It’s a free world – film de Ken Loach

Pour inaugurer la catégorie « films », je vais recycler un travail que j’ai du rendre pour un cours de « sociologie du travail » l’année dernière et qui donnait quelques commentaires à propos du film « it’s a free world » de Ken Loach. Bien sur j’ai modifié le texte (que j’ai rendu avec des fautes, je m’en rends compte maintenant), comme toujours, mais cela me donnera au moins l’impression que ce travail aura servi à quelque chose. Déjà, à ce que quelques personnes le lisent. 🙂

Il est conseillé d’avoir déjà vu le film vu que je fais des spoilers.

Petites précisions sur le film

Fiche Allociné, Première et fiche Wikipédia.

Le réalisateur est le britannique Ken Loach. Il a eu le prix du scénario à la Mostra de Venise en 2007. Le film est sorti début 2008 et dure un peu plus d’une heure et demie.

© FilmFour Ltd

Résumé

En mission en Pologne avec l’agence d’intérim pour laquelle elle travaille, Angie est chargée de recruter des polonais pour les faire venir travailler en Angleterre, son pays. Mère célibataire, originaire de milieu modeste, elle a déjà enchaine un certain nombre de jobs. Mais elle a du caractère et ne se laisse pas faire. Objet d’avances sexuelles d’un de ses supérieurs, elle se fait licencier quand elle lui fait comprendre qu’elle n’acceptera pas de rentrer dans son jeu.

Elle décide alors d’entreprendre et de lancer sa propre agence de recrutement avec une amie. Pour elle qui a connu la misère et l’injustice, notamment à travers son dernier licenciement, il y a un désir de ne pas répéter les horreurs du système. Elle veut réaliser cela avec humanité et si elle commence dans une certaine illégalité, son but est de se régulariser au plus vite.

Mais, piégée par les circonstances (notamment les arnaques des autres avec qui elle fait affaire) et l’appât du gain, elle deviendra exploiteuse également. Cette situation l’amène à une certaine amoralité marquée notamment par sa dénonciation d’un squat pour pouvoir elle-même y loger ses clandestins comme marchande de sommeil. L’insécurité viendra car, contrairement aux exploiteurs habituels, elle ne bénéfice pas de suffisamment de rentrées d’argent pour habiter une maison sécurisée avec des personnes pouvant veiller sur sa sécurité. Seule pour tout organiser, elle est aussi aux premières loges et ne peut compter sur des sous-fifres pour assumer l’impopularité de ses actions à sa place.

Pourquoi ce film ?

Je l’ai vu au cinéma et j’en avais retiré une bonne impression. Quelques années après, s’agissant d’analyser une oeuvre liée au travail, j’ai pensé directement à ce film car il traitait de problèmes très actuels.

Commentaires sur divers thèmes

It’s a free world

Le titre évoque clairement le libéralisme très présent en Angleterre. Je traduirais personnellement cette expression par « je fais ce que je veux » ou « je suis libre ». Car, si littéralement on parle d’un monde libre, c’est évidemment pour mieux marquer ses propres libertés sans devoir se justifier que l’héroïne dit ces paroles dans le film. L’approche est intéressante justement. Face à ses actes, elle préfère ne pas culpabiliser et « botter en touche » avec quelques mots qui lui évitent de penser aux autres et aux conséquences tout en la rassurant intérieurement (c’est le système, pas elle, et elle ne fait que respecter les règles du jeu).

C’est intéressant également car c’est précisément quand elle devient « capitaliste » et fonde son entreprise que l’engrenage va commencer et que de statut de victime elle va passer à un statut beaucoup moins enviable d’exploiteuse antipathique. Le film ne donne cependant pas l’impression que ce déroulement soit inéluctable. Son amie, avec qui elle fonde l’entreprise, n’a pas le même caractère et la même approche des choses. Mais précisément, Angie, l’héroïne vient d’une classe sociale défavorisée. Peut-être est-ce là un message sur le fait qu’avoir été victime n’immunise absolument pas du danger de devenir un jour bourreau. Il y a parfois chez ceux qui ont utilisé l’ascenseur social une volonté très grande de ne pas être assimilé à ceux qu’ils côtoyaient auparavant avec même parfois du mépris (« j’y suis arrivé, ils peuvent aussi »).

