Anna M. de Michel Spinosa, critique et commentaires

“Ne me faites pas rire. Vous voulez protéger votre petit confort, votre soit-disant bonheur conjugal. C’est pitoyable, vraiment. (…) Vous êtes pitoyable parce que vous refusez de voir la vérité en face. (…) Tu m’aimes et tu veux me faire l’amour, voilà. Tu le sais aussi bien que moi, pas la peine de faire semblant.”

Anna M. à celui qu’elle aime à sens unique dans le film éponyme

Il est conseillé d’avoir déjà vu le film vu que je fais des spoilers. Si vous ne l’avez pas encore vu et que vous voulez garder toute la surprise, il vaut mieux postposer la lecture de ce commentaire. ;-) Pour autre information, j’ai vu le film sur la télévision il y a quelques heures.

Le but de cet article est de faire divers analyses, commentaires et critiques sur le film et d’ouvrir un espace de débat éventuel avec les lecteurs. Je vous conduis également vers quelques avertissements avant lecture sur la manière dont j’écris sur ce blog à propos du cinéma.

Petites précisions sur le film

Le réalisateur a voulu faire une étude de cas de l’érotomanie. Le film est de ce point de vue là une réussite.

Résumé

Anna tombe amoureuse de son docteur après avoir réchappé d’une tentative de suicide. Cet amour délirant est impossible pour elle à surmonter et, face à un mur, son comportement devient de plus en plus inquiétant.

Pourquoi parler de ce film ?

Il m’a touché fortement et beaucoup angoissé. Mais malgré toute la folie d’Anna, je n’ai pu m’empêcher de ressentir quelque chose pour elle et ce qu’elle vit qui est tellement triste.

J’ai aussi remarqué que dans les critiques et analyses à propos du film, on mettait très peu (voir pas du tout) en évidence le problème de l’absence de père. On s’attache beaucoup aux conséquences mais pas aux causes et c’est dommage.

Ce ne sera pas un long billet, mais cela valait la peine de l’écrire.

Le titre: « Anna M »

Le titre représente bien le film et la volonté du réalisateur de faire une étude de cas. Le film est centré sur Anna et dans toutes les études de cas, on se contente en général de mettre un prénom et la première lettre du nom de famille pour garantir l’anonymat.

L’affiche

affiche-AnnaM

Très esthétique, très réussie, je n’ai pas d’autres commentaires.

Anna et l’absence de père

On en parle peu dans les critiques du film sur internet. Pourtant, c’est un élément qui m’a sauté aux yeux.

Anna ne connait pas son père ! Quand sa mère signe le papier qui l’envoie à l’hôpital, on peut y lire très clairement que son père est « X », soit inconnu. On me dira qu’il est fréquent d’avoir un père absent. Mais très rare d’avoir un père totalement inconnu, dont on ne connait même pas le nom.

Non seulement elle n’a pas de figure paternelle mais elle n’a pas non plus de beau père et elle travaille dans un milieu où on ne voit pas d’hommes.

Et puis, tout d’un coup, alors qu’elle est au bout du rouleau, que son travail ne l’épanouit pas (mais qu’elle s’y consacre corps et âme quand même) et qu’elle ne reçoit pas assez d’affection de sa mère déboule un homme qui la touche et qui représente sans doute le père rêvé et fantasmé à la puissance 1000.

Alors, là, c’est l’Amour. Elle commence à ne plus voir que des indices qui la conforte. Il a un nom russe, comme sa mère. Il lui dit qu’ils devront se revoir. Il tousse, touche un livre. L’érotomanie est en route et la rend folle pour cette homme qu’elle a cherché toute sa vie. Comme elle le dit, elle est encore un enfant. Et pour cause, face à l’absence de père et avec une mère probablement très imparfaite, elle n’a « jamais » pu devenir femme. Elle a réellement la maturité d’un enfant.

Remarquons que cette absence de père, à nouveau, se perpétue. Ha ! la reproduction sociale !! Et oui, elle se retrouvera elle-même mère d’un enfant de père certes connu mais qui démissionne de son rôle avant même la naissance de l’enfant. Enfant qui connaitra quand même une co-mère. Mais, c’est dans tous les cas un peu désespérant de voir tout ça se reproduire une génération de plus.

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La relation à sa mère

On l’imagine avoir eu une enfance instable. Mais on ne peut faire qu’imaginer, le film ne dit rien là dessus.

Par contre, on voit une mère qui ment, qui sort, qui se fait belle. Et qui est mal à l’aise face à sa fille.

Les deux sont loin d’être fusionnelles. Le père n’a pas été là pour couper le cordon mais c’est tellement froid qu’on peut se demander s’il y avait vraiment encore un cordon à couper.

Anna a manqué terriblement d’affection et on se retrouve avec un deuxième ingrédient pour la maladie à venir. Son âme mais aussi son corps sont donc extrêmement sensibles et à fleur de peau. La moindre caresse, la moindre attention fait un effet terrible sur la jeune femme.

Une obsession qui l’empêche de voir ce qui est devant ses yeux

Paradoxalement, cette obsession l’oblige à sortir de chez elle et attire l’attention. Peut-être également que l’amour qu’elle ressent peut la rendre plus désirable. Mais, obnubilée par André, elle n’est malheureusement pas ouverte aux autres possibilités qui s’ouvrent à elle et pourraient la rendre heureuse.

