les embruns marins

Parfois, le plaisir, ce n’est rien d’autre que le rappel d’un bonheur ancien qu’une expérience nouvelle vient nous rappeler.

Dans quelques jours, j’aurai l’occasion, sans ma fille et mon épouse, de revivre un peu de ce que je vivais enfant et adolescent chaque année au mois d’août.

Les balades dans les dunes, sur le sable, avec les pieds dans l’eau, avec les pieds dans le sable, avec le soleil dans la nuque et parfois le vent de face qui vient vous rafraichir ou vous décoiffer.

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Les mouettes qui profitent au matin d’une plage encore déserte. Et qui ne se gènent pas pour crier parce que tout ça leur appartient encore pour quelques heures. Et que vous voyez plus au loin sur la mer le reste de la journée, là où personne ne peut les emmerder.

L’air marin qui est plus efficace que n’importe quel aérosol pour guérir de tout rhume, même le plus vicieux. Et qui vous rappelle toutes ces années passées où en sortant de la voiture, après deux heures de route, les narines respiraient d’un coup ces embruns marins très forts pendant que vous faisiez quelques pas avec bonheur pour profiter de la possibilité d’enfin bouger un peu.

Les brises-lames qui, peu à peu, s’enfoncent dans le sol jusqu’à disparaitre presque complètement (sont-ils encore apparents aujourd’hui ?). Sauf les plus récents et les plus longs sur lesquels on s’aventurait toujours jusqu’à la dernière limite, celle où chaque nouvelle vague peut décider d’un coup d’aller taquiner vos chaussures juste pour le plaisir de vous voir sautiller ou râler parce que vous n’avez pas pu l’éviter.

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L’estacade qui, à Nieuport, s’enfonce profondément dans la mer et qui, par vents forts, donne l’impression de prendre des risques avec sa vie ou d’imiter le destin de quelques marins s’en allant au large faire leur métier dangereux. Et qui, par vente faible et ciel bleu, permet de rêvasser à cette mer apprivoisée et ces étendues de plages plus ou moins urbanisées  suivant les endroits. En dessous, quand on baisse la tête, on voit la mer s’agiter et nous rappeler qu’il ne vaudrait mieux pas passer par dessus la rembarde. Les pècheurs à la ligne qui, eux, sont calmes et attendent que ça morde tout en observant défiler les gens toute la journée. Parfois, un bâteau vient longer l’estacade lentement et calmement. Le phare, lui, ne semble être là que pour rappeler qu’on est pas maitre du lieu ou que son utilité est avant tout fonctionnelle.

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Les dunes qui protègent du vent et offrent, par endroit, une chaleur suffocante et donnent aux balades l’aventure d’un touareg parcourant le désert. Ou rappellent, par les quelques bunkers qui y sont encore disposés, qu’un mur de l’atlantique devait y empêcher tout débarquement il y a soixante ans. On se prend alors à imaginer les coups de canons, qui ne sont jamais venus, et les bagarres sanglantes dans le sable.

Ces beautés en bikini sur lesquelles on laissait nos rêves, fantasmes et imaginations glisser sur leurs peaux sans qu’elles aient la possibilité de le deviner. Et avec qui, parfois, on faisait des échanges de regard sans que ça n’aille jamais vraiment plus loin. Par timidité et peut-être aussi peur de la confrontation à une réalité forcément plus risquée et moins agréable que l’imagination sans limite mais aussi sans risque de nos envies rêvées.

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Les coquillages et couteaux qui, quand ils sont intacts, nous donnent l’impression de découvrir de petits trésors. Alors, on regarde en rêvant trouver ce beau gros coquillage que personne n’aurait remarqué ou écrasé avant. Mais, si on le trouve, il y aura bien ce moment maudit où on se rendra compte qu’il n’aura finalement d’autre destin que la poubelle avant de revenir chez soi. Cela malgré le plaisir si grand au moment de la découverte.

Le vent, qui est parfois si fort qu’on peine à marcher droit. Et qui, parfois, par on ne sait quel mystère, fait pleurer nos yeux. Mais qui donne aux vagues leur force. Et qui, par tempête, donne même une impression majestueuse à cette mer qui semble prête à nous écraser de sa colère et de son écume.

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Les vagues qui, inlassablement, vont et viennent, couvrent et recouvrent les mêmes, longues, étendues de sable. Ces vagues contre lesquelles on aime bien lutter en construisant des grands chateaux de sable. Mais qui gagnent toujours, nous laissant avec nos cloques sur nos mains et notre blessure d’orgueil de n’avoir pas su construire le chateau suffisamment grand pour y réchapper (mais ce sera pour la prochaine fois, promis).

Ce sable qui, quand on s’y assied, nous permet d’observer et méditer doucement. Nous permet aussi de jouer, creuser des ponts et des univers de science fiction sur des planètes imaginaires mais inconnues. Sur lequel on disposait nos petits soldats, tanks, jeeps et canons en plastique avec lesquels on faisait la guerre enfant (et même un peu adolescent). Dans lequel on creusait des trous aussi profonds que notre taille pour qu’on puisse s’y cacher avec prudence (car on craignait toujours d’y être enseveli).

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Et puis ces ballons avec lesquels on jouait les matchs de notre vie car on voulait toujours gagner et qu’on se prenait pour Ronaldo ou Enzo Scifo en faisant les lobs les plus pathétiques du monde, nous faisant faire des cercles de cinquante mètre de circonférence pour passer notre adversaire.

Dans quelques jours, je revivrai un peu du plaisir de tout ça.

Je le vivrai sur le moment, via mes cinq sens.

Et je le vivrai aussi par les sensations du passé. Un passé plein d’émotions emmagasinées dans le cerveau et que les sensations du présent ne manqueront pas de faire revivre. Et aucun mot ne sera assez fort, je l’espère, pour décrire ça. Ma vie est un peu liée à la Mer du Nord: Coxyde, Saint-Idesbald, La Panne et la côte belge de manière plus générale. Toujours durant les vacances, ce ne sont donc pas les plus mauvais moments qui y sont liés.

Finalement, c’est peut-être même un excellent endroit pour se resourcer, se reposer et prendre des forces pour entamer une nouvelle année ou même une nouvelle vie, différente de l’ancienne. Mais là, c’est le futur trentenaire qui parle.

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