L’Âge de cristal de Michael Anderson

La critique et l’analyse du film est basé sur une unique vision du DVD (édition récente donc) et en VOstFR. L’article a été écrit en plusieurs fois.

Il est conseillé d’avoir déjà vu le film vu que je fais des spoilers. Si vous ne l’avez pas encore vu, il vaut mieux postposer la lecture de ce commentaire. 😉

Petites précisions sur le film

Fiche Allocinéfiche wikipédia.

C’est un film de Michael Anderson sorti en 1976. Il est basé sur le livre de George Clayton Johnson et William F. Nolan, Quand ton cristal mourra (Logan’s Run) sorti en 1967.

affiche du film

affiche du film

Résumé

Dans un futur lointain, les hommes habitent une cité abritée sous un énorme dôme. Le contrôle de la ville est laissé à un robot assisté par des limiers (sandman en anglais) qui vérifient que personne ne cherche à fuir. La ville étant une sorte de petit paradis, on peut se demander pourquoi les gens chercheraient à fuir ? Parce qu’à leur trentième anniversaire (ou 31 ème ?), ils doivent suivre la cérémonie du carrousel où ils sont censés renaitre. Mais tout le monde, à raison, ne crois pas à cette histoire. Il faut donc  « finir » ceux qui fuient leur destin.

Logan5, notre héros, est déjà quelqu’un qui se pose trop de questions au départ car, dans cette ville, il n’est pas bien vu de trop réfléchir. Mais le robot lui ordonne de rechercher un sanctuaire situé en dehors de la ville dans lequel les fuyards iraient se réfugier (un chiffre d’un peu plus de mille personnes ayant réussi à fuir est d’ailleurs donné). Cette mission lui permettra de fuir avec Jessica6, de découvrir la réalité extérieure, et de convaincre tous ses camarades de s’enfuir de la cité après qu’il l’ait lui même mise hors d’état.

Pourquoi analyser ce film ?

C’est un film « culte » des années 70. On l’aime ou on ne l’aime pas, on l’a aimé ou l’aime encore; ce film fait partie de l’histoire du cinéma. Et c’est également un grand témoin de son époque marquée par l’après seconde guerre mondiale, la libération sexuelle et la guerre froide.

Commentaires sur divers thèmes

L’âge de cristal (titre francophone) / Logan’s run (titre anglophone)

Le titre français met l’accent sur le contrôle de la population via le cristal, le titre anglais évoque plus fortement le héros et sa fuite en dehors de la cité. Les deux titres sont intéressants pour représenter l’histoire du film.

Présence de « la » femme dans le film

On remarquera que la fonction de limier est entièrement masculine, que le docteur est un homme également et que son assistante et sa secrétaire sont des femmes. D’un point de vue métiers, pour un film de SF, on est très fort encore dans le contexte de l’époque.

En dehors de cela, les femmes et les hommes semblent vivre sans domination de l’un sur l’autre.

Ce qui n’est pas anodin non plus, c’est que la voix du « robot maitre » est féminine et extrêmement douce et agréable à entendre.

Naissance, accouchement, paradis perdu

Si dans « perfect mothers », on était très fort dans le complexe d’œdipe, ici on est beaucoup plus « tôt » dans la vie humaine: la vie intra-utérine, l’accouchement, la recherche du paradis perdu; tout ça est présent dans l’intrigue.

Quelques exemples:

– la vie dans le dôme. Un dôme, cela représente aisément le ventre maternel. Dans ce dernier, en plus, rien ne filtre du monde extérieur que les héros ne connaissent d’ailleurs pas le moins du monde. Le soleil ne filtre pas et ils ne l’ont jamais vu.

– le « réacteur-fontaine » qui prend son énergie de l’eau de la mer et qu’ils doivent traverser pour rentrer dans la cité. Il faut plonger dans l’eau, passer par un petit trou protégé par une grille qu’il faut retirer et puis ressortir de l’autre côté. Si le mouvement a lieu « à l’envers », la ressemblance avec un accouchement est assez flagrante.

– le « carrousel ». Passé un certain âge, ils doivent passer par le carrousel pour « renaitre ». Dans le cas contraire, il faut les « finir ». Pour le bébé, c’est la même chose, s’il ne sort pas passé un certain délai, il risque de mettre sa vie en danger et celle de sa mère. D’où l’intérêt pour la cité de se protéger des fuites (car la fuite représente symboliquement un refus de naitre par le refus de passer par le carrousel). La fuite peut d’ailleurs être assimilée à une fausse couche. L’organisme se rend compte que le sujet n’est pas viable et s’en débarrasse. Le verbe « renaitre » n’est évidemment pas là par hasard. On remarquera que tous ceux qui renaissent disparaissent du dôme et plus personne n’en entends parler.

– pour sortir, du dôme, il faut une clé qui est en fait un objet phallique, ce n’est pas directement lié à la naissance mais bien à la conception

– toujours pour sortir du dôme, nos deux héros se retrouvent complètement mouillés car ils doivent passer dans une pièce qui se remplit d’eau (comme dans le ventre de la mère)

– le robot maitre a une voix féminine et n’a pas de visage. A l’intérieur du dôme, on ne peut qu’entendre sa voix et il faut lui obéir. Elle peut précipiter la sortie.

