Obligation de pointer ou pas ?

Il s’agit d’un grand débat qui couve depuis quelques années. Faut-il enregistrer le temps de travail à l’aide d’une pointeuse ou pas ? La réponse a cette question aura souvent une incidence sur le temps de travail, le présentéisme et la façon de contrôler le travail. C’est donc, en réalité, très loin d’être anodin.

Pour amorcer le présent article et avant de vous présenter notre position, voici trois petites lectures intéressantes que nous vous conseillons. Si vous ne voulez en lire qu’une, lisez la première. Elle est vraiment excellente.

(c) Waqas Ahmed

L’article du Monde évoque le problème du présentéisme. Il est vu différemment de part et d’autre de l’atlantique. Bien ici, mal là bas. Et pour cause  Ron Goetzel, chercheur à l’université Cornell (Etats-Unis) a étudié que le présentéisme « dégradait la productivité d’une équipe ».

Le salarié abusivement présent finit par pécher par manque de concentration, piètre communication, travail à refaire. «  Les coûts liés au présentéisme représentent de 18 % à 60 % des coûts qu’un employeur doit supporter en raison des problèmes de santé de ses salariés » décrit-il.

Frank Van Massenhove dans la même ligne d’idées évoque l’importance pour l’entreprise d’avoir des collaborateurs heureux, ce qui serait incompatible avec le présentéisme:

De plus, notre organisation ne tire aucun avantage des collaborateurs qui travaillent 9 heures par jour en moyenne. La détente, les bons amis et une famille chaleureuse sont aussi importants pour nous que pour nos collaborateurs.

Dans l’article du Références, Laurence Vanhée explique pourquoi elle ne pointe plus. Son crédo est qu’on doit pouvoir travailler où et quand on veut avec une orientation résultats et non pas un objectif de présence au bureau. Cela implique le télétravail. Cela implique également une flexibilité que seule l’absence de pointeuse permet.

Laurence Vanhée, de son côté, ne pointe plus depuis longtemps. Ce qui lui permet de conduire son fils à l’école et de le rechercher, chaque jour, en fin de journée. Tout en travaillant le soir et le week-end.

La pointeuse est donc un outil qui peut jouer contre un bon équilibre entre vie privée et vie professionnelle. Mais elle a aussi des avantages. C’est pour ça que les syndicats la défendent souvent comme dans l’article de Références. Elle permet d’éviter qu’un travailleur s’investisse justement de trop et est une preuve objective contre l’arbitraire potentiel d’un supérieur hiérarchique.

Au SPF Sécurité Sociale, Frank Van Massenhove est opposé à la pointeuse mais il reconnait qu’elle peut avoir son utilité. C’est pour ça que le système qui a été mis en place prévoit qu’on peut faire le choix de pointer ou de ne pas pointer. Et ce choix a aboutit aux résultats suivants:  en 2009, au début, 43% des travailleurs ont fait le choix de continuer à pointer. Aujourd’hui, ce chiffre est descendu à seulement 13%. Sans doute la meilleure preuve que le système fonctionne bien.

Mais, ne soyons pas « angéliques », pour que cela fonctionne, il faut évidemment instaurer une culture d’entreprise qui fait la place belle à la confiance et il faut que cette culture soit partagée par le management. Peut-être est-ce là la clé du succès du SPF Sécurité Sociale et il faut certainement y être attentif.

En tous les cas, à titre personnel, je ne peux que partager les réflexions émises par FVH sur cet objet servant à mesurer le temps. Peut-on trouver normal qu’un « chef » ne se pose la question du travail de ses collaborateurs que quand on propose de supprimer la pointeuse ? Trop de chefs ont pris l’habitude de contrôler uniquement la présence de leurs employés bien plus que leur travail et leur efficacité réelle. Et dans ce jeu malsain, celui qui en fait le moins mais qui a l’avantage d’habiter à proximité du travail ou qui, malheureusement, ne se soucie pas de sa vie de famille peut parfois avoir plus de jours de congés que son collègue qui fait bien (voir très bien) son travail et parfois plus encore que ce qui est demandé, mais qui n’a pas l’occasion de travailler suffisamment longtemps pour obtenir des récupérations.

Ainsi donc, en partant d’un petit débat sur un bête outil de mesure du temps, on peut en arriver à des réflexions bien plus fondamentales sur la récompense de l’effort, l’équité, le travail d’un N+1 et le contrôle des résultats.

Si vous ne l’avez pas encore fait, lisez l’article de Frank Van Massenhove. Et discutons-en ! Ce débat est fondamental.

 

La méfiance peut exister au début, et je le comprends fort bien. Le changement est toujours difficile et fait peur. Mais les chiffres du SPF Sécurité Sociale montre que ce changement peut se dérouler de bonne manière et être couronné de succès voyant le nombre de personnes pointant passant de 43 à 13%, volontairement.

Demain, après-demain, après-après demain, votre organisation pourrait se retrouver dans les meilleurs employeurs de ce pays si elle mène le débat de la pointeuse et qu’elle réfléchit également aux débats annexes qui y sont liés. Les travailleurs de nos organisations le méritent.

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