Le loup de Wall Street, livre de Jordan Belfort; critique et analyse

Introduction

Dans ce petit article, je vais vous parler d’un livre que j’ai lu il y a quelques semaines: « le loup de Wall Street » écrit par Jordan Belfort. Un avis subjectif et quelques analyses et commentaires. Je n’en ferai pas trop pour cette fois-ci. Mais je me réserve la possibilité d’éditer l’article si je relis le livre (ce ne sera pas pour tout de suite).

Quelques mots sur le livre

Il a été publié en 2007 (mon édition, la française, date de 2009). Ecrit par l’auteur après les faits, il représente son unique point de vue, sans contradiction. Il est aussi écrit pour nous faire revivre la vie de Belfort dans les émotions qu’il vivait au moment où il les vivait. J’entends par là qu’on ne doit pas s’attendre à y voir un regard critique.

Personnellement, cela ne m’a gêné, je n’ai pas besoin qu’on me considère comme un enfant à qui il faut prémâcher une analyse teintée de morale.

On remarquera que le livre est sorti avant la crise financière de 2008 mais il en a certainement profité pour plus facilement se vendre dans le monde entier. Le film de Martin Scorcese avec Léonardo Di Caprio a également fortement aidé aux ventes du livre.

Couverture du livre

Couverture du livre

Différences avec le film ?

J’ai fait une critique du film sur ce blog.

Voici les principales différences entre le livre et le film (si vous en voyez d’autres, j’éditerai l’article, vous pouvez me les communiquer par mail ou commentaire):

  1. l’arrestation de Jordan Belfort n’a pas du tout été spectaculaire
  2. il n’a jamais tenté de corrompre un policier
  3. la cure de désintoxication n’est pas du tout mentionnée dans le film
  4. les ravages de la drogue et sa déchéance totale sont encore relativement doux dans le film
  5. la rupture avec sa femme sont évoqués, je trouve, différemment dans le livre, moins spectaculaire et plus intéressant. Les moments sont aussi différents. Notamment, le film mélange deux passages en les modifiant pour introduire la rupture dans une scène qui n’y était pas liée.
  6. le film fait l’impasse sur l’énergie qu’il investit dans Madden Shoes (groupe aujourd’hui encore prospère, sans doute en partie grâce à l’apport de Jordan Belfort et de ses relations)
  7. le livre est beaucoup plus succinct (une page environ) sur la collaboration de Belfort avec la justice. Il ne parle pas de trahisons venant de son entreprise (il me semble que dans le film, c’est moins clair).
    Au contraire, le policier qui le traquait indique bien que personne n’a voulu le trahir. Le livre dit, si on a bonne mémoire, que la trahison viendra de Suisse mais ne se fait pas plus précis que ça même si on suppose que c’est le banquier qui le trahit. Là dessus, je pense que le film est raccord, par contre.
  8. le livre donne beaucoup plus de détails sur les arnaques, sur le fonctionnement du monde de la finance, là où le film se contente de rester plus démonstratif sur les caractères des personnages et moins sur ce qu’ils font (de ce côté, c’est une bonne surprise car, après avoir vu le film, je voulais en savoir plus et j’espérais que le livre me donne les détails)
  9. le film ne parle que du banquier suisse sans évoquer le maitre faussaire. Ce qui offre une scène dramatique dans le film (après la mort de la tante de la duchesse) qui l’est beaucoup moins dans le livre.

Quelques thèmes …

La drogue, le pouvoir

Nous tous pensons que, si ça avait été nous, on aurait bien évidemment jamais plongé dans les excès connus par Belfort.

Peut-on vraiment en être si sur ?? Jordan lui même est très sobre au début et pense la même chose que nous. Ca ne l’empêchera pas de plonger … notamment à cause d’une mauvaise fréquentation.

Ce qui est sur, c’est que Jordan ne s’en sortira que grâce à un nombre très réduit d’amis. Beaucoup de vautours ou de relations toxiques tournent autour de lui, il devra faire le tri pour s’en sortir.