© 1976 Metro-Goldwyn-Mayer Inc. All Rights Reserved.

© 1976 Metro-Goldwyn-Mayer Inc. All Rights Reserved.

– le sanctuaire. Comme toute mère, le robot maitre croit qu’il existe un « sanctuaire » dans lequel ses enfants seront protégés quand ils la quitteront mais le fait d’apprendre qu’il n’en existe pas la « tue » littéralement comme si cette nouvelle était « impossible » à assimiler ou à comprendre ou surtout comme si elle ne voulait pas l’entendre. Toute mère doit pouvoir faire le deuil d’un environnement où ses enfants seraient protégés de tout danger. Or, c’est précisément dans son ventre qu’ils sont le mieux protégés.

– le dôme est un paradis, tous leurs besoins sont satisfaits un peu comme le nourrisson à travers son cordon ombilical.

– le sexe de la salle rouge est une véritable contrainte qui semble les oppresser plus que les réjouir. Cela dit, ce n’est pas aussi clair que ça puisque nos héros recherchent également une jouissance sexuelle à d’autres moments et que cette oppression est ressentie car elle ralentit leur fuite. Je ne suis pas sur qu’on puisse interpréter cela dans le sens évoqué (je reste très incertain sur le sens caché de cette scène) mais je le note quand même car le parallèle avec la vraie vie où on peut avoir peur de déranger le bébé qui est en train de se développer dans le ventre maternel est intéressant.

– lorsqu’ils s’évadent du dôme, ils rencontrent un homme âgé qu’on pourrait largement voir comme étant le « père ». Ce dernier doit convaincre les autres de l’intérêt qu’il y a à sortir. Un parallèle peut être fait avec le père qui, dans la vraie vie, permet aux enfants de couper le cordon avec la mère.

– les sauvageons (louvetaux) du quartier « cathédrale » peuvent être vus comme les grands-frères et sœurs qui ne veulent pas voir arriver le petit dernier, par jalousie.

– pour fuir, il faut suivre « les tuyaux ». On peut voir ceux-ci comme équivalent aux « conduits d’évacuation » du corps humain qui jouxtent également la voie de sortie naturelle du bébé

– le soleil rouge qu’ils aperçoivent juste après être sorti du tunnel et qui les réchauffe peut être comparé à l’aurore de leur vie

Effets spéciaux, âge du film, anticipation

Le film a évidemment mal vieilli. Tellement qu’on se demanderait comment des effets spéciaux pareils (des maquettes visibles à cent lieues à la ronde) ont pu être un jour crédibles. Toutefois, comme c’est vieux, on (en tout cas « je ») pardonne facilement et on se force à ne pas voir que c’est du faux. De toute façon, les vues de loin de la cité sont plutôt rares.

Le moyen de transport en « monorail » est plutôt original. Comme la cité est plutôt compacte et ramassée sur elle-même, cela ne devrait pas poser de problèmes.

L’architecture est vraiment très années 70. Elle me fait penser à Brasilia et à ces architectes « utopistes » du style Le Corbusier ou Niemeyer.

Le Washington dévasté et envahi par la nature est assez beau même si, sans doute question de budget, on en voit pas grand chose.

(c) DR // nos héros sur une voiture-monorail

(c) DR // nos héros sur une voiture-monorail

Symboles bibliques

Bien sur la Bible est elle-même un récit qui, par moment, explore sous des airs imagés notre naissance, notre enfance, etc … Ce n’est donc pas anormal de trouver quelques similitudes, sans doute ici un peu tirées par les cheveux:

– Caïn et Abel. Nos deux meilleurs amis connaissent un destin similaire. L’un doit tuer l’autre.

– le jardin d’Eden, le dôme peut être considéré comme un jardin d’Eden où nos héros ont tout ce qu’ils désirent à condition qu’ils respectent la loi fondamentale

Erotisme soft

« Jessica6 » porte des vêtements assez sexy qui sans rien dévoiler sont quand même très séduisants. Je trouve l’érotisme soft de ce film très agréable. Les années 70 étaient d’un point de vue sexuel, beaucoup plus dans le plaisir qu’aujourd’hui.

Réalisme, cohérence

© D.R.

© D.R.

Le film ne doit être pas être regardé pour la solidité de son scénario. De mon point de vue, de toute façon, l’histoire parle davantage de « nous » en tant que personne humaine qu’elle n’est une critique de la « société » humaine de son époque et de son évolution. Certains ont trouvé que les thèmes de la surpopulation ou du totalitarisme étaient mal traités ou pas assez. On ne peut leur donner tort mais c’est sans doute aussi justement assez révélateur du fait que ce n’était pas ça au départ que le film voulait raconter.

