Interstellar, film de Christopher Nolan, critique et commentaires

Il est conseillé d’avoir déjà vu le film vu que je fais des spoilers. Si vous ne l’avez pas encore vu et que vous voulez garder toute la surprise, il vaut mieux postposer la lecture de ce commentaire. ;-) Pour autre information, j’ai vu le film au cinéma au moment de sa sortie et la base de l’analyse a été écrite peu de temps après. C’est seulement maintenant que je complète, finalise et publie mais je voulais le revoir avant.

Le but de cet article est de faire divers analyses, commentaires et critiques sur le film et d’ouvrir un espace de débat éventuel avec les lecteurs. Je vous conduis également vers quelques avertissements avant lecture sur la manière dont j’écris sur ce blog à propos du cinéma.

Petites précisions sur le film

Le film a été écrit (avec son frère) et réalisé par Christopher Nolan mais était prévu au départ pour Steven Spielberg si j’ai bien compris ce qu’en dit Durendal dans son VLOG.

Résumé

La Terre ne va pas bien. La NASA, en secret, a pour mission de regarder dans l’espace si la solution à notre survie ne s’y trouve pas. Sans cette solution, nous serions condamnés car plus rien ne pousse sur Terre et l’oxygène se raréfie.

Pourquoi analyser ce film ?

Quand je suis sorti de la séance, j’avais un énorme WTF ? (« c’est quoi ce truc ?? ») dans la tête.

Si, pour moi, on est loin d’être face à un chef d’oeuvre (et je suis en opposition avec les critiques là dessus), on est quand même pas non plus si éloigné d’un film qui dit quelque chose. La prétention du film a être ce qu’il n’est pas m’a ennuyé mais, au final, il n’est pas vide non plus.

interstellar

Le titre: « Interstellar »

Un bon point, le titre n’a pas été trahi par la traduction française.

Sinon, il évoque l’espace qui se situe entre les étoiles. L’aspect symbolique du titre n’est pas à négliger. Ne dit-on pas parfois que les personnes disparues se trouvent dans les étoiles ? Or, dans le film, la disparition a un rôle important.

Critiques « premier degré »

Je reprends ici des critiques sur le film comme si on le regardait sans y voir de sens caché. C’est sans doute ici que les fans trouveront le plus à redire. En effet, c’est à son premier degré de lecture que j’ai le moins accroché.

Quand ?

Le temps de l’histoire est très proche du nôtre. Et nous avons très peu de repères temporels. Mais globalement, on ne semble pas du tout être dans le futur. Très peu de technologie ou alors similaire à celle d’aujourd’hui (voiture à essence, pas de GSM mais système de radio, ordinateur similaire au nôtre, fusées similaires aux nôtres).

Toutefois, des dates sont données qui laissent à penser qu’on est au moins quelques dizaines d’années plus loin qu’aujourd’hui, ce qui n’est déjà pas mal. C’est le même monde que le nôtre mais l’humain a déconné et n’a pas réagi face aux dangers connus.

Bien sur, les robots sont beaucoup plus évolués que ce qu’on voit aujourd’hui mais, globalement, les gens normaux vivent comme à notre époque excepté que c’est … moins bien (famines, sciences, tempêtes). Par cela, ce film marque clairement son pessimisme sur notre futur, le fait qu’on soit arrivé à un « plus haut » dans l’innovation et que l’humain n’est pas capable de se remettre en question (même si c’est contradictoire avec le message donné par Mann sur la planète Congélo).

On me dira que c’était indispensable par rapport au thème du film et le besoin d’aller habiter ailleurs. Sauf que Passengers, par exemple, mais aussi la SF de manière générale montre qu’on peut aborder l’exploration spatiale sous un angle colonisateur et que c’est même plus réaliste que de parler de la possibilité de sauver ou exporter l’humanité sur des colonies spatiales.

En soit, ce n’est pas une critique mais j’ai eu l’impression de ne pas retrouver l’univers habituel de la SF hormis le temps écoulé par rapport à aujourd’hui.

int_wps_1920_farm

Quel est le fléau ?

C’est pour moi trop vite expédié. On parle de problèmes dans l’agriculture et de manque d’oxygène. Mais ces seuls problèmes sont curables aujourd’hui. Certes, cela demande beaucoup d’énergies de lutter contre la désertification mais un futur qui maitriserait le nucléaire au thorium ou la fusion (ce que la SF permet d’imaginer) ne devrait pas être embêtée au point de risquer de disparaitre.

