Quelques réflexions sur le futur électrique

Introduction

Depuis quelques années, le nucléaire occupe une place importante du débat énergétique. Non sans raison. Actuellement, on a des centrales vieillissantes qu’on va peut-être prolonger. On en a des qui sont fissurées et qu’il va falloir surveiller de très près car, même si le risque est officiellement minimisé, personne ne pourra nier qu’on ne les aurait jamais démarrées telles quelles si on avait connu ces défauts le jour de leur lancement. Et puis il y a de toute façon tous les problèmes « habituels » qu’occasionne le nucléaire, déjà en temps normal.

Ce débat est souvent très passionné et idéologique. Mais il oublie souvent une source extrêmement prometteuse de production d’électricité, celle de la fission nucléaire non plus sous forme solide mais sous forme liquide avec l’utilisation de sels fondus. Autrement dit un des réacteurs envisagés dans le cadre du nucléaire dit de quatrième génération.

Pour en savoir plus à son sujet, je vous invite à consulter (au choix):

Une petite citation d’un article sur Alvin Weinberg:

Au début des années 60, Weinberg et ses collègues ont mené une série de tests qui ont mis en lumière des failles de sécurité dans la conception du réacteur à eau pressurisée (note: les réacteurs utilisés aujourd’hui). Une sécurité supérieure était très importante pour Weinberg : pour lui, un réacteur à sels fondus qui utilisait du thorium comme combustible offrirait des avantages considérables par rapport aux modèles à eau légère. En tant que liquide de refroidissement, les sels fondus à pression atmosphérique résistent à des températures beaucoup plus élevées et réduisent les contraintes mécaniques sur la cuve du réacteur. En tant que combustible, le thorium ne peut pas être utilisé pour fabriquer des armes utiles ; dans un réacteur, il peut générer du nouveau combustible à l’uranium qui est consommé pour produire de l’énergie.

Nouveau départ du nucléaire avec la quatrième génération: le choix de la raison et de l’écologie

Puisqu’il existe un « nouveau » nucléaire n’ayant rien à voir avec l’ancien et basé sur la fission liquide et non plus solide, repartons sur cette base là, oublions l’ancienne et voyons ce que cela pourrait nous apporter.

Argument 1, la consommation

La plupart des scénarios tablant sur du 100% renouvelable semblent devoir inclure obligatoirement une diminution de la consommation.

Or, consommer moins ne doit pas être un but en soi. Et c’est aussi très très aléatoire de se dire qu’à un horizon moyen ou long on arrivera à consommer moins. On ne connait pas nos besoins à cette échelle là et la consommation individuelle est difficile à influencer.

Diminuer la consommation ne doit être un but QUE si nous n’avons pas les moyens de produire suffisamment d’électricité proprement. Les réacteurs à fission liquide, s’ils permettent de produire un complément aux énergies renouvelables peuvent donc être un atout très important pour nos sociétés en permettant, à terme, de combler nos besoins sans polluer ou réchauffer la planète.

Cela n’enlève en rien que la consommation a un coût et donc, dans tous les cas, il restera un incitant à moins consommer. Mais cet incitant sera économique et non technique.

Argument 2, emploi et économie

Les pays qui développeront les premiers ce nucléaire de quatrième génération acquerront un savoir-faire qui permettra de développer l’emploi et l’économie notamment en exportant cette technologie. Contrairement à la fusion, faire fonctionner ces réacteurs à brève échéance n’est pas un grand risque, il faut juste investir et être prêt à combattre l’inertie des lobbys industriels.

Argument 3, développer le tiers monde

Les pays du tiers monde n’ont pas accès au nucléaire actuel. Ils ne peuvent donc compter que sur les énergies fossiles et renouvelables. Or, satisfaire la demande d’électricité de manière fiable et continue à bons prix est une condition nécessaire au développement de nombreux pays.

Argument 4, un monde plus sur (moins de prolifération d’armes nucléaires)

Certains pays peuvent légitimement vouloir développer un nucléaire civil mais être suspectés de vouloir, en réalité, se doter de la bombe atomique. Cette ambiguïté est inhérente au mode de production actuel du nucléaire (et une des raisons d’ailleurs pour laquelle le lobby militaire l’a poussé en avant). Avec la génération 4, plus possible de jouer double jeu et le monde en sortira gagnant.

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Argument 5, gérer les déchets

Les déchets nucléaires sont un énorme problème actuel. Et ce problème ne va pas aller en diminuant puisque de très nombreux déchets nucléaires vont encore être produits dans le futur.