On va quand même passer quelques lignes à taquiner les « travers » du film sans aller jusqu’à l’exhaustivité:

– pas de lois d’Asimov ? En somme, nous avons des humains qui ont créé une société censée assurer un avenir aux humains (on l’a vu, en cherchant à retrouver le « paradis perdu »), ils confient cette société à un robot et ils n’y incorporent pas les lois d’Asimov (notamment, tu ne tueras pas d’humain). Si les fugitifs ne sont pas tués directement par le robot maitre, il en donne quand même l’ordre. Bon, là, on pourra me dire que c’est pour le bien de l’humanité, pour éviter une surpopulation. Acceptons. Mais, Box, lui, ne devrait pas tuer d’humains, je trouve. Il n’est jamais qu’un robot « congel » ultra simplifié.

– OK, personne ne bosse ? Mais comment cette société peut-elle alors fonctionner ? Je veux bien qu’il s’agit d’une analogie presque parfaite avec la situation du nourrisson dans l’utérus mais il aurait été bien d’avoir des robots esclaves assurant la maintenance et le fonctionnement de l’installation si on avait voulu avoir plus de réalisme. D’un autre côté, de nouveau, cela dénote bien qu’on est pas vraiment dans de la SF classique et qu’on a même sans doute voulu s’en démarquer presque volontairement.

– que mangent-ils ? on ne le saura jamais si ce n’est qu’ils ont arrêté viande et poisson mais pour les remplacer par quoi, on ne saura pas. Cela pourrait cependant s’expliquer par le volonté de refermer la cité sur elle-même et de fermer les issues donnant sur l’extérieur. Autrement dit, à un âge de la cité, le contrôle de celle-ci aurait pu imposer de ne plus avoir aucun accès ouvert sur l’extérieur.

– en imaginant que la population qui ne soit pas entrée dans la cité ait pu survivre pendant longtemps (on peut imaginer 200 ans), il y aurait certainement plus qu’un seul survivant. Mais comme il ne peut y avoir qu’un seul « père » …

– Jessica6 a sur le cou un signe qui la désigne comme « traitre » de manière très facile pour qui connait le « talisman » (je ne connais plus son nom), pas très subtil pour une « rebelle ».

– au début du film, Logan5 va voir un bébé qu’il dit être Logan6. Par la suite, on dit que, genre, ou alors je n’ai pas compris, quand une personne va dans le carrousel, elle renait en bébé. Comment Logan5 peut-il donc avoir un bébé sans être passé dans le carrousel ? Je ne suis pas sur que ce soit une incohérence mais plutôt que le film ne nous en dit peut-être pas assez pour qu’on puisse bien comprendre le système.

– bien sur, il fallait « sortir » du dôme, mais, tant qu’à faire, il aurait certainement été plus intelligent de se rebeller et prendre le pouvoir dans la cité puis de la moderniser et préparer la sortie que de la détruire entièrement et repartir d’un niveau quasi zéro de civilisation. En même temps, la cité fonctionnant toute seule, il est probable que la connaissance est perdue depuis un moment déjà, ce qui rend inéluctable le redémarrage à zéro.

– alors là, juste pour le fun, Jessica6 peut vivre n’importe quelle aventure, elle est toujours bien maquillée (notamment les paupières)

– je suis étonné que l’auteur n’ait pas pensé à un réseau de surveillance mieux pensé, même pour l’époque, mais c’est mieux comme ça pour l’intrigue. Dans le même temps, justement, la surveillance est tellement faible et se cantonne tellement à la « finition » des fugitifs qu’on pourrait imaginer que des coups d’états ou des rébellions pourraient s’organiser très facilement. Chacun respecte l’interdit, on engueule l’autre de ne pas penser correctement mais aucune police politique ne semble pourtant exister pour faire régner l’ordre.

– enfin, petit clin d’œil, à l’heure où l’on parle de plus en plus souvent d’obsolescence programmée, l’ordinateur « maitre » a décidément une durée de vie bien longue ! Tout comme tout l’informatique de bord d’ailleurs.

Thèmes abordés plus classiquement: totalitarisme, utopie

Je ne vais pas dire grand chose. Le film nous rappelle simplement l’importance de savoir remettre en question l’ordre établi et de se poser les bonnes questions. Si Logan est le héros, c’est bien parce que justement il a cette capacité que peu de limiers autour de lui ont (mais que pas mal de citoyens semblent finalement avoir vu le besoin d’avoir créé une police qui empêche les fugitifs de fuir leur destin « mortel »). Ce ne pouvait donc être que lui, l’élu. Le film commence d’ailleurs avec Logan5 qui observe « son » bébé dans une pouponnière.

Autre chose dont on peut parler est l’inhumanité de cette société. On est dans une sorte d’utopie mais les enfants ne grandissent pas dans le ventre maternel, il n’y a pas de couple ou en tout cas pas d’amour (le sexe est désincarné), seule l’amitié a ses droits. Notre couple développe d’ailleurs très vite un attachement (en tout cas Jessica6) qui en fait, encore une fois, un couple spécial qui les destinait sans doute à être « élus ».

Par ailleurs, comme dans beaucoup de dictatures, il y a la présence d’une novlangue avec des euphémismes pour cacher les véritables significations (notamment le « on ne tue pas, on finit »).

