The Great Porn Experiment: résumé et traduction

Aujourd’hui, je vais vous parler d’un sujet encore peu commun sur ce blog: l’amour, le sexe, l’érotisme (je viens d’ailleurs de créer une catégorie, ce sera le premier article classé dedans).

Et bien que cela fasse longtemps que j’aie envie de parler d’un livre de Freud (psychologie de la vie amoureuse) où on explique notamment pourquoi certains hommes ont des maitresses et ne quittent pas leur femme pour autant, je vais plutôt parler de l’effet du porno sur l’homme (oui, ça ne concerne pas trop la femme apparemment ?) avec un regard scientifique.

La vidéo du TEDx Glasgow avec Gary Wilson

Le transcript avec les slides et ce qui est dit peut être obtenu ici: http://yourbrainonporn.com/great-porn-experiment-transcript

Dans cette vidéo, l’orateur évoque ce que la science peut nous apprendre sur le porno et ses conséquences sur le cerveau ou notre comportement. Il a lu et étudié les différentes études menées sur le sujet et nous en fait un résumé. Je tente une traduction et une réécriture.

Passé versus présent

Le porno d’aujourd’hui n’a pas les mêmes effets que celui du passé. Une raison à cela, les contenus accessibles sont énormes et permettent un renouvèlement constant de ce que l’on regarde. Une expérience australienne a montré que ce n’était pas la nudité qui nous excitait mais la nouveauté. Les graphiques affichent des « pics » lorsque la personne regarde du porno qu’elle n’a pas encore vu avant.

POURQUOI ?

L’effet Coolidge pardi !!! (voir sur Wikipedia)

Tant qu’un mouton doit inséminer une même femelle, son excitation diminue au fur et à mesure du temps. Son temps de latence devient de plus en plus long entre deux coïts: il n’a plus vraiment envie !

Alors que s’il se retrouve en face d’une nouvelle femelle à chaque fois, il repart « comme en 40 » à chaque fois. Il est prêt et « en veut ». Jusqu’à l’épuisement.

Le porno moderne nous met en face de nouvelles femmes excitantes en permanence et avec un « réservoir » quasiment infini à portée d’un nouveau clic à chaque fois (surtout si on tient compte de la gratuité de la plupart de ces sites). Donc, l’effet Coolidge s’applique en plein.

La raison en est sans doute « biologique ». Une femelle qui est déjà inséminée n’est pas intéressante pour l’instinct de reproduction: le mâle doit inséminer le plus de femmes possibles pour maximiser les chances de propager son ADN.

Notre cerveau est programmé, en nous offrant de la dopamine, pour perpétuer cet effet. Et le porno sur internet offre autant d’excitations visuelles que nos ancêtres auraient pu en voir en plusieurs vies. Difficile de résister et donc dégâts à la clé (on le verra après).

Petite anecdote marrante (enfin, je trouve), une jeune personne a demandé: « serons-nous la première génération à nous masturber de la main gauche ? ».

La difficulté des enquêtes

La réalité du sexe avec un vrai partenaire est évidemment bien différente.

Mais, une des difficultés pour étudier les effets (ou non effets) de cette activité fut que les chercheurs, en 2009, ne trouvèrent pas de groupe contrôle !!! Autrement dit, il n’existait personne (chez les hommes) qui n’utilisait pas sa connexion pour regarder du Pron dans le collège que voulait étudier le chercheur !!

Comme tout le monde y allait, c’était comme demander à un poisson ce qu’il pensait de l’eau. Si tout le monde fumait depuis l’âge de dix ans, on pourrait croire qu’il est normal pour les humains d’avoir des cancers du poumon et de la gorge.

Symptômes

Certains problèmes (anxiété sociale, stress, dépression, TOC) peuvent être le résultat d’une addiction plutôt que la cause. Mais si l’on ne fait pas le bon diagnostic, on ne prescrit pas non plus la bonne méthode pour les soigner. De ce fait, les soignants pouvaient penser que les gens allaient sur les sites X parce qu’ils n’étaient pas bien et ne pensaient pas que cela pouvait être l’inverse.

