est celui de Billy Stoke. Il finit seul à cause de sa folie qui finit par lui mettre tout le monde à dos (son alcoolisme n’étant à mon avis qu’un effet secondaire ou un aboutissement du cercle vicieux). Par son incapacité, aussi, à se lier même avec sa fille. A laquelle il continue pourtant à penser. Il est incapable de garder une relation sur le long terme. On dit que l’alcool aura été le clou de son cercueil mais il était déjà sans abri quand c’est arrivé.

Au final, il arrive à avoir du monde à son enterrement. Parce que chacun arrive, après un travail de mémoire, à oublier ce qu’il y avait de mauvais pour ne retenir que le bon du personnage (on suppose).

Au fond, on dit toujours que les morts sont des « saints » mais ce film prouve bien le contraire. Il n’est pas si évident de pardonner ou d’oublier, même face à une personne décédée. Et John May arrive à faire faire ce travail aux relations de Bill Stoke.

John a finit par se rendre compte, en faisant le travail par pure volonté personnelle, du tour que prenait sa vie et de son insignifiance. Il décide alors de prendre des risques : prendre le train loin, du chocolat chaud au lieu du thé, de commencer une relation, boire au goulot après un SDF, … Il n’a pour ce faire, presqu’aucun gros effort à faire, il lui suffit de saisir les opportunités qui se présentent. Il a moins peur des autres. Il se rend compte qu’on a rien sans rien, qu’on ne peut pas tout contrôler.

Malheureusement, cela va trop vite et l’ivresse (au sens non alcoolique) lui fait prendre un trop gros risque et il décède.

Cela doit toutefois rester une leçon, je pense, la morale principale sans doute, sur nos vies, leur sens et le plaisir qu’elle doit nous donner. De même que sur la nécessité d’avoir des relations humaines dans la vie. Qu’elle est triste la vie de cette célibataire qui fait écrire des lettres à son chat. Et que c’est triste de mourir seul sans même notre enfant pour venir nous veiller.

Je refuse d’ailleurs d’y voir une leçon sur les marginaux auxquels on ne fait pas attention. Billy a bien cherché sa solitude. Il ne l’a peut-être pas méritée, humainement, mais il a tout fait pour. Et c’est John qui le démontre en rectifiant sa vie. Il n’y a pas de culpabilisation à avoir avec nous, pas uniquement, il y a surtout une leçon pour ceux dont la vie est triste et morne, il y a aussi une remise en question à avoir sur la manière dont ils mènent leur vie.

Alors, soignons nos relations, faisons attention à nous et prenons les perches qu’on nous tend.

Conclusion

Rien que d’y repenser, je suis encore ému par ce film. Et pourtant, comment un film finalement si noir avec si peu de touches d’espoir pour le héros peut-il arriver à me faire sentir si bien ? Peut-être parce que, et c’est la clé de cette réussite, il est dans la bonne mesure tout le temps. Et à partir d’un film sombre et qui nous fait pleurer à la fin, on ressent toute cette plénitude parce qu’on est quand même heureux pour John MAY et la réussite de sa dernière mission et la quasi réussite du rattrapage de sa vie.

Il était bon, humainement et professionnellement, et il est quand même mort seul. Mais ce film reste une belle leçon de vie et nous incite à nous poser des questions sur notre société, sans le faire lourdement. Je le recommande vivement pour peu qu’on ne soit pas rebuté par un film qui prend son temps pour commencer et qui peut être parfois un peu lent.

Moi, j’ai adoré, en tout cas, c’est une de mes belles surprises des films que j’ai vu en 2017.