Or, il se fait que les réacteurs à fission liquide se prêtent très très bien au traitement des déchets nucléaires et ne produisent au final que des déchets à durée de vie beaucoup moins grande mais aussi beaucoup moins nombreux. Dés le moment où nous avons des grandes quantités de déchets à gérer dont nous prétendons ne pas savoir que faire, et en parallèle une méthode qui peut les transformer tout en produisant de l’électricité … allons-y !

Argument 6, la sécurité

Cette méthode est intrinsèquement sure. Pas besoin de refroidissement actif pendant des années. Pas de risque d’emballement non plus. Non, en cas de souci, le réacteur s’arrête passivement sans même besoin d’intervention humaine. Et, ça, ce n’est pas trop beau pour être vrai, c’est juste génial.

Par ailleurs, ils n’ont pas de nécessité à être installés près d’une mer ou d’un fleuve et peuvent même être enterrés, ce qui les rend beaucoup moins sensibles aux aléas environnementaux ou aux attaques terroristes.

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Argument 7, le réchauffement climatique

A l’heure où il nous faut diminuer drastiquement nos émissions de CO2, on peut difficilement cracher sur une méthode qui, certes, n’est pas renouvelable mais qui émet très peu d’émissions de gaz à effet de serre. Et qui peut au moins servir de complément aux énergies renouvelables sans compromis avec les besoins d’une société moderne, et cela partout dans le monde.

Argument 8, le futur de la mobilité

Notre futur mobile, qu’il soit en transports en commun (pour partie importante pourvu que les gouvernements fassent les investissements nécessaires) ou en voiture nécessitera une consommation d’électricité plus importante.

En effet, pour remplacer le pétrole, il y a l’électricité (pour les transports par rail), le gaz, l’air comprimé, les batteries  et surtout l’hydrogène.

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Mais toutes ces technologies demandent une augmentation très importante de la production électrique. L’hydrogène, la technologie la plus prometteuse pour l’avenir, doit ainsi être séparé de l’oxygène au travers d’un processus d’électrolyse de l’eau. Il nous faut donc pouvoir nous assurer de disposer de sources d’énergies nous permettant de ne pas être dépendant de l’étranger pour produire notre hydrogène dans le futur (d’autant plus que le procédé est simple et connu).

Argument 9, l’indépendance énergétique

Pour la Belgique et la France, pays fortement nucléarisés, les déchets nucléaires existent en grand nombre et permettraient d’assurer une production électrique pour pas mal d’années. Bien sur, cet argument ne concerne que les pays qui ont déjà l’énergie nucléaire.

Conclusion

Idéalement, il ne faudrait plus perdre de temps et y aller. Cet article est une petite brique que je mets pour contribuer à ce que cette solution soit mieux connue et mieux promue.

Mais il y a malheureusement, très malheureusement, pas mal de raisons de douter que des décisions seront prises rapidement:

  • par dogmatisme, les écologistes sont généralement contre toute solution qui englobe le mot « nucléaire ». Beaucoup de mouvement écologistes se sont créé en réaction au nucléaire dans les années 70. Cela fait partie de l’ADN d’un mouvement. Et si on ne peut leur reprocher un manque d’arguments en ce qui concerne les technologies actuelles, il y a un malentendu qui rejette également la quatrième génération pourtant techniquement très différente.
  • les politiciens ont souvent peu de connaissances techniques dans le domaine énergétique, ils se tournent donc vers des experts (bonne chose) mais ces experts sont, dans le domaine nucléaire, souvent liés soit à des mouvements qui se sont fondés en opposition à nos centrales actuelles (et par extension à tout ce qui y est lié, même de très loin) soit à des lobbys étroitement liés au nucléaire actuel et en opposition à toute remise en question ou évolution de celui-ci. Autrement dit, on est pas sorti de l’auberge.
    • à noter que la NVA (parti très puissant en Belgique dans le gouvernement actuel) n’a même pas réussi à imposer un réacteur de quatrième génération en Belgique alors que c’était à priori son souhait si on suit la presse qui relatait les négociations précédant la formation de l’actuelle coalition fédérale
  • l’inertie de la société, la presse, des experts rend difficile tout changement radical dans la production d’électricité

Toutefois, il y a quand même des raisons d’espérer et notamment la très forte volonté chinoise d’arriver rapidement à quelque chose ainsi que l’espoir que les USA aient la même volonté. Ces deux pays pourraient très bien jouer le rôle de moteur à l’échelon mondial.

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