Enfin, la voix du maitre robot est très agréable. Tout le monde la respecte et suit ses ordres sans qu’il y ait besoin de réelle police politique. On peut y voir une image de l’autorité maternelle plus persuasive sans besoin de se faire physiquement entendre. Ou une critique des dictatures qui peuvent nous endormir avec de belles paroles et une belle apparence.

© D.R. // dans la salle de contrôle

© D.R. // dans la salle de contrôle

Impressions personnelles finales

J’ai bien aimé ce film malgré ses défauts. Certains disent qu’il y a des lenteurs, je n’ai pas eu cette impression. Cela restait agréable à regarder.

Visuellement, il a très mal vieillit et est un peu kitsch mais on pardonne sans problème. Je passe outre les incohérences vu qu’elles sont dues à la symbolique du film.

Pour moi, c’est de la SF de bon niveau que je garderai dans ma « bibliothèque ». Peut-être même achèterai-je le livre, je ne sais pas encore.

Si une nouvelle adaptation du film sort (cela serait prévu), j’irai la voir pour faire la comparaison.

Pour aller plus loin

En vente en DVD.

Une critique de la compagnie du désastre cinématographique et une critique de FredP sur MyScreens.

Et bien sur, les commentaires pour réagir ou me prévenir de votre propre critique sur votre blog.

Perfect Mothers de Anne Fontaine

Voici donc mon deuxième article de ce blog sur un film. Je l’ai vu mercredi 3 avril 2013 au cinéma et, n’ayant pas le DVD, je me suis basé sur mes souvenirs. L’article a été écrit en plusieurs fois.

Il est conseillé d’avoir déjà vu le film vu que je fais des spoilers. Si vous ne l’avez pas encore vu, il vaut mieux postposer la lecture de ce commentaire. 😉

Petites précisions sur le film

Fiche Allociné, fiche wikipédia.

La réalisatrice est Anne Fontaine. Le film est sorti en Belgique ce mercredi 3 avril 2013. Il est basé sur le livre Les Grands Mères.  L’auteur du livre est une femme, prix nobel de littérature: Doris Lessing.

affiche du film Perfect Mothers

affiche du film Perfect Mothers

Résumé

Deux mères, deux fils. Elles vieillissent, eux aussi. Une histoire d’amour croisée commencera avec tous les problèmes que cela occasionne.

Pourquoi analyser ce film ?

Je suis sorti très mal à l’aise de la séance de cinéma sans avoir pour autant l’impression d’avoir vu un mauvais film. Il n’y a pas beaucoup d’action mais il y a pas mal de symboliques qui méritent discussion.

Commentaires sur divers thèmes

Perfect Mothers (titre francophone) / Two mothers (titre anglophone)

Le titre est assez bon et, cela, aussi bien en anglais qu’en français. En effet, l’accent est mis sur les « deux » mères, celles qui sont les amantes. « Two » exclut donc les deux autres mères, celles qui rendent « grand-mères ». Le mot « mères » présent dans les deux titres met en évidence, de mon point de vue, que c’est bien la relation « incestueuse » qui est au centre du film. Le mot grand-mère n’aurait pas eu de sens car cette relation n’occupe que peu de place. Enfin, le « perfect » rappelle, par opposition, qu’on est pas ici dans la normalité. Nos mères ne se comportent PAS comme des mères parfaites. Elles en parlent d’ailleurs durant le film. Elles ont voulu l’être, de manière rationnelle, mais ont finit par se laisser aller à leur désir.

Les deux titres sont donc bien choisis et reflètent bien le film.

Omniprésence de la plage

La maison que les protagonistes habitent se situe en bordure et dans les hauteurs d’une plage australienne.

Une grande majorité des scènes incluent cet environnement et cette plage, soit avec le bruit des vagues en fond sonore, soit on est directement sur celle-ci soit encore on est dans la maison.

Les scènes où elle n’est pas présente sont rares. Très peu de scènes ont lieu à Sydney ou dans la ville. Quand le mari de Roz revient de son premier séjour à Sydney où il commence un nouveau travail, il dit cette phrase: « je crois bien que c’est cela qui m’a le plus manqué, ce bruit des vagues toujours présent » (citation certainement imparfaite puisque basée sur ma mémoire).

Dans mes souvenirs de lectures freudiens, cette plage ou mer pouvaient avoir des significations liées à la mère, l’accouchement et au sexe notamment. Ce n’est donc pas anodin dans l’histoire présente.

Une petite recherche sur internet donne une signification possible de limite entre le conscient et l’inconscient. La mer agitée et les vagues dans lesquelles on disparait rappellent encore une fois notre mère. Au sujet du rocher sur lequel on bute, on peut lire ceci:

« Plus vous approchez de votre inconscient et plus vous venez buter sur des obstacles que vous avez rencontrés autrefois sans savoir les franchir. »

Intéressant quand on sait que l’un des fils atterrira, en colère après la rupture d’avec l’amie de sa mère, sur un rocher qui le laissera même inconscient et le fera atterrir à l’hôpital. De cela suivra une nouvelle relation plus saine même si en définitive temporaire. Le rocher symbolise donc ce complexe d’oedipe qui l’avait déjà fait échouer dans le passé et qui l’empêche ce jour là encore de réaliser son rêve d’épouser sa maman.

