Les fantômes de la vie (histoires racontées)

On m’a déjà dit que j’avais une bonne oreille et que c’était agréable de se confier à moi. Je pense que ça dépend en partie du contexte, je ne suis pas toujours dans les conditions ou dans l’envie de le faire. Mais c’est vrai que cela arrive de temps en temps que des amis ou des inconnus me racontent une partie de leur vie. Je trouve ça  gratifiant et, en même temps, il faut savoir aussi porter cela.

Je vais vous raconter deux histoires qui m’ont fortement marqué. Je le fais avec mes souvenirs, des années après. La mémoire est toujours trompeuse donc il est possible qu’il y ait des inexactitudes mais le fond est là.

La chambre vide

Cette histoire-ci m’a été dites dans un contexte professionnel.

Le raconteur devait avoir dans la quarantaine quand il me l’a raconté. Et les faits s’étaient passés une vingtaine d’années auparavant.

A cette époque, il était jeune et s’il aimait bien, comme tout jeune, faire des expériences ou des petites conneries, ce n’était pas pour autant un délinquant. Casier judiciaire vierge.

Ce jour là, avec un ami, ils avaient réussi à se procurer un flingue et faisaient les fous avec. Un flingue avec des munitions dans un chargeur. Faut avouer, on a tous rêvé d’en tenir un jour un dans sa main (beaucoup d’hommes en tout cas). C’était le soir, il a tiré un coup en l’air.

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La balle, heureusement, n’est retombée sur personne.

Puis, il a retiré le chargeur. Comme il l’avait sans doute vu à la télévision, d’un coup. Il n’y avait pas beaucoup de monde dans la rue, elle était quasiment déserte.

Il a alors pointé l’arme dans la direction de son ami, la sachant non chargée. Il a appuyé sur la détente. Et son ami est tombé, mortellement touché.

Une arme automatique prépare toujours la balle suivante dans la chambre. Quand on veut désarmer un automatique, il faut non seulement retirer le chargeur mais aussi retirer la balle qui se trouve potentiellement dans la chambre. Il ne le savait. Maintenant, il le sait, pour le reste de sa vie.

Ce jour là, il a perdu un ami, il a tué un homme et il a compris comment désarmer réellement un flingue et pourquoi il ne faut jamais pointer d’armes en direction de quelqu’un. Il a aussi perdu toute chance de trouver un emploi. Sur son extrait de casier judiciaire, il est écrit « homicide » et ça ne s’efface pas.

Il en payera les conséquences jusqu’à la fin de ses jours.

Ne jouez pas avec des armes à feu. N’en pointez pas une en direction de quiconque. Si vous compter en utiliser une, apprenez au moins à vous en servir correctement. Et retirez toujours la balle qui est dans la chambre, en plus du chargeur, si vous espérez en désarmer une.

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La chambre pleine

Il est tard, très tard. Je suis dans le train pour Namur en provenance de Bruxelles. Approximativement 19-20h. Le train n’est plus très loin de Namur. Dans mes souvenirs, je me dirigeais vers la sortie, mais peut-être qu’il m’avait tout simplement interpellé avant.

Il ? Un homme âgé. Et passablement éméché. L’alcool est un vilain démon qui, lui, le rendait triste. Il semblait porter un immense poids sur les épaules, et je me rendis compte après que c’était réellement le cas.

Dix ou quinze auparavant, la chute du mur de Berlin, le démembrement de l’URSS. Ce ne fut pas seulement une opportunité pour les pays qui se libéraient de l’impérialisme soviétique, ce fut aussi un acte qui eut des conséquences parfois terribles pour une partie des populations.

Les russes ont eu une politique réellement colonialiste. Ce qui implique notamment de « peupler » les pays conquis. Cela a des conséquences encore aujourd’hui en servant de prétexte à Poutine pour envahir une partie de la Géorgie ou de l’Ukraine pour les cas les plus connus. Cela en eut à l’époque pour des minorités pas forcément appréciées qui se retrouvaient complètement lâchées par leur mère patrie.

Dans le pays, j’imagine d’asie centrale, où se rendit notre homme, la mafia lui proposait contre argent, de coucher avec trois filles trois soirs d’affilée, une par soir, et de pouvoir en choisir une comme femme.

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Elles étaient consentantes. Heureusement ? Oui et non. Ca ajoute encore plus au drame. Ces filles là ne demandaient qu’à partir pour quitter la situation dans laquelle elles étaient. Une situation terrible. En choisir une, c’était en abandonner deux. Deux femmes qu’il avait également connu intimement et qui avait tout fait pour être choisies. Qu’il avait utilisé pour son plaisir pour au final ne pas pouvoir les sauver.

Parmi ces trois femmes, deux auraient l’espoir d’une vie meilleure, donneraient toute leur énergie pour cela et verraient leurs espoirs déçus.

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Ce choix là parait anodin. Mais il l’avait complètement détruit. En réalité, il ne pouvait qu’en sortir détruit, mais c’était trop tard maintenant. Et il ne s’en sortait plus. Il me l’avait raconté comme tentative de libérer son fardeau.

J’espère avoir pu aider sa détresse. Peut-être étais-je le premier, le seul à qui il a raconté cela.  Peut-être l’avait-il fait des dizaines de fois sans succès. Mais il était là, malheureux et, ce soir là, je l’ai un peu aidé à porter sa croix.

Ca m’a fait plaisir de lui être utile pour quelques minutes (ensuite mon train est arrivé en gare), mais je n’ai pas oublié. Et peut-être qu’en racontant cette histoire, je lui rends un peu hommage, je l’aide à porter ce poids avec plus de monde.

C’est aussi un avertissement. Ne soyez pas tétanisé par les choix que vous devez faire. Mais n’oubliez jamais d’en mesurer les conséquences et de vous placer dans la situation pour évaluer les conséquences possibles.

Ce voyage ne pouvait pas se terminer bien. Quelle que soit la fille qu’il ait pu choisir, il ne pouvait que se sentir coupable des deux autres abandons qu’il allait faire en même temps. Sur le moment, il en a surement bien profité, il n’a pas vu la malice. Mais par la suite, peut-être des années, cela a détruit sa vie. Probablement, qu’il n’a même pas pu combler la femme qu’il a prise avec lui. Tout ça pour ça …

Déjà, au départ, il faut être dans une certaine misère affective (que je ne juge pas) pour entreprendre un tel voyage. Mais lui, en plus, parce que ce n’est sans doute pas non plus le cas de tout le monde, n’avait clairement pas les épaules pour en assumer les conséquences.

Le mot de la fin

J’espère que ces deux histoires vous auront intéressé, fait réfléchir. N’hésitez pas à les partager, en hommage, au moins, à ces deux hommes qui ont fait du mal, tous les deux sans l’intention de le faire, et qui en payent un prix très lourd: celui des remords et des regrets.

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