L’Âge de cristal de Michael Anderson

La critique et l’analyse du film est basé sur une unique vision du DVD (édition récente donc) et en VOstFR. L’article a été écrit en plusieurs fois.

Il est conseillé d’avoir déjà vu le film vu que je fais des spoilers. Si vous ne l’avez pas encore vu, il vaut mieux postposer la lecture de ce commentaire. 😉

Petites précisions sur le film

Fiche Allocinéfiche wikipédia.

C’est un film de Michael Anderson sorti en 1976. Il est basé sur le livre de George Clayton Johnson et William F. Nolan, Quand ton cristal mourra (Logan’s Run) sorti en 1967.

affiche du film

affiche du film

Résumé

Dans un futur lointain, les hommes habitent une cité abritée sous un énorme dôme. Le contrôle de la ville est laissé à un robot assisté par des limiers (sandman en anglais) qui vérifient que personne ne cherche à fuir. La ville étant une sorte de petit paradis, on peut se demander pourquoi les gens chercheraient à fuir ? Parce qu’à leur trentième anniversaire (ou 31 ème ?), ils doivent suivre la cérémonie du carrousel où ils sont censés renaitre. Mais tout le monde, à raison, ne crois pas à cette histoire. Il faut donc  « finir » ceux qui fuient leur destin.

Logan5, notre héros, est déjà quelqu’un qui se pose trop de questions au départ car, dans cette ville, il n’est pas bien vu de trop réfléchir. Mais le robot lui ordonne de rechercher un sanctuaire situé en dehors de la ville dans lequel les fuyards iraient se réfugier (un chiffre d’un peu plus de mille personnes ayant réussi à fuir est d’ailleurs donné). Cette mission lui permettra de fuir avec Jessica6, de découvrir la réalité extérieure, et de convaincre tous ses camarades de s’enfuir de la cité après qu’il l’ait lui même mise hors d’état.

Pourquoi analyser ce film ?

C’est un film « culte » des années 70. On l’aime ou on ne l’aime pas, on l’a aimé ou l’aime encore; ce film fait partie de l’histoire du cinéma. Et c’est également un grand témoin de son époque marquée par l’après seconde guerre mondiale, la libération sexuelle et la guerre froide.

Commentaires sur divers thèmes

L’âge de cristal (titre francophone) / Logan’s run (titre anglophone)

Le titre français met l’accent sur le contrôle de la population via le cristal, le titre anglais évoque plus fortement le héros et sa fuite en dehors de la cité. Les deux titres sont intéressants pour représenter l’histoire du film.

Présence de « la » femme dans le film

On remarquera que la fonction de limier est entièrement masculine, que le docteur est un homme également et que son assistante et sa secrétaire sont des femmes. D’un point de vue métiers, pour un film de SF, on est très fort encore dans le contexte de l’époque.

En dehors de cela, les femmes et les hommes semblent vivre sans domination de l’un sur l’autre.

Ce qui n’est pas anodin non plus, c’est que la voix du « robot maitre » est féminine et extrêmement douce et agréable à entendre.

Naissance, accouchement, paradis perdu

Si dans « perfect mothers », on était très fort dans le complexe d’œdipe, ici on est beaucoup plus « tôt » dans la vie humaine: la vie intra-utérine, l’accouchement, la recherche du paradis perdu; tout ça est présent dans l’intrigue.

Quelques exemples:

– la vie dans le dôme. Un dôme, cela représente aisément le ventre maternel. Dans ce dernier, en plus, rien ne filtre du monde extérieur que les héros ne connaissent d’ailleurs pas le moins du monde. Le soleil ne filtre pas et ils ne l’ont jamais vu.

– le « réacteur-fontaine » qui prend son énergie de l’eau de la mer et qu’ils doivent traverser pour rentrer dans la cité. Il faut plonger dans l’eau, passer par un petit trou protégé par une grille qu’il faut retirer et puis ressortir de l’autre côté. Si le mouvement a lieu « à l’envers », la ressemblance avec un accouchement est assez flagrante.

