Bye Bye de La Grande Sophie

Une chanson dans le même thème que « Décevoir » de Lynda Lemay. Elle ne dit toutefois pas exactement la même chose et surtout, l’angle est différent (on quitte la relation entre mère et enfant ou entre amies pour s’occuper de la relation de couple). L’analyse et le commentaire restent donc intéressants.

Clip, paroles

Attention. La Grande Sophie a deux chansons aux titres similaires. Ici, c’est la chanson « Bye Bye » mais il y aussi « Bye Bye Etc » et parfois « Bye Bye Etc » est présentée sur Youtube avec juste « Bye Bye » (arrgh).

Mais, heureusement, je vous donne les liens directs vers le clip et les paroles (oui, je suis trop gentil 😉 ).

Le clip:

Les paroles: http://www.paroles-musique.com/paroles-La_Grande_Sophie-Bye_Bye-lyrics,p60936

Décevoir

Le mécanisme de déception est ici très bien expliqué. Il s’agit d’une volonté presque clairement affichée. Car si, chez Lynda Lemay, la déception paraissait assumée mais pas forcément voulue. Bien sur, elle décevait et ne voulait pas changer, ce qui est déjà une manière d’en faire quelque chose de volontaire, mais il n’y a pas quelque chose d’aussi quasiment organisé que chez la Grande Sophie.

Il faut bien cacher le pire
Te laisser le temps de découvrir

Et,

J’aime bien ce jeu
C’est le seul qui me fait rire

Enfin:

Allez pleure pleure …..

J’aurais encore pu mettre d’autres paroles puisque la quasi entièreté de la chanson traite du mal que fait cette femme et du caractère volontaire de ce mal.

Mais, je reviens sur les premières paroles citées. Elle « cache le pire ». Elle ne veut donc pas qu’on sache directement qui elle est. Pour que la personne ne croit pas qu’elle soit mauvaise.

Et puis, après, tout ce qu’elle fait tend à retourner complètement cette première impression. La personne à qui elle parle ne le croit pas et ne veux pas le croire car elle pense à « hier », ce moment où tout allait bien. Et elle ne veut pas changer d’opinion car cet Eden, elle a l’espoir de le retrouver. Mais rien n’y fera. Et face à l’entreprise destructrice de la personne aimée, c’est lui qui sombrera dans le malheur sans jamais « sauver » son amie du « mal ».

Si tu crois que je
Ne suis pas comme ça tu te trompes

Et

Oublie hier maintenant tout ira de travers
Tu es malheureux
Le malheur j’en prends soin je le cire

La phrase en gras pour montrer que la déception ne sera pas passagère et qu’il faut éviter à tout prix de croire le contraire.

Être mauvaise (ou vouloir s’en convaincre ?)

Tu sais je suis méchante

(…)

Je t’ai dit en moi tout est mauvais
Je suis de mauvaise foi j’ai mauvaise mine
J’ai mauvais coeur un fond mauvais

(…)

Sans aucun sentiment
Je les tords je leur fais mal

Les paroles sont on ne peut plus claires. Toutefois, si les faits sont là, je me demande si ce n’est pas aussi un « jeu », un « rôle ». N’est-elle pas méchante aussi tout simplement pour se convaincre qu’elle l’est ?

Pourquoi répète-t-elle ce schéma ? En le sachant en plus. Elle dit qu’elle y prend plaisir. Mais le plaisir peut aussi venir du résultat de ses actes. En faisant le malheur, en ayant confirmation de sa méchanceté, elle peut régler des problèmes passés. Je m’explique. On va analyser plus loin son caractère probablement abandonnique (je traiterai un jour cette thématique sur le blog).

Mais, si elle est abandonnique, elle a vécu dans l’enfance un abandon ou un sentiment d’abandon. De cela, elle a retenu qu’elle était « mauvaise » ou « méchante » (le caractère enfantin de ce terme, précisément utilisé dans la chanson, n’est donc pas un hasard). Et qu’elle avait mérité cet abandon. La personne aimée, celle qui abandonne, ne pouvait, en effet, pas être considérée comme mauvaise car, à ce moment là, l’Amour qui lui était porté et/ou la dépendance vis à vis d’elle étaient trop important pour permettre cela.

Par la suite, pour protéger le caractère « sacré » de la personne qui l’a abandonné une première fois, elle répètera le schéma pour trouver encore et toujours confirmation qu’elle est bien une personne intrinsèquement méchante qui mérite d’être abandonnée. Mais, n’anticipons pas trop sur la suite.

C’est comme une angoisse
Je suis là pour te porter la poisse

Et là, cette question d’angoisse peut très bien être appliquée à celui qui subit la maltraitance. Comme à celle qui la commets. Comme aux deux. Ce qui est d’ailleurs mon option.