© Gaumont Distribution

© Gaumont Distribution // à noter qu’à ce moment où l’on voit le quatuor faire face à la plage, nos deux mamans réconcilient de la mort d’un des pères, l’autre étant chroniquement absent.

Maintenant, penchons-nous sur « Introduction à la psychanalyse » de Freud et voyons ce que nous pouvons en tirer d’intéressant pour l’analyse présente.

A propos de l’eau et du fait d’en sortir, d’en rentrer ou d’en être sorti, il dit, p. 180 (édition 2001, petite bibilothèque Payot) « qu’il existe entre cette personne et le rêveur une relation maternelle ».

On peut encore lire p. 184, « la topographie compliquée de l’appareil génital de la femme fait qu’on le représente souvent comme un paysage, avec rocher, forêt, eau ». Maintenant, retournez quelques lignes en arrière et regardez la photo (le film présente d’autres plans plus explicites encore). Le paysage semble extrêmement bien choisit.

Cette plage, cette mère, ces vagues qui sont présents en permanence comme un bruit de fond (or souvent, dans les rêves, l’important n’est pas apparent mais en arrière plan) expriment donc à eux seuls l’importance de la relation mère-fils dans cette histoire. Et même la dominance de la composante féminine de cette relation.

© Gaumont Distribution // nos amis passeront beaucoup de temps sur ce "radeau"

© Gaumont Distribution // nos amis passeront beaucoup de temps sur ce « radeau »

Je terminerai ce chapitre sur la plage et sa symbolique dans l’histoire du film par évoquer ce que j’appellerai le « radeau ». Dans l’histoire, il apparait dés le début où on voit les deux meilleures amies y boire une petite fiole l’une après l’autre (je n’ai pas compris la signification de ce passage mais je suis demandeur si quelqu’un a une hypothèse). Ensuite, il apparaitra régulièrement. En général, on vient s’y reposer. Parfois on y découvre quelqu’un qu’on attendait pas.

Sur un site internet, on peut lire l’explication suivante pour le symbole du « radeau »:

« Chez un enfant, un rêve de radeau peut symboliser le sentiment d’isolement qu’il ressent au milieu d’un univers essentiellement féminin. Il possède néanmoins une structure interne masculine suffisante pour ne pas laisser sa personnalité se dissoudre dans cette nature féminine. Les bases solides qu’il possède lui ont été transmises par un élément masculin qui fait maintenant défaut à son environnement, d’où un sentiment d’abandon. »

On y retrouve des éléments forts du films dont certains seront traités dans la suite (l’abandon de l’élément masculin notamment).

Enfin, pour terminer sur la plage, bien que le film soit réalisée par une personne francophone, il a été tourné en anglais et en Australie, notamment pour mieux respecter le livre. Cela a notamment permis de garder ce paysage que nous connaissons bien et que nous avons analysé avant. Le fait même qu’il était considéré comme important de rester proche du livre nous fait penser que ce n’était certainement pas anodin. D’ailleurs, ils sont tombés sur ce paysage australien sans même savoir que l’histoire racontée dans le livre se passait en Australie. Comme si ce lieu était finalement le meilleur qui pouvait être pour raconter cette histoire.

Anne Fontaine, dans son interview au Nouvel Obs dit d’ailleurs ceci:

« J’ai d’abord pensé faire le film en France et en français mais, très vite, j’ai compris que ça ne collait pas. Impossible de transposer l’Eden décrit par Doris Lessing à Biarritz ou à Belle-Ile-en-Mer »

La journaliste a écrit Eden avec une majuscule. Moi, je l’ai mis en gras. Quel mot ! Je ne peux pas croire au hasard. Le jardin d’Eden, lieu où Adam et Eve ont croqué la pomme (pomme qui est présente à l’un ou l’autre moment du film) et sont devenus des « hommes » (dans mon sens: avec les tabous qui accompagnent le passage dans l’humanité notamment la pudeur mais certainement également d’autres tabous qui accompagnent les hommes dont celui de l’inceste).

IMPORTANT. Je ne suis pas psychanalyste ou spécialiste de ces questions, n’hésitez pas dans les commentaires à exprimer d’éventuels désaccords et à enrichir le débat. Je modifierai l’article en fonction.

Un film par des femmes pour des femmes

Avant d’aller voir ce film, j’en avais entendu parler via un petit article sur internet puis j’avais lu le résumé sur le site internet du cinéma. Par la suite, j’ai encore voulu lire d’autre interviews et anecdotes avant de commencer cette critique.

Quelque chose m’a tout de suite interpellé. Cette histoire a été écrite par une femme (et le film respecte apparemment beaucoup le livre). La réalisatrice et les deux actrices principales ont été tout de suite passionnées par l’histoire. Cette histoire semble donc profondément toucher les femmes.

En tant qu’homme, j’ai eu du malaise à le regarder ce qui semblait moins le cas des femmes présentes alentours. Les questions « philosophiques » qui sont posées le sont davantage à l’égard de nos deux mères qui se demandent si elles doivent le faire ou non. On a d’ailleurs une mère « rationnelle » qui met fin à l’histoire par deux fois et une « émotionnelle » qui ne peut résister même si, paradoxalement, c’est la mère « rationnelle » qui cède en premier.

