The Edukators (Die fetten Jahre sind vorbei), film de Hans Weingartner, critique et commentaires

« One day, you want a car that doesn’t break down and some other conveniences. Then you have children and want security for them. Then one day, to your surprise, you find yourself voting conservative. » (Hardenberg dans le film)

Il est conseillé d’avoir déjà vu le film vu que je fais des spoilers. Si vous ne l’avez pas encore vu et que vous voulez garder toute la surprise, il vaut mieux postposer la lecture de ce commentaire. ;-) Pour autre information, j’ai vu le film plusieurs fois et la dernière fois il y a plusieurs mois. J’ai pris quelques notes lors la dernière vision et me base sur celles-ci. Vos commentaires relèveront donc peut-être certaines erreurs et je corrigerai si besoin selon vos feedbacks.

Le but de cet article est de faire divers analyses, commentaires et critiques sur le film et d’ouvrir un espace de débat éventuel avec les lecteurs. Je vous conduis également vers quelques avertissements avant lecture sur la manière dont j’écris sur ce blog à propos du cinéma.

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Petites précisions sur le film

Le film est tourné en caméra numérique à l’épaule. Mais ça ne pose pas de souci et, pour une fois, je trouve qu’il y a une vraie plus value artistique, cela va bien avec l’ambiance du film.

Le film a été nommé pour la palme d’or de Cannes en 2004.

Résumé

Le film raconte l’aventure de trois jeunes anti capitalistes qui dérapent et se retrouvent confrontés à une situation qu’ils n’avaient pas prévue et qui ne sera pas toujours facile à gérer. Ce sera aussi l’occasion de confronter leurs idées et d’avoir un débat avec celui qui fait partie du clan qu’ils ont appris à aimer détester mais qui se révèle sans doute plus humain qu’ils ne le voudraient.

Pourquoi analyser ce film ?

J’ai aimé les aventures que vivent ces trois jeunes: aventure amoureuse et aventure politique. C’est un film intéressant et que je recommande sans être non plus un chef d’oeuvre (la fin m’a un peu déçu même si elle n’est pas forcément mauvaise).

Le titre: « The Edukators » (fr), « Die fetten Jahre sind vorbei » (de)

Le titre « français » fait référence à la signature que se donne le groupe à chacune de ses actions.

Le titre allemand veut dire « les années grasses sont révolues » et fait donc référence à la crise que nous traversons. Sur Atmosphères53, on voit le titre comme un avertissement que donnent les éducateurs aux patrons dont ils violent l’intimité. Les deux explications peuvent se tenir, ce qui est encore plus intéressant.

Aucun des deux titres ne me parait mauvais: en français, on mets l’accent sur l’action, en allemand, on mets l’accent sur les raisons et cette génération perdue qui ne connait que la crise et ne s’en sort plus.

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Critiques sur divers thèmes

Deux générations qui s’affrontent

Notre prisonnier a vécu des choses similaires mais, comme le dit le titre, les vaches grasses sont révolues. Autrement dit, ce n’est pas du tout pareil d’être révolutionnaire aujourd’hui qu’hier.

Pourtant, le film laisse planer le doute sur le futur de nos rebelles. Suivront-ils le même chemin ? On pourrait croire que non car le film finit en disant que les « hommes ne changent pas ».

Mais, c’est ce même film qui nous rappelle aussi que cet homme qui est devenu un « bourgeois honni » était encore plus révolutionnaire qu’eux à leur époque. Je pense donc que le film entretient en réalité le flou. Ou plutôt qu’il peut donner l’impression qu’on devient conservateur en vieillissant et qu’un retour en arrière n’est alors plus possible.

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Sexe, amour

Hardenberg est très intelligent et comprend vite beaucoup de choses. Il en profite pour essayer de mettre un peu la zizanie chez ses geôliers en évoquant les relations cachées.

Il y a un ménage à trois avec un cocu qui s’ignore. Mais les choses se passent sans être voulues. C’est là une différence avec la génération de Hardenberg qui semblait agir avec moins de « morale » pour les freiner ou culpabiliser. Je veux dire par là que ces jeunes là sont moins libertins que la génération qui les a précédé. Mais c’est peut-être aussi ça qui mets plus en danger leur couple car, pour expliquer les écarts sexuels, ils se créent sans doute une histoire d’amour qui permettra de dire que ce n’était pas « juste du sexe ».

