Psychologie de la vie amoureuse de Sigmund Freud

La traduction que nous utilisons est celle parue à la « Petite bibliothèque Payot » en 2010.

9782228905527

A propos

C’est un petit livre composé de trois petits essais distincts mais qui se complètent l’un l’autre. Il est préférable d’avoir des bases en psychologie mais ça reste très accessible (pas besoin d’un master). Si on enlève la préface, il y a environ 80 pages, ce qui n’est pas énorme.

On ne va pas le réécrire ou le résumer ici mais seulement aborder quelques éléments en espérant vous donner envie d’en lire plus (si le sujet vous intéresse).

Gardons également à l’esprit que ce livre a été écrit au début du 20° siècle dans un contexte culturel bien précis et par certains côtés différent du nôtre.

Tendresse >< sensualité

Freud évoque deux courants sexuels distincts qui sont attirés par des « objets » (en psychanalyse, ce n’est pas un mot péjoratif) opposés.

Le courant tendre est le courant primitif. Celui qui nous vient de l’enfance et évoque l’attachement à la mère ou au père. C’est une sexualité forcément immature et bloquée par le tabou de l’inceste. A noter que le mot sexualité n’évoque évidemment pas la même chose à l’enfance et à l’âge adulte.

Embed from Getty Images

Le courant sensuel est la sexualité génitale et adulte. Il se crée en empruntant les passages creusés par le courant tendre mais doit se détacher de l’objet premier pour se réaliser.

Embed from Getty Images

Le livre parle du conflit entre ses deux courants comme étant à la base de nombreux problèmes sexuels (frigidité, érection notamment). Si certains hommes arriveront à combiner amour (plus proche du courant tendre) et sexualité (courant sensuel) avec une même personne, d’autres devront nécessairement avoir une femme sublimée et une maitresse rabaissée pour s’en sortir sur les deux plans.

Ainsi, en parlant d’un certain type d’hommes, Freud a cette superbe bien que dramatique phrase pour résumer les conséquences des conflits qui peuvent exister entre courant tendre et sensuel :

« Lorsqu’ils aiment, ils ne désirent pas. Et lorsqu’ils désirent, ils ne peuvent pas aimer ».

De ces hommes qui veulent sauver des prostituées

Freud consacre une partie du livre à ces hommes qui ne sont attirés que par des femmes déjà prises, ayant mauvaise réputation, pour lesquelles ils sont obsédés et qu’ils veulent sauver (avec l’impression qu’elles ne sont rien sans lui). Avec aussi la condition de vivre en série ce genre de relations et qu’ils ne vivent jamais aussi bien la passion qu’avec la jalousie qu’elles engendrent (excepté pour le mari officiel).

Pour lui, ils ne font rien d’autre que de tenter de rendre le cadeau de leur naissance à leur mère (ici de substitution) en lui faisant un enfant. Le trio reconstitué est celui de son enfance avec son père. Raison pour laquelle, ce « tiers lésé » (comme l’appelle Freud) ne reçoit pas l’animosité de l’amant. Cette femme jugée « unique », « irremplaçable » n’est qu’une mère de substitution.

Si le caractère de prostituée peut surprendre, il faut se rappeler que des notions opposées dans l’inconscient peuvent représenter une réalité similaire comme les deux faces d’une même pièce. Il l’explique également par d’autres motifs liés notamment à la découverte de la sexualité chez la mère.

Courant sensuel et désir

Pour faire simple, Freud remarque que certains hommes ont le désir plus poussé vers les femmes de petite vertu. Chez d’autres femmes, le désir se porte plutôt vers l’interdit. La culture commandant aux femmes de faire l’amour le plus tard possible et de se réserver (sous peine de passer pour une femme de … petite vertu), elles ressentiraient plus de plaisir en transgressant l’interdit et en se comportant comme on leur interdit de le faire (notamment, relations extra conjugales).

Le tabou de la virginité

Embed from Getty Images

Si à notre époque être le premier amant de sa femme peut être considéré comme une bonne chose car on estime que cette expérience rendra la femme plus fidèle ou attachée, cela n’a pas toujours été le cas.

Freud en étudie les raisons. Et revient sur le « présent » de son époque où il remarque que les premiers mariages sont rarement aussi heureux que les suivants. Autrement dit, ce tabou passé de la virginité pouvait probablement se justifier.

Cela dit, à notre époque, bien rares sont les couples où la femme a connu avec son mari sa première relation sexuelle. Ce qui ne rend pas moins intéressante l’étude en question.

Donc, si on regarde les civilisations primitives, la femme n’était que rarement déflorée par son premier mari et le plus souvent, elle ne l’était pas au cours d’un rapport sexuel amoureux mais au court d’un rituel religieux ou autre.

En s’interrogeant sur les raisons, il évoque la possibilité de la peur du sang (souvent considéré comme impur) mais aboutit sur la conclusion que ce premier rapport féminin crée dans les faits une animosité et un désir de castration chez la femme qui rendra les relations ultérieures avec cette homme moins parfaites qu’espérées. Et que les hommes en avaient conscience.

Conclusion

Ce n’est évidemment pas un résumé scientifique et il trahit certainement son auteur. On ne passe pas de cent pages à quelques lignes sans le faire.

Mais, si le sujet vous intéresse vraiment, alors je vous conseille d’approfondir avec le livre. Bien que je garde un regard critique (et Freud utilise beaucoup de précautions dans ses textes) et qu’on peut le trouver simpliste (comme souvent avec la psychologie freudienne où le complexe d’œdipe reçoit un rôle important pour le développement de la sexualité ultérieure), c’est une oeuvre que j’apprécie et qui a l’avantage d’être courte et digeste.

Commentaire

Dans le passé, ou même encore aujourd’hui, la religion catholique a défendu le sexe comme ayant pour but unique la procréation et non pas le plaisir. C’est intéressant de noter que dans le même temps, c’est aussi une religion qui est contre le sexe avant le mariage et qui est contre le divorce (c’est cohérent).

En quelque sorte, on peut lier les deux car si on suit Freud, ces recommandations diminuent les chances d’avoir des relations sexuelles épanouies (plaisantes). Cela rendra les coïts moins nombreux en dehors des périodes de procréation. Mais, paradoxalement, cela augmente aussi fortement les « risques » de relations extra conjugales que la religion proscrit sans doute avec encore plus de force.

Aujourd’hui, évidemment, il est devenu très rare d’avoir des couples où l’un et l’autre n’ont connu qu’un seul partenaire durant leur vie. Le problème de la virginité en est donc moins un mais, socialement, notre culture chrétienne continue à valoriser son « importance » et celle de la réserver pour un grand moment et un homme qui en vaille la peine.

La lecture du livre de Freud nous conduirait plutôt à aller dans le sens contraire et à revenir à l’idée des pratiques ancestrales. Les femmes ne devraient pas se garder vierge pour LE « prince charmant ». La première fois est presque toujours une expérience décevante et douloureuse, il n’est sans doute pas un problème de le faire avec quelqu’un avec qui on ne désire pas vivre une grande relation.

Enfin, le livre m’a éveillé sur le caractère si particulier du trio amoureux qu’on peut souvent voir en littérature et qui, finalement, ne pourrait être que la répétition d’un schéma enfantin.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s