Ce film semble, en tout cas, particulièrement parler aux représentantes du sexe féminin (et peut-être même plus encore aux mères). Cela m’accroche dans l’idée qu’il y a un contenu qui fait miroir dans leur conscient ou dans leur inconscient.

Par pure curiosité, j’ai essayé de classer les notes données par les spectateurs sur le site allociné et de les mettre dans des colonnes F et M ou encore inconnu quand je n’avais pas d’indices assez sérieux sur le sexe du commentateur. En faisant la moyenne, j’obtiens 3,5 pour les femmes et 2,65 pour les hommes. Cela n’a évidemment pas grande signification vu l’échantillon mais cette note plus élevée donnée par les femmes que par les hommes s’ajoute simplement au reste.

Où sont les pères ?

Un des deux pères décède dés l’entame du film. L’autre qu’on annonce comme très peu présent et très pris par son travail sera évacué par une promotion très loin. Si Roz semble mal prendre ce départ qui arrive brusquement, c’est celui-ci qui donnera lieu à la première relation sexuelle avec le fils de son amie. Et quand elle refuse d’accompagner son mari comme prévu initialement, on devine que derrière cette maison qu’elle ne veut pas quitter il y a sans aucun doute les personnes de son amie et des deux fils qu’elle ne veut pas quitter.

Or, si l’absence de ce seul père permet à l’inceste de commencer et de durer, on peut sans doute faire un parallèle certain avec le complexe d’Oedipe où c’est le père qui a le rôle d’empêcher que le tabou se produise et qui est ainsi le rival de son fils. Rival que ce dernier voudra ensuite dépasser et imiter.

D’ailleurs, celui des deux fils qui n’a presque pas connu son père est justement celui qui accepte le moins la rupture de l’inceste. Celui qui n’oubliera jamais son amour jusqu’à ce que l’inceste recommence.

L’autre, très vite, trompe sa « mère de substitution » avec une actrice qu’il découvre en jouant le metteur en scène (… son père est professeur d’art dramatique). Cette « tromperie » se fait loin du cocon familial malsain que le père a lui même quitté. Il se fait même précisément dans la ville où vit désormais le père. Si Tom retombera dans l’inceste, c’est aussi celui qui en est capable tout en vivant une relation « normale » simultanée et en s’éloignant régulièrement pour des longues périodes du cocon familial malsain.

Le fait que Tom ait encore un père ne peut donc pas être un hasard. Si ce dernier a été trop souvent absent, il est encore là et n’a failli qu’à moitié à limiter les dégâts. Ian ayant lui complètement sombré dans le sordide de la situation.

Tom et Ian deviendront également parents. Tom par choix et après un mariage à l’église (une forme de normalité). Ian le devient sans s’être marié, par « accident » et l’apprend alors qu’il s’apprêtait à quitter sa copine.

Un soir, Ian comprend que Tom et Lil couchent encore ensemble et cela le met dans une grande colère, lui qui a mis cette relation en sourdine contre sa volonté. Il force alors la rupture d’avec leurs copines « normales » en faisant en sorte que les relations croisées soient mises au jour, cela sans aucun remord. Le comportement de Tom était différent. On ne voit pas sa réaction au moment de la rupture mais on sait qu’il entretenait les réactions parallèles sans difficultés depuis un certain temps. Il n’avait à priori pas d’intention de rompre puisqu’il se satisfaisait de cette double relation. C’est donc celui qui a le mieux assumé son rôle de père, en prenant ses responsabilités là où Ian se fiche complètement des conséquences de ses actes, trop obnubilé qu’il est par son propre désir.

Finalement, les enfants leur sont retirés le soir-même par les mères qui s’enfuient de ce lieu malsain.

Les deux enfants (des filles … un hasard ?) sont retirés à leur père sans que ceux-ci n’opposent de résistance. Seul Roz, qui semble être la plus « normale » de la bande montre de la tristesse à voir sa petite fille partir et disparaitre. Ce départ rapide et imprévu m’a, par ailleurs, fait penser au départ du père dans des circonstances similaires (peut-être a-t-il perçu inconsciemment l’inceste et décidé de s’enfuir ?).

De là arrive la fin du film. Tous les quatre sont sur le radeau au milieu de la mer. Leurs enfants sont partis, loin, ils ne les reverront sans doute plus.

Roz était celle des quatre qu’on voyait le plus s’occuper des enfants, leur lire une histoire dans le lit, leur dire « au revoir » au moment où la voiture part, les larmes aux yeux. Elle aura justement, par la suite, la réflexion qu’elle avait voulu être une mère « parfaite » et que peut-être était-ce elle qui avait eu tort. Sans mari, sans plus de pères (le « vol » des enfants peut être résumé également comme un vol de paternité) présents pour remettre les choses à leur place, la déviance revient et s’installe cette fois-ci dans la durée.