Je pense aussi que l’attrait du pouvoir était irrésistible pour une personne comme Belfort. Pour s’en sortir, il avait donc besoin de trouver une autre activité qui lui procure autant de plaisir. Ce seront les conférences, et cette fois-ci, ce sera pour le meilleur.

En soit, c’est un happy end et c’est aussi la preuve que Belfort n’était pas une personne fondamentalement mauvaise. Surtout quand on sait que son principal acolyte (celui qui l’a amené vers la drogue), lui, a, semble-t-il, continué dans le mauvais chemin.

Scène où Jordan est initié au crack

Scène où Jordan est initié au crack

L’histoire d’Amour

Il y a quelque chose que je trouvais intéressant car pas encore lu ailleurs.

Belfort a une relation compliquée avec les femmes. Il trompe sa femme mais l’aime plus que tout et craint de la perdre. Il quitte une femme qu’il aime pour une autre qu’il aime également. Il a beaucoup de charisme et il semble que les femmes de son entourage ne sont pas indifférentes à son charme (même si c’est écrit par lui, ça parait réaliste).

Par contre, penchons-nous un peu sur la « duchesse de Bay Ridge ». Si on lit le livre trop rapidement, ou surtout le film, elle peut passer pour une femme opportuniste qui part quand le bateau coule.

Toutefois, je trouve que si on lit bien le livre entre les lignes, on peut constater autre chose. Les ennuis judiciaires ne sont qu’un déclencheur, la cause me semble ailleurs. C’est quand Belfort arrête la drogue et redevient plus normal que sa femme se retrouve la plus malheureuse. Oui, bien sur, quand il a trop exagéré dans la drogue, elle a aussi voulu arrêter. Mais il avait été très très loin. Avant, elle avait toujours supporté ses excès sans vraiment, elle le dit elle-même, agir suffisamment pour le faire redescendre sur terre.

Je pense donc que, dans cette relation, il y avait surement une dimension aphrodisiaque au pouvoir, je ne le nie pas. Et quand le pouvoir a disparu, il fut moins beau, elle fut moins amoureuse.

Mais il y avait aussi autre chose. Un côté presque malsain à leur relation. Elle ne restait pas avec lui malgré son comportement mais sans doute aussi en partie à cause de son comportement.

C’est une conviction que j’ai eu lisant les descriptions de l’auteur qui semble presque l’évoquer sans s’en rendre compte lui-même.

Sur Jordan Belfort et la finance

Belfort est critiquable pour ses méthodes de vente. Il a été condamné. Il est également critiquable pour toutes les entorses à la loi qu’il a faites dans le but de s’enrichir toujours plus. Il a également été condamné pour cela.

Toutefois, je le répète, je l’avais déjà dit pour l’analyse du film, il a été bon pour l’économie (l’argent qu’il prenait servait à des start-ups soigneusement sélectionnées). Et, ce qui est intéressant, ce n’est pas aux « pauvres » qu’il s’attaquait. Ses techniques agressives étaient utilisées pour prendre de l’argent aux riches et les obliger à investir dans l’économie réelle.

En cela, il est très différent du reste du système financier qui, lui, s’attaquait aux petits épargnants en chouchoutant les plus riches pour souvent peu de résultats dans l’économie réelle. Il est aussi différent d’un Madoff qui prenait aux riches pour n’en faire, au final, aucun investissement réel.

logo de la société Stratton Oakmont fondée par JB

logo de la société Stratton Oakmont fondée par JB

Voilà pourquoi, je vais vous choquer, je considère que Belfort a mérité la prison mais que, si on compare ce qu’il a commis avec ce que d’autres ont commis, il a certainement été puni bien plus fort que ce qu’il aurait mérité recevoir.