– le « carrousel ». Passé un certain âge, ils doivent passer par le carrousel pour « renaitre ». Dans le cas contraire, il faut les « finir ». Pour le bébé, c’est la même chose, s’il ne sort pas passé un certain délai, il risque de mettre sa vie en danger et celle de sa mère. D’où l’intérêt pour la cité de se protéger des fuites (car la fuite représente symboliquement un refus de naitre par le refus de passer par le carrousel). La fuite peut d’ailleurs être assimilée à une fausse couche. L’organisme se rend compte que le sujet n’est pas viable et s’en débarrasse. Le verbe « renaitre » n’est évidemment pas là par hasard. On remarquera que tous ceux qui renaissent disparaissent du dôme et plus personne n’en entends parler.

– pour sortir, du dôme, il faut une clé qui est en fait un objet phallique, ce n’est pas directement lié à la naissance mais bien à la conception

– toujours pour sortir du dôme, nos deux héros se retrouvent complètement mouillés car ils doivent passer dans une pièce qui se remplit d’eau (comme dans le ventre de la mère)

– le robot maitre a une voix féminine et n’a pas de visage. A l’intérieur du dôme, on ne peut qu’entendre sa voix et il faut lui obéir. Elle peut précipiter la sortie.

© 1976 Metro-Goldwyn-Mayer Inc. All Rights Reserved.

© 1976 Metro-Goldwyn-Mayer Inc. All Rights Reserved.

– le sanctuaire. Comme toute mère, le robot maitre croit qu’il existe un « sanctuaire » dans lequel ses enfants seront protégés quand ils la quitteront mais le fait d’apprendre qu’il n’en existe pas la « tue » littéralement comme si cette nouvelle était « impossible » à assimiler ou à comprendre ou surtout comme si elle ne voulait pas l’entendre. Toute mère doit pouvoir faire le deuil d’un environnement où ses enfants seraient protégés de tout danger. Or, c’est précisément dans son ventre qu’ils sont le mieux protégés.

– le dôme est un paradis, tous leurs besoins sont satisfaits un peu comme le nourrisson à travers son cordon ombilical.

– le sexe de la salle rouge est une véritable contrainte qui semble les oppresser plus que les réjouir. Cela dit, ce n’est pas aussi clair que ça puisque nos héros recherchent également une jouissance sexuelle à d’autres moments et que cette oppression est ressentie car elle ralentit leur fuite. Je ne suis pas sur qu’on puisse interpréter cela dans le sens évoqué (je reste très incertain sur le sens caché de cette scène) mais je le note quand même car le parallèle avec la vraie vie où on peut avoir peur de déranger le bébé qui est en train de se développer dans le ventre maternel est intéressant.

– lorsqu’ils s’évadent du dôme, ils rencontrent un homme âgé qu’on pourrait largement voir comme étant le « père ». Ce dernier doit convaincre les autres de l’intérêt qu’il y a à sortir. Un parallèle peut être fait avec le père qui, dans la vraie vie, permet aux enfants de couper le cordon avec la mère.

– les sauvageons (louvetaux) du quartier « cathédrale » peuvent être vus comme les grands-frères et sœurs qui ne veulent pas voir arriver le petit dernier, par jalousie.

– pour fuir, il faut suivre « les tuyaux ». On peut voir ceux-ci comme équivalent aux « conduits d’évacuation » du corps humain qui jouxtent également la voie de sortie naturelle du bébé

– le soleil rouge qu’ils aperçoivent juste après être sorti du tunnel et qui les réchauffe peut être comparé à l’aurore de leur vie

Effets spéciaux, âge du film, anticipation

Le film a évidemment mal vieilli. Tellement qu’on se demanderait comment des effets spéciaux pareils (des maquettes visibles à cent lieues à la ronde) ont pu être un jour crédibles. Toutefois, comme c’est vieux, on (en tout cas « je ») pardonne facilement et on se force à ne pas voir que c’est du faux. De toute façon, les vues de loin de la cité sont plutôt rares.

Le moyen de transport en « monorail » est plutôt original. Comme la cité est plutôt compacte et ramassée sur elle-même, cela ne devrait pas poser de problèmes.

L’architecture est vraiment très années 70. Elle me fait penser à Brasilia et à ces architectes « utopistes » du style Le Corbusier ou Niemeyer.

