Résultats personnels à l’Europe des candidats Ecolo

Note: cet article, fait partie d’une série consacrée à la défaite d’Ecolo en 2014.

Introduction

Comme vu dans l’article plus général sur l’évolution des scores d’Ecolo depuis 1984, les trois derniers scrutins peuvent être une base intéressante de travail puisqu’on y retrouve le meilleur et le pire résultat d’Ecolo aux européennes depuis 30 ans. Nous ne retournerons donc pas plus loin que 2004, ce qui évitera d’alourdir les tableaux plus que nécessaire.

Tableau de synthèse 2004 à 2014

2004 2009 2014
Nbre candidats 15 14 14
Total votes 239687 562081 285263
Total VN 247166 563383 242903
Moyenne VN 16478 40242 17350
Meilleur VN 73597 150173 59674
Moins bon VN 4795 13047 7990
Rapport vn/total 1,03120319 1,00231639 0,85150545
Meilleure péné de liste 29,77% 26,66% 24,57%
Moins bonne péné (dl) 1,93% 2,32% 3,29%
Péné moyenne (dl) 6,66% 7,14% 7,14%
Cases de tête 161356 377008 216405
Rapport cdt/total 0,67319462 0,67073607 0,75861573

Bien que la liste ait eu un meilleur score en 2014 qu’en 2004 (+45 576), on peut constater que le cumul des votes portés sur des candidats est inférieur (-5847). Cela pourrait s’expliquer par la présence d’un candidat en moins, par des votes moins panachés ou un plus grand nombre de votes en tête de liste.

Nous avons donc fait un deuxième tableau où certaines données sont adaptées pour tenir compte du candidat en moins en imaginant que s’il y avait eu le même nombre de candidats, celui en plus aurait eu la même moyenne que les autres. Nous en avons profité pour calculer l’évolution du total des votes nominatifs comparativement à l’évolution des votes de case de tête.

Si 15 candidats 2009 2014
TotalVN 603630 260250
Progression VCDT depuis 2004 234% 134%
Progression VN depuis 2004 228% 5,30%
Rapport entre la progression du VN et du VCDT 97,58% 3,95%

Par ailleurs, pour estimer un autre élément d’appréciation de cette différence, nous avons fait un troisième tableau.

Pour combien de candidats, en moyenne, un électeur Ecolo a-t-il voté s’il n’a pas fait le choix de la case de tête ?

Pour le savoir, nous enlevons le nombre d’électeurs qui ont voté case de tête. Et nous divisons le nombre de votes nominaux au total par ce chiffre. Voici le tableau:

2004 2009 2014
Vote hors CDT 78331 185073 68858
Nombre de VN 247166 563383 242903
Moyenne de VN par candidat 3,16 3,04 3,53

Attention, ce tableau est imparfait puisqu’il est possible d’émettre un vote nominal en effectif et case de tête en suppléant et vice versa ou encore d’effectuer deux votes de case de tête. Les chiffres du SPF Intérieur ne permettent pas d’affiner l’analyse pour en tenir compte. Ainsi, la seule chose dont nous pouvons être sur, pour 2014, c’est que 35 000 personnes qui ont coché la case de tête en suppléance ont forcément fait un choix nominal en effectif. Mais c’est un minimum et le chiffre peut théoriquement être encore plus élevé.

Tendances observées

Il est intéressant de voir que certaines tendances, contrairement à ce que nous nous attendions, ne semblent pas corrélées au résultat électoral.

  • d’une élection sur l’autre, la meilleure pénétration est en baisse et la plus mauvaise en hausse. On passe d’une différence entre les deux de 27,84 points à 21,28 points. Les listes semblent donc plus homogènes.
  • la pénétration moyenne (par rapport au total des votes du parti) passe de 6,66% à 7,14% de 2004 à 2009. Ce chiffre reste constant en 2014.
  • le cumul des votes de case de tête (effectifs et suppléants) rapportés sur le nombre de vote de liste au total donne un résultat similaire en 2004 et 2009 (67%) mais remonte de huit points à 75% en 2014.
  • si on tente de neutraliser l’effet d’un candidat en moins, on constate que le vote nominal total et case de tête progresse dans les mêmes proportions entre 2004 et 2009 alors que c’est tout à fait l’inverse entre 2004 et 2014 (la progression est quasiment entièrement contenue dans le vote case de tête)
  • la part du vote nominal sur le vote total passe de 103-100% en 2004-2009 à 85%, soit une baisse conséquente. Chaque électeur Ecolo avait en moyenne voté pour au moins un candidat. Ils ne sont plus que 85 sur 100 à avoir voté pour au moins un candidat.
  • Si on regarde seulement les électeurs qui ont effectivement porté un choix nominal, le nombre de choix de candidats par électeur avait diminué en 2009 et il repart à la hausse d’un demi vote en plus en 2014
  • L’augmentation du nombre d’électeurs entre 2004 et 2014 passe quasi uniquement dans des votes de case de tête
  • Isabelle Durant réalise les deux meilleures pénétrations, Philippe Lamberts la troisième des trois dernières élections. Il devance Jean-Michel Javaux qui avait fait 20% en 2009. Globalement, la meilleure pénétration, comme dit plus haut, est en baisse d’une élection à l’autre, peu importe donc le résultat de la liste. On peut cependant constater que la pénétration de Philippe Lamberts, compte tenu de sa notoriété moindre n’est pas mauvaise à 2 et 5 points de celles d’Isabelle Durant en 2009 et 2004.
  • Ce n’est pas dans les tableaux, mais on constate clairement que la place sur la liste n’influe que peu sur les scores des candidats connus alors qu’elle semble avoir l’effet inverse sur les autres. En quelque sorte, aussi bizarre que cela puisse paraitre, il y a plus de sens à ce que les locomotives poussent les listes au lieu de les tirer

Hypothèses

Des informations ci-avant et de la lecture des tableaux, j’ai l’impression (vos commentaires bienvenus) que les électeurs ont voté pour moins de candidats à la fois sur la liste: le vote case de tête est en augmentation mais la pénétration moyenne est plus basse également, ce qui indique que chaque candidat a pu attirer plus d’électeurs mais des électeurs trouvant moins leur « choix » parmi les autres en surplus. Pourtant, le troisième tableau indique un nombre de choix par électeur en hausse.