Mais le mot angoisse révèle bien que cette méchanceté, si elle est présentée comme un jeu, est aussi source de peur. Quelle peur ? Et si c’était celle de ne pas être abandonnée ? De ne pas lire le miroir de la méchanceté ? De, finalement, comprendre que, non, elle ne méritait pas d’être abandonnée … C’est là, l’angoisse. Et si, ici, nous sommes dans une chanson entre deux adultes (à priori), rien n’empêche de penser que cela pourrait se passer entre une mère et son enfant. Et un schéma qui se répète.

Il est donc très important pour elle d’être « maudite ».

Tu dois me maudire

La question de l’abandon

Deux endroits dans la chanson montrent qu’elle n’espère pas simplement faire mal jusqu’à la fin des jours à la personne en question. Non, elle veut surtout qu’elle parte.

Cela confirme donc que le but est bien que toute cette méchanceté provoque le départ et perpétue l’abandon.

Ceux qui restent avec moi
Je les massacre je les abime je les rends laids
Plein de blessures morales
Sans aucun sentiment
Je les tords je leur fais mal
Je les vide je les étends
et bye bye bye (ter)

Et ceux qui ont l’outrecuidance de ne pas l’abandonner provoquent une telle angoisse en elle qu’elle les « massacre », « abime », « rends laids », « vide et les étends ». La violence est totale dans ces paroles et il vaut mieux éviter la fureur de cette maltraitance. Car son but premier est bien de protéger ceux qui l’ont abandonné la première fois, cet amour là est intemporel.

Et pour que ces premiers « abandonnants » soient protégés, elle doit être abandonnée encore et toujours par d’autres.

La sirène

Tout le monde connait la figure mythologique de la sirène. Elles sont présentes dans beaucoup de cultures différentes, pas toujours sous la même forme mais elles racontent des histoires souvent similaires.

Une femme attire un homme par une perfection irrésistible. Et, ensuite, c’est le drame.

C’est exactement l’histoire de cette chanson. Les hommes sont piégés par cette femme qu’ils ont connu « sirène » et dont ils ne peuvent oublier le souvenir. Puis, ils se retrouvent détruits jusqu’à l’abandon.

Le mythe de la Sirène pourrait donc être vu comme un avertissement aux hommes (mais soyons clairs, les hommes aussi peuvent être abandonniques et manifester ce qui est écrit dans la chanson !) de ne pas se laisser attirer par ce genre de personnalités toxiques. Plus facile à dire qu’à faire, évidemment. Surtout qu’il peut y avoir d’autres raisons qui conduisent des hommes à s’intéresser à ce genre de femmes et, à ces femmes, à attirer un certain type d’hommes.

Je ne suis pas un grand adepte du hasard dans les relations de couple. Nous nous trouvons ou nous sommes trouvons ou nous cherchons. Mais, quoi qu’il en soit, il n’y a jamais de hasard dans l’amour ou le fait de se retrouver en couple.

La vengeance mais aussi peut-être l’espoir de guérison

Et si tout ce mal, c’était aussi une manière de se venger. Faire subir à d’autres ce qu’elle a subit elle même. Car, si l’abandon l’a rendue si invivable, c’est précisément parce qu’il a été une source de souffrances infinies pour elle. Et faire subir à d’autres ce qu’on a subit soit-même, la vengeance, peut être parfois si pas source de soulagement, une manière d’apprivoiser mieux sa propre douleur intérieure. Et même une volonté paradoxale de guérir à travers le miroir que ça renvoit.

Oui, j’ai l’air de me contredire. Mais n’oubliez jamais que la nature humaine n’est pas à un paradoxe près et que l’enfant, via l’ambivalence, déteste autant qu’il aime ses parents. Et qu’un adulte peut autant aspirer à guérir pour connaitre la paix intérieure et une existence plus heureuse durablement (et pas seulement le bonheur éphémère d’être abandonné régulièrement) que de ne pas guérir pour continuer à garder ses « abandonnants » dans l’amour incommensurable qu’il leur voue.

Un sacré dilemme. S’il pouvait, il choisirait les deux. Malheureusement pour l’abandonnique, ce n’est pas possible.

Conclusion

Excellente chanson qui sera peut-être aimée par ceux qui ont vécu la situation.

Nous traiterons un jour plus longuement de la blessure d’abandon, comme dit plus haut. Mais c’est déjà bien de l’introduire par des chansons (ici, La Grande Sophie et avant, Lynda Lemay avec Décevoir). Je trouve que ça illustre bien le propos et évite de donner l’impression de parler de situations théoriques. Non, tout ça est vrai et des personnes le vive au quotidien.

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