Le sexe c’est la santé (ou l’addiction)

Un autre problème est que le sexe est bien vu, comme quelque chose qui nous mets en bonne santé et donc on ne l’associe pas à une drogue ou une addiction. Mais cette vision oublie que le sexe et le porno sont deux choses différentes ! Tout comme World of Warcraft est différent des échecs.

Or, une étude a montré que parmi toutes les activités qu’on peut faire sur internet, la pornographie est celle qui a le plus haut potentiel d’addiction.

Le sexe, la nourriture, l’affectif font partie des besoins fondamentaux. Et le cerveau les récompense encore plus que les autres.

Les études montrent que si on permet à des rats de manger à l’infini, ils deviendront quasiment tous obèses. C’est la même raison pour laquelle tant d’humains sont en surpoids (4 américains sur 5). A contrario, les drogues non naturelles (alchool, cocaïne, par exemple) font statistiquement beaucoup moins de dépendance (10%), que ce soit aux humains ou aux rats.

Si la nature nous a fait comme cela, ce n’est pas par hasard, évidemment ! C’est normalement un avantage pour la survie de la « vie ».

Si la saison des amours ne finit jamais …

Mais, quid si la saison des amours ne finit jamais ?

La dopamine va avoir pour effet de:

  • nous faire comprendre qu’on a atteint le jackpot de l’évolution (bingo !!)
  • déclencher l’émission d’une autre molécule appelée DeltaFosB (et ça c’est très important !!!)

Cette molécule va se loger dans le circuit des récompenses du cerveau et commencer à le changer. Et elle va encourager l’excès par un cercle vicieux (comme dans toutes les drogues !).

Excès de dopamines, création de deltafosb, cerveau change, donc, augmentation du comportement addictif, encore plus de dopamines, plus de deltaFosB, cerveau qui change, etc … La DeltaFosB va exiger un plus haut niveau de dopamine pour produire le même niveau de plaisir. On retrouve le comportement du cocaïnomane qui augmente ses doses au fur et à mesure du temps.

… ça peut finir mal

Trois conséquences:

  1. Désensibilisation à un certain nombre de plaisirs de la vie courante
  2. Le porn devient le plaisir suprême et tout le reste parait de plus en plus ennuyeux et inintéressant
  3. La personne perd de plus en plus le contrôle de lui-même

En fait, ce mécanisme est très connu et s’applique à toutes les drogues. C’est seulement qu’on ne réalise pas assez à quel point le porno moderne peut y amener (du fait de l’effet Coolidge). De nouveau, on reste dans le domaine de la science et tout ça est prouvé notamment par des scans du cerveau qui montrent les changements.

Beaucoup d’études récentes ont été faites qui montrent toutes la même chose: la nouveauté constante disponible à un clic de souris peut créer de la dépendance. Et on le sait parce que les chercheurs ont examinés d’anciens drogués du porno et ont pu voir que leur cerveau rechangeait dans le sens inverse. Les changements de cette drogue sont donc réversibles (heureusement) !

Et c’est là où les choses changent

On a maintenant des groupes contrôle ! OUI. Ce sont des groupes d’anciens gros utilisateurs de porno qui ont décidé par millier d’arrêter cela. Et on peut donc voir ce que la modification d’une seule variable provoque. La science possède enfin le groupe contrôle qui lui manquait tant avant.

Ce groupe est appelé par l’orateur « la résurrection des mecs » par opposition à « la fin des mecs » utilisés au début de la vidéo. On peut se demander quelles sont les motivations des gens qui le compose ?

Des motivations terre à terre

Parce que cette drogue diminue la performance sexuelle des jeunes hommes (!) :

  • dysfonctionnements érectiles qui ne sont pas soignables par les médicaments style viagra (car le problème n’est pas en dessous de la ceinture, il est dans le cerveau qui envoie des signaux toujours plus faible à la banane)

Cela n’a jamais été vu avant parce que Playboy est tout simplement très différent de ce que nous pouvons accéder à travers l’internet à large bande (haha, je me devais de faire ce jeu de mot geek). Les dysfonctionnements érectiles sont l’ultime problème, d’abord l’excitation diminue devant les films X, puis la libido diminue de manière plus générale et enfin il n’y a plus d’érection.

