Le cas « Paul I » ou quand le contrôle excessif de nos émotions nous conduit à la maladie

Evidemment, ce n’est pas son nom. La personne mérite l’anonymat. Que le cas m’ait été rapporté ou soit issu d’une observation directe n’a pas d’importance non plus. Si je vais vous parler de Paul I, c’est parce que son cas est très intéressant pour illustrer les dégâts du self contrôle permanent. Dans son cas, ce contrôle est totalement caricatural, mais cela peut aussi donner des enseignements aux personnes qui sont moins dans la maitrise d’eux même mais quand même suffisamment pour risquer la somatisation.

Personnalité et contexte

Paul I a rompu tout lien avec sa famille sous les conseils de son épouse. Il ne les voit plus et ne s’en porte pas plus mal car les choses n’ont pas toujours été évidentes pour lui.

Il a eu difficile à construire sa personnalité dans un environnement qui l’a finalement maintenu, encore aujourd’hui, dans une très forte immaturité affective et sentimentale.

Mais, cette situation ne l’a pas nécessairement aidé car elle a seulement changé son « référent toxique ». De parent à épouse. Il a été, est et reste extrêmement soumis.

Et sa femme ne l’a pas aidé à se créer des amitiés et des moments en dehors du couple. Ou alors des passions solitaires: les voitures. Chaque ami potentiel doit passer le filtre de la soumission à sa dulcinée. Et lui même est tellement immature qu’il en vient à bruler les étapes. Et comme quand on brule les étapes dans une relation amoureuse, on finit par se retrouver seul et/ou déçu, et bien ici en amitié, c’est un peu la même chose.

Nous ne nous pencherons pas sur la personnalité de son épouse qui vit dans un type de relations que je qualifierais de « parent -enfant » où elle est le parent indiscuté et l’autre l’enfant soumis. Ce qui ne veut pas dire qu’elle ne peut pas donner de la nourriture affective, bien au contraire, mais elle ne permet pas l’autonomie et l’épanouissement de ses compagnons de route (le veulent-ils vraiment ? on peut se dire que chacun se choisit en « connaissance inconsciente de cause »).

Cette situation se marque jusque dans le choix des animaux de compagnie. Le chat autonome et indépendant, rattaché à l’homme (qui désire probablement les attributs du chat) est dévalorisé. Le chien soumis, obéissant et rattaché à la femme est traité comme un prince et considéré comme un enfant, ce qui pourra presque paraitre ridicule à quelqu’un qui n’y est pas habitué. Cela va jusqu’à la place du chien sur le lit conjugal et à celle du chat dehors.

Son immaturité et les volontés de sa tendre moitié, qui ne désire pas partager son influence sur son époux, lui ont amené à avoir des attentes beaucoup trop fortes vis à vis de ses connaissances et amis. Si bien qu’il a finit par se retrouver de plus en plus seul, même professionnellement.

Notamment suite à un accident où il fut étonné de ne pas recevoir assez de nouvelles mais où cet étonnement fut également utilisé par la personne qui partage sa vie non pas pour relativiser mais bien pour enfoncer son désarroi.

Notons que les réseaux sociaux sont plus ou moins interdits dans la maison et que Paul I n’y est en tout cas pas inscrit. Alors que cela pourrait servir son besoin de socialisation mais que, justement, cela occasionnerait une autonomie plus grande.

Dans la vie de tous les jours, il y a évidemment des sujets de dispute et il est encouragé à se faire entendre, mais toujours pour perdre au final ou seulement sur des sujets mineurs. Il doit perdre, mais pas sans se battre, car à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire.

Voilà, pour le contexte en très bref.

De la théorie des pulsions

Concernant la compréhension un peu plus longue de ce qu’est une pulsion, je vous amène sur ce lien.

Ce que je vais, moi, vous en dire est que nous, humains, avons des désirs. Et ces désirs amènent des pulsions. Si je dois manger, j’aurai une pulsion qui va se créer en moi pour que je mange. Et quand j’aurai mangé, cette pulsion va disparaitre car elle aura été satisfaite. Si je vois un joli postérieur féminin dans une robe moulante et transparente, j’aurai sans doute une pulsion sexuelle et envie de lui faire l’amour. Et cette pulsion pourra éventuellement disparaitre grâce à la masturbation plus tard dans la journée.

Mais une pulsion peut aussi rester en nous quand on arrive pas à la satisfaire, même de manière détournée comme avec l’art par exemple. Et c’est là que commence le drame car ces pulsions occupent une partie de notre cerveau. Elles VEULENT être réalisées jusqu’à ce qu’on s’en soit débarrassées. Elles représentent de l’énergie en nous qui a besoin de se dépenser. Et elles trouveront toujours un chemin, tôt ou tard. Ne pas réaliser ses pulsions peut conduire à des maladies psychosomatiques graves, voir à la folie.