Cela dit, le contexte du passage à l’acte avec l’amant est très particulier aussi. Il est connu qu’en situation de risque ou de danger, on tombe plus facilement amoureux et que le désir monte. Ca aurait pu être seulement un « accident » occasionnel. Mais ils récidivent et les sentiments montent.

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Motivation, idéalisme

Nos trois jeunes larrons sont tous les trois des activistes engagés. Aucun doute là dessus, le film le montre. Et ils sont politiquement instruits, ils savent de quoi ils parlent et même plutôt bien (même si c’est parfois cliché, mais c’est nécessaire pour avoir l’opposition avec Hardenberg qui est devenu très cynique).

Pourtant, si on regarde de plus près, les motivations des actes qui amènent cet engrenage sont-elles si politiques et engagées que cela ?

Personnellement, je trouve que le film ne montre, de ce point de vue là, qu’un seul « vrai » idéaliste: Jan.

C’est une rancœur personnelle qui amène Jule à « forcer » Peter à y aller sans préparation cette nuit là. Elle veut se venger de l’homme qui l’a ruiné et non faire œuvre de « pédagogie ». Et Peter est lui désireux de plaire et la suit sans savoir dire non. C’est d’ailleurs lui qui lui dévoile, dans le même but certainement, cette activité qui est normalement secrète.

Peter avait d’ailleurs fâché Jan en volant une Rolex lors d’une précédente « éducation ». Ce qui allait contre ses principes éthiques.

Jan est en fait le seul qui parait vraiment totalement idéaliste. Mais il en perd du coup le contact avec la réalité jusqu’à ne pas voir qu’il perd sa petite amie pour son colocataire.

Toutefois, l’amour peut aussi changer les hommes et c’est encore Peter qui finit par moment par devenir le plus radical.

Par ailleurs, dans les discussions qui ont lieu, on comprend pourquoi Hardenberg, lui n’est plus idéaliste. C’est parce que l’idée que rien ne peut être changé a finit par s’ancrer en lui. Et s’il y a de toute façon des maitres et des esclaves, autant se placer du côté des maitres que des esclaves. Par ailleurs, les choses se sont passées petit à petit, femme, enfants, l’habitude du confort nous changent sans même que nous ne nous en rendions vraiment compte.

Pour finir, le film ne montre pas tant que ça de motivations réellement altruistes. La jalousie, la pauvreté et l’insécurité vécue sont de puissants moteurs à leur idéologie. Et quand ils disparaissent, les idées changent également pour s’adapter à la situation.

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L’idéalisme se mêle à l’amour et à la famille

Je ne pense pas que ce soit totalement un hasard que les deux histoires soient parallèles (politique et sentimentale). Au contraire, c’est un message. Nos choix familiaux influencent nos choix idéologiques. Par amour, par confort aussi, par besoin de sécurité, on finit par changer notre conception du monde pour la rendre plus proche de ce que l’on sait de la vie et pour rendre plus acceptable les choix qu’on (a) fait.

Gentils, méchants ?

Peut-on être du côté du bien quand on contrevient à la loi d’un pays démocratique ? En tant que révolutionnaires et tenant d’une idéologie extrême, ils le pensent évidemment. D’autant plus qu’ils voient l’état comme un esclave du capitalisme. Toutefois, ne jamais oublier que les propriétés privées qu’ils « aménagent » sont aussi habitées par d’autres personnes pas forcément responsables de ce qu’ils combattent.

Les enfants, les épouses ? Un viol de propriété est toujours quelque chose de traumatisant et à ne certainement pas prendre à la légère. Peuvent-ils être gentils quand ils commettent des actes collatéraux qui contreviennent à leur propre morale. Y pensent-ils seulement ? Mais le film nous montre dés l’ouverture, volontairement ou non, une famille toute entière qui en subit les désagréments.

A titre personnel, je me méfie toujours des gens qui se croient meilleurs que les autres et je suis aussi opposé à « faire justice soit-même ». Quand à notre état, je le trouve encore suffisamment démocratique pour lui obéir légitimement.