Je retiens l’hypothèse d’un réchauffement climatique trop important. Mais, je trouve que dans un film qui prend tant de temps à expliquer ce qui se passe dans les dialogues et qui dure si longtemps, un peu plus d’explication aurait eu un intérêt (ne fut-ce qu’une ou deux phrases en introduction).

Oh bonjour, tu viens faire le pilote pour notre mission hyper cruciale ?

Le gars a un TRAUMATISME du fait d’un crash qu’il a eu dans le passé. Il a totalement arrêté son activité de pilote et en fait des CAUCHEMARS la nuit !! A priori, rien que pour le psychologique, il n’est plus fiable (Dieu sait que c’est important pour une mission dans le vide interstellaire).

Mais bon … aucun test physique, psychologique, médical.

Et pourtant, on décide presque du jour au lendemain (on le suppose en tout cas) de l’envoyer dans l’espace et de lui faire piloter une navette avec laquelle on est même pas sur qu’il soit familiarisé. Sans l’entrainement hyper intensif que cela suppose et pour la mission la plus importante de toute l’histoire de l’humanité ! Pour l’envoyer durant des années dans la solitude et le noir intersidéral ! Comme si les facteurs psychologiques ne comptaient pas dans ce contexte là …

Ça c’est un gros WTF !

Et si on terraformait la Terre, plutôt ?

La Terre va mal, d’accord. OK, elle se désertifie. Mais elle n’est PAS encore inhabitable. Et elle est même encore très très loin du niveau atteint par les autres planètes qu’on voit aux alentours de Gargantua. Qui elles-mêmes ne sont pas si éloignées de ce qu’on pourrait voir sur une planète comme Mars, par exemple.

Bref, ce serait un défi technique beaucoup moins dispendieux (dans une société qui ne veut plus dépenser pour l’aventure spatiale !!) et beaucoup plus réaliste de chercher à « terraformer » (rendre habitable) la Terre que d’aller emprunter un trou de ver et transformer une planète inconnue très loin de la nôtre !

D’ailleurs, le problème principal, celui qui motive l’exode, est celui de la production de nourriture. Mais si on arrive à produire de la nourriture dans une station spatiale ou sur une planète où il faut une combinaison pour marcher, est-ce vraiment impossible de le faire sur Terre ?

Surtout quand on a pas beaucoup de temps devant soi. D’ailleurs, le film évacue complètement le destin de ceux qui restent sur Terre. Doit-on les laisser mourir de faim lentement à travers d’innombrables guerres pour les ressources ? Doit-on plutôt réfléchir à une diminution de la population via la natalité ? Favoriser le suicide ?

Bon, là dessus, je ne critique pas, le film est déjà suffisamment long comme ça que pour aborder en profondeur des thématiques supplémentaires. Il n’empêche que les solutions proposées ne sauveront qu’un nombre très faible d’humains et que personne ne semble s’intéresser aux autres. Sauver l’humanité en laissant l’énorme majorité de ses membres actuels crever, c’est quand même bien étrange.

Donc, quand on fait un film sur le sauvetage de l’humanité, parler de ce qu’il faut entreprendre sur Terre n’est pas anodin non plus. Mais ça pourrait fâcher … Tandis qu’explorer l’espace, ça ne fâche personne. Et c’est là qu’on voit qu’on est bien à Hollywood et pas dans une production plus libre et indépendante qui aurait pu « déranger » et proposer quelque chose de plus profond.

Manque de temps et chances de trouver un monde habitable

On scrute l’espace depuis quelques années maintenant à la recherche d’exoplanètes. Et les planètes qu’on découvre comme pouvant abriter la vie sont encore extrêmement rares. Rien que sur le système solaire, il n’y en a qu’une seule pouvant abriter directement et facilement la vie (la nôtre). Mars étant celle qui se rapproche le plus.

Donc, fonder l’espoir de l’humanité sur un système proche où il y aurait une planète directement habitable, c’est quand même avoir de grandes chances de se planter, à priori. Si on avait eu l’a priori que ce n’était pas urgent, et qu’on avait encore des dizaines d’années devant nous, c’eut été plus réaliste d’imaginer fonder des colonies et sauver notre humanité, dommage.

picstreet-interstellar

Etoile ou trou noir ?