Paul I et la politesse

Or, notre ami, lui, les accumule à longueur de temps, les pulsions non réalisées. Pire que ça, en plus d’être soumis, il s’est aussi créé un système de valeur très contraignant, ce qui est d’ailleurs lié à son immaturité affective et ses exigences irréalistes en matière amicale. Donc, il va se contrôler énormément, mais peut-être sans même en avoir conscience. Je veux dire par là que les pulsions ne sont même pas toujours évacuées consciemment, parfois, elles passent dans la prison de l’inconscient directement sans passer par la case « je pense ».

Ainsi, la « normalité imposée » pour sa vie de couple ne l’autorise pas à se plaindre et à s’affirmer car il pense devoir agir comme ça. Il est probable également qu’il y a en lui une grande peur de se retrouver seul. Car s’il se dévalorise, il a donc également la crainte d’être un jour abandonné. Et d’un autre côté, la relations qu’il entretient lui donne l’impression d’une grande dépendance, ce qui est voulu par la personne qui partage sa vie (même inconsciemment). Se rebeller est non seulement interdit mais en plus représente un risque qu’il ne veut pas courir (car en plus viennent se greffer des sentiments amoureux) malgré sa vie de zombie et le manque de bonheur dù à sa solitude affective trop importante (qui en plus fait de lui une proie pour tout ce qui est manipulateurs ou manipulatrices).

Dans ma famille, enfants, on pouvait se traiter entre nous de « connards », « enc*lés », « vas te faire foutre ». Anormal ? Au contraire, souhaitable. Il est important de pouvoir exprimer ses frustrations. Et finalement, tout ce qu’on pouvait se reprocher, on se le disait, même parfois violemment mais on cohabitait finalement mieux que dans ses familles ou le non dit est trop présent. Non dit qui fait finalement en sorte qu’un jour plus personne ne se voit et les rancœurs persistent sans toujours s’exprimer jusqu’à la goutte d’eau qui crée la rupture abrupte avec certains d’entre eux.

Or, lui, Paul I, même en face de quelqu’un qui commettrait quelque chose d’extrêmement désagréable comme pêter dans son espace vital n’arrive pas à exprimer, même sur le ton de l’humour, une quelconque désapprobation: « putain, connard, t’as vraiment aucun respect ». Non, il ne le dira pas, il le gardera en lui. C’est donc même pire que la politesse car cette dernière aurait bien sur autorisé une réaction avec des mots choisis. Mais il ne dira rien.

Mais un jour les problèmes de santé

Après tant d’années à accumuler les pulsions en lui, il devait arriver ce qui devait arriver. Paul I perd le contrôle de son corps.

Médecins, neurologues, il enchaine les spécialistes. Mais aucun ne détecte ou n’arrive à rattacher son mal à quelque chose de connu. On lui donne bien des trucs mais l’efficacité de ceux-ci est proche de zéro. A chaque fois, c’est un coup très dur pour lui : son corps et son cerveau en prenne un solide coup. Mais si les médecins ne voient rien, il y a une raison simple à celà. Ce qui lui arrive est psychosomatique.

Ce sont ses pulsions qui cherchent à se libérer et quand elles atteignent un poids trop important ou que le contrôle sur le corps diminue (parfois à cause d’un mieux être !), ce sont des crises impressionnantes où le cerveau déconnecte et tous les muscles se contractent. L’énergie est dépensée partout où elle peut l’être. Et la mémoire viendra effacer ce traumatisme (comme par hasard). Paul I a d’ailleurs de fréquents problèmes de mémoire, ce qui n’est pas une somatisation anodine.

Cela pourrait presque ressembler à une vengeance du corps sur l’esprit qui le contrôle.

Dans son cas, donc, guérir demanderait de faire un travail sur lui-même pour acquérir la maturité qui lui manque, pour grandir, pour oser exprimer ses pulsions. Cela pourrait passer par des jeux vidéos violents notamment. Mais il est plus que probable que cela passerait également par l’évolution de la relation avec sa partenaire. Ou la compréhension par la partenaire du rôle négatif qu’elle joue.

En fait, cela créerait une révolution. Et c’est là toute la difficulté. Ils se sont connus parents-enfants. Si l’un évolue et pas l’autre, une incompatibilité pourra se créer. Par ailleurs, pour évoluer, il a aussi besoin qu’on lui lâche la bride ou qu’il voie d’autres personnes. Ou qu’il fréquente des lieux de débauche pour pouvoir se défouler pleinement en dehors du regard désapprobateur de sa femme. En bref, les changements sont trop importants pour la survie du couple. Sans vouloir dire que le couple ne peut que disparaitre, c’est un risque sérieux.

