Ballerina, petite critique et analyse

Il est conseillé d’avoir déjà vu le film vu que je fais des spoilers. Si vous ne l’avez pas encore vu et que vous voulez garder toute la surprise, il vaut mieux postposer la lecture de ce commentaire. ;-) Pour autre information, j’ai vu le film au cinéma quelques jours avant de commencer l’article.

Le but de cet article est de faire divers analyses, commentaires et critiques sur le film et d’ouvrir un espace de débat éventuel avec les lecteurs. Je vous conduis également vers quelques avertissements avant lecture sur la manière dont j’écris sur ce blog à propos du cinéma.

Pourquoi ce film ?

Je fais une petite critique de ce film parce que j’ai eu des discussions après l’avoir vu sur une théorie et je voulais la partager plus largement. Tant qu’à faire cela, autant y ajouter une petite critique sur le film de manière plus générale. Ce ne sera pas très long parce que, tout simplement, il n’y a pas moyen de faire une longue analyse avec un scénario aussi simpliste.

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Critique générale

Qualité de l’animation

Ayant un jeune enfant et étant passionné de cinéma, je vais voir une bonne partie de la production des films d’animation qui sortent au cinéma. En ce sens, j’ai une préférence pour le génie Pixar (et je n’en manque pas un) mais je vais voir vraiment de tout. Je ne suis pas « contre » la production française: « Avril et le monde truqué » était vraiment pas mal du tout, tant dans le visuel que dans l’histoire ou la réalisation (à mon avis, trop méconnu).

Ici, c’est une grosse déception sur les dernières années. Sans doute suis-je devenu exigeant, mais on ne peut pas prétendre faire un film pour l’export si on atteint pas une qualité au moins égale à celle des concurrents. Et puis, c’est le thème du film qui me rend plus exigeant: on parle de grâce, de mouvements classiques, de DANSE !

Attention, les décors sont tous magnifiques. Les jeux d’ombre sont bien gérés. Les personnages ne sont pas vraiment mal dessinés. Mais les mouvements ne passent pas, ça manque de fluidité, de naturel et de grâce. Par moment, j’avais l’impression de revenir des années en arrière, presque comme dans certaines animations anciennes de jeux vidéos. Elles n’avaient certes pas le même niveau de détail mais on retrouvait cette même animation artificielle.

Sans compter qu’il y a un côté « balourd » non seulement dans les mouvements mais dans le côté stéréotypé des mouvements de visage, des yeux, etc …

Ma compagne a partagé cette critique de l’animation trouvant qu’il y avait des similitudes avec les dessins animés Barbie, par exemple.

Lourdeur du film

Mais cela permet une bonne transition envers le film qui est lui-même très très lourd. Au sens propre comme au figuré. Les blagues sont lourdes (du comique très bas de gamme). Les personnages tombent tout le temps (!!!). Même la DANSEUSE !!! Mais, ça ne l’handicape en rien pour danser …

Lois de la physique

Et c’est d’ailleurs un autre point sur ce film. Qu’est-il exactement ? Un film initiatique ? Un film comique ? Les deux ?

En tout cas, les personnages sont invulnérables, semblent marcher dans les airs, tombent de trois ou dix mètres sans se fouler un pied. Alors, peut-être que dans un film qui s’assumerait comique dans le genre « bugs bunny », ça passerait sans souci. Mais il ne semble pas que ce soit la volonté première de ce film.

Car il reste un film de danse. Justement. Il n’y a pas un sport ou une activité où il faut autant maitriser (de manière pratique) les lois de la physique et savoir bouger son corps sans le blesser ou tomber. Alors, ce côté « cartoon » m’a bien déçu.

La musique, la danse et les émotions

Il y a des moments forts en émotions et la musique y aide beaucoup (par exemple, le lac des cygnes). Ces moments sont rares mais ils existent. Et ils me font penser que si la bande son avait été moins travaillée dans un sens commercial et plus dans le thème du film, l’émotion aurait pu être plus grande. Les scènes de danses sont rares et on dirait qu’on a voulu éviter le « classique ».