C’est difficilement compréhensible sans disposer du détail des votes (impossible). Nous ne pouvons donc que faire des hypothèses. J’en fais deux qui pourraient paraitre contradictoires mais qui, je pense, peuvent se compléter:

  1. certains candidats ont pu attirer un public en dehors de notre électorat traditionnel et donc limiter la « contagion » sur les autres candidats. Ces votes là ont été des votes principalement pour leur seule personne et tirent donc à la hausse la pénétration moyenne (de 0,48 points ou 7% en plus; soit 1369 voix par candidat ou 19.169 si c’est un seul candidat qui a eu cet effet).
  2. la différence de pénétration moyenne entre la période « 2004-2009 » et 2014 est dans l’absence d’Isabelle Durant. En 2009, il y avait eu également Jean-Michel Javaux comme gros faiseur de voix. Mon hypothèse est donc que l’augmentation des votes en case de tête pourrait être due à la présence moindre de personne(s) à forte notoriété. Cela, signifierait alors que ces absences n’auraient pas été totalement négatives pour le parti puisqu’elles auraient pour partie transformé des votes nominatifs en vote de liste.

Nous allons, imparfaitement, tester la deuxième hypothèse. Si Isabelle Durant avait gardé le même taux de pénétration qu’en 2009 (hypothèse plutôt conservatrice puisque son taux avait diminué entre 2004 et 2009), elle aurait fait 76 051 voix. Soit environ 16 000 de plus que Philippe Lamberts.

Si le taux de case de tête était resté pareil, il y aurait eu 191 126 votes en case de tête, soit 25 279 votes en moins. On peut faire l’hypothèse que sur les 76 051 voix qu’aurait rapporté Isabelle Durant, 25 279 se sont reportés en case de tête et le reste est parti ou s’est reporté sur d’autres candidats.

Évidemment, avec les chiffres qu’on possède, il est très difficile de savoir si la non présence d’Isabelle ou d’autres ténors plus médiatisés a eu un effet négatif sur la liste. On peut toutefois estimer que tous leurs électeurs, même ceux qui ne se reconnaissaient pas dans les autres candidats, ne sont pas parti et qu’une partie au moins s’est reportée sur la case de tête. Ce qu’indique le calcul au paragraphe précédent et surtout le plus haut taux de votes en case de tête.

 Hit parade

2004 2009 2014
Nbre top50 6 12 7
Place moyenne 32,33 29,5 35,28
Péné moyenne 1,16 1,59 0,99

Le nombre de candidats dans le top 50 semble évoluer en fonction des résultats.

La place moyenne diminue en 2009 (plus de très bons candidats). Cela est probablement dûe à la présence de Jean-Michel Javaux qui faisait 114 000 voix cette année là. La place moyenne diminue en 2014 par rapport à 2004 de 3 places, ce qui pourrait être dû à la présence d’un candidat supplémentaire dans le top 50.

Par contre, la pénétration moyenne de nos « top » candidats est clairement en très forte hausse en 2009 malgré la présence de 12 candidats sur les 14. Cela est dû au fait qu’on parle ici de pénétration par rapport au collège électoral complet. Les pénétrations sont donc boostées par les très bons scores d’Ecolo. Par contre, les chiffres de 2014 sont en baisse non négligeable par rapport à 2004 malgré un score électoral supérieur. On peut y voir l’effet du plus grand vote en case de tête.

Conclusions

Ces conclusions n’en sont pas tant que ça, je veux éviter de faire dire aux chiffres ce qu’ils ne disent pas. Donc chacun se fera sa propre religion.

Faut-il s’inquiéter du plus grand vote en case de tête ? Non si on estime positif que l’électeur ait porté d’abord son choix sur notre projet. Oui, si on prend en compte le fait que l’électeur moyen préfère jeter son dévolu sur une personne plutôt qu’un parti et qu’il est possible que notre score ait pu être plus élevé avec l’une ou l’autre locomotive supplémentaire.

La non présence d’Isabelle Durant a-t-elle été dommageable ? Oui, si on estime qu’une partie de ses votes ne se sont peut-être plus porté sur le parti. Oui, toujours si on y ajoute le fait que sa présence à une autre place que la première aurait pu amener des votes supplémentaires à la liste en améliorant la notoriété du candidat de tête sans se priver de ses voix personnelles. Non, si on part du constat qu’une partie s’est probablement convertie en vote de case de tête. Les sondages de sortie des urnes des universités auront peut-être étudié ce phénomène pour pouvoir trancher entre l’un et l’autre.

La liste était-elle solide ? Non, si on part du constat du plus grand nombre de votes en case de tête. Oui, si on constate que la pénétration moyenne a augmenté, le nombre de choix par électeur également et que la pénétration la plus basse s’est améliorée.

Enfin, l’exercice a été volontairement limité aux trois dernières échéances mais il pourrait être intéressant de le prolonger sur de plus nombreuses années. Ce que l’auteur n’a pas le temps de faire pour le moment.

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