C’est peut-être moi qui n’ait pas compris. Mais on ne voit pas d’étoile. Or toute la vie telle que nous la connaissons, en tout cas l’humanité, est ultra dépendante des rayons du soleil (une étoile). Peut-on espérer développer la vie dans ces conditions là ? Bien sur le Trou noir semble produire de la lumière, lui aussi. Mais, le fait-il aussi bien qu’une étoile comme le soleil ? J’en doute. Tout comme je doute qu’on puisse obtenir une telle luminosité sur les planètes qu’on visite et notamment la planète Océan. Or, l’être humain de par son génome et sa conception a besoin de soleil et de lumière.

Planète Océan ?

Une chance pour eux, les planètes sont telluriques. Toutefois, perso, si je devais exécuter ce genre de mission, je me mettrais d’abord en orbite, j’enverrais un robot observer et j’attendrais d’avoir ses observations avant d’atterrir, ne fut-ce que pour choisir le lieu d’atterrissage le plus adéquat. Si ça avait été fait, on aurait eu une morte en moins dans la planète Océan car son caractère inhabitable serait apparu tout de suite.

D’ailleurs comment savent-ils qu’ils ont pied ?? Et comment peuvent-ils imaginer développer l’humanité dans un océan ? Si c’était possible, on le ferait sur Terre, non (au moins, il y a déjà de la vie, du poisson qu’on peut pêcher, etc) ? Cette planète n’avait aucun intérêt dés le départ et ça se voit.

Alors, ultime problème, pourquoi cette scientifique risque-t-elle sa vie pour une balise qu’on utilisera même pas par la suite tellement elle a peu d’intérêt. Je pense que c’est juste une facilité d’écriture pour ajouter de l’émotion, de la peur, du suspense, de la perte de temps, un mort de plus de manière totalement artificielle, et ça me déçoit.

Le film étant déjà très long, supprimer ce genre de moments qui ne servent à rien aurait été, de plus, tout à fait possible (et même bénéfique ! on aurait perdu une scène d’action, mais on aurait gagné une scène ridicule en moins).

Planète Congélo ?

De nouveau, comment espérer développer la vie sur une planète aussi gelée ?? Il est pourtant évident que si la surface est gelée, se rapprocher des profondeurs a peu de chance d’offrir un autre visage. Les cultures ne poussent plus bien sur la Terre à cause de la chaleur mais il faut chercher un juste milieu. Passer d’un désert de chaleur à un désert de glace n’a aucun sens.

C’est pas le pire. Matt Damon, notre super scientifique (le meilleur du monde, comme dirait ma fille) a triché pour qu’on le récupère. MAIS, il n’a même pas les meilleurs résultats, c’est seulement celui qui a continué d’émettre le plus tard. Genre si vous trichez pour être sur qu’on vienne chez vous, vous le faites bien, au moins, non ?? A cause de ça, il a failli ne pas être secouru.

Enfin, sa tentative de meurtre est ridicule et surtout très risquée. Car, de toute façon, il aurait bien fallu qu’il avoue que la vie y était impossible ! Et il n’aurait certainement pas été abandonné sur cette planète.

Pourquoi choisir la planète congélo plutôt que l’autre ?

Le but des scientifiques était seulement de faire des relevés, les envoyer (une fois par an, on ne sait trop pourquoi) puis attendre. Dans ces conditions là, sauf si j’ai raté quelque chose, on se fiche un peu de savoir de quand date la dernière émission de données. Seul le résultat des échantillons compte. Et ce n’était pas la planète congélo la meilleure !

On peut se dire que c’est fait exprès pour, facilement, donner un peu de substance et d’action au film et d’y mélanger une intrigue amoureuse. Mais cela aurait été mieux amené si les meilleurs données avaient été envoyées par la planète congélo (d’autant plus qu’elles sont quand même trafiquées !).

Pourquoi envoyer des scientifiques seuls ?

Il est connu que l’être humain a besoin d’interactions, sinon il dépérit. Qu’il soit un grand scientifique ou pas. Et là, on les envoie seuls ! Au moins deux, avec des préservatifs ou une stérilisation préalable (pour éviter les grossesses non désirées) aurait quand même été un minimum. En réalité, même à plusieurs, il y aurait eu des soucis (mésententes, jalousies, … on sait que la durée de vie d’un « couple » n’est pas toujours très longue) mais seuls, c’est la folie assurée.

