Décevoir de Lynda Lemay

Très belle chanson de Lynda Lemay, j’avais envie d’en faire une petite analyse et quelques commentaires pour en ressortir quelques éléments que je trouve intéressant.

Clip, paroles

http://en.lyrics-copy.com/lynda-lemay/decevoir.htm

Relation à la mère

On retrouve la relation mère fille à plusieurs reprises:

  • quand elle dit à son amie que ce n’est pas sa mère
  • et que si c’était le cas, elle lui ferait la même guerre que celle qu’elle a fait à sa propre mère
  • l’auteure est également la mère d’une fille qui est la dernière personne non encore déçue

Cette question mère-fille est évidemment très importante. Le père lui n’est esquissé qu’à travers le père de sa fille qu’elle a quitté de manière « fautive ».

Le sauvetage impossible

« c’était du temps perdu
tout ce temps avec moi

fallait pas perdre ta vie
à vouloir me sauver »

Finalement, l’auteure parait presqu’heureuse qu’on ne puisse la sauver. Comme si son objectif était bien de sombrer et qu’elle était contente de décevoir son amie. Comme si, elle voulait décevoir tout le monde même sa fille alors qu’il ne « reste plus qu’elle à décevoir ».

Le côté inéluctable, l’envie de ne pas changer est marqué dans d’autres paroles un peu avant:

« mais c’est pas demain la veille
que j’vais devenir un ange »

et

« je savais que j’arriverais
à perdre ta confiance »

La raison en est dites juste après:

« mon cœur est si mauvais
qu’tu trembles d´impuissance »

Je pense qu’en fait, tout ça, c’est parce qu’en elle-même elle a besoin de se convaincre qu’elle est mauvaise. Et chaque personne qu’elle déçoit la conforte dans ce système de pensée.

Mais pourquoi me dira-t-on quelqu’un voudrait-il faire cela ? Et si c’était tout simplement pour protéger ses parents, sa mère en particulier. Un enfant est fragile et a besoin de croire en ses parents. Même en cas d’abandon ou maltraitance, il aura besoin de croire que ce ne sont pas ses parents qui sont mauvais mais lui qui est un mauvais bébé ou enfant et que ce qu’il subit est mérité, qu’il doit devenir meilleur.

Et plus tard, ce système de pensée perdurera jusqu’à ce qu’un travail psy puisse être mené à terme. Ici, dans la chanson, la personne arrive à mettre des mots sur ce qui lui arrive, ce qui est déjà très positif en vue d’une guérison. Mais pour beaucoup, cette simple description sera déjà difficile à mettre en œuvre.

Pour l’amie si patiente de la chanson, l’échec n’était pas assuré mais il est arrivé. Parce qu’elle était patiente, cela a mis le temps mais a finit par arriver.

Nous qui sommes parfois amené à occuper la position de sauveur par rapport à d’autres personnes devrions donc toujours nous poser cette question: cette entreprise n’est-elle pas vaine ou vouée à l’échec ? Comprendre ce qui se passe dans la tête de la personne est importante mais ne suffira pas toujours.

Dans le cas présent, il s’agit d’une amie. Il est normal qu’elle tente tout pour aider. Mais dans d’autre cas, fuir sera peut-être la meilleure chose à faire.

On remarquera, pour encore appuyer l’idée:

  • qu’elle a tout fait pour décevoir sa fille
  • que le fait de décevoir est présenté comme une réussite dont elle peut se prévaloir (la seule) alors que c’est en réalité son plus grand échec. Le choix d’un mot positif n’est pas anodin. Et quand la seule réussite est en réalité un échec, cela accentue ce qui est dit plus haut sur le sentiment pour l’auteure d’être intrinsèquement mauvaise.

A l’exclusion du père

On le voit, elle déçoit tout le monde. Mais pour son amie, cela met du temps. Et pour le père de son enfant, c’est elle qui part, pas lui. On peut supposer que fort de ses responsabilités paternelles, il n’est pas évident pour lui de partir. Mais c’est elle qui fait le pas à sa place et elle se sait « fautive ». Vis à vis du mari surement mais vis à vis de sa fille encore plus puisqu’elle lui impose un déménagement, de grands changements et la privation d’un père.

On peut alors se demander si elle ne répète pas un schéma: avoir elle-même été privée du père plus jeune ou si elle ne fait qu’appliquer le principe de « devoir décevoir » pour se sentir « mauvaise ».

La déception de trop ?

La fin de la chanson est un peu mystérieuse pour moi. Mais je vais tâcher de lui donner du sens.

il me restera ma fille
qu´tu m´offres d´adopter
car tu crains la béquille
qu´elle va m´emprunter
ile ne me restera qu´elle
voila c´est mon histoire
il ne me restera qu´elle seule
à décevoir

Comme je la lis, l’auteure s’attend à décevoir sa fille. Et son amie offre de l’adopter pour qu’elle n’ait pas le temps de la décevoir, craignant que ce ne soit la déception de trop. Mais pourquoi ? Probablement car cette déception qu’elle ferait vivre à sa fille détruirait son système de pensée. Quand sa fille sera déçue de sa mère, ce sera elle aussi, par procuration, qui sera un peu déçue de sa propre mère et tout son système de défense volera en éclats.

Ce qui peut être positif pour qu’elle se construise en tant que personne adulte. Mais qui est évidemment craint tout en étant peut-être désiré (ambivalence).

Car rien n’empêche qu’il y ait deux personnes en une. Celle qui veut se convaincre d’être mauvaise pour dédouaner ses parents. Et celle qui veut absolument décevoir sa fille pour qu’elle ne soit pas comme elle et ne se sente pas coupable mais, au contraire, ait de la haine envers sa mère. Ce qui lui permettrait d’en avoir vis-à-vis de la sienne et d’avancer dans sa guérison, même inconsciemment.

Ou l’impossible déception ?

Car, justement, si elle craint qu’elle ne soit la dernière déçue, jusqu’à présent il faut noter qu’elle n’y est pas arrivé le moins du monde malgré qu’elle ait tout fait pour.

Je pense qu’elle ne décevra jamais sa fille comme elle ne l’a pas été par sa propre mère. Par contre, on risque d’être dans la répétition de mère en fille de son propre mal. La fille risquant elle-même de décevoir tout le monde sauf sa propre « fille ». Etc etc … La solution la plus enviable pour casser la répétition, pour la santé de la fille et celle de la mère serait donc … qu’elle déçoive bel et bien sa fille.

Conclusion

Très belle chanson qui nous parle essentiellement de la relation d’une mère à sa fille, d’une fille à sa mère et des dégâts qu’elles peuvent occasionner ou de la répétition de ceux-ci d’une génération sur l’autre. Elle nous parle aussi de nous qui voulons parfois aider, sauver, des personnes contre leur gré, ce qui nous amène malheureusement souvent à un échec (mais faut-il abandonner pour autant ?).

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2 réflexions sur “Décevoir de Lynda Lemay

  1. Pingback: Lynda Lemay, je ne suis pas un fan de toujours mais … | Blog d'Aurian

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