On remarquera que toute personne qui pouvait gêner l’amour que les membres du quatuor se vouaient entre eux finit par disparaitre. Mais surtout, à mon sens, toute personne qui aurait pu être un danger ou un rival vis-à-vis des mères elles-mêmes. Les pères disparaissent, eux qui auraient pu rappeler l’interdit et la morale. Les petites-filles et les belles-filles également, elles qui auraient pu être des rivales « amoureuses » directes et qui en partant permettent justement d’enlever la « casquette » de père et mari à Ian et Tom.

Un film à quatre

Si bien sur d’autres personnages sont présents, on ne retrouve sur les photos du film (via la fiche allociné) que nos deux mères et deux fils. Les plans plus larges montrent parfois d’autres personnes sur la plage très loin en arrière. Très peu de figurants et avec très peu de présences. Les deux fils n’ont, dans mon souvenir, des jeux avec d’autres enfants qu’à un seul moment.

Il y a un côté autarcique et malsain à ce quatuor qui vit sans se préoccuper des autres ou même qui fuit par moment la présence de l’altérité. Cela peut marquer aussi la distance par rapport aux normes imposées par la société.

Une relation incestueuse …

© Gaumont Distribution

© Gaumont Distribution

Dans ce film, l’inceste est partout et il est nulle part. Il est partout et crève l’écran pour qui veut se donner un peu la peine de le voir. Il est nulle part pour celles (j’utilise le féminin à dessein) qui ne veulent pas le voir.

Techniquement, en effet, ce ne sont pas les mères biologiques. Cet argument est utilisé pour justifier l’injustifiable. Et ce sont des femmes qui me l’ont donné. Je peux d’ailleurs citer une critique qui dit exactement ceci:

« Anne Fontaine parvient à donner des contours parfaitement acceptables, voire attirants, à une histoire qui joue des tabous et des interdits. » (Florence Leroy)

Pourtant, ces enfants ont été élevés par les deux femmes en même temps. Presqu’en coparentalité. Des liens maternels se sont donc noués avec les deux enfants. D’autant plus que les deux mères sont aussi les deux meilleures amies du monde et cela depuis leur prime enfance.

De plus, en psychologie, le choix de devenir amant de la meilleure amie inséparable de sa mère n’est pas anodin, dans les deux cas.

Et, comme il est dit dans le film par Lil, ces sentiments, Roz les avait forcément avant et elles les ont vu grandir (je ne pense pas que ce dialogue soit un hasard, d’autant plus sachant que Lil ressent la même chose). Ces sentiments existaient donc déjà avant que les deux enfants grandissent et prennent une apparence d’adulte. On retrouve donc l’impression d’un complexe d’oedipe qui revient. Une situation dans laquelle les adultes doivent être assez fort pour mettre un terme, ce qu’ils n’arriveront pas à faire bien qu’ils essayent à deux reprises.

Apparence d’adulte ? Pas de barbe, pas de pilosité. Un caractère relativement immature (spécialement pour Ian). On a donc des adultes qui sont encore un peu des enfants. Et qui se disputent même comme des enfants que leurs mamans doivent séparer. A ceci près que ce ne sont plus les mamans qui séparent mais les amantes. Comme si elles étaient les « vraies » mamans maintenant.

Enfin, faute de grive on mange des merles. Le désir de la mère est probablement présent mais, puisqu’il ne peut s’exprimer, il dévie vers la meilleure amie. C’est la personne la plus proche de ce qu’on cherche avec qui on couche. Une manière de se rapprocher au plus près du but. C’est aussi une manière pour le film pour ne pas briser trop ouvertement les tabous. Un vrai inceste n’aurait pas permis autre chose que le dégout chez la plupart des spectateurs. Une manière de les déculpabiliser tout en parlant à leur inconscient qui lui comprend bien la réalité de ce qui lui est exposé.

Signalons tout de même qu’il n’est pas anormal de trouver du désir dans des femmes qui nous rappelle notre mère ou son opposé (ce qui en psychologie n’est jamais très loin d’être la même chose). Mais, dans le cas du film, cela va beaucoup plus loin que ça, ne fut-ce que du fait de la différence d’âge et des liens qui se sont noués dés l’enfance.

Ou une homosexualité refoulée ?

© Gaumont Distribution // une relation très forte

© Gaumont Distribution // une relation très forte, plusieurs de leurs discussions n’ont pas lieu sur le divan mais dans le lit comme illustré sur la photo

Les explications « évidentes » ne sont pas toujours les meilleures. Les messages les plus apparents ne sont pas toujours les messages réels ou latents.

Une autre hypothèse m’est donc apparue. Hypothèse qui, à la réflexion, n’est absolument pas contradictoire et peut se cumuler. Et si Lil et Roz étaient lesbiennes ? Le film en parle également de manière ostensible à plusieurs reprises. Le mari de Roz l’évoque à demi mots en rappelant qu’il se sentait exclu de leur amitié. Elles l’évoquent elles-même en partie mais en ont honte et ne veulent pas l’imaginer. Par ailleurs, un courtisan de Lil finit par le penser et abandonner sa chasse amoureuse (encore un homme qu’on évite de voir intégrer le groupe … Lil ne refait d’ailleurs jamais sa vie malgré une beauté certaine et un effet certain sur les hommes dans le film).