La difficulté à rester enfermés à plusieurs et à supporter les odeurs de l’un, l’humour de l’autre, l’absence de sexe, les désordres mentaux, etc … Cela constitue des défis énormes pour l’exploration spatiale de longue durée. Pour moi, ce sont même parmi les défis les plus importants. Tu peux avoir une technologie irréprochable et quand même faire foirer ta mission car tes astronautes se sont entretués ou suicidés en chemin (ou morts de maladie). Et ici, on l’évoque à peine. Dommage.

C’était peut-être le génie de Event Horizon, de faire un thème central du danger pour notre santé mentale et la survie des équipages de voyager « trop » loin.

151539

La technologie

De nouveau, une facilité du scénario pour créer de la tension et des choix forcés, les vaisseaux fonctionnent avec du carburant. Et, on est dans la science fiction ! Dommage de ne pas avoir osé quelque chose de plus innovant.

Le facteur humain

La réaction de Matt Damon, qui trafique les données, est tout à fait compréhensible. Et même prévisible ! Comment cela se fait-il que ces données puissent être trafiquées ? Il aurait fallu prévoir un moyen pour que ce ne soit pas possible. Et qu’un contrôle soit effectué. Sur Terre, la plupart des métiers fonctionnent avec un contrôle externe ou interne mais là, on y a pas pensé … Bien, ils sont pas dans la merde.

Les communications

Ho, comme c’est pratique. Le scénario nous explique que ça passe dans un sens mais pas dans l’autre (ou alors une fois l’an et de manière très rudimentaire). Comme ça ils sont isolés et on ne sait rien de la réussite ou non de leur mission. Ça rajoute de l’émotion et du drame. Mais c’est trop facile.

Je critique beaucoup d’éléments du film mais celui-là en particulier n’aurait pas du exister … on se fiche trop du spectateur.

Nouvelle planète avec vue sur « trou noir »

Ca vous dit de reconstruire l’humanité à proximité d’un trou noir ? Moi pas … Rien d’autre à dire tellement ça me parait évident.

« Ils »

Etrange. Nos scientifiques se sont aperçus de la création d’un trou de ver à proximité de notre planète. OK. Mais ils l’attribuent à « ils ». Cela donne un peu de mystère au film mais j’aurais préféré qu’on s’aperçoive d’un trou de ver sans chercher à l’expliquer par des sortes d’extra terrestres. Envisager que des extra terrestres auraient créé un trou de ver pour nous sans l’utiliser pour voyager n’a pas de sens. De même que savoir que nous sommes là préalablement à la création du trou de ver est en soit également impossible.

Le plan « B »

Je rêve où ils comptent peupler une planète avec juste des embryons ? Hohé ? Et le fait qu’un bébé n’est pas autonome, a besoin de personnes autour de lui pour être éduqué, grandir … apprendre ? Et la difficulté de maintenir le savoir et le progrès technique, ce qui demanderait au moins une arche de Noé entière de tous les métiers ?

Même quelques humains ne seraient pas suffisants pour élever une marmaille pareille, sans médecine, antibiotiques, hôpitaux, etc … Et si on est capable d’envoyer cent personnes, les embryons perdent du coup beaucoup de leur utilité. Ce plan B parait avoir été aussi peu étudié que le reste, en définitive.

Les agriculteurs ?

L’école ne veut pas que le fils parte étudier à la Fac car il y a besoin de cultivateurs. Toutefois, ça m’a paru étrange parce qu’on voit bien qu’on a encore une agriculture hyper mécanisée et productiviste avec des champs immense pour une seule famille d’agriculteurs. En ce sens, il n’y a pas l’air d’avoir réellement beaucoup plus besoin de main d’oeuvre qu’aujourd’hui (ou une petite part de la population est suffisante). Par contre, plus de scientifiques pour régler les problèmes de la planète, réfléchir à des OGM et à des solutions ne serait pas du luxe.

C’est illogique, sauf à vouloir démontrer que le monde ne tourne pas rond (et en soit, j’applaudis l’idée si c’est un peu plus assumé).

Il aurait été plus cohérent de montrer une agriculture non mécanisée, avec des chevaux, biologiques, qui demandait beaucoup plus de main d’oeuvre, ce qui aurait été, en plus, en adéquation à la fois avec le contexte méfiant envers la science du monde dans lequel se passe l’histoire et également avec le besoin affiché de plus de cultivateurs.