Et à son âge, vu les difficultés et les apprentissages qu’il devra faire pour réapprendre la vie en société, il n’est certainement pas prêt à prendre ce risque.

Nous avons donc un cas presque désolant où le mal est connu, le remède est difficile, très difficile à mettre en œuvre (on ne déconditionne pas comme ça quelqu’un si facilement) et le remède demande  également la guérison du partenaire (ce qui ajoute une très grande difficulté) de ses propres problèmes. Je dis désolant car les chances de guérison sont proches de zéro. Paul I finira donc probablement sa vie dans cet état de santé qui ne progressera pas. Sauf hasard de la vie.

Pour le praticien, l’ami, le sauveur, il peut être utile de tenter quelque chose mais encore faudrait-il que les deux ou au moins un des deux le veuille vraiment.

Car jusqu’à présent, ils avaient l’air d’y trouver leur compte. Sauf que cet équilibre a et avait un prix et qu’ils devront le payer. Mais le plus grand frein au changement sera encore le pire: nous ignorons tout de nous. Et nous ne voulons tout simplement souvent ne pas savoir, sauf pour certains esprits rares qui allient connaissances psychologiques et regard sur soit suffisamment avisé, peu nombreux sont les personnes capables de se remettre en question. Et tous les professionnels n’ont pas toujours les armes pour détecter. A fortiori si ce sont des médecins qui ne voient que par les maux physiques en oubliant que notre cerveau fait pour beaucoup dans notre santé.

Ce qu’on peut lire

Pour bien appuyer mon propos, pour lequel je n’ai pu donner trop de détails pour préserver un minimum l’anonymat, on peut se pencher sur diverses lectures que j’ai pu trouver sur le net et qui, globalement, sont intéressantes dans le présent cadre:

  • Cessez d’être gentil, soyez vrai. Je crois que tout ce que je raconte ici est très bien résumé dans ce titre. Mais le cas Paul I réfère aussi à un problème relationnel où une autre personne trouve un intérêt à se retrouver avec un « gentil ». Il n’est donc pas toujours vrai qu’en étant « gentil » on sera toujours rejeté. Mais, en réalité, le rejet est plutôt une bonne chose car elle nous incite à nous remettre en question alors que la relation durable qui se construit sans avoir guéri pourra elle être extrêmement toxique. On l’a vu plus tôt.
  • Une petite discussion sur le syndrôme du chic type. Discussion intéressante et qui représente bien le cas de Paul I vis à vis des femmes ou des hommes. Malheureusement pour lui, il a connu peu d’échec et est rapidement tombé sur la femme qui a entretenu sa soumission et sa solitude, même involontairement. Il a donc pu considérer, plus que d’autres chics types, que non seulement son comportement était normal et souhaitable mais en plus croire qu’il ne lui amenait pas de frustrations.
  • Une question posée par une femme qui se rend compte qu’elle préférait finalement son ex violent à son mec trop gentil. On peut toutefois espérer qu’elle finira par trouver le « juste milieu ».
  • Trop gentil pour être heureux. Le titre est explicite.
  • Un article de Dejours où on parle notamment de l’épilepsie et du lien qu’elle peut avoir avec le psyché (p. 21): « La crise épileptique est une réaction aigue, somatisation brutale qui s’achève dans la décharge motrice et l’effacement de la trace mnésique ; elle est une déconstruction et une désintrication ainsi que le dit Freud.
    Il semble bien que la crise soit déclenchée par la rencontre inopinée avec une réalité perceptive qui ne peut être prise en charge par le préconscient. Cela suppose que la perception en question ne peut être relayée et qu’elle heurte directement la zone sensible de l’inconscient non refoulé et non représenté. Cette zone recouverte jusque là par un déni de perception se trouve en quelque sorte activée directement par la rencontre avec la réalité qui a fit effraction à travers la barrière de déni. Cette situation n’est pas propre à l’épilepsie. Elle préside à toutes les crises somatiques. Ce qui est propre à l’épilepsie, c’est l’effacement qu’elle opère de la trace mnésique de la perception d’une part, et la décharge de l’excitation somatique dans la musculature striée et non dans les viscères.
    La crise épileptique signe un couplage entre perception et motricité qui protège d’autant le corps viscéral. »
  • Un article sur le processus de refoulement dont on parle plus haut et où l’énergie nécessaire à ce refoulement est mise en avant, notamment quand il y a trop à maintenir refoulé. Une phrase intéressante: « Il arrive aussi que par le biais de la somatisation, le corps souffre pour éviter la souffrance psychique due au retour du refoulé trop systématique ou à une réactualisation brutale d’un problème ancien qui empêche un nouveau refoulement. » Dans notre cas, le refoulement est quasi constant et la somatisation est à la mesure de celà par des crises épileptiques très brutales.
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