Sur la tolérance du système

Pour Angie, le basculement dans l’illégalité commence lorsqu’un patron lui-même désabusé lui présente un jugement. Ce jugement concerne quelqu’un qui s’est fait prendre après avoir employé des centaines de clandestins et qui n’a eu pour seule sanction qu’un avertissement. Il devient, dés ce moment là, très clair pour Angie que les risques, surtout pour les petits poissons comme elle, sont infimes (la suite du film ne lui donnera pas tort … du moins pour ce qui est des risques « officiels »). Le travail des clandestins semble toléré par le système. La réponse du cinéaste est apportée dans la bouche du patron. Un sans papier travaille comme personne. Guidés par la peur et sans protections légales, ils sont comme des esclaves modernes et représente le rêve de la flexibilité des modèles économiques purs tout en offrant une compétitivité accrue à l’économie.

© FilmFour Ltd

Les effets des migrations illégales sur les systèmes sociaux

Lors d’une discussion avec son père sont évoqués les effets délétères sur les pays d’où viennent les immigrants et sur ceux où ils arrivent. D’un côté, des pays se voient vider d’une partie de leur main d’œuvre et pas nécessairement la moins qualifiée. Des professeurs, des docteurs, des infirmières, des ingénieurs qui quittent le pays et lui enlèvent une partie de leur main d’œuvre non seulement nécessaire au développement économique du pays mais aussi à son système social (soins médicaux, enseignement). De l’autre, un pays où les autochtones voient une pression à la baisse sur leurs salaires par le biais de cette nouvelle concurrence.

Egoïsme et ingratitude

Bien qu’elle prêche le droit à s’occuper d’elle et de son fils uniquement et la nécessité de ne pas s’occuper du reste du monde, elle demande aussi sans cesse de la gratitude pour ce qu’elle fait. Endoctrinée par cette société dans laquelle elle a grandit (prônant l’individualisme et le libéralisme) et par l’exemple de son père qu’elle ne veut pas suivre (« depuis 30 ans dans la même société et toujours pauvre » ; « elle ne veut pas suivre le même parcours et devenir une loque »), elle est persuadée de mériter les éloges. Elle donne du travail, se bouge, entreprend et peu importe que ce soit légal ou pas ou même que les conditions de travail où les salaires ne soient pas à la hauteur du « minimum syndical » (comme le dit son père). Tout ça est pour elle comme une revanche sociale. Elle aspire pour elle-même et son fils à connaitre un statut que son père n’a jamais su lui offrir et elle voit l’argent, légal ou non, comme le meilleur moyen d’y parvenir.

Toutefois, tout n’est pas mauvais dans son personnage. Il y a une réelle dichotomie. Il y a souvent des bons sentiments sincères. Elle pense réellement faire le bien mais cela dérape. Sa volonté du début s’efface toujours plus face aux coups durs qu’elle encaisse.

Rythmes professionnels et familiaux

Tout au long du film, on peut voir par intervalle l’école interpeller Angie sur la situation de son fils Jamie. Toujours négativement. Cette situation démontre d’une certaine manière la difficulté pour une mère célibataire d’apporter l’équilibre demandé par son fils si elle doit travailler de manière intensive. Toujours occupée à son « business », elle n’a en réalité que peu de temps pour profiter de l’argent qu’elle en dégage. Et cet argent ne suffit pas à l’éducation de son fils car c’est du temps et de l’attention que celui-ci réclame. Pire encore, la vie de Jamie est mise en danger mais cela ne l’empêchera pas de continuer sa sale besogne.

Assuétude

Elle promet, tout au long du film, à son amie Rose, engagée avec elle dans ces aventures, qu’elles se régulariseront. Un peu comme un fumeur qui promet sans cesse que c’est là sa dernière cigarette. Mais le film finit sans que cette promesse se soit jamais réalisée.

Pour aller plus loin

En vente sur Amazon.

Critique intéressante du journal Le Monde, Ecran Large et de Stéphane Mas.

Et bien sur, les commentaires pour réagir ou me prévenir de votre propre critique sur votre blog.

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Une réflexion sur “It’s a free world – film de Ken Loach

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