Comme si le film n’assumait pas totalement son propos. On veut faire un film sur une ballerine mais … évitons la musique classique et faisons les s’affronter dans une « battle » sans aucun sens. Au final, il y aurait eu moyen d’avoir un final bien plus rempli d’émotions. Peut-être que le scénariste considérait lui-même comme ringard ce style de danse ou de musique ? Je me suis posé la question.

Un enchainement de scènes rapides et efficaces

Dés le début, du film, les scènes vont rapidement. J’ai pardonné le côté irréaliste ou ridicule. Je considère que le dessin animé peut se le permettre si tant est que ça sert au film. Mais bon, trop de facilités d’écritures … font que l’histoire est mal racontée … et tellement prévisible !

Des personnages parfois ridicules

La « méchante », comme s’il en fallait une est « caricaturale » et folle. La fille de la méchante est une sale peste qui fait les pires vacheries et, cependant, la seconde d’après, elles deviennent les meilleures amies du monde. Le beau garçon ne sert qu’à être manipulateur et méchant. Le bon ami est un vrai paillasson qui fait pitié tant il court après une héroïne totalement égocentrique et légèrement écervelée. Voilà, qui n’aide pas à s’attacher et à s’identifier aux personnages.

Une morale qui se contredit elle-même ?

La morale est censée nous dire que les efforts sont récompensés. Mais Felicy a bossé seulement une semaine et chaque jour, elle devenait meilleure qu’une de ses camarades qui bossait probablement depuis des mois ou des années … Et elle voulait être danseuse sans jamais s’être entrainée ou renseignée une seule fois avant d’arriver dans la capitale …

Elle entre dans le cours de danse en volant une lettre. Lettre qui elle-même n’est envoyée que par favoritisme (la mère, restauratrice, utilise ses bonnes relations). Donc elle entre par ce biais là et y reste également parce que le prof semble vouloir la garder (j’ai ma théorie là dessus, on verra en bas) malgré son niveau au plus bas.

Les faits qui sont montrés par le film tendent à dire que la danse n’est pas quelque chose de si difficile que cela à apprendre et qu’il n’est pas nécessaire de travailler dur pour y arriver.

Par ailleurs, l’héroïne ne semble pas apprendre non plus de ses ainés puisque, alors que sa professeure a raté sa carrière à cause d’une blessure, elle se met tout le temps en danger. Mais comme chaque chute n’a aucune conséquence, on peut la comprendre.

Théorie sur les parents de Félicy

A bien y réfléchir, c’est peut-être la chose la plus subtile du film. Mais, après en avoir parlé avec les autres personnes avec qui j’ai vu le film, je suis le seul à partager cette théorie jusqu’à présent.

Pour commencer, quel est le vrai thème du film selon moi ? La recherche de ses parents !

On me dira que pas un seul instant dans le film, elle ne semble vouloir les retrouver. Mais, justement, un enfant de cet âge là ne peux PAS ne pas rechercher ses parents. Surtout si elle a été abandonnée. Et si ce n’est pas montré ou dit explicitement, cela ne peut l’être qu’implicitement.

Regardons les éléments qui vont dans le sens d’une recherche de ses parents (en fait, surtout de sa mère):

  • la boite à musique, qu’elle garde si précieusement, la relie directement à sa mère puisqu’elle était dans le berceau
  • cette boite à musique avait une danseuse et c’est donc le seul « message » compréhensible que sa mère lui ait laissé … or, elle veut à tout prix être danseuse
  • le film pose d’ailleurs régulièrement la question « pourquoi être danseuse » comme si c’était un indice de l’importance de la réponse !
  • chacune des transitions « sommeil » du film soit inclus (généralement) la boite à musique, soit inclus sa mère … en train de danser

Maintenant, arrivons au vif du sujet:

Pour moi, les parents de Félicy sont Odette (la femme qu’elle rencontre à l’opéra) et le Maitre de ballet.