Le Washington dévasté et envahi par la nature est assez beau même si, sans doute question de budget, on en voit pas grand chose.

(c) DR // nos héros sur une voiture-monorail

(c) DR // nos héros sur une voiture-monorail

Symboles bibliques

Bien sur la Bible est elle-même un récit qui, par moment, explore sous des airs imagés notre naissance, notre enfance, etc … Ce n’est donc pas anormal de trouver quelques similitudes, sans doute ici un peu tirées par les cheveux:

– Caïn et Abel. Nos deux meilleurs amis connaissent un destin similaire. L’un doit tuer l’autre.

– le jardin d’Eden, le dôme peut être considéré comme un jardin d’Eden où nos héros ont tout ce qu’ils désirent à condition qu’ils respectent la loi fondamentale

Erotisme soft

« Jessica6 » porte des vêtements assez sexy qui sans rien dévoiler sont quand même très séduisants. Je trouve l’érotisme soft de ce film très agréable. Les années 70 étaient d’un point de vue sexuel, beaucoup plus dans le plaisir qu’aujourd’hui.

Réalisme, cohérence

© D.R.

© D.R.

Le film ne doit être pas être regardé pour la solidité de son scénario. De mon point de vue, de toute façon, l’histoire parle davantage de « nous » en tant que personne humaine qu’elle n’est une critique de la « société » humaine de son époque et de son évolution. Certains ont trouvé que les thèmes de la surpopulation ou du totalitarisme étaient mal traités ou pas assez. On ne peut leur donner tort mais c’est sans doute aussi justement assez révélateur du fait que ce n’était pas ça au départ que le film voulait raconter.

On va quand même passer quelques lignes à taquiner les « travers » du film sans aller jusqu’à l’exhaustivité:

– pas de lois d’Asimov ? En somme, nous avons des humains qui ont créé une société censée assurer un avenir aux humains (on l’a vu, en cherchant à retrouver le « paradis perdu »), ils confient cette société à un robot et ils n’y incorporent pas les lois d’Asimov (notamment, tu ne tueras pas d’humain). Si les fugitifs ne sont pas tués directement par le robot maitre, il en donne quand même l’ordre. Bon, là, on pourra me dire que c’est pour le bien de l’humanité, pour éviter une surpopulation. Acceptons. Mais, Box, lui, ne devrait pas tuer d’humains, je trouve. Il n’est jamais qu’un robot « congel » ultra simplifié.

– OK, personne ne bosse ? Mais comment cette société peut-elle alors fonctionner ? Je veux bien qu’il s’agit d’une analogie presque parfaite avec la situation du nourrisson dans l’utérus mais il aurait été bien d’avoir des robots esclaves assurant la maintenance et le fonctionnement de l’installation si on avait voulu avoir plus de réalisme. D’un autre côté, de nouveau, cela dénote bien qu’on est pas vraiment dans de la SF classique et qu’on a même sans doute voulu s’en démarquer presque volontairement.

– que mangent-ils ? on ne le saura jamais si ce n’est qu’ils ont arrêté viande et poisson mais pour les remplacer par quoi, on ne saura pas. Cela pourrait cependant s’expliquer par le volonté de refermer la cité sur elle-même et de fermer les issues donnant sur l’extérieur. Autrement dit, à un âge de la cité, le contrôle de celle-ci aurait pu imposer de ne plus avoir aucun accès ouvert sur l’extérieur.

– en imaginant que la population qui ne soit pas entrée dans la cité ait pu survivre pendant longtemps (on peut imaginer 200 ans), il y aurait certainement plus qu’un seul survivant. Mais comme il ne peut y avoir qu’un seul « père » …

– Jessica6 a sur le cou un signe qui la désigne comme « traitre » de manière très facile pour qui connait le « talisman » (je ne connais plus son nom), pas très subtil pour une « rebelle ».

– au début du film, Logan5 va voir un bébé qu’il dit être Logan6. Par la suite, on dit que, genre, ou alors je n’ai pas compris, quand une personne va dans le carrousel, elle renait en bébé. Comment Logan5 peut-il donc avoir un bébé sans être passé dans le carrousel ? Je ne suis pas sur que ce soit une incohérence mais plutôt que le film ne nous en dit peut-être pas assez pour qu’on puisse bien comprendre le système.