Par ailleurs, la Bourse, c’est finalement beaucoup de hasard. Si certains ont perdu, d’autres ont aussi gagné. Et je ne sais pas si on peut vraiment faire porter la responsabilité à Belfort d’avoir fait perdre de l’argent à de riches fortunés. Toute personne sensée, à fortiori si elle est fortunée, devrait savoir que la bourse est un jeu très risqué.

Enfin, détail que le livre met beaucoup en avant contrairement au film, JB a lui-même investit dans une des entreprises qu’il a introduite en bourse. Et il y a investit temps, argent et relations pour faire de cette entreprise un véritable succès durable. Beaucoup d’arnaqueurs n’auraient jamais fait ça car ils sont incapables de construire ou de prendre des risques.

Juif

J’ai hésité à en parler car je n’aime pas l’utilisation qui pourrait en être faites par des antisémites.

Dans le livre, on peut voir que Jordan parle beaucoup de son côté juif même s’il ne semble pas très pratiquant. Cela le marque et cela se voit aussi dans ses relations. Il a un complexe d’infériorité à cause de cela et cela change aussi parfois sa vision du monde.

A ce propos, il y a des hasards de l’histoire qui peuvent paraitre cruels. Notre ami sait très bien ce qui s’est passé en Suisse durant la seconde guerre mondiale avec l’argent des juifs. Et il craint encore aujourd’hui pour l’argent qu’il planque là bas. Et finalement, c’est un banquier suisse qui sera à l’origine de sa chute. Que l’histoire peut être cruelle parfois quand elle se répète.

Belfort et le respect

Jordan Belfort est extrêmement intelligent et charismatique. Bien sur, il a des ennemis et c’est normal. Mais beaucoup le respectent. Moi-même, à la lecture du livre encore plus qu’au visionnage du film, j’ai été passionné par lui. Son livre ne quittera pas de si tôt ma bibliothèque. Je ne suis même pas sur que je sois prêt à le prêter.

Une phrase du livre (p. 754 de mon édition) illustre très bien cela et je voulais la partager avec vous:

 – Je (l’enquêteur) voulais vous dire, fit-il d’une voix empreinte de respect. Vous n’avez pas été un adversaire facile. J’ai bien du frapper à une centaine de portes, et je n’ai trouvé personne qui ait accepté de collaborer contre vous.

Il hocha la tête, encore stupéfait de la loyauté des strattoniens envers moi.

– J’ai pensé que ça vous ferait plaisir de le savoir, ajouta-t-il.

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Belfort est à droite // (c) rzuranski

Le mythe de l’auto régulation

Brièvement, je trouve intéressant la critique que fait Belfort du système et notamment du Nasdaq. Il met bien en avant le fait que l’auto contrôle, le contrôle des pratiques des sociétés par des organismes qui leurs appartiennent ne peut pas fonctionner. D’ailleurs, ce qu’il faisait était fait par tous. Tout le monde trichait.

Conclusion

Si comme moi vous aimez les biographies de personnes qui ont, à un moment donné, eu leur heure de gloire ou marqué leur époque d’une manière ou d’une autre, foncez acheter et lire ce livre.

Le style est intéressant, sans doute autant que cela doit être d’entendre l’auteur parler à une conférence. L’histoire de sa vie n’est pas si originale (drogue, pouvoir, déchéance, rédemption), mais formidablement racontée. Et puis, il faut bien l’avouer, aucune vie n’est jamais vraiment si originale. Mais sa vie, reste quand même, de mon point de vue, passionnante à lire et à découvrir.

Et l’identification joue. Oui, malgré qu’il ait pu être un beau salopard, le pouvoir, la richesse, ça attire quand même. Alors, on passe certains moments à se demander si on aurait aimé vivre cette vie, ce qu’on aurait fait différemment, etc … Et c’est gai.

Le livre est très long (760 pages dans l’édition de poche), sachez-le. Mais, ça se lit très vite. En l’achetant, vous contribuez aussi à indemniser les victimes de Belfort. Et si vous voulez prolonger la lecture, il reste le film dont j’ai fait une critique ici.

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