Voyons d’abord les éléments qui ne vont pas dans ce sens là:

  • dans son rêve, la mère de Félicy est rousse
  • la boite à musique fait que, si Félicy est la fille d’Odette, Odette ne peut en avoir le moindre doute. Et pourtant elle ne dit rien

Et répondons:

  • dans son rêve, elle est un bébé ! Et elle voit la scène, non depuis ses yeux mais comme si elle était à l’extérieur. Elle « imagine » la scène et, forcément, imagine sa mère comme étant rousse comme elle. Mais ce rêve ne nous donne aucune indication sur le physique de sa maman.
  • quelqu’un qui a abandonné totalement son enfant étant jeune, coupant tout contact, pourrait-il lui avouer si facilement qu’elle est … sa mère ? Non évidemment. Bien sur, l’enfant lui pardonnerait certainement. Mais quand la relation entre les deux est excellente, pourquoi vouloir prendre le risque de tout gâcher ? Par ailleurs, Félicy ne parle jamais de sa mère et ne facilite pas la confidence. Puis, le temps n’a pas encore fait son oeuvre.

Ou répondons aussi au « mobile » de l’abandon …

Si Félicy est la fille du prof de danse et d’Odette, elle est la fille d’une union probablement mal vue (une fille et son professeur … la différence de classe sociale). Et elle était, pour une danseuse professionnelle, un fardeau lourd à porter seul. Son obsession de la danse pourrait avoir encouragé l’abandon, ce qui est au final intéressant au vu de l’histoire.

Puis voyons les éléments « à charge » de cette parenté. Ces éléments pris isolément ne sont pas suffisants. Mais tous ensemble, ils ont contribué à forger ma conviction :

  • ça m’a marqué dés les premières secondes, c’est sans doute l’indice le plus sérieux, Félicy a un visage particulier mais surtout une coupe de cheveux qu’elle est la seule à arborer dans le film. La seule avec … Odette. Ainsi, la première rencontre m’a tout de suite fait penser qu’il y aurait de grandes chances pour qu’Odette se révèle sa mère. Je pensais même que ça arriverait de manière peu subtile. Mais ça au moins, le film ne l’a pas trop mal fait. Cette ressemblance entre les deux personnages (passions, physique) ne me semble pas être le fait du hasard.
  • le « tu n’es pas ma mère » qui blesse fort Odette. Rappelons que rien n’existe normalement dans un film qui n’ait un sens. Or, c’est le seul moment où Félicy parle de sa mère.
  • la complicité bien que cachée en partie qui existe entre Odette et le professeur: le bisou à la fin mais également le fait qu’il la protège, d’abord en interdisant son licenciement et ensuite en lui offrant un logement mais déjà au départ en lui donnant un travail au sein de l’opéra. Plus le film avance, et plus il se montre ensemble en même temps qu’ils s’occupent toujours plus de l’avenir de Félicy
  • l’abandon de Félicy pourrait avoir été un déclencheur qui aurait mis du froid dans la relation entre ses parents et on sent que sa réapparition réchauffe la relation tout au long du film. C’est d’ailleurs un aspect qui me dérange un peu car on peut voir cela comme une culpabilisation de l’enfant par rapport à la relation de ses parents. Or, c’est un mécanisme déjà suffisamment présent chez l’enfant que pour l’encourager dans un film d’animation.
  • c’est le seul enfant pour laquelle le maitre de danse montre un peu de compréhension et de gentillesse. En paroles. Mais aussi quand il fait preuve d’une énorme mansuétude à la fin. En pardonnant son retard et en la faisant recommencer plusieurs fois malgré de grosses erreurs. Et il se montre plus que déçu par son comportement de la veille. Or, au moins quand elle raconte ce qui s’est passé et d’où elle vient, il peut devenir plus évident pour lui que la personne en face est sa fille. La mansuétude dont il fait preuve lors des premiers jours de cours peut d’ailleurs venir autant du travail d’Odette que de l’envie de protéger sa fille.
  • certains plans, dont je ne me souviens plus exactement, je pense quand Félicy raconte l’histoire de son échappée de l’orphelinat et quand elle dit à Odette qu’elle n’est pas sa mère ou quand elle réussit sa prestation montre une Odette particulièrement émue.
  • Odette et Félicy ont leur petit « moment » boite à musique sur le plancher de l’opéra quand la boite est réparée. Il y a évidemment toute une symbolique avec cette boite cassée et réparée.
  • Le professeur de danse est végétarien et il est rappelé que Félicy ne sait pas rivaliser physiquement avec la fille Lahaut à cause de sa carence en viande.
  • La carte postale qui sert à trouver l’opéra … D’où vient-elle ? N’était-elle pas liée à la maman de Félicy ?
  • Elle croise le maitre de ballet dans un bar breton … Et elle a été abandonnée en Bretagne. N’est-ce pas une manière pour le maitre de Ballet de se souvenir de sa fille abandonnée ? Ou d’espérer l’y retrouver un jour ?