Commençons par ce père de famille chez qui elle va faire du babysitting. Il est beau, riche, a de beaux enfants. Cela semble bien se passer (enfin, au début). Elle aurait pu, en faire un compagnon qui aurait pu la combler.

Il y a aussi cet agent de sécurité avec qui elle couche une nuit (pour quoi au juste ? rendre jaloux André ? satisfaire un besoin sexuel ?). Il aurait pu casser la reproduction sociale et être le père de son enfant. Mais elle a tout gâché à cause de son amour pour le docteur.

Enfin, il y a sa collègue dont on devine des sentiments amoureux (contrariés par la religion ?). Anna n’est certes pas lesbienne mais elle néglige celle qui vient pourtant lui rendre visite, elle qui n’a pas d’amie.

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Un amour « irrationnel » ?

Le psychiatre lui en fait la remarque … existe-t-il un amour rationnel ? Je pense qu’effectivement, la question n’est pas là. L’amour n’est jamais rationnel. Une fois qu’on aime, que la passion est là, on quitte forcément, au moins temporairement la raison.

Ca ne veut pas dire qu’il n’y a pas un peu de raison dans la « recherche » d’amour. Quand on débute une relation, qu’on a des critères sur l’être recherché. Quand il faut que ça finisse, qu’on se rend compte qu’il n’y a pas d’avenir. Mais entre les deux, la raison ne « doit » pas être maitre. C’est la beauté de l’amour de laisser parler notre coeur.

La différence entre la maladie et la normalité ne se joue pas forcément dans le rationnel ou l’irrationnel, elle se joue comme souvent dans la « mesure », la qualité et la quantité des sentiments et des actes.

Un happy end

Au final, elle ne cesse jamais d’aimer mais elle progresse et réussit à en faire quelque chose qui ne l’empêche pas de vivre, qui ne l’empêche pas d’être heureuse et qui ne nuit plus à l’être aimé et à son entourage. En ça, la fin est belle. Je pense d’ailleurs qu’on la voit guérie. Oui, elle l’aime encore. Enormément, à la folie, passionnément. Mais la différence avec la maladie, c’est qu’elle ne délire plus. Elle comprend qu’il ne l’aime pas, qu’il ne veut pas vivre avec elle.

Peut-être qu’au final elle est guérie. Je ne pense pas que la guérison exige qu’elle abandonne son amour. Si le caractère dangereux ou nuisible pour elle-même comme pour les autres s’arrête, c’est déjà finalement une rémission.

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Et si … elle ne s’était pas heurtée à un mur ?

Paradoxalement, être rejetée, pour quelqu’un qui a déjà été abandonné par son père, a pu ancrer encore plus fort sa maladie.

Et si il en avait fait sa maitresse ? Je ne pense pas que ça aurait aidé.

Et si il n’avait pas été marié et qu’ils avaient tenté leur chance ? Je ne pense pas que cela aurait marché car elle est tout simplement trop immature.

Et s’il avait été moins froid ? S’il avait accepté de la voir régulièrement comme amie ? Je ne sais pas, je me dis que ça aurait pu la canaliser, lui donner des émotions, la faire grandir, pour qu’un jour elle décide d’abandonner, voyant que cela ne fonctionnait pas. Peut-être qu’elle avait besoin d’un père qui certes lui dise non, mais ne l’abandonne pas pour autant. Une sorte de complexe d’œdipe qui aboutit au refus tout en préservant la relation.

Et s’il ne lui avait pas renvoyé tout son courrier dans une enveloppe ? Je pense qu’à ce moment là, certes elle l’aimait encore et elle était allé se rendre dans la boutique de sa femme, mais j’ai l’impression qu’elle était sur la voie de la guérison ou d’un mieux être. Et on voit directement que ce geste la fait complètement pêter les plombs. En gros, sans doute valait-il mieux éviter.

La religion

Elle ne semble avoir aucune importance. Et pourtant, le cantique des cantiques est un livre biblique. Et au début et à la fin, on voit une référence religieuse avec une peinture dans l’appartement et dans la chapelle. Chapelle, d’ailleurs où va se recueillir l’amie d’Anna.

Rajout du 14/07/2016: Retrouver l’homme aimé

Après avoir vu le film avec ma compagne, celle-ci m’a indiqué quelque chose que je n’avais pas vu jusque là. Quand Anne viole l’appartement du docteur, elle parcours à un moment son album photo. Et sur cet album, on voit celui qu’elle aime à côté d’un portrait. A la fin du film, on retrouve le même dans une chapelle où se recueille son amie. C’est donc probablement comme ça, et certainement pas par hasard, qu’elle le retrouve.

Impressions personnelles finales

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Isabelle Carré est magnifique dans le rôle principal et en même temps effrayante de par sa folie. Le moment qui m’a le plus touché, c’est quand elle s’occupe des deux petites filles comme babysitter et qu’elle pête les plombs. On a vraiment peur pour les enfants (et on est peiné).

De même quand on la sent prête à jeter sa rivale sous les roues du métro mais que, finalement, elle se résout à ne pas le faire.

Une autre qualité du film est dans la musique et la mise en scène. Additionné au jeu d’acteur très réussi d’Anna, cela donne de la tension en continu.

J’ai aimé. Même si ce n’est pas le genre de film qui, au final, nous fait sentir mieux, ça reste intéressant à regarder et on ressent quand même de l’empathie pour cette jeune femme qui n’a pas eu beaucoup de chance dans la vie. Et qui a toujours été rejetée par les hommes.

Aller plus loin

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