– bien sur, il fallait « sortir » du dôme, mais, tant qu’à faire, il aurait certainement été plus intelligent de se rebeller et prendre le pouvoir dans la cité puis de la moderniser et préparer la sortie que de la détruire entièrement et repartir d’un niveau quasi zéro de civilisation. En même temps, la cité fonctionnant toute seule, il est probable que la connaissance est perdue depuis un moment déjà, ce qui rend inéluctable le redémarrage à zéro.

– alors là, juste pour le fun, Jessica6 peut vivre n’importe quelle aventure, elle est toujours bien maquillée (notamment les paupières)

– je suis étonné que l’auteur n’ait pas pensé à un réseau de surveillance mieux pensé, même pour l’époque, mais c’est mieux comme ça pour l’intrigue. Dans le même temps, justement, la surveillance est tellement faible et se cantonne tellement à la « finition » des fugitifs qu’on pourrait imaginer que des coups d’états ou des rébellions pourraient s’organiser très facilement. Chacun respecte l’interdit, on engueule l’autre de ne pas penser correctement mais aucune police politique ne semble pourtant exister pour faire régner l’ordre.

– enfin, petit clin d’œil, à l’heure où l’on parle de plus en plus souvent d’obsolescence programmée, l’ordinateur « maitre » a décidément une durée de vie bien longue ! Tout comme tout l’informatique de bord d’ailleurs.

Thèmes abordés plus classiquement: totalitarisme, utopie

Je ne vais pas dire grand chose. Le film nous rappelle simplement l’importance de savoir remettre en question l’ordre établi et de se poser les bonnes questions. Si Logan est le héros, c’est bien parce que justement il a cette capacité que peu de limiers autour de lui ont (mais que pas mal de citoyens semblent finalement avoir vu le besoin d’avoir créé une police qui empêche les fugitifs de fuir leur destin « mortel »). Ce ne pouvait donc être que lui, l’élu. Le film commence d’ailleurs avec Logan5 qui observe « son » bébé dans une pouponnière.

Autre chose dont on peut parler est l’inhumanité de cette société. On est dans une sorte d’utopie mais les enfants ne grandissent pas dans le ventre maternel, il n’y a pas de couple ou en tout cas pas d’amour (le sexe est désincarné), seule l’amitié a ses droits. Notre couple développe d’ailleurs très vite un attachement (en tout cas Jessica6) qui en fait, encore une fois, un couple spécial qui les destinait sans doute à être « élus ».

Par ailleurs, comme dans beaucoup de dictatures, il y a la présence d’une novlangue avec des euphémismes pour cacher les véritables significations (notamment le « on ne tue pas, on finit »).

Enfin, la voix du maitre robot est très agréable. Tout le monde la respecte et suit ses ordres sans qu’il y ait besoin de réelle police politique. On peut y voir une image de l’autorité maternelle plus persuasive sans besoin de se faire physiquement entendre. Ou une critique des dictatures qui peuvent nous endormir avec de belles paroles et une belle apparence.

© D.R. // dans la salle de contrôle

© D.R. // dans la salle de contrôle

Impressions personnelles finales

J’ai bien aimé ce film malgré ses défauts. Certains disent qu’il y a des lenteurs, je n’ai pas eu cette impression. Cela restait agréable à regarder.

Visuellement, il a très mal vieillit et est un peu kitsch mais on pardonne sans problème. Je passe outre les incohérences vu qu’elles sont dues à la symbolique du film.

Pour moi, c’est de la SF de bon niveau que je garderai dans ma « bibliothèque ». Peut-être même achèterai-je le livre, je ne sais pas encore.

Si une nouvelle adaptation du film sort (cela serait prévu), j’irai la voir pour faire la comparaison.

Pour aller plus loin

En vente en DVD.

Une critique de la compagnie du désastre cinématographique et une critique de FredP sur MyScreens.

Et bien sur, les commentaires pour réagir ou me prévenir de votre propre critique sur votre blog.

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