Le monde = les USA

Quand le monde est sauvé par la NASA qui plante des drapeaux américains aux confins de l’univers, oui, je trouve ça un peu con et agaçant, c’est clair. Mais c’est tellement habituel.

Serpent qui se mord la queue

Ma dernière critique est aussi la plus forte. Toute l’intrigue ne peut se résoudre que via une « boucle infinie » et un paradoxe temporel. En effet, ce que fait le personnage à la fin est censé s’être déjà produit avant qu’il ne parte (on le voit au début du film). Donc, c’est totalement impossible.

Ce à quoi le film répond avec une pirouette digne d’un enfant de cinq ans: mais oui, il faut s’affranchir du temps et tout devient possible (bien sur !). C’est presque texto dans la bouche de Murphy quand elle résout l’équation.

Des planètes pouvant abriter la vie mais …

Jadis, les explorateurs étaient des hommes prêts à endurer mille dangers. En ce compris la rencontre avec des animaux sauvages ou des tribus d’indigènes pas toujours très amicales.

Mais là, leur équipement ne tient absolument pas compte de cette possibilité de rencontres dangereuses avec une vie extraterrestre, même végétale.

En ce sens, ils recherchent la planète qui ait le plus de chances de pouvoir abriter la vie tout en faisant comme si il était certain que celle-ci ne l’abriterait pas du tout.

Suspense et station spatiale et autres problèmes style navette

Pour aller plus loin dans la critique au premier degré

L’excellent et hilarant spoiler de l’odieux connard (si vous êtes fans du film et ne supportez pas la critique, n’y allez pas).

Critiques « second degré »

Ici, on va aller un peu plus dans le « psychologique » et « symbolique ». Si vous n’aimez pas ce genre d’analyses plus « tirées par les cheveux », alors, je pense que vous pouvez vous arrêter ici. Toutefois, je pense que ce film doit essentiellement se comprendre dans son second degré. Donc, si on s’arrête ici, on perd pas mal de clés de compréhension de l’histoire.

Je pense qu’il y a vraiment un sens au film mais qu’il est difficile de l’appréhender et que, donc, je peux me planter totalement dans mes réflexions et analyses. C’est pour ça que je vous incite à commenter et critiquer abondamment. Pour un autre film (« le cartel »), ça m’a d’ailleurs aidé à mieux le comprendre.

interstellar-premiere-bande-annonce-une

De quoi parle réellement le film ?

Le film parle de la difficulté du deuil, de ce qu’on ne peut pas contrôler dans la vie et qui nous fait peur, de la manière dont on éduque sa fille en l’absence de mère et de ce qu’il faut faire pour s’en sortir et vivre malgré tout.

Allons plus loin et évoquons quelques scènes ou concepts.

Le crash de la navette et la science

Le film commence par ça, ce n’est pas du tout anodin (le début d’un film ne l’est presque jamais). C’est un cauchemar, pour lui. Un jour, un évènement inattendu et inexpliqué est arrivé et lui a fait perdre le contrôle. Ce qu’il ne peut expliquer le terrorise. Il arrête alors la recherche spatiale et devient agriculteur.

Pour moi, ce crash symbolise la mort de sa femme. La science n’a pas pu la sauver. Et quand il se rend à l’école pour la réunion de parents, on voit qu’il a une certaine ambivalence vis-à-vis de la science. A la fois, sa fille a encore accès au savoir non camouflé (missions Apollo) et dans le même temps, on voit que malgré ses bons résultats, son fils ne pourra se rendre à l’université.

Par ailleurs, on peut voir que sa fille est liée à la science et son fils à l’agriculture.

Donc l’une reste liée à son ancien monde, celui de la conquête spatiale, celui de sa vie avant le décès de son épouse (on a pas de date, mais je me permets de le situer ainsi), celui d’un moment où tout était encore possible et le monde pas encore en « phase terminale ».

Et l’autre est lié au monde d’après, celui de la désespérance, de l’arrêt du programme spatiale, du besoin de revenir en arrière sur ses ambitions et de se contenter des tâches liées au bas de la pyramide de Maslow.

Un fantôme ?

Là, ça me parait assez simple, le fantôme, c’est sa femme et la mère de sa fille.

Les fantômes n’existent pas, dit-il au début du film, tout comme son épouse qui n’est plus de ce monde. On remarquera que cette histoire ne lie que le père et la fille. Le fils ne semble pas exister dans cette « intrigue ».