Un petit témoignage d’un mec dans la fin de la vingtaine. Il dit qu’il a été chez un psychiatre depuis 8 ans. Il a été diagnostiqué de plein de maladies différentes, a pris plein de médicaments différents. Il a été viré deux fois, était approché par les filles (car beau physique et bon statut) mais elle le quittait vite à cause de son étrangeté. Il était accro depuis ses 14 ans.

Il a arrêté le porno depuis deux mois. Ce fut terriblement difficile. Mais il a pu aussi arrêter toutes les autres médications. Il considère qu’il revit, il n’a plus de problème de mémoire, d’anxiété, ces dysfonctionnements érectiles ont disparue. Arrêter le porno était la clé !

Et de plus en plus de gens font comme lui et rejoignent des groupes qui abandonnent cette activité.

Temps pour revenir à la normale

On a constaté que le temps moyen n’était pas le même pour les jeunes et les vieux:

  • dans la vingtaine, il est de 4-5 mois avant de pouvoir avoir des érections
  • dans la cinquantaine, il est de deux mois

QUE ? Les vieux récupèrent plus vite ??

MAIS OUI, c’est à cause d’une variable. Si les vieux utilisent le porno depuis plus longtemps, ils n’ont pas commencé à le faire sur des connexions internet rapides !

La plasticité du cerveau

Quand les jeunes commencent à être accroc en surfant avec leur connexion très rapide à internet, leur cerveau est encore fort plastique et en plus ils produisent beaucoup de dopamines. Cela les rend plus vulnérables. ET à l’âge adulte, les gouts sexuels peuvent avoir été ancré dans un très haut niveau non compatible avec ce qu’ils peuvent avoir dans la vie réelle et créer de la panique. Heureusement, c’est réversible en cas d’abandon de l’addiction.

Au final, aller mieux, s’ouvrir sur le monde !

Ces abandons changent d’ailleurs réellement la façon de vivre de ces « drogués ».

Encore un témoignage parle de quelqu’un qui se sent beaucoup mieux, qui s’investit dans beaucoup d’activités etc …

L’orateur finit en nous demandant de faire confiance au groupe contrôle et d’être attentif aux effets bénéfiques que provoque l’arrêt de cette dépendance.

Conclusion

Cette vidéo est brillante et intéressante.

Mais, ma conclusion personnelle, c’est que, comme pour tout, il faut chercher et atteindre le juste milieu. Ici, on est face à une drogue puissante, beaucoup plus que les drogues synthétiques. Il faut donc être fort pour l’affronter, mais ce n’est pas forcément une raison pour ne pas y aller. Sauf si, bien sur, on a déjà démontré notre incapacité à la maitriser, clairement, là il vaudra mieux pour votre vie sociale d’arrêter tout.

En tous les cas, connaitre et comprendre ce qui est dit plus haut est très loin d’être inutile. Car si vous avez été ou allez trop loin. Ce savoir scientifique vous sera utile pour comprendre la cause des troubles éventuels de ce que vous vivez. Et ça vous évitera des longues séances improductives chez le psy si, au final, ce n’était pas des problèmes psychologiques mais tout simplement de dépendance qui étaient la cause primaire de tout.

Dans cet article, on évoquait pas les critiques des féministes vis à vis du porno. Cela pourrait faire l’objet d’un prochain billet mais je considère souvent que les critiques féministes se basent sur un porno dépassé pour émettre leurs critiques. Aujourd’hui, les gens ne consomment plus de manière passive devant leur TV, ils tapent des mots clés ou des catégories pour répondre à des fantasmes.

Je pense qu’on peut donc plus difficilement accuser les sites X d’influencer notre conception du sexe que ce n’était le cas avant. Surtout que le contenu amateur ou semi amateur est fort plébiscité, un contenu qui n’est pas concerné par les critiques d’avilissement de la femme vu qu’il représente la « vie réelle » ou une simulation plus proche. Enfin, il ne faut pas prendre les gens pour des imbéciles. Les jeunes, surtout s’ils ont eu un minimum d’éducation sexuelle savent très bien que ce qui se passe à la TV ou sur internet est différent de la vie réelle.

Et s’ils ne le savent pas, ils l’apprennent très vite.

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