Par ailleurs, je crois en la sincérité d’Hardenberg quand il dit qu’il a des remords d’avoir ruiné la vie de June. Mais il est tellement dans sa tour d’ivoire qu’il finit par en oublier les réalités de ceux qui sont en bas (pour ne pas culpabiliser de sa situation aisée ?).

L’impasse et le retour en arrière

Le film nous montre bien dans quels engrenages on peut parfois se retrouver. Chaque action nous incite à aller toujours plus loin. Mais ce plus loin est souvent finalement pire que la situation qu’on a voulu éviter initialement. Et l’impasse devient toujours plus difficile à éviter.

Finalement, ils s’en sortent. Et plutôt bien. Mais, n’aurait-il pas mieux valu pour eux assumer dés le départ leur acte et éviter ce kidnapping ?

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Le syndrôme de Stockholm inversé

Il est intéressant de se dire que Hardenberg ne déteste jamais vraiment ceux qui le kidnappent. Au contraire, il a une sympathie parce qu’il se reconnait en eux même s’il en a peur par moment à cause de leur caractère imprévisible.

Par contre, lui qui est détesté par tout le monde finit par se faire apprécier, presque devenir un « ami ». On a une inversion du syndrôme de Stockholm qui est presqu’amusante mais qui peut mettre aussi en avant, finalement, la réalité des rapports de force (qui sont différents de ceux qu’on voit en apparence). Car c’est bien lui qui est le puissant et il le reste durant la cavale.

Une « terrible » aventure ?

En fait, pour notre patron, cette aventure commence mal mais elle est aussi comme une retraite « spirituelle ». Elle l’oblige à faire une pause et elle lui rappelle sa jeunesse. Ces moments à la montagne sont des bons moments pour lui.

Qui a la belle vie, finalement ?

Et, justement, à la fin, on voit Hardenberg un peu prostré dans sa voiture. Il regrette d’avoir envoyé la police. Il est de nouveau dans son rôle de patron qui lui bouffe sa vie. Loin de la vie tranquille à la montagne à profiter de plaisirs simples. Loin de son idéologie d’antan et du sentiment qu’il avait alors d’être dans le bon camps. Certes, il a tout le confort et l’argent dont on peut rêver mais c’est aussi un piège dont il n’arrive plus à se dépêtrer. Est-il heureux ?

A l’opposé, nos trois jeunes ont réussi à échapper à la police et ils profitent de la vie de manière heureuse. On peut se douter que ça ne durera pas éternellement mais c’est tout de même un beau message sur la nécessité de profiter des bons moments de notre jeunesse même si elle peut parfois nous amener à voir les choses de manière trop simpliste.

En fait, cet enlèvement e fut peut-être l’action la plus pédagogique que les Edukators aient pu faire vis à vis des « capitalistes ».

En effet, la prise d’otage ne fut pas d’une grande violence psychologique. Au contraire, on a pu voir comment elle fut bien vécue par le principal intéressé. Elle n’eut pas de dégâts collatéraux sur les proches (pas au courant jusqu’à son dénouement). Et, surtout, elle amène, via la discussion et les moments de vie vécus ensemble, le doute dans la tête du « patron bourgeois ». N’est-ce pas finalement le but qui est recherché ?

Impressions personnelles finales

C’est un film que j’aime bien regarder. Les images sont très belles, l’actrice principale l’est également. Les paysages sont dépaysants, les dialogues sont plaisants. Et on aime bien se retrouver au milieu de leur aventure. On la vit avec eux et on se demande comment cela va finir.

Mais la fin, justement, m’a déçu même si c’est évidemment très subjectif. J’ai eu comme l’impression qu’il fallait se rattraper et ne pas montrer Hardenberg sous un trop beau jour. Comme si le réalisateur se rendait compte que le message qu’il donnait n’était peut-être pas celui recherché au début et qu’il fallait se rediriger vers un peu plus de simplisme et de manichéisme à la fin. Comme, également, s’il fallait également que le film reste orienté « à gauche » (dans le bon camps).

Ca m’a un peu déçu. Mais peut-être qu’une autre fin m’aurait déçu pareillement. Ce film est difficile à terminer mais le voyage en vaut la peine.

Au final, je ne suis donc pas déçu de l’avoir vu et je le recommande même souvent.

Pour aller plus loin

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