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Quelques erreurs historiques

(c) Lisbeth

La statue de la liberté a été inaugurée en 1886 à New-York. La construction de la tour Eiffel n’a commencé qu’en 1887. L’inventeur des machines d’exercice qu’utilise la fille Lahaut est né en 1880, ce qui rend leur présence ici assez improbable.

Conclusion

Je ne me suis pas ennuyé ou endormi devant le film, ça je dois le reconnaitre. Mais le côté balourd a rapidement finit par m’agacer réellement. Et s’il n’y avait pas eu, au moins l’énigme de la mère de Félicy, je pense que je me serais ennuyé ferme tant tout est prévisible. Il faut reconnaitre que les décors sont beaux mais l’animation pas vraiment maitrisée.

Ce qui a du faire le plus de torts au film est sans doute la volonté de l’exporter. Si on oublie le côté artistique et que le côté commercial prend trop de place, on augmente les chances de se planter et c’est ce qui est arrivé ici.

Toutefois, j’admets un point qui remonte sa cote. La petite histoire non dite sur la recherche des parents donne un peu de subtilité au tout et permet de se rattraper un peu. Mais, très peu la verront … (et on peut d’ailleurs être tout à fait en désaccord avec ma théorie là dessus).

Pour aller plus loin

Deux critiques que j’ai apprécié sur le film:

Finalement, la critique s’est révélée plus longue que je ne l’imaginais, comme toujours.

Vous pouvez me donner des éléments qui vont dans le sens ou contredisent ma théorie et je les lirai avec grand intérêt. Toutefois, et puisque le film a choisi de ne pas donner lui-même de réponse nette (la mère de Félicy pourrait être n’importe qui, même la mère « Lahaut » finalement), je pense que personne ne pourra « prouver » qu’il a raison.

Mais c’est quelque chose de positif, à mon sens. J’aime bien quand les films nous permettent de débattre et de nous approprier des vérités tout en laissant du doute.

Remerciements à Lisbeth pour la relecture et la discussion.

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7 réflexions sur “Ballerina, petite critique et analyse

  1. Tres interresant vos analyses et vos critiques cela ma fait comprendre plusieures choses sur le film. J,aurais une question; es ce que vous savez quelle est la chanson quand elle rentre la premiere fois en cour apres avoir voller la lettre, c’est une femme qui chante, je l’aime bien mais je ne la trouve pas, si vous pourriez maider svp

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  2. la chanson désirée par skubi ne figure pas dans la bande son originale.. je suis aussi désireux de connaitre l’interprète de la chanteuse. shazam ne la reconnait pas. Je crains que cette bande son n’a pas de titre spécifique mais une simple transition de scènes. Merci à celui/celle qui sera en mesure de nous transmettre les informations nécessaires.

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    • il y a un moyen de la trouver … mais pour ça il faudra que le film sorte en DVD ou en VOD …

      à la fin des films, il y a toujours le crédit des chansons et musiques utilisées …

      en tout cas, si quelqu’un a la réponse, ce serait vraiment bien de venir la partager ici en commentaire !

      J'aime

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