D’ailleurs, par quoi commence le film ? Par cette scène entre Lil et Roz où elles plongent dans l’eau et puis vont rejoindre le radeau. Sur place, elles boivent l’une après l’autre un breuvage dans une petite fiole dont on ne sait pas ce qu’elle contient exactement. Cette scène est encore assez mystérieuse pour moi mais n’existe certainement pas par hasard (d’autant plus au début d’une histoire) et montre notamment le lien très fort qui existe entre les deux amies.

Enfin, pour deux lesbiennes qui auraient honte de leur condition ou qui n’en auraient même pas conscience, coucher avec le fils de l’autre (composé de 50% d’ADN de son amie !) pourrait être une manière de réaliser cette relation impossible sans en avoir conscience. Une manière de faire l’amour à l’autre par procuration.

Dans cette hypothèse-ci, autant que dans celle de l’inceste, on retrouve le poids des interdits moraux et de la bienpensance. Même si l’homosexualité est mieux accepté aujourd’hui qu’hier, cela reste quelque chose de difficile à vivre et à accepter pour de nombreuses personnes.

Anne Fontaine dit (cf itw nouvel obs) qu’elle voulait « absolument qu’il y ait une sorte de gémellité dans ce couple ». Cela marque encore une fois le lien très fort qui existe et devait exister entre ces deux personnes.

Impressions personnelles finales

J’aurais pu parler de l’âge, de la vieillesse, de la sexualité dans le film mais je ne pense pas qu’il s’agisse réellement des thèmes importants. Le thème qui m’est apparu comme le plus évident, c’est celui du complexe d’Oedipe. De celui-ci découle les conséquences de l’absence du père et de l’inceste.

Ce film fut éprouvant pour moi et dés la fin de la vision, je savais que je ne pourrais faire autrement que d’en parler ici, sur ce blog. J’en ressentais un besoin impérieux, de l’analyser, d’en parler et de partager les commentaires et analyses avec vous.

On peut voir ce film de deux manières totalement opposées.

Soit, on le voit comme un film qui magnifie le désir et l’accomplissement de celui-ci. Comme une sorte d’enfant-roi qui ne supporte pas la contradiction et donc ici l’interdit, nous serions poussé à aller jusqu’au bout de nos pulsions, sans contraintes. En apparence, au profit de l’amour et du désir. En réalité en dépit des tabous dont celui de l’inceste.

On peut le voir au contraire comme une critique de l’absence du père et un appel à responsabilité. Un appel à la responsabilité des pères qui ne doivent pas oublier leur rôle. Et un appel aux responsabilités des mères pour ne pas céder en l’absence de ceux-ci ou ne pas leur empêcher de prendre leur place. Car en l’absence des pères, c’est le pire qui se produit et c’est le tabou de l’inceste qui peut être brisé, durablement.

Je remarque que l’auteur du livre a 93 ans et qu’elle a donc vécu et traversé des grands changements de société. Mais qu’elle a plus que les femmes d’aujourd’hui vu des milieux familiaux dans lesquels les pères ont perdu de leur influence passées. Je vois parfois des familles où le père ne peut plus jouer son rôle. Y a-t-il un lien ? Je ne sais pas mais le message que je retiens de ce film est clairement là: les pères ont un rôle, dans les familles, et ils ne doivent pas l’oublier. Les mères, elles, ne doivent pas s’opposer ni empêcher leur mari d’exercer ce rôle.

Et les tabous dans tout ça ?

L’inceste est souvent vu comme un problème entre un père et sa fille. Les incestes mère-fils sont souvent ignorés ou minimisés comme s’ils n’étaient pas possibles. Ce film les mets en avant et, malgré l’évidence, on entendra malgré tout des spectateurs dire que, non, il n’y a pas d’inceste. C’est symptomatique.

En réalité, dans la vie, les incestes se manifestent de manière beaucoup plus subtile que ce qui se passe dans le film. Pour ne pas déborder de l’analyse de ce film, je me contenterai de donner un lien pour ouvrir le débat chez ceux que cela intéresse.

Ce film a au moins l’avantage de remettre ce problème à l’avant plan et peut-être, d’en faire devenir un sujet de débat pour les spectateurs qui le verront.

Cela dit quand je lis ceci sur Allociné : « Anne Fontaine a souhaité que chacun des spectateurs se retrouve à la place du jeune Australien : suffisamment envoûté par l’histoire pour transcender le point de vue moral. », je ne peux qu’être choqué. Car, si la volonté est de « transcender le point de vue moral », c’est alors oublier qu’on a pas ici à faire à une banale histoire de cougar ou « milf » mais bien à un inceste et on ne peut me demander d’être « envouté » par un inceste, aussi symbolique soit-il.

Pour aller plus loin

Actuellement au cinéma.

Article Rue89 et critique d’Hugues Dayez (RTBF).

Et bien sur, les commentaires pour réagir ou me prévenir de votre propre critique sur votre blog.

[edit 13/09/2013] Suite à un commentaire intéressant en fin d’article, j’ai jugé pertinent de rajouter deux scènes du film en illustration.

Scène au début de leur amour

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Scène finale

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