Hormis cela, la mère est également un fantôme par l’extrêmement faible place qu’elle occupe dans le film. On ne parle quasiment jamais d’elle. Cette faible place est, paradoxalement, un indice de sa très grande importance.

On remarquera que cette histoire de fantôme arrive pendant le cauchemar de la navette qui le « hante ». Jusqu’au décès de son épouse, il a pensé que la science lui permettrait de toujours tout contrôler et la perte de cette certitude l’a rendu fou. Il ne s’en est jamais remis  ni n’a réussi à faire le deuil. Or, ne dit-on pas qu’un fantôme est là parce que quelque chose d’irrésolu existe, comme son deuil justement.

Ma pensée est également que si la fille est touchée par le fantôme, c’est parce que son père ne l’a pas aidée à faire le deuil. Probablement que son sexe ou la ressemblance avec sa mère ne l’a pas aidé.

Pourquoi l’histoire du drône au début ?

Pour moi, la chasse au drône au début du film n’a qu’un seul but: faire entendre à la fille qu’elle doit avoir son esprit critique par rapport à ce que lui demande son père et que s’il lui demande de sauter « une falaise », elle ne doit pas le faire. Comme s’il avait lui-même conscience en partie qu’elle devait s’émanciper de lui pour vraiment grandir et vivre sainement sa vie.

Sinon, on peut également se dire qu’il stoppe un drône « de surveillance ». Est-ce également un hasard ? Comme s’il était parano ou, autre hypothèse, qu’il était lui-même acteur de la perte de contrôle scientifique sur le monde.

Le rapport au temps

Dans le trou noir, Cooper se contente d’entretenir une boucle temporelle dans laquelle il est prisonnier. Il n’arrive pas à s’échapper de la catastrophe que fut la mort de sa compagne. Cette boucle peut aussi être représentée par son fils qui continue le même métier ou son petit fils qui a son nom.

Alors que Murphy, elle, arrive, avec les données du trou noir (et donc de ce qui s’y passe) à vraiment comprendre la situation. Il en ressort qu’il faut pouvoir faire le deuil pour s’en sortir (le temps, dans l’équation). Ce qu’elle arrive parfaitement.

La scène de l’hôpital et la fin

Murphy a réussi à reprendre goût à la vie et à s’en sortir. Elle a eu des enfants et des petits enfants et a réussi, elle, à faire avancer la conquête spatiale en créant des bases spatiales dans l’univers.

Cooper, lui, est évidemment décédé dans le trou noir (sa boucle infinie sans deuil de son aimée). Il l’a été en emportant avec lui son fils, qui n’a pas réussi à avoir de descendance prolifique. Il arrive dans cette chambre d’hôpital comme un fantôme que personne ne remarque. Si ce n’est sa fille qui n’a jamais cessé de l’aimer même si elle n’a pas su le sauver de sa folie.

Au final, la voie qu’avait suivi Cooper était sans issue, tant le plan A que le plan B. Celle de Murphy, le plan C consistant à créer des bases dans l’espace a été la seule réussite. La Terre n’a jamais eu de nouvelles de l’escapade de Cooper et ses acolytes et tous les efforts qu’ils ont accompli n’ont servi strictement à rien. C’était complètement vain, en ce sens, l’analyse au premier degré devient moins catastrophique et est contrairement très cohérente avec le sens au second degré.

Impressions personnelles finales

J’avais beaucoup trop d’attentes vis à vis de ce film. Les critiques dithyrambiques ne rendent pas service à l’oeuvre. Car ce n’est pas un chef d’oeuvre et on est d’autant plus déçu qu’on pense qu’on va en voir un.

Film assez moyen, mais pas inintéressant, et qui se laisse voir. Pour ma part, on aurait très bien pu retirer la « caméra à l’épaule » sans que le film n’y perde quoi que ce soit.

Il me parait impossible que le scénariste n’ait pas eu conscience de l’aspect second degré de son film. Et je trouve que cela m’aide à apprécier le film. Un peu comme si le film gardait volontairement deux degrés de lecture dont un resterait opaque pour la majorité de ceux qui le verront. Une manière de faire un film intelligent sans perdre trop de spectateurs en chemin.

Mais, pour autant, le film ne sera pas « culte » pour moi. L’écriture comprends trop de défauts qui m’en décroche sans arrêt (cf. la critique premier degré).

Pour aller plus loin

Après séance du fossoyeur de films:

VLOG de Durendal:

Autres critiques intéressantes:

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s